Bohème.
La vie de bohème désigne généralement une façon de vivre au jour le jour dans la pauvreté mais aussi dans l'insouciance. Il désigne un mouvement littéraire et artistique du XIXe siècle, en marge du mouvement romantique plus « aristocratique ». Elle désigne à la fois un style de vie qui rejette la domination bourgeoise et sa rationalité dans le cadre de la société industrielle, et la recherche d'un idéal artistique. Si l'expression avait connu un certain déclin à partir des années 1960 et des Trente Glorieuses période de la normalisation technocratique de Paris ; l'expression « bourgeois bohème » ou « bobo » lui donne un certain regain. Le concept s'appuie évidemment sur la métaphore des « peuples bohémiens » ou des tziganes, qui étaient associés au XIXe siècle, au mouvement romantique.
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Les origines françaises
L'apparition du mot bohème remonte à 1659 chez Tallemant des Réaux, dont l'accent (è) diffère avec l'habitant de la Bohême. Il s'agissait de décrire un personnage vivant en marge de la société et cultivant une forme nouvelle de liberté de pensée, ainsi qu'un souci vestimentaire excentrique annonçant déjà une sorte de proto-punk-dandy de la Renaissance.
C'est Balzac en 1844, dans Un prince de la bohème qui donne ses lettres de noblesse à la Bohème du XIXe siècle : « Ce mot de bohème vous dit tout. La Bohème n'a rien et vit de tout ce qu'elle a. L'espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code, la charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au-dessus du destin1,2. »
En 1848, c'est le roman de Henry Murger, Scènes de la vie de bohème (1847-49) qui fit entrer le mot dans le langage courant. Irradiant depuis le quartier latin et plus particulièrement les mansardes de la rue des Canettes, la bohème, en ne faisant plus qu'un avec le monde des artistes, allait définitivement forger la légende de Rimbaud, Verlaine ou Modigliani.
Parfois idéalisée pour sa liberté, d’autres fois critiquée pour son excentricité, la Vie de Bohème trouve ses sources dans un Paris sous l’influence d’un mouvement artistique en pleine expansion… Au temps où l’expression culturelle et l’art connaissaient un apogée, les plus pauvres, les plus démunis se réfugiaient dans une vie où tout était poussé à l’extrême : la Bohème. Une sorte de philosophie ou de façon de penser. Ce mouvement existe pourtant depuis la fin du XVIIe siècle, mais c’est au début du XXe qu’il se retrouve à son zénith. Paris est alors la capitale du monde, réputé pour sa culture Bohème, Montmartre qui était en quelque sorte le siège des enfants de la Révolution Bohème, et tous les lieux de prédilection dans lesquels une ambiance extravertie et décalée émane. Montmartre, le Moulin Rouge, le café d’Harcourt, la rue de la Tour d’Auvergne et la rue des Martyrs, le quai des fleurs sur l’île de la Cité, tous ces lieux inspirent à l’époque la débauche et la perdition pour les plus réticents, mais bel et bien le symbole de la naissance d’une nouvelle catégorie de personnes et la richesse artistique et émotionnelle pour tous les excentriques voulant croire à un monde plus simple, plus beau.
La bohème allemande
En Allemagne, Hermann Hesse deviendra le chantre des oiseaux de passage, les Wandervögel à la recherche d'un ailleurs entre l'Orient et l'Occident. Harry Haller, son « loup des steppes » pénétrant dans le théâtre magique et ouvrant une à une « les portes de l'être », peut être considéré comme le premier héros bohème moderne, et un archétype qui perdure jusqu'à aujourd'hui. Gusto Gräser, le « poète aux pieds nus » et personnage totémique des Naturmenschen, sera le modèle des héros de Hermann Hesse. Les expériences sur les drogues par Ernst Jünger et Aldous Huxley, dans Les Portes de la perception, se situent dans le chemin tracé par l'œuvre de Hesse. Le mouvement Dada de Zurich, tel qu'il a été décrit par Greil Marcus dans Lipstick traces, une histoire secrète du XXe siècle avec ses ramifications jusqu'à Johnny Rotten, est un héritage direct de la bohème originelle. On sent encore l'influence de Hesse sur les membres de la Beat generation, et Jack Kerouac en particulier. N'oublions pas William S. Burroughs et Philip K. Dick, qui se perdront dans l'interzone, cette bohème intermédiaire entre fiction et réalité renvoyant à la fancie d'Edgar Allan Poe.
La bohème au XXIe siècle
En France, c'est le roman de Tonino Benacquista, Les Morsures de l'aube paru en 1992, qui allait devenir une œuvre culte en posant les bases d'une nouvelle forme de bohème à la française. Cette fois, les deux héros sont des enfants de la crise, entre Marche à l'ombre et le phénomène SDF qui submerge la France. Il s'agit d'une bohème affiliée au gatecrashing social de survie, qui surfe sur les soirées branchées. C'est cependant un mouvement littéraire de science-fiction, le cyberpunk, né aux États-Unis au début des années 1980, qui aura une influence particulière sur la bohème française du XXIe siècle et qui comblera les vides laissés en suspens par le roman de Benacquista.
Depuis les années 2000, un nouveau concept est apparu, reprenant, en le dénaturant, le thème de bohème, les bourgeois-bohème, abrégé dans la langue populaire en bobos. Il s'agissait de définir un style de vie ayant l'apparence de la bohème, mais menée par des personnes n'ayant aucune difficultés financières et se posant souvent comme de gauche. En 2006, le chanteur Renaud leur consacra une chanson, Les Bobos, qui les décrivait avec ironie.
Illustration dans la culture classique et populaire
- Scènes de la vie de bohème, le roman de Henry Murger, publié en 1851, qui popularisa le mot et fut plus tard adapté en deux opéras et deux films.
- Ma Bohème, poème d'Arthur Rimbaud, écrit en 1870.
- La Bohème, opéra en quatre tableaux de Giacomo Puccini, créé en 1896.
- La Bohème, opéra de Ruggero Leoncavallo, crée en 1897.
- La Vie de bohème, film français réalisé par Marcel L'Herbier en 1945.
- En 1966, la chanson La Bohème de Charles Aznavour.
- La Vie de bohème, film de Aki Kaurismäki réalisé en 1992.
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Civilisation carthaginoise (8 & fin).
Religion
La religion est l’aspect de la civilisation carthaginoise qui a fait l’objet de la plus importante polémique en raison des accusations de monstruosité portées sur les rites de sacrifices d’enfants que mentionnent des sources antiques, de Diodore de Sicile à Tertullien[122], et relayées jusqu’à nos jours par plusieurs scientifiques.
La mythologie de Carthage est en grande partie héritée de celle des Phéniciens, et sa religion, malgré une transcription en latin ou en grec dans les sources antiques, garde tout au long de son histoire ce caractère profondément ouest-sémitique[123].
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Le panthéon, fondé sur une base sémitique, évolue au cours du temps, souvent après une rencontre avec des traditions locales. De plus, certaines divinités acquièrent dans diverses colonies le caractère de poliade : Tinnit ou Tanit a pu être considérée comme la poliade de Carthage, Melqart jouant ce rôle à Gadès — lieu où il possédait un temple réputé —, tout comme Sid (Sardus Pater à l’époque romaine) en Sardaigne[124].
Le panthéon, qui possède un nombre relativement élevé de divinités[125], est dominé par Ba'al Hammon en Afrique du Nord et souvent accompagné de Tanit (face de Ba'al) comme parèdre. Ba'al et Tanit ont vraisemblablement acquis des caractères spécifiques en Afrique du Nord car, en Orient, les caractères de Ba'al diffèrent de ceux de la divinité carthaginoise alors qu’Astarté, qui était sa parèdre en Orient, semble plus effacée dans la sphère carthaginoise, même si son culte est avéré[126].
On observe donc une certaine continuité religieuse, les anciens dieux phéniciens étant toujours vénérés chez les Carthaginois, comme Astarté, déesse de la fécondité et de la guerre, Eshmoun, dieu de la médecine, et Melqart, dieu phénicien de l’expansion et de l’enrichissement de l’expérience humaine. Melqart adopte pour sa part des caractères du héros grec Héraclès. Ba'al Hammon, originaire de Phénicie, est aussi influencé par des apports égyptiens ; Ammon était connu en Libye et dans pratiquement toute l’Afrique du Nord, et il fut assimilé à un dieu local dont la représentation était également un bélier. Ce dieu et son culte étaient en relation avec le feu et le soleil. À l’époque romaine, le culte de Ba'al a adopté des traits de Jupiter, dieu majeur du panthéon romain. Il avait toujours cours à l’arrivée du christianisme.
Enfin, au moins un culte grec, celui de Déméter et Coré, lié à la fertilité et à la moisson, apparaît dans la culture carthaginoise à l’occasion de la guerre gréco-punique. Selon Diodore de Sicile, lors du saccage du temple de ces déesses à Syracuse en 396 avant J.-C., des calamités s’abattirent sur l’armée carthaginoise. De ce fait, les autorités décidèrent l’introduction de leurs cultes afin que les divinités obtiennent réparation. Il existe également des indices d’un culte de la déesse égyptienne Isis[127].
Les divinités du panthéon punique étaient particulièrement honorées aux moments importants de l’histoire, par exemple pour rendre grâce du succès d’une expédition maritime ou favoriser une entreprise militaire à venir.
Les lieux de culte sont des constructions spécifiques ou des espaces aménagés. Plusieurs temples urbains ont été retrouvés dans des endroits divers ; leur emplacement n’obéissait donc pas à une règle précise. Ceux situés en bord de mer bénéficiaient de leur contact avec les étrangers (offrandes, ex-votos, donation, etc.). On a également découvert des sanctuaires dans des grottes.
La religion était une affaire d’État à Carthage ; même si les prêtres n’intervenaient pas directement dans la politique intérieure ou extérieure, ils jouissaient d’une grande influence sur une société profondément religieuse. Les cultes étaient structurés par une hiérarchie de prêtres dont les plus hautes fonctions étaient occupées par les membres des familles les plus puissantes de la cité[128]. Toute une société semble avoir été attachée aux temples : serviteurs, barbiers, esclaves. Les fidèles pouvaient acheter des ex-voto dans des dépendances du lieu de culte[129]. Dans un certain nombre de temples[130] existait une prostitution sacrée, masculine et féminine, définitive ou seulement provisoire.
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Les cultes jouaient un rôle économique important grâce aux offrandes (comme les viandes et autres denrées) aux dieux et aux prêtres. Le sacrifice avait aussi un poids significatif : des « tarifs » étaient définis pour chaque type de sacrifice en fonction de chaque demande, dont plusieurs exemples ont été conservés ; l’un d’entre eux est exposé au musée Borély de Marseille. Les sacrifices avérés dans ces documents sont variés : animaux, petits (oiseaux) ou grands (bœuf), mais aussi végétaux, aliments ou objets. Après le partage du produit du sacrifice entre divinité, prêtre et fidèle, une stèle était érigée en guise de commémoration[131].
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La question du tophet est centrale dans la polémique, de par la faiblesse des sources qui fait la part belle aux interprétations les plus diverses. Il y eut notamment l’identification du tophet avec le rituel du moloch, relaté par les auteurs anciens comme étant un sacrifice d’enfants. Dans divers tophets, les archéologues ont retrouvé des stèles en grand nombre avec des inscriptions stéréotypées évoquant la réalisation d’un vœu ou un remerciement :
« À la grande dame Tanit Péné Ba'al et au seigneur Baal Hammon, ce qu’a offert [un tel], fils d’[un tel], qu’ils [Ba'al] ou qu’elle [Tanit] entende[nt] sa voix et le bénisse[nt][132]. »
Ces textes restent cependant peu explicites et surtout répétitifs[133].
En dépit de sources antiques à charge, il faut relever l’absence d’indications dans certains des textes essentiels, comme Tite-Live. Ce silence peut surprendre car les Romains n’avaient aucun intérêt à cacher un argument qui aurait justifié le sort réservé à Carthage[134]. Le débat sur le sacrifice des enfants dans la civilisation punique n’est toujours pas tranché, la science n’étant capable ni de donner les causes des décès d’après les ossements contenus dans les urnes ni de dire si ce lieu était autre chose qu’une nécropole pour enfants.
Les cultes et leur pratique ont laissé des traces visibles dans les différentes colonies phéniciennes de Méditerranée occidentale, devenues carthaginoises, mais aussi chez les peuples entrés en contact avec cette civilisation, comme les Berbères de Numidie et de Maurétanie et les Ibères.
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On note une différence entre la religion d’État et la croyance populaire, en raison des amulettes et autres talismans à des fins de protection contre les démons ou les maladies, révélant une forte influence égyptienne. De même, on remarque un culte des divinités égyptiennes, comme le dieu nain Bès, parmi les classes populaires. Ainsi, de nombreux objets retrouvés dans les fouilles avaient pour but la protection des vivants et des morts (masques, amulettes figurant Bès mais aussi rasoirs). La magie imprégnait la vie ; elle était blanche mais aussi noire afin d’écarter des rivaux potentiels[135].
Le culte des ancêtres était probablement observé au sein des foyers mais il reste relativement obscur. Des interdits alimentaires, en particulier celui du porc, eurent cours jusqu’au début du IVe siècle[136].
Les Puniques avaient foi en une vie après la mort, comme l’attestent des chambres mortuaires — même si l’incinération était aussi pratiquée — où les défunts préparés pour leur vie dans l’au-delà étaient accompagnés d’offrandes en nourriture et en boissons. Leur tombe était décorée comme une demeure et l’on parfumait le tombeau avant de le refermer. Certains morts étaient couchés selon le rite oriental alors que d’autres étaient en position fœtale, selon la tradition berbère, et enduits d’ocre, démontrant une influence locale sur la religion carthaginoise, au moins en Afrique du Nord. De même, on a retrouvé dans des tombes puniques aux îles Baléares des statuettes typiques de la culture locale.
Civilisation exogène et métissée
La vie culturelle de cette civilisation, que certains ont appelée thalassocratie du fait de son rapport étroit et durable avec la mer, résulte du mélange des influences indigènes, phénicienne, grecque mais aussi égyptienne.
L’art phénicien est un subtil mélange d’éléments grecs et égyptiens. Si la culture égyptienne a profondément influencé les Phéniciens dès le IIIe millénaire av. J.-C., la culture hellénique a pris le relais à partir du IVe siècle av. J.-C.. La culture phénicienne émerge à partir de l’effondrement égyptien, à la suite de l’invasion des Peuples de la mer en 1200 av. J.-C.. Avant son existence, elle était confondue dans l’aire syro-libanaise (Pays de Canaan). D’ailleurs, certains Puniques d’Occident se nommeront Cananéens longtemps après l’absorption de l’empire carthaginois par les Romains. En effet, du fait de la position géographique de Carthage et alors que les Phéniciens sont présents dans l’Occident méditerranéen, la cité punique cristallise et regroupe cette présence, la transformant en empire, tout en favorisant l’essor de la colonisation.
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L’art punique, celui des Phéniciens d’Occident, montre des composantes égyptiennes comme le travail du verre — avec les petits masques de verre des tombes puniques spécifiques à la mentalité phénicienne et qui servent à repousser loin du mort les mauvais esprits ou démons — et des motifs comme le lotus que l’on retrouve sur des objets ou sur la décoration de bâtiments. En outre, à partir du IVe siècle av. J.-C., apparaissent des traces d’influence hellène se superposant aux influences égyptiennes et s’ajoutant à la culture phénicienne primitive.
Le mausolée libyco-punique de Dougga occupe une place particulière car il symbolise le syncrétisme architectural entre traditions égyptiennes et apports grecs, voire hellénistiques[137]. Il subsiste d’autres témoins de cette architecture funéraire monumentale comme à Sabratha.
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La sculpture évolue d’un style hiératique, presque symbolique, vers une esthétique plus figurative mais idéalisant la perfection. L’éphèbe de Motyé, un marbre du Ve siècle av. J.-C. découvert lors de fouilles terrestres en 1979, témoigne de ce contact avec le monde grec de Sicile. Cette statue a donné lieu à diverses thèses : certains y ont vu une représentation de Melqart avec une nette influence grecque alors d’autres chercheurs considèrent la statue comme une œuvre grecque transportée à Motyé à la suite d’opérations militaires. D’autres encore l’identifient comme une commande à un artiste grec de Sicile du Ve siècle av. J.-C. mais selon les canons carthaginois, en particulier sur le plan vestimentaire[138] ; on a même évoqué un rôle d’aurige voire un commanditaire de jeux[139]. L’ambiguïté des canons de cette œuvre entraîne « une perte des repères habituels, source d’inconfort intellectuel et esthétique »[140]. Le sarcophage dit « de la prêtresse » de la nécropole des rabs montre également ces influences mêlées.
Les canons esthétiques des protomés indiquent le même métissage et les critères à l’origine des choix des artisans restent difficiles à appréhender. Les statuettes d’Ibiza révèlent quant à elles une influence locale sans doute liée au relatif isolement de l’île[141].
Métropole située entre Orient et Occident, Carthage a globalement joué un rôle facilitateur d’échanges économiques et culturels, révélant une grande porosité aux apports extérieurs[142].
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La civilisation punique a perduré bien au-delà de la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., dans les institutions locales des cités romaines, dans l’architecture et surtout dans la religion et dans la langue. On constate la présence de suffètes, magistrats municipaux, dans les institutions des cités romaines d’Afrique du Nord jusqu’au IIe siècle[143]. Parfois, les suffètes étaient au nombre de trois, ce qui est considéré par certains sémitisants comme un apport berbère.
Les persistances dans l’architecture concernent surtout l’opus africanum et la mosaïque. L’opus africanum est un type de construction à chaînage retrouvé dans les fouilles de Kerkouane ainsi que sur bien d’autres sites puniques, et dont l’un des exemples de l’époque romaine se situe au Capitole de Dougga. Quant à la mosaïque, l’école de mosaïstes africains, particulièrement habile et bénéficiant en outre de marbres de belle qualité, a largement diffusé ses modèles de bestiaires et de scènes mythologiques dans l’Empire romain.
Dans le domaine religieux, la persistance du culte rendu à Saturne africain[144] et l’interpretatio romana du Ba'al punique ainsi que de sa parèdre Caelestis, transposant la déesse Tanit[145], a été étudiée ; le culte de Sardus Pater en Sardaigne procède de la même évolution. Les sanctuaires ruraux se sont maintenus, comme à Thinissut et à Bou Kornine. Le sanctuaire néo-punique le plus important fouillé jusqu’à présent, et ayant livré les témoignages les plus intéressants de fusion d’éléments libyques et puniques, se trouve à El Hofra (Cirta). On a découvert des éléments de continuité dans les stèles dites « de la Ghorfa » ainsi qu’une vitalité du Saturne africain, dieu infernal et pourvoyeur des moissons, jusqu’à la fin du premier quart du IVe siècle[146].
La transmission des « livres puniques » des bibliothèques de la cité martyre vers les souverains numides[147] a fait l’objet d’âpres discussions, leur utilisation par Salluste lors de l’élaboration de sa Guerre de Jugurtha ayant été évoquée. Cependant, on perd très vite la trace de ces ouvrages dans les sources ; ils ne sont plus évoqués que comme souvenir dès Augustin d’Hippone[148].
Il semble également que durant longtemps la langue punique s’est maintenue, comme en témoignent les textes dits « néo-puniques » et la diffusion de la langue dans les royaumes numides, en particulier dans leur monnayage[149]. Augustin l’évoque même dans l’une de ses œuvres[150]. Ce maintien d’une langue sémitique a pu faciliter l’arabisation du Maghreb selon Stéphane Gsell et M'hamed Hassine Fantar après lui[151].
Naissance et essor d’une discipline
L’intérêt pour le monde phénico-punique est né au XVIIe siècle — avec en particulier le rôle des Phéniciens appréhendé dans la Geographia sacra de Samuel Bochart — mais s’est épanoui surtout aux XVIIIe ‑ XIXe siècles, sous l’angle de l’épigraphie et de la philologie. C'est au XVIIIe siècle qu’a été découverte la stèle de Nora qui fit l’objet de nombreuses études.
Au XIXe siècle, dans le contexte de colonisation contemporaine, de vastes fouilles sont effectuées dans les pays du Maghreb, axées surtout sur l’époque romaine et byzantine, les vestiges de la période antérieure étant moins impressionnants et n’obéissant pas à l’idéologie sous-jacente à ces recherches. Néanmoins, au début du XXe siècle des découvertes majeures ont lieu comme le tophet de Carthage en 1921 et, avant cette date, il faut signaler le rôle pionnier de Joseph Whitaker à Motyé.
Après la dernière période de l’occupation coloniale, avec l’arrivée de chercheurs (comme Gilbert-Charles Picard), la vague des indépendances à partir de 1956 permet l’éclosion d’une école de recherches en Tunisie, représentée notamment par M'hamed Hassine Fantar et Abdelmajid Ennabli. Les fouilles depuis la Libye jusqu’au Maroc, ainsi qu’en Espagne (îles Baléares et Andalousie) et en Italie avec les recherches en Sicile et surtout l’étude à visée exhaustive de la Sardaigne phénico-punique, élargissent considérablement la problématique[152].
Depuis la fin des années 1970 et la naissance du Congrès international des études phéniciennes et puniques, les savants des divers pays de l’espace punique mettent en place une synergie dans leurs axes de recherche, en particulier les chercheurs italiens de l’Université La Sapienza de Rome (à la suite de Sabatino Moscati), et leurs collègues espagnols et tunisiens.
Stéphane Gsell, dans le tome IV de sa monumentale Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, a des mots très durs sur la civilisation carthaginoise :
« Pour sa part, Carthage a fort peu contribué à la civilisation générale. Son luxe n’a guère été utile à l’art. Nous avons dit ce que son industrie, qui n’inventa rien, se traîna dans la routine, et dont la technique même est soit médiocre, soit mauvaise[153]. »
Les avancées de l’archéologie depuis la seconde moitié du XXe siècle ont permis de nuancer ce propos, qui reste celui d’un homme marqué par le classicisme, car la civilisation carthaginoise n’entre pas dans ce schéma d’une domination des arts majeurs[154] et ne pouvait que difficilement être appréhendée par un savant du premier tiers du XXe siècle, qui a par ailleurs œuvré à la faire sortir de l’oubli.
Les nombreuses expositions ayant eu lieu à partir des années 1980, depuis celle du Palazzo Grassi en 1988 pour ne citer que la plus marquante jusqu’à celle de l’Institut du monde arabe[155]en 2007-2008, démontrent l’intérêt du public pour une civilisation ouverte sur les autres, « entre Orient et Occident » selon Serge Lancel et en ce sens très contemporaine, malgré son « identité ambigüe ».
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Civilisation carthaginoise (7).
On trouve aussi de petites tablettes en ivoire sculpté, matériau souvent remplacé par de l’os, d’un coût moindre. L’influence orientale ancienne, voire égyptienne, est récurrente dans ces artefacts fréquents sur les divers sites de Méditerranée tant orientale qu’occidentale. Un grand nombre d’objets de cette nature date des VIIIe ‑ IVe siècles av. J.-C.[104]. et la présence dans les mêmes lieux d’ivoire à l’état brut suggère une fabrication locale
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De nombreux rasoirs de bronze ou de fer ont été découverts dans les nécropoles ultérieures au VIIe siècle av. J.-C.. De tels objets ont été liés à une symbolique de purification des défunts. Ils exerçaient une fonction religieuse, voire talismanique[105] et ont pu être destinés à être suspendus, du moins pour ce type de matériel présent dans le monde ibérique.
En outre, à partir du Ve siècle av. J.-C., une décoration s’est fait jour. Ces dessins — parfois figurés sur les deux faces dans le cas des exemplaires tardifs — témoignent d’influences variées, essentiellement égyptienne ou égéenne. La production a pu atteindre des développements autonomes dans les diverses régions des possessions carthaginoises, démontrant de réelles capacités créatives[106].
Selon une légende relatée par Pline l’Ancien[107], le verre a été inventé par les Phéniciens, qui en auraient conservé le secret de fabrication durant une longue période. En fait, ils ont sans doute développé la technique du soufflage et surtout commercialisé leur production à une large échelle[108], ce qui aurait permis la naissance de la légende.
Les découvertes sont assez fréquentes sur les sites archéologiques[109], tant en Occident qu’en Méditerranée orientale. Les objets les plus typiques sont de petits masques à figure humaine et à faciès varié, destinés à être insérés dans des colliers comportant de petites billes de verre ; il existait aussi de petits pots à onguent ou à parfum. Les pièces les plus remarquables sont colorées dans la masse.
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| Tête d’homme barbu en pâte de verre au Musée du Louvre (IVe ‑ IIIe siècles av. J.-C.) |
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Les monnaies carthaginoises apparaissent tardivement : elles ne datent pas d’avant 480 voire 430 av. J.-C.[110].
Les éléments qui y sont figurés témoignent d’une grande diversité des thèmes abordés dans les monnayages carthaginois d’Afrique, de Sicile, de Sardaigne, de la péninsule ibérique et sur les trois derniers siècles d’existence de la métropole. La glyptique était quant à elle très répandue et issue d’une très longue tradition orientale : on a retrouvé des sceaux en nombre dans les nécropoles puniques, tout en constatant une certaine dégénérescence à partir de la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C.[111].
Langue et littérature
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La langue phénicienne a servi de liant et de fonds linguistique et culturel commun aux Phéniciens d’Occident[112], dont le centre était Carthage la punique. Cette langue, utilisée par les élites comme par les populations des régions sous influence punique — Numides et Berbères du Maghreb (comme au Maroc) mais aussi Ibères et autres populations du royaume de Tartessos (dans le sud de l’Hispanie) —, était véhiculée en profondeur dans leurs territoires.
Elle a perduré, malgré la prépondérance du latin, jusqu’à l’arrivée des envahisseurs arabes au VIe siècle. À cette date, cette langue déclinante était devenue un patois local, au moins dans certaines régions. Corollaire de la langue, l’alphabet phénicien, ancêtre de l’alphabet grec, s’est répandu dans tout le bassin méditerranéen jusqu’à devenir le vecteur de la pensée des peuples de la sphère punique. Cette écriture sans voyelles s’est modifiée après l’implantation romaine en Afrique du Nord, tendant à inclure des voyelles. Son aspect s’est différencié dans le temps et selon les régions. Au IVe siècle, l’alphabet latin était utilisé pour transcrire la langue punique[113].
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La littérature carthaginoise ne nous est pas parvenue, mais on sait qu’il existait à Carthage de nombreuses bibliothèques, ce qui induit une certaine production littéraire ou à tout le moins une diffusion de la littérature de l’époque, en particulier celle de langue grecque[114]. La philosophie était répandue dans le milieu punique, certains noms sont connus par ce qu’en disent Diogène Laërce ou Jamblique de Chalcis[115] ; le plus célèbre philosophe d’origine carthaginoise est sans conteste Clitomaque.
Il existait une littérature de droit, d’histoire, de géographie, même si tout cela a été perdu. Toutefois, on a conservé des fragments de l’important traité d’agronomie de Magon, qui influença fortement les Romains : la preuve en est que la traduction en latin a été décidée par les conquérants au lendemain de la prise de la cité[114]. Les auteurs romains postérieurs en citent des extraits et ne tarissent pas d’éloges à son sujet (Pline l’Ancien[116], Varron[117] et Columelle[118],[119]). Le récit du périple de Hannon, même s’il s’agit d’un texte rédigé en grec, doit être la traduction d’un texte punique probablement affiché dans un temple[120]. Cependant, difficile d’interprétation, le document suscita de nombreuses polémiques.
De nombreuses stèles fournissent cependant tout un corpus d’inscriptions, notamment les stèles trouvées en quantité dans les tophets, dont celui de Carthage. Ces textes ont été collectés au sein du Corpus Inscriptionum Semiticarum[121]. Mais ils apparaissent très stéréotypés et apportent peu à la connaissance de la cité. En outre, ils ne livrent guère d’informations sur l’onomastique, les noms propres connus étant en nombre limité.
Par ailleurs, les archéologues ont mis au jour un petit nombre de documents appelés « tarifs de sacrifices », qui étaient placés dans les temples[120]. Le plus connu d’entre eux est le « tarif de Marseille », ainsi nommé car il fut retrouvé dans le port de cette ville. En dépit de sa localisation, il est, selon les spécialistes, d’origine carthaginoise. Il faut également citer comme inscription particulière le cas des lamelles de Pyrgi découvertes à Caere, en Italie, qui offrent un éclairage sur les relations entre Étrusques et Puniques au VIe siècle av. J.-C..
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Grotte de la Bonne-Femme.
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| Grotte de la Bonne-Femme | |||
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| Entrée de la grotte de la Bonne-Femme | |||
| Coordonnées | |||
| Pays | | ||
| Région | Rhône-Alpes Ain | ||
| Localité voisine | Brégnier-Cordon | ||
| Géolocalisation sur la carte : Ain | |||
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La grotte de la Bonne-Femme est une grotte du versant Nord du mont de Cordon, sur la commune de Brégnier-Cordon (Ain), à proximité du hameau de Cuchet (commune de Murs-et-Gélignieux). Elle s'ouvre au-dessus du niveau de l'ancien lac de Pluvis.
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Histoire
Fouillée en 1884 puis en 1910 par Joseph Tournier, elle a révélé une occupation au Paléolithique supérieur (Magdalénien), avec deux foyers séparés par un intervalle de 40 cm. On y a découvert plus de mille silex1, notamment des lamelles à bord abattu, des pointes de la Gravette et une pointe de Teyjat2. Ces objets sont majoritairement conservés au Grand Séminaire de Belley.
Les alentours immédiats du site ont été bouleversés par l'aménagement du canal de dérivation de Brégnier-Cordon, qui traverse le lac de Pluvis depuis 1981.
Protection
La grotte préhistorique de la Bonne-Femme fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 13 juin 19133.
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Tour Areva.
| Tour Areva (CB1) | |||
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| Localisation | |||
| Coordonnées | |||
| Pays | | ||
| Localité | Courbevoie | ||
| Quartier | La Défense | ||
| Présentation | |||
| Construction | 1972 - 1974 | ||
| Usage(s) | Bureaux | ||
| Hauteur | |||
| Hauteur du toit | 178 m (depuis le RdC), 205 m depuis les fondations | ||
| Détails | |||
| Nombre d'étages | 44 + 5 niveaux inferieurs | ||
| Superficie | 120 000 m² (dont 100 000 m² pour les bureaux) | ||
| Nombre d'ascenseurs | 23 + 2 monte charges | ||
| Personnes en rapport | |||
| Architecte(s) | Roger Saubot, Francois Jullien | ||
| Géolocalisation sur la carte : France | |||
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La tour Areva (anciennement tour Fiat jusqu'en 1995, puis tour Framatome) est un gratte-ciel de bureaux situé dans le quartier d'affaires de La Défense, en France (précisément place Jean Millier, à Courbevoie).
Construite en 1974, elle mesure 184 m de haut. À son achèvement, elle était la plus haute tour de la Défense. Elle est désormais dépassée par la tour Total et la tour T1. Il s'agit d'une des tours emblématiques de la 2e génération de tours de la Défense.
Elle prend la forme d'un parallélépipède noir. Sa façade est recouverte de granite sombre, ses fenêtres sont fumées et s'élargissent avec l'altitude pour limiter l'effet de hauteur. Les architectes auraient été inspirés pour cette forme par les monolithes présentés dans le film 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick.
Le projet initial prévoyait une tour jumelle qui aurait dû être construite à l'emplacement de l'actuelle tour Total.
L'emplacement de la tour Areva dans le plan-masse de la Défense avait pour nom de code "CB1".
Patrick de Gayardon a sauté "officiellement" de la tour Fiat en Base Jump en 1987, fait peu commun car les sauts urbains sont très rarement autorisés en France.
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Autres détails techniques
- Surface au sol : 54,56 x 42,64 m2
- Surface latérale : 34 600 m2
- Poids du bâtiment : 145 000 tonnes
- Poids de l'acier : 5 000 tonnes
- Poids du granit des façades : 4 000 tonnes
- Volume du béton utilisé : 45 000 m3
- Nombre de baies vitrées : 2 880
- Air utilisé par la climatisation : 18 000 000 m3⋅/heure
Iconographie
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Vue du parvis de la Défense
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Civilisation carthaginoise (6).
La réussite de Carthage s’explique aussi par ses prouesses en matière d’agronomie. Les Carthaginois sont parvenus à développer les techniques agricoles parmi les plus efficaces de l’Antiquité puisque celles-ci furent reprises par les Romains à travers la traduction en latin du traité du punique Magon[88]. Columelle a conservé des fragments de l’œuvre punique, dont un processus de vinification[89]. La plantation des oliveraies obéissait à des règles précises, en particulier l’espacement entre les plants, règles parfois encore respectées de nos jours.
Le matériel agricole jouait un rôle important dans l’amélioration de la production, comme en témoignent les représentations de charrues, notamment sur une sculpture retrouvée sur le territoire de la Libye actuelle[90], ce qui n’a pas manqué de trancher avec la production libyenne traditionnelle[91].
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La pêche était une activité répandue à l’époque punique et, outre des productions de salaisons et de murex, il est établi que ce sont les Phénico-puniques qui ont répandu l’usage du garum dans le bassin méditerranéen. Cette sauce à base de poissons gras, utilisée en cuisine et dans un but médicinal, était produite à grande échelle au sein d’installations retrouvées sur un certain nombre de sites[92]. La production et la commercialisation du garum se sont poursuivies largement à l’époque romaine.
Art et artisanat
L’essentiel des éléments conservés jusqu’à nos jours est lié à un usage funéraire. D’autres sculptures existent, mais de taille réduite, comme la Dame de Galera ou le protomé de lion de Sant’Antioco.
Les cippes et stèles, parfois en forme de bétyles ou « maison du dieu », laissent apparaître une évolution stylistique. Sculptés dans le grès au départ, ces éléments sont conçus par la suite en calcaire, parfois flanqués d’acrotères et de motifs incisés à l’influence grecque marquée : motifs animaliers, végétaux, humains et surtout symboles. À partir des Ve et IVe siècles av. J.-C., on voit la diffusion du motif dit « signe de Tanit » qui se retrouve sur bien d’autres supports. On l’a cru présent uniquement en Méditerranée occidentale, mais les recherches actuelles témoignent d’une présence sur les sites du Levant[93]. D’autres motifs ont pu être reconnus ainsi celui de l’idole-bouteille. On distingue des différences locales, en particulier à Motyé, où les représentations humaines sont plus précoces et plus généralisées qu’à Carthage[94].
Les sarcophages sont très représentatifs du métissage propre aux Phénico-puniques : le type anthropoïde originellement présent en Phénicie a évolué en Méditerranée occidentale. Outre en Afrique, des exemples bien conservés ont été retrouvés en Sicile et dans la péninsule ibérique. Au IVe siècle av. J.-C., le type change en Tunisie pour figurer au-dessus une statue du défunt[95]. Les sarcophages de Sainte-Monique, dénommés du prêtre et de la prêtresse et conservés au Musée national de Carthage, sont particulièrement intéressants par le traitement du drapé et l’attitude des deux personnages : le prêtre a la main droite levée en un geste de bénédiction[96], la prêtresse tient pour sa part une colombe ; les mains gauches des deux personnages portent un vase à encens à l’usage liturgique connu, d’où le nom donné à ces œuvres[97].
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| Stèle du tophet de Nora exposée au musée archéologique de Nora | Dame de Galera datant du VIIe siècle av. J.-C. et exposée au Musée archéologique national de Madrid | ||
| Lion de San Antioco (Sardaigne) datant du IVe siècle av. J.-C. et exposée au musée Barracco de Rome |
La production des terres cuites, très variée, consistait en des masques grotesques aux traits marqués, d’origine sans doute levantine[98]. Les formes en sont diverses ; les rides et les bouches déformées s’accompagnent parfois de motifs géométriques. Des masques aux traits négroïdes caractérisés ont également été retrouvés. Destinés à être suspendus, ces masques avaient une fonction apotropaïque : ils étaient censés chasser les démons.
Il existait aussi des protomés représentant la partie supérieure de corps d’hommes ou de femmes. Le style de ce type de produits est divers, à la fois égyptien mais également grec à partir du VIe siècle av. J.-C., et on en a établi une classification[99].
| Masque provenant de Carthage au département des antiquités orientales du Musée du Louvre, fin du VIIe-début du VIe siècle av. J.-C. | |||
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La production de coroplastie ou coroplathie était répandue dans nombre de sites puniques, de l’Afrique du Nord aux îles Baléares en passant par la Sicile et la Sardaigne. Il s’agit de figurines moulées, tenant des objets (des tambourins par exemple) ou de petits animaux ; des stéréotypes phénico-puniques cohabitent avec d’autres stéréotypes hellénisants, voire liés à une production locale[98]. La technique a été également utilisée pour des pièces de dimension variable, à usage religieux, y compris après la chute de Carthage. On en a découvert plusieurs exemplaires dans les fouilles du sanctuaire de Thinissut au cap Bon (petite sculpture de Ba'al Hammon encadré par deux sphinges mais également de belles représentations de grande taille de Tanit « léontocéphale » et de Déméter).
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Les Puniques étaient des artisans spécialisés et reconnus. Les Grecs leur donnaient la réputation de vendre des bibelots, verroterie fabriquée par les artisans en échange de produits de valeur comme les matières premières issues des régions qu’ils abordaient avec leurs navires. Ainsi, nombre d’objets et de bibelots phéniciens d’inspiration diverse (grecque, égyptienne, etc.) ont été découverts sur les sites qu’ils fréquentaient. Les nécropoles qui ont fait l’objet de fouilles archéologiques depuis le XIXe siècle ont livré un matériel important et varié qui dénote un artisanat développé[100] : travail des métaux avec en particulier des exemples de rasoirs de bronze ornés le plus souvent de motifs gravés, petits masques de pâte de verre à fonction apotropaïque qui ornaient des colliers, ivoires et os gravés mais aussi bijoux.
Pour la poterie utilisée dans la vie quotidienne, hors contexte religieux, les fouilles ont livré des céramiques à but alimentaire ou culinaire et aussi des lampes à huile dont les formes démontrent une production stéréotypée et rationalisée ; des exemples de vases-biberons ont aussi été retrouvés.
Si, à partir du IIIe siècle av. J.-C., on voit nombre d’imitations d’importations grecques, il persiste une production typique dénommée « moules à gâteaux »[101].
Les fouilles des nécropoles de Carthage ont mis au jour des maquettes représentant des éléments de la vie quotidienne : un four à pain de type tabouna, déposé au Musée national de Carthage, mais aussi de petites pièces de mobilier qui permettent d’imaginer l’intérieur des habitations.
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De nombreuses amulettes d’os, de pâte de verre et de pierre ont été retrouvées dans les sépultures, essentiellement de femmes et d’enfants, ayant pour objet de protéger les défunts au moyen de rites magiques. Elles étaient importées (surtout d’Égypte) ou fabriquées sur place. Certains thèmes sont récurrents, comme le dieu égyptien Bès, mais aussi Horus ou l’œil Oudjat[102].
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De somptueux bijoux d’or, d’argent et de pierres dures proviennent des nécropoles. Liée à la structure du commerce phénico-punique et issue d’une longue tradition orientale, cette production consiste en des colliers très chargés et lourds, mais aussi en des bagues, anneaux d’oreille ou de nez (dits aussi nezem) significatifs de l’apparence qui devait être celle des Puniques, aspect largement raillé dans les sources classiques. Des scarabées ont également été découverts ainsi que des étuis porte-amulettes à la fonction protectrice évidente[103].
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Civilisation carthaginoise (5).
Les suffètes étaient assistés par un « Conseil des Anciens » : les textes évoquent les « Anciens de Carthage » tout comme à Lepcis Magna on mentionne encore en pleine époque romaine les « Grands de Lepcis »[73]. Ce Conseil a été assimilé au Sénat, les membres étant dénommés dans les diverses sources gerontes ou seniores.
Le Sénat, probablement composé par les membres des familles influentes, compta sans doute plusieurs centaines de membres[74]. Il avait compétence pour toutes les affaires de la cité : guerre, paix, diplomatie, etc. Les généraux rendaient compte de leurs actes devant cette assemblée, qui avait le dernier mot. On ne sait toutefois pas si les suffètes étaient élus par ces oligarques ou par l’ensemble du peuple.
En outre, Aristote est le seul à mentionner un conseil restreint, les « Cent-Quatre » ou les « Cent »[75], et les « pentarchies ». Ces institutions sont mal connues, la première ayant reçu, sur la base d’un texte de Justin, un rôle judiciaire[76].
Une assemblée du peuple est citée dans le texte d’Aristote et, si l’on en croit Polybe, elle avait pris du pouvoir durant le IIIe et le IIe siècles av. J.-C.[77]. Ce pouvoir était sans doute grand ; le même auteur parle d’une corruption largement diffusée pour l’obtention des magistratures[78] et des commandements militaires. Certaines affaires étaient évoquées devant cette assemblée en cas de désaccord entre les institutions à forme oligarchique, même si ces assertions ne sont étayées par aucune preuve archéologique.
On suppose que seuls les hommes libres y étaient admis et certaines sources, dont Diodore de Sicile, font état d’une réunion sur l’agora de la cité[79].
Ces inconnues ne permettent donc pas de déterminer quel était le degré de démocratie dans l’ancienne Carthage. Cependant, il semble acquis que les principales familles de marchands exerçaient l’essentiel du pouvoir.
La société carthaginoise était très stratifiée : une aristocratie d’origine tyrienne devait détenir l’essentiel du pouvoir économique, politique et religieux ; le reste de la population se partageait entre une proportion inconnue d’artisans et de commerçants et un prolétariat hétéroclite composé d’esclaves mais aussi de populations natives, voire puniques. La place des femmes reste encore sujette à débat.
L’aristocratie carthaginoise avait comme caractéristiques son origine tyrienne, sa fortune liée à des fonctions d’armateurs puis de propriétaires fonciers, son rôle dans les magistratures et un mode de vie particulier dans un habitat luxueux (au cap Bon ou dans le quartier de Mégara).
Au sein de cette aristocratie devaient se recruter les prêtres, qui formaient une classe très organisée mais ne jouaient aucun rôle politique. Le sacerdoce pouvait être également exercé par les femmes. Leur habillement est connu notamment grâce à la Stèle du prêtre à l’enfant ; le personnage identifié comme le célébrant porte une robe de lin et une coiffe particulière qui couronne une tête rasée.
Les classes populaires sont méconnues mais on suppose qu’elles étaient formées d’hommes libres et d’esclaves pouvant être attachés à une personne ou à l’État. En outre, on trouvait dans les cités carthaginoises un certain nombre d’étrangers issus de l’ensemble du bassin méditerranéen[80].
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En dépit des personnalités fortes et des destins tragiques comme ceux de Didon-Elissa, Sophonisbe et l’épouse d’Hasdrubal le Boétharque, les femmes à Carthage apparaissent peu dans les sources disponibles. Quoique marquée par un caractère patriarcal, la société carthaginoise accorde une relative indépendance aux femmes : l’étude des stèles du tophet de Carthage a mis en évidence des sacrifices effectués par des femmes en leur propre nom[81]. De surcroît, il semble que nombre d’activités professionnelles leur étaient ouvertes.
Cette indépendance était toutefois tempérée par une certaine instrumentalisation des femmes au service de leur famille, au moment du choix de leur époux ou à des fins politiques, voire économiques : l’histoire de Sophonisbe est particulièrement évocatrice de cette sujétion, mariée successivement aux rois numides Syphax puis Massinissa[82]. Le contexte du mariage est peu connu et l’on ignore si la polygamie était pratiquée. En revanche, des cas de mariages mixtes figurent dans des sources et se retrouvent peut-être aussi dans des fouilles de sépultures multiples, avec un rite phénicien pour l’un des individus inhumés et africain pour un autre. Fille d’Hasdrubal Gisco, général carthaginois, elle épousa Syphax, roi de Numidie, sur ordre de son père afin de sceller une alliance entre Carthaginois et Numides.
Les populations autochtones sont encore plus difficiles à appréhender. Le contact avec les premiers navigateurs, même s’il est concevable au travers du commerce silencieux d’Hérodote au but commercial affirmé, s’est transformé en une relation qui peut se concevoir en termes de domination[83]. Il est avéré au travers de divers textes conservés que l’emprise carthaginoise a été lourde, tant au moment de la conquête qu’aux temps difficiles des guerres puniques, comme en témoignent les révoltes qui se sont succédé. Cependant, les populations natives de l’extérieur, en particulier sous l’égide de Massinissa, ont contribué à la chute de la cité en raison de leurs empiètements successifs durant la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C..
Économie
Carthage constituait un empire commercial, maritime, terrestre et agricole. De ce fait, le lien entre toutes les contrées, qu’elles soient puniques ou sous influence punique, se faisait par la mer grâce à la marine carthaginoise.
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Les Carthaginois, tout comme leurs ancêtres phéniciens, étaient d’excellents marins et commerçants. L’historien latin Pline l’Ancien écrit à leur propos que « les Puniques inventèrent le commerce »[84].
Comme Tyr, Carthage faisait le négoce des métaux, en recherchant surtout des matières premières qui lui ont permis d’asseoir sa richesse et de développer son réseau commercial : argent, mais aussi cuivre et étain en provenance des comptoirs du sud de l’Hispanie (royaume de Tartessos). Dans cette région, les mines étaient à la fois facilement exploitables et accessibles. L’étain se trouvait également dans les îles Cassitérides (actuelle Grande-Bretagne).
De manière secondaire, les Carthaginois ont importé et diffusé de petits objets manufacturés : céramiques grecques et étrusques mais aussi, dès le VIIe siècle av. J.-C. des éléments d’artisanat égyptien comme des amulettes. Le négoce se pratiquait aussi par caravanes mais ce type d’échange était beaucoup plus aléatoire et dangereux. Ce commerce terrestre permet d’expliquer certaines implantations, en particulier en Libye et dans le sud de la Tunisie actuelle. Le but des Phénico-puniques était d’exporter les métaux à l’état brut vers l’Orient ; jusqu’au VIe siècle av. J.-C., ils jouissaient d’un monopole du commerce et de la navigation en Méditerranée occidentale grâce auquel ils bénéficiaient d’un libre accès aux métaux, et aux ressources humaines et agricoles de régions entières.
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Les Carthaginois exportaient des produits manufacturés par leurs artisans ou importés : des céramiques, des objets en verre (spécialité phénicienne) ou encore du tissu teint en pourpre — spécialité phénicienne tirée du murex dont la préparation aboutit à cette couleur si prisée dans l’Antiquité —, travail de l’ivoire, bois et métaux (placage d’ivoire, d’orargent sur différents matériaux). En raison de leur caractère potentiellement périssable, il est parfois difficile d’identifier certains de ces produits d’exportation : les tissus, très réputés, n’ont pas laissé de traces archéologiques en dehors d’amas de murex ou de poids destinés à tendre les tentures. ou d’
Les voyages d’exploration s’expliquent par la recherche de minerais et de nouveaux débouchés commerciaux : l’étain de Grande-Bretagne et d’Hispanie, l’or ou d’autres matières premières en Afrique subsaharienne. Certains produits servant au négoce étaient fabriqués par les ateliers carthaginois.
À l’aube de la Première Guerre punique, Carthage contrôlait en Afrique du Nord un territoire d’environ 73 000 km2 — son hinterland, constitué par l’actuelle Tunisie, représentait alors un territoire dévolu à l’agriculture supérieur en superficie à celui de Rome et de ses alliés réunis, et reste l’une des zones agricoles de premier plan dans l’Empire romain — pour une population de près de quatre millions d’habitants. Une telle population nécessitait un approvisionnement régulier et un arrière-pays capable d’assurer une production suffisante en quantité et en qualité : une production de céréales destinée à toutes les couches sociales, mais aussi une production de fruits ou de viande destinée à une population plus aisée.
Ce territoire a été largement amputé par les attaques de Massinissa dans le dernier demi-siècle d’existence de la cité, pour se limiter à une superficie inférieure à 25 000 km2 en 146 av. J.-C.[16].
La zone occupée par Carthage en Afrique était très fertile car elle jouissait d’une pluviosité amplement suffisante pour la production agricole. Ces atouts ont été exploités par la suite dans la province d’Afrique romaine[85].
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Carthage a très vite instauré un partage des tâches entre des cultures à visée spéculative, dans les terres proches de la capitale, et les cultures céréalières laissées aux populations libyennes, ces dernières étant soumises à un tribut en nature dont le poids, en particulier durant les guerres puniques, a pu influencer le cours des événements en les poussant à la révolte[86]. La cité a développé son hinterland grâce à la culture de l’amande, de la figue, de l’olive, de la grenade — perçue comme un fruit punique par les Romains — et de la vigne, en plus du blé. Ces plantes étaient déjà présentes à l’état sauvage dans la région mais les Phéniciens y ont apporté des plants qui leur ont permis d’exporter dans tout le bassin méditerranéen : on trouve ainsi des traces de produits agricoles puniques jusqu’en Grèce.
L’élevage était pratiqué de longue date par les populations autochtones, en particulier celui des chevaux, des bœufs et des mulets[87].
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Félix Pécaut.
Félix Pécaut (3 juin 1828 - 31 juillet 1898) est un pédagogue français.
Inspecteur général de l'Instruction publique, Félix Pécaut fut chargé par Jules Ferry de fonder l'École normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses en 1880.
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Biographie
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Jean Pécaut, dit Félix, est né à Salies-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) le 3 juin 1828. Il est mort à Orthez le 31 juillet 1898, et enterré dans un village voisin à Salles-Mongiscard.
Il était le fils de Pierre Pécaut, part-prenant (portionnaire), puis administrateur de la Fontaine Salée (les salines de Salies).
Enfant, il fut voué à la religion protestante et fit ses études à la faculté de théologie de Montauban, mais refusa le pastorat à Salies, et préféra, grâce à son amitié avec Ferdinand Buisson qu'il rencontra à Neuchâtel (Suisse), se consacrer à l'éducation.
Après la guerre de 70, Jules Ferry l'envoie en mission en Italie pour enquêter sur la mise en place de l'instruction publique dans l'Italie réunifiée, puis il le prendra comme délégué à l'Éducation nationale dont il était le ministre.
Il fonde en 1880 l'École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, et en sera le premier directeur pendant seize ans.
À Salies-de-Béarn, sa ville natale, le collège porte son nom : le collège Félix-Pécaut.
Son œuvre
En tant que théologien il fut un partisan du libéralisme religieux ou christianisme libéral et partisan de la laïcité dans l'enseignement.
Comme éducateur après la guerre de 70, il s'agissait pour lui « d’instruire la démocratie naissante qui, pour la première fois, était appelée à se gouverner elle-même, et de lui donner une règle morale intérieure, un fond de raison pratique, une réserve d’énergie morale, une tenue de caractère, tout ce sans quoi il n’est ni d’hommes ni de peuples libres. » (Le Temps, 2 août 1898). Cette citation dispense de détailler longuement son œuvre. L'Association des Anciennes Élèves de Fontenay lui rendit de vibrants hommages en plusieurs occasions.
Il fut un des premiers dreyfusards. Alors qu'il était malade et rentré à Orthez, il prit le soin de démissionner de son titre d'Inspecteur de l'Instruction publique pour manifester son désaccord avec la frilosité du gouvernement. Ferdinand Buisson rendit public son dreyfusisme sur la tombe même de Pécaut le jour de son enterrement en août 1898, il deviendra ensuite un des premiers présidents de la Ligue des droits de l'homme, puis prix Nobel de la Paix.
Bibliographie
De Félix Pécaut
- Le Christ et la Conscience. Lettres à un pasteur sur l'autorité de la Bible et l'autorité de Jésus-Christ. Plusieurs éditions. Livre de scandale. Cherbuliez Paris et Genève, 1859. Réédité par Théolib en 2008. [1]
- De l’avenir du Théisme chrétien considéré comme religion (1864). Cherbuliez. Réédition Théolib 2005.
- De l’avenir du Protestantisme en France (1865). Cherbuliez.
- Le Christianisme libéral et le Miracle (1869). Cherbuliez. Réédité par Théolib dans un ouvrage intitulé "Le christianisme libéral", comprenant également des conférences de Ferdinand Buisson.
- De l’argument de l’Utilité morale en matière de Religion (1879). Paris. Fischbacher.
- Discours de MM. Pécaut, Ath, Coquerel fils et Colani sur une confession de foi proposée par M. Bois. Réédition Théolib 2008, avec les lettres au Synode de de Gaufrès, sous le titre "Discours et lettres au Synode".
- Les Lettres de Province, ou Études au jour le jour sur l’Éducation nationale. Journal Le Temps. 1871 à 1879.
- Deux mois d’enquête en Italie. Hachette 1880.
- L’Éducation publique et la Vie nationale (1897).
- Quinze ans d’Éducation (1902).
- Pages choisies et fragments inédits (1906).
Sources contemporaines
- Félix Pécaut, un apôtre de la laïcité, par Crestian Lamaison, Éd. Orthez, Cité du Livre, 2008.
- Félix Pécaut, exposé par Jean Labarthe, Éd. Amis du Vieux Salies, 1998.
- Les protestants et la république, de 1870 à nos jours par Patrick Cabanel, Complexe, 2000.
- Le Dieu de la République par Patrick Cabanel, Presses Universitaires de Rennes, 2003.
- Les bulletins du Centre d'Étude du Protestantisme Béarnais, CEPB[2], Pau.
- Le musée Jeanne-d'Albret, Orthez..
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Gilbert Ryle.
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Dans cet ouvrage, Ryle s'en prend au « mythe cartésien » du ego cogito, qu'il qualifie de « dogme du fantôme dans la machine ». Le tort de Descartes aurait été d'avoir tenté d'interpréter les conduites mentales comme le déroulement d'un processus mécanique, en établissant que les conduites non intelligentes ne peuvent provenir d'une causalité différente de celle des conduites intelligentes. Selon Ryle, un grand nombre d'activités manifestent des qualités d'esprit sans être pour autant des opérations intellectuelles, ni le résultat d'opérations intellectuelles. Il s'en prend à la théorie volontariste, implicite dans l'idéalisme cartésien, en élucidant la notion de volonté dans certaines expressions de la vie courante, incluant les connotations de responsabilité, de culpabilité, de résolution à agir... alors que très souvent l'involontaire est le résultat de contraintes imposées (cas de l'enfant qui est en retard au cours parce que l'autobus n'était pas à l'heure...). Inversement, le concept d'émotion mérite une élucidation plus ample : du sentiment à l'inclination, sans omettre la question du plaisir et du désir.
Ainsi, Gilbert Ryle se situe dans la même inspiration que Ludwig Wittgenstein.
Œuvres
- La Notion d'esprit (The concept of mind), 1949, réed. de l'University of Chicago Press, avec une introduction de Daniel Dennett, 2002, ISBN 0226732967, ISBN 9780226732961, texte anglais partiellement en ligne [1]
- Logic and Language, Oxford, 1952
- (en)Dilemmas, Cambridge University Press, 1954, ISBN 0521091152, ISBN 9780521091152, texte partiellement en ligne [2]
- Plato's Progress, Cambridge, Cambridge University Press, 1966; trad. française L'itinéraire de Platon par Jacques Follon, avec une présentation de Monique Dixsaut, Paris, Vrin, "Analyse et philosophie", 2003.
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Renaud Ier de Bourgogne.
Renaud Ier de Bourgogne (986-1057) fut 2e comte de Bourgogne (1er comte palatin de Bourgogne) de la Maison d'Ivrée au XIe siècle.
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Biographie
986 : naissance. Fils du Ier comte Otte-Guillaume de Bourgogne et d'Adélaïde Ermentrude de Reims et de Roucy (fille de Renaud de Roucy, comte de Reims et seigneur de Roucy et d'Albérade de Hainaut, fille du duc Gislebert de Lotharingie et de Gerberge de Saxe). Adélaïde de Reims était l'héritière du comté de Mâcon par son premier mariage avec Aubry II de Mâcon († 982).
995 : à l'âge de 20 ans, son père associe le frère aîné de Renaud de Bourgogne Guy Ier de Mâcon, né en 975, au pouvoir du comté de Bourgogne et du comté de Mâcon, en vue de sa succession.
1002 : âgé de 27 ans, Guy Ier de Mâcon devient comte de Mâcon.
1004 : Guy Ier de Mâcon meurt à l'âge de 29 ans. Son fils Otton II de Mâcon lui succède au titre de Comte de Mâcon. Otte-Guillaume partage ses terres : son fils Renaud reçoit les comtés d'Amous, Varais et Portois; Otton, son petit-fils reçoit le Mâconnais et l’Escuens. Otte-Guillaume conserve ses droits sur les comtés de la Bourgogne franque (Beaumont, Fouvent et Oscheret). Les comtes de Bourgogne conserveront pendant longtemps de nombreuses terres ou suzerainetés sur des comtés situés dans le duché de Bourgogne.
1016 : Renaud épouse Adélaïde de Normandie (1002-1038), fille du duc Richard II de Normandie et de Judith de Bretagne.
1026 : Renaud Ier de Bourgogne succède, le 21 octobre 1026, à l'âge de 40 ans, au titre de comte de Bourgogne, à son père qui décède, et à son frère Guy décédé.
L'exploitation des Salines (mines de sel de Salins et de Lons-Montmorot) et le développement des routes commerciales à travers le Jura assurent la prospérité de la région.
1027 : Renaud Ier de Bourgogne est en guerre contre l’évêque-comte d'Auxerre, Hugues de Chalon. Celui-ci le fait prisonnier à Auxerre. Renaud Ier est libéré par les troupes envoyées par son beau-père et menées par le futur duc Richard III de Normandie.
1032 : Rodolphe III de Bourgogne (dernier roi de Bourgogne) meurt sans postérité, le 6 septembre 1032. Il avait désigné son cousin l'empereur germanique Conrad II le Salique en tant qu'héritier. Son neveu Eudes II de Blois, fils de sa sœur aînée Berthe de Bourgogne, suscita contre Conrad le Salique, la révolte des féodaux et des prélats du royaume de Bourgogne. La guerre de succession de Bourgogne (1032-1034) ainsi entamée est soutenue par Renaud Ier de Bourgogne, le comte Gérold II de Genève, l'archevêque de Vienne, l'évêque de Saint-Jean-de-Maurienne, ainsi que l'archevêque de Lyon, Burchard II, fils bâtard de Conrad le Pacifique et demi-frère de Rodolphe III de Bourgogne.
Face à eux, Conrad le Salique a l'appui d'Héribert, archevêque de Milan, du marquis Boniface III de Toscane, d'Ermengarde, veuve de Rodolphe III, et d'Humbert de Maurienne, ancien conseiller et vassal de Rodolphe III — aujourd'hui, plus connu sous le nom d'Humbert aux Blanches Mains.
Eudes II de Blois se fait couronner roi de Bourgogne à Lausanne, par ses partisans, mais en janvier 1033, l'empereur se fait aussi couronner à Bâle.
La révolte échoue et le royaume de Bourgogne doit rester dans l'empire. Afin d'échapper aux armées impériales, Renaud de Bourgogne se retire à Dijon, en Bourgogne ducale où il a conservé de nombreux appuis.
1034 : l'empereur germanique Conrad II le Salique prend possession du royaume de Bourgogne (en réalité du comté de Bourgogne) et reçoit le 1er août, l'hommage de ses nouveaux vassaux à Genève.
Conrad II vassalise le comté de Bourgogne sur de nombreuses générations, au détriment du duché de Bourgogne et du royaume de France.
1037 : Renaud Ier de Bourgogne et Eudes II de Blois continuent la lutte contre les troupes impériales menées par Gothelon Ier de Lotharingie et alliées, pour l'occasion, à celles du roi de France Henri Ier. Le 15 novembre, bataille de Hanol, entre Bar-le-Duc et Verdun. Mort de Eudes II de Blois.
L'empereur Conrad II décide de lever les sentences contre ses adversaires d’hier. Renaud Ier de Bourgogne, chef de la coalition, reçoit, à Dijon, une ambassade de l’empereur, qui lui annonce les désirs de réconciliation de celui-ci. Renaud Ier de Bourgogne devient comte palatin (Pfalzgraf) de Bourgogne, titre donné dans l’administration impériale germanique, à ceux qui sont chargés d’administrer les terres et de rendre la justice au nom de l’empereur. Ses successeurs continueront à porter ce titre.
1038 : Conrad II transmet le royaume de Bourgogne à son neveu Henri III. Il le fait couronner roi de Bourgogne à Soleure. Les grands, dont le comte Renaud et l’archevêque de Besançon Hugues Ier de Salins, sont présents à cette cérémonie et doivent prêter hommage à leur nouveau roi.
1039 : l'archevêque de Besançon, Hugues Ier de Salins, devient l'homme de confiance d'Henri III. L'empereur accorde alors une certaine autonomie franche et le droit de s'auto-administrer par son propre gouvernement au comté de Bourgogne. L'archevêque de Besançon est nommé chancelier et récompensé très largement pour sa totale et très dévouée collaboration.
1043 : Henri III vient à Besançon, pour se fiancer avec Agnès d'Aquitaine, nièce de Renaud Ier de Bourgogne, et fille du duc d’Aquitaine, Guillaume V de Poitiers. A cette occasion, l’archevêque de Besançon, Hugues Ier de Salins, obtient des droits régaliens sur la ville de Besançon (droits juridiques, politiques, fiscaux et économiques). Il est nommé prince de l’empire germanique (rang maximum avant empereur) et règne en souverain sur la cité, avec l'empereur et le pape Grégoire VII pour seuls supérieurs. Il échappe ainsi au pouvoir des comtes de Bourgogne.
1044 : Henri III continue à favoriser ceux qui ont soutenu son père. Il donne la ville de Montbéliard au comte Louis de Mousson. Renaud Ier de Bourgogne se révolte à nouveau contre l'empereur. Il assiège le château de Montbéliard, mais le comte Louis défait ses troupes et maintient ainsi l’indépendance de Montbéliard vis-à-vis du comté de Bourgogne. Le comté de Montbéliard prend forme et va vivre sa propre histoire.
1057 : en septembre, le comte Renaud disparaît à l'âge de 71 ans. Son fils Guillaume (1057-1087), lui succède. Il était déjà associé aux décisions comtales depuis plusieurs années, et assurait l’autorité sur le comté de Bourgogne en l’absence de son père. Renaud Ier de Bourgogne est inhumé en la cathédrale Saint-Etienne de Besançon, remplacée au XVIIIe siècle par la cathédrale St-Jean, où furent transférées les sépultures des comtes de Bourgogne (chapelle du Sacré-Cœur).
Descendance
De son mariage avec Adélaïde de Normandie, Renaud Ier de Bourgogne a eu quatre fils et deux filles :
- Guillaume Ier de Bourgogne dit le Grand ou Tête Hardie (1020-1087) qui lui succède comme comte de Bourgogne.
- Gui de Brionne ou Gui de Bourgogne (v 1025-1069), élevé à la cour de Normandie, qui voulut succéder au duché de Normandie contre son cousin Guillaume de Normandie (futur Guillaume le Conquérant). Il dut se séparer de ses comtés de Brionne et de Vernon en Normandie, après avoir été à la tête de la coalition des barons de Normandie, qui fut défaite lors de la bataille du Val-ès-Dunes en 1047. Gui de Brionne trouva refuge auprès de son oncle (préciser référence généalogique svp) Geoffroy II Martel, comte d'Anjou. Au décès de Renaud Ier de Bourgogne, il tenta de ravir pendant une dizaine d'années le comté de Bourgogne à son frère Guillaume.
- Hugues de Bourgogne, dit de Superalios (cité en 1037- v 1086), vicomte de Lons-le-Saunier, sire de Montmorot, de Navilly et de Scey, marié à Aldeberge de Scey. Ils eurent pour fils Thibert I de Montmorot, vicomte de Lons-le-Saunier (maison de Montmorot, alias de Montmoret).
- Foulques de Bourgogne, alias Foulques de Joux de Grandson (cité en 1060-1114) (d'après le chroniqueur Herman de Laon), marié à Alix de Roucy (v 1055-?) (maison de Grandson).
Renaud Ier de Bourgogne éleva par ailleurs à sa cour Robert de Nevers (1035-1098), dit "Le Bourguignon", fils de Renaud Ier de Nevers (1000-1040), son neveu. Robert de Nevers est à l'origine de la maison de Craon-Nevers. Son petit-fils Robert de Craon, dit Le Bourguignon également, succéda à Hugues de Payns en tant que second Maître de l'Ordre du Temple.
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