Alfred Hitchcock (2).
Hitchcock retourne ensuite aux États-Unis pour tourner La Maison du docteur Edwardes (Spellbound, 1945)93, deuxième film du réalisateur, après Rebecca, ayant Selznick pour producteur, et qui explore le thème alors en vogue[réf. nécessaire] de la psychanalyse. Les rôles principaux sont tenus par Gregory Peck et Ingrid Bergman.
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Peck incarne un personnage se présentant d'abord comme le dr. Anthony Edwardes, le nouveau directeur d'un asile psychiatrique. On le suspecte bien vite de ne pas être celui qu'il prétend. Atteint d'amnésie, puis bientôt accusé du meurtre du vrai Edwardes, il est aidé dans sa quête d'identité par la jeune dr. Peterson (Bergman) qui, finalement, lui permettra également de se disculper. L'une des séquences les plus célèbres du film, par ailleurs extrêmement bavard, est celle du rêve surréaliste créée par Salvador Dalí, une sorte de rébus qui va permettre à la psychanalyste d'élucider le mystérieux passé de son protégé82. Jugée trop dérangeante pour le public, la scène onirique telle qu'elle apparaît aujourd'hui dans le film est sensiblement plus courte que les quelques minutes prévues au départ[réf. nécessaire]. Une partie de la bande originale composée pour le film par Miklós Rózsa – qui se sert notamment d'un thérémine – sera plus tard adaptée par le compositeur sous la forme d'un concerto pour piano La Maison du docteur Edwardes sera un grand succès commercial82.
Dans le livre-interview de François Truffaut, Hitchcock affirme que Selznick, pour compenser le dépassement de budget du western Duel au soleil (Duel in the Sun, 1946), produit par lui et réalisé par King Vidor, vend alors en « lot » à la société RKO : Hitchcock, metteur en scène, Cary Grant et Ingrid Bergman, les deux vedettes, ainsi qu'un scénario de Ben Hecht, et ce pour un montant de 500 000 $. Cette transaction est à l'origine des Enchaînés (Notorious, 1946)94. Bergman doit y jouer le rôle d'une jeune femme, fille d'un espion nazi devenue alcoolique qui, au début du film, est séduite par un agent du gouvernement américain (Grant). Ce dernier a en fait pour mission de se servir d'elle pour espionner un dénommé Alexander Sebastian (Claude Rains), l'un de ses anciens amants, ami de son père et qui, réfugié en Amérique latine, plus précisément au Brésil, mène des activités suspectes.
Alors qu'il travaille à l'écriture du scénario avec Ben Hecht, le réalisateur se demande quel « MacGuffin » les héros du film pourraient bien rechercher et choisit l'uranium, passé en contrebande dans des bouteilles de vin par les espions et destiné à la fabrication d'une bombe atomique. Il consulte des experts qui, pour l'éloigner de la vérité, tentent de lui faire croire que cette bombe est composée d'eau lourde et non d'uranium82 ; à ce sujet, le réalisateur aurait consulté notamment Robert Millikan, de l'institut Caltech. Jugeant le « MacGuffin » totalement ridicule, le studio se montre plutôt réticent – Selznick lui-même, jusqu'à la diffusion de la nouvelle des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki d'août 1945, considérait le sujet comme relevant du domaine de la « science-fiction »95. Le réalisateur finit par percer le secret de la fabrication de la bombe et, par la suite, il apprendra que le FBI l'a fait suivre trois mois durant pour découvrir d'où il tenait cette information82. Les Enchaînés remportera un énorme succès au box office et reste l'un des films les plus acclamés du réalisateur[réf. nécessaire], notamment considéré par Truffaut comme le meilleur film en noir et blanc d'Hitchcock82.
Le Procès Paradine96 (1947), un drame judiciaire, sera le dernier film d'Hitchcock produit par Selznick.
Écœuré par la fortune que le producteur amasse sur son dos – celui-ci touche, à chaque contrat, autant que lui –, Hitchcock manifeste peu d'intérêt pour le projet97. Dans le film, Alida Valli joue une jeune femme accusée d'avoir empoisonné son mari, un vieillard riche et aveugle. Son avocat (Gregory Peck) finira par succomber à son charme glacial. Le film sera un désastre, tant auprès du public que de la critique97, cette dernière le jugeant fastidieux, pêchant par une durée excessive et un manque d'idées. Hitchcock refusera de poursuivre sa collaboration avec Selznick, lequel lui avait néanmoins appris une leçon majeure : à Hollywood, c'est le producteur qui décide du final cut97. Dès lors, le réalisateur fait une tentative pour s'autoproduire.
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En 1948, Hitchcock, en tandem avec son compatriote et ami Sidney Bernstein, créé Transatlantic Pictures, une société de production avec laquelle il réalisera deux films. Pour le premier, le réalisateur choisit d'adapter la pièce Rope's End de Patrick Hamilton – qui deviendra à l'écran La Corde (Rope, 1948)98 – , inspirée du meurtre commis en 1924 par Nathan Leopold et Richard Loeb – rebaptisés dans le film Brandon Shaw et Philip Morgan.
Le film débute – après un plan d'exposition montrant une rue en contre-plongée et sur lequel défile le générique – par l'assassinat d'un jeune homme par deux de ses camarades. Ceux-ci préparent ensuite un dîner auquel sont conviés le soir-même, sur le lieu du crime, les parents de la victime, sa petite amie et un ancien flirt de cette dernière. Parmi les invités se trouve également un de leurs professeurs, Rupert Cadell, qui, observant le comportement étrange des jeunes gens au cours de la soirée, va commencer à soupçonner l'impensable. Les deux meurtriers sont joués par John Dall et Farley Granger et, pour le rôle du professeur, la Warner Bros., qui distribue le film, choisit James Stewart. C'est le premier des quatre films que l'acteur tournera avec le réalisateur98.
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La Corde est le premier film d'Hitchcock tourné en couleur et constitue aussi un exercice de style. Comme il l'avait fait quelques années auparavant pour Lifeboat83, le réalisateur se lance le défi d'un suspense méthodiquement ordonné dans un espace confiné. Il expérimente également des plans exceptionellement longs – le film en comporte en tout onze, un par bobine, certains pouvant durer jusqu'à dix minutes. D'une manière ou d'une autre, le caméraman d'Hitchcock réussit à déplacer de façon fluide à travers le décor la lourde et encombrante caméra Technicolor et à suivre l'action continue des longs plans-séquences.
Terminé le 21 février, le film sort aux États-Unis en septembre 1948 sous le titre Alfred Hitchcock's Rope (La Corde d'Alfred Hitchcock). C'est alors la première fois que son nom apparaît dans un titre, et Hitchcock en éprouve une grande fierté. Les critiques, néanmoins, sont mitigées, et le succès public tempéré par l'action des ligues de vertu. Le film n'a pas de problèmes avec la censure, bien qu'il soit interdit dans plusieurs régions des États-Unis, ou bien projeté avec des coupures (généralement la scène du meurtre). Le National Board of Review le déconseillera aux moins de vingt et un ans. En Europe, il est tout d'abord interdit en France et en Italie. Au final, La Corde ne connaît pas un succès retentissant, mais les producteurs rentreront largement dans leurs frais.
Le premier succès de Transatlantic Pictures est contrebalancé par l'échec des Amants du Capricorne (Under Capricorn, 1949)99, un drame historique ayant pour cadre l'Australie du XIXe siècle. Ingrid Bergman y joue le rôle d'une jeune femme qui, grâce à l'amour, parvient à échapper à l'alcool et à la folie.
Comme pour La Corde, Hitchcock, dans Les Amants du Capricorne, recourt aux plans-séquences, mais de façon toutefois moins appuyée. Le film est également tourné en Technicolor ; cependant, le réalisateur préférera, pour ses trois films suivants, revenir au noir et blanc. C'est le film que le cinéaste dira regretter le plus avoir tourné. Il marque la dernière collaboration d'Hitchcock avec l'actrice Ingrid Bergman, et l'échec du film – le plus grand échec de toute la carrière du réalisateur100 – signe la fin de l'éphémère société Transatlantic. Hitchcock continuera néanmoins, jusqu'à la fin, à produire ses propres films.
Le 3 janvier 1949, le réalisateur signe avec Warner Bros. un contrat par lequel il s'engage à tourner quatre films en six ans pour un salaire global de 990 000 $50.
Au début des années 1950, Lew Wasserman, alors à la tête de MCA et dont James Stewart et Janet Leigh, parmi d'autres acteurs qui apparaîtront dans des films d'Hitchcock, font partie de la clientèle, aura alors une influence prépondérante sur l'image et la promotion des films du réalisateur.
Les films réalisés et produits par Hitchcock à partir de 1954 et Le crime était presque parfait sont en général considérés comme ses plus grands chefs-d'œuvre (cette période faste s'étendra jusqu'au début de la décennie suivante, jusqu'aux Oiseaux, en 1963).
Pressé par ses créanciers et par Wasserman, Hitchcock accepte en 1955 de prêter son nom et son image à une série télévisée intitulée d'abord Alfred Hitchcock présente (1955-1962) pour un salaire de 129 000 $ par épisode de 30 minutes.
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En 1950, Hitchcock retourne en Grande-Bretagne pour y diriger Le Grand Alibi (Stage Fright101). Pour la première fois, Hitchcock associe à l'écran Jane Wyman, l'une des plus grandes vedettes de la Warner Bros102, avec la sensuelle actrice allemande Marlène Dietrich. Font également partie de la distribution un certain nombre d'acteurs britanniques de premier plan, dont Michael Wilding, Richard Todd et Alastair Sim. C'est le premier film du réalisateur produit par Warner Bros., qui auparavant avait déjà distribué La Corde98 et Les Amants du Capricorne99, la société Transatlantic devant alors faire face à des difficultés financières103.
L'histoire rappelle des films précédents du réalisateur, comme Les 39 marches (1935), Jeune et innocent (1937) et Cinquième Colonne (1942) : Jonathan Cooper (Todd), un homme épris d'une comédienne et chanteuse (Dietrich), est soupçonné d'être le meurtrier du mari de celle-ci ; son amie Eve (Wyman) tente dès lors de lui venir en aide. Toutefois, le cinéaste se livre ici à une nouvelle expérience : le film commence par un flashback qui, finalement, se révèlera trompeur. Le film n'est pas un succès, ce qu'Hitchcock expliquera du fait que, à cause de ce procédé narratif alors peu orthodoxe, le public se serait senti grugé.
Au début de l'année 1950, Hitchcock découvre avec enthousiasme le premier roman de Patricia Highsmith : Strangers on a Train, dont il acquiert les droits le 20 avril, pour un montant de 75 000 $104. Le réalisateur travaille sur le synopsis avec Whitfield Cook en juin. Pour l'écriture des dialogues, Hitchcock approche d'abord Dashiell Hammett, mais c'est Raymond Chandler, suggéré par la Warner, qui se charge du travail ; celui-ci n'ira cependant pas jusqu'au bout, à cause de désaccords opposant l'écrivain et le réalisateur105. Hitchcock expliquera plus tard :
- « Je me souviens de mon travail sur L'Inconnu du Nord-Express, Je ne trouvais personne qui voulût collaborer avec moi. Tout le monde pensait que mon premier jet était à la fois si plat et si proche des faits qu'on n'y trouvait pas la moindre qualité. En réalité, tout le film était là, visuellement. »106
Dans L'Inconnu du Nord-Express107, Hitchcock combine de nombreux éléments de ses précédents films. Deux hommes se rencontrent par hasard dans un train et évoquent l'idée de chacun débarrasser l'autre de la personne qui lui pose problème. Alors que pour le premier, un champion de tennis (dans le livre, le personnage est un architecte), il ne s'agit que d'une plaisanterie, le second prend l'histoire tout à fait au sérieux. Avec Farley Granger reprenant certains éléments de son rôle de La Corde, le réalisateur, dans L'Inconnu, continue à s'intéresser aux possibilités narratives des thèmes du chantage et du meurtre. Robert Walker, qui jusque là n'avait joué que des rôles de jeune homme « bien sous tout rapport », incarne ici le « méchant »108. Sa performance de dément inquiétant, trop lié à sa mère, annonce celle de Perkins dans Psychose ; malheureusement, Walker décédera quelques mois après la sortie du film. Hitchcock confie par ailleurs l'un des rôles secondaires à Patricia, « Pat », sa propre fille, alors âgée de vingt-deux ans et qui avait déjà joué un petit rôle dans Le Grand Alibi : dans L'Inconnu, elle incarne Barbara, « Babs », une jeune fille victime, non pas directement mais en désir, de la démence meurtrière de Bruno, le personnage joué par Walker.
Sorti en mars 1951, L'Inconnu du Nord-Express, malgré quelques plaintes de personnes outrées par ses connotations sexuelles et son meurtre explicite, connaît un immense succès. Hitchcock, après l'échec de l'aventure Transatlantic, a retrouvé la confiance du public et des studios106.
Dès les années 1930, l'idée d'adapter un pièce appelée Nos deux consciences, un drame catholique écrit en 1902 par Paul Anthelme (pseudonyme de Paul Bourde), trotte dans la tête d'Hitchcock ; plus d'une dizaine d'années plus tard, il a enfin l'opportunité de mener à bien ce projet109. L'histoire est celle d'un prêtre que sa conscience force à endosser la culpabilité d'un crime perpétré par un autre, un thème assez délicat. Peu à peu, le projet de ce qui deviendra La Loi du silence (I Confess) se concrétise.
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Étant donné le contexte catholique de l'histoire, un tournage aux États-Unis est exclu. L'action, dès lors, est transposée au Québec où, après avoir écrit une première ébauche, le réalisateur et sa femme se rendent en repérage. Le réalisateur hésite quant au choix du scénariste définitif, jusqu'à ce qu'Alma lui suggère d'engager William Archibald, lequel avait fait ses preuves à Broadway ; George Tabori participe également à l'écriture. Montgomery Clift et Anne Baxter interpréteront les deux rôles principaux.
La Loi du silence sort à la mi-février 1953. Le film est reçu timidement, tant par la critique que par le public. Par la suite, Hitchcock expliquera à François Truffaut :
- « L'idée de base n'est pas acceptable pour le public. Nous savons, nous les catholiques, qu'un prêtre ne peut pas révéler un secret de la confession, mais les protestants, les athées, les agnostiques pensent : "C'est ridicule de se taire ; aucun homme ne sacrifierait sa vie pour une chose pareille." »
Hitchcock qui, sans doute par commodité, jugera toujours ses films à l'aune de l'accueil réservé à ceux-ci par le public, ira jusqu'à déclarer que La Loi était une « erreur ».[réf. nécessaire]
Suivent trois films très populaires ayant chacun pour vedette Grace Kelly, qui allait devenir l'archétype de la « blonde hitchcockienne ».
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En 1953, Hitchcock est lié depuis quatre ans à la Warner Bros., pour laquelle il lui reste un film à tourner. Durant quelque temps, il travaille à l'adaptation d'un roman de David Duncan, The Bramble Bush, mais il finit par renoncer. Le réalisateur découvre alors que le studio a acheté les droits d'une pièce à succès de Broadway, Dial M for Murder, dont l'auteur est Frederick Knott.
Le crime était presque parfait marque le retour d'Hitchcock au Technicolor, mais il expérimente aussi un procédé en vogue à l'époque, le cinéma en 3-D, en relief stéréoscopique et projection en lumière polarisée, obligeant l'utilisation pour le public de lunettes adaptées. Le film ne sera cependant pas exploité dans ce format à l'origine ; il sera projeté en 3-D au début des années 1980.[réf. nécessaire] Hitchcock pense un moment confier les rôles du mari et de l'épouse à Cary Grant et Olivia de Havilland, mais il se heurte à un refus de la part des studios. Le réalisateur fait donc appel à une jeune actrice qui n'avait tourné jusque-là que trois films : Grace Kelly. Elle allait devenir, en plus d'une grande amie, son actrice favorite. Dans Le Crime, le rôle du « méchant », très différent du Bruno de L'Inconnu du Nord-Express, est joué par Ray Milland. C'est un dandy vénal et calculateur, ex-joueur de tennis professionnel (activité exercée par le héros/victime de L'Inconnu), qui échafaude un plan machiavélique pour se débarrasser de sa femme infidèle (Kelly), et hériter de sa fortune. C'est elle cependant qui, pour se défendre, tue l'homme engagé pour effectuer la triste besogne. Le mari manipule alors les preuves pour que sa femme soit accusée d'avoir assassiné l'homme de main. L'amant, Mark Halliday (Robert Cummings), et l'inspecteur de police Hubbard (John Williams) doivent dès lors agir rapidement pour sauver la jeune femme de la peine capitale110.
Hitchcock tire astucieuseusement parti des ressorts, non moins astucieux, de la pièce et, à sa sortie, Le crime était presque parfait est salué comme un « grand » Hitchcock.
Au moment du tournage du Crime était presque parfait, Lew Wasserman, l'agent d'Hitchcock, signe avec la Paramount un contrat de neuf films, dont le premier doit être l'adaptation d'une nouvelle de Cornell Woolrich – pseudonyme de William Irish –, intitulée It Had to be a Murder, laquelle deviendra à l'écran Fenêtre sur cour (Rear Window, 1954)111. Pour écrire le scénario, Hitchcock fait appel à John Michael Hayes, un ancien journaliste, qui collaborera également à l'écriture de ses trois films suivants.
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Fenêtre sur cour a pour vedettes James Stewart et, de nouveau, Kelly ; les seconds rôles sont notamment tenus par Thelma Ritter et Raymond Burr. L'histoire se passe à New York. Un photographe (Stewart, un personnage basé sur Robert Capa), qui se retrouve à la suite d'un accident plâtré et en chaise roulante, devient obsédé par l'observation des habitants d'un immeuble séparé du sien par une cour. Peu à peu, il commence à suspecter l'un de ces voisins (Burr) d'avoir tué sa femme et, dès lors, tente d'amener à la fois sa petite amie mannequin (Kelly) et un policier de ses amis (Wendell Corey) à partager ses craintes. Tant bien que mal, il finit par y arriver112. Comme dans Lifeboat83 et La Corde98, le film est presque entièrement tourné dans un espace réduit, le minuscule appartement du photographe, qui cependant surplombe un décor impressionnant, constitué par la cour et l'immeuble d'en face. Hitchcock se sert de gros plans du visage de Stewart pour montrer les réactions du personnage par rapport à tout ce dont il est spectateur, depuis l'amusant voyeurisme face à des scènes en apparence anodines, jusqu'à sa terreur impuissante, quand il voit sa fiancée, qui s'est introduite dans l'appartement suspect, menacée par l'arrivée, soudaine et inattendue, du présumé tueur112.
À sa sortie, le film connaît un grand succès et obtient quatre nominations aux oscars, dont celle du meilleur réalisateur ; il n'en reçoit cependant aucun.
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Fenêtre sur cour n'est pas encore sorti qu'Hitchcock est déjà occupé à un autre projet. La Paramount lui propose de réaliser l'adaptation de To Catch a Thief, un roman de David Dodge. Très satisfait de Hayes comme scénariste, le réalisateur engage de nouveau celui-ci. Hayes, cependant, ne connaît pas du tout le sud de la France, situation à laquelle le réalisateur remédie aussitôt :
- « Quand il apprit que je n'étais jamais allé dans le sud de la France, il s'arrangea pour que ma femme m'accompagne, aux frais du studio, afin d'y effectuer des repérages. Ce voyage fut naturellement le bienvenu et, à mon retour, je savais exactement quoi faire du roman. »
Fin avril 1954, le scénario est prêt, et le tournage commence dès le début du mois de mai.
Le troisième et dernier film d'Hitchcock avec Grace Kelly, La Main au collet (To Catch a Thief, 1955) est une comédie policière ayant pour décor la Riviera française et donne à l'actrice pour partenaire Cary Grant. John Williams fait de nouveau partie de la distribution, aux côtés notamment, couleur locale oblige, des Français Brigitte Auber et Charles Vanel (lequel ne parle pas un mot d'anglais). Grant joue le rôle de John Robie, dit « le Chat », fameux cambrioleur « à la retraite », mais qui devient le principal suspect d'une série de vols commis sur la Riviera. Une héritière américaine (Kelly) perce le mystère de sa véritable identité, tente de le séduire avec ses propres bijoux, et se propose même de l'aider dans ses projets criminels...
La première a lieu à New York, le 15 août 1955. Selon le réalisateur, La Main au collet est un « film léger ». C'est du moins le constat que fait la critique dans son ensemble ; cependant, elle souligne aussi les points forts et les charmes de cette œuvre. Le public, quant à lui, se montre très satisfait. « Malgré la différence d'âge évidente entre Grant et Kelly et une intrigue plutôt mince, le scénario plein d'esprit (truffé de doubles-sens) et l'interprétation bon enfant des acteurs, finalement, garantit au film un succès commercial. »113 Il s'agit de la dernière collaboration entre Hitchcock et Grace Kelly, à cause du mariage de celle-ci avec le prince Rainier de Monaco, en 1956, un statut qui l'obligeait à mettre un terme à sa carrière d'actrice.
L'année 1955 marque également les débuts d'Hitchcock à la télévision américaine, avec une série d'histoires plus ou moins macabres produite pour CBS et qui portera son nom : Alfred Hitchcock présente. Hitchcock réalisera lui-même, entre l'année de création jusqu'en 1962, en tout vingt épisodes de la série. De 1962 à 1965, la série prendra le titre de Suspicion.
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Alfred Hitchcock (1).
| Alfred Hitchcock | |
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| Nom de naissance | Alfred Joseph Hitchcock |
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| Surnom | Hitch Le maître du suspense |
| Naissance | 13 août 1899 Leytonstone, Londres (Royaume-Uni) |
| Nationalité | |
| Décès | 29 avril 1980 (à 80 ans) États-Unis |
| Profession | Réalisateur |
| Films notables | Les 39 marches Une femme disparaît Rebecca Correspondant 17 Soupçons L'Ombre d'un doute Les Enchaînés L'Inconnu du Nord-Express La Loi du silence Le Crime était presque parfait (film, 1954) Fenêtre sur cour Le Faux Coupable L'Homme qui en savait trop (film, 1956) Sueurs froides La Mort aux trousses Psychose Les Oiseaux Pas de printemps pour Marnie |
| Distinctions | Golden Globe Award |
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Sir Alfred Hitchcock, KBE, né Alfred Joseph Hitchcock (Leytonstone, banlieue londonienne, 13 août 1899 – Bel Air, Los Angeles, 29 avril 1980), est un réalisateur, producteur et scénariste de cinéma britanno-américain.
Après une carrière à succès dans son pays natal à l'époque du muet et au début du parlant, Hitchcock part s'installer à Hollywood. En avril 1955[réf. nécessaire], il acquiert la citoyenneté américaine, tout en conservant sa citoyenneté britannique[réf. nécessaire].
Au cours de ses quelques soixante années de carrière, il réalise plus de cinquante longs métrages, dont certains comptent, tant par leur succès public que par leur réception et leur postérité critiques, parmi les plus importants du septième art : ce sont, entre autres, Les 39 marches, Les Enchaînés, Fenêtre sur cour, Sueurs froides, La Mort aux trousses, Psychose, ou encore Les Oiseaux.
Pionnier de nombreuses techniques dans le genre du thriller, Hitchcock, « le maître du suspense », est considéré comme l'un des réalisateurs les plus influents sur le plan stylistique, installant les notions de suspense et de MacGuffin dans l'univers cinématographique. Ses thrillers se caractérisent également, le plus souvent, par une habile combinaison entre tension et humour. Ses thèmes récurrents sont la peur, la culpabilité et la perte d'identité. Un thème que l'on rencontre aussi fréquemment dans ses œuvres, avec certaines variations, est celui de l'innocent persécuté.
Doué par ailleurs d'un sens aigu de l'autopromotion – notamment par ses caméos, apparitions en clin d'œil dans ses films –, Hitchcock demeure aujourd'hui l'une des personnalités du XXe siècle les plus reconnaissables, et les plus connues, à travers le monde.
Souvent considéré comme l'un des plus grands réalisateurs britanniques, son nom figure à la première place sur une liste dressée en 2007 par des critiques cinématographiques pour le Daily Telegraph, avec le commentaire : « Sans aucun doute le plus grand cinéaste à émerger de ces îles, Hitchcock a fait davantage qu'aucun autre réalisateur pour façonner le cinéma moderne, lequel sans lui serait tout à fait différent. Il possédait un flair pour la narration, en dissimulant avec cruauté (à ses personnages et au spectateur) des informations cruciales et en engageant comme nul autre les émotions du public. »1
Biographie
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Alfred Hitchcock naît le 13 août 1899 à Leytonstone, dans la banlieue est de Londres. Il est le fils de William Hitchcock (1862-1914) et d'Emma Jane Hitchcock, née Whelan (1863-1942). Son père est grossiste en volailles et en fruits et légumes2. Alfred, à qui l'on donne le prénom de l'un de ses oncles – le frère de son père –, est le cadet de trois enfants : ses aînés, William et Eileen, sont respectivement nés en 1890 et en 1892. Sa famille est en grande partie catholique, sa mère et sa grand-mère paternelle étant d'origine irlandaise3,4,5. À Londres, Hitchcock fréquente le collège St Ignatius à Stamford Hill, une école tenue par des jésuites6. Plus tard, le christianisme sera parfois évoqué dans ses films7, et de temps en temps égratigné8, sans doute à cause de cette éducation dont il gardera un très mauvais souvenir, notamment à cause de sa crainte des châtiments corporels9.
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Hitchcock décrira souvent son enfance comme très solitaire et protégée, situation aggravée par son obésité10. Il avoue lui-même ne pas avoir eu d'amis à cette époque et avoir passé son temps à jouer seul. Ce sentiment d'isolement s'accentue lorsque, un soir de réveillon, il surprend sa mère en train de prendre des jouets dans son bas de Noël pour les glisser dans ceux de son frère et de sa sœur9. La mère d'Hitchcock a souvent pour habitude, en particulier quand il s'est mal conduit, de l'obliger à s'adresser à elle en se tenant debout, durant parfois des heures, au pied de son lit. Ces expériences seront plus tard utilisées pour décrire le personnage de Norman Bates dans le film Psychose11,12. Hitchcock témoignera toujours aussi d'une certaine défiance vis-à-vis de la police. Ceci peut s'expliquer par un rapide séjour au commissariat. Alors qu'il était âgé de seulement quatre ou cinq ans, son père l'aurait envoyé dans un commissariat avec un mot à remettre aux policiers. Après lecture du billet, les policiers l'auraient enfermé dans une cellule, pour le relâcher au bout de seulement quelques minutes, en lui disant : « Voilà ce qui arrive aux méchants garçons »9. Plus tard, le réalisateur racontera plusieurs fois cette anecdote pour expliquer sa crainte de l'autorité. Que cette histoire soit ou non authentique13, on trouvera fréquemment dans ses films des échos à cette idée d'être traité durement ou accusé à tort14.
En 1914, année de la mort de son père – Hitchcock a alors quatorze ans –, il quitte le collège St. Ignatius et part étudier à la London County Council School of Engineering and Navigation à Poplar (Londres)15. Après l'obtention de son diplôme, il obtient un emploi au département « publicité » de la société W.T. Henley Telegraphic16.,13 À l'occasion, il écrit des nouvelles pour une revue que publient ses collègues17.
Son travail dans la publicité développe ses talents de graphiste. Durant cette période, Hitchcock commence à s'intéresser au cinéma, en 1920, grâce à un acteur qui à l'occasion travaillait aussi chez Henley, il est bientôt engagé comme auteur et graphiste d'intertitres aux Studios Islington que venait de fonder à Londres la Famous-Players-Lasky, une firme américaine qui avait pour ambition de monter des productions internationales avec vedettes anglaises et américaines et des metteurs en scène d'Hollywood ; cette firme deviendra plus tard la Paramount18. Rapidement, Hitchcock devient chef de la section « Titrage » de la société et, pendant deux ans, il rédige et dessine les titres de films de cinéastes tels que Hugh Ford, Donald Crisp et George Fitzmaurice. Au début des années 1920, il voit la possibilité de s'essayer à la réalisation, lorsque le réalisateur d'Always Tell Your Wife (1923), Hugh Croise, tombe malade en cours de tournage, et qu'il parvient à convaincre Seymour Hicks, à la fois la vedette et le producteur du film, de l'aider à le terminer19.
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Hitchcock, ensuite, s'associe à l'actrice Clare Greet et tente de produire et réaliser un premier film, Number Thirteen (1922), qui traite du petit peuple londonien20,21. La production sera toutefois annulée en raison de difficultés financières21. Les quelques scènes qui avaient pu être tournées sont aujourd'hui apparemment perdues. Et, si l'on en croit les propres mots d'Hitchcock, « ce n'était vraiment pas bon »22.
Fin 1922, Famous Players-Lasky décide d'arrêter sa production à Islington. Une petite équipe, dont fait partie Hitchcock, est retenue par le studio ; et quand Michael Balcon fonde avec Victor Saville et John Freedman une nouvelle compagnie indépendante, Gainsborough Pictures, et vient tourner son premier film à Islington, Hitchcock est engagé comme assistant réalisateur23.
En 1923[réf. nécessaire], il rencontre sa future femme Alma Reville, lors du tournage du film de Graham Cutts, Woman to Woman (La Danseuse blessée), au scénario duquel il collabore. Il l'épouse en 1926 à l'Oratoire de Londres. Pendant ses années de formation, il se perfectionne dans tous les domaines : décors, costumes, scripts... Son perfectionnisme lui vaudra par la suite de nombreuses scènes cultes. La dernière collaboration de Cutts et d'Hitchcock conduit ce dernier en Allemagne en 1924[réf. nécessaire], où il travaille pour l'UFA en tant que décorateur puis scénariste. Le film Le Voyou (en allemand Die Prinzessin und der Geiger, en anglais The Blackguard, 1925), réalisé par Cutts et coécrit par Hitchcock, est produit aux studios de Babelsberg à Potsdam, près de Berlin. Hitchcock a alors l'occasion d'assister au tournage du Dernier des hommes (Der Letzte Mann, 1924) de Friedrich Wilhelm Murnau ; il restera profondément marqué par cette expérience et s'inspirera beaucoup des réalisateurs expressionnistes, principalement Murnau, dont les techniques, plus tard, l'inspireront pour la conception des décors de ses propres films, et Fritz Lang (voir, plus bas, Les influences d'Alfred Hitchcock). Contrairement à d'autres réalisateurs dont la composante littéraire est très affirmée, Hitchcock restera toujours un amoureux de la technique et du perfectionnisme de scènes très complexes.
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En 1925, Michael Balcon24 donne une autre chance à Hitchcock en lui confiant la réalisation du Jardin du plaisir (The Pleasure Garden)25, dont le tournage a lieu aux studios de l'UFA26 en Allemagne. Le film – un conte moral ayant le théâtre comme toile de fond – débute par une scène de voyeurisme, emblématique de l'un de aspects de la future carrière du réalisateur : un travelling latéral montrant les réactions réjouies d'un public masculin assistant à une scène de cabaret13. Malheureusement, Le Jardin du plaisir est un échec commercial27. Hitchcock dirige ensuite un drame, The Mountain Eagle (sorti aux États-Unis sous le titre Fear o' God), dont aucune copie aujourd'hui ne semble avoir survécu28. Une fois les deux films achevés, ils sont visionnés par les distributeurs qui les mettent au placard29.
Le 2 décembre 1926, Hitchcock, dont la carrière semble achevée, épouse son assistante, la monteuse et scripte Alma Reville, à l'Église du Cœur immaculé de Marie (Church of the Immaculate Heart of Mary, plus communément appelée Brompton Oratory). Leur premier et seul enfant, une fille, Patricia30, naîtra un an et demi plus tard, le 7 juillet 1928. Alma, avec qui Hitchcock restera jusqu'à la fin de sa vie, devait être le plus proche collaborateur de son mari. Elle participera à l'écriture de quelques-uns de ses scénarios et – quoique souvent son nom n'apparaisse pas au générique – collaborera avec lui sur la plupart de ses films.
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Quelques mois après son mariage, la chance sourit enfin au réalisateur, avec son premier thriller, Les Cheveux d'or31, plus connu sous son titre original, The Lodger (A Story of the London Fog), l'adaptation d'un best-steller de Marie Belloc Lowndes avec, dans le rôle principal, Ivor Novello, l'un des acteurs et comédiens les plus célèbres en Grande-Bretagne à cette époque.
Ce thriller, librement inspiré de l'histoire de Jack l'éventreur, est jugé invendable par le distributeur C.M. Woolf, qui estime que les angles de prise de vues sont insolites et que les étranges éclairages inspirés par le cinéma allemand vont dérouter le public anglais29. Balcon décide alors d'engager le critique Ivor Montagu pour conseiller Hitchcock32. Le film, qui sort le 14 février 192733, se révèlera être un succès commercial et critique majeur au Royaume-Uni34 : le public se rue dans les salles35 et le Daily Express ira même jusqu'à qualifier Hitchcock de « jeune homme de génie »35. Comme c'est le cas pour bon nombre de ses premières œuvres, ce film est influencé par les techniques du cinéma expressionniste36 dont Hitchcock avait été personnellement le témoin en Allemagne. Certains commentateurs considèrent The Lodger comme le premier film véritablement « hitchcockien »37,38, du fait notamment que l’on y trouve entre autres thèmes celui du « faux coupable »39. Le film est également connu pour être le premier13 dans lequel le réalisateur fasse une brève apparition – un caméo – ; cette idée, qui à l'origine serait due au fait que manquait un figurant auquel Hitchcock décida en dernière minute de suppléer, deviendra par la suite l'une de ses marques de fabrique et l'un de ses meilleurs outils de promotion. Comme le dira Roy Ward Baker : les réalisateurs étaient seulement considérés à cette époque comme des techniciens très bien payés, et Hitchcock, dès le début de sa carrière en Grande-Bretagne, allait transformer cette image13.
Après le succès de The Lodger, le réalisateur, peut choisir son prochain film. Il met en scène Downhill, parfois appelé en français La Pente (1927), co-écrit et interprété par Ivor Novello, auteur de la pièce originale. « Ce fut le tournage le plus élégant de ma carrière »40, dira plus tard Hitchcock à son sujet. Le film, cependant, ne connaît pas un grand succès. Il tourne ensuite Le passé ne meurt pas (Easy Virtue, 1928), tiré d'une pièce de Noël Coward – un film qui souffre de l'absence de dialogues.
Hitchcock, mécontent des scénarios qui lui sont proposés, quitte alors Gainsborough Pictures pour signer un contrat avec la British International Pictures (BIP)13. Le premier film réalisé pour la compagnie, Le Masque de cuir (The Ring, 1927), une histoire de triangle amoureux sur fond de boxe, rencontre les faveurs du public. Suit une comédie romantique, Laquelle des trois ? (The Farmer's Wife, 1928) ; lors de son tournage, Hitchcock doit remplacer le directeur de photographie, Jack Cox, tombé malade. L'année suivante, Hitchcock, qui est alors installé avec son épouse – et bientôt la petite Patricia –, au 153 Cromwell Road, un pavillon de la banlieue ouest de Londres, réalise ses derniers films muets : Champagne (1928) et The Manxman (1929).
Hitchcock sait que ses derniers films ne sont pas à la hauteur des espoirs laissés par Les Cheveux d'or / The Lodger. Malgré une grande maîtrise technique, les idées manquent d'éclat. En 1929, le réalisateur tourne son dixième long-métrage, Chantage (Blackmail), qu'il adapte d'une pièce de Charles Bennett, lequel deviendra par la suite, de L'Homme qui en savait trop (1934) à Correspondant 17 (1940), l'un des scénaristes attitrés d'Hitchcock, et dont l'influence sur l'orientation que prendra l'œuvre hitchcockienne se révélera déterminante.
Alors que le film n'est pas encore terminé, la BIP, enthousiasmée par l'idée d'utiliser la révolution technique que constitue alors l'arrivée du parlant, décide de faire de Chantage l'un des premiers films sonores jamais produits en Grande-Bretagne. Hitchcock se sert alors du son comme d'un élément particulier du film, notamment dans une scène où, dans une conversation à laquelle assiste l'héroïne, qui vient juste de se rendre coupable d'un meurtre, le mot « knife » (« couteau ») est mis en évidence. Culminant avec une scène se déroulant sur le dôme du British Museum, Chantage est aussi le premier film dans lequel Hitchcock utilise comme décor d'une scène de suspense un site célèbre41. À sa sortie, le film obtient un succès phénoménal, tant auprès du public que de la critique. La presse est enchantée par l'opposition entre le devoir et l'amour et, plus précisément, « l'amour opposé au devoir ». À cette époque, Hitchcock fonde, avec un attaché de presse du nom de Baker Hitchcock-Baker Ltd., une petite structure vouée à son autopromotion42.
À cette époque, Hitchcock dirige également des séquences d'Elstree Calling (1930), une revue musicale filmée, produite par la BIP, ainsi qu'un court métrage ayant pour protagonistes deux lauréats d'une bourse de la Film Weekly, An Elastic Affair (1930). Hitchcock aurait aussi participé, modestement, à une autre revue musicale de la BIP, Harmony Heaven (1929), bien que son nom n'apparaisse pas au générique de ce film.[réf. nécessaire]
Hitchcock réalise ensuite Junon et le paon (1930), adapté sans grand brio, sans doute trop fidèlement, d'une pièce de l'Irlandais Seán O'Casey ; il s'agit vraisemblablement d'un reflet de la volonté, après l'arrivée du parlant, d'exploiter surtout cette nouveauté. Il tourne ensuite, de 1930 à 1934, Meurtre – dont il réalisera aussi une version avec acteurs allemands, distribuée sous le titre Mary –, The Skin Game, À l'est de Shanghai, Numéro dix-sept, ainsi qu'un film musical, Le Chant du Danube.
En 1933, Hitchcock est de nouveau engagé par Balcon24 à la Gaumont British Picture Corporation43. Son premier film pour la compagnie, L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1934), est un succès. Hitchcock en tournera lui-même un remake aux États-Unis. Quant au second, Les 39 Marches (The 39 Steps, 1935), qui allait plus tard servir de modèle à Jeune et innocent, Correspondant 17, Cinquième Colonne et à La Mort aux trousses, il est régulièrement cité comme l'un des meilleurs films du début de la carrière du réalisateur. Les deux films ont en commun qu'ils ont Charles Bennett pour principal scénariste.
L'histoire est celle d'un homme accusé à tort et contraint de prouver son innocence. Un Londonien (Robert Donat) accepte d'héberger dans son appartemment une jeune femme qui, en fait, est un agent secret luttant contre une mystérieuse organisation criminelle appelée « Les 39 marches ». L'inconnue est tuée et le jeune homme, craignant d'être accusé d'assassinat, se décide à en apprendre plus sur l'organisation en question...
Les 39 marches est le premier film dans lequel Hitchcock recourt à un « MacGuffin », terme désignant un élément de l'intrigue autour duquel semble tourner toute l'histoire, mais qui n'a en réalité aucun rapport avec la signification de celle-ci ou la manière dont elle se termine (voir, plus bas, Le MacGuffin). Dans Les 39 marches44, le « MacGuffin » est en l'occurrence une série de plans qui semblent avoir été dérobés.
Le film suivant du réalisateur, Agent secret (Sabotage, 1936), est l'adaptation très libre, par Charles Bennett et Alma Reville, l'épouse d'Hitchcock, d'un roman de Joseph Conrad.
Il y est question d'une obscure organisation terroriste sévissant à Londres, et en particulier de l'un de ses membres, Mr Verloc (Oskar Homolka), au physique brutal, propriétaire d'un cinéma menant une vie en apparence paisible avec sa séduisante épouse (Sylvia Sidney) et le jeune frère de celle-ci. On cite souvent une anecdote à propos de ce film. Lors du tournage d'une scène dramatique où elle devait intervenir, Sylvia Sidney, voyant le réalisateur préférer passer son temps à cadrer des éléments du décor plutôt qu'elle, en aurait été émue jusqu'aux larmes. Après avoir vu le résultat à l'écran, cependant, l'actrice, enthousiasmée, aurait immédiatement alerté le producteur hollywoodien David O. Selznick pour que celui-ci s'intéressât de plus près à l'étonnant réalisateur. Il est possible que cette histoire fasse uniquement partie de la légende entourant le cinéaste, mais elle n'en reste pas moins significative. Assez étrangement, malgré quelques scènes marquantes, Agent secret sera un échec sur le plan commercial. Hitchcock l'expliquera du fait que, dans ce film, très sombre, une scène particulièrement angoissante se conclut par la mort, choquante, d'un enfant45.
En 1937, Alfred Hitchcock, accompagné de sa femme Alma et de son assistante Joan Harrison, effectue un premier voyage à Hollywood aux États-Unis46.
Avec Agent secret se termine de façon abrute la deuxième phase de collaboration fructueuse avec Michael Balcon, au moment où les propriétaires de la Gaumont British décident de mettre la clef sous le paillasson. C'est alors de nouveau pour Gainsborough Pictures qu'Hitchcock tourne ses deux films suivants, mais sans son ancien promoteur. Jeune et innocent (Young and Innocent, 1937) constitue une variation sur le thème de l'innocent injustement poursuivi, avec toutefois un ton de comédie plus prononcé.
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Le réalisateur connaît un autre succès important en 1938 avec Une femme disparaît47, un film spirituel et au rythme enlevé dans lequel il est question de la disparition de Miss Froy, sympathique vieille Anglaise (May Whitty), tandis que celle-ci voyage à bord d'un train dans un pays fictif nommé Vandrika, une allusion à peine voilée à l'Allemagne nazie48. Bien qu'il y soit question d'un voyage, le tournage a lieu exclusivement dans un petit studio londonien, et a recours, pour donner l'illusion de dépaysement, à des maquettes et à des projections à l'arrière-plan des personnages.
C'est à cette époque qu'Hitchcock commence à être connu pour avoir fait une réflexion peu flatteuse concernant les acteurs, assimilant ceux-ci à « du bétail »49. La phrase allait par la suite hanter Hitchcock durant des années. (voir, plus bas, Hitchcock et les acteurs)
Vers la fin des années 1930, le réalisateur commence à jouir d'une certaine réputation auprès du public américain ; il est alors, en Grande-Bretagne, au sommet de son art. C'est ainsi que David O. Selznick lui propose de venir travailler à Hollywood. Hitchcock accepte et, à partir de ce moment, c'est aux États-Unis qu'il tournera quasiment tous ses films. Le 14 juillet 1938, il signe un contrat de 40 000 $ par film. En 1939, il tourne – provisoirement – un dernier film en Grande-Bretagne, La Taverne de la Jamaïque, un mélodrame historique. Le 6 mars 1939, lui et sa famille arrivent à New York et s'installent à Los Angeles.
Le suspense et l'humour noir, devenus au cinéma la marque de fabrique d'Hitchcock, allaient continuer à apparaître dans ses réalisations américaines. Rapidement, Hitchcock sera impressionné par les ressources supérieures dont disposaient les studios américains, en comparaison avec les restrictions financières auxquelles il s'était souvent heurté en Angleterre.[réf. nécessaire]
En septembre 1940, les Hitchcock achètent Cornwall, un ranch de 200 acres (0,81 km2) situé près de la petite ville de Scotts Valley, dans les Monts Santa Cruz, au nord de la Californie. Le ranch restera leur résidence principale jusqu'à leur mort, malgré le fait qu'ils conserveront leur maison de Bel Air.
Hitchcock ne réalisera que quatre films pour Selznick (Rebecca en 1940 ; La Maison du docteur Edwardes en 1945 ; Les Enchaînés en 1946 et Le Procès Paradine en 1947) avant de décider qu’il vaut mieux être son propre producteur en 1947. Cependant, produire un film coûte cher et les premières œuvres indépendantes d’Alfred Hitchcock (La Corde et Les Amants du Capricorne) n’ont guère de succès au box-office. Le 3 janvier 1949, le réalisateur signe avec Warner Bros. un contrat par lequel il s'engage à tourner quatre films en six ans50.
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Les conditions de travail avec Selznick ne seront pas optimales. Régulièrement, le producteur se retrouvait lui-même face à des difficultés financières et, souvent, Hitchcock sera mécontent du contrôle exercé par Selznick sur ses films. Selznick « louera » Hitchcock aux plus grands studios (RKO, Universal, 20th Century Fox) plus souvent qu'il ne produira lui-même les films du réalisateur. En outre, Selznick, comme Samuel Goldwyn, son collègue producteur indépendant, ne faisait que quelques films par an, de sorte qu'il n'avait pas toujours de projets à proposer à Hitchcock. Goldwyn avait lui aussi négocié avec le réalisateur pour un contrat potentiel, mais Selznick avait surenchéri et l'avait emporté. Plus tard, au cours d'une interview, Hitchcock résumera ainsi leur collaboration :
- « [Selznick] était le Grand Producteur. [...] Le producteur était le roi. La chose la plus flatteuse que Mr. Selznick ait jamais dite à mon sujet – et cela montre le degré de contrôle – ...il a dit que j'étais le "seul réalisateur" à qui "il confierait un film". »51
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Au départ, le producteur souhaite qu'Hitchcock réalise un film sur le naufrage du Titanic52. Néanmoins, Hitchcock parvient à imposer son choix. Il opte pour Rebecca (1940), l'adaptation d'un best-steller de sa compatriote Daphne du Maurier (auteur également de L'Auberge de la Jamaïque, dont était tiré son précédent film, et de la nouvelle Les Oiseaux, que le réalisateur allait plus tard porter à l'écran). L'histoire se déroule en Angleterre. Les rôles principaux seront tenus par Laurence Olivier et Joan Fontaine, des acteurs britanniques, et l'écriture du scénario est confiée à Joan Harrison, britannique elle aussi. Du fait de l'affection portée par Hitchcock pour son pays natal, un grand nombre de ses films américains auront en effet le Royaume-Uni pour décor, ou y seront tournés, et ce jusqu'à Frenzy53, son avant-dernier long-métrage.
Après de nombreux remaniements du scénario, le tournage du film démarre le 8 septembre 1939, cinq jours après la déclaration de guerre de l'Angleterre à l'Allemagne et la veille de l'avant-première d'Autant en emporte le vent. Hitchcock aime travailler seul, sans interférences. Avec Selznick, il doit justifier ses choix et prendre les idées et les remarques du producteur en considération54. En cours de production, des tensions surgissent entre Hitchcock et Selznick quant à la fidélité à laquelle est tenu un réalisateur par rapport à une œuvre littéraire adaptée, le choix et la direction des acteurs, et l'importance du montage55. Concernant le premier point, par exemple, Selznick, qui depuis trois ans travaille sur Autant en emporte le vent – le film qui fera sa renommée –, amoureux de littérature, souhaite que des scènes et des dialogues entiers de Rebecca soient fidèlement restitués à l'écran54. Son approche est en totale opposition avec celle d'Hitchcock54. Il se plaint par ailleurs au sujet du « fichu découpage en puzzle »56 d'Hitchcock, ce qui montre que, finalement, ce n'est pas lui, le producteur, qui aura le dernier mot pour créer un film à sa manière, mais qu'il est contraint de suivre la vision d'Hitchcock concernant ce à quoi doit ressembler le produit fini57.
Rebecca, conte gothique, explore les peurs d'une jeune mariée naïve qui vient s'installer dans une vaste demeure de la campagne anglaise ; dans un premier temps, il lui faut s'adapter au formalisme et à la froideur extrêmes qu'elle y rencontre, et ensuite faire face à l'emprise de la précédente femme de son mari, morte longtemps auparavant. Dans ce film, le réalisateur recourt à des procédés qui seront caractéristiques de ses œuvres postérieures les plus accomplies : un rythme lent, une histoire racontée selon le point de vue d'un seul personnage, l'introduction à mi-parcours d'un élément qui change totalement le sens de l'histoire et l'utilisation de procédés visuels spectaculaires réservée aux moments clefs de l'intrigue58.
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En dépit de sa longueur – le film dure plus de 2 heures59 –, c'est un triomphe, et il reçoit deux Oscars sur treize nominations : celui du meilleur film, décerné à Selznick 60, et celui de la meilleure photographie, décerné au chef opérateur George Barnes. Hitchcock est nommé pour celui du meilleur réalisateur, mais c'est John Ford qui, finalement, décrochera la récompense. Hitchcock ressent avec une certaine amertume le fait que le prix du meilleur film aboutisse dans les mains de Selznick plutôt que dans les siennes, et c'est sans doute ce qui, par la suite, allait le stimuler dans sa volonté d'indépendance61.
Hitchcock, comme beaucoup d'Anglais habitant aux États-Unis, est très inquiet pour sa famille et ses amis restés au pays au début de la Seconde Guerre mondiale62. Il leur rend hommage à travers le film Correspondant 17 (Foreign Correspondent, 1940), produit par Walter Wanger et basé sur Personal History, un livre de Vincent Sheean54.,63 L'histoire est celle d'un journaliste, joué par Joel McCrea, envoyé en Europe pour juger de l'éventualité d'une nouvelle Guerre mondiale. Le film, qui mêle scènes réelles tournées en Europe et d'autres tournées à Hollywood, se termine par un plaidoyer en faveur de l'entrée en guerre des États-Unis ; cependant, pour satisfaire au code de censure alors en vigueur aux États-Unis, le film évite les références directes à l'Allemagne et aux Allemands64. Correspondant 17 sera nommé pour l'oscar du meilleur film, en compétition avec Rebecca, lequel lui sera donc préféré.
À la même époque, Hitchcock supervise le montage des versions américaines de deux documentaires anglais sur la guerre : Men of the Lightship (1941) et Target for Tonight (1941).
Malgré un goût très modéré pour les mondanités, Hitchcock et sa femme se lient d'amitié avec Clark Gable et son épouse Carole Lombard pour qui il accepte de réaliser une comédie romantique avec Robert Montgomery : Joies matrimoniales (1941)62.,65 L'histoire est celle d'un couple querelleur, interprété par Lombard et Montgomery, qui découvre qu'ils ne sont pas mariés légalement. Après une séparation, ils finissent par se reconquérir à force de disputes. Le Red Book Magazine qualifiera le film de « comédie la plus hilarante et explosive de l'année 1942 ».
Tout comme Joies matrimoniales, Soupçons (Suspicion, 1941)66 est produit par la RKO. Les deux films d'Hitchcock sortent la même année que le Citizen Kane d'Orson Welles, produit par la même compagnie, et dont la musique est signée Bernard Herrmann, un compositeur dont le rôle allait être important par la suite pour Hitchcock.
Hitchcock considèrera Soupçons, adapté du roman Complicité (Before the Fact) de Francis Iles et dont l'histoire se déroule en majeure partie en Anglerre, comme son deuxième film anglais réalisé à Hollywood après Rebecca. Les scènes censées avoir pour décor la côte anglaise seront en réalité tournées sur la côte septentrionale de Santa Cruz en Californie18. Le scénario est coécrit par le New-Yorkais Samson Raphaelson, Joan Harrison et Alma Reville. Dans la distribution, on retrouve Joan Fontaine, qui a cette fois pour partenaire Cary Grant (britannique d'origine lui aussi). Il s'agit pour l'acteur de sa première apparition dans un film d'Hitchcock, et l'un des rares films de toute sa carrière personnelle où on le voit incarner un personnage assez sinistre18,67.
Grant joue le rôle d'un homme qui, masquant son oisiveté par son charme, parvient à séduire une jeune femme fortunée et d'un naturel plutôt réservé (Fontaine). Il l'épouse. Rapidement, la jeune femme se rend compte que son mari est tout à fait irresponsable et elle se retrouve, au fil d'une série d'événements, plongée dans une terrible angoisse. Elle finit par suspecter que l'homme qu'elle aime est un meurtrier et qu'il cherche le moyen de se débarrasser d'elle. Selon le réalisateur, la peur et l'angoisse font partie des fantasmes les plus courants chez l'être humain. L'héroïne va jusqu'à imaginer son mari en train de précipiter son ami et associé du haut d'une falaise et, par la suite, à soupçonner qu'un verre de lait est empoisonné, dans une scène typiquement hitchcockienne, où l'on voit le personnage incarné par Grant monter lentement dans la pénombre l'escalier qui mène à la chambre de sa femme, en portant sur un plateau un verre d'une blancheur sidérante. Par la suite, Hitchcock expliquera que, pour cette séquence, il avait fait placer une source lumineuse directement dans le verre68.
Dans un premier montage, le film respectait la fin du livre, et le personnage de Grant se révélait être réellement un assassin, mais la RKO considéra que cela était susceptible de nuire à l'image de l'acteur. Bien que, comme il l'avouera plus tard à François Truffaut, un meurtre lui aurait mieux convenu, Hitchcock finit par accepter de donner à l'histoire un dénouement plus heureux, quoique ambigu69.
Pour son rôle dans ce film, Joan Fontaine70 remporte, à vingt-quatre ans, l'oscar de la meilleure actrice18 – le seul de toute sa carrière71 –, ainsi que le prix de la critique new yorkaise72 pour sa « remarquable performance »66.
À la fin de 1941, après avoir tourné quatre films en deux ans, Hitchcock se lance dans une production à la fois plus personnelle et plus audacieuse, Cinquième Colonne (Saboteur) 73, qui rappelle Les 39 marches et annonce déjà La Mort aux trousses. Le 20 août 1941, date de la fin de tournage de Soupçons, Hitchcock se met au travail, jusqu'au mois d'octobre de la même année, avec le scénariste Peter Viertel ; participe également à l'écriture Dorothy Parker. Ce film marque la première collaboration d'Hitchcock avec Universal Pictures.
L'intrigue débute avec un ouvrier de l'aéronautique accusé, à tort, d'avoir commis un acte de sabotage dans son usine : un incendie ayant entraîné la mort de son meilleur ami. Pour prouver son innocence, il entame une course-poursuite acharnée à travers le pays à la recherche du véritable saboteur. Au cours de sa fuite, il fait la rencontre d'une jeune femme qui, d'abord méfiante, finira par lui venir en aide.
Pour les rôles principaux, Hitchcock souhaitait pouvoir disposer de Gary Cooper et Barbara Stanwyck mais, suite au refus du studio, ce seront finalement Robert Cummings et Priscilla Lane qui seront engagés. Le réalisateur déplorera par la suite de n'avoir pu travailler, du moins en ce qui concerne le rôle masculin, avec un acteur plus connu, auquel le public se serait mieux identifié74.
Souvent, on reprocha au réalisateur de ne plus s'intéresser à ses films avant même que n'en commence le tournage mais, en réalité, Hitchcock, continuellement à la recherche de la perfection, était toujours prêt à modifier n'importe quel élément de son scénario en fonction de l'avancement du travail75. Pour Cinquième Colonne, il expérimente de nouvelles techniques avec le décorateur Robert Boyle. Il tourne aussi deux versions différentes de nombreuses scènes, afin d'avoir la possibilité de choisir lors du montage. Hitchcock pouvait porter un regard critique sur son propre travail. À la fin du film, le héros poursuit un assassin qui se retrouve suspendu au sommet de la torche de la statue de la Liberté75. Selon Hitchcock, il s'agit là d'une erreur, et il aurait mieux valu que ce fût le héros qui se retrouvât dans cette fâcheuse posture : ainsi l'identification du public pour le personnage aurait-elle été plus forte75. Sorti en avril 1942, le film, néanmoins, connaît un grand succès.
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Dès la fin du tournage de Cinquième Colonne, Margaret McDonell, chef du département littéraire de Selznick, prend contact avec Hitchcock pour lui soumettre de nouveaux projets. Le réalisateur porte son choix sur Oncle Charlie, une histoire écrite par Gordon McDonell, mari de Margaret McDonell. Pour écrire le scénario de ce qui deviendra L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt, 1943)76, son deuxième film Universal, il fait d'abord appel à Thornton Wilder, qui s'attelle à cette tâche en mai et juin de l'année 1942. Avant d'avoir terminé, cependant, le scénariste décide de manière impromptue de rejoindre les services secrets de l'armée. Ce sont dès lors la romancière Sally Benson et Alma Reville qui sont chargées de terminer les dialogues, et le tournage commence le 10 août de la même année. De nouveau, de nombreux plans de L'Ombre d'un doute seront filmés en extérieurs, cette fois-ci dans la ville de Santa Rosa, dans le nord de la Californie.
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Dans L'Ombre d'un doute – celui que, parmi tous ses films, Hitchcock dira souvent préférer36,77 –, Joseph Cotten interprète Charlie Oakley, un homme au passé extrêmement trouble, et manipulateur. Se sentant traqué par la justice, il décide de se réfugier chez sa sœur qui, de même que la fille aînée de cette dernière, Charlotte Newton (Teresa Wright), surnommée « Charlie » en référence à son oncle, jeune fille dynamique et rêveuse qui se sent à l'étroit dans sa petite ville et voit en son homonyme une sorte de rédempteur, l'accueille à bras ouverts. Cependant, Oakley est surveillé de près par deux hommes mystérieux, ce qui sème le doute dans l'esprit de Charlie/Charlotte, et amène celle-ci à suspecter son sauveur fantasmé d'être ce qu'il est en réalité : un tueur de vieilles dames, vénal et cynique...
À propos de Charlie Oakley, Hitchcock dira à François Truffaut :
- « C'est un assassin idéaliste. Il fait partie de ces tueurs qui sentent en eux une mission de destruction. Peut-être les veuves méritaient-elles ce qui leur est arrivé, mais ça n'était pas son boulot de le faire. Un jugement moral est porté dans le film, n'est-ce pas, puisque Cotten est détruit à la fin, même accidentellement, par sa nièce ? Cela revient à dire que tous les méchants ne sont pas noirs et que tous les héros ne sont pas blancs. Il y a des gris partout. L'oncle Charlie aimait beaucoup sa nièce mais, toutefois, pas autant qu'elle l'aimait. Mais elle a dû le détruire, car n'oublions pas qu'Oscar Wilde a dit : "On tue ce que l'on aime." »78
Au sujet du film, des critiques ont pu dire que l'utilisation par Hitchcock de personnages, de dialogues et de gros-plans à double sens a offert une mine d'interprétations psychanalytiques potentielles à toute une génération de théoriciens du cinéma[réf. nécessaire], au nombre desquels Slavoj Žižek (directeur d'un ouvrage intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lacan sans jamais oser le demander à Hitchcock, paru en 1988). Le réalisateur présente sa propre fascination pour le crime et les criminels dans une scène où deux personnages ont une discussion au sujet des différentes manières de perprétrer un meurtre, suscitant l'émoi de la jeune Charlie. Le réalisateur, durant le tournage, apprend le décès de sa mère, restée à Londres. Certains épisodes de l'enfance d'Hitchcock à Leytonstone semblent ainsi évoqués dans le film79 : comme Hitchcock, Charlie a une mère qui s'appelle Emma ; Oakley a eu un accident de bicyclette dans son enfance ; une petite fille nommée Ann lit Ivanhoé, livre qu'Hitchcock savait par cœur étant enfant ; et le personnage de Joseph – deuxième prénom d'Hitchcock – refuse de conduire une voiture80. Cependant, selon la propre fille du réalisateur, Patricia, il ne s'agirait là que de simples coïncidences81.
Pour la 20th Century Fox, Hitchcock réalise ensuite son premier film ouvertement politique82, Lifeboat (1944), une adaptation de l'un des scripts de John Steinbeck, chronique des expériences vécues par les rescapés du naufrage d'un navire américain coulé par un sous-marin allemand83 et qui tentent, sans boussole, de rejoindre les Bermudes à bord d'un canot de sauvetage. Un des passagers, l'un des seuls en mesure d'emmener l'embarcation à bon port, cependant, se révèle être un Allemand.
Le film étudie ce dont les hommes sont faits lorsqu'ils n'ont plus rien. Il peut s'agir d'un film de propagande, une nouvelle contribution à l'effort de la guerre. Les scènes d'action sont tournées à bord du canot et l'étroitesse du lieu crée un léger souci concernant le traditionnel caméo du réalisateur. Le problème sera résolu par l'apparition d'Hitchcock sur une photo d'un journal que le personnage joué par William Bendix lit dans le bateau, une publicité « avant-après » pour un produit amincissant : « Reduco-Obesity Slayer »84. Lifeboat recevra un accueil critique très favorable dans un premier temps, mais la critique brusquement se ravisera, gangrenée par le doute, car le traitement de ces neuf individualités, et plus que toute autre celle du nazi, prend quelques libertés intolérables dans le contexte de l'époque. Le film est malgré tout nommé trois fois aux oscars85 dans les catégories meilleur réalisateur, meilleur scénario original (Steinbeck) et meilleure photographie (Glen MacWilliams), et l'actrice Tallulah Bankhead reçoit quant à elle le prix NYFCC de la meilleure actrice85.
Tandis qu'il travaille pour la Fox, Hitchcock envisage sérieusement de tourner une adaptation du roman d'A. J. Cronin, Les Clés du royaume (The Keys of the Kingdom)86, au sujet d'un prêtre catholique en Chine[réf. nécessaire], mais le projet tombe à l'eau, et c'est John M. Stahl qui, en 1944, finira par faire le film, produit par Joseph L. Mankiewicz et avec notamment pour vedette Gregory Peck87.
De retour en Angleterre pour un séjour prolongé fin 1943 début 1944, Hitchcock réalise deux courts-métrages, d'environ une demi-heure chacun, pour le Ministère de l'Information britannique (Ministry of Information), Bon Voyage88 et Aventure malgache89. Ces films – tournés pour les Forces françaises libres – sont les seuls d'Hitchcock en français et « présentent des touches typiquement hitchcockiennes »90. Le second, jugé trop sensible, sera interdit en France.[réf. nécessaire] Dans les années 1990, les deux films seront diffusés sur la chaîne américaine Turner Classic Movies et sortiront par la suite en vidéo.
En 1945, Hitchcock est engagé comme « conseiller artistique » (treatment advisor, en fait comme monteur) pour un documentaire produit par l'Armée britannique et consacré à la Shoah. Dirigé par Sidney Bernstein, le film, un enregistrement de la libération des camps de concentration nazis, restera inédit jusqu'en 1985 ; il sera alors complété pour la série Frontline de la chaîne américaine PBS et diffusé sous le titre Memory of the Camps91,92.
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Kangiqsualujjuaq.
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| Kangiqsualujjuaq ᑲᖏᖅᓱᐊᓗᔾᔪᐊᖅ | |||
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| Administration | |||
| Pays | | ||
| Province | | ||
| Région | Nord-du-Québec | ||
| Statut municipal | Village nordique | ||
| Constitution | 2 février 1980 | ||
| Chef Mandat en cours | Kitty Annanack 2005 - 2007 | ||
| Démographie | |||
| Population | 735 hab. (2006) | ||
| Densité | 20,4 hab./km2 | ||
| Gentilé | Kangiqsualujjuamiuq, miuq | ||
| Géographie | |||
| Coordonnées géographiques | |||
| Superficie | 36,23 km2 | ||
| Code géographique | 99090 | ||
| Géolocalisation sur la carte : Québec | |||
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Kangiqsualujjuaq (en Inuktitut: ᑲᖏᖅᓱᐊᓗᔾᔪᐊᖅ) est un village nordique du Nunavik dans l'administration régionale Kativik, dans la région administrative Nord-du-Québec au Québec (Canada)1. Il est situé sur la rive est de la rivière George.
Kangiqsualujjuaq veut dire « la très grande baie »2.
Le recensement de 2006 y dénombre 735 habitants, soit 3,5% de plus qu'en 20013. On appelle ses habitants : Kangiqsualujjuamiut.
Un film documentaire français a été réalisé en 2007 au village : Au-delà de leurs rêves.
Description
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Kangiqsualujjuaq est situé à 1 688 km au nord-est de Montréal. On accède au village par avion, encore qu'à l'occasion, les Kangiqsualujjuamiut se rendent à Kuujjuaq, à 160 km au sud-ouest, en motoneige l'hiver, ou en bateau l'été. Des expéditions à travers les monts Torngat en motoneige vers les communautés du Labrador, Nain et Nachvak, sont plutôt rares aujourd'hui, mais elles étaient fréquentes quand les attelages de chiens étaient utilisés. Des bateaux de marchandise de Montréal livrent des biens à la communauté chaque été.
Entouré de montagnes, le village est dans un environnement pittoresque et sa position élevée offre une vue imprenable sur la rivière George. Le village se présente sur un modèle de grille sur un plateau incliné, avec deux routes menant à quelques kilomètres au delà des crêtes de montagne à l'une et l'autre extrémités du village.
Au milieu d'un relief rocheux et de bornes en pierre (Inukshuk), le paysage du village est ponctué d'arbres frèles et de plantes rampantes qui s'agrippent tant bien que mal au terrain granitique. Au plus bas niveau, la terre est recouverte d'un épais tapis de mousse et de lichen.
Histoire
La compagnie de la Baie d'Hudson a tenu un poste de traite au sud du village actuel 4 durant les périodes de 1838-42, 1876-1915 et 1923-32. Mais les Inuit de la région n'ont jamais campé autour du poste, préférant vivre le long de la côte en été et camper à environ 50 km à l'intérieur des terres en hiver. En 1959, les Inuit locaux établirent, de leur propre initiative, la première coopérative dans le nord du Québec pour la mise en marché de l'omble chevalier. La construction du village a débuté en 1962 et depuis, les Inuit ont commencé à s'y installé de façon permanente. En 1963, une école, un magasin coopératif et un édifice gouvernemental furent construits. En 1980, Kangiqsualujjuaq était légalement constituée en municipalité.
La communauté fut frappée par une avalanche au matin du 1er janvier 1999. Elle détruisit le gymnase de l'école Satuumavik durant les célébrations du Nouvel An, tuant neuf personnes et en blessant 25 autres dont 12 sévèrement au point où il fallut les aéroporter à Montréal pour y être traitées. Quelques uns ont avancé l'idée que l'avalanche ait pu être provoquée par la danse lors de la fête. L'école fut reconstruite à un endroit plus sécuritaire et renommée « Ulluriaq ».
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Images
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| Inukshuk au-dessus de Kangiqsualujjuaq |
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Municipalités limitrophes
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L'Aurore boréale.
| L'Aurore boréale | |
| Pays | |
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| Langue(s) | français |
| Périodicité | bimensuel |
| Format | tabloïd |
| Diffusion | 945 ex. |
| Date de fondation | 1983 |
| Éditeur | Whitehorse |
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| Propriétaire | Association franco-yukonnaise |
| Site Web | L'aurore boréale |
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L'Aurore boréale est un journal bimensuel canadien fondé en 19831 à Whitehorse, Yukon, membre de l'Association de la presse francophone. Il est le seul journal francophone du Yukon. Il est publié toutes les deux semaines (sauf en juillet) et est l'outil de communication numéro un pour la communauté francophone.
L'Aurore boréale est publié aux deux mercredis et distribué en kiosque presque partout au Yukon ainsi qu'à l'étranger, par le biais des abonnements.
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Histoire de l'Assemblée nationale (h & fin).
Histoire de l'Assemblée nationale
| 8. La Cinquième République (depuis 1958) |
~ La démocratie d'aujourd'hui ~
Ébauche de bilan institutionnel - Gouvernements et législatures
Les institutions de la Cinquième République, mises en place en 1958, correspondent aux idées du général de Gaulle, telles qu'il les avait exposées dès 1946. Jusqu'en 1962, les pouvoirs publics doivent résoudre la crise algérienne. Puis, une deuxième phase s'engage, sur le plan institutionnel, avec l'élection du Président de la République au suffrage universel direct et l'apparition d'une majorité homogène à l'Assemblée nationale, ainsi que dans le domaine de la politique extérieure. La période de forte croissance économique se poursuit jusqu'en 1973. La recomposition de la majorité après les élections présidentielles de 1974, puis les alternances politiques de 1981, 1986, 1988, 1993 et 1997 modifient peu à peu le fonctionnement des institutions. L'Assemblée nationale voit son rôle de plus en plus affirmé, tant du point de vue politique qu'en matière de contrôle du Gouvernement.
| Le 4 septembre 1958, place de la République à Paris, le général de Gaulle présente aux Français le projet de Constitution qu’il leur soumettra par référendum trois semaines plus tard. Cette intervention, précédée par le souffle épique d’un des plus grands discours d’André Malraux, précise les grands principes retenus pour les nouvelles institutions. [Vidéo] Lors du référendum du 28 septembre 1958 près de 85 % des Français se rendent aux urnes et le « oui » obtient 82,6 % des suffrages exprimés. C'est un triomphe pour le général de Gaulle et pour les nouvelles institutions. [Vidéo] Plus de quarante et un ans après leur création, les institutions de 1958 ont fait la preuve de leur solidité et de leur capacité à s’adapter aux alternances politiques, aux crises économiques et aux tensions internationales. |
Les problèmes internationaux
Commencée en 1954, la guerre d’Algérie marque fortement les quatre premières années de la Ve République. Après une phase d’intensification des combats, marquée par un net affaiblissement militaire des nationalistes algériens, la situation ne cesse de se détériorer.
Le général de Gaulle se résout à la nécessité d’une paix négociée. Le 16 septembre 1959, il envisage l'hypothèse de l'autodétermination. Après la semaine des barricades, du 24 janvier au 1er février 1960, la première tentative de pourparlers avec un émissaire du F.L.N. échoue à Melun, en juin 1960. La politique d'autodétermination en Algérie est cependant massivement approuvée par référendum, le 8 janvier 1961, avec 75% de « oui ».
En avril 1961, une tentative de putsch militaire échoue à Alger. Faisant usage des pouvoirs exceptionnels qu’il tient de l’article 16 de la Constitution, le général de Gaulle met fin à la rébellion militaire. Un message est adressé par le chef de l'État au Parlement, le 25 avril 1961 : « Conformément à la Constitution, j'ai (…) décidé de faire application de l'article 16 et commencé à prendre les mesures nécessaires pour faire prévaloir l'autorité des pouvoirs constitutionnels. » L'application de l'article 16 cesse le 29 septembre 1961. Après de longues négociations, les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962 et ratifiés par référendum, le 8 avril 1962, avec près de 91% de « oui ». L’Algérie est indépendante le 3 juillet 1962. Avec l’indépendance algérienne, l’empire colonial français prend fin. En effet, la décolonisation de l’Afrique noire était achevée dès 1960 et la France avait signé des accords de coopération politique et militaire avec la plupart de ses anciennes colonies.
Dégagée de la guerre d'Algérie et de la décolonisation, la politique étrangère de la France peut désormais se déployer librement et de façon très active. Dans le contexte de guerre froide qui oppose le bloc américain au bloc soviétique, le général de Gaulle veut affirmer l'indépendance nationale de la France. Membre de l’Alliance atlantique et soutien des États-Unis au cours de plusieurs crises qui les opposent à l’Union soviétique (Berlin, 1961; Cuba, 1962), la France fait entendre sa différence : reconnaissance officielle de la Chine populaire (1964), condamnation de l’intervention américaine au Vietnam (1966) [Vidéo]
, visites officielles en URSS (1966), en Pologne (1967), en Roumanie (1968). En juin 1967, le général de Gaulle décide de mettre fin au soutien traditionnel de la France à l'État d'Israël. En juillet 1967, à Montréal, il prononce une formule devenue célèbre : « Vive le Québec libre ! ». [Vidéo]
Le général de Gaulle veut doter la France des moyens militaires de cette indépendance : c'est la construction d'une force de frappe nucléaire autonome (bombe A en 1960 ; bombe H en 1968), le refus de signer le traité de non-prolifération nucléaire (1968) et surtout le retrait de la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), en 1966. Depuis 1969, ces principes de politique extérieure ont été maintenus jusqu'à la chute du Mur de Berlin, en 1989.
Dans les années 1990, tout en réduisant sensiblement son effort d’équipement militaire, la France se rapproche progressivement de l’OTAN : en 2009, elle réintègre le commandement intégré. Elle participe à la première guerre du Golfe, dont les opérations militaires sont conduites sous la direction des États-Unis, ainsi qu'à des opérations militaires en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan aux côtés des États-Unis dans le cadre de l'OTAN.
L'Europe
Dès son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle respecte les engagements du traité de Rome, signé le 25 mars 1957. La France entre dans le marché commun dès 1959. Le chef de l'État engage également une politique résolue de réconciliation avec l’Allemagne, symbolisée par la signature du Le traité d’amitié et de coopération en 1963. Pour autant, il est très hostile à tout projet de nature supranationale ou d’inspiration fédéraliste. Il propose, en vain, une confédération des nations européennes (les plans Fouchet de 1961 et 1962). Il provoque une crise des institutions communautaires, en 1965 (politique dite de la chaise vide), en faisant valoir la défense des intérêts de la France et s'oppose à deux reprises (1963 et 1967) à l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne, considérant que Londres est trop proche des intérêts américains.
Dans le domaine communautaire, la politique française a connu de sérieux infléchissements après le départ du général de Gaulle. Dès 1969, des discussions sont ouvertes pour l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté. L'adhésion effective de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark, ratifiée par référendum en 1972, devient effective en 1973. Le septennat du Président Giscard d’Estaing est l’occasion d'un resserrement supplémentaire des liens franco-allemands, tandis que la construction communautaire connaît de profonds renforcements, avec la création du Conseil européen des chefs d'État et de Gouvernement (en 1974), la création du système monétaire européen et l'élection du Parlement européen au suffrage universel direct (en 1979). Cette politique est poursuivie depuis lors.
Ainsi, la France accepte d'exercer en commun des éléments importants de sa souveraineté dans le cadre de l'Union européenne créée par le traité de Maastricht, ratifié par référendum en septembre 1992 : la monnaie, avec la création de l'euro en 1999 ; la politique étrangère et de sécurité commune ; la suppression des contrôles aux frontières internes, prévues par les accords de Schengen et intégrée à l'acquis communautaire par le Traité d'Amsterdam ; enfin l'accueil des pays d'Europe centrale et orientale après la chute du Mur, organisé par le Traité de Nice en 2001. Par le Traité établissant une Constitution pour l'Europe en 2004, puis, après l'échec de sa ratification, par le Traité de Lisbonne en 2007, la France cherche désormais à faire de la construction européenne une construction politique et citoyenne face aux accusations de technocratie adressées à l'Union européenne.
La croissance économique, puis la crise
Après la période difficile de la reconstruction, la France entre, avec les années 1950, dans une phase de croissance économique forte et durable, appelée « les Trente glorieuses ». Sur l’ensemble de la période, la croissance atteint 5% par an en moyenne. La progression de l’activité économique est si forte – la plus rapide des pays de l’OCDE au début des années 1970 - que la France, pourtant très affaiblie par la seconde guerre mondiale, redevient la cinquième puissance économique mondiale, dépassant le Royaume Uni à la fin des années soixante. Fortement soutenue par l'État, l'industrie française joue un rôle décisif en Europe particulièrement dans le domaine aéronautique et spatial, avec la mise au point du Concorde, des fusées Ariane et des satellites, le démarrage d'Airbus dans les années soixante-dix,… Pour la population française, après les très importants efforts de production accomplis dans l’immédiat après-guerre, c’est l’entrée dans la société de consommation, grâce au triplement du pouvoir d’achat en trente ans : les ventes d’électroménager, d’automobiles et de téléviseurs progressent ; l’accession à la propriété se fait plus banale ; 77% des Français partent en vacances en 1996, contre 62% en 1973 et 31% en 1958. La prospérité économique, si elle révèle des mutations importantes de la société comme l’urbanisation et l’industrialisation, n’est cependant pas sans limites. Les inégalités sociales subsistent et l’inflation prend une nouvelle ampleur, à la fin des années soixante et au cours des années soixante-dix, en particulier avec les premier (1973) et deuxième (1979) chocs pétroliers : la monnaie s’en trouve affaiblie et la balance commerciale de la France très fragilisée. De même, les premières tensions sur le marché de l’emploi apparaissent dès 1968-1970, avec l’arrivée des enfants du baby-boom de l’après-guerre, la croissance de l’activité féminine et surtout le ralentissement de la croissance économique.
En 1973, à l’occasion de la guerre du Kippour, les principaux pays exportateurs de pétrole, réunis au sein de l’organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) décident d’augmenter fortement le prix du baril. C’est le premier « choc pétrolier » et, pour des pays comme la France, gros consommateur d’énergie importée, c’est le déclenchement de la crise économique, qui durera plus de vingt ans. Celle-ci est marquée par un ralentissement brutal de la croissance économique, une forte hausse de l’inflation qui atteint 14% en 1981, le dérèglement du système monétaire international et la montée très rapide du chômage qui, en 1997 atteint environ 10,9 % de la population active avant de diminuer progressivement jusqu'à 7,22 % en 2008, puis de repartir en 2009 avec le développement de la crise financière.
Les grandes étapes de la Cinquième République
-> Les treize législatures, les gouvernements et les présidents de la République depuis 1958
-> Les élections législatives depuis 1958
Le retour du général de Gaulle et l'avènement de la Cinquième République
Les nouvelles institutions issues du référendum du 28 septembre 1958, se mettent en place au dernier trimestre de 1958. L'Assemblée nationale est élue les 23 et 30 novembre, l'élection du Président de la République, par un collège restreint de quelque 80 000 « grands électeurs », se déroule le 21 décembre. Le général de Gaulle est élu à la présidence de la République, avec plus de 78% des suffrages.
Le 8 janvier 1959, le général de Gaulle prend ses fonctions de chef de l'État et nomme Michel Debré [Tables d'archives] pour lui succéder à l'Hôtel Matignon. Le Gouvernement réunit des personnalités issues des rangs de l'Union pour la nouvelle République (U.N.R.) recréée à partir de l'ancien R.P.F. et des partis de droite et du centre. Les socialistes qui participaient au Gouvernement depuis juin 1958 s'en retirent en 1959, en raison de leurs désaccords sur la politique économique poursuivie. Avec le règlement de la crise algérienne, les priorités changent. Le 14 avril 1962, le Président de la République nomme un nouveau Premier ministre. Georges Pompidou [Tables d'archives] va rester en fonction pendant plus de six ans. Une crise politique éclate aussitôt après la nomination du Premier ministre. Tout d'abord, le 15 mai 1962, lors d'une conférence de presse, le général de Gaulle présente le projet d'unification européenne comme une utopie. Les ministres M.R.P., très attachés à l'Europe, démissionnent aussitôt. Puis, après l'attentat raté du Petit-Clamart, en août 1962, le général de Gaulle engage, en septembre 1962, une procédure de révision de la Constitution, pour instituer l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, en utilisant l'article 11 de la Constitution.
Pour parvenir à ce résultat, le chef de l’État et son gouvernement doivent affronter l’opposition quasi unanime des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Une motion de censure est adoptée le 5 octobre 1962. Le Premier ministre remet la démission du Gouvernement. Elle ne sera acceptée par le chef de l'État que le 28 novembre 1962. L'Assemblée nationale est dissoute, le 9 octobre 1962.
Lors du référendum du 28 octobre 1962, les Français acceptent (par une majorité de 62% des suffrages exprimés) la révision de la Constitution proposée par le général de Gaulle, qui prévoit l’élection au suffrage universel direct du Président de la République.
Les élections législatives se déroulent les 18 et 25 novembre 1962. L'U.N.R. remporte la majorité absolue des sièges (268 sur 479), avec ses alliés Républicains indépendants. L'U.N.R. dispose désormais, à elle seule, de 233 sièges, au lieu de 177. Communistes et socialistes reviennent plus nombreux, en particulier grâce aux accords de désistement passés pour le deuxième tour, ce qui n'avait pas été le cas en 1958. La droite traditionnelle et le centre (M.R.P.) obtiennent 54 sièges, au lieu de 178. L'existence à l'Assemblée nationale d'une majorité homogène et soudée, en même temps que la légitimité propre du chef de l'État, sortie renforcée du référendum, créent un nouveau contexte au plan politique, comme au plan institutionnel. La prééminence présidentielle est ainsi nettement établie. À l'inverse, le régime d'assemblée, tel qu'il était pratiqué depuis 1870, prend fin.
Georges Pompidou [Tables d'archives] est de nouveau chargé de former le Gouvernement.
Le second mandat du général de Gaulle
Les élections présidentielles de 1965 - les premières réalisées au suffrage universel direct - sont remportées par le général de Gaulle, mais elles marquent les premiers signes de la lente érosion de la popularité du chef de l'État. Ce dernier est confronté à la volonté d’autonomie des forces du centre droit, présentes au premier tour à travers la candidature de Jean Lecanuet. Mais surtout, François Mitterrand, candidat soutenu par l’ensemble de la gauche, contraint le général de Gaulle à un second tour inattendu. Ayant recueilli plus de 10 millions de voix et 44,6% des suffrages exprimés au premier tour, le général de Gaulle obtient 55,2% des suffrages au second tour.
Les élections législatives du printemps 1967 sont marquées par un certain succès des candidats gaullistes au premier tour et une très courte victoire au second tour. La majorité parlementaire tient à quelques sièges.
Les événements du printemps 1968
Partie du Japon, puis de l'université de Berkeley aux États-Unis, la contestation étudiante se répand dans le monde entier et se propage en Europe, notamment à Berlin, Prague, Varsovie, Madrid et Rome. Les événements du printemps 1968 débutent, en France, le 22 mars à l'université de Nanterre. En se généralisant rapidement aux autres universités, puis aux industries, l’agitation prend une ampleur de plus en plus considérable. Après une nuit d'émeute au quartier latin, le 10 mai, les grandes centrales syndicales ouvrières lancent un appel à la grève générale pour le 13 mai. Ce jour-là, une grande manifestation rassemble les étudiants et les forces de gauche. La grève générale, commencée le 13 mai, se poursuit le 14 et le 15 mai, en s'accompagnant d'occupations d'usines. Bientôt l'ensemble de l'économie française est paralysée. Les accords de Grenelle (27 mai) conclus entre le Gouvernement et les organisations syndicales sont rejetés par les salariés et ne parviennent pas à rétablir le calme. Une manifestation étudiante se déroule le 27 mai au stade Charléty, en présence de Pierre Mendès France et de plusieurs dirigeants politiques de la gauche. François Mitterrand, responsable de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste (FGDS) se déclare prêt à assumer le pouvoir. Le 29 mai, le général de Gaulle, se rend en Allemagne auprès du commandant des forces françaises en Allemagne. Rentré à Paris, il reprend l’initiative, prononce une allocution radiodiffusée et dissout l’Assemblée nationale, le 30 mai. Le même jour, une manifestation massive de soutien au Gouvernement et au chef de l'État se déroule à Paris, de la Place de la Concorde à l'Arc de Triomphe. Les élections législatives qui suivent (23 et 30 juin 1968) donnent une victoire écrasante au parti gaulliste, l’U.D.R., qui dispose ainsi de la majorité absolue des sièges (291 députés UNR et apparentés; 62 Républicains indépendants).
Un nouveau gouvernement est constitué. Maurice Couve de Murville est nommé Premier ministre. Le gouvernement se trouve confronté aux difficultés financières et monétaires qui résultent des événements de mai et juin 1968. Le franc français est gravement menacé, mais le général de Gaulle refuse la dévaluation.
En 1969, le général de Gaulle propose un nouveau référendum aux Français sur la réforme régionale. [Vidéo]
Le projet de loi constitutionnelle soumis aux Français prévoit la création de 21 régions et, en même temps, une réforme profonde du Sénat dont la composition est profondément modifiée. Dix-huit articles de la Constitution sont touchés par le projet de loi. [Vidéo]
L’opposition y voit l’occasion d’un redressement après la défaite aux législatives de juin 1968. De son côté, la majorité n’est pas unie derrière le Président et certaines personnalités comme M. Giscard d’Estaing [Tables d'archives] se prononcent contre le texte proposé . Le 27 avril 1969, le projet de loi constitutionnelle est rejeté par une majorité de 53% de votes négatifs. La victoire du « non » est une défaite personnelle pour le général de Gaulle qui, comme il l’avait annoncé, se retire définitivement du pouvoir, dès le 28 avril.
Après la démission du général de Gaulle, conformément aux dispositions de l'article 7 de la Constitution, le Président du Sénat, Alain Poher, devient Président de la République par intérim. À la tête du combat contre le projet de loi constitutionnelle réformant le Sénat, celui-ci se porte candidat à l'élection présidentielle qui se déroule les 1er et 15 juin 1969. Georges Pompidou est élu au second tour avec plus de 57% des voix.
Le mandat de Georges Pompidou s’achève prématurément avec son décès, le 2 avril 1974. Le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas [Tables d'archives], porteur d’un projet de « Nouvelle société »,
caractérisé notamment par une volonté de progrès social, reste en fonction pendant trois ans. L'accent est mis, notamment sur le développement de la formation professionnelle continue (loi sur la formation professionnelle - 1971). Le premier ministère de l'Environnement est créé en 1971. Le Gouvernement prépare également la mise en place des établissements publics régionaux (loi du 5 juillet 1972). Le chef de l'État met l'accent sur la modernisation des structures économiques et l'industrialisation de la France. Sous la pression des pouvoirs publics, plusieurs grands groupes industriels se créent. Le référendum du 23 avril 1972 sur l’élargissement de la communauté européenne, précédé d'un message du Président de la République au Parlement, le 5 avril 1972, apparaît comme un quasi échec sur le plan politique, en raison du niveau élevé de l'abstention et du vote blanc. Le Premier ministre obtient la confiance massive de l’Assemblée nationale, le 24 mai 1972. Cependant, le Président de la République contraint le Premier ministre à la démission, le 5 juillet 1972. Pierre Messmer [Tables d'archives], ancien ministre des Armées du général de Gaulle pendant neuf ans, est nommé à l’Hôtel Matignon. Pour sa part, l’opposition de gauche se réorganise : au congrès d’Épinay, le 24 juin 1971, le PS (parti socialiste), qui a succédé en 1969 à la SFIO, unifie plusieurs mouvements socialistes, et élit François Mitterrand comme Premier secrétaire. Le 29 juin 1972, l’union de la gauche est scellée par un accord entre les partis socialiste et communiste et les radicaux de gauche. Le programme commun de la gauche est proposé aux Français pour les élections législatives de mars 1973. La gauche unie gagne un grand nombre de sièges, mais elle ne réussit pas à obtenir la majorité à l'Assemblée nationale. Le 3 avril 1973, le chef de l'État adresse un message à l'Assemblée nationale nouvellement élue pour souhaiter une réduction à cinq ans de la durée du mandat présidentiel. Le 2 avril 1974, Georges Pompidou décède, au terme d'une terrible maladie. Une seconde fois, le Président du Sénat, Alain Poher, exerce l'intérim de la présidence de la République.
Le mandat de Valéry Giscard d'Estaing. Les élections présidentielles se déroulent les 5 et 19 mai 1974. Au premier tour, Valéry Giscard d'Estaing, candidat de la droite et du centre devance le gaulliste Jacques Chaban-Delmas, grâce notamment au soutien de Jacques Chirac. Au second tour, Valéry Giscard d’Estaing est élu avec 50,8 % des suffrages, contre le candidat unique de la gauche, François Mitterrand. Jacques Chirac [Tables d'archives] est nommé Premier ministre et le reste deux ans. Cette première période est marquée par les réformes de société voulues par le Président (abaissement de l’âge de la majorité civile et électorale à 18 ans, libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse par la loi du 17 janvier 1975
, loi sur le divorce en juin 1975). Par ailleurs, le Congrès adopte une loi constitutionnelle, promulguée le 29 octobre 1974, qui élargit la saisine du Conseil constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs. [Vidéo]
En revanche, le projet de révision constitutionnelle permettant aux membres du Parlement nommés au Gouvernement de retrouver leur siège de député ou de sénateur lorsqu'ils quittent le Gouvernement ne peut aboutir. Sur le plan économique, le Gouvernement est confronté aux graves conséquences du premier choc pétrolier. C'est le début de la crise économique. La croissance économique est quasi nulle en 1975. Un plan de soutien de l'activité est mis en œuvre.
Les relations entre le Président de la République et le Premier ministre se dégradent. Le 25 août 1976, le Premier ministre Jacques Chirac démissionne. L’économiste Raymond Barre, ministre du commerce extérieur dans le précédent Gouvernement et ancien membre de la commission européenne, lui succède. Rompant avec le plan de relance économique tenté par son prédécesseur, le nouveau Premier ministre, qui assume également les fonctions de ministre de l'économie et des finances, mène une politique de rigueur, d'inspiration libérale, principalement orientée vers la baisse de l’inflation. Le second choc pétrolier (1979) et la hausse continue du chômage (2 millions de chômeurs en 1981) entravent fortement les efforts de redressement du gouvernement.
Sur le plan politique, Jacques Chirac, est élu maire de Paris en 1977 et prend la tête du mouvement gaulliste qui devient le Rassemblement pour la République (RPR), en décembre 1976. Les partisans du Président Giscard d’Estaing, Républicains indépendants, centristes, radicaux, se regroupent quant à eux au sein de l’Union pour la Démocratie Française (UDF), créée en 1978. À gauche, on assiste à la montée en puissance du Parti Socialiste (PS) et de son premier secrétaire François Mitterrand. Les désaccords entre le parti socialiste et le parti communiste provoquent la rupture de l’union de la gauche en septembre 1977. Lors des élections législatives de mars 1978, la gauche divisée ne parvient pas à remporter la majorité des sièges que les sondages lui donnaient pourtant comme acquise. Le 14 mars 1979, pour la première fois depuis 1958, le Parlement se réunit en session extraordinaire, à l'initiative de la majorité des députés.
Les deux mandats de François Mitterrand. Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu au second tour, devant Valéry Giscard d’Estaing, avec 51,75% des suffrages. [Vidéo]
Pour la première fois, la Ve République va donc connaître l’alternance politique. Pierre Mauroy est nommé Premier ministre pour mettre en œuvre les « 110 propositions » du candidat Mitterrand. Après avoir nommé un gouvernement principalement composé de personnalités issues du Parti socialiste, le chef de l'État dissout aussitôt l'Assemblée nationale élue en mars 1978. La gauche remporte nettement les élections législatives de juin 1981. Le Premier ministre constitue un deuxième gouvernement comprenant quatre ministres communistes. [Vidéo]
De nombreuses réformes sont engagées : nationalisations, 5ème semaine de congés payés, semaine de 39 heures, retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, décentralisation,…. Au plan économique, le gouvernement pense réduire le chômage par une politique de relance par la consommation. Cependant, la situation économique se détériore : pour juguler l’inflation, le gouvernement met en œuvre un blocage des prix et des revenus en juin 1982 ; le déficit budgétaire se creuse, et le franc est dévalué trois fois en 1981, 1982 et 1983. Il est impossible d’envisager la poursuite d’une telle politique sans sortir le franc français du système monétaire européen. Mais, avec le soutien de Jacques Delors, ministre de l’économie, le Président Mitterrand décide au contraire le maintien dans les mécanismes de solidarité communautaire. Il faut donc changer de politique économique. Le tournant décisif est pris en mars 1983, avec la politique de rigueur.
La querelle scolaire reprend après le dépôt du projet de loi présenté par le ministre de l'éducation nationale, Alain Savary, sur le service public laïque unique de l’éducation nationale. Le projet est retiré, après une mobilisation populaire très importante, en juin 1984. Le chef de l'État annonce, le 12 juillet 1984, le dépôt d'un projet de révision de l'article 11 de la Constitution pour étendre le domaine du référendum. Ce projet sera rejeté par le Sénat en seconde lecture, en septembre 1984. Laurent Fabius est nommé Premier ministre en juillet 1984. Le nouveau gouvernement, qui ne compte plus de ministres communistes, met en œuvre une politique de modernisation économique et d’inspiration plus libérale au plan économique. D'importantes restructurations industrielles sont mises en œuvre. La libération progressive des prix est engagée.
La gauche perd les élections législatives de mars 1986. [Vidéo]
Pour la première fois depuis 1958, l'Assemblée nationale est élue au scrutin de liste proportionnel, dans le cadre du département. A cet effet, le nombre de députés est porté de 491 à 577. Les partis de la droite et du centre remportent de justesse la majorité absolue des sièges, avec 286 députés élus sous la bannière du R.P.R. et de l'U.D.F. et quelques députés non-inscrits. L'extrême droite fait son entrée au Parlement avec 33 députés. Le Président de la République, François Mitterrand, nomme Premier ministre, le principal dirigeant de la nouvelle majorité, Jacques Chirac. Pour la première fois sous la Ve République, le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à deux familles politiques opposées : c’est la cohabitation. Pour la première fois, en même temps que les élections législatives, les conseils régionaux sont élus au suffrage universel direct.
La politique du gouvernement Chirac repose sur la libéralisation de l’économie et la volonté de baisser les prélèvement obligatoires. [Vidéo]
Un programme de privatisation des entreprises publiques est engagé [Vidéo]
, tandis que la libération des prix est poursuivie. Les relations entre le Président de la République et le Premier ministre se tendent, d'autant qu'ils sont tous deux candidats à l'élection présidentielle de 1988. Un large consensus est néanmoins assuré en matière de politique étrangère. Au second tour, François Mitterrand remporte l’élection présidentielle de 1988, devant Jacques Chirac, avec 54% des suffrages (8 mai 1988). [Vidéo]
Le second septennat de François Mitterrand commence avec la nomination de Michel Rocard au poste de Premier ministre. L'Assemblée nationale est dissoute et de nouvelles élections législatives se déroulent les 5 et 12 juin 1988. Au terme du second tour, le Parti socialiste obtient finalement 275 sièges. Le gouvernement ne dispose que d’une majorité relative. Le Premier ministre constitue un gouvernement « d’ouverture » qui compte, à côté des personnalités issues du parti socialiste, un nombre important de ministre venus, soit du centre droit, soit de la « société civile ». Le gouvernement compte 49 membres. Le Premier ministre essaie, tout d'abord, de rechercher une solution politique à la grave dégradation de la situation politique en Nouvelle-Calédonie. Les affrontements entre la communauté d’origine européenne et les indépendantistes kanaks ayant pris des dimensions préoccupantes, le Premier ministre, après d’intenses négociations avec les acteurs politiques de l’île, conduit ces derniers à l’entente politique : les Accords de Matignon sont signés le 26 juin 1988. Ils prévoient un nouveau statut de l’île, des mesures d’amnistie, et un scrutin d’autodétermination pour 1998. Le référendum du 6 novembre, malgré une faible participation, approuve largement (près de 10 millions de « oui » et 2,5 millions de « non ») les accords sur le statut de la Nouvelle Calédonie et marque le premier succès de Michel Rocard.
Le gouvernement instaure de nouveau un impôt de solidarité sur la fortune, créé en 1981, puis supprimé en 1986, crée le revenu minimum d’insertion (R.M.I.) et met en place une nouvelle forme de prélèvement fiscal, la contribution sociale généralisée. [Vidéo]
La conjoncture économique, d’abord favorable entre 1988 et l’automne 1990 – ce qui alimente d’ailleurs de nombreux mouvements revendicatifs – se dégrade assez nettement fin 1990, avec un ralentissement marqué de la croissance et une nouvelle hausse du taux de chômage. Cette évolution s’aggrave encore avec les conséquences économiques de la guerre du Golfe qui commence le 17 janvier 1991 par une attaque aérienne multinationale, sous commandement américain, en réaction à l’invasion irakienne du Koweït au mois d’août 1990. Après la fin du conflit, le Premier ministre présente sa démission au chef de l'État en mai 1991.
Michel Rocard est remplacé par Edith Cresson, première femme nommée chef du gouvernement en France. [Vidéo]
D’abord bien accueillie dans l’opinion, le nouveau Premier ministre, doit faire face à une impopularité croissante. Le 2 avril 1992, Edith Cresson remet sa démission et le Président de la République nomme Pierre Bérégovoy, déjà ministre de l'économie et des finances des précédents gouvernements, comme Premier ministre. La tâche du nouveau Gouvernement n’est pas simple : la France connaît une forte récession économique en 1993 ; le déficit budgétaire se creuse, sous l'effet combiné de l'augmentation des dépenses sociales et de la contraction des recettes fiscales. Le discrédit s’abat sur les partis politiques à cause des affaires concernant leur mode de financement.
Le 20 septembre 1992, consultés par référendum, les Français acceptent de justesse (par 51 % des voix) la révision de la Constitution, préalable nécessaire à la ratification du traité de Maastricht. Celui-ci marque un progrès important de la construction communautaire en mettant au point l’union économique et monétaire, c’est-à-dire une monnaie unique pour tous les États européens satisfaisant un certain nombre de critères de stabilité économique.
La gauche subit une sérieuse défaite aux élections législatives des 21 et 28 mars 1993. Le R.P.R. et l'U.D.F. obtiennent les quatre cinquièmes des sièges (respectivement 257 et 215 députés membres ou apparentés des groupes parlementaires RPR et UDF). La France entre dans sa deuxième expérience de cohabitation. Le Président Mitterrand désigne Édouard Balladur comme Premier ministre. La seconde cohabitation commence ; elle sera moins conflictuelle que la première. [Vidéo]
La politique économique se caractérise par la reprise des privatisations. Seule la révision, votée à l’automne 1993, de la loi Falloux qui interdit depuis 1850 aux collectivités locales de financer les investissements des établissements d’enseignement privé, suscite une nouvelle tension politique.
Le projet est finalement retiré, de même que celui de contrat d’initiative professionnelle, qui permettait, dans certaines conditions, de recruter et d'employer des jeunes en les rémunérant en dessous du SMIC horaire.
Les deux mandats de Jacques Chirac
Le 7 mai 1995, Jacques Chirac est élu Président de la République par 52,6 % des suffrages exprimés, au terme d’un second tour qui l’a opposé à M. Lionel Jospin, désigné comme candidat du Parti socialiste. Au premier tour, M. Édouard Balladur, Premier ministre sortant et membre du RPR a été devancé par M. Jacques Chirac. Le nouveau Président, qui a mené campagne sur le thème de la réduction de la « fracture sociale », choisit de ne pas dissoudre l’Assemblée nationale et de nommer M. Alain Juppé comme Premier ministre. Cherchant à maîtriser les comptes publics, dans la perspective des critères de convergence européens, ce dernier, s'appuyant sur la très large majorité parlementaire issue des élections législatives de 1993, met en œuvre, en particulier à partir d'octobre 1995, une politique de rigueur économique. La profonde réforme de la sécurité sociale, exposée par le Premier ministre à l'Assemblée nationale, à la fin de l’année 1995, provoque un important mouvement de grèves. Le Gouvernement doit renoncer à certains éléments du plan qu'il avait arrêté.
La Constitution est une nouvelle fois révisée, en août 1995. Il s'agit, pour l'essentiel, d'élargir le champ du référendum aux réformes relatives à la politique économique ou sociale, de substituer aux deux sessions parlementaires annuelles de trois mois une session unique de neuf mois, de réserver une séance par mois à un ordre du jour fixé par chaque assemblée et de modifier le régime de l'inviolabilité parlementaire pour permettre que des poursuites soient engagées contre un parlementaire, pendant la durée des sessions sans autorisation préalable de l'assemblée concernée, l'arrestation ou le placement sous contrôle judiciaire devant être autorisé par le Bureau.
En 1996 le service militaire est supprimé.
Au printemps 1997, le Président de la République décide de reprendre l’initiative en prononçant la dissolution de l’Assemblée nationale. Les élections législatives du 25 mai et du 1er juin 1997 voient la victoire de la « gauche plurielle » emmenée par M. Lionel Jospin. Une troisième cohabitation commence.
En 2000 la durée du mandat du Président de la République est modifiée par référendum dans le cadre de la procédure de révision de la Constitution. Le quinquennat remplace le septennat.
La cohabitation s'achève après la réélection de Jacques Chirac, au second tour de l'élection présidentielle qui l'a opposé à M. Jean-Marie Le Pen, le 5 mai 2002, avec plus de 82% des suffrages exprimés. Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier ministre.
Les élections législatives se déroulent les 9 et 16 juin 2002. La loi organique du 15 mai 2001 modifiant la date d'expiration des pouvoirs de l'Assemblée nationale avait été adoptée pour éviter que les élections législatives ne se déroulent quelques semaines avant l'élection présidentielle. L'Union pour la Majorité Présidentielle, réunissant tous les candidats soutenant l'action du chef de l'État, obtient la majorité absolue des sièges, avec 365 députés élus sur 577.
-> Résultats des élections législatives des 9 et 16 juin 2002
La XIIe législature commence le 19 juin 2002. Jean-Louis Debré est élu Président de l'Assemblée nationale. Il accomplit au long d'une présidence de près de 5 ans une politique de modernisation de l'organisation et des procédures de l'Assemblée. Le 7 mars 2007, Patrick Ollier succède à Jean-Louis Debré nommé Président du Conseil constitutionnel.
Plusieurs grands plans sont mis en œuvre au cours du second mandat de M. Chirac : le plan contre le cancer et celui pour l'insertion des handicapés. La lutte contre l'insécurité routière a permis de sauver la vie de 8 500 personnes en quatre ans (- 40%). Une loi interdit de fumer dans les lieux publics.
Le Président Chirac s'oppose à la guerre préventive en Irak voulue par le Président des États-Unis George W. Bush et ses alliés en réponse aux attentats du 11 septembre 2001 et finalement menée sans l'accord des Nations Unies. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, prononce à l’ONU, le 14 janvier 2003, un vibrant plaidoyer contre la guerre et en faveur de la poursuite des inspections destinées à vérifier la réalité d'une capacité de l'Irak à déployer des armes chimiques et bactériologiques immédiatement et des armes nucléaires dans un délai d'un ou deux ans. « Il y a deux options, déclare-t-il : l’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a une autre option offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. Au bout du compte, ce choix-là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ? »
En 2003 la Constitution est révisée afin de permettre l'introduction du mandat d'arrêt européen. La révision relative à la réforme de la décentralisation a pour objet de renforcer le rôle politique des régions, d'introduire un nouveau cadre financier afin de garantir l’autonomie financière et développer la péréquation et enfin d'instituer un droit à l'expérimentation destiné à tester la pertinence d’initiatives locales ou nationales en matière d’action publique.
Deux réformes structurelles importantes sont entreprises. La loi du 21 août 2003 vise selon le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, à « assurer l'avenir des retraites » notamment à répondre au besoin de financement et à accompagner l’arrivée prochaine à l’âge de la retraite des générations issues du baby boom. La loi du 13 août 2004 a pour objet le redressement financier de l'assurance maladie et à la réforme de l'organisation et du fonctionnement du système de soins.
Une réflexion générale s'est imposée à la suite des difficultés récurrentes rencontrées par l'institution scolaire depuis l'affaire du port du voile islamique à l'école surgie en 1989. Une mission d'information sur la question des signes religieux à l'école est créée à l'Assemblée nationale le 27 mai 2003 et présidée par le Président Jean-Louis Debré. Dans cette perspective la loi du 15 mars 2004 est destinée à encadrer, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.
En 2005 la Constitution est révisée afin de lui adosser la Charte de l'environnement [Vidéo]
et de tenir compte de l'entrée en vigueur du traité établissant une Constitution pour l'Europe [Congrès]. Mais le 29 mai 2005 les Français rejettent par référendum à 54, 68 % le traité constitutionnel européen.
Le 31 mai 2005 Dominique de Villepin est nommé Premier ministre. Il est confronté à deux crises sociales : celle des émeutes dans les banlieues en novembre 2005 et celle du CPE en mars-avril 2006.
Voulant réconcilier les Français avec leur passé, Jacques Chirac approfondit le devoir de mémoire de la France. Après avoir reconnu, dans un discours au Vél d'Hiv en 1995, la responsabilité de l'État dans la déportation des Juifs. Il instaure au cours de son second mandat une journée commémorative de l'abolition de l'esclavage ( le 10 mai) et aligne les pensions des anciens combattants coloniaux sur celles de métropole.
Le 20 juin 2006 il inaugure le musée du Quai Branly, musée des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques destiné à montrer « qu’il existe d’autres manières d’agir et de penser, d’autres relations entre les êtres, d’autres rapports au monde ».
La Constitution est à nouveau révisée en 2007 [Congrès] afin de compléter la définition du corps électoral pour l’élection des assemblées de province et du congrès de la Nouvelle-Calédonie, de modifier les dispositions ayant trait à l'immunité et à l'inviolabilité du chef de l'État et enfin d'inscrire dans la Constitution que nul ne peut être condamné à la peine de mort.
L'élection de Nicolas Sarkozy
Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy est élu Président de la République au second tour avec 53,06 % des voix contre sa rivale socialiste Ségolène Royal avec une forte mobilisation du corps électoral : près de 84 % au second tour. Il nomme François Fillon Premier ministre. Le Gouvernement, composé de huit hommes et de sept femmes est caractérisé par une volonté d'ouverture politique, la création d'un grand ministère de l'écologie et du développement durable, dirigé par Alain Juppé, ancien Premier ministre, d'un ministère de l'identité nationale et du co-développement ainsi que la présence d'un Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Les élections législatives ont lieu les 10 et 17 juin 2007. Le taux d'abstention est élevé, à la différence de celui enregistré lors de l'élection présidentielle, 40 % au second tour. L'UMP obtient à elle seule la majorité absolue -320 élus avec les apparentés-, alors que les élus du Nouveau centre appartenant à la majorité présidentielle sont au nombre de 23 avec les apparentés-, mais le parti socialiste progresse fortement par rapport à 2002 : le groupe socialiste compte, au début de la XIIIe législature, 186 membres et 18 apparentés. Un deuxième gouvernement Fillon, formé sans M. Juppé qui n'est pas réélu en Gironde, est composé de treize nouveaux membres. Il se caractérise par la poursuite de l'ouverture et la nomination de représentants de minorités dites visibles. M. Bernard Accoyer est élu Président de l'Assemblée nationale le 26 juin 2007. Le Gouvernement entreprend une politique intensive de réformes dans le domaine économique et social. Le 21 juillet 2008 le Congrès approuve une révision modifiant près de la moitié des articles de la Constitution. Un troisième gouvernement dirigé par M. François Fillon est nommé le 16 novembre 2010.
A l'issue de douze législatures, plus de quatre mille cinq cents lois avaient été examinées et adoptées par le Parlement, avant d'être promulguées. Tenter de dresser aujourd'hui, sans le recul nécessaire, un bilan législatif pour l'ensemble de la Cinquième République compte tenu des continuités et des discontinuités historiques générales serait un exercice probablement encore prématuré.
Voir aussi : Les élections sous la Ve République
Projets et propositions de loi adoptés depuis 1958
| Législatures | Projets de loi adoptés et promulgués, sauf les traités et conventions | Traités et conventions | Propositions de loi adoptées et promulguées | Total |
| Ire législature | 247 | 27 | 20 | 294 |
| IIe législature | 300 | 82 | 56 | 438 |
| IIIe législature | 46 | 23 | 18 | 87 |
| IVe législature (1968-1973) | 298 | 109 | 77 | 484 |
| Ve législature | 316 | 170 | 76 | 562 |
| VIe législature | 134 | 95 | 30 | 259 |
| VIIe législature | 325 | 174 | 25 | 524 |
| VIIIe législature | 92 | 51 | 33 | 176 |
| IXe législature | 249 | 146 | 33 | 428 |
| Xe législature | 185 | 160 | 48 | 393 |
| XIe législature | 141 | 210 | 81 | 432 |
| XIIe législature (2002-2007) | 176 | 235 | 58 | 469 |
| Total | 2 509 | 1 482 | 555 | 4 546 |
Une ébauche de bilan institutionnel ....
Après la Troisième République, le système institutionnel instauré par la Constitution de 1958 est le régime républicain le plus durable. Au delà de la stabilité constitutionnelle, le retour à la stabilité ministérielle et l'établissement progressif d'un meilleur équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif sont les caractéristiques majeures de la Ve République.
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La fin de l’instabilité gouvernementale grâce au parlementarisme rationalisé. Les mécanismes de parlementarisme rationalisé de la Ve République ont mis fin à l’instabilité gouvernementale chronique, si caractéristique de la IIIe et, plus encore, de la IVe République. La Constitution a donné au gouvernement des moyens juridiques renforcés : l'autonomie du pouvoir réglementaire est reconnue, des règles de procédure plus restrictives sont prévues pour l'examen et l'adoption des projets de loi, notamment sur le plan financier, enfin des dispositions très strictes régissent la mise en cause de la responsabilité du Gouvernement. Si la nature parlementaire du régime reste indiscutable, ces dispositions ont prévenu les excès du « régime des partis » ou du « régime d'assemblée » que décrivait le général de Gaulle. Depuis 1958, on dénombre dix-huit personnalités ayant exercé les fonctions de Premier ministre -Jacques Chirac ayant été deux fois chef du Gouvernement-, soit une durée de vie moyenne des gouvernements de plus de deux ans et demi. Un seul Gouvernement a été censuré par l'Assemblée nationale, en 1962.
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L’équilibre entre les pouvoirs grâce, notamment, à l'élection du Président de la République au suffrage universel direct. La stabilité institutionnelle s’explique aussi par le rôle nouveau du chef de l’État dans les institutions. Élu au suffrage universel direct, le Président est investi d’une légitimité populaire qui était jusque là l’apanage de la seule Assemblée nationale. Cette caractéristique, ajoutée aux prérogatives propres du chef de l'État, comme le droit de dissolution, la possibilité d’organiser un référendum ou les pouvoirs exceptionnels, a permis d’asseoir l’autorité des Présidents successifs. Tous ont d’ailleurs usé de cette autorité, notamment en matière de politique étrangère. Au gré de l'évolution des pratiques institutionnelles, depuis 1958, un meilleur équilibre s'instaure progressivement entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
Mais si les institutions sont parvenues à passer l’épreuve du temps, c’est aussi grâce à leur souplesse. En s’adaptant aux aléas de la vie politique, elles ont aussi laissé éclore des solutions nouvelles qui, soit n’étaient pas prévues, soit même dépassent les souhaits initiaux des constituants.
Quatre importantes adaptations institutionnelles peuvent ainsi être soulignées :
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Les réformes de décentralisation engagées par le Gouvernement de Pierre Mauroy en 1982 illustrent la volonté de rapprocher les citoyens du pouvoir politique et d’instaurer une démocratie locale de plus grande ampleur. L’article 72 de la Constitution faisait déjà référence au principe de libre administration des collectivités locales ; la loi du 2 mars 1982 étend le champ d’application de ce principe en faisant des départements et des régions des collectivités investies de pouvoirs importants. Vingt ans après cette première et importante étape de décentralisation, la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l'organisation décentralisée de la République a modifié neuf articles de la Constitution et introduit six nouveaux articles afin de modifier le cadre constitutionnel de l'action des collectivités territoriales. Les régions sont désormais des collectivités locales au même titre que les départements et les communes. La loi affirme l'organisation décentralisée de la République dès l’article 1er de la Constitution et reconnaît la vocation des collectivités territoriales « à exercer l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à l’échelle de leur ressort ». À cet effet, le pouvoir réglementaire dont disposent les collectivités territoriales est constitutionnellement reconnu. Une capacité d’expérimentation leur est ouverte. Le Parlement et le Gouvernement pourront également procéder à des expérimentations, afin d’éprouver la pertinence de réformes envisagées. Le texte prévoit trois nouveaux instruments de démocratie directe : le droit de pétition pour saisir l’assemblée délibérante d’une collectivité territoriale, le référendum décisionnel local dans le champ de compétences des collectivités et la consultation des électeurs sur une question intéressant l’organisation institutionnelle de la collectivité. Depuis la réforme de 2008, un référendum peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs, si le Parlement ne s'est pas penché sur la proposition dans un délai fixé par une loi organique.
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L’alternance : La place du général de Gaulle dans l’histoire de la France contemporaine et dans celle de la Cinquième République, est telle que sa succession aux fonctions de Président de la République n’était assurément pas chose aisée. L'élection au suffrage universel direct de ses successeurs a contribué à leur donner une légitimité indiscutable qui a probablement facilité le déroulement de l'alternance politique, en 1981 et ultérieurement, en 1986, 1988, 1993, 1995, 1997 et 2002.
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La cohabitation : On assiste à trois reprises (1986, 1993, 1997) à la situation inattendue dite de la cohabitation, dans laquelle le Président et le Premier ministre appartiennent à deux familles politiques différentes. Mécanisme institutionnel qui n’avait pas été prévu initialement, la cohabitation constitue une formule originale qui, au prix d'une certaine confusion institutionnelle, permet de concilier des majorités électorales différentes apparues successivement au fil du temps et au gré du calendrier électoral.
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Le contrôle de constitutionnalité : Les constituants n'avaient sans doute pas imaginé que le Conseil constitutionnel occuperait une place si importante dans les institutions. Conçu d’abord essentiellement comme un organe de contrôle des domaines respectifs de la loi et du règlement, le Conseil constitutionnel a évolué vers un rôle beaucoup plus large de protecteur des droits fondamentaux des citoyens. Au fur et à mesure de ses décisions, il a élargi le socle de ses normes de référence : les lois doivent être conformes à la Constitution, mais également à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à un ensemble de principes dégagés par le Conseil lui-même, l’ensemble formant le « bloc de constitutionnalité ». En outre, le Conseil peut être saisi plus facilement: depuis la révision constitutionnelle de 1974, par 60 députés ou 60 sénateurs ; demain, par les juges lorsque qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit, ce qui rend ses interventions plus fréquentes. La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et la loi organique du 10 décembre 2009 ont mis en place un mécanisme de contrôle de constitutionnalité a posteriori des dispositions législatives : la question prioritaire de constitutionnalité. Tout justiciable peut, à l’occasion d’une instance en cours devant une juridiction, soutenir qu’une disposition législative, par définition déjà promulguée, porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit. La juridiction vérifie que les conditions posées par la loi organique sont remplies et transmet la question à la juridiction suprême de son ordre, laquelle exerce à son tour un filtre, et renvoie, le cas échéant, la question au Conseil constitutionnel. Ce dernier statue alors sur la constitutionnalité de la disposition législative ainsi contestée. Le Conseil constitutionnel est aujourd’hui devenu un élément fondamental de l’État de droit.
La souplesse des institutions résulte également de la fréquence des révisions constitutionnelles votées par le Parlement ou directement par le Peuple. En cinquante ans, de 1958 à 2008, la Constitution a fait l'objet de vingt-quatre révisions d'importance inégale, dont vingt-deux par la voie du Congrès et deux par la voie référendaire (élection du Président de la République au suffrage universel direct, en 1962 et réduction à cinq ans de la durée du mandat présidentiel, en 2000).
LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION ET LES CONGRÈS SOUS LA CINQUIÈME RÉPUBLIQUE
Affaire Calas.
L'affaire Calas est une affaire judiciaire qui se déroula au milieu du XVIIIe siècle à Toulouse, rendue célèbre par l'intervention de Voltaire.
L'affaire est révélatrice du traitement, à l'époque, d'un suspect, puis accusé, sans l'appui d'un avocat (remplacé par des libelles nommés factums), où une hiérarchie des preuves (adminicule et monitoire), le secret de l'instruction et une procédure inquisitoriale transforment le suspect en victime expiatoire.
L'affaire
La famille Calas habitait au 16, rue des Filatiers (aujourd'hui n° 50) à Toulouse. Le 13 octobre 1761, le fils aîné, Marc-Antoine, est retrouvé pendu dans la boutique familiale, à la poignée d'une porte. Le corps est découvert à 22 heures après le souper qui réunissait le père et la mère Calas, les deux fils Marc Antoine et Pierre et un invité Mr. Gaubert. Meurtre ou suicide? Toujours est-il que les Calas, l'invité Gaubert et servante Jeanne Viguière, bonne catholique, sont accusés du meurtre. L'attitude de la famille est en effet suspecte car celle-ci a détaché Marc-Antoine pour camoufler le suicide et éviter ainsi à ce dernier qu'il ne subisse le traitement alors infligé aux suicidés.
Mais les Calas, de confession protestante, sauf l'un des fils, Louis, converti au catholicisme, continuent à pratiquer leur foi, et cela suffit pour que la capitalde David de Beaudrigue, convaincu par des rumeurs de voisinage alléguant la volonté de Marc-Antoine de choisir réellement la religion catholique, exige un complément d'enquête et fasse soumettre Jean Calas à la question.
L'étranglement est infligé à Jean Calas après le verdict du procès par le parlement de Toulouse. Ce dernier le condamne à mort le 10 mars 1762, sans que le jugement ne soit motivé. Calas est condamné au supplice de la roue. Il subit la question, une longue séance de torture, mais n'avoue rien. Il clame son innocence. Roué Place Saint-Georges, Jean Calas est étranglé puis brûlé deux heures plus tard.
Exilé, un autre fils de Jean Calas, Pierre, se rend dans la ville calviniste de Genève, où il rencontre Voltaire. Le philosophe croit d'abord l'accusation fondée et rédige dans un premier temps une lettre incendiaire sur Jean Calas. Mais, convaincu par Pierre de son innocence, il forme par la suite un groupe de pression avec ses amis et utilise son ironie corrosive pour que justice soit faite.
Afin d'obtenir la révision du procès, Voltaire publie, en 1763, l'ouvrage Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas tandis que la famille obtient un entretien à Versailles auprès de Louis XV. Le capitoul, c'est-à-dire l'officier municipal de Toulouse, qui avait largement contribué à monter les fausses accusations contre Calas, est destitué. En 1765, Voltaire réussit à faire réviser le procès et à obtenir un arrêt qui déclare Calas innocent et réhabilite sa mémoire.
Le procès de Calas a été inséré dans les causes célèbres. Il a fourni à Marie-Joseph Chénier, à Jean-Louis Laya et à Auguste-Jacques Lemierre d'Argy le sujet de drames populaires. Athanase Coquerel a publié en 1858 Jean Calas et sa famille.
Chronologie détaillée1
- 19 mars 1698 : Naissance de Jean Calas à Lacabarède, près de Castres. De famille protestante, il reçoit cependant le baptême de l'Église catholique quatre jours plus tard.
- 1722 : Jean Calas s'installe comme marchand linger rue des Filatiers à Toulouse.
- 19 octobre 1731 Jean Calas épouse Anne-Rose Cabibel, de confession protestante. Ils auront quatre fils et deux filles : Marc-Antoine (né le 5 novembre 1732), Pierre, Louis, Donat, Anne et Anne-Rose.
- 18 mai 1759, Marc Antoine Calas est reçu bachelier en droit, mais il ne peut obtenir des autorités ecclésiastiques le certificat nécessaire à la soutenance des actes de licence.
- 24 janvier 1761 : L'intendant du Languedoc reçoit une lettre du subdélégué de Toulouse, faisant état de la mauvaise volonté de Jean Calas à subvenir aux besoins de son fils Louis, ne vivant plus sous le toit familial et s'étant converti au catholicisme en 1756.
- 13 octobre 1761 : Marc Antoine est trouvé étranglé au rez de chaussée de la maison.
- 15 octobre 1761 : Le capitoul David de Beaudrigue mène l'enquête, il interroge Jean et Pierre Calas, ainsi que Gaubert Lavaisse, invité le soir même du drame. Les accusés révèlent avoir trouvé Marc Antoine pendu, et avoir maquillé le suicide en meurtre, puis avoir menti aux enquêteurs afin d'épargner au défunt la honte du suicide. À l'époque, les corps des suicidés sont en effet soumis à un jugement infamant. Fort de ces éléments, le clergé toulousain et la populace réclament un châtiment exemplaire pour cette famille accusée d'un crime atroce : avoir assassiné leur fils qui voulait se convertir au catholicisme. Ils réclament le châtiment des hérétiques. Aucune enquête ne sera menée afin de savoir si Marc Antoine avait vraiment l'intention ou non de se convertir. Il sera déclaré martyr et enterré selon le rite catholique, son cercueil sera escorté par quarante prêtres pénitents blancs au milieu d'une foule immense.
- 18 novembre 1761 : Les capitouls affirment que Jean, Anne-Rose, Pierre Calas, Jeanne Viguière la servante, et Gaubert Lavaysse sont coupables. Il est décidé de soumettre à la torture Jean Calas, sa femme et son fils Pierre, et d'infliger la question à Gaubert Lavaysse et à Jeanne Viguière. Ils font par la suite appel devant le juge de Toulouse.
- 9 mars 1762 : Sur les conclusions du procureur général Riquet de Bonrepos, par huit voix sur treize, le parlement condamne au supplice Jean Calas. L'exécution a lieu le 10 mars suivant ; Jean Calas meurt roué, place Saint-Georges, en proclamant son innocence. Son corps est brûlé sur un bûcher et les cendres jetées au vent.
- 18 mars 1762 : Pierre est banni ; sa mère, Jeanne Viguière et Lavaisse sont acquittés ; les deux filles Calas sont quant à elles enfermées dans des couvents ; les biens de la famille sont confisqués.
- 14 avril 1763 : Antoine Louis présente publiquement Mémoire sur une question anatomique relative à la jurisprudence, dans lequel on établit les principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu le signe du suicide d'avec ceux de l'assassinat.
- 9 mars 1765 : Calas et sa famille sont définitivement réhabilités par une assemblée de quatre-vingt juges et par le conseil du roi. Le roi accorde en outre à la famille une pension de 36 000 livres.
Voltaire est ainsi considéré comme le premier écrivain français à s'engager publiquement dans une affaire judiciaire.
Galerie
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« La malheureuse famille Calas. »
Gravure de Jean-Baptiste Delafosse d'après Carmontelle (1765).
« Légende : La Mère, les deux Filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne Servante, le Fils et son ami, le jeune Lavaysse. » -
Les adieux de Calas, Gravure de Daniel Chodowiecki
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Bibliographie
- José Cubero, L'affaire Calas, Perrin 1993 - coll. Vérités et Légendes (ISBN 978-2-262-01029-4)
- Sur les affaires en général et notamment l'importance du modèle de l'intervention de Voltaire dans l'affaire Calas et celle du Chevalier de La Barre, cf. L. Boltanski et al. éd., Affaires, scandales et grandes causes ; De Socrate à Pinochet, Paris, Stock, 2007.
- Calas innocent : les preuves par la science, Michel Porret, L'Histoire 323 (Sept. 2007) 69-73.
Filmographie
- L'affaire Calas, épisode de l'émission La caméra explore le temps, 1963, (visible sur le site de l'Ina).
- On notera l'existence d'un téléfilm de Francis Reusser, Voltaire et l'affaire Calas, qui raconte l'affaire Calas et l'intervention de Voltaire. Le rôle du célèbre philosophe est interprété par Claude Rich. Le téléfilm est diffusé le 4 avril 2007 sur la Télévision suisse romande (TSR), qui l'a coproduit, et le 23 janvier 2009 sur Arte. Il devrait être diffusé au cinéma également.
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Abietoideae.
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| Cedrus libani | ||
| Classification classique | ||
| Règne | Plantae | |
| Sous-règne | Tracheobionta | |
| Division | Pinophyta | |
| Classe | Pinopsida | |
| Ordre | Pinales | |
| Famille | Pinaceae | |
| Sous-famille | ||
| Abietoideae (Bercht. & J. Presl, 1820) Rich. ex Sweet, 1826 | ||
| Classification phylogénétique | ||
| Ordre | Pinales | |
| Famille | Pinaceae | |
Abietoideae est une sous-famille de la famille des Pinaceae regroupant selon les auteurs jusqu'à sept genres:
- Abies P. Miller, 1754
- Cedrus Trew, 1757
- Hesperopeuce (Engelmann, 1880) Lemmon, 1890
- Keteleeria Carrière, 1866
- Nothotsuga H.H. Hu ex C.N. Page, 1989
- Pseudolarix G. Gordon, 1858
- Tsuga (Endlicher, 1847) Carrière, 1855.
Les Abietoideae ne possèdent pas d'umbos sur les écailles de leurs cones.
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Alfred McAlpine.
| Alfred McAlpine | |
| Création | 19351 |
|---|---|
| Disparition | 2008 |
| Personnages clés | Dr Roger Urwin, (Chairman) Ian Grice, (CEO) |
| Forme juridique | Publique |
| Siège social | |
| Société mère | Carillion |
| Effectif | 8 600 |
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Alfred McAlpine plc était une entreprise de construction britannique dont le quartier général était à Londres. Elle a participé à la construction de routes dans le pays, notamment la route M6 Toll. Elle était listée au London Stock Exchange avant d'être acquise par Carillion en 2008.
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Galerie d'images
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Bibliographie
- (en) Tony Gray, The Road to Success: Alfred McAlpine 1935 - 1985, Rainbird Publishing, 1987.
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Portail du bâtiment et des travaux publics
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Histoire de l'Assemblée nationale (g2 & fin).
Le préambule de la Constitution de 1946, toujours en vigueur, réaffirme les grands principes de 1789 et proclame des droits politiques, économiques et sociaux nouveaux, " les principes politiques, économiques et sociaux particulièrement nécessaires à notre temps. ".
La liberté, après avoir été totalement étouffée pendant quatre années, redevient le principe fondateur de la vie politique française ; le Préambule de la Constitution de 1946 proclame notamment que " tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ". En outre, le même texte proclame, en outre, que " Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent. " de sorte que la loi du 11 février 1950 dispose que la grève ne rompt pas le contrat de travail.
L’égalité politique et civique s’étend aux femmes. Disposant du droit de vote depuis l’ordonnance du Gouvernement provisoire du 21 avril 1944 ; les femmes participent pour la première fois à des élections nationales en octobre 1945. Le préambule de la Constitution confirme cette égalité : "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme "). Une ordonnance du 17 août 1945 restitue le droit de vote aux militaires, supprimé en 1872.
La fraternité acquiert un contenu économique et social dans le préambule de la Constitution de 1946 : " Tout être humain qui ,en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. La Nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales. ". Son caractère universel est, d’autre part, réaffirmé : " La République française…n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple".
La Constitution de la Quatrième République
Résultat d’un compromis entre les tenants d’un régime d’assemblée et ceux d’un régime parlementaire équilibré, à la suite du rejet populaire d’un premier projet de Constitution, la IVème République, régime parlementaire sans dissolution efficace, n’a pas pu être un régime parlementaire équilibré.
Le premier projet de Constitution du 19 avril 1946
Le 21 octobre 1945 se déroulent en même temps un référendum et des élections. Il est demandé aux Français s’ils souhaitent que " l’Assemblée élue ce jour soit constituante " et s’ils approuvent l’organisation provisoire des pouvoirs publics proposée. Une écrasante majorité rejette le retour aux institutions de la Troisième République. L’Assemblée constituante commence ses travaux le 6 novembre 1945 au Palais Bourbon ; elle doit élaborer, en moins de sept mois, un projet de constitution soumis à référendum.
Ce premier projet contient un préambule, intitulé "Déclaration des droits de l'Homme", garantissant les libertés et, d’autre part, les droits économiques et sociaux. Le projet de Constitution prévoit notamment une Assemblée unique élisant le Président de la République et le Président du Conseil des ministres. Le Chef de l'État n’a plus le pouvoir de choisir le Président du conseil. Il perd droit de grâce. L’Assemblée approuve la composition et le programme du gouvernement et peut voter la motion de censure. La dissolution est subordonnée à des conditions très rigides. Le pouvoir législatif de l’Assemblée est très large puisque la loi est l’expression de la volonté générale et que son domaine n’est pas limité. Soutenu par les partis communiste et socialiste, le projet, finalement présenté par Pierre Cot, député apparenté communiste, rencontre l’hostilité du M.R.P. qui condamne l'instauration d'un gouvernement d’Assemblée. Il est rejeté par référendum, le 5 mai 1946. Une deuxième Assemblée constituante est élue en juin 1946.
La Constitution du 27 octobre 1946
Le projet de constitution de la deuxième Assemblée constituante est approuvé le 13 octobre 1946 et promulgué le 27 octobre 1946. Il résulte d’un compromis entre les partisans du régime d’assemblée et ceux du régime parlementaire. La Constitution de la IVe République consacre la souveraineté parlementaire et la primauté du pouvoir législatif. Dans une certaine mesure, contrairement aux espoirs formés durant la guerre et dans la Résistance, le dérèglement de la pratique des institutions de la Troisième République se reproduit : les gouvernements sont souvent contraints d’appliquer la politique dont le Parlement a l’initiative; la suprématie parlementaire, source de crises ministérielles fréquentes, conduit à l’impuissance.
La Constitution institue l'Union française, formée de la République française (métropole, départements d'outre-mer -c'est à dire trois départements d'Algérie et quatre anciennes colonies-, et territoires d'outre-mer) et des territoires sous mandat et États associés par des accords internationaux (Laos, Cambodge, Vietnam,…). La citoyenneté est accordée aux ressortissants des territoires d’outre-mer. Une citoyenneté de l’Union française, accordée aux citoyens français et aux ressortissants des États associés, est créée
La Constitution a été partiellement révisée en novembre 1954, notamment en ce qui concerne la formation du gouvernement et le rôle de la seconde chambre.
Le Président de la République
Selon les dispositions de la Constitution de la Quatrième République, le Président de la République est élu pour sept ans par le Parlement, composé des deux chambres, l’Assemblée nationale, l’ancienne Chambre des députés, et le Conseil de la République, l’ancien Sénat. Il n’est rééligible qu’une fois. Il n'est responsable qu'en cas de haute trahison. Le Président de la République désigne le Président du Conseil quant à lui politiquement responsable devant l’Assemblée nationale. Mais la nomination du Président du Conseil est subordonnée au vote de confiance de l’Assemblée nationale qui se prononce au vu de la composition et du programme du gouvernement qu’il propose de former. La plupart des compétences attribuées au Chef de l'État par les lois constitutionnelles de 1875, notamment l’exécution des lois et la nomination à tous les emplois civils et militaires, sauf quelques unes limitativement énumérées, sont transférées au Président du conseil. Le Président de la République est tenu informé des négociations internationales. Ses prérogatives constitutionnelles sont ainsi très réduites, même si, en pratique, la plupart étaient tombées en désuétude.
Les deux Présidents de la Quatrième République, Vincent Auriol, puis René Coty, vont jouer, en fait, un rôle nettement plus substantiel que leurs prédécesseurs de la Troisième République. La fonction présidentielle va acquérir le statut d’une magistrature d’influence. Vincent Auriol tire de son expérience passée de député et de ministre du Front populaire un ascendant certain. Il joue, tout au long de son mandat, un rôle actif, tant en politique intérieure qu'en politique extérieure et tente de limiter l'instabilité gouvernementale.
La prédominance de l’Assemblée nationale
Les députés sont élus au suffrage universel direct pour cinq ans. Aucune compétence n’est attribuée à une juridiction pour apprécier la régularité de l’élection des parlementaires, les règles d’éligibilité et d’incompatibilité. Les assemblées apprécient elles-mêmes, chacune en ce qui la concerne, la régularité de l’élection de leurs membres et sont compétentes pour vérifier leur éligibilité. Le mandat parlementaire est incompatible avec l’exercice de fonctions rémunérées par l’État, sauf s’il s’agit d’une fonction ministérielle ou de professeur d’Université. .Les assemblées fixent librement leur règles de procédure et leur ordre du jour. La Constitution précise cependant que l’Assemblée nationale doit comprendre des commissions pour l’examen préalable des affaires qui lui sont soumises. Maîtres du Règlement et de l’ordre du jour de l’Assemblée, les députés disposent du pouvoir législatif et du pouvoir de contrôle du gouvernement.
L’Assemblée nationale occupe une place prédominante.
L’article 3 de la Constitution précise que la souveraineté nationale est exercée par les députés à l’Assemblée nationale et l’article 13 que « L’Assemblée nationale vote seule la loi. Elle ne peut déléguer ce droit ». Cette dernière disposition tend à prohiber la pratique des décrets-lois.
Le Conseil de la République, initialement élu pour deux ans, puis, en 1948, pour six ans, avec renouvellement par moitié tous les trois ans, a des pouvoirs très limités. Le bicamérisme de la Quatrième République est donc très déséquilibré. Jusqu’en 1954 la seconde chambre n’a en matière législative qu’un rôle consultatif. Lorsque le Conseil de la République fait des propositions d’amendement, c’est l’Assemblée nationale qui décide d’adopter le texte qu’elle a examiné ou de reprendre ce texte en le modifiant par l’adoption de tout ou partie des amendements proposés par le Conseil de la République. Cependant lorsque le Conseil de la République se prononce sur l’ensemble d’un texte à la majorité absolue de ses membres, l’Assemblée ne peut faire prévaloir un texte différent qu’en l’adoptant à la majorité absolue de ses membres. L’article 20 de la Constitution, issu de la révision du 7 décembre 1954, accorde au Conseil de la République un pouvoir législatif plus large : la navette entre les deux assemblées est rétablie ; la loi doit en principe faire l’objet d’un accord entre les deux assemblées. Mais, si à l’expiration d'un délai de 100 jours de session, après la transmission pour seconde lecture, les assemblées ne parviennent pas à un accord, l’Assemblée nationale a le dernier mot : elle peut alors reprendre son texte avec la totalité ou une partie des amendements du Conseil de la République. Entre 1954 et 1958, les assemblées vont d'ailleurs se mettre d'accord sur la très grande majorité des textes.
La Constitution a pratiquement supprimé les sessions : jusqu'en 1954, le Parlement siége du deuxième mardi de janvier au 31 décembre. Les ajournements de séances de plus de dix jours étaient considérés comme des interruptions de sessions et la durée totale des interruptions de session ne pouvait excéder quatre mois. La révision de 1954 a rétabli le régime des sessions et la durée de la session ordinaire a été ramenée à 7 mois, les ajournements de séance supérieurs à 8 jours francs étant considérés comme interruption de session. L’Assemblée nationale fixe les dates d’interruption de session ;ces dates s’imposent au Conseil de la République. Le gouvernement peut prononcer la clôture de la session ordinaire lorsqu’elle a duré sept mois. Le Bureau de l’Assemblée nationale peut alors convoquer le Parlement en session extraordinaire ; il doit le faire à la demande du gouvernement ou de la majorité des députés. La session extraordinaire ne peut être close, sauf si elle a eu lieu à la demande du gouvernement, que si l’ordre du jour est épuisé. L’Assemblée nationale fixe son ordre du jour pour deux semaines, sur proposition de la Conférence des présidents où le gouvernement est représenté. Mais celui-ci ne peut qu’indiquer les arguments qui lui paraissent justifier l’inscription à l’ordre du jour d’un texte qu’il juge important. Les propositions de la Conférence des présidents peuvent être modifiées en séance publique. Et le gouvernement ne peut obtenir l’inscription à l’ordre du jour d’un texte que la commission refuse de rapporter.
La procédure de dissolution, tout au moins avant la révision constitutionnelle de 1954, marque la prééminence de l'Assemblée nationale. Dans le texte initial de la Constitution, le Cabinet reste en fonction, après dissolution de l'Assemblée, pour expédier les affaires courantes, à l’exception du Président du conseil et du Ministre de l’Intérieur. Le Président de la République désigne le Président de l’Assemblée nationale comme Président du conseil. Celui-ci désigne le nouveau Ministre de l’Intérieur en accord avec le Bureau de l’Assemblée nationale. Après la révision de 1954 le Président de l’Assemblée nationale est nommé Président du Conseil et ministre de l’Intérieur, si la dissolution a été précédée d’une motion de censure. Si tel n'est pas le cas, le Cabinet reste en fonction.
Les commissions
L’article 15 de la Constitution dispose que " l’Assemblée nationale étudie les projets et propositions de loi dont elle est saisie dans des commissions dont elle fixe le nombre, la composition et la compétences ". L’Assemblée comprend 19 commissions permanentes, chacune composée de 44 membres. Chaque député peut appartenir à deux commissions simultanément, même s'il est évidemment difficile de siéger au même moment dans deux commissions ... Renouvelées chaque année à la proportionnelle des groupes, les commissions sont un instrument direct de contrôle du gouvernement par l’Assemblée nationale. Un projet ou une proposition de loi ne peut pas être soumis au vote de l’Assemblée s’il n’a fait l’objet d’un examen en commission; cette règle a pu occasionner des blocages dans l’examen de certains projets de loi. Les commissions peuvent convoquer et entendre des hauts-fonctionnaires, sans l’autorisation de leur ministre, pourtant leur supérieur hiérarchique. Très nombreuses et très spécialisées, les commissions suivent et contrôlent de très près l'activité de chaque département ministériel, devenant parfois de véritables contre-ministères.
L’Assemblée examine en séance publique, non pas le texte du projet de loi tel qu’il a été soumis par le Gouvernement, mais celui qui résulte de la rédaction établie par la commission à laquelle il a été renvoyé. Seuls les députés ont le droit d’amendement.
Les décrets-lois
L'article 13 de la Constitution, déjà évoqué, prévoit que l'Assemblée nationale ne peut déléguer le droit de voter la loi. Il s'agit de prohiber le mécanisme tant décrié des décrets-lois de la Troisième République. Malgré une procédure législative assurant sa domination sur le Gouvernement, l’Assemblée va néanmoins se dessaisir partiellement de son pouvoir législatif, notamment par des lois-cadres qui renvoient à des décrets pour tous les détails d'application.
A l’initiative de Paul Reynaud, sous le gouvernement d’André Marie, la loi du 17 août 1948 tendant au redressement économique et financier prévoit que des décrets pris en Conseil des ministres peuvent abroger, modifier ou remplacer des lois dans des matières limitativement énumérées et " ayant par leur nature un caractère réglementaire ". Les lois ainsi modifiées par le gouvernement sont sorties du domaine législatif. Cependant, le Parlement peut toujours réintervenir par une nouvelle loi et récupérer sa compétence dans les matières qu'il a lui-même placées dans le domaine réglementaire. Consulté par le Gouvernement, le Conseil d’État reconnaît, dans un avis du 6 février 1953, que cette disposition n'est pas contraire à l'article 13 de la Constitution. Le Conseil distingue les matières réservées à la loi par la Constitution ou par la tradition républicaine, pour lesquelles le législateur peut ne poser que les règles essentielles, et les matières non réservées où le pouvoir réglementaire peut être compétent.
Dans le même avis du 6 février 1953, le Conseil d'État interdit le retour pur et simple aux décrets-lois. Pourtant, la pratique est remise en vigueur par la loi d'habilitation du 11 juillet 1953 portant redressement économique et financier , en faveur du gouvernement présidé par Joseph Laniel. De même, la loi du 14 août 1954 habilite le gouvernement de Pierre Mendès France à établir un programme d’équilibre financier, d’expansion économique et de progrès social par décrets pris en conseil des ministres. La loi du 16 mars 1956 autorise le gouvernement de Guy Mollet à mettre en œuvre par décrets un programme d’expansion économique, de progrès social et de réforme administrative en Algérie. Enfin, la loi-cadre du 23 juin 1956 a déterminé le principe de l’autonomie des territoires d’outre-mer et renvoyé à des décrets, soumis à l'avis conforme des deux assemblées, pour son application.
A la différence de la Troisième République, les lois d'habilitation deviennent caduques si le gouvernement change. D'autre part, les matières dans lesquelles les décrets-lois peuvent intervenir sont délimitées avec une grande précision.
Le Président du Conseil et l'instabilité ministérielle
Le Président du Conseil détient l’essentiel du pouvoir exécutif. Il nomme à tous les emplois civils et militaires autres que ceux incombant au pouvoir de nomination du Président de la République. Il assure la direction des forces armées et coordonne la mise en œuvre de la défense nationale. Le terme de gouvernement n’est pas employé expressément par la Constitution.
Dans le texte initial de 1946, avant de composer son gouvernement, le président du Conseil des ministres désigné par le chef de l'État doit obtenir l’investiture de la majorité absolue des membres composant l’Assemblée. L'exécutif procède ainsi de l’Assemblée nationale, non du Président de la République. Dans les faits, les Présidents du Conseil, à la suite de Paul Ramadier, se sont tous présentés une deuxième fois devant l’Assemblée, après avoir constitué leur gouvernement. La révision constitutionnelle du 7 décembre 1954 modifie ce système de " double investiture ", l’Assemblée investissant à la majorité simple - et non plus absolue - le gouvernement tout entier - et non plus le seul Président du Conseil -.
La mise en jeu de la responsabilité du gouvernement s’exerce par les procédures de la question de confiance posée par le président du Conseil et de la motion de censure déposée par un ou plusieurs députés. La majorité absolue est exigée pour refuser la confiance, ainsi que pour censurer le gouvernement. En contrepartie, le droit de dissolution est prévu par la Constitution. La dissolution de l’Assemblée nationale peut être prononcée par décret en Conseil des ministres, après avis du Président de l’Assemblée nationale. Mais l'exercice de ce droit est soumis à la réunion de plusieurs conditions : la dissolution ne peut être prononcée durant les dix-huit premiers mois d’une législature ; deux crises ministérielles doivent se produire successivement durant une période de dix-huit mois ; les crises ministérielles doivent résulter d’un vote de défiance ou d’une motion de censure. Ces conditions ont été réunies une seule fois, sous le gouvernement d’Edgar Faure : le 2 décembre 1955, l’Assemblée est dissoute pour la première fois depuis 1877. La crise ayant permis la dissolution de 1955 résulte d'ailleurs d’une erreur de pointage des votes. Le président du Conseil n’est pas le chef d’une majorité stable et compte tenu de la répartition des forces politiques, il n'y a pas d'alternance politique possible. Dans ces conditions la dissolution ne permet pas de demander à l'électorat de trancher de façon claire un conflit avéré entre le Gouvernement et le Parlement ou entre deux forces politiques ayant chacune vocation à constituer une majorité.
En pratique, les règles fixées pour limiter les crises ministérielles et favoriser leur résolution ne sont guère respectées. Les gouvernements démissionnent fréquemment (la durée de vie moyenne des gouvernements de la IVe République est de sept mois), alors que leur responsabilité n’est pas formellement mise en cause selon les procédures constitutionnelles prévues à cet effet, mais à la suite d’une crise interne ou du simple rejet de dispositions législatives – pas toujours essentielles - par l’Assemblée nationale. Par ailleurs, les majorités de l’Assemblée constituées après des élections se disloquent en cours de législature. Entre janvier 1947 et mai 1958, seulement cinq gouvernements démissionnent à la suite d’un vote de refus de la confiance par la majorité des députés. En douze ans, 22 gouvernements se succèdent si bien que la durée de vie moyenne des gouvernements de la Quatrième République est de sept mois. Sur cette même période, les crises ministérielles auront duré 375 jours !
Pour déjouer une éventuelle mise en minorité, trois Présidents du Conseil ont posé la question de confiance au Conseil de la République, contrairement aux dispositions de la Constitution et ont obtenu un vote favorable.
Une réforme profonde des institutions pour en corriger les dysfonctionnements n’a pu être accomplie. La Constitution a été révisée en 1954. Mais le processus de la révision du 7 décembre 1954 a été très lent, puisqu’il a commencé le 30 novembre 1950. Il s’agit d'ailleurs de simples correctifs concernant la désignation directe du président du Conseil par le Président de la République, le rétablissement du bicamérisme, les sessions parlementaires, la dissolution de l’Assemblée et la confiance accordée au gouvernement. La modestie de cette réforme, impropre à vaincre l’instabilité ministérielle et la faiblesse institutionnelle des gouvernements, explique son appellation de « réformette ».
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DOCUMENTS :
2.- Le point de vue de Léon Blum sur les institutions (A l’échelle humaine)
3.- Intervention de M. Paul Reynaud à l'Assemblée nationale constituante, 28 septembre 1946.
4.- Discours du général de Gaulle, à Epinal, 29 septembre 1946, in Discours et messages, tome Il
5.- Message du Président de la République René Coty au Parlement, 29 mai 1958
6.- Discours d'investiture du général de Gaulle - Assemblée nationale, 1er juin 1958
7 — L'élection de l'Assemblée constituante en 1945 et de l'Assemblée nationale en 1956
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| 2- Le point de vue de Léon Blum sur les institutions (A l’échelle humaine) À l'échelle humaine, Léon Blum, éditions Gallimard, 1945, extrait : « Je ne suis pas un fabricant de constitutions; je laisse ce travail aux spécialistes. J'ai établi chemin faisant, deux vérités que je crois incontestables : la première, que le gouvernement parlementaire n est pas la forme unique, ni même la forme pure de la démocratie ; la seconde, que les vices tant de fois reprochés au parlementarisme français ne représentaient en réalité que des travers ou des tares de la bourgeoisie française. Mais je n'essaierai pas de rechercher ici quelle place le principe parlementaire ou représentatif devra conserver dans une démocratie populaire. J'affirmerai seulement ceci : quelle que soit la part faite aux Chambres dans l'économie générale de la République future, il ne peut être question d'attenter ni au principe électif, ni à la loi du suffrage universel qui est le symbole même de la démocratie. Pour les éliminer, il faudrait extirper jusqu'aux racines de l'esprit public en France. Par contre,, ce qui ne survivra probablement pas à l'expérience bourgeoise prolongée pendant plus d'un siècle, c'est le régime représentatif proprement dit, c'est-à-dire la délégation intégrale de la souveraineté populaire à la Chambre élue et sa concentration dans les assemblées législatives. J'incline, pour ma part, vers les systèmes du type américain ou helvétique, qui se fondent sur la séparation et l'équilibre des pouvoirs, par conséquent sur le partage de la souveraineté, et assurent au pouvoir exécutif, dans sa sphère propre d'action, une autorité indépendante et continue. Ces systèmes créent des pouvoirs stables et ont par surcroît le grand mérite de substituer la notion réelle du contrôle à la notion un peu illusoire de la responsabilité, qui a toujours joué un trop grand rôle dans notre pays. Je souhaiterais que, comme aux États-Unis et en Suisse, cette conception du pouvoir central s'assortît d'un énergique mouvement centrifuge allant jusqu'à une sorte de fédéralisme : le terme ne m'a jamais fait peur. L'État américain ou le Canton suisse conservent une part de la souveraineté démocratique; ils entretiennent une vie locale ; l'homme de bonne volonté peut y trouver sur place l'emploi d'une activité libre et utile : c'est en ce sens qu'il est permis de rappeler les provinces de la vieille France. J'ai toujours été attiré, d'autre part, par les idées que formulait Rathenau au lendemain du désastre allemand de 1918: la déconcentration de l'État me paraît aussi nécessaire que sa décentralisation, ce qui signifie qu'une seule autorité exécutive, qu'un seul pouvoir législatif ne peuvent plus vaquer à toutes les fonctions nécessaires de l'État moderne et qu'il faudrait raisonnablement prévoir autour des organes centraux, chargés avant tout d'un rôle d'orientation et de coordination, la gravitation de petits États satellites doués chacun d'une certaine indépendance de mouvement. L'Allemagne totalitaire a réalisé en partie cette vue : il existe un Führer allemand, mais il existe des führer locaux pour chaque région et, pour chacune des grandes parties de l'État, des führer spéciaux disposant d'une large autonomie. Le problème serait alors de rétablir sur le plan démocratique ce que le Reich hitlérien a construit sur le plan de l'autocratie personnelle. Mais je ne veux pas m'appesantir plus longuement sur cet ordre de discussions. On peut disputer sur les données du problème; on ne peut pas disputer utilement sur ses solutions. La France devra les déterminer elle-même. » |
| 3.- Intervention de M. Paul Reynaud à l'Assemblée nationale constituante, 28 septembre 1946. « Le minimum que le peuple français a le droit d'exiger d'une Constitution nouvelle, c'est de ne pas y retrouver les tares du régime d'avant la guerre. Quelles étaient ces tares ? (Rires et applaudissements au centre et à droite.) Elles provenaient toutes d'un vice fondamental que tous les hommes d'État de la Troisième République ont souligné: le pouvoir législatif opprimait le pouvoir exécutif, et il l'opprimait de deux manières. D'abord en renversant les ministères comme des châteaux de cartes, à telles enseignes que nous avons eu, pendant les soixante-dix années de la Troisième République, cent huit ministères, alors que l'Angleterre n'en a eu que vingt et un. ( ... ) Par ailleurs, le pouvoir législatif imposait au pouvoir exécutif des dépenses nuisibles au crédit de l'État. ( ... ) L'instabilité ministérielle est un mal dont le remède était écrit dans la Constitution de 1875 : c'était la dissolution de la Chambre avec le concours du Sénat. Malheureusement, nous avons eu un maréchal - déjà ! - et le résultat a été que ce ressort de la Constitution de 1875 n'a plus jamais joué depuis le maréchal de Mac-Mahon. Que penser de la disposition du projet qui institue la dissolution ? ( ... ) Nous sommes tous bien d'accord: les dispositions prises en ce qui concerne la dissolution n'auront aucune efficacité. ( ... ) Vous voulez que l'on continue à montrer la France du doigt comme le pays qui est incapable d'assurer la stabilité ministérielle. Vous voulez que nous retombions à cet égard dans l'ornière de la IIIe République. C'est cela votre " neuf " ! Nous apportez-vous des solutions meilleures sur le plan financier ? ( ... ) En supprimant le Sénat, vous avez supprimé, croyez-moi, ce qui, pour le ministre des finances, constituait le plus utile recours dans sa tâche redoutable qui est la défense des finances publiques. Vous avez supprimé le Sénat. Car enfin, entre nous, le Conseil de la République, c'est une farce... (Rires à droite.) ( ... ) Pour ce qui est de faire partie du Parlement, alors on tresse des guirlandes sur le fronton de l'édifice. Pour ce qui est de l'impossibilité de poursuites sans levée de l'immunité parlementaire, parfait. Pour ce qui est de voir ses propos reproduits au Journal officiel, d'accord. Mais, pour un pouvoir politique quel qu'il soit, zéro... Or, vous savez bien que dans les " navettes " le ministre des finances trouvait un moyen précieux d'agir sur la volonté des députés lorsque ceux-ci, toujours entraînés, bien entendu, par les sentiments les plus nobles, demandaient des dépenses publiques que le ministre jugeait excessives, car il est, lui, responsable des finances publiques, - c'est ce que je vous demande de ne pas oublier. Reste la dernière arme dont disposait ce malheureux ministre. ( ... ) Cette arme capitale, c'était celle des décrets-lois dont je vous ai déjà dit qu'avec la complexité de la vie moderne, il est impossible de s'en passer. (Interruption et protestations à l'extrême gauche et à gauche.) Et vous y reviendrez. ( ... ) Vous voyez donc, Mesdames, Messieurs, que, sur tous les tableaux, le projet qui vous est soumis a diminué les droits du pouvoir exécutif. Or, le problème était précisément de les accroître et de mettre fin à l'écrasement du pouvoir exécutif par le pouvoir législatif. Ma conclusion est que vous avez tourné le dos à la solution du problème constitutionnel français. En tous cas, vous laissez subsister d'une façon évidente la tare d'avant-guerre, c'est-à-dire l'instabilité ministérielle. » |
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| 5.- Message du Président de la République René Coty au Parlement, 29 mai 1958 « Nous voici maintenant au bord de la guerre civile. Après s'être, depuis quarante ans, tant battus contre l'ennemi, les Français vont-ils, demain, se battre contre les Français ? De part et d'autre, des hommes ont la conviction profonde de servir la patrie que, parmi les uns comme parmi les autres, beaucoup ont défendue au prix de si durs sacrifices. De part et d'autre, on semble s'apprêter au combat fratricide. Sommes-nous donc une nation où la force pourrait primer le droit ? Quels que soient les vainqueurs provisoires, que resterait-il, après une lutte inexpiable, que resterait-il de notre France ? Il y a eu, au long de notre histoire, après les plus violentes discordes intestines, de grands jours de réconciliation française dans un sursaut d'unité nationale. L'unité nationale, ce n'est pas dans l'anarchie, c'est seulement dans le respect de la loi qu'elle peut se réaliser. Quand il s'agit de former un gouvernement, en l'état présent de notre Constitution, le Président de la République propose et l'Assemblée nationale dispose. Il ne saurait être évidemment question, cette fois, que je multiplie les désignations. Le choix qui m'incombe est donc lourd de conséquences. Il fait peser sur moi une exceptionnelle responsabilité. C'est pourquoi je dois m'en expliquer franchement devant vous. Dans le péril de la patrie et de la République, je me suis tourné vers le plus illustre des Français, vers celui qui, aux années les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant ainsi réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour rétablir la République. A quelles conditions accepterait-il d'assumer la charge accablante du pouvoir ? Ces conditions permettraient-elles d'escompter pour son investiture la majorité nécessaire ? J'ai demandé à M. le président de l'Assemblée nationale et à M. le président du Conseil de la République - que je remercie de leur précieux concours - de bien vouloir s'en entretenir d'urgence avec le général de Gaulle. Cet entretien m'a révélé qu'en l'état il reste à surmonter des difficultés considérables. Dois-je donc renoncer à faire appel à celui dont l'incomparable autorité morale assurerait le salut de la patrie et de la République ? En un pareil jour, l'union sacrée est le devoir suprême. Elle nous commande à tous d'y sacrifier, s'il le faut, une part de nos préférences et même de nos convictions. A vous, représentants de la nation, je dis qu'il ne peut plus être question de fixer dans le huis clos des groupes le destin de la patrie. C'est seulement quand le Président de la République aura pris l'initiative que lui réserve la Constitution que vous vous prononcerez souverainement et librement. Je demande au général de Gaulle de bien vouloir conférer avec le chef de l'État et d'examiner avec lui ce qui, dans le cadre de la légalité républicaine, est immédiatement nécessaire à un gouvernement de salut national et ce qui pourra, à échéance plus ou moins proche, être fait ensuite pour une réforme profonde de nos institutions. Je prendrai alors en mon âme et conscience la décision qui m'incombe. Si l'échec de la tentative que j'ai effectuée devait faire apparaître que dans un moment aussi critique je me suis trompé, je ne manquerais pas d'en tirer aussitôt les conséquences inéluctables. Faute de conserver dès lors l'autorité morale plus que jamais nécessaire à celui qu'on appelle communément l'arbitre suprême, je ne pourrais que transmettre immédiatement la plénitude de mes fonctions à M. le président de l'Assemblée nationale, conformément à l'article 41 de la Constitution. Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les membres du Parlement, que mon dernier mot soit de confiance, confiance en ce peuple admirable, qui, après avoir souffert les plus douloureuses épreuves de sa longue histoire, offre à la France les perspectives du plus magnifique renouveau. Représentants de la nation, le destin de ce peuple est en vos mains. Chacun de vous, avec son sang-froid et dans la dignité, arrêtera, le moment venu, ses résolutions pour que vive la France et que vive la République ! » |
| 6.- Discours d'investiture du général de Gaulle Assemblée nationale, 1er juin 1958. « La dégradation de l'État qui va se précipitant : l'unité française immédiatement menacée ; l'Algérie plongée dans la tempête des épreuves et des émotions : la Corse subissant une fiévreuse contagion ; dans la métropole des mouvements en sens opposé renforçant d'heure en heure leur passion et leur action ; l'armée, longuement éprouvée par des tâches sanglantes et méritoires, mais scandalisée par la carence des pouvoirs ; notre position internationale battue en brèche jusqu'au sein même de nos alliances : telle est la situation du pays. En ce temps même où tant de chances, à tant d'égards, s'offrent à la France, elle se trouve menacée de dislocation et, peut-être, de guerre civile. C'est dans ces conditions que je me suis proposé pour tenter de conduire, une fois de plus au salut le pays, l'État, la République et que, désigné par le chef de l'État, je me trouve amené à demander à l'Assemblée nationale de m'investir pour un lourd devoir. De ce devoir, il faut les moyens. Le Gouvernement, si vous voulez l'investir, vous proposera de les lui attribuer aussitôt. Il vous demandera les pleins pouvoirs, afin d'être en mesure d'agir dans les conditions d'efficacité, de rapidité, de responsabilité que les circonstances exigent. Il vous les demandera pour une durée de six mois, espérant, qu'au terme de cette période l'ordre rétabli dans l'État, l'espoir retrouvé en Algérie, l'union refaite dans la nation, permettront aux pouvoirs publics de reprendre le cours normal de leur fonctionnement. Mais ce ne serait rien que de remédier provisoirement, tant bien que mal, à un état de choses désastreux, si nous ne nous décidions pas à en finir avec la cause profonde de nos épreuves. Cette cause - l'Assemblée le sait et la nation en est convaincue -, c'est la confusion et, par là même, l'impuissance des pouvoirs. Le Gouvernement que je vais former, moyennant votre confiance, vous saisira sans délai d'un projet de réforme de l'article 90 de la Constitution, de telle sorte que l’Assemblée nationale donne mandat au Gouvernement d'élaborer, puis de proposer au pays, par la voie du référendum, les changements indispensables. Au terme de l'exposé des motifs qui vous sera soumis en même temps que le texte, le Gouvernement précisera les trois principes qui doivent être, en France, la base du régime républicain et auquel il prend l'engagement de conformer son projet. Le suffrage universel est la source de tout pouvoir. Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif doivent être effectivement séparés, de façon que le Gouvernement et le Parlement assument, chacun pour sa part et sous sa responsabilité, la plénitude de ses attributions. Le Gouvernement doit être responsable vis-à-vis du Parlement. L'occasion solennelle d'organiser les rapports de la République française avec les peuples qui lui sont associés sera offerte au pays par la même réforme constitutionnelle. Cette organisation nouvelle, le Gouvernement prendra l'engagement de la promouvoir dans le projet qu'il proposera aux suffrages des Françaises et des Français. A partir de ce double mandat, à lui conféré par l'Assemblée nationale, le Gouvernement pourra entreprendre la tâche immense qui lui sera ainsi fixée. Quant à moi, pour l'assumer, il me faut, assurément et d'abord, votre confiance. Il faut, ensuite, que sans aucun délai - car les événements ne nous en accordent pas - le Parlement vote les projets de loi qui lui seront soumis. Ce vote acquis, les assemblées se mettront en congé jusqu'à la date prévue pour l'ouverture de leur prochaine session ordinaire. Ainsi le Gouvernement de la République, investi par la représentation nationale et pourvu, d'extrême urgence, des moyens de l'action, pourra répondre de l'unité, de l'intégrité, de l'indépendance du pays. » |
| 7 — L'élection de l'Assemblée constituante en 1945 et de l'Assemblée nationale en 1956 | |||
| Voix | En % des suffrages exprimés | Sièges | |
| Communistes | 5.005.36 | 26,2 | 148 |
| Socialistes (SFIO) | 4.561.411 | 24,1 | 134 |
| Radicaux socialistes | 2.131.763 | 10,6 | 35 |
| M.R.P. | 4.780.338 | 24,1 | 141 |
| Modérés (Indépendants, Paysans, …) | 2.545.835 | 14,4 | 62 |
| Autres partis | 164.116 | 0,05 | 2 |
| Electeurs inscrits | 24.622.862 | ||
| Suffrages exprimés | 19.189.799 | ||
| Sièges à pourvoir en métropole | 522 | ||
| Sièges à pourvoir (total) | 579 | ||
| Source : Constitutions et documents politiques - Maurice Duverger - Thémis- P.U.F. Elections législatives (2 janvier 1956) | |||
|
| Voix | En % des suffrages exprimés | Sièges |
| Communistes | 5.514.403 | 25,7 | 147 |
| Divers gauche | 393.219 |
|
|
| Socialistes (SFIO) | 3.247.431 | 17,1 | 88 |
| Radicaux socialistes | 2.240.538 | 13,8 | 56 |
| R.G.R.-U.D.S.R. | 593.727 |
| 17 |
| M.R.P. | 2.366.321 | 11 | 71 |
| Gaullistes ( RPF, Républicains sociaux) | 842.351 | 4,4 | 16 |
| Modérés (Indépendants, Paysans, …) | 3.257.782 | 16,6 | 95 |
| Poujadistes | 2.483.813 | 11,4 | 51 |
| Extrême-droite | 260.749 |
| 3 |
| Autres partis | 98.600 |
| 0 |
| Electeurs inscrits | 26.774.899 |
|
|
| Suffrages exprimés | 21.298.934 |
|
|
| Sièges à pourvoir en métropole |
|
| 544 |
| Sièges à pourvoir (total) |
|
| 596 (a) |
Source : Constitutions et documents politiques - Maurice Duverger - Thémis- P.U.F.
(a) Les 30 députés d'Algérie n'ont pas été élus. Le siège de l'Inde française est supprimé.
Histoire de l'Assemblée nationale (g1).
Histoire de l'Assemblée nationale
| 7. Le Gouvernement provisoire et |
~ La reconstruction et la modernisation ~
Bilan législatif - Bilan institutionnel - Gouvernements et législatures
La République est réinstallée dès la libération de Paris, en août 1944. De grandes réformes économiques et sociales sont aussitôt engagées. La Constitution de la Quatrième République, difficilement adoptée après deux référendums, se traduit finalement par l'établissement d'institutions très proches, dans leur esprit et plus encore dans leur pratique, de celles de la Troisième République. Confrontée aux épreuves de la reconstruction, de la guerre froide et de la décolonisation, minée par la division des partis politiques, la Quatrième République dérive vers un régime d'assemblée. Pourtant, son œuvre est importante, dans les domaines économique et social et de la construction européenne. Le régime succombe sous le poids de la guerre d'Algérie, en juin 1958.
| Le Comité français de Libération nationale se transforme, le 3 juin 1944, en Gouvernement provisoire de la République française. Présidé par le Général de Gaulle, celui-ci prépare le rétablissement de la légalité républicaine. L’ordonnance du 21 avril 1944 prévoit que le peuple français décidera souverainement de ses institutions futures et qu’une Assemblée constituante sera convoquée. L’ordonnance du 9 août 1944 dispose en son article 1er : « La forme du gouvernement de la France est et demeure la République ; en droit celle-ci n’a pas cessé d’exister ». Tous les actes du régime de Vichy, qui s’est effondré, sont en principe annulés, sauf ceux jugés nécessaires pour la continuité de la nation. Le Gouvernement provisoire met aussitôt l’accent sur le rétablissement de la démocratie parlementaire. Les femmes et les hommes qui forment la représentation nationale, en particulier au début de la Quatrième République, sont souvent d’anciens résistants, marqués par leur combat contre les idéologies nazie et vichyste et attachés aux valeurs humanistes. Pourtant, après une gestation difficile, le fonctionnement des institutions de la Quatrième République, adoptées en 1946, s’est finalement rapproché de celui de la fin de la Troisième République. Le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 réaffirme les grands principes de 1789 et proclame des principes politiques, économiques et sociaux nouveaux. La liberté, après avoir été étouffée pendant la guerre, redevient le principe fondateur de la vie politique française. L'égalité étendue aux femmes est garantie par la loi. La fraternité acquiert un contenu économique et social plus large et son caractère universel est solennellement réaffirmé. Le jeu des partis politiques et les effets des modes de scrutin entraînent rapidement un dysfonctionnement des institutions, caractérisé par l’instabilité gouvernementale. Malgré une croissance moyenne vigoureuse sur l’ensemble de la période, les gouvernements sont confrontés à des difficultés sociales, économiques et financières et à l'instabilité des alliances politiques. Les problèmes de décolonisation, graves et permanents tout au long de la Quatrième République, entraînent finalement la chute du régime en 1958. |
En 1944, la libération progressive du territoire révèle une France meurtrie, rationnée et appauvrie. Chaque Français n’a droit qu’à 500 grammes de sucre par mois et à 160 grammes de viande par semaine et la mortalité infantile dépasse cent pour mille dans certaines régions. Le général de Gaulle, Président du Gouvernement provisoire, a pour objectif d’assurer la présence de la France dans les négociations de paix, de rétablir l’État et d’entamer la reconstruction. Des réformes de structure sont réalisées d’emblée dans le domaine économique et social : nationalisations des Houillères du Nord et du Pas-de-Calais en décembre 1944, des usines Renault, des transports aériens. Le 22 février 1945 sont créés les comités d’entreprise et les grandes ordonnances d’octobre 1945 instituent la sécurité sociale. La loi du 2 décembre 1945 nationalise le crédit.
Conformément à l’ordonnance du 21 avril 1944 prévoyant l’élection d’une Assemblée constituante un an après la libération du territoire, les Français sont appelés à décider de leurs institutions. Par référendum, le 21 octobre 1945, ils se prononcent très massivement (96% de votes favorables) pour l'abandon des institutions de la Troisième République et l'élaboration d'une nouvelle constitution. Ils décident, par ailleurs, à une majorité très significative, mais moins ample (65%), d’élire une assemblée constituante et d’en limiter les pouvoirs : celle-ci doit élaborer un projet de constitution en sept mois ; à défaut, au-delà de ce délai, une nouvelle assemblée constituante devait être élue ; d’autre part, le projet de constitution doit être soumis à ratification par référendum. L’Assemblée constituante élit le Président du Gouvernement provisoire, contrôle le Gouvernement et détient le pouvoir législatif.
Avant l’organisation des élections, les forces politiques se reconstituent. A côté des puissants partis communiste et socialiste (S.F.I.O.) s’est créé, en novembre 1944, le Mouvement Républicain Populaire (M.R.P), issu de la démocratie chrétienne. Ces trois partis obtiennent les quatre cinquièmes des sièges à l’Assemblée constituante élue le 21 octobre 1945 au scrutin proportionnel départemental avec répartition à la plus forte moyenne ; communistes et socialistes détiennent, à eux seuls, la majorité absolue. Le général de Gaulle est maintenu à la tête du Gouvernement provisoire constitué le 21 novembre. Mais il entre en conflit avec les partis politiques, à propos des rapports à établir entre l’Assemblée et le Gouvernement et sur la question du budget militaire. Il démissionne le 20 janvier 1946.
Le projet de constitution, adopté par l’Assemblée constituante, le 19 avril 1946, par 309 voix contre 249 prévoit une assemblée unique élisant le Président de la République et le Président du conseil des ministres. Ce projet, inspiré de la Convention, est rejeté lors du référendum du 5 mai 1946, par 53 % des votants.
Une deuxième assemblée constituante est élue le 2 juin. Le MRP obtient 28,2% des suffrages, devenant ainsi le premier parti de France ; la SFIO et le parti communiste, ensemble, perdent la majorité. Le projet établi par la nouvelle Assemblée, et adopté par 440 voix contre 106, prévoit une seconde chambre, le Conseil de la République et, comme le précédent projet, une " Union française " entre la France et les peuples d’outre-mer anciennement colonisés par elle. Les pouvoirs du Président de la République, élu pour sept ans à la majorité absolue des suffrages par le Parlement réuni en Congrès, sont amoindris par rapport à ceux reconnus par le texte des lois constitutionnelles de 1875. La nomination du Président du conseil est subordonnée à une investiture de l’Assemblée nationale, des dispositions spécifiques concernent la question de confiance et la motion de censure, les conditions de dissolution de l’Assemblée nationale sont très rigides. Le projet de constitution est approuvé par référendum, le 13 octobre 1946, par 9,3 millions de voix (53,2 % de oui) contre 8,2 millions (46,8 % de non), en dépit de l’opposition du général de Gaulle qui avait exprimé sa conception des institutions renforçant la fonction présidentielle dans un discours prononcé à Bayeux le 16 juin 1946. Le 29 septembre à Epinal, il dénonce le projet. On compte cependant 7,9 millions d’abstentions et de bulletins blancs (31,2%). Le texte ainsi approuvé est promulgué le 27 octobre 1946 (Journal officiel du 12 janvier 1947), devenant la Constitution de la Quatrième République.
Après le départ du Général de Gaulle, en janvier 1946, l'Assemblée désigne Félix Gouin, SFIO, pour présider le Gouvernement provisoire, sur la base d'un protocole signé le 23 janvier 1946 entre les trois grands partis, communiste, socialiste et M.R.P.. Le Président du Gouvernement provisoire de la République française demande aux partis de désigner leurs représentants au sein du Gouvernement. Le Gouvernement strictement tripartite de Félix Gouin reste en fonction quelques mois seulement, du 26 janvier au 12 juin 1946. Après le rejet du premier projet de constitution, Georges Bidault, l'un des fondateurs du M.R.P., ancien président du Conseil national de la Résistance, prend la tête du troisième gouvernement de la période transitoire, légèrement élargi par l'entrée de l'U.D.S.R.. En fin d'année, après l'élection de l'Assemblée nationale, le 10 novembre 1946, et en attendant l'installation effective de la Quatrième République naissante, Léon Blum préside un très éphémère gouvernement de transition, uniquement composé de socialistes (16 décembre 1946-16 janvier 1947). Le Gouvernement adopte, par un décret du 16 janvier, le premier plan alors que le Commissariat au plan avait été créé par un décret du général de Gaulle du 3 janvier 1946.
A l’Assemblée nationale, élue pour cinq ans à la représentation proportionnelle dans le cadre des nouvelles institutions, le parti communiste redevient le premier parti avec 5 millions et demi de voix (28%) ; le MRP obtient 5 millions de voix (26,5%) et la SFIO 3 millions et demi (18%).
Les débuts de la Quatrième République
Le Président de la République nouvellement élu, Vincent Auriol, ancien ministre des Finances du gouvernement de Front populaire, désigne alors Paul Ramadier, socialiste SFIO, pour diriger un gouvernement dit « d’accord général » associant, outre les trois grands partis avec une prépondérance de la SFIO, tous les partis représentés à l'Assemblée nationale. Dans le contexte du commencement de la guerre froide, de sérieuses divergences apparaissent au sein du gouvernement. Elles concernent notamment la politique menée à l’encontre de l’insurrection générale au Tonkin, avec le bombardement de Haïphong le 23 novembre 1946, et la répression du soulèvement de Madagascar, en mars et avril 1947. La « doctrine Truman » d’assistance économique et militaire à la Grèce et à la Turquie, proclamée le 11 mars 1947, condamne la présence de ministres communistes dans les gouvernements européens. Or les communistes, qui détiennent avec les apparentés 183 sièges sur 618 à l’Assemblée nationale issue des élections législatives de 1946, occupent, en plus du poste de vice-président du conseil et ministre d’État attribué à Maurice Thorez, quatre ministères : la Défense nationale, la Reconstruction, le Travail et la Sécurité sociale, la Santé publique et la Population. Le 1er mai 1947, Maurice Thorez déclare lors du Conseil des ministres qu’il se désolidarise de la politique des salaires et des prix mise en œuvre par le gouvernement. En effet, les problèmes de pénurie demeurent, la ration de pain est ramenée à 250 grammes et la politique de baisse autoritaire des prix a échoué. A la suite de ce désaccord et d'une grève aux usines Renault soutenue par la CGT, Paul Ramadier demande un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le 4 mai. Arguant d'un vote des députés communistes hostile au gouvernement, Paul Ramadier décide, le 5 mai 1947 de mettre fin aux fonctions des ministres communistes. C'est la fin du tripartisme.
Le Gouvernement Ramadier doit affronter une vague sans précédent d'agitation sociale violente et de grèves. Occupations d’usines, manifestations, évacuations forcées, l’opposition est parfois violente entre le gouvernement, le parti communiste et la CGT. Le 24 novembre 1947, Robert Schuman (M.R.P.) succède à Paul Ramadier, à la tête d'un gouvernement remanié. Le Ministre de l’Intérieur socialiste Jules Moch est chargé de rétablir l’ordre. Vingt fédérations représentant 4 millions de syndiqués forment alors un « comité central de grève ». L’Assemblée nationale adopte le 4 décembre, après six jours de débats particulièrement vifs des mesures de « défense républicaine » dans un projet de loi visant à garantir la liberté du travail. C’est bientôt la reprise du travail.
Le 7 avril 1947, le Général de Gaulle annonce la création d'un nouveau mouvement politique, le Rassemblement du Peuple Français (R.P.F.). Au balcon de l’Hôtel de ville de Strasbourg, il déclare : « Il est temps que se forme et s’organise le Rassemblement du Peuple Français qui, dans le cadre des lois, va promouvoir et faire triompher, par dessus les différences des opinions, le grand effort de salut commun et la réforme profonde de l’État. » Les élections municipales, en octobre 1947, sont un véritable raz de marée pour le R.P.F et ses alliés qui, avec 40 % des suffrages exprimés, conquièrent les treize plus grandes villes notamment Bordeaux, Rennes, Strasbourg et Paris et aussi Marseille et Lille, traditionnellement socialistes. Réunissant un grand nombre d'anciens résistants, quelques élus transfuges du M.R.P. et de l’U.D.S.R. (Union démocratique et socialiste de la Résistance, formation politique issue de la Résistance) et des représentants de partis acceptant alors la double appartenance, le R.P.F. saura séduire une large frange de la population dans le contexte d'agitation sociale et de la guerre froide. En 1948, le Rassemblement compte plus d'un million d'adhérents. Il obtient 32% des voix aux élections cantonales, en mars 1949. Mais l’intergroupe gaulliste, formé à l’Assemblée nationale depuis août 1947, compte tout au plus 40 membres et le R.P.F. devra attendre les élections législatives de 1951 pour tenter de traduire son audience par une représentation à l'Assemblée nationale.
Plusieurs gouvernements se succèdent jusqu'aux élections législatives de 1951, présidés par André Marie (juillet-septembre 1948), de nouveau Robert Schuman (deux jours en septembre 1948), Henri Queuille (septembre 1948 - octobre 1949), Georges Bidault (octobre 1949-juillet 1950), Henri Queuille pour la deuxième fois (en juillet 1950), René Pleven (juillet 1950-mars 1951), et de nouveau Henri Queuille (mars-août 1951). Tous ces gouvernements, parfois très difficilement constitués, au terme d'interminables tractations, réunissent des représentants du parti socialiste du M.R.P., des radicaux et quelques représentants de la droite modérée. Au tripartisme des années 1945-1947, succède ainsi ce que l'on a appelé la « troisième force », c’est à dire une coalition de partis de gauche et de droite d’accord sur les institutions de la IVe République qu’ils considèrent menacées par le Parti communiste et le R.P.F.
Malgré l’instabilité gouvernementale qui caractérise politiquement la Quatrième République, à raison de plus de 22 gouvernements en 12 ans, la France se modernise et s’engage résolument dans la construction européenne.
Jusqu’en 1949, en butte aux difficultés de la reconstruction et du ravitaillement, la France connaît une situation économique difficile. Grâce notamment à l’effort accompli par l’ensemble des Français, à l’aide apportée par le plan Marshall et à l’action du Commissariat général au Plan dirigé par Jean Monnet, la production retrouve progressivement son niveau d’avant-guerre, puis le dépasse bientôt largement. La croissance économique est vigoureuse tout au long de la Quatrième République. L’industrie se développe, l’agriculture commence sa modernisation, un vaste effort d’équipement est engagé.
La construction européenne
L’Europe commence à se construire, sous l’impulsion notamment de Robert Schuman et de Jean Monnet. Le 7 mai 1950 Robert Schuman lance de façon spectaculaire le pool charbon-acier et l’Assemblée autorise la ratification en décembre 1951 du traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier, puis, en juillet 1957, le traité de Rome qui fonde la Communauté Économique Européenne (CEE). Entre 1952 et 1954, le projet de Communauté européenne de défense) obère fortement la vie politique et le jeu des alliances partisanes. Il joue un rôle important lors de la constitution ou de la démission de plusieurs gouvernements. Le projet de CED doit permettre le réarmement allemand, en intégrant l’armée allemande dans une armée européenne composée de contingents nationaux des six pays de la CECA, sous l’autorité d’un état-major intégré. Proposée par René Pleven [Tables d'archives] en septembre 1950, l’éventualité d’une armée européenne est acceptée, le 25 octobre 1950, par l’Assemblée nationale qui rejette toute idée d’armée allemande autonome. Le 19 février 1952, l’Assemblée approuve le principe de la CED en l’assortissant de nombreuses réserves, par 327 voix contre 287. Par la suite elle multiplie les conditions préalables.
Le 29 janvier 1953, le projet est déposé à l’Assemblée en vue de l’autorisation de ratification. Il est examiné par les commissions, de janvier 1953 à juin 1954. Le MRP est résolument favorable au projet. Les députés communistes sont opposés à tout réarmement de l’Allemagne. Le général de Gaulle est farouchement hostile à la CED et les députés RPF, en majorité favorables à un certain réarmement de l’Allemagne, étaient unanimement hostiles à la politique d’intégration et de supranationalité. Mais les autres partis politiques sont divisés. Ainsi chez les radicaux Édouard Herriot et Édouard Daladier sont contre la ratification. La moitié des députés socialistes y étaient opposés, par exemple, Jules Moch, rapporteur à la commission des affaires étrangères, Daniel Mayer, Robert Lacoste et Alain Savary alors que le Secrétaire général, Guy Mollet, y est favorable, de même que Félix Gouin et André Philip. Vincent Auriol est « anti-cédiste ». Les modérés sont divisés. Chez les Indépendants, Louis Jacquinot est contre. Le 30 août 1954, l’Assemblée nationale adopte la question préalable du général Aumeran, député d’Alger ; le projet de CED est définitivement abandonné. Ce qui n’empêche pas la poursuite de la politique de construction européenne. En 1949, la France adhère à l’Alliance atlantique. La crise de la CED, a été rapidement résolue, du point de vue international, par la conclusion des accords de Paris prévoyant l’engagement de l’Allemagne fédérale de ne pas fabriquer certains armements, une déclaration par laquelle l’Allemagne s’engage à ne pas recourir à la force pour assurer sa réunification ou modifier ses frontières, la création d’une agence de contrôle des armements, l’engagement des États-Unis d’apporter leur concours à l’unité européenne. Les accords ont été approuvés par l’Assemblée nationale le 30 décembre 1954.
Les guerres coloniales
A partir de 1950, la vie politique française est dominée par les guerres coloniales en Indochine, puis en Algérie. Après la défaite militaire de Dien Bien Phu, le 7 mai 1954, le Gouvernement de Pierre Mendès France négocie un retrait définitif de la France en Indochine. Ce retrait s’accompagne de la division du Viet-Nam, prélude d’une prochaine guerre dans laquelle s'impliqueront les États-Unis et qui s’achèvera en 1975. L’insurrection algérienne débute le 1er novembre 1954, faisant suite aux très graves « incidents » de Sétif en mai 1945 ; les gouvernements successifs ne parviennent pas à concilier les revendications d’indépendance d’une large majorité de la population arabe ou berbère, et musulmane, et l’attachement à la France de la population d’origine européenne. Le contingent est envoyé en Algérie ; la durée du service militaire est portée de 18 à 30 mois en 1957. A la fin des années cinquante, plus de 400.000 soldats français seront présents en Algérie. La guerre d'Algérie ne s’achèvera qu’en 1962 par les accords d’Evian reconnaissant l’indépendance de l’Algérie et prévoyant leur ratification par référendum. Pourtant, en dépit des deux guerres d’Indochine et d’Algérie, en dépit d’autres crises, comme celle de Madagascar en 1947, la IVe République réussit un début de décolonisation en Afrique : la voie de l’indépendance tunisienne est tracée par le Gouvernement de Pierre Mendès France, en 1954 ; il en va de même au Maroc, en 1955, grâce à l’action du Gouvernement présidé par Edgar Faure. Ces deux pays accèdent à l’indépendance en mars 1956. Enfin, la même année, la loi-cadre pour l’Afrique Noire du 23 juin 1956, présentée par Gaston Defferre, ministre de la France d’Outre-Mer, permet de jeter les bases des indépendances des pays d’Afrique Noire en 1960. Elle institue notamment un collège électoral unique et le suffrage universel.
L'instabilité politique
Les partis politiques sont profondément divisés, à l’image de la société française. De plus, celle-ci est confrontée à de très graves difficultés économiques, financières et internationales. Mais les mécanismes institutionnels et les lois électorales en vigueur sous la Quatrième République sont probablement, en partie, la cause de l’instabilité gouvernementale. Le scrutin à la représentation proportionnelle s’applique aux élections aux assemblées constituantes et législative de 1945 et 1946 où dominent les partis communiste, socialiste et le M.R.P., associés au sein de gouvernements tripartites. Le tripartisme prend fin en 1947 avec le départ des ministres communistes. La défection du Parti communiste nécessite une majorité de rechange permettant le retour de partis et d’individualités de la Troisième République et notamment des radicaux. La S.F.I.O. (parti socialiste) reste associée au gouvernement jusqu'en 1951 et le sera de nouveau entre 1956 et 1958. A l'exception du Gouvernement de Pierre Mendès France en 1954-1955, les gouvernements sont composés de ministres du centre et de la droite entre 1951 et 1956.
La loi électorale du 9 mai 1951 institue un scrutin de liste avec apparentements ; elle combine la représentation proportionnelle avec la possibilité pour les différentes listes candidates de s’allier pour le décompte et la répartition des voix obtenues ; les listes apparentées qui recueillent la majorité absolue des suffrages exprimées obtiennent tous les sièges à pourvoir dans le département. Ce système, outre le souci de donner une majorité stable à l’Assemblée nationale, est destiné à réduire le nombre de sièges communistes et à éviter un succès du Rassemblement pour le peuple français (R.P.F.). Le Parti communiste s’oppose, de façon radicale, à la politique économique, sociale et internationale des gouvernements successifs. Le RPF, pour sa part, milite pour une complète rénovation institutionnelle ; à ce titre, il refuse, en principe, de soutenir tout gouvernement qui ne s'engage pas en faveur d'une révision constitutionnelle. Cette double opposition, sans concession, menace à tout instant d’emporter la fragile coalition des forces qui soutiennent le gouvernement. Face à au Parti communiste et au R.P.F. qu’ils considèrent comme des forces centrifuges menaçant les institutions, les partis de gauche et de droite s’entendent dans des coalitions de Troisième Force. L’affaiblissement progressif des trois grands partis (PCF, SFIO, MRP) et la montée fugitive du RPF –en 1951–, puis celle des Poujadistes –en 1956–, s’accompagnent du rétablissement progressif des forces politiques plus traditionnelles, qu’il s’agisse des radicaux, héritiers de la IIIe République, ou des modérés, Indépendants et Paysans. Les élections de 1951 se traduisent, en partie du fait du régime électoral des apparentements, par une assemblée « hexagonale », selon la formule d’Henri Queuille, partagée en six groupes politiques de force presque équivalente : les communistes (101 sièges), les socialistes (106 sièges), les radicaux et assimilés (99 sièges), le M.R.P.(88 sièges), le R.P.F.(117 sièges) et la droite modérée (99 sièges), avec quatre " côtés " constituant la majorité républicaine. [Les modes de scrutin]
Après les élections de juin 1951, le parti socialiste quitte le gouvernement. Une nouvelle ère d'instabilité chronique s'ouvre. Le Chef de l'État désigne finalement, le 10 août 1951, René Pleven comme président du Conseil. Il le restera jusqu'en janvier 1952. Edgar Faure lui succède pendant 40 jours, du 20 janvier au 29 février. Antoine Pinay, issu de la droite modérée, prend la direction du gouvernement, sur un programme de lutte contre l'inflation, lui-même fondé sur les principes de rigueur budgétaire et fiscale et d'appel à l'épargne. Il bénéficie lors de son investiture du soutien de 27 membres du groupe R.P.F. las de l’opposition intransigeante du Général de Gaulle. Celui-ci rendra leur liberté de vote aux membres du groupe qui changera de nom et décidera la mise en sommeil du R.P.F. A la faveur d'une reprise économique mondiale et d'une amnistie fiscale qui permet de gagner aussitôt la confiance des épargnants, la politique de rigueur réussit. En janvier 1953, à Antoine Pinay succèdent René Mayer, puis Joseph Laniel. Après un mouvement de grèves paralysant le secteur public durant l’été 1953, le Gouvernement Laniel est successivement confronté aux difficultés résultant de la déposition du sultan du Maroc et à l’extension de la querelle de la CED ; la défaite militaire de Dien Bien Phu précipite sa chute, le 12 juin 1954.
Elu à la présidence de la République, au treizième tour de scrutin et après six jours de débats, en décembre 1953, le modéré René Coty appelle à la présidence du conseil Pierre Mendès France. Ce dernier est investi par l'Assemblée nationale le 17 juin 1954, à une très large majorité de 419 voix contre 47 et 143 abstentions. Pour la première fois depuis 1947, les députés communistes votent l'investiture du gouvernement. Mais Pierre Mendès France, soucieux de ne pas se marquer « trop à gauche », déclare refuser leurs voix et ne pas les prendre en compte pour le calcul de sa majorité. Les socialistes ont décidé de soutenir le Gouvernement, sans y participer. Préoccupé par le sort qui sera fait au projet de communauté européenne de défense (CED) auquel il est très attaché, le M.R.P. préfère s'abstenir. Les radicaux, dont Pierre Mendès France est issu, les gaullistes devenus républicains sociaux, l'U.D.S.R. de François Mitterrand [Tables d'archives] et René Pleven [Tables d'archives] participent au gouvernement. François Mitterrand est ministre de l'Intérieur, Jacques Chaban-Delmas devient ministre des travaux publics. Edgar Faure [Tables d'archives] est ministre des finances. Le nouveau style pratiqué par Pierre Mendès France marque durablement les esprits. Il déplaît fortement à une large frange du Parlement qui redoute le dialogue direct que le chef du gouvernement tente d'instaurer avec l'opinion publique. Après le règlement de la question indochinoise -les accords de Genève sont signés le 21 juillet 1954-, Pierre Mendès France part à Tunis où, le 31 juillet, il reconnaît l'autonomie interne de la Tunisie. L'Assemblée nationale approuve solennellement cette nouvelle orientation, le 10 août 1954. Puis elle adopte, le 30 août, par 319 voix contre 264, une question préalable ayant pour effet de clore, avant qu'il n'ait commencé, le débat sur le projet de communauté européenne de défense. Précédemment les six commissions des affaires étrangères, de la défense, de la justice et de la législation, des territoires d'outre-mer, des finances, de la production industrielle avaient émis un vote défavorable à l'adoption du traité de CED.
Par ailleurs, après avoir obtenu de l'Assemblée, le 10 août, des pouvoirs spéciaux dans le domaine économique et financier, le gouvernement Mendès France engage une politique hardie de soutien à l'activité économique, de lutte contre l'inflation et de réformes structurelles. Le 1er novembre 1954, éclate l'insurrection algérienne. En butte à l'hostilité croissante de la plupart des groupes politiques, le gouvernement est renversé par l'Assemblée nationale, les 5 et 6 février 1955, à l'issue d'un débat sur la politique conduite en Afrique du Nord, par une majorité de 319 voix contre 273 et 22 abstentions. Reprenant une dernière fois la parole, sous les huées, Pierre Mendès France souligne cependant : « Les hommes passent, les nécessités nationales demeurent. »
Edgar Faure succède à Pierre Mendès France, le 23 février 1955. Pour l'essentiel, il continue son œuvre jusqu'en décembre 1955. Après la Tunisie, le Gouvernement engage le processus devant conduire à l'autonomie, puis à l'indépendance du Maroc. Renversé par un vote majoritaire (318 voix contre 218) de l'Assemblée nationale, le 29 novembre 1955, Edgar Faure peut faire jouer l'article 51 de la Constitution de 1946 : l'Assemblée est dissoute le 2 décembre 1955, pour la première fois depuis la dissolution de la Chambre des députés, le 25 juin 1877. Les élections législatives se déroulent le 2 janvier 1956. Outre le Parti communiste, deux camps s'affrontent principalement : d'un côté le Front Républicain, conduit par Pierre Mendès France, associe socialistes, radicaux, républicains sociaux et U.D.S.R. ; de l'autre, la coalition gouvernementale sortante, conduite par Edgar Faure, associe des radicaux, des modérés, le M.R.P.. Depuis mai 1953, le R.P.F. a cessé toute action politique et électorale. Le mouvement poujadiste, du nom de son chef de file Pierre Poujade, trouve son origine dans la création en 1953 de l’Union de Défense des Commerçants et Artisans (U.D.C.A.) ; il apparaît, sur fond de contestation fiscale et de nationalisme. La loi des apparentements reste en vigueur, mais ses effets sont très amoindris. L'Assemblée élue est très divisée. Avec plus de 12,5% des suffrages exprimés, le mouvement poujadiste obtient 52 sièges. Les communistes, avec un quart des suffrages, reviennent à 150. Socialistes et radicaux-socialistes gagnent des voix, mais perdent des sièges, réunissant respectivement 95 et 57 députés. Les députés radicaux regroupés par Edgar Faure sont quatorze. Le M.R.P. avec 11% des voix compte 83 députés et la droite modérée obtient 95 sièges. Le Président de la République nomme Guy Mollet, alors à la tête de la S.F.I.O., comme chef du gouvernement. Pierre Mendès France est vice-président du conseil, François Mitterrand ministre de la justice, garde des Sceaux. Ce gouvernement connaît une longévité exceptionnelle sous la IVe République : il reste au pouvoir plus d'un an, du 1er février 1956 au 21 mai 1957. Il réussit dans deux domaines importants : la décolonisation en Afrique noire, avec la loi-cadre Defferre, et l'Europe, avec la signature du Traité de Rome, le 25 mars 1957. En revanche, investi sur le thème de la paix en Algérie, il ne parvient pas à régler le conflit, s'engageant au contraire dans une politique d'intervention militaire massive, en particulier avec l'envoi du contingent en Algérie.
A l'automne 1956, le gouvernement français décide de participer, avec les Britanniques, à l'expédition militaire de Suez. Cette crise marque l’affaiblissement durable de l’influence politique et militaire des deux anciennes grandes puissances coloniales, face aux États-Unis et à l’Union soviétique.
En dépit d'une croissance économique soutenue, la situation des finances publiques et la situation monétaire extérieure se dégradent dangereusement, notamment en raison du coût de l'intervention militaire en Algérie. Le gouvernement de Guy Mollet est renversé le 21 mai 1957, sur les projets qu'il a soumis à l'Assemblée nationale en matière financière.
Trois gouvernements se succèdent, ceux de Maurice Bourgès-Maunoury, de Félix Gaillard et de Pierre Pflimlin, ce dernier du 14 mai au 28 mai 1958. Ils ne parviennent pas à résoudre la crise algérienne, ni d'ailleurs les difficultés financières et monétaires.
Face à l'emballement de la crise algérienne qu'aucun gouvernement ne parvient à résoudre, sous la pression des événements du 13 mai 1958 à Alger, les principaux chefs des partis de la droite parlementaire, des radicaux et de la S.F.I.O. se rallient progressivement à l'idée du retour du général de Gaulle à la tête du gouvernement. René Coty, Président de la République, laisse entendre qu'il démissionnera si les députés n’approuvent pas le retour au pouvoir du général de Gaulle. Le 1er juin 1958, l’Assemblée nationale investit le Général de Gaulle comme Président du Conseil, par 329 voix contre 224 [Discours d'investiture du général de Gaulle, le 1er juin 1958]; puis, le 3 juin, l'Assemblée adopte une loi constitutionnelle qui, par dérogation à l’article 90 de la Constitution organisant la révision constitutionnelle, autorise le Gouvernement à rédiger un projet de Constitution qui sera soumis au référendum.
Au sortir de la guerre, d’importantes réformes politiques, sociales et économiques ont été mises en œuvre. Ces réformes s’inscrivent en général dans le cadre des orientations et des principes rappelés par le préambule de la Constitution de 1946. Sous le régime du Gouvernement provisoire, les réformes sont réalisées par voie d’ordonnances. Sous la Quatrième République elles sont mises en œuvre par des lois. Cependant, conformément aux articles 13, 20 et 36 de la Constitution, toute disposition adoptée par l’Assemblée nationale sur laquelle le Conseil de la République a été régulièrement appelé à délibérer est considérée comme une loi, dès lors qu’elle a fait l’objet d’une promulgation dans les formes. Certaines réformes importantes ont pu être introduites par le pouvoir réglementaire, sans le vote de la loi, c’est à dire par l’administration dans le contexte d’une économie dirigée, ou par la concertation socio-économique. En dépit de l’instabilité gouvernementale, le bilan législatif de la Quatrième République constitue un ensemble cohérent.
Dans le domaine social :
La loi du 22 mai 1946 généralise l’organisation de la Sécurité sociale qui avait été instituée par une ordonnance du Général de Gaulle du 4 octobre 1945. Les prestations familiales sont améliorées : la loi du 22 août 1946 institue des allocations prénatales et une allocation de maternité. Le droit aux allocations prénatales dues à toute femme en état de grossesse est généralisé par la loi du 31 décembre 1953, une allocation de la mère au foyer est créée par les lois du 6 août 1955 et du 11 décembre 1956.
Des ordonnances de 1945 instituent un service public du logement alors que sévit une grave crise du logement. L’ordonnance du 11 octobre 1945 porte création d’une taxe de compensation annuelle sur les locaux insuffisamment occupés et celle du 26 octobre 1945 crée un fonds national d’amélioration de l’habitat. La loi du 1er septembre 1948 codifie la législation relative aux rapports des bailleurs et locataires et institue des allocations de logement. Les locataires évincés conservent alors un "droit de réintégration "dans les nouveaux locaux. Un décret-loi du 9 août 1953 introduit le 1% logement, cotisation versée par les employeurs pour financer le logement de leur salariés.
Créés par une ordonnance de février 1945, des comités d’entreprise consultatifs sont ensuite instaurés par la loi du 16 mai 1946 dans les établissements industriels et commerciaux d’au moins cinquante salariés. La loi du 16 avril 1946 institue des délégués du personnel dans tous les établissements où sont occupés habituellement plus de dix salariés et fixe leur mission.
Conformément à certains des principes du Préambule de la Constitution, assurer " à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement " et garantir à tous " la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ", la loi du 11 février 1950 crée le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) indexé sur les prix en application d’une échelle mobile par une loi du 18 juillet 1952.
Le système des conventions collectives, introduit par la loi de mars 1919 et modifié en juin 1936, est réformé par la loi du 11 février 1950. Le cadre général défini en 1936 est maintenu. Les conventions collectives ordinaires négociées dans un cadre géographique et professionnel entre les employeurs et les organisations syndicales représentatives lient les signataires et ceux qui adhèrent à l’accord. Les conventions collectives étendues par un arrêté du ministre du travail sont obligatoirement applicables aux employeurs et aux salariés compris dans leur champ géographique et professionnel. La liberté des salaires introduite par la loi de 1950 s’accompagne de négociations collectives concernant les rémunérations.
Alors que ses agents étaient jusqu’alors soumis à des statuts particuliers fixés par voie réglementaire, la fonction publique bénéficie d'un statut général fixé par la loi du 19 octobre 1946. Des garanties individuelles sont accordées aux fonctionnaires et agents publics.
Le débat scolaire est ranimé en 1951 et la coalition de partis, constituée grâce à la loi électorale sur les apparentements éclate, après l’adoption des lois Marie et Barangé des 21 et 28 septembre 1951; ces deux lois instituent des bourses et allocations aux enfants fréquentant des établissements d’enseignement privé.
Dans le domaine économique et financier:
Un grand nombre d’entreprises sont nationalisées afin de sanctionner des dirigeants accusés de collaboration ou de réaliser des réformes de structure préconisées par le Conseil national de la Résistance : les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais par l’ordonnance du 13 décembre 1944 ; les transports aériens par l’ordonnance du 26 juin 1945 ; la Banque de France et quatre grandes banques de dépôt (Crédit Lyonnais, Société générale, Banque nationale du commerce et de l’industrie et Comptoir national d’escompte) par la loi du 2 décembre 1945 ; les entreprises de production, de transport et de distribution du gaz et de l’électricité par la loi du 8 avril 1946, ainsi que 34 sociétés d’assurance par la loi du 25 avril 1946.
La loi du 10 avril 1954 tend à créer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
Des plans d’ensemble pour la modernisation et l’équipement économique sont établis. Le premier plan couvrant en fait la période 1947-1953, est institué par un décret du Gouvernement Blum. Il vise à reconstituer les secteurs productifs de base afin d’assurer l’avenir du développement de l’économie française. Six secteurs de base sont sélectionnés : l’extraction charbonnière, la production d’électricité, la sidérurgie, le ciment, les machines agricoles et les transports intérieurs. Grâce à une coordination entre les importations de matières premières et de biens d’équipement permises par le plan Marshall et le financement des investissements des six secteurs prioritaires, les objectifs du plan ont pu être réalisés de manière satisfaisante.
Le 2ème Plan (1954-1957) est approuvé par une loi du 27 mars 1956. Il a joué un rôle plus modeste dans la mesure où étaient simultanément mis en œuvre un " plan Edgar Faure " de politique conjoncturelle et un " plan Louvel " de modernisation de l’industrie. Le 2ème plan a commencé à utiliser la comptabilité nationale et contenait des recommandations applicables à des actions de base : la recherche scientifique, la diffusion des méthodes modernes dans l’agriculture, la spécialisation et l’adaptation des entreprises industrielles, la reconversion de la main-d’œuvre et l’organisation des marchés. Il prévoyait une poursuite rapide de l’expansion.
Préparés avec le Commissariat général au plan et dans le cadre de commissions de modernisation, lieu de concertation socio-économique, les plans, comprenant une programmation détaillée des investissements publics, ont contribué efficacement à la croissance économique qui atteint 4,7 % par an entre 1949 et 1953 et 5,7 % entre 1954 et 1957.
Les travaux sur le revenu national sont coordonnés par un comité d’experts, puis par le Service des études économiques et financières du ministère des finances. L’I.N.S.E.E. (Institut national de la statistique et des études économiques) est créé le 27 avril 1946 et une loi du 7 juin 1951 impose l’obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques.
Dans le domaine de la politique de l’outre-mer :
La loi-cadre du 23 juin 1956 autorisant le gouvernement à mettre en œuvre les réformes et à prendre les mesures propres à assurer l’évolution des territoires relevant du ministère de la France d’outre-mer marque une nouvelle orientation de la politique française outre-mer, plus respectueuse des droits des populations des anciennes colonies. Elle vise à préparer la décolonisation de l’Afrique noire.
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