LA BETE DU GÉVAUDAN (4).
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Caractéristiques de la Bête
Si l'histoire de la Bête du Gévaudan a été autant commentée depuis les événements et sa disparition, c'est principalement parce qu'elle présente plusieurs mystères.
Tout d'abord sur sa nature morphologique. En effet, ni l'animal tué par François Antoine ni celui tué par Jean Chastel, n'a été conservé. Si l'on s'en tient au rapport Marin, il s'agirait d'un canidé, mais d'aspect inhabituel. Toutefois, de nombreux témoins, accoutumés à la présence de loups dans leur campagne, n’ont pas reconnu dans cet animal un loup, mais l’ont directement dénommé sous le terme bestia, « la bête » en langue d'oc.
Ensuite, de nombreux témoignages font penser à une relative invulnérabilité de cette Bête. Le manque d'efficacité des armes a alimenté la théorie selon laquelle elle aurait pu porter une cuirasse en peau de sanglier, comme en portaient les chiens utilisés à la guerre jusqu'au début du XIXe siècle. De nombreux témoignages relatent le fait que la Bête aurait été touchée par une ou plusieurs balles de fusil, tirées par des chasseurs de bonne réputation, et pourtant elle se serait relevée à chaque fois.
Les témoignages font également apparaître un don d'ubiquité à la Bête. Elle aurait, en effet, été aperçue dans un très faible intervalle de temps en des lieux distants de plusieurs kilomètres les uns des autres. Cependant, ces distances restent, dans bien des cas, envisageables pour un seul animal.
Deux des traits les plus marquants de cette Bête sont sa familiarité et son audace. Au moins jusqu'au départ de François Antoine, elle semble ne pas craindre l'homme. Lorsque la bête rencontre une résistance de la part de la victime ou de ses compagnons, elle s'éloigne « de 40 pas », s'asseoit parfois sur le train arrière pendant quelques instants et, si elle n'est pas poursuivie, revient à la charge. Elle s'éloigne du lieu de son forfait au petit trot ou au pas. Plusieurs fois, des victimes auraient été attaquées en plein village et une majeure partie des témoignages attestent que les attaques ont eu lieu de jour.
Enfin la Bête est très agressive et agile. Cette agressivité est caractérisée par un acharnement qui ne semble pas toujours dicté par la faim. Elle est de plus très agile, car selon les témoignages, elle avait la capacité de sauter par-dessus des murs qu'un chien n'aurait pu franchir.
Gravure du XVIIIe siècle, représentant la Bête dévorant une femme
Les personnes liées
La famille Chastel
La famille Chastel est restée dans l'histoire pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que Jean Chastel est celui qui a tué la Bête du Gévaudan. Mais également parce que plusieurs auteurs ont accusé les Chastel, notamment Antoine, fils de Jean, d'avoir dompté et programmé la Bête. Jean Chastel vivait au village de La Besseyre-Saint-Mary, et était connu sous le sobriquet de « de la masqua », autrement dit le « fils de la sorcière ». Il était lettré, comme le signale sa présence fréquente pour signer les registres. C'est par ces signatures que l'on retrouve son métier. Ainsi, il était laboureur, brassier, mais également cabaretier.
Deux des fils de Jean Chastel sont reliés à l'histoire de la Bête : Antoine et Pierre. Ils furent emprisonnés en même temps que leur père, en août 1765. Il a été écrit, depuis les livres d'Abel Chevalley et d'Henri Pourrat, qu'Antoine vivait dans le bois de la Ténazeyre, non loin de là où devait se cacher la Bête, cependant ceci n'appartient pas à la tradition orale, et aucun écrit d'époque ne vient corroborer cette affirmation.
La famille de Morangiès
La maison de Molette de Morangiès est sans doute issue d'une petite seigneurie située à Molette, aujourd'hui commune de Prévenchères. Elle serait, par ailleurs, propriétaire à la Garde-Guérin. En 1410, Jean de Molette hérite du château et de la seigneurie de Morangiès, voisine de celle de Molette. En 1608, François de Molette de Morangiès épouse Marie de Louet de Calvisson, héritière de la seigneurie gentilhommière de Saint-Alban. Le 31 décembre 1726, Pierre-Charles de la Molette de Morangiès épouse Louise-Claudine de Guérin de Châteauneuf-Randon de Tournel. Cette union permet aux Morangiès d'acquérir la baronnie du Tournel, et le droit d'entrée aux états du Languedoc. Il s'installe alors au château du Boy dans le Valdonnez, qu'il embellit grandement. En 1741 il rachète pour 20 000 livres une partie de la baronnie de Canilhac, mais également les droits d'entrées aux états du Gévaudan et du Languedoc qui y étaient associés. Il fait alors transférer ce titre à sa terre de Saint-Alban par décision royale.
Pierre-Charles de Molette se titre ainsi marquis de Morangiès, comte de Saint-Alban, baron et seigneur de maints lieux. En 1745 il se distingue à la bataille de Fontenoy, alors qu'il est maréchal de camp. Ceci lui permet de recevoir la croix de chevalier de Saint-Louis et de devenir lieutenant-général. Il est ensuite fait prisonnier durant la guerre de Sept Ans. Il est aussi atteint par la disgrâce du maréchal de Soubise après la défaite de Rossbach. Il se retire alors dans son hôtel particulier à Paris, avant de revenir à Saint-Alban. En 1765 l'évêque de Mende l'informe que le Roi lui a rendu sa confiance.
Il aurait eu quatre fils et deux filles. L'un d'eux est resté dans l'histoire de la Bête du Gévaudan, il s'agit de Jean-François-Charles, comte de Morangiès. Il est né le 22 février 1728 au château du Boy. À 14 ans, il devient mousquetaire du Roi. Il était colonel du régiment d'infanterie du Languedoc durant la bataille de Minorque en 1756. Il est d'ailleurs nommé gouverneur de Minorque par le maréchal de Richelieu. Il le resta jusqu'en 1763. En 1753 il avait épousé Marie-Paule-Thérèse de Beauvilliers de Saint-Aignan, fille d’un duc et pair, avec qui il eut deux fils.
Blason des Molette de Morangiès
La famille d'Apchier
La baronnie d'Apchier est l'une des huit baronnies du Gévaudan, donnant droit d'entrée aux États particuliers du Gévaudan, mais également, suivant la roue de tour aux États du Languedoc. Cette baronnie se situe, dès le XXe siècle, entre le Bès et la Truyère. Elle gagne en puissance lorsque Garin de Châteauneuf, co-seigneur avec son frère Odilon de la baronnie de Châteaunef-Randon, épouse Alix d'Apchier, héritière de la baronnie. Le château principal de la baronnie se trouve alors au village d'Apcher, désormais commune de Prunières en Lozère. En 1638, l'héritière de la baronnie, Marguerite, épouse François de Crussol, duc d'Uzès. Son petit-fils, Charles de Crussol, vend alors la baronnie pour payer ses dettes. C'est Pierre Bouniol, juge général au « comté d'Apchier », qui rachète la majeure partie de la baronnie. Il la revendra, avec le droit d'entrée aux états du Gévaudan, entre 1717 et 1719 au marquis de Roquelaure, Emmanuel de Besuéjouls.
En 1764, le marquis d'Apcher est Jean-Joseph. Il est né le 3 juin 1745 au château de Besque. Il est le fils de Joseph de Randon et Henriette de La Rochefoucauld. En 1765 il a 20 ans quand il prend peu à peu la tête des chasses contre la Bête du Gévaudan. C'est d'ailleurs lui qui organise la battue du 19 juin 1767, où Jean Chastel a vaincu la Bête.
Le marquis d'Apchier
Le corps ecclésiastique
Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré
Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré était évêque de Mende, et par conséquent comte de Gévaudan depuis 1723. Il est issu de la famille de Choiseul, et, pendant son épiscopat, ses cousins César Gabriel de Choiseul-Praslin et Étienne François de Choiseul occupaient des postes de haut rang auprès du royaume. Il cherche continuellement à prendre soin des habitants du Gévaudan. Mais il n'hésite pas à critiquer leurs mœurs lors du mandement resté dans la postérité. C'est également lui qui décide de retirer saint Sévérien de la liste des évêques de Mende, fait repris par l'abbé Pourcher pour qualifier la Bête de « fléau de Dieu ».
Abbé Trocellier
L'abbé Trocellier, curé d'Aumont-Aubrac, a organisé de nombreuses battues dans sa paroisse et au-delà. Il a également été témoin oculaire de la Bête, dont il a fait la description dans sa multiple correspondance. Il écrit ainsi que : « ... la Bête se redresse sur ses deux jambes de derrière, et, dans cette position elle badine de ses deux pattes de devant, pour lors elle paraît de la hauteur d’un homme de taille médiocre ». Cette bipédie lui fit évoquer l'idée d'un babouin pour définir à quel animal correspondait la Bête lors d'une lettre adressée au syndic Lafont. Il consigna ses impressions dans le registre paroissial, dessinant même un portrait de la Bête.
L'église d'Aumont-Aubrac
Le corps administratif
- Étienne Lafont
Étienne Lafont était avocat au parlement de Toulouse, syndic du diocèse de Mende et, depuis 1749, subdélégué de l'intendant du Languedoc en Gévaudan. Le Gévaudan était en effet l'un des pays d'états qui composaient la province du Languedoc. Il était né à Marvejols le 16 mars 1719 et est mort en juillet 1767, 18 jours après la Bête tuée par Chastel.
Ses frères, Jacques et surtout Trophime, l'ont aidé dans son travail pour éradiquer la Bête.
- Monsieur de Montluc
Pierre de Tassy de Monluc, né à Saint-Flour en 1721 et mort en 1796, était le subdélégué du diocèse de Saint-Flour auprès de l'intendant d'Auvergne.
- Comte de Moncan
Jean-Baptiste Marin, comte de Moncan, était maréchal des armées du Roi et gouverneur militaire du Languedoc. Il fut ensuite lieutenant-général et grand'croix de l'Ordre de Saint-Louis, et nommé sénéchal et gouverneur du Rouergue le 1er mars 1767. Il resta en charge jusqu'à sa mort, en 1779.
- Monsieur de Saint-Priest
Marie-Joseph de Guignard de Saint Priest était l'intendant du Languedoc à partir de 1764. Il fut préalablement conseiller à la cours des aides de Montpellier, puis, en 1757, maître des requêtes, avant de devenir intendant.
- Simon Charles Sébastien Bernard de Ballainvilliers
Simon de Ballainvilliers était intendant de la province d'Auvergne de 1757 à 1767. Le 19 juin il rapporte dans une lettre le détail de la fin de la Bête, ainsi il écrit : « Jean Chastel, un enfant du pays, a tué une bête qui parut être un loup, mais un loup extraordinaire et bien différent par sa figure et ses proportions des loups que l'on voit dans ce pays. »
- Comte de Saint-Florentin
Monsieur le comte Louis Phélypeaux de Saint-Florentin était un ministre du Roi. Il fut l'un des interlocuteurs privilégiés des correspondances entre les gentilshommes du Gévaudan et la cour du Roi.
- Monsieur de l'Averdy
Comme le comte de Saint-Florentin, Clément de l'Averdy était un ministre du Roi, contrôleur général des finances, et a entretenu une correspondance avec le Gévaudan.
Monsieur le comte de Saint-Florentin
Les chasseurs
- Capitaine Duhamel
Jean Baptiste Louis François Boulanger, seigneur de Duhamel, fut d'abord lieutenant au régiment de Cambis à partir de 1747. De 1756 à 1758 il devient cornette au régiment de Royal Roussillon cavalerie. Puis il est engagé comme aide-major d'infanterie du régiment des volontaires de Clermont-Prince. C'est cette année 1758 qu'il obtient le grade de capitaine. Il devient aide-major des dragons en 1760. Aux premières attaques de la Bête, en 1764, il commandait ses troupes dans la région de Langogne.
- Messieurs Denneval
Jean Charles Marc Antoine Vaumesle d’Enneval, parfois prénommé Martin, né en 1703, était grand louvetier du haras d’Exmes en Normandie de 1703 à 1769. Il est venu en Gévaudan avec son fils Jean-François.
- Monsieur Antoine et Antoine de Beauterne
François Antoine, né vers 1695, était porte-arquebuse du roi Louis XV, sous-lieutenant des chasses et inspecteur de la forêt de la Capitainerie de Saint-Germain-en-Laye. Il était également grand louvetier du royaume et chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.
Il était venu avec son troisième fils, Robert-François Antoine de Beauterne, né le 26 juin 1748, porte-arquebuse du dauphin et gendarme de la garde du roi. Ce dernier avait acquis la particule « de Beauterne » indépendamment d'un quelconque héritage familial.
Ils étaient assistés par : le garde général Lacoste ; les gardes-chasse de la capitainerie royale de Saint-Germain Pélissier, Régnault et Dumoulin ; les gardes-chasse à cheval du duc d'Orléans Lacour et Rinchard et les gardes-chasse du duc de Penthièvre Lecteur, Lachenay et Bonnet.