LA BETE DU GÉVAUDAN (5).
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Les théories
Le fléau de Dieu
Le terme de « fléau » est employé en 1765 par monseigneur de Choiseul-Beaupré dans son mandement : « ce fléau extraordinaire, ce fléau qui nous est particulier et qui porte avec lui un caractère si frappant et si visible de la colère de Dieu ». La Bête n'est donc pas un loup, ni un quelconque animal connu, mais une Bête unique envoyée par Dieu pour punir le peuple de ses péchés. Cette théorie est d'ailleurs reprise par celui qui est considéré comme le premier historien de la Bête, l'abbé Pierre Pourcher. Né au Mazet, vers Julianges, l'abbé Pourcher était curé à Saint-Martin-de-Boubaux et imprimait lui-même les livres qu'il écrivait. Pour lui, ce fléau a été envoyé par Dieu principalement à cause de la disparition de Sévérien de la liste des évêques de Mende. Sévérien, qui aurait été disciple de Martial de Limoges, a longtemps été considéré comme l'évangélisateur du Gévaudan au cours du IIIe siècle. Cependant, il se pourrait que ce soit une mauvaise interprétation des textes qui ait fait confondre Sévérien de Gabala, en Syrie, avec un Sévérien du pays des Gabales. C'est pour cette raison que l'évêque Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré l'avait déclassé de la liste des évêques en 1763, peu avant les premières attaques.
Un ou plusieurs loups
Officiellement, tous les animaux tués en Gévaudan lors des chasses contre la Bête ont toujours été des loups. C'est en tout cas ce qui est dit par monsieur de Buffon à propos de l'animal tué par François Antoine, comme de celui ramené par Jean Chastel. La théorie du loup anthropophage a été évoquée au moment des faits, et s'est conservée au fil des années. L'abbé François Fabre évoque une famille de loups, alors qu'à partir des années 1960 on en compte trois. Ces trois loups, selon l'abbé Xavier Pic, auraient été celui tiré par les frères Marlet de la Chaumette, celui tué par François Antoine et le garde Rinchard, et le troisième tué par Jean Chastel. Jacques Delperrié de Bayac arrive à la même conclusion, même s'il évoque la possibilité de la présence d'un quatrième loup. Guy Crouzet et le chanoine Félix Buffière sont beaucoup moins précis sur leur nombre, mais concluent également à la culpabilité des loups.
Un animal exotique
Le fait que la Bête soit un animal exotique a été l'une des premières théories, d'ailleurs avancées au moment même des événements. Le mandement de l'évêque évoque en effet « une bête féroce, inconnue dans nos climats ». L'animal le plus souvent cité est alors la hyène qui aurait pu s'évader de la foire de Beaucaire. Guy Crouzet l'évoque avec prudence, alors que Gérard Ménatory émet l'hypothèse que cette hyène aurait été ramenée d'Afrique par Antoine Chastel. Il associe donc l'animal exotique à l'intervention humaine.
Pour corroborer l'hypothèse de la hyène, est parfois utilisé un petit fascicule paru en 1819, et vendu au Jardin des Plantes. Ce fascicule évoque un animal autrefois exposé, une hyène barrée d'Orient : « Ce féroce et indomptable animal est rangé dans la classe du loup cervier ; il habite l’Égypte, il parcourt les tombeaux pour en arracher les cadavres ; le jour, il attaque les hommes, les femmes et les enfants, et les dévore. Il porte une crinière sur son dos, barrée comme le tigre royal ; celle-ci est de la même espèce que celle que l’on voit au cabinet d’Histoire Naturelle, et qui a dévoré, dans le Gévaudan, une grande quantité de personnes ».
Mais bien d'autres animaux ont été cités comme étant la Bête, comme le glouton (ou carcajou), le thylacine, ou bien le tigron. La famille des félidés est d'ailleurs plusieurs fois évoquée : lion, panthère, guépard, etc. Sont suggérés également : un grand singe (comme le babouin) ou même un ours brun.
Un fou sadique
La théorie du fou sadique écarte totalement la présence d'un animal. C'est le docteur Puech, professeur agrégé à l'université de médecine de Montpellier, qui avance cette hypothèse en 1910. Selon lui, les cadavres abandonnés par le fou incriminé auraient été rongés par des loups. C'est la présence de mystificateurs recouverts de peaux de loups qui auraient entretenu la peur et l'accusation d'une Bête.
Cette hypothèse a ensuite été reprise mais n'impliquerait plus une mais deux personnes minimum. Le terme « sadique » se rattache à la mise en scène de certains meurtres, où les têtes ont été retrouvées tranchées.
L'intervention humaine ou le complot
Ce sont Abel Chevalley et Henri Pourrat qui ont popularisé la théorie selon laquelle la Bête du Gévaudan serait un animal dressé pour tuer, accompagné d'un ou plusieurs humains. Un noble du pays, Jean-François-Charles de Morangiès, et un paysan solitaire nommé Antoine Chastel, sont souvent les personnes désignées comme dresseurs. Abel Chevalley voit en la Bête un mâtin (gros chien) ou une hyène ramenée par Antoine Chastel d'Afrique, ce dernier ayant le fils Morangiès comme complice. Pour Henri Pourrat c'est le même Antoine Chastel qui aurait dressé la Bête, couvert par son père Jean, qui aurait finalement abattu l'animal.
Raymond-Francis Dubois va un peu plus loin dans cette piste. En défenseur des loups, c'est un chien qui est accusé. Ce chien, dressé pour la guerre comme il en existait au XVIe siècle, était alors recouvert d'une cuirasse. Le poil de sanglier, très dru et serré, aurait pu constituer une protection efficace y compris contre les balles. Là aussi c'est Antoine Chastel qui aurait élevé et guidé cet animal, suivant les ordres d'un noble du pays. Michel Louis, fondateur et directeur du parc zoologique d'Amneville est partisan de cette théorie. Pour lui, la raie noire constatée sur le dos de la Bête ne correspond pas au pelage du loup, mais est, par contre, caractéristique de celui du sanglier. Il relève également que cette caractéristique n'a pas été observée sur le cadavre des différents animaux tués.
La théorie d'un animal dressé pour le dessein des notables du pays a été reprise fréquemment à partir des années 1990 pour les besoins de productions littéraires, BD, etc. comme dans la fiction de Christophe Gans Le Pacte des loups.
Utilisations modernes de la légende
Sites touristiques
La région où a sévi la Bête, ainsi que les lieux alentours, se sont peu à peu appropriés sa légende. Musées, statues et sentiers pédagogiques ont fait leur apparition. On retrouve ainsi :
- une sculpture de la Bête à Saint-Privat-d'Allier ;
- le musée de la Bête du Gévaudan à Saugues. Il restitue par des personnages en plâtre et des effets sonores, l'atmosphère de terreur qui régna entre 1764 et 1767 dans la région de Saugues. Il fête ses dix ans d'existence en juillet 2009 ;
- une statue de bois se dresse également dans le village de Saugues, à laquelle viennent se rajouter diverses représentations ;
- une statue se trouve au village d'Auvers. Elle représente le combat de Marie Jeanne Vallet contre la Bête, et a été exécutée par le sculpteur Philippe Kaeppelin. Elle a été inaugurée en 1995, suscitant même une polémique à propos de l'usage touristique d'une Bête ayant commis de tels crimes ;
- une stèle à la mémoire de Jean Chastel, le vainqueur de la Bête, se trouve dans le village de La Besseyre-Saint-Mary ;
- une statue de la Bête du Gévaudan sculptée par Auricoste figure à Marvejols. La Bête n'est pourtant jamais venue à proximité de la cité.
À cela s'ajoute le musée du parc à loups du Gévaudan, qui possède quelques documents relatifs à la légende. De plus, de nombreuses entreprises, ou autres clubs sportifs, de Lozère et de Haute-Loire, ont choisi la Bête du Gévaudan comme emblème.
Statue de la Bête à Marvejols

Sculpture de la Bête du Gévaudan à Saugues
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Le blason de la commune de Paulhac-en-Margeride, adopté en 2001, présente deux Bête du Gévaudan