LA BETE DU GÉVAUDAN (3).
source Wikipédia
lien historique & auteurs

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
La Bête de Chastel
Au début de l'année 1767, une légère accalmie des attaques se fait sentir. Mais au printemps, on assiste à une recrudescence des attaques. Le peuple ne sait plus que faire pour en venir à bout, si ce n'est prier. Alors les pèlerinages se multiplient, principalement à Notre-Dame-de-Beaulieu et à Notre-Dame-d'Estours. L'un d'eux est resté célèbre, au début du mois de juin, puisque la légende veut que Jean Chastel y aurait fait bénir trois balles, fondues à partir des médailles de la Vierge Marie qu'il portait à son chapeau.
Le 18 juin, il est rapporté au marquis d'Apcher que, la veille, la Bête avait été vue dans les paroisses de Nozeyrolles et de Desges. Elle aurait tué, dans cette dernière paroisse, Jeanne Bastide, âgée de 19 ans, au village de Lesbinières. Le marquis décide de mener une battue dans cette région, sur le mont Mouchet dans le bois de la Ténazeire, le 19 juin. Il est accompagné de quelques volontaires voisins, dont Jean Chastel, réputé comme étant un excellent chasseur.
Alors que ce dernier se trouvait au lieu dit la « sogne » d'Auvers, un carrefour de chemins, il vit passer l'animal, lui tira dessus et parvint à l'atteindre à l'épaule. Rapidement, les chiens du marquis seraient arrivés pour achever la Bête.
De ce coup de fusil, la légende a conservé le discours romancé de l'abbé Pierre Pourcher qu'il disait tenir de la tradition orale de sa famille : « Quand la Bête lui arriva, Chastel disait des litanies de la Sainte Vierge, il la reconnut fort bien, mais par un sentiment de piété et de confiance envers la Mère de Dieu, il voulut finir ses prières ; après, il ferme son livre, il plie ses lunettes dans sa poche et prend son fusil et à l'instant tue la Bête, qui l'avait attendu. ».
Huit jours après la destruction de la Bête par Jean Chastel, le 25 juin, une louve qui, selon plusieurs témoignages, accompagnait la Bête, est tuée par le sieur Jean Terrisse, chasseur de monseigneur de la Tour d'Auvergne. Il reçoit alors 48 livres de gratification.
Stèle en l'honneur de Jean Chastel en son village de La Besseyre-Saint-Mary
Le destin de la Bête
La Bête est alors portée au château de Besque, vers Charraix, résidence du marquis d'Apcher. On mande le notaire Marin, qui établit un rapport très précis sur les dimensions de l'animal. Il est accompagné du chirurgien de Saugues, le sieur Boulanger, et de son fils, ainsi que d'Agulhon de la Mothe, médecin. La Bête est ensuite empaillée par Boulanger, et est exposée au château de Besque. Le marquis d'Apcher ne rechigne pas à la dépense pour recevoir fastueusement la foule qui s'empresse de venir voir la Bête. De nombreux témoignages de victimes d'attaques viennent alors s'inscrire au rapport Marin. La Bête reste donc un long moment à Besque (une douzaine de jours) avant que Chastel ne se décide à l'emmener à Versailles pour la montrer au Roi.
Arrivée au château du Roi, la Bête est dans un état de putréfaction avancé. Boulanger s'est en effet contenté de vider les entrailles et de les remplacer par de la paille. Le trajet et la chaleur n'ont pas dû favoriser la conservation. Lorsque Chastel demande une entrevue avec le Roi pour lui présenter la Bête, cette demande est refusée en raison de l'état de l'animal. C'est donc Georges-Louis Leclerc de Buffon en personne qui l'examine et conclut qu'il s'agit là d'un loup de grande taille. La Bête est alors enterrée dans un jardin du château sans que rien n'en soit conservé. Réunis le 9 septembre, les États particuliers du Gévaudan octroyèrent à Jean Chastel une modique récompense s'élevant à 72 livres.
Compléments historiques
Localisation
La Bête a sévi principalement dans le pays du Gévaudan, dont les limites sont sensiblement les mêmes que le département de la Lozère. Mais elle s'est rendue également dans le Velay (Haute-Loire), la Haute-Auvergne (Cantal), et le Rouergue (Aveyron). Si l'on considère le découpage administratif des années 2000, la Bête aurait fait plus de 80 victimes dans la région Auvergne et plus de 70 dans le Languedoc-Roussillon. Au niveau des départements, c'est la Lozère qui est la plus touchée avec plus de 70 victimes, devant la Haute-Loire qui en déplore plus de 60. Les cantons de Saugues, de Pinols et du Malzieu sont ceux où l'on recense le plus de victimes, avec respectivement 34, 23 et 22 personnes.
Si l'on se limite aux frontières géographiques, la Bête a été présente majoritairement dans les montagnes de la Margeride, et en certaines occasions sur les monts de l'Aubrac.
Elle était d'abord dans l'est du Gévaudan, vers Langogne et la forêt de Mercoire, avant de migrer vers la Margeride et la zone des Trois Monts : mont Chauvet, Montgrand et mont Mouchet.
Au XVIIIe siècle, l'environnement du Gévaudan était constitué de vallées et de montagnes très boisées. Il existe alors, en Margeride, de nombreuses tourbières (aussi appelées « sagnes » ou « molières »), rendant difficile tout déplacement. Les villages étaient alors très dispersés, et les infrastructures routières limitées.
En ce qui concerne le climat, il n'était pas rare que l'hiver soit très long. En effet, les premières neiges pouvaient survenir dès le mois de septembre, et la saison hivernale pouvait durer jusqu'en mai.
Carte du Gévaudan et alentours
Repères chronologiques
| Date | En Gévaudan ou en Auvergne | En France |
|---|---|---|
| 1715 | Fin de la guerre des Camisards | - |
| 25 octobre 1722 | - | Louis XV de France devient Roi |
| 1723 | Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré devient évêque de Mende | - |
| 1756 - 1763 | - | Guerre de Sept Ans |
| 30 juin 1764 | Jeane Boulet est la première victime de la Bête | - |
| 15 septembre 1764 | Début des chasses de Duhamel | - |
| 2 novembre 1764 | Duhamel s'installe à Saint-Chély | - |
| 31 décembre 1764 | Mandement de l'évêque | - |
| 12 janvier 1765 | Combat de Portefaix | - |
| mars 1765 | Arrivée de Denneval | - |
| 8 juin 1765 | - | François Antoine quitte Paris pour le Gévaudan |
| 22 juin 1765 | François Antoine s'installe au Malzieu | - |
| 18 juillet 1765 | Les Denneval quittent le Gévaudan | - |
| 11 août 1765 | Combat de Marie-Jeanne Valet | - |
| 16 août 1765 | Jean, Pierre et Antoine Chastel sont emprisonnés | - |
| 21 septembre 1765 | Le loup des Chazes est abattu par François Antoine | - |
| 1er octobre 1765 | - | Antoine de Beauterne présente la Bête au Roi |
| 3 novembre 1765 | François Antoine quitte le Gévaudan | - |
| 20 décembre 1765 | - | Mort du dauphin Louis-Ferdinand |
| 18 juin 1767 | Jean Chastel abat la Bête du Gévaudan à la sogne d'Auvers | - |
Le rapport Marin
Le 20 juin 1767, lendemain de la mort de l'animal tué par Jean Chastel, le notaire royal Roch Étienne Marin rédige un rapport de son autopsie depuis le château de Besque, propriété du marquis d'Apcher, sur la commune de Charraix (Haute-Loire). Ce rapport a été retrouvé en 1958, et apporte quelques informations sur la nature de cet animal. Voici une partie des dimensions (avec comme repère, un pied faisant 33 cm, un pouce faisant 22,07 mm et une ligne faisant 2,25 mm) :
Par ailleurs, ce rapport nous apprend des détails sur les mâchoires de l'animal. Ainsi, on apprend que la mâchoire supérieure est composée de 14 dents, soit 6 incisives, 2 crochets et 6 molaires. La mâchoire inférieure, elle, comporte 22 dents : 12 incisives et 10 molaires.
Ce rapport est également agrémenté de plusieurs témoignages de personnes reconnaissant l'animal, ainsi que les blessures qu'il possédait.
De plus, la tradition décrit l'animal comme pesant plus de 50 kg.
Statistiques
Les statistiques sont assez variables suivant les auteurs et la période de leurs écrits. Elles doivent, de plus, être pondérées pour plusieurs raisons. Tout d'abord rien ne prouve que toutes les victimes qualifiées d'officielles par les actes de décès sont vraiment à attribuer à la Bête. Certaines personnes ont en effet pu faire passer un mort comme étant une victime de la Bête. A contrario, suite au mandement de l'évêque mettant en avant les pêchés du peuple, certains actes de sépulture ont pu ne pas signaler qu'il s'agissait là d'un meurtre perpétré par la Bête. De la même façon, après le départ de François Antoine, les sources sont moins fréquentes.
Les sources qualifiées d'officielles font état d'un peu plus de 80 personnes tuées. Il y aurait également eu une trentaine de personnes blessées, et une cinquantaine d'autres attaquées.
S'il semble exact que la Bête n'a fait aucun mort chez les hommes adultes, elle ne faisait pas de préférence entre les femmes et les hommes. Elle s'attaquait cependant plus fréquemment aux enfants qu'aux adultes.