CLOVIS (1).
Clovis Ier (en allemand Chlodwig ou Chlodowech, en latin Chlodovechus) est roi des Francs saliens de 481 à 511. Issu de la dynastie des Mérovingiens, du nom hypothétique de son grand-père, Mérovée (cf. liste des monarques de France), il est considéré comme le premier roi chrétien du royaume des Francs, qui prendra le nom de France au XIIIe siècle.
Le nom de Clovis vient du francique Hlodowig, composé des racines hlod (« renommée », « illustre ») et wig (« combat »), c'est-à-dire « Illustre dans la Bataille », « Illustre au Combat » : il donne en français moderne Louis, prénom de la majorité des rois de France, et en allemand Ludwig, aussi latinisé en Ludovic. Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de noms tels que Clotaire (et Lothaire), Clodomir, ou encore, Clotilde.
Nous connaissons Clovis à travers la longue description de son règne par l'évêque gallo-romain Grégoire de Tours, né près de trente ans après la mort de Clovis, et dont l'Histoire, rebaptisée tardivement Histoire des Francs est riche d'enseignements, bien que ce texte à visée d'abord édifiante relève plus de l'hagiographie que d'une conception rigoureuse de l'histoire.

celle traditionnelle des barons français. Bibliothèque nationale de France.
La Gaule à la fin du Ve siècle
À la fin du Ve siècle, la Gaule est morcelée sous la domination de plusieurs royaumes barbares, constamment
en guerre les uns contre les autres, cherchant à étendre leurs influences et leurs possessions :
- Les Francs, établis au nord-est, ayant longtemps servi l'Empire romain comme troupes auxiliaires sur la
frontière rhénane, encore païens à l'avènement de Clovis;
- Les Burgondes, établis par Rome en Savoie (en Sapaudie) et dans le Lyonnais, chrétiens ariens et relativement tolérants;
- Les Wisigoths, peuple puissant établi au sud de la Loire, en Languedoc, surtout dans la vallée de laGaronne, également ariens, bien moins tolérants envers les catholiques gallo-romains qu'ils dominent;
- Les Ostrogoths ne sont pas présents en Gaule, mais leur roi Théodoric le Grand, depuis l'Italie, cherche à maintenir l'équilibre entre les différents royaumes.
- Au loin, l'Empire romain d'Orient exerce encore une autorité purement théorique.
Une multitude de « pouvoirs » locaux ou régionaux d'origine militaire (des « royaumes » ou regna) occupent ainsi le vide laissé par la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476. Parmi ceux-ci se trouve encore le royaume d'un certain Syagrius, établi dans la région de Soissons. Le « pouvoir » dont il est question n'a rien à voir avec les notions modernes de pouvoir législatif, exécutif ou judiciaire, mais couvre une relation dominant-dominé plus proche de celle d'un chef de tribu.
En 481, Clovis, fils du roi Childéric Ier et de la princesse thuringienne Basine, prend quant à lui la tête d'un royaume franc salien, situé dans la région de Tournai en actuelle Belgique. Le titre de « roi » (en latin rex) n'est pas nouveau : il est notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeurent pas moins des Germains, des barbares païens, et bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés par près de cinq siècles de domination et d'influence romaine.
Clovis n'est alors âgé que de quinze ans et rien ne prédispose ce petit chef barbare parmi tant d'autres à supplanter ses rivaux, plus puissants. À la lumière des événements postérieurs, sa réussite, si elle est incontestable sur le plan militaire, doit au moins autant à l'expérience romaine de la guerre que les siens ont depuis longtemps acquise – la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père, Childéric – qu'à sa conversion au catholicisme (et non à l'arianisme), et à travers celle-ci, avec les élites gallo-romaines. Enfin, une alliance avec l'Empire d'Orient permet à point nommé de « fixer » les Ostrogoths.
Aussi, le règne de Clovis s'inscrit plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue cependant à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.
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La Gaule à l'avènement de Clovis
Chronologie de son règne
La chronologie du règne de Clovis est très mal connue. Tout ce que nous en savons découle de Grégoire de Tours (Histoire, Livre II), qui mentionne les évènements suivant un découpage en tranches de cinq années (réminiscence des quinquennalia ou des lustra romaines ?) : guerre contre Syagrius après cinq années de règne, quinze pour la guerre contre les Alamans, guerre contre les Wisigoths cinq années avant sa mort ; le tout formant un règne de trente ans après un avènement à l'âge de quinze ans. On pourrait rejeter ces informations comme simplificatrices ; or il s'avère qu'aucune étude n'a jamais remis fondamentalement en cause ces indications, qui sont selon toute vraisemblance légèrement simplifiées mais valables « à peu de choses près ». La seule date fixée par d'autres sources est celle de sa mort, en 511, ce qui daterait son avènement de 481 environ, peut-être 482 :
- vers 464/467 : naissance de Clovis, fils de Childéric Ier, roi des Francs saliens de Tournai, et de la reine Basine de Thuringe.
- 481/482 : avènement de Clovis. Le royaume dont il hérite correspond à la Belgique seconde, petite province située entre la Mer du Nord, l'Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant de Reims jusqu'à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, qui était quant à elle contrôlée par Syagrius.
- 484 : alliance avec les Francs rhénans et avec les Francs de Cambrai. (Ragnacaire, roi des Francs de Cambrai, était probablement un des parents de Clovis).
- vers 485 : il se marie avec une princesse rhénane, fille de Chloderic prince de Cologne avec laquelle il a un fils, Thierry. Cette union a souvent été interprétée comme l'épisode d'une alliance tactique avec ses voisins orientaux, lui permettant de tourner ses ambitions vers le sud. Cette union avec une épouse dite de « second rang », vue comme étant « gages de paix » (friedelehen), assurait la paix entre francs rhénans et saliens. Elle a souvent été interprétée à tort comme un concubinage par les historiens romains chrétiens qui ne connaissaient pas les mœurs des structures familiales polygames germaniques, sans mariage public. Les mariages officiels (de premier rang) permettaient à l'épouse de jouir du « don du matin » (la morgengabe), qui était constitué de biens mobiliers donnés par le mari, ainsi que de commander à ses descendants légitimes. Les enfants des épouses de second rang n'étaient pas reconnus comme légitimes.
- 486 : bataille de Soissons contre Syagrius. Syagrius, fils de Ægidius, s'intitulait « Roi des Romains » et contrôlait une enclave gallo-romaine entre Meuse et Loire, dernier fragment de l'Empire d'Occident.
La victoire de Soissons permet au royaume de Clovis d'embrasser tout le nord de la Gaule. Syagrius se réfugie chez les Wisigoths qui le livrent à Clovis. Le chef gallo-romain finira discrètement égorgé.
Clovis Ier et le vase de Soissons. Grandes Chroniques de France, XIVe siècle. Bibliothèque nationale de France.
C'est également lors de cette bataille, qu'eut lieu – selon Grégoire de Tours – l'épisode anecdotique du vase de Soissons, où, contre la loi militaire du partage, le roi demanda de soustraire du butin un vase liturgique précieux pour le rendre à l'église de Reims, à la demande de Remi, évêque de cette dernière cité. Clovis répondit aux émissaires de Remi : « Suivez-moi jusqu'à Soissons, parce que c'est là que doit se faire le partage de tout le butin. Si le sort me donne ce vase, je satisferai à la demande du Père. ». Une fois sur place, après avoir réuni le butin, Clovis dit : « Je vous prie, mes braves guerriers, de vouloir bien m’accorder, outre ma part, ce vase que voici. ». Les hommes acquiescèrent, lui répondant : « Glorieux roi, tout ce que nous voyons est à toi : nous-mêmes sommes soumis à ton pouvoir. Fais donc ce qui te plaît ; car personne ne peut, résister à ta puissance. ». Mais un guerrier, surprenant tout le monde, frappa le vase de sa francisque en disant : « Tu ne recevras de tout ceci rien que ce que te donnera vraiment le sort. ». Clovis ne laissa pas transparaître ses émotions et en garda ressentiment. Il réussit malgré tout à rendre l'urne à l'envoyé de Rémy. L'épilogue de l'histoire eut lieu, quant à lui, le 1er mars 487. Clovis ordonna à son armée de se réunir au Champ-de-Mars pour, selon une pratique romaine, examiner si les armes étaient propres et en bon état. Inspectant les soldats, il s'approcha du guerrier qui avait frappé l'urne et lui dit : « Personne n’a des armes aussi mal tenues que les tiennes, car ni ta lance, ni ton épée, ni ta hache, ne sont en bon état. ». Il jeta alors la hache du soldat à terre. Au moment où celui-ci se baissa pour la ramasser, Clovis abattit sa francisque sur la tête du malheureux en disant : « Voilà ce que tu as fait au vase à Soissons. ». Le soldat tomba sans vie, et sur ordre de Clovis, l'armée dut se retirer en silence, laissant le corps exposé au public.
Fibules mérovingiennes
- 490 : raids victorieux contre les Wisigoths : Saintonge en 494, Bordeaux en 498. Clovis a alors probablement le désir d'étendre son royaume vers la Méditerranée. Il entame des offensives contre la Germanie rhénane et transrhénane.
- 491 : Clovis exécute ses cousins les rois Ragnacaire et Cararic et s'empare de leurs royaumes.
- 492 : pacte de non-agression avec les rois burgondes, concrétisé par une alliance matrimoniale : Clovis épouse en secondes noces la princesse burgonde Clotilde (fille du roi Chilpéric II et nièce du roi Gondebaud). Clotilde œuvrera avec l'évêque Remi de Reims à la conversion de Clovis au catholicisme.
- 496 : bataille de Tolbiac (Zülpich) près de Cologne contre les Alamans lors de laquelle Clovis aurait fait le vœu de se convertir au christianisme si « Jésus que sa femme Clotilde proclame fils de Dieu vivant » lui accordait la victoire. Cette victoire permet au royaume de Clovis de s'étendre jusqu'à la Haute-Rhénanie.
- 496, 497 ou 498 ou encore 499 (le débat est toujours d'actualité), le jour de Noël, Clovis est baptisé à Reims avec « plus de 3000 hommes de son armée » (selon Grégoire de Tours) par l'évêque Remi de Reims (futur saint Remi). Le baptême de Clovis améliore sans doute sa légitimité dans la population gallo-romaine, mais représente un pari dangereux : les Francs, comme les Germains, considèrent qu'un chef vaut par la protection que lui inspirent les dieux ; la conversion va à l'encontre de cela ; les Germains christianisés (Goths...) sont souvent ariens, car le roi y reste chef de l'Église.
- 499 : Clovis s'allie au roi burgonde de Genève, Godégisile, qui veut s'emparer des territoires de son frère Gondebaud
- 500 : Clovis signe un pacte d'alliance avec les Armoricains (peuplades gauloises de la péninsule bretonne et du rivage de la Manche). Après la bataille de Dijon et sa victoire contre les Burgondes de Gondebaud, Clovis contraint ce dernier à abandonner son royaume et à se réfugier à Avignon. Cependant, le roi wisigoth Alaric II se porte au secours de Gondebaud et persuade ainsi Clovis d'abandonner Godégisèle.
- Clovis et Gondebaud se réconcilient et signent un pacte d'alliance pour lutter contre les Wisigoths.
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- 502 : son fils Thierry épouse 1°) Eustère, fille Alaric II Roi des wisigoths dont il a Thibert Ier (Théodebert) Roi de Reims (+548) puis 2°) Suavegothe, fille de Sigismond roi des Burgondes dont il a une fille Theodechilde.
- 507 : bataille de Vouillé, près de Poitiers, contre les Wisigoths : Cette victoire permet au royaume de Clovis de s'étendre en Aquitaine. Le roi des Wisigoths Alaric II est tué et les Wisigoths n'ont d'autre alternative que de se replier en Espagne, au-delà des Pyrénées, tout en conservant une partie de la Septimanie—le Languedoc—et de la Provence. LesOstrogoths de Théodoric ne peuvent intervenir en faveur des Wisigoths en raison d'un conflit avec l’Empire d'Orient.
- 508 : Clovis reçoit de l'empereur d'Orient Anastase Ier le titre de « consul » et est salué comme « auguste » au cours d'une cérémonie à Tours. Paris devient sa résidence principale. C'est la première accession au statut de capitale de l'ancienne Lutèce, qui porte désormais le nom de l'ancien peuple gaulois des Parisii.
- 510 : Clovis s'empare du royaums francs de Sigebert le Boiteux après l'avoir fait assassiner et étend ainsi son autorité au-delà du Rhin. Clovis est désormais le maître d'un unique royaume, correspondant à une portion occidentale de l'ancien Empire romain, allant de la moyenne vallée du Rhin, (l'embouchure du Rhin est toujours aux mains des tribus frisonnes) jusqu'aux Pyrénées, tenues par les terribles Basques. Le royaume de Clovis ne comprend toutefois pas l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), ni les régions méditerranéennes, ni les vallées du Rhône et de la Saône.
- Juillet 511 : premier concile des Gaules à Orléans auquel prennent part trente-deux évêques, dont la moitié proviennent du « royaume des Francs » : Clovis est désigné « Rex Gloriosissimus fils de la Sainte Église », par tous les évêques présents.
- 27 novembre 511: Clovis meurt et est enterré dans la basilique des Saints-Apôtres à Paris, qu'il a fondée sur la montagne Sainte-Geneviève.
À sa suite, les descendants de Clovis étendent encore le royaume (Burgondie, Provence...), et règnent pendant près de trois siècles avant de céder la place à une famille de la noblesse franque austrasienne : les Pippinides (Charles Martel, Pépin le Bref...).
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« Bataille de Tolbiac 496 » peint par Ary Scheffer (1795 - 1858) au XIXe siècle. Conservé à Versailles, musée national du Château et des Trianons.
Enfants
Avec sa première épouse, une princesse franque rhénane :
- Thierry Ier (v.485-534), roi d'Austrasie et co-roi d'Orléans, roi de Reims de 511 à 534.
Avec Clotilde :
- Ingomir/Ingomer (mort en 494 dans sa robe de baptême).
- Clodomir (495 - 524), roi d'Orléans de 511 à 524, il épouse Gondiuque de Burgondie, dont descendance.
- Childebert Ier (495 - 558), roi de Paris de 511 à 558, épouse Ultrogothe d'Ostrogothie, dont descendance.
- Clotaire Ier Roi de Soissons en 511, de Reims en 555 et de Tous les Francs en 558.
- Clotilde (morte en 531), épouse 517 Amalaric roi des Wisigoths.
L'extension du royaume de Clovis vers l'est
Toute sa vie, Clovis tente de conserver son royaume pour ses fils, selon la tradition germanique, et d'agrandir le territoire de celui-ci. Pour cela, il n'hésite pas à éliminer tous les obstacles : il fait assassiner tous les chefs saliens et rhénans voisins, certains de ses anciens compagnons, et même certains membres de sa famille, même éloignés, afin de s'assurer que seuls ses fils vont hériter de son royaume.
Il se lance d'autre part dans une grande série d'alliances et de conquêtes militaires, au début seulement à la tête de quelques milliers d'hommes. Plus que les armes, certes efficaces, des Francs, c'est un savoir-faire au combat acquis au service de l'Empire et contre les autres barbares qui rend sans doute possibles les succès militaires des guerriers de Clovis.
À travers lui, un peuple germanique ne s'impose pas aux gallo-romains : la fusion des éléments germains et latins se poursuit. Au temps de Clovis, alors que Syagrius, pourtant qualifié de « Romain » par les sources, porte un nom barbare, et ne bénéficie visiblement pas de l'appui de son peuple, le roi « barbare » ostrogoth Théodoric le Grand, dans sa prestigieuse cour de Ravenne, perpétue tous les caractères de la civilisation romaine tardive, tout en restant un Ostrogoth arien, un barbare hérétique aux yeux de l'Église.
Clovis sait s'imposer assez rapidement, malgré de durs combats, parce qu'en définitive il paraît un moins mauvais maître que la plupart des prétendants : au moins, auraient dit les Gallo-romains, est-il catholique, et déjà passablement romanisé. À l'inverse, les Wisigoths, chrétiens mais ariens, tiennent l'Aquitaine d'une main de fer, et ne font aucun effort pour tenter un rapprochement avec les Gallo-Romains catholiques qu'ils dominent.
Peu à peu, Clovis conquiert la moitié nord de la France actuelle : il s'allie d'abord aux Francs rhénans, en 484. Puis il mène des offensives vers le sud, à partir de 486. Il commence par renverser Syagrius, le dernier représentant de l'Empire déchu. Le royaume de Syagrius couvrait approximativement l'espace entre Seine et Loire. Contre ce dernier, il emporte les villes de Senlis, Beauvais, Soissons et Paris dont il pille les alentours. Lors de ces campagnes, a lieu le célèbre épisode du vase.
source Wikipédia
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