CHARLES QUINT (2).
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Le conflit avec la France
Les affrontements avec François I er
La compétition avec François Ier marque l'essentiel de l'histoire impériale de Charles Quint. Le roi de France veut poursuivre l'action initiée par ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII dans la péninsule italienne. De son côté, Charles Quint n'aura de cesse de récupérer le duché de Bourgogne sur lequel il estime - à tort puisque ce duché avait été donné en apanage - avoir des droits par sa grand-mère Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. Bourgogne et Italie sont les principaux théâtres où s'affrontent les deux rivaux, sans qu'aucun des deux ne finisse par réaliser ses ambitions.
Le premier heurt se produit en Royaume de Navarre. Ce royaume, dont une partie est située au nord des Pyrénées - les provinces d'outre-monts ou Basse-Navarre à partir de 1512 -, est sous contrôle espagnol depuis sa conquête par Ferdinand d'Aragon en 1512.
La Maison d'Albret, qui bénéficie de l'appui du roi de France François Ier, tente une reconquête en 1521. Les Franco-Navarrais profitent d'une démilitarisation partielle du royaume due à la Guerre des Communautés de Castille et s'appuie sur le soulèvement du peuple Navarrais pour prendre la capitale, Pampelune. Le rapide ressaisissement de l'armée Espagnole et les erreurs stratégiques du général Français André de Foix ne permettent pas de consolider la victoire et les troupes de Charles Quint remportent la victoire à Noain sur une armée largement inférieure en effectifs. Après divers sièges et batailles, un accord diplomatique est signé : Charles Quint conserve la Haute-Navarre mais restitue la Basse-Navarre à la Maison d'Albret.
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Bronze de Leoni Leone (Louvre)
Pendant cette même année 1521, Charles Quint prend l'initiative et ouvre deux nouveaux fronts. Poursuivant son objectif Bourguignon, l'empereur envoie Franz von Sickingen et le comte Philippe Ier de Nassau vers le nord de la France ; ces derniers obligent Bayard à s'enfermer dans Mézières assiégée. Bayard défend la ville sans capituler malgré les canonnades et les assauts; le maréchal de La Palisse, arrivé en refort, oblige Nassau à lever le siège. En Italie, Charles Quint forme une coalition avec Henri VIII d'Angleterre et les États pontificaux pour contrer l'alliance de la France et de la république de Venise. L'armée franco-vénitienne est battue lors de la bataille de la Bicoque ; Charles Quint et ses alliés reprennent le Duché de Milan. L'armée impériale entre en Provence mais échoue au siège de Marseille. François Ier prend la tête d'une contre-attaque mais est sévèrement battu à Pavie en 1525 et devient prisonnier de l'empereur. Charles Quint garde le roi de France prisonnier à Madrid pendant plus d'un an, jusqu'à la conclusion du traité de Madrid .
François Ier et Charles Quint entrent dans Paris (1540)
Aux termes de ce traité, François Ier doit, entre autres, céder le duché de Bourgogne et le Charolais, renoncer à toute revendication sur l'Italie, les Flandres et l'Artois, et épouser Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles. François est libéré contre l'emprisonnement pendant quatre années de ses deux fils aînés, le dauphin François de France et Henri de France (futur Henri II).
Charles Quint ne tire pas grand profit de ce traité, que le roi de France avait d'ailleurs jugé bon de déclarer inexécutable la veille de sa signature. Le 8 juin, les États de Bourgogne déclarent solennellement que la province entend rester française.
En 1526, une nouvelle ligue, scellée à Cognac se constitue, cette fois-ci contre Charles Quint, alors en pleine lune de miel (il vient d'épouser la très belle Isabelle de Portugal). La ligue de Cognac rassemble la France, l'Angleterre, le pape et les principautés italiennes (Milan, Venise et Florence). Les armées de la ligue entrent en Italie et se heurtent à une faible résistance des troupes impériales, mal payées et affaiblies par les maladies. Le siège est mis devant Naples mais Rome, la Ville Sainte, est saccagée par les soudards de l'armée impériale commandée par Charles de Bourbon contraignant Charles, catastrophé, à interrompre les festivités célébrant la naissance de son fils le futur Philippe II d'Espagne.
Cependant, le siège de Naples est un échec et les troupes de la Ligue, affaiblies à leur tour par la malaria et surtout le renversement d'alliance d'Andrea Doria, doivent se retirer du royaume de Naples. Les circonstances semblent rééquilibrer les forces de Charles Quint et François Ier et les amènent à laisser Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, et Louise de Savoie, mère du roi de France, négocier un traité qui amende celui de Madrid : le 3 août 1529, à Cambrai, est signé la Paix des Dames, qui sera ratifiée par les deux souverains. François Ier épouse Éléonore d'Autriche, veuve du roi du Portugal, sœur de Charles Quint, recouvre ses enfants moyennant une rançon de 2 000 000 écus et garde la Bourgogne ; en revanche, il renonce à l'Artois, à la Flandre et à ses vues sur l'Italie.
En 1535, à la mort du duc de Milan François II Sforza, François Ier revendique l'héritage du duché. Au début de 1536, 40 000 soldats français envahissent le duché de Savoie, allié de Charles Quint, et s'arrêtent à la frontière Lombarde, dans l'attente d'une éventuelle solution négociée. En juin, Charles Quint riposte et envahit la Provence mais se heurte à la défense du connétable Anne de Montmorency. Grâce à l'intercession du pape Paul III, élu en 1534 et partisan d'une réconciliation entre les deux souverains, le roi et l'empereur signent en 1538 à Nice une trêve de deux ans et promettent de s'unir face au "danger protestant". En signe de bonne volonté, François Ier autorise même le libre passage des troupes de l'empereur à travers la France afin que celui-ci puisse mater une insurrection de sa ville natale, Gand.
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François Ier et Charles Quint se réconcilient sous l'impulsion du pape Paul III. Peinture de Sebastiano Ricci, 1687 .
Charles Quint ayant refusé, malgré ses engagements, l'investiture du duché de Milan à un des fils du roi, une nouvelle guerre éclate en 1542. Le 11 avril 1544, François de Bourbon-Condé, comte d'Enghien, à la tête des troupes françaises, défait le marquis Alfonso de Avalos, lieutenant général des armées impériales à la bataille de Cérisoles. Cependant, l'armée de Charles Quint, avec plus de 40 000 hommes et 62 pièces d'artillerie, traverse la Lorraine, les Trois-Évêchés et envahit la Champagne. Mi-juillet, une partie des troupes assiège la place forte de Saint-Dizier, tandis que le gros de l'armée poursuit sa marche vers Paris. De graves problèmes financiers empêchent l'empereur de solder ses troupes, où se multiplient les désertions. De son côté, François Ier doit également faire face au manque de ressources financières ainsi qu'à la pression des Anglais qui assiègent et prennent Boulogne-sur-Mer. Les deux souverains, utilisant les bons offices du duc François Ier de Lorraine, finissent par consentir à une paix définitive en 1544. Le traité de Crépy-en-Laonnois reprend l'essentiel de la trêve signée en 1538. La France perd sa suzeraineté sur la Flandre et l'Artois et renonce à ses prétentions sur le Milanais et sur Naples, mais conserve temporairement la Savoie et le Piémont. Charles Quint abandonne la Bourgogne et ses dépendances et donne une de ses filles en mariage, dotée du Milanais en apanage, à Charles, duc d'Orléans et deuxième fils du roi.
Les affrontements avec Henri II
Les relations avec Henri II s'inscrivent dans la continuité de celles avec le prédécesseur de ce dernier.
Dès 1551, Henri II écoute les prince réformés d'Allemagne, qu'il avait bien connus lorsqu'il était dauphin. En janvier 1552, il reçoit à Chambord le margrave Albert de Brandebourg qui lui suggère d'occuper Cambrai, Verdun, Toul et Metz (ces trois dernières villes constituant les Trois-Évêchés), cités d'empire de langue française et bénéficiant traditionnellement d'une certaine autonomie. Henri II y prendrait le titre de Vicaire d'Empire. Le traité de Chambord est signé le 15 janvier 1552, scellant l'alliance d'Henri II avec les princes réformés contre Charles Quint.
En mars 1552, l'armée française est massée à Joinville sous le commandement du connétable de Montmorency et du duc de Guise. Cambrai, Verdun et Toul ouvrent leurs portes sans opposer de résistance; le 18 avril 1552, Henri II entre dans Metz.
Six mois plus tard, en octobre 1552, sur ordre de Charles Quint, le duc d'Albe met le siège devant Metz, où reste une faible garnison sous les ordre de François de Guise. Le siège dure 4 mois et, malgré le déploiement d'importantes forces impériales (35 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 150 canons), reste voué à l'échec, et l'armée de Charles Quint finit par lever le siège en janvier 1553.
Toujours en 1552, en Italie, la ville de Sienne chasse sa garnison espagnole (26 juillet) et demande l’intervention française. Henri II en profite pour ouvrir un nouveau front. Défendue par Monluc, la ville capitule finalement le 17 avril 1555. Charles Quint cède Sienne à Florence mais conserve les présides toscans de Piombino (Italie) et Ortobello.
Charles Quint et la Réforme
Le règne de Charles Quint correspond à la naissance en Allemagne du luthéranisme. Sacré par le pape, l'empereur ne peut se soustraire à l'obligation de défense de la foi catholique et une diminution de l'intensité du conflit avec François Ier lui permet de s'attacher à cette mission.
L'année même de son sacre, Charles Quint convoque la Diète d'Augsbourg. Cette diète est convoquée par l’empereur pour poser la question de la soumission des princes du Saint-Empire convertis à la Réforme luthérienne. La réunion tourne à son désavantage, les princes du Nord réformistes se coalisant sous l'autorité de Philippe de Hesse et de l'électeur Jean Frédéric de Saxe.
Le 25 juin les protestants présentent au souverain la Confession d'Augsbourg, texte fondateur du luthéranisme rédigée par Philippe Melanchthon (qui remplace Luther, alors au ban de l’Empire et ne pouvant être présent à la diète) et Camerarius, qui sera rejetée par les théologiens catholiques. Malgré quelques modifications conciliatrices apportées par le prudent disciple Melanchthon au texte original de Luther, Charles Quint la fait proscrire par la diète, où les députés catholiques se trouvent en majorité.
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Présentation à Charles Quint de la confession d'Augsbourg (1530)
Le 20 septembre, Luther conseille aux princes protestants de se préparer à la guerre plutôt que d'accepter de transiger avec l'Église catholique, ce qui aboutit début 1531 à la formation de la Ligue de Smalkalde menée par Philippe de Hesse. La diète se termine le 19 novembre avec le recès d’Augsbourg qui confirme l'édit de Worms : il ordonne aux princes coalisés de se soumettre avant le 15 avril 1531, de rétablir dans leurs États la juridiction épiscopale et de restituer les biens de l'Église.
Conscient de la nécessité de réformer l'Église et résoudre le problème protestant, le pape Paul III convoque le concile de Trente, dont les travaux démarrent le 5 décembre 1545. Les protestants ne reconnaissent pas le concile et l'empereur déclenche les hostilités en juin 1546, avec une armée équipée par le pape et commandée par Octave Farnèse, futur duc de Parme, une armée autrichienne sous les ordres de son frère Ferdinand de Habsbourg et une armée de soldats des Pays-bas sous les ordres du comte de Buren.
Grâce à l'appui du prince-électeur Maurice de Saxe, Charles Quint remporte sur Jean Frédéric de Saxe la bataille de Mühlberg en 1547, emprisonne Philippe de Hesse et obtient la soumission des princes rebelles. En 1551, le même Maurice de Saxe réalise un renversement d'alliance pour délivrer le landgrave de Hesse-Cassel retenu prisonnier par Charles-Quint. Ce dernier est contraint à traiter et à accorder, par la Paix de Passau (1552), une amnistie générale et le libre exercice du culte réformé. Le 3 octobre 1555, est signée la paix d'Augsbourg qui reconnaît le protestantisme dans tout l'Empire selon la règle cujus regio, ejus religio (la religion du prince est la religion du pays).

Charles Quint à la bataille de Muehlberg, par Titien
Charles Quint en Méditerranée
L'empire de Charles Quint a le désavantage d'être dispersé et donc vulnérable aux attaques turques et des pirates comme Barberousse. L'un des principaux points de contrôle disputés est Tunis et plus généralement les villes d'Afrique du nord. En 1534, Barberousse renverse le bey Mulay Muhammad de Tunis. Tunis est un point stratégique de contrôle de la Méditerranée par rapport à la Sicile et au royaume de Naples et un point de passage vers le Levant. Mulay Hassan demande à l'empereur Charles Quint d'équiper une flotte pour faire une expédition contre Tunis, non seulement pour le rétablir sur le trône, mais aussi pour freiner la piraterie sur les côtes de Sicile et d’Italie. Il arme une flotte de 62 galères et de 150 autres navires qui partent de Barcelone le 29 mars. Les troupes impériale et les troupes espagnoles, commandées par le Génois Andrea Doria, avec l'appui de chevaliers de Malte, arrive à proximité de Carthage et de Tunis. Tunis est prise 21 juillet 1535 . Mulay Hassan est remis sur son trône, 20 000 chrétiens esclaves sont libérés. Mulay Hassan devient un vassal de l'Espagne et accepte la fin à l'esclavage et la tolérance religieuse. Cette expédition est plus connue sous le nom d'expédition de Tunis.
Abdication de Charles Quint
Le 25 octobre 1555, affaibli par la vieillesse et les maladies, aigri par les revers, Charles Quint abdique solennellement, dans la grande salle du palais du Coudenberg à Bruxelles de sa souveraineté sur ses possessions non-autrichiennes. Le duché de Bourgogne-Franche Comté et les Pays-Bas sont transmis à son fils Philippe.
Quelques mois plus tard, le 16 janvier 1556, il lui transmet également son héritage espagnol, tandis que les possessions autrichiennes et la dignité d'empereur romain germanique, après élection (24 mars 1558), reviennent à son frère cadet Ferdinand Ier de Habsbourg.
Souffrant d'une goutte particulièrement invalidante[2] et très marqué par la disparition en 1555 de sa mère Jeanne Ire d'Espagne dite Jeanne la Folle (malgré leur absence de proximité affective), il se retire en 1556 dans son palais-monastère résidentiel de Yuste où il meurt deux ans plus tard, à l'âge de 58 ans, de la malaria (maladie endémique dans la région jusqu'en 1960). Il repose au Panthéon des Rois d'Espagne à 40 km de Madrid sur le site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial construit par son fils Philippe II d'Espagne pour lui et tous ses descendants.
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Le monastère de Yuste
Mariage et descendance
Le 10 août 1501 est signé, à Lyon, un contrat de mariage entre Charles et la princesse Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne.
Mais il se marie le 11 mars 1526 avec sa cousine l'infante Isabelle de Portugal (1503-1539), sœur du roi Jean III de Portugal, lui-même marié peu de temps auparavant avec Catherine d'Autriche, sœur cadette de Charles Quint, pour conforter son alliance avec l'Espagne et le Saint Empire romain germanique. De cette union naissent :
- Philippe (1527-1598) qui épousera en 1543 sa cousine, Marie de Portugal (1527-1545), puis en 1554, sa cousine , la reine Marie Ière d'Angleterre (1516-1558), puis en 1559, Elisabeth de France (1545-1568), puis en 1570 sa nièce, Anne d'Autriche (1549-1580)
- Marie (1528-1603) qui épousera en 1548 son cousin Maximilien II d’Autriche (1527-1576)
- Ferdinand (1529-1530)
- Jeanne (1537-1573) qui épousera en 1553 son cousin Jean-Manuel prince héritier de Portugal (1537-1554)
- Jean (1539-1539)
On lui connaît également des enfants illégitimes mais tous sont nés avant son mariage et pendant son veuvage :
- Isabelle de Castille (1518-?), fille de Germaine de Foix
- Marguerite de Parme (1522-1586), fille de Jeanne Van der Gheest
- Jeanne d'Autriche (1522-1530)
- Taddée d'Autriche (1523-1562), fille d'Orsolina della Penna
- Don Juan d'Autriche (1547-1578), fils de Barbara Blomberg
Fratrie
- Eléonore (1498-1558) épouse en 1519 Manuel Ier de Portugal (1469-1521) puis en 1530 François Ier de France (1494-1547)
- Charles (1500-1558)
- Isabelle (1501-1526) épouse en 1515 Christian II de Danemark (1481-1559)
- Ferdinand (1503-1564) épouse en 1521 Anne de Bohême et de Hongrie (1503-1547)
- Marie (1505-1558) épouse en 1521 Louis II de Hongrie (1505-1526)
- Catherine (1507-1578) épouse en 1525 Jean III de Portugal
Les enfants de Philippe "le Beau" et de Jeanne "la folle"
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