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CHOMOLANGMA

CLOVIS (2).

18 Août 2009 , Rédigé par CHOMOLANGMA


La conversion et le baptême

L'évêque de Reims, le futur saint Remi, cherche alors probablement la protection d'une autorité forte pour son peuple, et écrit à Clovis dès son avènement. Les contacts sont nombreux entre le roi et l'évêque, ce dernier incitant d'abord Clovis à protéger les Chrétiens présents sur son territoire. Grâce à son charisme et peut-être en raison de l'autorité dont lui-même jouit, Remi sait se faire respecter de Clovis et lui sert même de conseiller. Il l'incite notamment à demander en mariage Clotilde, une princesse catholique de haut lignage, fille d'un roi desBurgondes (ce peuple voisin des Francs était établi dans les actuels Dauphiné et Savoie). Le mariage a lieu en 492, probablement à Soissons.

Dès lors, selon Grégoire de Tours, Clotilde fait tout pour convaincre son époux de se convertir au christianisme. Mais Clovis est d'abord réticent : il doute de l'existence d'un Dieu unique ; la mort en bas âge de son premier fils baptisé, Ingomer, ne fait d'ailleurs qu'accentuer cette méfiance. D'autre part, en acceptant de se convertir, il craint de perdre le soutien de son peuple, encore païen : comme la plupart des Germains, ceux-ci considèrent que le roi, chef de guerre, ne vaut que par la faveur que les dieux lui accordent au combat. S'ils se convertissent, les Germains deviennent plutôt ariens, le rejet du dogme de la Trinité favorisant en quelque sorte le maintien du roi élu de Dieu et chef de l'Église.


Clovis Ier baptisé par l'évêque Remi de Reims.

Néanmoins, Clovis a plus que tout besoin du soutien du clergé gallo-romain, car ce dernier représente la population gauloise. Les évêques, à qui échoit le premier rôle dans les cités depuis que se sont effacées les autorités civiles, demeurent les réels maîtres des cadres du pouvoir antique en Gaule. C'est-à-dire également des zones où se concentrait encore la richesse. Cependant, même l'Église a du mal à maintenir sa cohérence : évêques exilés ou non remplacés en territoires wisigoths, successions papales difficiles à Rome, mésentente entre catholiques pro-wisigoths (par réalisme) et pro-francs (Remi de Reims, Geneviève de Paris...), etc.

C'est finalement au cours de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, vers 496, que le destin efface les doutes de Clovis : son armée est sur le point d'être vaincue. Toujours d'après Grégoire de Tours, ne sachant plus à quel dieu païen se vouer, Clovis prie alors le Christ et lui promet de se convertir s'il obtient la victoire, comme le fit un siècle plus tôt l'empereur romainConstantin. Au cœur de la bataille, alors que lui-même est encerclé et va être pris, le chef alaman est tué d'une flèche ou d'une hache, ce qui met son armée en déroute. La victoire est à Clovis et au dieu des chrétiens.

Selon d'autres sources, Tolbiac n'aurait été qu'une étape et l'illumination finale de Clovis aurait en fait eu lieu lors de la visite au tombeau de Martin de Tours. Toujours est-il que Clovis reçoit alors le baptême avec 3 000 guerriers – les baptêmes collectifs étant alors une pratique courante – des mains de saint Remi, à Reims, le 25 Décembre d'une année comprise entre496 et 499. Ce baptême est demeuré un évènement significatif pour l'histoire de France : à partir d'Henri Ier tous les rois de France, sauf Louis VI et Henri IV, furent par la suite, sacrés dans la cathédrale de Reims jusqu'au roi Charles X, en 1825.


Le baptême de Clovis, d'après saint Gilles.


Ainsi, le baptême de Clovis marque le début du lien entre le clergé et la monarchie franque puis française, lien qui va durer jusqu'au début du
XIXe siècle. Dorénavant, le souverain doit régner au nom de Dieu. Ce baptême permet également à Clovis d'asseoir durablement son autorité sur les populations, essentiellement gallo-romaines et catholiques, qu'il domine : avec ce baptême, il pouvait compter sur l'appui du clergé, et vice-versa.

Le baptême de Clovis raconté par Grégoire de Tours


Il s'agit d'un extrait du Livre II, chapitre XXXI de l'Histoire des Francs :

« La reine fait alors venir en secret Remi, évêque de la ville de Reims, en le priant d’insinuer chez le roi la parole du salut. L’évêque l’ayant fait venir en secret commença à lui insinuer qu’il devait croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et abandonner les idoles qui ne peuvent lui être utiles, ni à lui, ni aux autres. Mais ce dernier lui répliquait : « Je t’ai écouté très volontiers, très saint Père, toutefois il reste une chose ; c’est que le peuple qui est sous mes ordres, ne veut pas délaisser ses dieux ; mais je vais l’entretenir conformément à ta parole. » Il se rendit donc au milieu des siens et avant même qu’il eût pris la parole, la puissance de Dieu l’ayant devancé, tout le peuple s’écria en même temps : « Les dieux mortels, nous les rejetons, pieux roi, et c’est le Dieu immortel que prêche Remi que nous sommes prêts à suivre ». Cette nouvelle est portée au prélat qui, rempli d’une grande joie, fit préparer la piscine. […] Ce fut le roi qui le premier demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avance, nouveau Constantin, vers la piscine pour se guérir de la maladie d’une vieille lèpre et pour effacer avec une eau fraîche de sales taches faites anciennement. Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Courbe doucement la tête, ô Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». Remi était un évêque d’une science remarquable et qui s’était tout d’abord imprégné de l’étude de la rhétorique, mais il était aussi tellement distingué par sa sainteté qu’il égalait Silvestre par ses miracles. Il existe de nos jours un livre de sa vie qui raconte qu’il a ressuscité un mort. Ainsi donc le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés. […] »
    — 
Grégoire de Tours, Livre II, chapitre XXXI de l'Histoire des Francs.


Baptême de Clovis. Il est baptisé par l'évêque
Remi de Reims. Le Saint-Esprit apporte la sainte ampoule contenant le saint chrême qui servira par la suite à l'onction des rois de France. Grandes Chroniques de France de Charles V. Paris, XIVe siècle. Bibliothèque nationale de France.

L'extension du royaume vers le sud


Avec l'appui de l'empereur romain d'
Orient Anastase, très inquiet des visées expansionnistes des Goths, Clovis s'attaque ensuite aux Wisigoths qui dominent alors la majeure partie de la péninsule ibérique et le sud-ouest de la Gaule (la Septimanie ou « Marquisat de Gothie »), jusqu'à la Loire au nord et jusqu'aux Cévennes à l'est.

Au printemps 507, les Francs lancent leur offensive vers le sud, franchissant la Loire versTours, pendant que les alliés burgondes attaquent à l'est. Les Francs affrontent l'armée du roiAlaric II dans une plaine proche de Poitiers. La bataille dite, de « Vouillé », est terrible selon l'historiographie, et les Wisigoths se replient après la mort de leur roi, Alaric II, tué par Clovis lui-même en combat singulier.

Cette victoire permet aux Francs d'annexer tous les territoires auparavant Wisigoths entre Loire, océan et Pyrénées. Depuis l'Italie, les Ostrogoths de Théodoric reprennent bien la Provence et quelques parties aux Burgondes, mais l'Empire menace leurs côtes, et Clovis garde l'essentiel des anciens territoires wisigoths.


Clovis tue Alaric II. Miniature du XVe siècle. Bibliothèque nationale de France, Paris.

Paris, la nouvelle capitale

Après Tournai et Soissons, Clovis choisit finalement comme capitale Paris, en 508. Il est notable que le pacte de la loi salique est lui aussi daté d'après 507 : peut-être sa promulgation coïncide-t-elle avec l'installation du roi à Paris. Paris est aussi la ville de sainte Geneviève, actrice majeure.

Ses raisons sont sans doute principalement stratégiques, la cité ayant été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire. En outre, un vaste et riche fisc l'entoure. Elle n'a qu'une importance symbolique : le royaume franc n'avait pas d'administration (ni d'ailleurs aucun des caractères qui fondent un état moderne), et les rois francs qui succèdent à Clovis n'attachent pas d'importance à la possession de la ville. Cependant, la ville de Lyon, ancienne « capitale des Gaules », perd définitivement sa suprématie politique dans l’isthme Ouest-européen.

Sous le règne de Clovis, en tous cas, et même durant l'ensemble de la période mérovingienne, la ville ne connaît pas de changements majeurs car son développement sera d’abord freiné par la multiplication des capitales issues des partages successifs du territoire de la Gaule : le patrimoine immobilier antique est conservé, parfois réaffecté. Seuls de nouveaux édifices religieux donnés par la famille royale et par l'aristocratie transforment quelque peu le paysage urbain. Mais c'est surtout après la mort de Clovis que les premiers de ces édifices virent le jour (cf. l'article sur Clotilde).


Copie manuscrite sur velin du VIIIe siècle de la loi salique. Paris, bibliothèque nationale de France.

Le concile d'Orléans

En 511, Clovis réunit un concile à Orléans, capital dans l'établissement des relations entre roi et Église catholique. Clovis ne se pose pas comme chef de l’Église comme le ferait un roi arien, il coopère avec celle-ci et n’intervient pas dans les décisions des évêques (même s'il les a convoqués, leur pose des questions, et promulgue les canons du concile).

Ce concile vise à remettre de l’ordre dans l’épiscopat du royaume franc, à faciliter la conversion et l’assimilation des Francs convertis et des ariens, à limiter les incestes (brisant ainsi la tradition germanique matriarcale des clans familiaux endogames), à partager les tâches entre administration et Église, à restaurer les liens avec la papauté.

L’alliance de l’Église chrétienne et du pouvoir, qui a débuté avec le baptême du roi et qui perdurera près de quatorze siècles, est un acte politique majeur qui se poursuit car les populations rurales, jusque là païennes, de plus en plus christianisées, lui font davantage confiance.

Les légendes autour de Clovis


Certaines légendes font descendre Clovis du roi troyen
Énée par l’intermédiaire dePharamond († 428), chef plus ou moins mythique.

Une autre légende affirme que lors de la bataille de Tolbiac, un songe lui aurait fait voir une croix tandis qu’une voix lui disait : « In hoc signo vinces » [« Sous ce signe, tu vaincras »], légende rapportée aussi à l’empereur Constantin lors de sa lutte contre Maxence.

Une autre légende, colportée par l'archevêque Hincmar de Reims (845 - 882) assure que lors de son baptême, c'est le Saint-Esprit qui, ayant pris la forme d'une colombe, apporta le saint chrême, une huile miraculeuse contenue dans une ampoule.

Une légende raconte que Clovis et ses descendants auraient eu leurs dents qui cassaient en prenant une forme étoilée. Le tableau « La légende de Saint Rieul », peint en 1645 par Fredeau, exposé à la Cathédrale Notre-Dame de Paris, laisse apercevoir une autre légende. Après que Clovis ait fait constuire une église consacrée à saint Rieul, l’évêque Levangius lui aurait remis une dent prise dans la bouche de saint Rieul. Le roi franc n’aurait pas pu la conserver et aurait été contraint de la remettre dans la sépulture du saint homme.


Sépulture et gisant de Clovis Ier à Saint-Denis

La sépulture royale

Clovis meurt à Paris le 27 novembre 511, âgé de 45 ans.

Selon la tradition, il aurait été inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres (saint Pierre et saint Paul), future église Sainte-Geneviève, qu'il avait fait construire sur le tombeau même de la sainte tutélaire de la cité, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis (rue qui sépare l'église Saint-Étienne-du-Mont du lycée Henri-IV).

En réalité, le monument qui accueillait les reliques de la sainte n'était pas achevé. Clovis fut plutôt inhumé, comme l'écrit Grégoire de Tours, dans le sacrarium de la basilique des Saints-Apôtres, c'est-à-dire dans un mausolée construit exprès à la manière de la sépulture qui avait accueilli l'empereur romain chrétien Constantin le Grand aux Saints-Apôtres à Constantinople(P. Périn).

Le partage du royaume en 511


À la mort de Clovis, ses fils
Clotaire, Clodomir, Thierry et Childebert, se partagent le royaume qu'il avait mis une vie à réunir, conformément à la tradition franque. L'essentiel de la Gaule est soumise, sauf la Provence, la Septimanie et le royaume des Burgondes.

Son royaume peut donc être découpé en quatre parts importantes, dont trois à peu près équivalentes. La quatrième, entre Rhin et Loire est attribuée à Thierry, l'aîné des fils de Clovis, né d'une union de type païenne avant 493. Elle est plus grande, puisqu'elle couvrait environ un tiers de la Gaule franque.

Le partage a lieu en présence des grands du royaume, de Thierry qui était déjà majeur et de la reine Clotilde, selon Grégoire de Tours. Il est établi selon le droit privé que Clovis avait fait inscrire dans la loi salique : en 511, c'est donc avant tout le partage d'un patrimoine, celui des héritiers d'un roi propriétaire de son royaume qu'on observe. On peut, à la lumière de cette remarque, comprendre que la royauté des Francs ignorait la notion de « biens publics » (la res publica des Romains) et donc d'État. La disparition de l'État, en effet, semble consommée à travers le partage du royaume de Clovis.


Le royaume franc au milieu Ve siècle, après le partage entre les fils de Clovis.


Cette pratique est très différente des partages également pratiqués par les derniers empereurs romains : légalement, l'Empire restait un, le partage avait lieu pour des raisons pratiques, les successeurs étaient choisis parfois en fonction de leurs mérites. Même quand il s'agissait des fils de l'empereur, l'empire n'était pas découpé en autant de parts qu'il y avait de fils, et jamais l'empire n'a été séparé de la notion d'État par les Romains.

Cependant, fait notable, les quatre capitales des nouveaux royaumes sont toutes situées au centre de l'ensemble, relativement proches les unes des autres et dans l'ancien royaume de Syagrius : à partir de ce moment : « on voit apparaître un contraste frappant entre de fortes tendances à la dispersion et la force immanente d'une unité d'ordre supérieur : l'idée d'un royaume des Francs unifié restait ancrée dans les esprits ».


Partage du royaume franc entre les quatre fils de Clovis. Grandes Chroniques de France de Charles V. Paris, XIVe siècle. Bibliothèque nationale de France.

De « Clovis » à « Louis »

« Clovis » correspond à la francisation tardive de « Clodweg », qui est probablement issu d'une déformation germanique du « Claudius » latin.

L'appellation « Clovis », postérieure au roi franc, dérive successivement vers « Hlodovic » et « Lodoys » puis « Clodovic », et « Clouis », dont est né le prénom « Louis » porté par dix-sept rois de France.

On notera au passage que le « Claudius » latin conduit aussi bien au « Louis » français qu'au « Ludwig » germanique (Clodweg, Cludwig).

Clovis parlait une langue germanique qui ne serait autre que le Platt encore parlé dans le nord du département français de la Moselle et dans le Land allemand de Sarre.

source Wikipédia

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