François Bayrou (2 & fin).
Il annonce officiellement le 7 décembre 2011 sa candidature à l'élection présidentielle de 2012, déclarant se présenter en « homme libre »42. Le lendemain, sur le plateau de Des paroles et des actes sur France 2, il déclare : « Je serai le candidat des jeunes, des chômeurs, des smicards et de tous les oubliés de la société »43.
Fin de l'année 2011 et début 2012, plusieurs anciens ministres chiraquiens et personnalités de centre-droit se rallient à lui, comme les anciens UDF Jean Arthuis, Alain Lambert, Anne-Marie Idrac, Bernard Bosson, Pierre Albertini ou Philippe Douste-Blazy. François Bayrou reçoit également le soutien d'une vingtaine de sénateurs divers droite et de plusieurs parlementaires villepinistes au tournant de l'année 2012, tel Yves Pozzo di Borgo. L'ex-responsable de la campagne web de Nicolas Sarkozy en 2007 membre du Parti Libéral, Arnaud Dassier, annonce également son soutien44. Le 11 avril 2012, il reçoit en outre le soutien d'une quarantaine de personnalités gaullistes et villepinistes45.
Il met l'accent sur ce qu'il appelle « produire en France et consommer français », la réduction de la dette par le contrôle des dépenses, l'éducation en voulant faire un effort particulier sur les « fondamentaux » au primaire (lire, écrire, compter, défendant notamment l'usage du calcul mental) et de nouveau la réforme des institutions, promettant l'organisation d'un référendum sur la question en même temps que le premier tour des élections législatives de juin 2012.
Après une entrée en campagne lors de laquelle le candidat voit un doublement des intentions de vote en sa faveur, François Bayrou retrouve le 4 mars 2012 dans un sondage sa troisième place de 2007, à égalité avec Marine Le Pen à 15%46, avant de voir progressivement refluer les intentions de vote en sa faveur.
Totalisant 9,13 % des voix (3 275 122 voix) au premier tour47, François Bayrou termine cinquième de cette élection présidentielle derrière Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, un score bien inférieur à celui de 2007 (18,57 %) mais au dessus de celui de 2002 (6,84 %).
Après son élimination, François Bayrou écrit une lettre publique aux deux candidats du second tour, Nicolas Sarkozy et François Hollande, les interrogeant sur leurs programmes48 afin d'éventuellement se prononcer pour un soutien ou une prise de position pour le deuxième tour. Le 3 mai 2012, il annonce qu'il votera personnellement pour François Hollande sans donner toutefois de consigne de vote à ses électeurs49.
Candidat à sa réélection aux législatives de juin 2012 dans la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou arrive en deuxième position au premier tour avec 23,63 % des suffrages exprimés. Dans une triangulaire qui l'oppose à la candidate socialiste Nathalie Chabanne (34,90 % au premier tour) et au candidat de l'UMP Éric Saubatte (21,72 % au premier tour), il n'obtient que 30,17 % des suffrages exprimés contre 42,78 % à Nathalie Chabanne, élue, et 27,04 % pour Éric Saubatte50,51.
Prises de position
François Bayrou et le MoDem s'inscrivent dans la tradition europhile du centre français. L'Europe a donc une place centrale dans son projet politique : « L’Europe est la clé de la liberté de choix : elle permet d’écrire l’avenir »52.
« Sans Europe, sans union politique et sans démocratie, la marche du monde devient une fatalité sur laquelle les peuples de notre continent auront perdu le pouvoir de peser. Chaque fois qu’il s’agit de peser sur l’avenir du monde, on retrouve « le besoin d’Europe »52.
François Bayrou est député européen de 1999 à 2002. Il affirme, en décembre 2004, son opposition à l'entrée de la Turquie53 dans l'Union européenne et demande, en vain, un vote de l'Assemblée nationale sur cette question. Depuis, sa position a légèrement changé concernant cette question. Lors du meeting de Reims le 2 avril 2007, il affirme que des arguments importants pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne n'ont pas été pris en considération. Pour sa part, il maintient son opposition mais affirme : « il y avait des arguments pour [et] des gens qui avaient une autre vision de l'Europe que la sienne »54.
En 2005, il fait campagne en faveur du Traité établissant une Constitution pour l'Europe, que les électeurs français consultés par référendum rejettent le 29 mai 2005. Son programme pour la présidentielle de 2007 milite pour la ratification d’« un texte, simple, lisible, court, sans ambiguïté, qui donnera forme aux principes d’une Union européenne sortie de ses paralysies et de ses impasses »52 qui devrait, en France, être accepté par un nouveau référendum. Le 4 février 2008 il vote au congrès pour la loi constitutionnelle qui permettra la ratification du traité de Lisbonne modifiant le traité sur l'Union européenne55,56.
Dans son projet de modernisation du système politique français, il propose le renforcement du rôle du Parlement de façon à constituer un contre-pouvoir effectif face à l'exécutif. Il a déclaré à plusieurs reprises souhaiter le passage à une VIe République57.
Le 5 avril 2006, il estime que la crise du Contrat première embauche (CPE) s'est soldée par « un effondrement des institutions » et que « le moment est venu ».
François Bayrou, qui parle couramment béarnais, défend le « trésor » que constituent selon lui les cultures et identités régionales de France. Il appelle à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires58, que la France a signée en 1999.
Il s'est notamment prononcé pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, conformément au vœu des collectivités locales, ainsi que pour la « réunification de la Normandie » actuellement divisée en deux régions.
François Bayrou a souvent mis en cause l’objectivité des médias français appartenant à de grands groupes industriels, arguant de leur forte tendance à la bipolarisation de la vie politique française, autour de l’UMP et du PS. Il accuse ces médias d’une surexposition de ces partis et de leurs candidats voire de connivence avec certains de ces candidats ; il affirme que cette inclination s’exprime notamment dans le contenu des questions posées et dans celles qui justement ne le sont pas. Il propose à cet effet de rendre impossible la détention des groupes de médias par des groupes industriels et financiers dépendant des commandes de l’État.
D’autre part, la marionnette de François Bayrou dans l’émission télévisée satirique Les Guignols de l'info contribue également au façonnement de l’image publique et médiatique du politicien ; il y est présenté comme un grand enfant à la naïveté désarmante59. À l’instar de nombreux autres personnages politiques de premier plan (Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, etc.), il est aussi la cible de nombreux imitateurs de la scène francophone tels que Laurent Gerra60.
Invité dans une émission de variétés consacrée à Nicolas Canteloup, qui prête sa voix à la marionnette de François Bayrou aux Guignols de l’Info, le député béarnais a avoué que cette caricature l’avait dans un premier temps affligé au point de lui donner l’envie de renoncer à la politique61.
L'éducation, qu'il a connue en tant que professeur, et comme ministre de tutelle pendant 4 ans, est, selon lui, une de ses priorités : « Je le dis à chacune de mes interventions : l’éducation est ma priorité. Et la priorité à l’éducation, ça a une traduction claire : on garantit les moyens et dans un contrat, on définit les résultats à obtenir, ambitieux, chiffrés, vérifiables »62.
De fin 2005 à juin 2006, François Bayrou prend position contre la loi DADVSI. Puis en mai 2009, il vote contre la loi Hadopi63.
À propos de l'Afrique, il a déclaré : « Il n’y a qu’une politique juste et efficace de lutte contre l’immigration, que nous devrions imposer à la communauté internationale et à l’Europe : c’est de garantir aux Africains qu’ils peuvent vivre convenablement en Afrique, de leur travail, comme des hommes debout »64.
Le 14 février 2008, il signe, avec 16 autres personnalités politiques de tous bords, l'« Appel du 14 février » pour une vigilance républicaine, lancé par l'hebdomadaire Marianne65.
Le 4 septembre 2009, il déclare approuver les déclarations de son bras droit, Marielle de Sarnez, qui avait envisagé, quelques jours plus tôt, une alliance du MoDem avec le Parti socialiste66. Par la suite, François Bayrou s'exprime publiquement à plusieurs reprises durant l'été 2010 sur le sujet d'une alliance potentielle du MoDem avec le Parti socialiste, considérant que le PS a renoncé définitivement de dire la vérité aux Français, fustigeant un PS des illusions. Il indique même avoir compris cela précisément lors du revirement de Martine Aubry sur l'ouverture du PS au relèvement du seuil de l'âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans en 8 ans.[réf. nécessaire]
Sur cette même réforme des retraites, François Bayrou est favorable à un passage de 60 à 62 ans progressif, qu'il dit être raisonnable compte tenu de l'augmentation de l'espérance de vie67. Néanmoins, il n'a pas voté pour la réforme qu'il conditionnait à l'adoption d'un amendement qu'il a présenté à l'Assemblée nationale et auquel il n'a manqué que quelques voix pour être adopté : il proposait de maintenir le seuil de l'âge de départ sans décote à 65 ans au lieu des 67 ans proposés par le gouvernement, ce qui lui semble inacceptable, car cela fait payer les frais de cette réforme aux personnes ayant eu les carrières les plus hachées68. Son objectif est la mise en place comme en Italie, et comme défendu par la CFDT, d'un système de retraite par répartition mais individualisé, également appelé système de retraite par points, comme le système des retraites complémentaires mais étendu à la retraite de base, et unifié à terme entre les 35 systèmes existants, créant en particulier le problème des calculs pour les retraités polypensionnés69.
François Bayrou ne fait pas mystère de sa foi, ayant fréquenté par exemple la Communauté des Béatitudes70.
Détail des mandats et fonctions politiques
- 1979-1981 : chargé de mission au cabinet de Pierre Méhaignerie, ministre de l'Agriculture du troisième gouvernement Raymond Barre.
- 1981-1982 : chargé de mission au cabinet d'Alain Poher, président du Sénat.
- 1984-1986 : conseiller de Pierre Pflimlin, président du Parlement européen.
- 1986-1993 : président du Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme (GPLI)N 3.
- 1994 : président du CDS (qu'il transforme en Force démocrate).
- 1998-2007 : président de l'UDF (fondu dans le MoDem le 1er décembre 2007).
- Depuis le 2 décembre 2007 : président du MoDem (élu avec 96,8 % des votants)
- 14/03/1983 - 01/04/1993 : conseiller municipal de Pau
- depuis le 17/03/2008 : conseiller municipal de Pau
- 22/03/1982 - 27/03/1994 : conseiller général des Pyrénées-Atlantiques
- 30/03/1992 - 18/03/2001 : président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques71
- 19/03/2001 - 16/03/2008 : conseiller général des Pyrénées-Atlantiques
- 16/03/1986 - 14/05/1988 : député des Pyrénées-Atlantiques
- 23/06/1988 - 01/05/1993 : député de la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques
- 12/06/1997 - 21/12/1999 : député de la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques ; président du groupe UDF à l'Assemblée nationale (1997-1998)
- 19/06/2002 - 16/06/2012 : député de la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, réélu le 17 juin 2007 ; membre de la commission des lois
- 30 mars 1993 - 11 mai 1995 : ministre de l'Éducation nationale du gouvernement Balladur
- 18 mai - 7 novembre 1995 : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Insertion professionnelle du premier gouvernement Juppé
- 7 novembre 1995 - 4 juin 1997 : ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du second gouvernement Juppé
Bibliographie
- La Décennie des mal-appris, Flammarion, 1990 (ISBN 978-2-08-066472-3)
- Henri IV, le Roi libre, Flammarion, 1994 (ISBN 978-2-08-066821-9)
- Le Droit au sens, Flammarion, 1996 (ISBN 978-2-08-067204-9)
- Henri IV raconté par François Bayrou, Perrin jeunesse, 1998 (ISBN 978-2-262-01301-1)
- Ils portaient l'écharpe blanche : l'aventure des premiers réformés, des Guerres de religion à l'édit de Nantes, de la Révocation à la Révolution, Grasset, 1998 (ISBN 978-2-246-55981-8)
- Hors des sentiers battus : entretiens avec Sylvie Pierre-Brossolette (avec Sylvie Pierre-Brossolette), Hachette littératures, 1999 (ISBN 978-2-01-235258-2)
- Relève, Grasset, 2001, (ISBN 978-2-246-61821-8)
- Penser le changement (avec Luc Ferry), Atlantica, 2002
- Nadine-Josette Chaline, François Bayrou et Dominique Baudis, Jean Lecanuet. Témoignages de François Bayrou et Dominique Baudis, Beauchesne, 2003 (ISBN 978-2-7010-1405-0)
- Oui : Plaidoyer pour la Constitution européenne, Plon, 2005 (ISBN 978-2-259-20183-4)
- Au nom du Tiers-État, Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-01-237250-4)
- Projet d'Espoir, Plon, 2007 (ISBN 978-2-259-20162-9)
- Abus de pouvoir, Plon, 2009 (ISBN 978-2-259-20876-5)
- 2012 État d'urgence, Plon, 2011 (ISBN 978-2-259-21661-6)
- La France solidaire, Plon, 2012 (ISBN 978-2259218016)
- Violaine Gelly, François Bayrou : portrait, Bartillat, 1996 (ISBN 978-2-84100-048-7)
- Antoine Michelland et Philippe Séguy, François Bayrou : et si la Providence veut..., éditions du Rocher, 1996 (ISBN 978-2-268-02400-4)
- Violaine Gelly et Virginie Le Guay, Bartillat, François Bayrou : Un autre chemin, 2007 (ISBN 978-2-84100-407-2)
- Antoine Michelland et Philippe Séguy, François Bayrou : quand la Providence veut ..., Éd. du Rocher, 2007, (ISBN 978-2-268-06269-3)
- Jean Véronis, Estelle Véronis et Nicolas Voisin : François Bayrou : Confidences, Max Milo, 2007 (ISBN 978-2-35341-017-0)
- Imhotep, Petite histoire du Mouvement Démocrate et de François Bayrou, Ed du Manuscrit, 2009 (ISBN 9782304025880)
- Pierre Taribo, François Bayrou : La terre, les lettres et l'Elysée, Ed. du Moment, 2009 (ISBN 978-2-35417-048-6)
- Isabelle Dillmann, François Bayrou "Les politiques ont-ils une âme" p 73 à 86. Ed Albin Michel 2010 (ISBN 978-2-226-20615-2)
- Pierre Taribo, François Bayrou, le paysan qui rêvait d'être président, Éditions du Moment, 2012
- Rodolphe Geisler, Bayrou l'obstiné, Plon, 2012 (ISBN 978-2-259-21721-7)
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Michael Jackson (5 & fin).
Peu à l'aise sur sa vie privée devant les caméras, Michael Jackson a rarement accordé des entretiens télévisés220. Si on peut faire remonter sa première interview en 1979221, il a fallu attendre l'Oprah Winfrey Show en 1993 pour voir le roi de la pop faire une apparition télévisée lors d'une entrevue retransmise mondialement222,223. Parmi les entretiens on peut notamment citer :
- en 1979, interview avec Soul Beat221.
- en janvier 1980, interview par Sylvia Chase pour l'émission 20/20 de la chaîne ABC224.
- le 10 février 1993, lors du Oprah Winfrey Show, suivi en direct dans le monde entier. L'entretien se déroule au domicile du chanteur en Californie.
- en juin 1995, lors de l'émission Prime Time Live sur ABC, présentée par Diane Sawyer, en compagnie de sa femme de l'époque, Lisa-Marie Presley.
- à l'occasion des MTV vidéo Music Awards de 1995, Michael accepte une interview, dans laquelle interviennent les Boyz II Men, Shaquille O'Neal, R.Kelly, Janet Jackson...
- le 7 septembre 1997, Barbara Walters l'interviewe à Paris. Michael Jackson y évoque la mort de la Princesse Diana, les paparazzi et ses « excentricités ».
- le 3 février 2003 sur Granada Television, lors de l'émission Living With Michael Jackson, présentée par Martin Bashir, au cours de laquelle l'artiste parle de son enfance, de sa jeunesse et de sa vie privée.
- en février 2005, entretien avec Geraldo Rivera.
- le 28 mars 2005, interview avec le Révérend Jesse Jackson, lors de son émission Keep Hope Alive sur WGRB
- en octobre 2006, interview pour l'émission télévisée américaine Access Hollywood. Michael Jackson réside dans une maison à l'extérieur de Dublin et il enregistre, dans le studio de la maison, de nouvelles chansons avec Will.i.am.
La longue période d'absence - près de 14 ans - entre les deux premières interviews222 a incité la presse à scandale à faire naitre de nombreuses rumeurs sur la vie de l'artiste220. Celles-ci ont pris pour cible la vie excentrique du chanteur ainsi que son changement d'apparence physique, puis sa relation avec les enfants.
Le début de cette relation controversée trouve son origine à partir de 1986, lors de la publication d'une image ou l'on aperçoit Michael dans un caisson à oxygène : les rumeurs allaient alors bientôt prétendre que le chanteur dormait dans un tel caisson, afin de se préserver contre le vieillissement225.
En 1986, Michael recueille un chimpanzé du nom de Bubbles, le sauvant d'un laboratoire qui devait procéder à des expériences sur l'animal. Le singe disparait des médias à la fin des années 1990. On le croyait mort, mais en fait, en 2009, âgé de 26 ans, il coule une paisible retraite dans un zoo de Floride226.
Selon le journal britannique The Sun du 24 novembre 2008, Michael Jackson, ex-témoin de Jéhovah, se serait converti à l'islam, inspiré et encouragé par son frère Jermaine, lequel s'était déjà converti depuis plusieurs années. Michael Jackson aurait, toujours selon ce même journal, changé son nom en Mikael Jackson. S'il est vrai que la question a été relayée par de nombreux journaux et rumeurs, l'information n'a été ni confirmée ni infirmée par l'intéressé.
En 1987, une rumeur a couru selon laquelle Michael Jackson, qui a déclaré se sentir proche d'Elephant Man, aurait tenté d'acheter les restes de l'infirme. Cette rumeur n'a pas été confirmée227,228.
Suite à ces rumeurs, la presse lui attribue le surnom de « Wacko Jacko »229 (« Jacko le dingo »).
Plus il devient discret, plus les médias alimentent les rumeurs. Michael Jackson en jouera médiatiquement et s'en moquera – le single Leave Me Alone et son clip reprennent la plupart de ces rumeurs farfelues – mais elles l'affecteront profondément tout comme elles affecteront son image durablement, les vraies informations devenant difficilement discernables des rumeurs. Quant à celles sur sa vie privée, Michael Jackson a dénoncé à plusieurs reprises les tabloïds qui en sont à l'origine. On retrouve ce thème de manière récurrente et croissante au fil du temps dans certaines de ses chansons comme Wanna Be Startin' Somethin', Leave Me Alone (dénonciation des ragots des médias de 1989), Why You Wanna Trip On Me, Tabloïd Junkie, Privacy, ou encore Breaking News. Alors que dans les premières chansons, il se moque des médias, les titres les plus récents comme Privacy dégagent la souffrance dont est victime l'artiste.
Discographie
- 1979 : Off the Wall
- 1982 : Thriller
- 1987 : Bad
- 1991 : Dangerous
- 1995 : HIStory – Past, Present, and Future: Book 1
- 2001 : Invincible
- 1981 : One Day in Your Life
- 1984 : Farewell My Summer Love
- 1997 : Blood on the Dance Floor – HIStory in the Mix
- 2001 : Greatest Hits – HIStory Volume I
- 2003 : Number Ones
- 2004 : The Ultimate Collection
- 2005 : The Essential Michael Jackson
- 2008 : Thriller 25
- 2008 : King of Pop
- 2009 : The Collection
- 2009 : This Is It
- 2009 : The Remix Suite
Filmographie
| Année | Film | Rôle |
|---|---|---|
| 1978 | The Wiz | L'épouvantail |
| 1986 | Captain Eo | Le Capitaine Eo |
| 1988 | Moonwalker | Lui-même |
| 1996 | Ghosts | Le Maestro et le maire de la ville |
| 2002 | Men in Black 2 | L'agent M |
| 2004 | Miss Cast Away | L'agent MJ |
| 2009 | Michael Jackson's This Is It | Lui-même |
- 1992 : The Jacksons: An American Dream
- 1995 : Michael Jackson - HIStory
- 2003 : The One, réalisé par Ann Rim
- 2003 : Living with Michael Jackson, réalisé par Martin Bashir.
- 2003 : Michael Jackson's Private Home Movies
- 2004 : Michael Jackson : du rêve à la réalité, réalisé par Allan Moyle
- 2005 : Michael Jackson's Secret Childhood
- 2005 : Michael Jackson's Boys
- 2007 : Michael Jackson en quête de vérité, réalisé par Jacques Peretti
- 2008 : Un jour, un destin, de Paul Degenève et Laure Matthey
- 2009 : Dr. Prince & Mr. Jackson, réalisé par Philips Priestley
- 2009 : Michael Jackson's This Is It, film documentaire sorti le 28 octobre 2009, réalisé par Kenny Ortega, sur les répétitions des concerts This Is It230.
- 2011 : Believers, Who's Back ?, documentaire de 54 minutes réalisé par Frédéric Baillif.
La diffusion d’un documentaire sur la mort de Michael Jackson a été annulé par la chaîne Discovery, qui avait prévu de le diffuser le 13 janvier 2011 en Grande-Bretagne et dans plusieurs pays européens dont la France.
Autobiographies
- 1988 : Moonwalk
- 1992 : Dancing the Dream
- 2006 : My World, The Official Photobook, Vol. 1
Récompenses
Avec plus de 240 récompenses, Michael Jackson est l'homme le plus récompensé de l'histoire, la plupart étant dans le domaine musical17.
Il est selon le Livre Guinness des records « l'homme de spectacle le plus populaire de tous les temps »5.
Michael Jackson est l'une des rares stars à avoir deux étoiles, dans la même catégorie (musique), sur le Walk of Fame de Los Angeles : une avec les Jackson Five et une en tant qu'artiste solo231.
Produits dérivés
Michael Jackson a fait l'objet de plusieurs jeux vidéo :
- Moonwalker est un jeu d'arcade sur consoles Megadrive et Master System232. Le joueur y incarne Michael Jackson dans l'histoire adaptée du film homonyme. Le jeu est également sorti sur Windows, Amiga, Atari ST, Amstrad CPC et Commodore 64 dans une version totalement différente. Une autre version est sortie dans les salles d'arcade sur Sega System 16233 ; il s'agit ici d'un jeu d'action en vue isométrique.
- AS-1 (Virtual Ride Motion Theater System) sur borne d'arcade. Simulation spatiale de Sega, avec Michael Jackson en commandant.
- Space Channel 5 sur Dreamcast, PlayStation 2 et Gameboy Advance. Le personnage de Space Michael apparaît après la réussite des derniers niveaux du jeu. Il s'agit d'une modélisation de Michael Jackson, dans un costume argenté futuriste.
- Space Channel 5: Part 2 sur Dreamcast et PlayStation 2. Le personnage de Space Michael réapparait dans les derniers niveaux du jeu. Contrairement au premier volet, il faut cette fois-ci le secourir. Pendant cette partie du jeu, le joueur peut voir Space Michael danser, avec l'héroïne Ulala, une chorégraphie rappelant celles de Bad, Beat it et Thriller.
- Ready 2 Rumble Boxing: Round 2 est un jeu de boxe sur PlayStation 2 et Dreamcast avec Michael Jackson comme personnage caché.
- Grand Theft Auto: Vice City pour PlayStation 2, Windows, et Xbox contient deux chansons de Michael Jackson : Billie Jean et Wanna Be Startin' Somethin'.
- Guitar Hero : World Tour pour PlayStation 2, PlayStation 3, Wii et Xbox360 contient une chanson de Michael Jackson jouable : Beat It.
- Sony annonce en 2009 le lancement de Singstar Michael Jackson pour noël 2009.
- Michael Jackson : The Experience, un jeu vidéo signé UbiSoft. La sortie mondiale, sur les consoles Wii, PlayStation et Nintendo DS, est prévue le 25 novembre 2010 et le 31 mars 2011 pour une version PlayStation 3 (avec PS move, équivalent de la wiimote en beaucoup plus précis pour playstation) et Xbox 360 (grâce au Kinect, un nouvel accessoire de Microsoft permettant au joueur d'utiliser son corps à la place d'une mannette pour jouer). le joueur peut s’initier aux fameuses chorégraphies de Michael Jackson grâce à la reproduction en 3D des clips les plus célèbres du chanteur. Jusqu’à quatre personnes peuvent partager simultanément le jeu, et prendre la place de Jackson lui-même, d’un de ses partenaires, ou de la troupe entière, et confronter leurs talents de danseurs. La playlist est constituée de 27 titres, dont Beat It, Billie Jean, Heal the World, Bad et Thriller234.
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Bob Dylan (3).
Au début des années 1970, Dylan se consacre à sa vie de famille. Il sort un album très calme, New Morning, dominé par le piano. Il participe au concert pour le Bangladesh qu'organise George Harrison en août 1971 à New York et joue dans le western, Pat Garrett et Billy the Kid, dont il écrit la musique55. En grande partie instrumentale, cette bande originale contient le tube Knocking on Heaven’s Door. Ce n’est qu'en 1974, après un album avec The Band (Planet Waves), que Dylan décide de repartir en tournée.
Les concerts, dans de très grandes salles, sont énormes : Dylan est en grande forme, décidé à reconquérir ce titre de rock star auquel il avait lui-même renoncé quelques années plus tôt[réf. nécessaire]. Il chante de manière plus agressive que jamais, mâchant ses mots : il donne enfin l’impression d’être « vivant ». La tournée, illustrée par l'album live Before the Flood, est suivie par un disque, Blood on the Tracks, où Dylan conte son divorce avec sa femme Sara (clairement évoqué dans Desire)56. Les chansons explorent toutes les facettes de la détresse amoureuse : l’apitoiement sur soi-même, la colère, les rechutes amoureuses, etc. Tout cela dans un style poétique et avec un tout nouveau son, synthèse entre l’ancien et le nouveau : acoustique habillée de batteries, de basses et de claviers. Le disque remporte un grand succès, qui ne suffit pas à sortir Dylan de sa dépression, mais ne lui enlève pas non plus le sens de la répartie : à une journaliste qui lui confie son enthousiasme, il rétorque qu’il ne voit vraiment pas comment on peut aimer expérimenter des sentiments tels que ceux exprimés par Blood on the Tracks57.
À l'automne de l'année suivante, le chanteur réunit ses vieux amis, parmi lesquels la chanteuse folk Joan Baez et les guitaristes Roger McGuinn et Mick Ronson, et entame une tournée qui se veut épique et bohème, dans un esprit hippie déjà un peu dépassé à l’époque : la Rolling Thunder Revue58. La caravane, forte de dizaines de fêtards et de musiciens, fait escale dans de petites salles, joue avec des musiciens de bar recrutés sur place, et un film est tourné (Renaldo et Clara)59. Toutefois, durant la seconde moitié de la tournée, au printemps 1976, l'enthousiasme a laissé place à une lassitude qui transparaît sur Hard Rain, enregistré et paru en 1976. Il faut attendre près de 30 ans pour qu'un témoignage live des concerts de l'automne 1975 soit publié, dans le cadre des Bootleg Series60.
Entre les deux segments de la tournée, Dylan sort l'album Desire, résultat d'une collaboration avec le parolier Jacques Levy. Cette idée aboutit à des récits nimbés de mystère pleins de pyramides, de gangsters et de voyous, habillés par une orchestration très riche où le violon, tenu par Scarlet Rivera, musicienne rencontrée par hasard pendant la tournée, occupe une grande place. On y trouve également pour la première fois depuis plus de dix ans un chant de protestation : Hurricane, qui raconte le procès du boxeur Hurricane Carter emprisonné pour meurtre61, et que Dylan est alors résolu à faire libérer. L'année 1977 sera principalement consacré au montage de son film Renaldo & Clara qui sera mal compris par les critiques et le public. Après un premier montage d'une durée de quatre heures, Dylan le remonte, coupe, édite, pour aboutir à une version de 2h. Il entreprend une nouvelle tournée mondiale au Japon avec une série de concerts qui seront publiés sur un double album Live At Budokan réservé dans un premier temps exclusivement au marché japonais avant que Columbia ne décide de le sortir mondialement. Au retour de sa tournée et avant de repartir pour sa première tournée européenne depuis 1966 Dylan enregistre en une quinzaine de jours dans son propre studio Rundown Studios de Santa Monica un nouvel album Street Legal qui sera publié en juin 1978.
En 1979, Dylan se convertit au christianisme et se met à écrire sur sa relation avec Dieua 4. Si le premier disque de cette période, Slow Train Coming, avec notamment Mark Knopfler à la guitare, se révèle intéressant, les suivants sont plus décevants : les textes sont peu inspirés et semblent recopiés d'un livre de cantiques ; il habille sa musique de chœurs et de cuivres assourdissants dans Saved et Shot of Love. Peu appréciés par les critiques, ces albums contiennent toutefois quelques perles comme Every Grain of Sand. Un journaliste de Gala dira même que Slow Train Coming « est un petit bijou inspiré » et que « Saved et Shot of Love sont plus proches d’une extase habitée: litanies ecclésiastiques et textes liturgiques étouffés par les chœurs et des cuivres assourdissants. »62.
Le fait que Dylan se soit converti au christianisme l'a éloigné de plusieurs de ses disciples et ses collègues 63. Peu de temps avant son assassinat, John Lennon a enregistré Serve Yourself en réponse à la chanson Gotta Serve Somebody64. En 1981, quand la foi de Dylan fut dévoilée, Stephen Holden a écrit dans le New York Times que « ni l'âge (actuellement 40), ni sa conversion au christianisme très médiatisée n'ont modifié son tempérament essentiellement iconoclaste » 65.
En 1983, Dylan met fin à sa période chrétienne et enchaîne avec Infidels, dont les thèmes tournent autour du judaïsme. De son propre aveu19, le chanteur a perdu quelque chose de ce qui faisait son génie : les chansons ne viennent plus avec la même facilité qu’avant, et son enthousiasme est usé. La fin de la décennie le trouve associé avec le Grateful Dead pour une série de concerts66. Sur les conseils de Bono, chanteur de U2, il enregistre ensuite avec le producteur Daniel Lanois l'album, Oh Mercy67,68. D’autre part, en 1988, Dylan fit partie des Traveling Wilburys, regroupant, sous des pseudonymes, Dylan, George Harrison, Jeff Lynne, Tom Petty et Roy Orbison69. Le groupe se séparera en 1990 après deux albums.
Alors que sa maison de disques commence à éditer des coffrets regroupant ses archives, Dylan débute la décennie 1990 avec les albums Good as I Been to You et World Gone Wrong, entièrement composés de reprises de vieux titres folk et blues68. On peut donc penser, au vu de la qualité de ce qu'a composé Bob Dylan par la suite, qu'il s'agit pour lui d'un nouveau départ.
Dylan enchaîne depuis la fin des années 1980 les concerts sur les cinq continents. Ce « Never Ending Tour » (une appellation désapprouvée par Dylan) est l’occasion pour lui de revisiter ses standards en laissant la part belle à l’improvisation : son groupe change de morceaux tous les soirs, et ne rejoue quasiment jamais une chanson de la même façon d’un soir sur l’autre.
En 1997, Dylan s’associe à nouveau avec Daniel Lanois pour enregistrer Time Out of Mind, son premier album de compositions originales depuis sept ans. Peuplé de compositions habitées, Time Out of Mind est une chronique désespérée mais bien vivante de la vieillesse d’une vedette du rock. Dylan y pose un regard sans complaisance sur son âge, évitant au passage les clichés rock and roll.
En septembre 2001 sort Love and Theft. Très bluesy et jazzy, dépouillé et proche du son de ses concerts, ce nouvel album est nettement plus enthousiaste que ses prédécesseurs. Il est suivi en août 2006 de Modern Times, dont le titre fait référence au film de Charlie Chaplin. Il est généralement considéré comme le troisième volet d'une trilogie commencée avec Time Out of Mind, bien que Dylan lui-même considère que si trilogie il doit y avoir, elle s'ouvre plutôt sur Love and Theft. Produit par Dylan et enregistré dans des conditions quasi live avec le groupe qui l'accompagne sur scène, Modern Times retrouve les accents de jazz, de ragtime, de bluegrass et de rockabilly de Love and Theft, dans une ambiance plus feutrée et glamour, qui fait référence à la période d'or des années 1930 : celle des postes à galène, de Bing Crosby et de Louis Armstrong. Pour accompagner la sortie de cet album, Dylan a déclaré dans le magazine Rolling Stone que rien de ce qui avait été fait depuis les 20 dernières années n'avait grâce à ses yeux.
D’autre part, alors que Martin Scorsese lui consacre un film documentaire intitulé No Direction Home, Dylan finalise la rédaction de la première partie de ses mémoires, Chroniques, Volume 1. Ce volume apporte une vision personnelle sur des périodes mal connues de sa vie, comme ses débuts à New York, ou l’enregistrement de Oh Mercy en 1989. La parution régulière des Bootleg Series, enregistrements pirates jadis introuvables, désormais remasterisés et officiels, lève le voile sur des enregistrements légendaires disponibles pour la première fois. Le huitième volume de cette « série », Tell Tale Signs: Rare and Unreleased 1989-2006, est sorti en octobre 2008.
En octobre 2007 sort la compilation Dylan 07, ainsi que le remix inclus de Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine par le DJ Mark Ronson. En décembre de la même année, le film de Todd Haynes I'm Not There s'inspire « des nombreuses vies » et chansons de Bob Dylan, qui est interprété par six acteurs et une actrice.
Dylan obtient le prix Pulitzer de musique en avril 2008, « pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire », selon le jury70.
Fin avril 2009, Dylan sort un nouvel album, son trente-troisième : Together Through Life, issu d'une collaboration avec le parolier du Grateful Dead Robert Hunter. En octobre de la même année paraît Christmas in the Heart, un album de reprises de chants de Noël dont les bénéfices sont intégralement reversés à diverses œuvres caritatives.
Une tournée européenne est prévue fin 2011 avec Mark Knopfler, avec qui il avait enregistré Slow Train Coming.
En mars 2012, le musicien et chanteur David Hidalgo, du groupe de rock mexicain Los Lobos (qui avait déjà travaillé sur Together Through Life et Christmas in the Heart), annonce que Dylan travaille sur un nouvel album studio aux consonances mexicaines, dans les studios de Jackson Browne, à Los Angeles 71.
Analyses
« Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif. Comme si la civilisation avait pu évoluer à son gré, ou même au gré de sa fantaisie [...]. »
— Greil Marcus, La République Invisible
Riche d'une quarantaine d'albums, l'œuvre de Bob Dylan réunit la musique traditionnelle qui a accompagné l'édification des États-Unis et la modernité la plus avant-gardiste : l'Ouest profond et Greenwich Village. Il est l'un des artistes qui ont le plus révolutionné la musique populaire dans les années 1960 et 1970, contribuant à l'élever au rang d'un véritable art. Son influence déborde même du cadre de la musique, s’étendant à la littérature, au cinéma et même à la politique, puisqu’il fut, de manière plus ou moins involontaire, l’un des meneurs de la contreculture de cette époque.
Dès ses débuts en 1961, Dylan fait parler de lui dans les milieux folk américains en adoptant une manière de chanter très expressive, qui surprend encore parfois aujourd'hui, loin des standards de la « belle » chanson. Souvent accusé de « ne pas savoir » chanter, Dylan est en réalité l'un des artistes modernes à avoir le plus fait progresser l'usage de la voix, l’employant comme un véritable instrument de musique et recherchant davantage l'expressivité que la beauté classique. Il a considérablement expérimenté sur l'usage des dissonances, se faisant ainsi l’héritier direct des bluesmen des années 1930, tel Howlin' Wolf.
Musicalement, même si ses compositions restent le plus souvent relativement « classiques », il a contribué, au côté d'artistes comme Eric Clapton et The Rolling Stones, à faire entrer la musique traditionnelle américaine - blues, folk, country ... - dans l'ère moderne, comme le montrent les disques de sa « première époque rock », entre 1965 et 1966.
Mais le domaine dans lequel Dylan a eu une importance cruciale est celui des textes : dès son deuxième album (le premier étant presque entièrement composé de reprises, comme cela se pratiquait très couramment à l’époque), il a imposé une manière d’écrire des chansons totalement unique à son époque. Inspirés par la littérature, la poésie surréaliste, mais aussi les « folksongs » réalistes de la grande tradition américaine, ses textes dessinent un univers intérieur d’une richesse exceptionnelle. Dès le début, le thème principal de l’œuvre de Dylan est son expérience personnelle du monde, sa vision des choses, qu’elle soit réelle ou fantasmée. Le surréalisme qui imprègne profondément la plupart de ses textes, même les plus simples, atteindra son apogée en 1965 et 1966 lorsque Dylan délaissera le folk pour le rock 'n' roll.
Libéré de toutes les contraintes du format folk, une créativité exacerbée par l'usage de drogues, il écrit alors plusieurs chefs-d’œuvre qui en font un poète majeur du XXe siècle. Loin d’être incompréhensibles et absurdes, comme ils sont parfois considérés, les textes de cette époque ne cherchent pas à avoir un sens figé, mais à décrire des impressions et des sentiments au-delà des mots. Comme un tableau abstrait, ils peuvent acquérir un sens différent selon l’humeur de l’auditeur, tout en conservant une très forte identité. En cela, les mots de Dylan s’approchent de l’essence même de la musique, qui tire une partie de son pouvoir du fait qu’elle est le seul art à n’être aucunement figuratif, à une époque où la plupart des chansons populaires, et particulièrement les chansons rock, parlaient encore de (més)aventures sentimentales et de voitures. Elles ont considérablement influencé l’ensemble des artistes pop de l’époque, au-delà de l’univers du rock and roll et même de la musique, et ont changé de manière radicale la carrière d’artistes aussi talentueux que les Beatles.
Enfin, par ses textes, ses prises de position, mais aussi par son attitude envers son statut de vedette et de musicien, Dylan a joué un rôle très important sur l’évolution de la société dans la seconde moitié du XXe siècle. Adulé par le public folk et les milieux révolutionnaires de gauche du début des années 1960, il refusa d’assumer ce rôle, préférant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes (Don't follow leaders / Watch the parkin' meters)72, à penser par eux-mêmes et à renoncer aux messies, de quelque bord qu’ils soient.
En refusant de participer aux jeux de l'industrie de la musique, en changeant sans cesse d’orientation musicale, ce qui lui a régulièrement valu d’être accusé de « traîtrise » par ses anciens admirateurs, il a changé l’image du musicien populaire, faisant entrer la musique pop de plain-pied dans le monde des arts « sérieux ». Même ses errements artistiques, comme ses disques des années 1980, où il inventa le rock chrétien, étaient, semble-t-il, surtout une tentative d’en finir avec l’idolâtrie dont il était l’objet depuis les années 1960. Certes, la complexité de l’œuvre de Dylan l’a empêché d’être un très gros vendeur de disques, et donc de toucher un public aussi large que d’autres vedettes de la pop. Mais, en influençant de manière directe presque tous les artistes de son temps, il a considérablement pesé sur le devenir d’une musique qui a changé la vision du monde de millions de personnes.
Le 3 août 2002, le retour de Bob Dylan au festival de folk de Newport fut l’occasion de s’interroger sur la rupture présumée entre lui et son public en 1965. La forte conspuation perceptible sur les bandes n’est pas anecdotique : elle ponctuera en effet les tournées américaines et européennes qui suivront, dès lors que Dylan est rejoint par son groupe
Révélée quatre ans plus tôt à ce même festival, Joan Baez est la tête d’affiche de l'édition 1963 et y introduit Dylan (chemise militaire kaki et blue-jeans délavés), précédé par sa renommée grandissante de chanteur protestataire. Après son tour de chant, il rejoint sur scène Peter, Paul and Mary, Joan Baez, Pete Seeger et The Freedom Singers, et la fête s’achève en chœur sur We shall Overcome. Le dimanche soir, Baez, qui chante With God on our side l’invite à la rejoindre sur scène et le festival se conclut sur le triomphe de Dylan, alors en communion totale avec son public28.
En 1964, Dylan, par ses chansons, les concerts qu'il donne est une célébrité du monde folk73, tandis que les topical song, que composent des artistes tels que Phil Ochs, Tom Paxton ou Buffy Sainte-Marie sont très populaires28. Dylan, qui fait trois apparitions cette année, chante cependant des chansons plus personnelles de Another Side, à paraître, telles que All I Really Want to Do, It Ain't Me Babe et To Ramona, ainsi que Mr. Tambourine Man (Bringing It All Back Home). Ses premiers fans le ressentent comme une trahison : Irwin Silber, le rédacteur en chef du magazine folk Sing Out! rédigea ainsi en novembre 1964 « une lettre ouverte à Dylan » où il manifeste son inquiétude à propos du « détachement », du « potentiel d'auto-destruction » de Dylan et de ses nouvelles chansons « centrées sur lui-même, sentimentales et cyniques »74, tandis que Paul Wolfe, un auteur de Broadside, décrivit Dylan comme « un faussaire, un hypocrite et un manipulateur de son public »28.
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Madrid (1).
| Madrid | |||||||
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| Données générales | |||||||
| Statut | Municipio | ||||||
| Pays | | ||||||
| Communauté autonome | | ||||||
| Province | | ||||||
| Comarque | Aire métropolitaine de Madrid | ||||||
| District judic. | Madrid | ||||||
| Code postal | 28001-28080 | ||||||
| Gentilé | Madrileño/a, Matritense (es) Madrilène (fr) | ||||||
| Données géographiques | |||||||
| Latitude Longitude | |||||||
| Superficie | 607 km² | ||||||
| Altitude moy. | 667 m | ||||||
| Population (INE) - total : - densité : - année : | 3 213 271 hab. 5 293,69 hab./km² 2008 | ||||||
| Rivière(s) | Le Manzanares | ||||||
| Politique | |||||||
| Maire - nom | Alberto Ruiz-Gallardón | ||||||
| - parti | PP | ||||||
| - mandat | 2007-2011 | ||||||
| Budget - montant : - année : | 5 586 087 701 € 2008 | ||||||
| Site web | http://www.munimadrid.es/ | ||||||
| Culture | |||||||
| Saint patron | Isidore le Laboureur | ||||||
Madrid est la capitale de l'Espagne. Ville la plus vaste et la plus peuplée du pays, c'est aussi la capitale de la Communauté autonome de Madrid[1]. Elle abrite également le siège de l'Organisation mondiale du tourisme.
La ville a une population de 3 213 271 habitants (madrilènes) comprise dans une région urbaine de 6 271 638 habitants en 2008 d'après l'INE.
Géographie
Très proche du centre géographique de la péninsule Ibérique, à environ 50 km au sud de la Sierra de Guadarrama, la ville s'étend sur le plateau de la Meseta entre 600 et 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'altitude moyenne de la ville, 667 m, en fait la capitale la plus haute d'Europe.
La ville de Madrid possède un climat méditerranéen continental. On retrouve donc à Madrid des hivers relativement modérés, avec des gels fréquents et de la neige occasionnelle 0-4 °C et des étés très chauds avec en juillet et août des températures dépassant presque tous les jours les 30 °C.
La température moyenne à Madrid est de 14,4 °C, avec une température maximale enregistrée à 40 °C et une température minimale à -11 °C.
La ville de Madrid est sèche. Comme une grande partie de l'Espagne elle ne reçoit que peu de précipitations, entre 400 mm et 500 mm par an seulement. On compte 49 jours de pluie par an ce qui rend les sécheresses fréquentes. Les mois les plus pluvieux sont novembre et décembre avec 56 mm de hauteur de pluie. Août est le mois le plus sec avec seulement 10 mm de hauteur de pluie.
| mois | jan. | fév. | mar. | avr. | mai | jui. | jui. | aoû. | sep. | oct. | nov. | déc. | année |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Température minimale moyenne (°C) | 2,6 | 3,7 | 5,6 | 7,2 | 10,7 | 15,1 | 18,4 | 18,2 | 15 | 10,2 | 6 | 3,8 | 9,7 |
| Température maximale moyenne (°C) | 9,7 | 12 | 15,7 | 17,5 | 21,4 | 26,9 | 31,2 | 30,7 | 26 | 19 | 13,4 | 10,1 | 19,5 |
| Précipitations (mm) | 37 | 35 | 26 | 47 | 52 | 25 | 15 | 10 | 28 | 49 | 56 | 56 | 436 |
| Nombre de jours avec pluie | 9 | 9 | 7 | 11 | 12 | 7 | 3 | 3 | 5 | 9 | 9 | 11 |
Histoire
Fondée par l'émir cordouan Muhammad Ier vers la fin du IXe siècle, Madrid remplit le rôle d'une forteresse protégeant Tolède, l'antique capitale wisigoth. En 1047, le roi Ferdinand Ier de Castille entre dans Madrid, mais jugeant le lieu peu intéressant (seul le madroño (arbousier) y poussait, ce que rappellent les armoiries de Madrid), il l'échange contre un tribut au roi de Tolède.
Madrid appartiendra définitivement à la Castille quand Alphonse VI de Castille prendra la ville de Tolède en 1085. Mais en 1109, Madrid est détruite par le roi Almoravide Tesufin. Les Musulmans ne seront expulsés définitivement de la région qu'en 1132, après la victoire de Alphonse VII à Villarubia de los Ojos. La ville de Madrid va peu à peu étendre sa domination sur les communes environnantes comme celle de Ségovie.
En 1217, saint François d'Assise fonde le monastère de San Francisco à Madrid. Un an plus tard, en 1218, le monastère de Santo Domingo el Real est bâti à son tour. Rodrigo Rodriguez devient le premier maire de Madrid en 1219. La ville va continuer son développement : de nouveaux édifices religieux y furent construits et des sessions des Cortes s'y déroulèrent dès le début du XIVe siècle.
Au cours du XVe siècle, Madrid va poursuivre sa croissance sous les règnes de Jean II et d'Isabelle la Catholique. En 1479, Pedro Zapata fonde le monastère de Rejas et un abattoir municipal est construit en 1489. Les rues de Madrid commencent à être pavées en 1492 et la ville est organisée selon les critères d'urbanisation dictés par les Rois Catholiques.
En 1525, le roi François Ier de France est fait prisonnier lors de la bataille de Pavie par l'armée de Charles Quint. Il est emprisonné à Madrid durant un an dans la tour de los Lujanes. Un traité de paix est signé entre les deux puissances, et François Ier peut rentrer en France, laissant à Madrid ses deux fils en garantie, jusqu'à l'accomplissement des clauses dudit traité. En 1547, le prince Philippe fonde le couvent de San Felipe el Real sur l'emplacement de la Puerta del Sol. Le couvent augustin de San Felipe Neri et celui de la Trinidad Descalza seront fondés au même moment. Dix ans plus tard la princesse Jeanne, sœur du futur roi d'Espagne Philippe II, ordonne la fondation du couvent de religieuses franciscaines, las Descalzas Reales.
Mais face au mécontentement populaire, Madrid est de nouveau désignée comme capitale de l'Espagne le 4 mars 1606.
En 1605 est publié le premier tome de Don Quichotte de Miguel de Cervantes Saavedra, à l'imprimerie Juan de la Cuesta.
La Plaza Mayor de Madrid est inaugurée en 1616 ; trois ans plus tard s'y déroule la première corrida.
En 1632, le comte d'Olivares présente au roi Philippe IV les clés du Buen Retiro.
En 1701, Madrid voit arriver Philippe V, le premier roi de la dynastie des Bourbons, la famille régnante française qui imposa un de ses enfants sur le trône d'Espagne. Un an plus tard commençait la guerre de Succession d'Espagne, qui se termina par le traité d'Utrecht en 1713 et qui confirmera Philippe V sur le trône.
Le jour du réveillon de Noël en 1734, un incendie détruit l'Alcazar de Madrid, symbole de la dynastie des Habsbourg en Espagne. Le 7 avril 1738, la première pierre du nouveau Palais Royal est posée.
En 1766 débute la construction de la Casa de Correos (« maison de la Poste ») qui est l'actuel siège du gouvernement de la communauté autonome de Madrid. Le parc du Buen Retiro est ouvert au public l'année suivante. En 1785 va débuter la construction du musée du Prado. En 1790 commencent les travaux de remodélation de la Plaza Mayor, mais au mois d'août 1791 la place est incendiée.
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Friedrich Nietzsche (4).
L'impossibilité pour les castes soumises à une discipline sévère et pour les peuples soumis d'extérioriser librement leurs forces ne fait pas disparaître ces forces. Nous trouvons dans le second cas l'origine du ressentiment des valeurs morales. Nietzsche met ici au jour un phénomène "prémoral" qui consiste en le retournement des forces vers l'intérieur : intériorisation qui va permettre le développement de l'âme et l'approfondissement de la psyché humaine en une variété de types inconnus jusqu'alors.
Les pulsions naturelles de conquête, opprimées par des facteurs extérieurs (État, éducation, ...) se retournent contre l'individu opprimé, en lui-même, créant un malaise, dont l'origine lui reste inconnue, qu'il va rationaliser en termes de faute, mauvaise conscience et culpabilité.
Ce phénomène d'intériorisation est diversement interprété. Il reçoit en particulier une interprétation religieuse, et, dans le cas du ressentiment des faibles, l'intériorisation, qui est une cause de souffrances morales et physiques, va trouver dans le christianisme une interprétation en tant que péché.
Selon Nietzsche, en effet, l'inversion morale des valeurs par les faibles, ne suffit pas à expliquer la puissance avec laquelle elle s'est imposée dans l'histoire. Il y faut encore l'intervention du prêtre, dont nous avons vu qu'il s'oppose, dans une rivalité de castes, au guerrier (et au politique). L'invention du prêtre chrétien est la réinterprétation de la souffrance en tant que culpabilité de celui qui souffre : alors que la faute était rejetée sur le méchant, c'est maintenant pour ses propres fautes que le faible souffre.
L'interprétation religieuse de l'existence permet à Nietzsche de dégager deux attitudes fondamentales face à la souffrance, qu'il résume par la formule : Dionysos contre le Crucifié.
La première attitude consiste à percevoir la souffrance comme un stimulant pour la vie ; la tragédie grecque en est un exemple. La seconde attitude consiste à se replier sur soi, à réagir, en sorte que l'on ne puisse plus agir. De ce fait, l'interprétation de la souffrance est ainsi en même temps une évaluation de la réalité.
« L'invité le plus inquiétant se tient à notre porte. »[réf. nécessaire]
Selon Nietzsche, le rapport de l'homme au monde, tant en ce qui concerne la volonté (désirs, aspirations, espoirs) que l'entendement et la raison (métaphysique, connaissance) fut jusqu'ici essentiellement le résultat de jugements moraux nés du ressentiment d'impuissants qui disent "non" à la réalité et la vie, tout en se parant des plus hautes vertus de la morale. C'est cette idée qu'il exprime, dans le Crépuscule des idoles: « [...] il y eut des moralistes conséquents avec eux-mêmes: ils voulaient l'homme différent, à savoir vertueux, ils le voulaient à leur image, à savoir cagot; c'est pour cela qu'ils niaient le monde. »[réf. incomplète] Et, plus loin : «La morale, dans la mesure où elle condamne dans l'absolu, et non au regard de la vie, par égard pour la vie, ou en regard des intentions de la vie, est une erreur intrinsèque... »[réf. incomplète] La théologie assura la pérennité de cette détermination morale de l'existence, et la philosophie s'en fit l'auxiliaire. Nul philosophe, en effet, ne s'interrogea sur la valeur de la vérité ; cette valeur fut toujours pour ainsi dire donnée par définition, et il en fut de même pour le bien.
Que peuvent alors signifier de tels jugements ? Dans la mesure où ils se construisent en opposition à l'apparence, ils ne peuvent signifier que le néant : Dieu, l'être, le bien et tout pensée de l'en soi, de l'absolu, sont les symptômes d'une même volonté de vaincre le devenir, associé au néant, d'une volonté d'en finir qui, paradoxalement en apparence, se met à créer des valeurs. Ces valeurs, cependant, expriment la grande lassitude, l'épuisement de l'homme face au monde. Cela s'exprime de diverses manières dans le monde moderne : la guerre, l'ennui, le désœuvrement, la recherche d'excitations morbides ou de plus en plus violentes (alcool, érotisme), la recherche d'activités abrutissantes (travail), la vie au jour le jour et inconsistante de la vie publique intellectuelle (journalisme, opportunisme des universitaires rémunérés), les conflits psychiques (névrose, hystérie), etc.[réf. souhaitée]
C'est pourquoi, le nihilisme est selon Nietzsche l'événement majeur de l'Europe, il en est même le destin depuis Platon. Mais ce nihilisme éclate aujourd'hui[Quand ?][réf. souhaitée] : il exprimerait alors un tournant historique dans la hiérarchie des valeurs reçues jusqu'ici. Cet éclatement du nihilisme pourrait être résumé par la formule célèbre : « Dieu est mort. », car si Dieu est mort, la morale n'a plus de fondement, bien que l'ombre du dieu mort (son influence axiologique) agisse encore fortement sur des hommes même athées :
- « La question du nihilisme " à quoi bon ? " part de l'usage qui fut courant jusqu'ici, grâce auquel le but semblait fixé, donné, exigé du dehors - c'est-à-dire par une quelconque autorité supra-humaine. Lorsque l'on eut désappris de croire en celle-ci, on chercha, selon un ancien usage, une autre autorité qui sût parler un langage absolu et commander des fins et des tâches. L'autorité de la conscience est maintenant en première ligne un dédommagement pour l'autorité personnelle (plus la morale est émancipée de la théologie, plus elle devient impérieuse). Ou bien c'est l'autorité de la raison. Ou l'instinct social (le troupeau). Ou encore l'histoire avec son esprit immanent, qui possède son but en elle et à qui l'on peut s'abandonner. » (La Volonté de puissance, I, I, 3).
La critique de la métaphysique, en réfutant l'idée de la pensée d'un en soi, d'un être absolu, contribue à précipiter la crise nihiliste, en l'amenant à son point extrême où l'on ne peut esquiver de penser le problème hiérarchique des valeurs qui, privées de leur fondement, entrent en contradiction avec le monde dans lequel nous vivons : nos valeurs sont devenues insoutenables, et sources de contradictions psychiques.
Le nihilisme signifie alors que les anciennes valeurs sont dépréciées. Ainsi, la critique de la métaphysique révèle-t-elle le nihilisme des valeurs humaines. Mais Nietzsche distingue plusieurs types de nihilisme, selon la force ou la faiblesse qui l'inspire.
Tout d'abord, Nietzsche distingue deux types de nihilisme :
- « Le nihilisme, une condition normale. Nihilisme : le but fait défaut ; la réponse à la question "pourquoi ?" - Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieures se déprécient. Il peut être un signe de force, la vigueur de l'esprit peut s'être accrue au point que les fins que celui-ci voulut atteindre jusqu'à présent ("convictions", "articles de foi") paraissent impropres car une foi exprime généralement la nécessité de conditions d'existence, une soumission à l'autorité d'un ordre de choses qui fait prospérer et croître un être, lui fait acquérir de la force…) ; d'autre part le signe d'une force insuffisante à s'ériger un but, une raison d'être, une foi. Il atteint le maximum de sa force relative comme force violente de destruction : comme nihilisme actif. Son opposé pourrait être le nihilisme fatigué qui n'attaque plus : sa forme la plus célèbre est le bouddhisme, qui est un nihilisme passif, avec des signes de faiblesse ; l'activité de l'esprit peut être fatiguée, épuisée, en sorte que les fins et les valeurs préconisées jusqu'à présent paraissent impropres et ne trouvent plus créance, en sorte que la synthèse des valeurs et des fins (sur quoi repose toute culture solide) se décompose et que les différentes valeurs se font la guerre : une désagrégation… ; alors tout ce qui soulage, guérit, tranquillise, engourdit, vient au premier plan, sous des travestissements divers, religieux ou moraux, politiques ou esthétiques, etc. Le nihilisme représente un état pathologique intermédiaire (- pathologique est l'énorme généralisation, la conclusion qui n'aboutit à aucun sens -) : soit que les forces productrices ne soient pas encore assez solides, - soit que la décadence hésite encore et qu'elle n'ait pas encore inventé ses moyens. »78
Lorsque le nihilisme consiste à dévaluer le monde naturel au nom d'un monde suprasensible, Nietzsche parle d'un nihilisme des faibles : le monde ne devrait pas exister pour le faible qui n'est pas capable de maîtriser les choses, de mettre un sens dans le monde. Le monde est pour lui une souffrance : il se sent supérieur à lui, et, partant, étranger au devenir. Ce nihilisme s'exprime par exemple dans le pessimisme, mais, essentiellement, il est d'origine morale, car les valeurs morales entrent en conflit avec le monde que nous vivons. C'est un nihilisme inconséquent, car il devrait logiquement aboutir à la suppression de soi : si la morale et le monde se contredisent, il faut en effet soit détruire la morale ancienne (mais pas toute morale : Nietzsche est immoraliste et non a-moraliste), soit se détruire soi-même :
- « Voici venir la contradiction entre le monde que nous vénérons et le monde que nous vivons, que nous sommes. Il nous reste, soit à supprimer notre vénération, soit à nous supprimer nous-mêmes. Le second cas est le nihilisme. »78
En sens contraire, le nihilisme des forts est une sorte de mue : des valeurs sont abandonnées et d'autres sont adoptées. La volonté du fort n'est pas abattue par l'absurde, mais invente de nouvelles valeurs à sa mesure. Ainsi, le dépassement du nihilisme, à travers la pensée de l'éternel retour, est-il nommé transvaluation des valeurs. Ce nihilisme conduit alors au surhomme, qui est celui qui approuve entièrement le monde du devenir, son caractère changeant et incertain : on peut dire que le surhomme est ce monde, il le vit.
De ce second sens, il est possible d'extraire encore un autre sens, réservé à l'élite des esprits libres : le nihilisme de la pensée, la négation absolue de l'être, négation qui devient selon Nietzsche la manière la plus divine de penser. Selon cette pensée, il n'y a pas du tout de vérité ; nos pensées sont alors nécessairement fausses.
La définition la plus simple de la décadence donnée par Nietzsche est que l'on peut qualifier de décadent un être qui choisit ce qui le détruit en croyant choisir quelque chose qui accroîtrait sa puissance79. Mais la décadence est loin d'être un état définitif ; au contraire, selon Nietzsche, tout être, fort ou faible, a des périodes de décadences. La décadence est ainsi un phénomène naturel et n'est pas utilisé comme condamnation morale.
L'avènement du nihilisme, et la possible décadence des sociétés modernes, mettent en jeu l'avenir de l'Europe (et non des nations, encore moins des "races"), et impliquent de ce fait une réflexion approfondie sur la civilisation moderne, en particulier dans le domaine de la politique et de la législation, le but de Nietzsche étant de comprendre les moyens de rendre possible une nouvelle civilisation qui rompe avec les anciennes valeurs de l'Occident, ainsi qu'avec ses valeurs les plus douteuses, telles que les particularismes nationaux de l'époque.
Critique de la connaissance et de la métaphysique
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L'examen des évaluations morales va permettre à Nietzsche de soutenir que ces valeurs sont non seulement des évaluations d'ordre éthique, mais qu'elles s'étendent aussi à la métaphysique et en explique l'origine. La question fondamentale posée par Nietzsche est ici : que signifie la volonté de vérité ? Ou bien : nous voulons la vérité, mais pourquoi pas l'erreur ?
Puisque toute connaissance est une interprétation, tous les concepts qui lui sont relatifs doivent être eux aussi réinterprétés généalogiquement. La généalogie montre l'origine des valeurs morales du ressentiment qui se sert de certaines catégories métaphysiques, telles que la Vérité, le Bien, etc. Ainsi les facultés cognitives humaines semblent-elles déterminées par une évaluation de l'existence née de la haine, c'est-à-dire d'affects réactifs dont la motivation principale est la vengeance. Connaissance et métaphysique, domaines de la spiritualité humaine en apparence d'une grande pureté, seraient donc en réalité dépendantes d'une forte affectivité sans laquelle elles n'existeraient pas :
- « Vous appelez "volonté de vérité" ce qui vous pousse et vous rend ardents, vous les plus sages parmi les sages.
- Volonté d'imaginer l'être : c'est ainsi que j'appelle votre volonté !
- Vous voulez rendre imaginable tout ce qui est : car vous doutez avec une méfiance que ce soit déjà imaginable.
- Mais tout ce qui est, vous voulez le soumettre et le plier à votre volonté. Le rendre poli et soumis à l'esprit, comme le miroir et l'image de l'esprit.
- C'est là toute votre volonté, ô sages parmi les sages, c'est là votre volonté de puissance ; et aussi quand vous parlez du bien et du mal et des évaluations de valeurs. »80
La critique nietzschéenne de la métaphysique, en tant que psychologie des profondeurs ou généalogie (dévoilant l’origine de concepts tels que vérité, être), se présente comme un aboutissement, exposé en 1886. Nietzsche critique les contradictions internes de la métaphysique par un examen que l'on pourrait qualifier de positiviste, et qui s'appuie souvent sur des arguments sceptiques.
Dans le premier chapitre du premier tome de Humain, trop humain (en 1878), il rend compte de l'impossibilité de la métaphysique, dont on prend conscience pourvu que l'on veuille bien raisonner de manière rigoureuse, c'est-à-dire de manière sceptique81 : méthode qui est celle d'Ænésidème, de Hume et de Kant (malgré les violentes critiques de Nietzsche, la critique kantienne de la métaphysique est vue comme un problème de premier ordre).
- « Prenons un peu au sérieux le point de départ du scepticisme : à supposer qu'il n'existe pas de monde autre, métaphysique, et que, du seul monde connu de nous, toutes les explications empruntées à la métaphysique soient inutilisables pour nous, de quel œil verrions-nous les hommes et les choses ? »82
En ce qui concerne les sceptiques, Nietzsche dira, à la fin de sa vie consciente (cf. Antéchrist) :
- « Je mets à part quelques sceptiques - le seul type convenable dans toute l'histoire de la philosophie - : mais les autres ignorent les exigences élémentaires de la probité intellectuelle. »83
Cette critique montre que nous n'avons aucune connaissance de quoi que ce soit en dehors de ce que nous percevons, que ce que nous percevons n'est rien d'autre que devenir, et que cette perception est une perspective. Il résulte de cette thèse qu'il ne peut y avoir de vérité absolue pour nous :
- « […] ; il n'y a pas plus de données éternelles qu'il n'y a de vérités absolues. » 84
Cependant, dans Humain, trop humain, Nietzsche n'exclut pas qu'un monde métaphysique puisse exister ; conformément à la méthode sceptique, il admet également qu'un tel monde pourrait être prouvé :
- « Il est vrai qu'il pourrait y avoir un monde métaphysique ; la possibilité absolue n'en est guère contestable. »85
Néanmoins, il précisera plus tard cette dernière affirmation en la considérant sous l'angle de la preuve, en s'écartant cette fois de la pensée sceptique :
- « - il est absolument impossible de prouver aucune autre sorte de réalité. »86
Cela signifie notamment qu'il n'y a pas du tout de connaissance, mais seulement tentative d'interprétation du monde dans lequel nous vivons. Ce point est exprimé déjà dans Humain, trop humain et avec plus de force encore et de manière répétée dans Le Crépuscule des idoles :
- « Le « monde vrai », une idée qui ne sert plus à rien, qui n'engage même plus à rien - une idée inutile, superflue, par conséquent une idée réfutée : abolissons-la. »87
Nietzsche va passer à un autre plan, en affirmant non seulement que la preuve de l'existence ou la non-existence de ce monde nous est parfaitement indifférente (ce que les sceptiques avaient déjà reconnu), mais qu'il faut encore expliquer pourquoi, malgré cette démonstration rigoureuse connue depuis des millénaires, un autre monde a pu être pensé comme autre chose qu'une simple hypothèse hasardeuse et pourquoi on a voulu le voir vrai en tentant de le prouver.
Pour Nietzsche, il n'y a donc pas de vérité absolue ; or, dès lors qu'aucune vérité absolue n'est possible, on rejette du même coup le monolithisme de la métaphysique (cf. Le Crépuscule des idoles). Mais cette négation de la vérité ne signifie pas que Nietzsche n'admet aucun sens à ce concept ; au contraire, le rejet de l'absolu fait apparaître un grand nombre de significations qui se prête à l'analyse et révèle les différentes volontés qui s'investissent dans ce concept. Deux textes des années 1870, La passion de la vérité et Vérité et mensonge au sens extra-moral, montrent à quel point ces volontés sont diverses et le concept riche de sens.
La connaissance n'existant pas, il faut expliquer pourquoi il y a néanmoins une volonté de vérité. Selon Nietzsche, la vérité a en premier lieu un caractère social et pragmatique, qui se comprend à plusieurs niveaux :
- au niveau individuel, le mensonge est plus difficile que la véracité : il est plus utile de dire la vérité et de se conformer à l'hypocrisie générale ;
- « Les hommes fuient moins le mensonge que le préjudice causé par le mensonge. »88
- Comme ce sont certaines vérités qui sont retenues ; au bénéfice de la communauté.
- il est donc plus avantageux de suivre les vérités reçues dans certains milieux, par exemple :
- « Chez les philosophes aussi, autre espèce de saints, la logique de leur profession veut qu'ils ne laissent affleurer que certaines vérités : à savoir celles pour lesquelles leur profession a la sanction de la société. En termes kantiens, ce sont des vérités de la raison pratique. »89
- Nietzsche suppose que les catégories "ultimes" de notre pensée résultent d'une histoire sélective ; de ce fait, nous ne pouvons nous passer des concepts de la métaphysique :
- Est vrai ce qui n'a pas fait périr l'humanité.
La règle générale est qu'une institution ou une société génèrent un champ de croyances qui leur sont spécifiques (cf. Le Crépuscule des idoles). Plus l'autorité est forte, et moins elle tolère les démonstrations. Les mœurs, les lois, la police, assurent ainsi la pérennité d'une évaluation de la réalité. Toute connaissance qui sort de ce cadre est fausse, dangereuse, mauvaise. Mais il ne s'agit pas pour Nietzsche de condamner unilatéralement cette obstruction arbitraire de l'autorité et de la coutume à la raison car c'est l'arbitraire qui a permis à l'humanité de survivre.
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François Bayrou (1).
| François Bayrou | |
| | |
| Fonctions | |
|---|---|
| 1e président du Mouvement démocrate | |
| En fonction depuis le 2 décembre 2007 | |
| Prédécesseur | création du parti |
| Député de la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques | |
| 19 juin 2002 – 17 juin 2012 | |
| Élection | 16 juin 2002 |
| Réélection | 17 juin 2007 |
| Prédécesseur | Pierre Menjucq |
| Successeur | Nathalie Chabanne |
| 12 juin 1997 – 21 décembre 1999 | |
| Élection | 1er juin 1997 |
| Prédécesseur | Pierre Laguilhon |
| Successeur | Pierre Menjucq |
| 23 juin 1988 – 1er mai 1993 | |
| Élection | 12 juin 1988 |
| Réélection | 28 mars 1993 |
| Prédécesseur | création de la circonscription |
| Successeur | Pierre Laguilhon |
| Député européen | |
| 20 juillet 1999 – 16 juin 2002 | |
| Élection | 13 juin 1999 |
| Président de l'Union pour la démocratie française | |
| 17 septembre 1998 – 30 novembre 2007 | |
| Prédécesseur | François Léotard |
| Successeur | l'UDF est intégrée au MoDem |
| Ministre de l'Éducation nationaleN 1 | |
| 30 mars 1993 – 4 juin 1997 | |
| Président | François Mitterrand Jacques Chirac |
| Gouvernement | Édouard Balladur Alain Juppé I Alain Juppé II |
| Prédécesseur | Jack Lang |
| Successeur | Claude Allègre |
| Président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques | |
| 30 mars 1992 – 18 mars 2001 | |
| Prédécesseur | Henri Grenet |
| Successeur | Jean-Jacques Lasserre |
| Député des Pyrénées-Atlantiques (scrutin proportionnel par département) | |
| 2 avril 1986 – 14 mai 1988 | |
| Élection | 16 mars 1986 |
| Biographie | |
| Nom de naissance | François René Jean Lucien Bayrou |
| Date de naissance | 25 mai 1951 |
| Lieu de naissance | Bordères, Pyrénées-Atlantiques (France) |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | UDF-CDS, UDF-FD, UDF, MoDem |
| Diplômé de | Université Bordeaux III |
| Profession | Professeur agrégé de lettres classiques |
| Religion | Catholicisme |
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François BayrouN 2 est un homme politique français né le 25 mai 1951 à Bordères dans les Pyrénées-Atlantiques.
Ministre de l'Éducation nationale sous trois gouvernements différents de droite, ancien député des Pyrénées-Atlantiques de 1986 à 2012, ancien député européen et conseiller du président du Parlement européen, deux fois président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, conseiller municipal de Pau, il a été aussi président des partis Centre des démocrates sociaux (CDS), Force démocrate, l'Union pour la démocratie française (UDF) et du Mouvement démocrate (Modem) qu'il a fondé.
Après avoir obtenu 6,84 % des voix à l'élection présidentielle de 2002 (4e du premier tour), il réunit 18,57 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle de 2007 (3e du premier tour), et fonde peu après un nouveau parti qui se veut au centre de l'échiquier politique : le MoDem, successeur de l'UDF, dont il est le président. Lors de l'élection présidentielle de 2012, il recueille 9,13 % des suffrages (5e du premier tour). Candidat à sa succession dans la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques aux législatives de 2012, il est devancé au second tour, le 17 juin 2012, par la candidate socialiste Nathalie Chabanne.
Biographie
François René Jean Lucien Bayrou est le fils de Calixte Bayrou, propriétaire agriculteur, maire de Bordères, et d'Emma Sarthou, originaire de Serres-Morlaàs1,2.
Ses ascendants sont Béarnais, sauf sa grand-mère maternelle, Amélie Dorgan qui était d'origine irlandaise et par qui il est parent du poète irlandais Theo Dorgan (en)3.
Vers l'âge de six ou sept ans, il souffre de bégaiement. Il lui faudra plusieurs années pour maîtriser ce problème4. Bachelier en 1968, il poursuit des études dans une classe préparatoire littéraire (hypokhâgne et khâgne) et à l'Université Bordeaux III. Il obtient l'agrégation de lettres classiques en 1974 à 23 ans ; c'est alors que son père meurt accidentellement en tombant d'une charrette de foin. Il aide donc sa mère à gérer l'exploitation, tout en enseignant1.
Il est auteur d'une biographie d'Henri IV, Le Roi libre, vendue à 300 000 exemplaires. Grâce à ses droits d'auteur, il s'est lancé, avec succès, dans l'élevage de chevaux pur-sang de course.
Marié en 1971 avec Élisabeth Perlant dite « Babette », ils ont ensemble six enfants : Hélène, Marie, Dominique, Calixte (travaillant actuellement à l'université de Liège en Belgique5), Agnès, André, et de nombreux petits-enfants1,6.
Sa mère est décédée le 29 novembre 2009 à 89 ans1.
Jeune, François Bayrou est proche des mouvements non-violents, notamment de la communauté de Lanza del Vasto7. À 30 ans, en 1982, il devient conseiller général, puis quatre ans plus tard député UDF des Pyrénées-Atlantiques. Enseignant dans l'école publique, laïc convaincu, c'est aussi un catholique pratiquant, d'inspiration politique démocrate-chrétienne — son père avait été maire de son village de Bordères sous l'étiquette MRP. En 1989, il perd les élections municipales face à André Labarrère à Pau en obtenant 48 % des voix au second tour.
En 1993, il est nommé ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de cohabitation d'Édouard Balladur. Il propose une réforme de la loi Falloux, qui aurait déplafonné la possibilité, pour les collectivités locales, de subventionner les investissements des établissements d’enseignement privé. Le 24 janvier 1994, près d'un million de manifestants s'en prennent à ce projet, pour défendre l'école laïque. La méthode de François Bayrou est alors critiquée à droite comme à gauche. Finalement, le Conseil Constitutionnel rejette le projet de François Bayrou.
Bien qu'il ait soutenu Édouard Balladur lors de l'élection présidentielle française de 1995 et qu'il ait fait partie de son comité politique aux côtés de Nicolas Sarkozy et François Léotard, et qu'il se soit opposé au projet de référendum sur l'éducation proposé par le candidat Jacques Chirac, il obtient dans le premier gouvernement d'Alain Juppé un portefeuille élargi à l'enseignement supérieur, à la recherche et à la formation professionnelle. Il perd la responsabilité de la Formation professionnelle dans le deuxième gouvernement Juppé, mais reste à l'Éducation nationale jusqu'à la dissolution de 1997 ; l'élection est remportée par la gauche plurielle.
Durant son ministère, François Bayrou dirige une réflexion approfondie sur la condition des professeurs et des élèves qui inspire les documentaires de la réalisatrice Marie-Françoise Desmeuzes8. Il conduit une réforme du collège, réforme les études supérieures (semestrialisation des études, semestre d'orientation en première année, création d’universités de professionnalisation technologique), met en place le baccalauréat actuel (filières S, ES, L, STT, STL et STI), introduit les langues vivantes à l’école primaire.
L'opinion retient, de la présence de François Bayrou à ce ministère, après sa réforme avortée en faveur de l'enseignement privé où il avait été accusé de vouloir « réformer à la hussarde »9, sa méthode de réforme prudente et concertée avec les organisations syndicales (ce que critiqueront, puis approuveront Claude Allègre et Jack Lang10). Roger Fauroux, qu'il avait chargé de présider une commission sur la réforme de l'école était néanmoins critique, déclarant que François Bayrou gouvernait « avec le sondoscope en bandoulière »9.
Rédacteur en chef de Démocratie moderne, le journal du CDS, il devient en 1991 secrétaire général de l'UDF en tant que représentant de son parti, le CDS, qui est l'une des principales composantes de cette fédération de partis de droite non gaulliste qu'est l'UDF.
Un temps vice-président du CDS (1991-1994), il en est élu président en 1994. Au congrès de Lyon en 1995, il fusionne ce parti avec le Parti social-démocrate, parti de tradition laïque également adhérent de l'UDF (et comptant dans ses membres André Santini notamment), créant ainsi Force Démocrate (FD).
Il est élu en 1998 à la tête de l'UDF malgré l'opposition de Démocratie libérale (DL). Après les élections régionales de 1998, Alain Madelin et d'autres leaders de DL approuvent les présidents de région réélus grâce au soutien des élus Front national, alors que François Bayrou rejette toute alliance avec l'extrême droite. DL quitte alors l'UDF, dont les autres composantes fusionnent la même année pour créer un parti unifié, la Nouvelle UDF.
Lors des élections européennes de juin 1999, François Bayrou conduit la liste UDF qui recueille 9,28 % des voix11; il tient — contrairement à ses concurrents têtes de liste François Hollande et Nicolas Sarkozy — son engagement de siéger à Strasbourg et entre donc au Parlement européen, dont sa seconde de liste Nicole Fontaine obtient la présidence.
François Bayrou se présente comme candidat de l'UDF à l'élection présidentielle de 2002.
Sa campagne connaît des débuts difficiles ; les sondages le créditant longtemps d'environ 5 % des intentions de vote. Plusieurs leaders de l'UDF appellent à voter pour Jacques Chirac dès le premier tour. Lors de la campagne présidentielle, à Strasbourg, et pendant une altercation verbale avec des jeunes qui avaient insulté le maire de Strasbourg, Fabienne Keller, avec laquelle il se trouvait12, il gifle un enfant de dix ans qui essayait de lui faire les poches.
François Bayrou arrive en quatrième position du premier tour de scrutin, avec 6,84 % des voix, derrière Lionel Jospin. Il appelle Jacques Chirac, opposé au second tour à Jean-Marie Le Pen, à constituer une large coalition à partir de sa majorité de second tour. Le président sortant tente au contraire, avec Alain Juppé, de fusionner la droite et le centre dans un unique parti, l'Union pour la majorité présidentielle, rebaptisé ensuite Union pour un mouvement populaire (UMP). La majorité des parlementaires UDF, emmenés par Philippe Douste-Blazy, quittent l'UDF pour l'UMP. Cependant, 30 députés UDF et apparentés sont élus aux élections législatives de juin et constituent un groupe parlementaire pour la XIIe législature (2002-2007). Parmi eux, François Bayrou qui revient à l'Assemblée nationale, élu dans la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, et quitte donc le Parlement européen (remplacé par Jean-Thomas Nordmann).
S'affirmant opposé à « l'État-UMP », dès la première question de confiance posée par le gouvernement Jean-Pierre Raffarin, il annonce l'intention de se prononcer librement sur chacun des actes du gouvernement.
L'UDF obtient 12 % des voix aux élections régionales et aux élections européennes de 2004, où progresse le nombre de ses élus conseillers régionaux et députés européens ; aux cantonales de la même année, le nombre de ses conseillers généraux et présidents de conseils généraux progresse également.
Aux régionales en Aquitaine, les listes de François Bayrou arrivent, avec 16 % des voix, en troisième position derrière la liste PS du président Alain Rousset, qui sera réélu, et celle de l'UMP radical Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire. Devancée dans toutes les régions par l'UMP, les listes UDF fusionnent avec celles de l'UMP au second tour.
Au Parlement européen élu en 2004, l'UDF quitte le groupe parlementaire de droite du Parti populaire européen auquel appartient l'UMP, pour rejoindre, avec ses alliés du Parti démocrate européen, le groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe.
En 2005 et 2006, il s'oppose de plus en plus à la politique du gouvernement de Dominique de Villepin, sur son contenu et sur ses modalités — en particulier le mépris dans lequel est, selon lui, tenu le Parlement (sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, la privatisation des autoroutes, l'instauration par ordonnance du CNE, etc.). Sa ligne politique est contestée par l'unique ministre UDF du gouvernement, le ministre de l'Éducation nationale, Gilles de Robien, favorable à une alliance avec l'UMP13. D'ailleurs Gilles de Robien demande fin 2005 que les militants soient appelés à se prononcer : la motion de défense d'une UDF « libre et indépendante » présentée par François Bayrou est approuvée à 92 % (Congrès de Lyon, janvier 2006).
Lorsque le Parti socialiste dépose une motion de censure le 16 mai 2006, dans le cadre de l'affaire Clearstream 2, contre le Gouvernement Dominique de Villepin, François Bayrou et dix députés de son groupe (sur trente) votent ce que le leader qualifie de « censure franche » par opposition à la censure « des couloirs » (plusieurs dizaines de députés UMP partisans de Nicolas Sarkozy s'étaient rassemblés à la buvette de l'Assemblée nationale). C'est la première censure votée par François Bayrou contre un gouvernement de droite depuis son accession à la tête de l'UDF en 1998.
Le président de l’UDF n'écarte pas pour autant de soutenir des membres de l'UMP « au cas par cas » : il apporte par exemple son soutien à la liste du candidat Alain Juppé à la municipale partielle de Bordeaux en août 200614.
Le 10 juin 2006, à Issy-les-Moulineaux, à l'occasion d'un conseil national statutaire de l'UDF, François Bayrou jette les grandes lignes de ses ambitions présidentielles en proposant une « Révolution civique ». François Bayrou souhaite rassembler des personnalités venant de droite, de gauche et du centre ; il prend en exemple Henri IV (qui a mis fin aux guerres de religion entre catholiques et protestants) et Charles de Gaulle (qui lors du GPRF en 1945 a gouverné avec les communistes, les socialistes et le centre ; et de nouveau en 1958 avec les socialistes et le centre). Le congrès d'Issy-les-Moulineaux voit également Gilles de Robien, défenseur de l'alliance avec la droite, être sifflé par la salle.
Le 2 septembre 2006, interviewé durant le journal de 20 heures de TF1 par Claire Chazal, il déclare que : « Les grands médias ont orchestré pour les Français un choix dicté à l'avance15. »
À l'automne 2006, il publie sous le titre Au nom du Tiers-État un recueil de ses discours à l'Assemblée nationale, précédés d'un essai sur les origines du « mal français ». Il fustige « la crise de régime et la manière dont les clans se l'approprient » au cours des vingt-cinq années précédentes, c'est-à-dire sous les Présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac.
François Bayrou présente sa candidature à l'élection présidentielle du printemps 2007 le 2 décembre 2006 à Serres-Castet, dans sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques16.
Les intentions de vote en faveur de François Bayrou selon les instituts de sondage passent de 8 % environ début décembre à 10 % mi-janvier, 12 % fin janvier, 13 % mi-février, 19 % fin février, 22 % dans la première quinzaine de mars17.
Le journaliste Serge Moati déclare alors qu'il pourrait devenir une surprise de l'élection présidentielle de 2007. Sur LCI, dans leur débat hebdomadaire, Jacques Julliard et Luc Ferry, ainsi que Christophe Barbier, estiment que François Bayrou veut, sur le modèle du MRP de la IVe République, faire de l'UDF le pivot incontournable des grandes formations.
En février-mars 2007, plusieurs candidats potentiels se rallient au candidat de l'UDF : le président du Parti fédéraliste, Christian Chavrier, puis en mars 2007, c'est au tour de la présidente du parti écologiste Cap 21, Corinne Lepage ; le 13 mars, Édouard Fillias, d'Alternative libérale ; le 1er avril 2007, Antoine Waechter, président du Mouvement écologiste indépendant. Nicolas Miguet appelle également à voter pour François Bayrou18.
François Bayrou publie en mars 2007 chez Plon son Projet d'espoir, qui sera le livre politique le plus vendu au cours de la période (370 000 exemplaires en deux mois)19.
En mars et avril, le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy reçoit le soutien de plusieurs personnalités réputées proches de l'UDF : Simone Veil (qui avait déjà soutenu la candidature de Jacques Chirac en 2002 contre celle de François Bayrou) déclare que Bayrou est « le pire de tous » et que sa candidature est « une imposture » ; Gilles de Robien et André Santini, membres de l'UDF; Valéry Giscard d'Estaing, fondateur de l'UDF, le 18 avril 2007. François Bayrou y répond en dénonçant une « collection d'élus épuisés »20.
Des personnalités non membres de l'UDF soutiennent en revanche François Bayrou : le député européen (élu sur une liste UDF) et ancien journaliste Jean-Marie Cavada ; deux ministres délégués du gouvernement Villepin, tous deux UMP : Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances et François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur.
Le 13 avril 2007, un peu plus d'une semaine avant le premier tour, Michel Rocard, dont des proches avaient déjà appelé à voter Bayrou (collectifs « Spartacus » et « les Gracques ») demande une alliance entre l'UDF, le PS et les Verts21. Il est suivi, le 14 avril 2007 par Bernard Kouchner22, puis par Claude Allègre23 et Daniel Cohn-Bendit24. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, estime la proposition inconcevable et Ségolène Royal la juge « baroque » tandis que Dominique Strauss-Kahn précise qu'il ne serait premier ministre qu'en cas de majorité socialiste.
François Bayrou obtient 18,57 % au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, le 22 avril 2007, soit 6 820 914 électeurs, le plaçant en 3e position, derrière Ségolène Royal du Parti socialiste (25,87 %) et Nicolas Sarkozy de l'UMP (31,18 %), tous deux qualifiés pour le second tour.
Le 25 avril 2007, lors d'une conférence de presse, il annonce qu'il ne donne aucune consigne de vote pour le deuxième tour de l'élection présidentielle, mais déclare accepter le débat public que lui a proposé la candidate PS Ségolène Royal, ajoutant qu'il était prêt à en faire autant avec Nicolas Sarkozy (UMP), initiative que ce dernier récuse le soir même. Il annonce également la création d'un nouveau parti voué à prolonger la dynamique électorale qu'il estime avoir engagée.
Le débat proposé par Ségolène Royal sur les convergences et divergences entre leurs projets politiques est le premier débat public réunissant, entre les deux tours d'une élection présidentielle, deux personnalités dont l'une est présente au second tour et l'autre non. La presse quotidienne régionale, puis Canal+, refusent d'organiser ce débat (indiquant vouloir respecter les consignes du CSA sur l'égalité des temps de parole des deux finalistes). François Bayrou parle à cet égard de pressions exercées par le candidat UMP et son entourage sur les médias dans le but d'empêcher ce débat, ce qui est corroboré par le journaliste de RMC, Jean-Jacques Bourdin. Le débat a finalement lieu le 28 avril 2007, et est retransmis par BFM TV et RMC.
La semaine suivante, au lendemain du débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, François Bayrou confirme au Monde que, comme il l'avait laissé entendre avant le premier tour, puis le 25 avril 2007, il ne votera pas pour Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007, sans pour autant dire s'il votera pour Royal, s'il votera blanc ou s'il s'abstiendra de voter25. Trois ans plus tard, en décembre 2010, il confiera avoir voté blanc26. Selon les instituts de sondage TNS Sofres et Ipsos, au second tour de l'élection, 40 % de ses électeurs ont voté pour Nicolas Sarkozy, 40 % pour Ségolène Royal et 20 % ont voté blanc ou nul ou se sont abstenus27,28.
Comme annoncé, le Conseil national de l'UDF vote le 10 mai 2007 à la Mutualité une motion pour la création du Mouvement démocrate (ou MoDem), à la quasi unanimité (moins 4 voix et 4 abstentions). Le MoDem apparaît alors comme le successeur du mort-né « Parti démocrate » dont François Bayrou avait annoncé la naissance le 25 avril. Le nouveau mouvement se revendique clairement comme un parti d'opposition au pouvoir du nouveau président Nicolas Sarkozy et fait valoir ce positionnement pour les élections législatives de juin 2007.
Nombre de députés UDF sortants réprouvent cette nouvelle stratégie et se rapprochent de la majorité présidentielle à l'occasion de cette élection. Rassemblés par le nouveau Ministre de la Défense Hervé Morin, ancien président du groupe UDF à l'Assemblée, ils fondent le Nouveau Centre, formation qui se réclame du centre-droit et de la tradition de l'UDF.
François Bayrou, réélu député des Pyrénées-Atlantiques, voit l'essentiel de ses anciens compagnons le quitter pour le Nouveau Centre : seuls trois autres députés sortants se présentent sous l'étiquette UDF-MoDem, mais deux d'entre eux (Gilles Artigues et Anne-Marie Comparini) sont battus. Jean Lassalle est réélu à l'issue de la seule triangulaire du pays, et le MoDem compte également un nouvel élu à Mayotte (Abdoulatifou Aly).
Juste avant la création officielle du MoDem en décembre 2007, François Bayrou enregistre la médiatique désaffection de Jean-Marie Cavada, jusque-là considéré comme un de ses principaux lieutenants. Celui-ci, en obtenant la tête de liste pour le 12e arrondissement de Paris, rejoint en effet la liste de la candidate UMP à la mairie de Paris Françoise de Panafieu.
Le 16 novembre 2007, François Bayrou annonce sa volonté de conduire une liste pour l'élection municipale à Pau29. Il rate de peu son élection à la mairie de Pau en obtenant 38,81 % des suffrages au second tour le 16 mars 2008, perdant de 342 voix30 face à la candidate socialiste Martine Lignières-Cassou (39,76 %) sur un total de plus de 36 000 voix. Le candidat investi par l'UMP Yves Urieta, maire sortant (ex-PS) qui s'est maintenu au second tour obtient quant à lui 21,42 % des suffrages (contre 27,8 % au premier tour), causant en partie la défaite du président du MoDem31.
Les défections ont continué, ainsi que les critiques sur sa façon de gérer le Modem, accusé de n'être qu'un marchepied pour ses ambitions présidentielles. Ainsi Jean Arthuis en avril 2008 déclara à propos de François Bayrou qu'« on ne dirige pas un parti comme une secte ». Le député européen Thierry Cornillet avait pour sa part qualifié de « suicidaire » la politique du président du Modem et ajouté que ce dernier « sacrifiait ses élus pour une chimère présidentielle »32. Soucieux de démontrer la marginalité de ces défections et de réaffirmer son autorité face aux critiques internes, François Bayrou proposa de soumettre au vote des adhérents une contribution, c'est-à-dire une déclaration de principes sur l'orientation politique du MoDem, dans laquelle il défend sa stratégie d'indépendance. Thierry Cornillet (soutenu par les sénateurs Yves Détraigne, Françoise Férat, Philippe Nogrix et Catherine Morin-Desailly) ayant renoncé à soumettre une contribution, seul le texte du président du MoDem fut proposé aux adhérents lors de la dernière semaine de juin 200833 : il obtint l'approbation de 98 % des votants34.
Lors des élections européennes de 2009, François Bayrou fait notamment campagne contre les orientations de José Manuel Barroso, qu'il considère « à la solde de l'Amérique ». Dans cette optique, il soutient les candidatures de Guy Verhofstadt ou de Mario Monti à la présidence de la commission européenne. Lors d'un débat télévisé le jeudi 4 juin 2009 l'opposant à la tête de liste des Verts Daniel Cohn-Bendit, il a des échanges houleux avec ce dernier35. Trois jours plus tard, le 7 juin 2009, les listes « Démocrates pour l'Europe » obtiennent 8,46 % (4e place derrière Europe Écologie, crédité de 16,28 %, le Parti socialiste, à 16,48 %, et l'UMP, à 27,88 %) et six sièges au Parlement européen, score bien en deçà de celui réalisé par l'UDF en 200436.
Peu avant les élections régionales de 2010, le Mouvement démocrate doit faire face à plusieurs défections et critiques de ses membres37,38. Dans le même temps, les intentions de vote en faveur du MoDem s'effondrent39. Les listes du parti recueillent finalement 4,20 % au niveau de la France entière40.
Il est réélu président du MoDem le 12 décembre 2010, avec 94,69 % des voix41.
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Michael Jackson (4).
Michael Jackson a rencontré Debbie Rowe lorsqu'il a été diagnostiqué de la maladie du vitiligo en 1981, elle était l'infirmière de son dermatologue Arnold Klein.
Debbie annonce en 1996 être enceinte du chanteur ; ils s'épouseront dans une cérémonie civile le 14 novembre 1996 seulement deux heures avant le début de la tournée mondiale du HIStory World Tour qui débuta les 14 et 16 novembre en Australie, dans sa suite présidentielle de l'hôtel Sheraton On The Park à Sydney d'où elle est originaire par sa mère.
Ils ont un premier fils, Prince Michael Junior, né le 13 février 1997, et une fille, Paris Michael, née le 3 avril 1998.
Ils divorcent à l'amiable le 8 octobre 1999157. Debbie Rowe déclarera laisser en « cadeau » (en réclamant quelques millions de dollars) les deux enfants à la garde exclusive de Michael Jackson, abandonnant ses droits parentaux. En décembre 2005, ayant changé d'avis, elle saisit un tribunal familial pour reprendre ses droits parentaux, son ex-mari lui ayant refusé des droit de visite. Depuis, Rowe a définitivement abandonné ses droits parentaux moyennant une somme d'argent non-dévoilée officiellement.
Avec Deborah Rowe, Michael Jackson a eu durant leurs trois années de mariages deux enfants :
- Prince Michael Junior, né le 13 février 1997 à Los Angeles.
- Paris Katherine Michael, née le 3 avril 1998 à Los Angeles.
Le 21 février 2002, Jackson a un autre fils, Prince Michael II, plus souvent appelé « Blanket », né par insémination artificielle et le recours à une mère porteuse dont l'identité est restée confidentielle158. Au mois de novembre 2002 en Allemagne, le chanteur se rend à Berlin pour y recevoir une récompense. Il réside à l'hôtel Adlon devant lequel de nombreux admirateurs s'amassent. Afin de leur présenter son fils depuis son balcon, Michael Jackson le suspend quelques secondes au-dessus du vide, ce qui déclenche de vives polémiques dans la presse159. Quelques jours plus tard, après la diffusion d'images de l'incident, il déclare que c'était une « terrible erreur » et présente ses excuses dans un communiqué écrit160. Dans le reportage Living with Michael Jackson en février 2003, il commente l'incident en déclarant avoir tenu fermement l'enfant, qu'il ne l'aurait pas mis volontairement en danger et que les médias avaient eu tort de le décréter irresponsable.
Lors de leurs apparitions publiques, les visages de Prince, Paris et « Blanket » sont dissimulés sous des masques pour enfants ou des voiles afin d'assurer leur sécurité en préservant leur identité. Debbie Rowe déclara que c'était son idée à cause des nombreuses menaces de mort anonymes qu'ils recevaient et de possibles tentatives d'enlèvement[réf. nécessaire].
Le 3 août 2009, un peu plus d'un mois après sa mort, la justice américaine décide d'accorder la garde définitive des enfants de Michael Jackson à sa mère, Katherine. Ainsi la justice respecte le testament de la star qui voulait que leur grand-mère les élève161.
Depuis le milieu des années 1980, la question de la modification physique du visage de Michael Jackson fait la une des tabloïdes et suscite l'étonnement de l'opinion publique. Selon la rumeur, il se fait blanchir la peau, ce qu'il démentira longtemps, pour finalement le reconnaître, en 1993, dans une entrevue avec Oprah Winfrey : au milieu des années 1980, ont été diagnostiqués sur lui à la fois un vitiligo (dépigmentation de la peau)162 et un lupus (inflammations de la peau). Le rapport d'autopsie de 2009 confirme d’ailleurs qu’il souffrait bien d'un vitiligo depuis plus de 20 ans163.
Il semble que Michael Jackson ait souffert de son image physique - il en témoigne dans Living with Michael Jackson - notamment en raison de son nez (son père, avec qui il était en conflit, le surnommait « gros nez »[réf. nécessaire]), et de l’acné très sévère enduré à son adolescence. Ce conflit avec sa propre image, associé à une exposition médiatique précoce, permettrait de comprendre les raisons qui l'ont amené à ces nombreuses opérations de chirurgie esthétique.
En 1998, Steven Hoefflin, chirurgien esthétique et médecin personnel du chanteur depuis la fin des années 1970, pratique une dernière rhinoplastie, et le met en garde contre toute intervention supplémentaire. Malgré tout, Michael Jackson en subira une nouvelle début 2001. Le 14 novembre 2002, lors d'un procès l'opposant au producteur allemand Marcel Avram, le chanteur apparaît avec le nez recouvert d'un pansement, ce qui amènera Hoefflin à publier un communiqué de presse insistant bien sur le fait qu'il n'aurait plus pratiqué d'intervention sur Jackson depuis 1998164.
Concernant sa couleur de peau, devenue inégale par le vitiligo, il est probable que Michael Jackson ait été obligé d'uniformiser son teint avec une crème à base d'hydroquinone pour éliminer les quelques zones pigmentées restantes ; en effet, Arnold Klein, son dermatologue de 1984 à sa mort, affirme lui avoir recommandé de se débarrasser des dernières régions plus foncées restantes : « Je l'ai uniformisé blanc parce qu'il était malade. »162
Le rapport d'autopsie que s'est procuré l'Associated Press révèle que, outre le vitiligo, l'artiste avait des tatouages permanents : autour des yeux, des lèvres et les sourcils. Le devant de son crâne était aussi tatoué, pour camoufler un début de calvitie, qu'il cachait sous une perruque. Son corps comportait aussi des cicatrices, la plupart dues à la chirurgie esthétique et situées derrière les oreilles, sur le côté de chaque narine et à la base du cou116.
Dans les années 1980 et 1990, les revenus annuels de Michael Jackson ont été estimés à 50 millions de dollars et en 2003, la somme totale gagnée au cours de sa carrière a été évaluée à 2 milliards de dollars165. Une grande partie de cette fortune repose cependant sur la part qu'il possède dans le catalogue de Sony/ATV Music Publishing qui contient plus de quatre mille chansons. En août 1985, il s'était porté acquéreur, pour 47,5 millions de dollars, de ce catalogue qui contient des chansons des Beatles, d'Elvis Presley ainsi que ses propres chansons166. Après avoir revendu une partie de ce catalogue en 1995 pour 90 millions de dollars, il en possédait la moitié des parts. En 2006, ce catalogue, qui génère 80 millions de dollars par an, a été estimé à un milliard de dollars167.
Suite au procès de 2005 pour une accusation d'abus sexuel sur mineur, Michael Jackson aurait eu un support financier par le cheikh Abdullah Bin Hamad Bin Isa Al-Khalifa, deuxième fils du roi de Bahreïn, prenant notamment à son compte les frais de justice, soit 2,2 millions de dollars (1,8 million d'euros). Par la suite, le prince aurait avancé 7 millions de dollars, en échange de son engagement à enregistrer des disques, à écrire une autobiographie et à jouer dans une comédie musicale. L'entreprise de Jackson ayant contesté cette entente, le cheikh réclamera devant la Haute Cour de Justice à Londres le remboursement de la somme. Le 23 novembre, un accord à l'amiable est conclu entre les deux partis92.
En 2007, la fortune de Michael était estimée à 236,6 millions $, soit 168,25 millions d'euros, selon une déclaration de l'Associated Press. Des journalistes estiment ses dettes à plus de 300 millions de dollars. À cette époque, le ranch de Neverland était estimé à 33 millions $. Michael possédait pour 20 millions de dollars d'antiquités, voitures, piéces de collections et autres biens168.
Après avoir failli vendre aux enchères le ranch de Neverland le 19 mars 2008 pour couvrir une dette de 24,5 millions de dollars, le fonds d'investissement américain Colony Capital a levé l'hypothèque. Le ranch a finalement été vendu pour 35 millions de dollars début novembre 2008 et a pris pour nom Sycamore Valley Ranch169.
Malgré son immense fortune, Michael Jackson aurait possiblement emprunté plus de 200 millions de dollars afin de supporter son train de vie personnel, que certains journalistes estimaient hypothétiquement à 30 millions de dollars par an170. Il aurait principalement emprunté cet argent à Sony et a utilisé comme gage les 50 % de Sony/ATV Music Publishing qu'il possédait encore.
En 2009, son testament provoque la surprise et révèle plutôt une situation financière avantageuse : son patrimoine personnel était estimé à 500 millions de dollars à l'époque de sa rédaction, mais vaudrait aujourd'hui un milliard de dollars171.
Suite à sa mort, les deux gérants de l'empire financier de Michael Jackson ont signé en deux mois pour plus de 80 millions de dollars d'accords commerciaux. Cents millions de dollars de revenus supplémentaires sont attendus avant la fin de 2009. Un contrat de 15 millions de dollars a été conclu avec Universal pour la commercialisation de produits dérivés et l'exploitation du ranch de Neverland est à l'étude172.
En mars 2010, les héritiers de Jackson parviennent à un accord avec Sony Music : un contrat de 250 millions de dollars, ce qui représente un record absolu pour un artiste disparu. Cette somme permet à ses héritiers de régler les dettes et de relancer l'empire érigé par la superstar173,174.
Le 21 avril 2010, le monde apprend qu'une entente est conclue entre la succession de Michael Jackson et le Cirque du Soleil, afin de préparer un spectacle hommage en tournée, ainsi qu'un spectacle permanent à Las Vegas en 2012. L'immense production de 80 millions de dollars sera la plus élaborée et dispendieuse de toute l'histoire du Cirque. MGM Mirage prévoit aussi une boîte de nuit à Las Vegas aux couleurs du Roi de la Pop175.
Billboard a estimé que Michael Jackson a généré au moins 1 milliard de dollars de revenus dans l'année suivant son décès176.
Fin 2010, selon un classement établi par le magazine Forbes Michael jackson serait la personnalité décédée la plus rentable et il a généré pas moins de 275 millions de dollars de revenus depuis sa mort177. Il dépasse ainsi Elvis Presley, qui arrive deuxième avec 60 millions de dollars, suivi par Tolkien qui continue de générer pas moins de 50177.
Sans cesse à la recherche d'une enfance qu'il n'a jamais vraiment connue en raison de sa relation avec son père, ce dont témoigne sa chanson Childhood, Michael Jackson, victime du Syndrome de Peter Pan, s'est progressivement construit un univers onirique au sein de son Ranch de Neverland. Sa proximité avec les enfants a fait naître des rumeurs et a donné lieu à deux accusations d'abus sexuel sur mineur. L'une n'a pas connu de suite judiciaire et l'autre a abouti à un procès, au terme duquel Michael Jackson a été acquitté. Les deux accusations ont été déposées quelques mois seulement après les deux principaux entretiens télévisés auxquels Michael Jackson a participé, respectivement l'Oprah Winfrey Show (10 février 1993) et Living with Michael Jackson (diffusé le 3 février 2003).
Le 17 août 1993, Michael Jackson est accusé d'abus sexuel sur mineur par un enfant de treize ans nommé Jordan Chandler178. Michael Jackson et la famille Chandler s'étaient rencontrés en mai 1992 et une amitié s'était développée entre la star et l'enfant. En février 1993, Michael invite Jordan et sa famille à passer un week-end au ranch de Neverland et dans les mois qui suivent, Jordan, sa demi-sœur et sa mère accompagnent Michael Jackson dans de nombreux déplacements. Cette complicité avec Jordan rend Evan, son père biologique, jaloux et colérique, et celui-ci n'hésitera pas à demander voitures, voyages, et même des travaux d'extension pour sa maison au frais de la star[réf. nécessaire]. Après avoir appris que Sony et Jackson avaient conclu une entente de 40 millions de dollars pour d'éventuelles productions cinématographiques, Evan demande à Jackson 20 millions pour pouvoir financer ses scénarios de films, ce que la star refuse. Evan prétendra peu après que son fils Jordan, sous l'effet d'un puissant sédatif, lui aurait avoué que Michael aurait pratiqué des attouchements sexuels sur lui. Evan exige alors de Michael Jackson qu'il paye 20 millions de dollars, ou il portera l'affaire devant les tribunaux. Jackson refuse et ses avocats prétendent que toutes ces accusations ne sont qu'une tentative d'extorsion de fonds179. Quelques jours plus tard, l'affaire prend encore plus d'ampleur lorsque Jordan affirme à un psychiatre que lui et Michael Jackson s'étaient embrassés, masturbés et avaient eu des rapports bucco-génitaux180,179.
Le père, Evan Chandler, porte plainte au civil le 14 septembre 1993179. Une enquête officielle est alors ouverte et la mère de Jordan affirme de manière catégorique que rien dans le comportement de Michael Jackson n'est à reprocher181. Des fouilles sont organisées au ranch de Neverland et enfants, amis et membres de la famille Jackson démentent que Michael soit pédophile. Michael acceptera que ses parties génitales soient photographiées aux fins de l'enquête, et il s'avèrera que la description de Jordan ne sera pas compatible. Jordan aurait notamment affirmé que Michael était circoncis, alors qu'il ne l'était pas182.
Suite au stress dû à ces accusations, Michael Jackson aurait augmenté la prise des anti-douleurs qu'il consommait déjà, suite à ses brûlures aux deux et troisième degré, lors du tournage de la publicité de Pepsi-Cola : du Valium, du Xanax et de l'Ativan, auxquels il devient dépendant à l'automne 1993183. Sa santé s'est détériorée à un tel point qu'il doit annuler quelques spectacles à la fin de sa tournée Dangerous World Tour pour faire une cure de désintoxication pendant quelques semaines184. Avec le stress, il cesse également de s'alimenter normalement et a commencé à perdre du poids. Face à cette santé déclinante, ses amis et les avocats qui s'occupent de sa défense et de ses finances lui conseillent de gérer les accusations en dehors des tribunaux, estimant qu'un long procès serait dommageable pour son image et ses revenus. À cause de ces accusations, il stoppe sa tournée Dangerous World Tour en novembre et Pepsi-Cola confirme le non-renouvellement du contrat publicitaire qui lie la multinationale au chanteur. Son image publique se dégrade encore plus lorsque sa sœur aînée, LaToya, annonce qu'elle a des doutes sur l'innocence de son frère, avant de retirer ses déclarations185.
Au cours des premières audiences, Jordan aurait donné une version de sa description des parties génitales de Michael Jackson, et celui-ci accepte une fouille corporelle et une prise de photos de 25 minutes, réalisée à son ranch, afin de vérifier si la description donnée par Chandler est fondée186,179. Michael fait alors une déclaration publique où il proclame son innocence et critique les médias pour ce qu'il perçoit comme un parti-pris contre lui187. Selon Michael Jackson et Lisa-Marie Presley interviewés par Diane Sawyer en 1995, les photos, confrontées aux descriptions de l'enfant, ne correspondaient finalement pas (l'enfant prétendant entre autres que Jackson était circoncis, alors qu'il ne l'était pas)188.
Après avoir interrogé de nombreux témoins, la justice constate l'absence de preuves et le manque de témoignages pouvant corroborer les accusations (Jordan Chandler ayant en outre refusé de témoigner au pénal) et clôt cette enquête qui aurait mené à un procès au criminel pénal, par un non-lieu189[réf. à confirmer]. Le 25 janvier 1994, la famille Chandler et l'équipe de Michael Jackson signent un accord dont le montant est gardé secret (qui est estimé entre 15 et 25 millions de dollars) pour voir la plainte retirée. Cette transaction met fin à la plainte au civil189.
Peu de temps après la mort du chanteur en juin 2009, Jordan Chandler avoue avoir menti sur ses accusations portées en 1993190. Evan Chandler, le père de Jordan, se suicide le 5 novembre 2009 d'une balle dans la tête. On ne saura jamais le motif qui a probablement un lien avec les récents aveux de son fils191.
Michael Jackson apparaît dans un entretien, filmé en 2002 mais diffusé le 3 février 2003 sur Granada Television, Living With Michael Jackson, dans lequel il parle de son enfance, de sa jeunesse et de sa vie privée. Au cours de l'entretien avec Martin Bashir, diffusé sur ITV et regardé par plus de 15 millions de personnes192, Jackson révèle une personnalité décalée et excentrique. Il est vu en train de dépenser plus de six millions de dollars dans un magasin à Las Vegas193. Il confie également qu'il ne trouve rien de choquant au fait qu'un adulte partage sa chambre avec des enfants194.
Après la diffusion du reportage, Gavin Arvizo, âgé de 14 ans à l'époque, commence à accuser Jackson d'avoir abusé de lui et de son frère cadet ; il prétend que le chanteur leur a servi du vin, qu'il appelle « jus de Jésus »195, et qu'à deux reprises, il s'est masturbé en leur présence et leur a montré des sites internet pour adultes196. Janet Arvizo, la mère de Gavin, prétend aussi avoir été séquestrée avec ses enfants à Neverland.
Le 18 novembre 2003 (jour de la sortie de la compilation Number Ones incluant un nouveau single One More Chance), 70 policiers perquisitionnent Neverland. Un mandat d'arrêt est lancé contre la star, qui se trouvait alors à Las Vegas pour tourner un vidéo-clip197. Acceptant de se rendre aux forces de l'ordre, deux jours plus tard, Jackson déclare être victime d'une tentative d'extorsion de fonds de la part d'une famille de maîtres-chanteurs. Le procureur qui mène l'enquête, Thomas Sneddon, est le même qui, dix ans auparavant, avait dû classer l'affaire suite au retrait d'une plainte pour le même genre d'affaire (cf. supra).
Michael Jackson, qui clame son innocence, se voit signifier, le 31 janvier 2005, dix chefs d'inculpation susceptibles d'être punis de 20 ans de prison198. Le procès People v. Jackson s'ouvre à Santa Maria deux ans après les premières investigations et dure cinq mois, jusqu'à la fin mai 2005. La santé de Michael Jackson décline : perdant du poids, il se voit même hospitalisé à deux reprises199.
Le 13 juin 2005, le jury du tribunal rend son verdict et innocente Michael Jackson de tous les chefs d'inculpation200. Dans une conférence de presse, le jury a souligné le manque total de preuves, les témoignages accusateurs qui se contredisent et la nature manipulatrice de la mère201. Une enquête a démontré que cette dernière était une habituée des plaintes calomnieuses, et que celle-ci avait ouvert plusieurs comptes en banque pour récolter de l'argent et escroquer les services sociaux202.
Lors de ce procès, l'accusation a voulu faire témoigner le premier accusateur, Jordan Chandler, mais l'avocat de Jackson, Tom Mesereau, rassemble de son côté plusieurs témoins de la tentative d'extorsion et des aveux de Jordan selon lesquels Michael ne l'aurait jamais agressé203. Le nom des Chandler a périodiquement fait les manchettes, lorsque Jordan a demandé à être libéré de la garde légale de ses parents, lorsque Evan Chandler a attaqué et blessé son fils en 1996, lorsque Jordan aurait révélé en juillet 2009 avoir menti sur les allégations204 et enfin, le 5 novembre 2009, lorsqu'Evan Chandler s'est suicidé dans sa résidence, dans le New Jersey.
Les deux affaires se sont avérées fausses et n'avaient pour seul but, dans les deux cas, que d'extorquer de l'argent à Michael Jackson.
Engagements et relations médiatiques
Michael Jackson a composé plusieurs œuvres caritatives dont :
- We Are The World, pour collecter des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie ;
- Heal the World, visant à récolter des fonds pour la lutte contre la famine, la pauvreté et les maladies infantiles.
- Man in the Mirror, appel à la paix et à l'amour, dont le clip montre les grands moments du XXe siècle et dénonce la pauvreté dans le monde205;
- Gone Too Soon, chanson en hommage à Ryan White, un jeune garçon victime du SIDA206;
- Earth Song, hymne pop-gospel contre la destruction de l'environnement ;
- What More Can I Give, pour récolter des fonds qui iront aux victimes des attentats du 11 septembre 2001.
- From The Bottom Of My Heart (sortie annulée) pour aider les victimes de l'ouragan Katrina.
En 1980, Michael Jackson donne un concert caritatif au Nassau Coliseum à New York intitulé UNICEF Benefit Concert, en faveur de l'UNICEF.
Michael Jackson récolta et donna 5 millions de dollars pour des œuvres caritatives grâce à la tournée Victory Tour207
Le 27 janvier 1984, lors du tournage d'une publicité pour Pepsi-Cola, une étincelle provoquée par les équipements pyrotechniques met le feu aux cheveux de Michael Jackson. Michael est amené en urgence au Cedars Sinai Hospital pour des brûlures au deuxième et troisième degré du cuir chevelu. Avec l'argent qu'il touchera de l'assurance (un million et demi de dollars américains), il créera le Michael Jackson Burn Center, un centre pour les grands brûlés.
En mai 1984, il est reçu par le président Ronald Reagan à la Maison Blanche, où il est décoré pour son implication dans une campagne de lutte contre l'alcool au volant208.
En 1985, Michael Jackson coécrit avec Lionel Richie la chanson We Are the World pour une œuvre de charité en faveur de la lutte contre la famine en Éthiopie209. We Are the World réunit quarante-quatre chanteurs différents dont Harry Belafonte, Cyndi Lauper, Diana Ross, Ray Charles, Stevie Wonder, Bruce Springsteen et Tina Turner. Le single se vend à plusieurs millions d'exemplaires aux États-Unis210, devenant le single à but caritatif le plus vendu de tous les temps (record battu en 1997 par Elton John et son single Candle In The Wind).
Le 3 mars 1988, lors du Bad World Tour, Michael Jackson a donné un concert privé dans la ville de New York, au Madison Square Garden. Tous les bénéfices de ce concert ont été versés à l'organisation caritative afro-américaine, la United Negro College Fund211.
En 1990, à la Maison Blanche, Michael Jackson a été nommé « Artiste de la décennie » par le président George Bush212. En 1992, George Bush le nomme Point of Light Ambassador212,213 pour avoir accueilli des enfants défavorisés, orphelins ou malades dans son Ranch de Neverland213. Michael Jackson fut le seul artiste à recevoir ce prix213.
En 1992, Jackson annonce la création de son organisation caritative Heal The World Foundation qui a pour mission de fournir des médicaments pour les enfants et pour lutter contre la famine et les abus sexuel sur mineur. Jackson déclare qu'il veut améliorer les conditions des enfants partout dans le monde214.
Tous les bénéfices du Dangerous World Tour ont été versés à des organisations caritatives, dont la Heal The World Foundation215.
En juin 1999, Michael Jackson rejoint Luciano Pavarotti pour un concert à Modène, en Italie. Les bénéfices du concert ont été versés à l'association à but non lucratif War Child, l'Opération Allied Force et les enfants de Guatemala216. La même année, sont organisés deux concerts intitulés Michael Jackson & Friends à but caritatif, l'un au Stade Olympique de Séoul en Corée du Sud et l'autre au Stade Olympique de Munich en Allemagne. Ces concerts réunissent sur scène avec Michael Jackson certaines des plus grandes stars mondiales (Andrea Bocelli, Mariah Carey, Scorpions, Noa, Ringo Starr, etc.). Tous les bénéfices des deux concerts ont été versés à la Nelson Mandela Children's Fund, la Croix-Rouge et l'UNESCO217. Une chanson écrite pour l'occasion, What More Can I Give, ne sera finalement pas interprétée sur scène ni commercialisée avant les attentats du 11 septembre 2001.
Le single What More Can I Give, réunissant Jackson et de très nombreux artistes comme Céline Dion, Beyoncé, Usher, Luther Vandross, Mariah Carey, ne sort pas dans le commerce suite au refus de Sony (le producteur de la chanson, Marc Schaffel, serait également un producteur de films pornographiques), mais est quand même disponible en téléchargement payant sur Internet, et les fonds récoltés iront aux victimes des attentats du 11 septembre. Une version espagnole a aussi été produite, Todo Para Ti, avec entre autres Shakira, Ricky Martin, Gloria Estefan, ainsi qu'un clip (pour la version anglophone).
En 2000, le Livre Guinness des records déclare que Michael Jackson a soutenu plus d'actions caritatives que les autres artistes et personnalités (39 œuvres caritatives soutenues)218.
Lors d'un discours à l'Université d'Oxford le 14 février 2001, Michael Jackson lance Heal The Kids, dans le cadre de sa fondation Heal The World, afin d'aider au bien être des enfants dans le monde.
Le 21 octobre 2001, est organisé un concert caritatif intitulé United We Stand Concert au RFK Stadium de Washington D.C. afin de récolter des fonds pour les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001.
Michael Jackson a accueilli des milliers d’enfants défavorisés, orphelins ou malades dans son Ranch de Neverland, leur offrant quelques instants d’évasion hors de leur univers quotidien, pour les aider à se rétablir et redevenir des enfants normaux219.
Après la mort du chanteur, les biens de Michael Jackson ont été placés dans un fonds privé. Ses trois enfants ainsi que sa mère Katherine, qui en a la garde, doivent recevoir 80 % des biens de la star, le reste devant aller à des organisations caritatives[réf. nécessaire].
Après le décès du chanteur, plusieurs artistes tels que Lionel Richie, Whitney Houston, Usher, Dionne Warwick, Wyclef et Jermaine Jackson, vont reprendre la chanson Will You Be There. Les recettes de la vente seront redistribuées pour moitié à la Cardiac Foundation de Larry King. L’autre moitié ira à une autre association caritative.
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Bob Dylan (2).
Depuis février 1962, paraît périodiquement Broadside Magazine, un magazine folk fondé par Agnes Cunningham et à l’initiative de Pete Seeger. Des albums seront également produits par le magazine, The broadside Ballads, où Dylan apparaît sous le pseudonyme Blind Boy Grunt28. Dans ce magazine pour lequel écrivent régulièrement Gil Turner, Tom Paxton et Phil Ochs sont publiés les textes de chansons d’actualité, les topical songs. Dylan y écrit une douzaine de textes29, souvent écrits dans l’instant30, qui témoignent de la faculté incoercible de Dylan à composer sur tous les sujets, de l’inanité de la chasse aux communistes31 au dégoût qu’il éprouve après l’exécution sommaire d’un noir âgé de 14 ans et la relaxe de ses assassins, blancs32.
Porté par la puissance évocatrice de ses textes, Dylan devient la voix d’une génération excédée par les injustices et le conservatisme qui prévalent alors. Blowin' in the Wind, que Dylan compose en avril 1962, paraît dans le numéro six de Broadside. Reprise sur tous les campus et popularisée par le trio Peter, Paul and Mary, elle symbolise la dimension sociale et politique qu’est en train d’acquérir son jeune auteurb 15.
Blowin' in the Wind sera la première chanson de son deuxième album, The Freewheelin' Bob Dylan, qu’il commence à enregistrer en juin. La chanson est constituée de trois strophes, chacune composée de trois vers. Chaque vers comprend une question, dont la réponse, toujours identique, constitue le refrain :
« La réponse, mon ami, est soufflée par le vent
La réponse est soufflée par le vent33 »
Dylan compose de nombreuses chansons engagées telles que A Hard Rain's a-Gonna Fall, écrite pendant la crise des missiles de Cuba, Masters of War et Oxford Town (écrite par Dylan à propos des évènements qui se sont déroulés à l’université du Mississippi, située près de la ville d'Oxford, où James Meredith, un vétéran de l’US Air Force, a été le premier noir à être admis). Mais il rompt également avec la tradition folk de son premier album avec des titres plus intimistes tels que Don't Think Twice, It's All Right, Girl from the North Country, et Bob Dylan's Dream, révélateurs de la mythologie et du sens de la poésie qui l'habitent28.
Les sessions d'enregistrement et la production de l'album, plus longue que celle du premier, révèlent également l'animosité qui oppose John H. Hammond à Albert Grossman : celui-ci conteste tout d'abord la validité du contrat qui lie CBS à Dylan, mineur lorsqu'il le signa ; il s'oppose ensuite à Hammond sur la production de Mixed up Confusion34, accompagnée par un piano, une batterie, deux guitares et une basse. Le simple, qui comprend également Corrina, Corrina, ne concorde pas avec l'image de chanteur de folk de Dylan et est rapidement retiré de la venteb 16.
Découvert par le réalisateur Philippe Saville à Greenwich Village, Dylan part à Londres en décembre pour participer à une pièce télévisée : Madhouse On Castle Street, diffusée le soir du 13 janvier 1963 à la BBC35. La pièce décrit l'histoire d'un jeune homme rebelle qui s'enferme dans une pension et refuse d'en sortir ; sa sœur et son voisinage tentent d'en découvrir la raison. Dylan est d'abord pressenti pour jouer le rôle principal, mais constatant le manque de naturel de Dylan lorsqu'il joue, Saville réécrit la pièce et attribue à Dylan un rôle de narrateur chantant36. Dylan interprète quatre chansons dont Blowin' In the Wind, dont c'est la première diffusion ; l'original de l'enregistrement fut détruit en 1968 et aucune copie n'a depuis été retrouvée35.
Le 12 mai 1963, Dylan doit participer au Ed Sullivan Show, une émission accueillant tous les styles de musique et dont la diffusion est nationale ; elle est présentée par Ed Sullivan et produite par Bob Precht. Ceux-ci acceptent Talkin' John Birch Society Blues, que Dylan désire interpréter, mais Stove Phelps, conseiller à la programmation de CBS, la refuse : dans cette chanson moqueuse, les membres de la John Birch Society sont ridiculisés et sont associés à Hitler37. Phelps dit craindre un procès en diffamation, à la surprise de Ed Sullivan38: Hootenany, une autre émission télévisée avait accepté de diffuser une chanson du Chad Mitchell Trio, dont la cible était aussi la John Birch Society28. Dylan refuse alors d'interpréter une autre chanson, et s’en va, furieux39. La chanson, sous la pression des avocats de CBS, est également retirée de l'album The Freewheelin', sur lequel elle devait figurer b 17.
Cet épisode ne marque pas l'arrêt des apparitions télévisées de Bob Dylan : en mai, est diffusée une émission de Westinghouse Studios, intitulée Folk songs and more folk songs, présentée par John Henry Faulk, à laquelle participent également les Brother Four, Carolyn Hester, Barbara Dane et The Staple Singers. Dylan y interprète Blowin' in the Wind, Man of Constant Sorrow et Ballad of Hollis Brown28.
Le 28 août 1963, Dylan, comme Joan Baez, Mahalia Jackson, etc., participe à la Marche sur Washington, où plus de 200 000 pacifistes se rassemblent pour dénoncer l'inégalité des droits civiques que subit la population noire. Après que les orateurs se furent succédé et que Martin Luther King eut prononcé son célèbre discours « I have a dream », il interprète When the Ship Comes In et Only a Pawn in Their Game, tandis que Peter, Paul and Mary chantent Blowin' in the Windb 18.
Cet épisode illustre l'implication de Dylan et de nombreux autres artistes pour les droits civiques à cette période : par l'intermédiaire de Suze Rotolo, qui travaillait au CORE (le Congress of Racial Equality), et de Broadside28,11, il côtoyait le milieu contestataire étudiant, qui militait pour les minorités, dans un contexte difficile40. Le 10 mai 1963, à Greenwood, dans le Mississippi, Dylan avait chanté à un rassemblement organisé par le SNCC41, pour inciter la population noire des États du Sud à s'inscrire sur les listes électorales11. De même, sa présence aux concerts de Joan Baez, leur relation amoureuse, contribuèrent à forger son image de héraut de la contestation sociale, aux côtés de Joan. Surgissent cependant les signes de l'étroitesse et de l'inexactitude de cette image.
Le 13 décembre 1963, au cours d'un banquet de charité organisé par le Comité de Secours aux Libertés Civiques (Emergency Civil Liberties Commitee, ECLC), Dylan reçoit le prix Tom Paine, qui récompense « une personnalité qui a symbolisé le juste combat pour la liberté et l'égalité »42. Grisé par l'alcool, il prononce un discours désastreux.
À l'occasion d'un profil réalisé par Nat Hentof pour le New Yorker, Dylan décrivit son impression : « Je suis tombé dans un piège quand j'ai accepté le prix Tom Paine […]. Dès que je m'y suis pointé, je me suis senti oppressé. […] Ça m'a vraiment pris à la gorge. Je me suis mis à boire. J'ai… vu un groupe de gens qui n'avaient rien à voir avec mon genre d'idées politiques. J'ai regardé le parterre et j'ai eu la trouille. […] On aurait dit qu'ils donnaient de leur argent parce qu'ils culpabilisaient »43. Dans cet article, Dylan dit également : « Je ne fais partie d'aucun Mouvement. Sinon je ne pourrais rien faire d'autre que d'être dans le Mouvement. Je ne peux pas voir des gens s'asseoir et fabriquer des règles pour moi. Je fais un tas de trucs qu'aucun Mouvement n'autoriserait. »
Joan Baez, de laquelle Dylan s'éloigna en 1964, le décrivit de la façon suivante : « Pour on ne sait quelle raison, à mon avis, il veut se libérer de toute responsabilité. N'importe quelle responsabilité, concernant n'importe qui, me semble-t-il. S'en tirer tout juste avec ce que les autres ont à offrir. »c 3
C'est le 10 février 196444 que paraît The Times They Are a-Changin', l'album qui constitue le deuxième volet de ce qui est parfois appelé la trilogie folk de Bob Dylan.
Sur cet album, sur lequel Dylan a pour la première fois un contrôle totalc 4, il approfondit encore le registre de la topical song avec des chansons jaillies du contexte politique et social aux États-Unis : par exemple Only a Pawn in Their Game qui évoque le meurtre de Medgar Evers, leader de la National Association for the Advancement of Colored People pour le Mississippi au début de l'été 1963, The Lonesome Death of Hattie Carroll, inspirée par un fait divers de la banlieue de Baltimore, où un homme « de la bonne société » tua une domestique en lui assénant un coup de cannec 5.
Surtout, l'album contient The Times They Are a-Changin' qui, deux ans après Blowin' in the Wind devient le nouvel hymne de la jeunesse. Cette chanson résume l'humeur des années 1960, dans laquelle une voix prophétique annonce un monde en pleine mutation, où journalistes, critiques, hommes politiques ne doivent pas barrer la route aux eaux montantes du changementb 19.
Cependant, The Times They Are a-Changin' révèle une évolution sensible chez son auteur : tout d'abord au dos de la pochette et dans un encart sont imprimés 11 Outlined Epitaphs, « 11 épitaphes esquissées », qui constituent la première publication de poésie de Dylan45, et où, subjectivement, il parle plus librement de lui-même. Des allusions à la route, à la fuite y sont également récurrentes. Ces poèmes seront republiés plus tard dans Writings and Drawings et seront également le support d'une biographie de Dylan : Bob Dylan, Epitaphs 11.
D'autre part, sont incluses dans l'album des chansons comme One Too Many Mornings ou Boots of Spanish Leather, où Dylan exprime des sentiments sur les femmes, l'amour, l'amitié, que les ballades folk traditionnelles ne savent pas exprimerb 20.
Son public, aussi, a changé : à des amoureux de musique folk, calmes, aux mœurs vestimentaires sobres succède un public pop, jeune, enthousiaste, exubérantc 6. C'est aussi ce que remarque Terri Van Ronk, qui s'occupa de la toute jeune carrière de Dylanb 21, à l'occasion d'un concert au Carnegie Hall le 26 octobre 1963, devant 3 000 spectateurs :
« C'était très étonnant. Comme un avant-goût de la Beatlemania. La première grande ascension de Bobby était déjà là, dans ce concert de Carnegie Hall. Quand ce fut fini, nous nous retrouvâmes tous dans les coulisses, et ils cherchaient la ruse pour échapper à l'assaut des jeunes filles qui hurlaient au dehors. »
— Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 268 & 269
Son album suivant, Another Side of Bob Dylan, est enregistré en un jour en juin, et paraît le 8 août 1964. C'est un album dans la continuité de Freewheelin', qui reste fidèle à l’idiome folk (guitare et harmonica), mais il n'y a plus de chanson protestataire. Ici aussi, des poèmes accompagnent l'albumc 7.
Les thèmes centraux de cet album sont l'amour, la liberté individuelle, les rapports humains. Dylan y développe également un autre thème d'importance : la futilité de l'engagement, comme l'évoque My Back Pages. Dylan s'y moque de lui-même, de sa vision manichéenne, et juge que les vieux discours et autres symboles ne sont que futilités et mensonges (« Ah j'étais si vieux alors / Je suis plus jeune que ça maintenant »).
Dylan participe ainsi à la création d'un climat culturel qui allait permettre aux artistes, aux groupes de rock de faire partager leur vision poétique, de dépasser les limites de la chanson d'alorsb 22. Lors de l'enregistrement en studio de l'album, Dylan confie à Nat Hentoff, journaliste au New Yorker : « Il n'y aura pas de chanson protestataire dans cet album. Ces chansons, je les avais faites parce que je ne voyais personne faire ce genre de choses. Maintenant beaucoup de gens font des chansons de protestation, pointant du doigt ce qui ne va pas. Je ne veux plus écrire pour les gens, être un porte-parole. [...] Je veux que mes textes viennent de l'intérieur de moi-même »46.
L'album est mal accueilli par la critique et par le milieu folk, lui reprochant notamment son excès de subjectivité, son manque d'esthétisme. Un journal rédigea notamment la critique suivante : « Mais Bob / Il a deux problèmes / des petits / la langue qu'il écrit / est pas de l'anglais / la mesure qu'il bat / est pas de la chanson / et c't'espèce d'/ intellectualisme inverti / fait rien que / me barber à mort. » c 8.
En février 1964, il part donner plusieurs concerts à travers l'Amérique pour tester ces nouvelles interprétations. Après le concert folk de Monterey en Californie fin mai, il s'envole pour une tournée au Royaume-Uni et un concert grandiose au Royal Festival Halld 7 . Après Londres il fait un bref détour par la France où il avoue avoir dédié sa première chanson à Brigitte Bardot, il est également un admirateur de Françoise Hardyd 8.
Le 28 août 1964, Dylan a pour la première fois rencontré les Beatles à leur hôtel à New York, lors de leur tournée américaine. Au-delà de l'initiation47,48 ou non49 à la marijuana des seconds par le premier, cette rencontre est le symbole de leur influence réciproque au cours des années 1960 : alors qu'au début de 1964 Dylan avait observé avec attention l'ascension des Beatles50, ceux-ci étaient sensibles « aux paroles et à l'attitude [...] incroyablement originales et géniales » de Dylan51. En 1965, lors de la tournée anglaise de Dylan, les Beatles affichent ostensiblement leur attirance, comme le titre l'article de Ray Coleman dans le journal Melody Maker du 9 janvier : Les Beatles disent : Dylan montre la voiec 9.
L’avenir est dans les instruments électriques. En 1965, il engage le guitariste montant de l’époque, Mike Bloomfield, le « Clapton américain » et enregistre un nouvel album, mi-acoustique, mi-électrique, Bringing It All Back Home. Son public folk ne suit pas et boude l’album, pourtant encore assez proche des précédents, même sur les titres avec instruments électriques. Cet album sera classé numéro un au Royaume-Uni alors qu'il n'atteindra que la sixième place dans les charts américains.
Trois mois plus tard, paraît Highway 61 Revisited. Entièrement électrique, l’album s'appuie sur un rock basique, très incisif. Là où les morceaux de l’album précédent n’étaient souvent que du folk « électrifié », ceux-ci laissent libre cours aux guitares rageuses et aux orgues tortueuses. Les paroles, abstraites et imagées, se démarquent également de la sobriété folk :
Les admirateurs du chanteur sont perplexes : Bob Dylan est pour eux la perpétuation d'une tradition solidement ancrée, entre musique américaine des origines et engagement social, et le rock une musique commerciale, dansante et vulgaire. Dylan, soutenu par un petit groupe de rock garage, les Hawks, qui deviendront plus tard The Band, part en tournée qui est, à l’époque, la plus longue jamais entreprise. Dylan joue ses nouvelles chansons partout dans le monde, et il est hué, notamment à Manchester le 17 mai 1966. Le divorce est consommé : Dylan ne sera jamais là où on l'attend.
Au milieu de cette tournée éprouvante, où le groupe joue plus fort que n’importe qui avant eux52, Dylan enregistre le dernier volet de « la trilogie électrique » : Blonde on Blonde.
Enregistré en deux semaines de studio pendant lesquelles Dylan écrit souvent les paroles quelques minutes avant le début de la session, Blonde on Blonde, premier double album de l’histoire du rock, est un étrange moment de calme au milieu de la fureur de cette époque. Voix et musique s’y fondent pour nous raconter toutes les dernières expériences de Dylan, vécues et rêvées, dans une ode à l’amour sous toutes ses formes, de la mère à la prostituée, en passant par l’amour illusoire que donne la drogue. Dylan est au sommet du monde, vibrant intérieurement de mille sensations étranges, et fait partager ses expériences dans cet album si surréaliste qu’il est difficile de le décrire. Un chef d’œuvre hors du temps qui fait de Dylan la locomotive du rock and roll.
Le 24 juillet 1965, lors du Festival de folk de Newport, lui qui habituellement avait une guitare acoustique et un harmonica, il fait irruption sur scène avec trois membre du Paul Butterfield Blues Band et du pianiste Barry Goldberg en attaquant Maggy's Farm, le son est lamentable. Malgré les critiques et les siffets, Dylan continue avec It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry et Like a Rolling Stone. Il se fait de plus en plus huer, il quitte la scène et revient avec une guitare sèche pour entonner It's All Over Now, Baby Blue puis à la demande du public Mr Tambourine Man. Il a troublé les esprits, déchaîné les critiques mais conquis de nouveaux fans.
Le 22 novembre 1965, Dylan se marie secrètement avec Sara Lownds, mannequin de 25 ans53,a 3. Certains amis de Dylan, dont Ramblin' Jack Elliott, disent que ce dernier niait qu'il était marié dans les conversations suivant immédiatement la cérémonieb 23. La journaliste Nora Ephron fut la première à rendre la nouvelle publique en février 1966 dans un article du New York Post intitulé Hush! Bob Dylan is wed54.
En juillet 1966, l'épopée rock and roll de Bob Dylan s’arrête plus brutalement encore qu’elle n'avait commencé : la moto Triumph Bonneville du chanteur sort de la route, l’envoyant à l’hôpital, ce qui l’écarte des scènes pendant trois ans. Forcé au repos, Dylan rompt avec la vie remplie d'excès qu'il menait jusqu'alors, tandis que les rumeurs les plus folles circulent à son propos : on le croit mort, fou, kidnappé par la CIA, etc. Sa longue retraite est l'occasion pour lui et ses amis du Band d'enregistrer des ébauches de chansons, qui sortiront dans les années 1970 sous le nom de The Basement Tapes.
Ce n’est qu’en 1968 que Dylan réapparaît, avec John Wesley Harding, un album acoustique apaisé. Il montre un Dylan moins surréaliste et davantage intéressé par le passé de son pays et des histoires populaires nimbées d’un mystère irréel. Pour autant, les admirateurs ne se sont pas calmés : Dylan est encore leur meneur et ils attendent qu’il assume son rôle. Harcelé, le chanteur se réfugie à la campagne, puis prend anonymement un appartement à New York, mais rien n’y fait.
Ce vedettariat, dont il ne veut pas, est sans doute en partie à l’origine des deux albums suivants, où Dylan habillé en cow-boy, s'essaie à la musique country. Nashville Skyline et le double album Self Portrait, tout en ballades gentillettes et douces, consternent les admirateurs : leur idole abandonne la contreculture pour devenir un tranquille père de famille. Nashville Skyline marque la rencontre de Dylan avec un autre monstre sacré de la chanson américaine, Johnny Cash. Les chansons I Threw It All Away, leur reprise de Girl From the North Country participent à la réussite de l'album. L'album Self Portrait, composé en majeure partie de reprises de titres folk et pop, est plus hétérogène.
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Friedrich Nietzsche (3).
Psychologie et généalogie
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La notion de Volonté de puissance, qui est la qualité générale de tout devenir, doit permettre une interprétation de toutes les réalités en tant que telles. Elle synthétise un ensemble de règles méthodologiques61 qui sont le résultat de réflexions qui s'étendent des années 1860 à la fin de 1888. Mais cette notion ne prétend pas à la systématisation (Nietzsche a d'ailleurs abandonné pour cette raison l'idée d'un exposé de sa philosophie de la Volonté de puissance ; cf. Volonté de puissance), car elle a beaucoup évolué, mais on peut néanmoins dégager des lignes directrices permettant d'exposer la pensée de Nietzsche dans son ensemble.
Un des aspects les plus connus est son application au problème de l'origine de la morale, sous le nom de généalogie. Cette application de la méthode à la morale permet de comprendre comment Nietzsche analyse les hiérarchies pulsionnelles en jeu dans toute perspective morale, ce qui est proprement la méthode généalogique62. Les questions qui se posent sont alors du type : quel type d'hommes a besoin de telles évaluations morales ? À quelle morale tel philosophe ou métaphysicien veut-il en venir, et à quel besoin cela répond-il ?
- « Je me suis rendu compte peu à peu de ce que fut jusqu'à présent toute grande philosophie : la confession de son auteur, une sorte de mémoires involontaires et insensibles ; et je me suis aperçu aussi que les intentions morales ou immorales formaient, dans toute philosophie, le véritable germe vital d'où chaque fois la plante entière est éclose. On ferait bien en effet (et ce serait même raisonnable) de se demander, pour l'élucidation de ce problème : comment se sont formées les affirmations métaphysiques les plus lointaines d'un philosophe ? — on ferait bien, dis-je, de se demander à quelle morale veut-on en venir ? »63
Ces analyses des structures pulsionnelles et affectives forment ainsi un projet de reformulation, à la lumière de la Volonté de puissance, de la psychologie traditionnelle64 qui était fondée sur le statut privilégié accordé à la conscience.
En réfutant le primat de la conscience65, Nietzsche est amené à développer une psychologie des profondeurs (dont tout le premier chapitre de Par-delà bien et mal est un exemple) qui met au premier plan la lutte ou l'association des instincts, des pulsions et des affects, la conscience n'étant qu'une perception tardive des effets de ces jeux de forces infra conscients. Ce que Nietzsche nomme généalogie sera alors la recherche régressive partant d'une interprétation (par exemple, l'interprétation morale du monde) pour remonter à sa source de production, i.e. au pathos fondamental qui la rend nécessaire.
Les jugements métaphysiques, moraux, esthétiques, deviennent ainsi des symptômes de besoins, d'instincts, d'affects le plus souvent refoulés par la conscience morale, pour lesquels la morale est un masque, une déformation de l'appréciation de soi et de l'existence. In fine, cela revient à faire reposer l'analyse sur la détermination de la Volonté de puissance d'un type. À ce titre, l'individu n'est pas examiné par Nietzsche pour lui-même, mais en tant qu'expression d'un système hiérarchisé de valeurs.
Cette méthode amène donc à poser des questions du genre : quelle structure pulsionnelle, incarnée par tel ou tel homme, conduit à tel type de jugements ? À quel besoin cela répond-il, à quelle Volonté de puissance ? Veut-on, par la morale, discipliner des instincts, et dans ce cas, dans quel but ? Ou veut-on les anéantir, et dans ce cas, est-ce parce qu'ils sont jugés néfastes, dangereux, est-ce parce qu'ils sont, en tant que phénomènes naturels, l'objet de haine et de ressentiment ? Le premier cas peut être l'expression d'un besoin de croissance, le second d'une logique d'auto-destruction.
Dans Par-delà bien et mal, Nietzsche expose cette généalogie, conception approfondie et renouvelée par la thèse de la Volonté de puissance (exposé au § 36) de la philosophie historique, et il considère la psychologie comme reine des sciences, tout en soulignant ce qui distingue sa conception de la psychologie traditionnelle :
- « Toute la psychologie s'est arrêtée jusqu'à présent à des préjugés et à des craintes morales : elle n'a pas osé s'aventurer dans les profondeurs. Oser considérer la psychologie comme morphologie et comme doctrine de l'évolution dans la volonté de puissance, ainsi que je la considère — personne n'y a encore songé, même de loin : autant, bien entendu, qu'il est permis de voir dans ce qui a été écrit jusqu'à présent un symptôme de ce qui a été passé sous silence. La puissance des préjugés moraux a pénétré profondément dans le monde le plus intellectuel, le plus froid en apparence, le plus dépourvu d'hypothèses — et, comme il va de soi, cette influence a eu les effets les plus nuisibles, car elle l'a entravé et dénaturé. Une psycho-physiologie réelle est forcée de lutter contre les résistances inconscientes dans le cœur du savant, elle a « le cœur » contre elle. [...] Et le psychologue qui fait de tels « sacrifices » — ce n'est pas le sacrifizio del intelletto, au contraire ! — aura, tout au moins, le droit de demander que la psychologie soit de nouveau proclamée reine des sciences, les autres sciences n'existant qu'à cause d'elle, pour la servir et la préparer. Mais, dès lors, la psychologie est redevenue la voie qui mène aux problèmes fondamentaux. »66
Si cette nouvelle psychologie repose, en 1886, sur l'hypothèse de la Volonté de puissance, l'idée du conflit des instincts n'est pas née de celle-ci. Dès 1880, des fragments vont dans ce sens, et la Volonté de puissance en tant qu'idée apparaît bien avant d'être nommée. L'expression Volonté de puissance permet de synthétiser cet ensemble.
Comme cela a été signalé, la Volonté de puissance est une notion qui n'est pas d'emblée présente dans l'œuvre de Nietzsche. Pour rendre compte de l'évolution de la pensée de Nietzsche, il faut partir des hypothèses qu'il pose et des notions qu'il utilise avant la période dite de maturité. Il en va de même pour la psychologie, puisque le développement de cette dernière apparaît significatif surtout à partir de Humain, trop humain, c'est-à-dire en 1878, quand il rompt de manière consciente avec son milieu culturel67. Influencé par Paul Rée, Nietzsche lit alors avec intérêt les moralistes français (La Rochefoucauld, Chamfort, etc.) ; il lit également des ouvrages contemporains de psychologie, à quoi il faut ajouter des études de sociologie, d'anthropologie, et des travaux sur la théorie de la connaissance, tel que celui de Lange (Histoire du matérialisme), où l'on trouve une discussion du statut scientifique de la psychologie. La pensée de Nietzsche, en ce qui concerne la psychologie, se développe donc d'une part d'après l'observation des hommes (les maximes de La Rochefoucauld par exemple, ou ses observations personnelles dont il souligne le caractère particulier, relatif, et souvent provisoire), et dialogue d'autre part avec des réflexions épistémologiques contemporaines.
L'observation psychologique est ainsi particulièrement présente dans Humain, trop humain et Aurore ; Nietzsche souhaite alors jeter les bases d'une philosophie historique, en procédant à un genre d'analyse chimique de nos représentations et sentiments moraux, préfigurant ce qui deviendra la généalogie. Il analyse les comportements humains, sous l'influence de La Rochefoucauld ou de Voltaire (à qui Humain, trop humain est dédié) et peut-être aussi de Hobbes, et ramène souvent les mobiles de l'action et de la pensée humaine à la vanité et au sentiment de puissance. Si certaines de ses peintures sont de cette manière des tableaux de moraliste de l'existence humaine, certains thèmes, comme ce sentiment de puissance, mais aussi les différentes sortes de morales, sont des premières formulations des théories majeures qu'il développera plus tard. Cette étape de son œuvre peut être considérée comme une série d'essais plus ou moins aboutis pour décrire l'homme, ses motivations et la nature de ses relations sociales (aphorismes sur l'amitié, sur l'État, les femmes, etc.).
C'est à partir de 1886 que Nietzsche exposera de manière plus ordonnée le résultat de ses recherches, en tant que méthode généalogique, en particulier dans Par-delà bien et mal, et sous forme de dissertations dans la Généalogie de la morale. Des éléments de cette généalogie sont toutefois déjà présents dans Humain, trop humain (par exemple, les différentes origines de la morale, ou le caractère de palliatif, et non de remède véritable, de la religion) et dans Aurore (la moralité des mœurs comme source de la civilisation, ou encore le sentiment de puissance qui guide l'homme jusque dans la morale).
Ces résultats peuvent être résumés grâce aux expositions schématiques que Nietzsche lui-même en a faites. Ainsi, à la question sur l'origine de la morale, il répond que toutes les valeurs morales se ramènent à deux systèmes d'origine différente : la morale des faibles et la morale des forts68. Le terme origine ne désigne pas ici l'apparition historique de ces systèmes, mais le type de création dont ils sont le résultat, si bien que l'origine, au sens de Nietzsche, est ce à partir de quoi l'histoire se détermine, et non un événement quelconque de l'histoire universelle.
Pour parvenir à ce résultat, Nietzsche a procédé à une généalogie comportant plusieurs moments, exposés dans la première dissertation de la Généalogie de la morale : il a recherché dans le langage les premières expressions de ce qui a été jugé bon ; puis, suivant l'évolution du sens des mots bon et mauvais, il a montré le processus d'intériorisation de ces valeurs dont la signification était tout d'abord principalement matérielle ; enfin, remontant d'une évaluation morale donnée à ses conditions d'expression, il a distingué deux manières fondamentales de créer des valeurs morales.
Le point de départ de la méthode généalogique est linguistique : se posant la question de l'origine de la morale, Nietzsche demande : où trouve-t-on les premières notions de bon et mauvais, et que signifient-elles ? Écartant l'interprétation utilitariste, Nietzsche met en avant que ce sont les aristocrates de toutes sociétés qui se sont désignés en premier lieu eux-mêmes comme bons, et que ce terme, d'une manière simple et spontané, désigne la richesse, la beauté, les plaisirs de l'activité physique, la santé, en un mot, l'excellence. Le mot bon désigne ainsi les hommes de la caste la plus élevée, celle des guerriers. De ce fait, il ne désigne pas ce que nous entendons par là aujourd'hui, en particulier, un bon n'est pas un homme altruiste, charitable, accessible à la pitié.
L'analyse historique et linguistique débouche ainsi sur une recherche d'ordre sociologique : les premières évaluations morales dépendent et sont l'expression d'un rang. Néanmoins, Nietzsche ne reprend pas à son compte les théories contemporaines, telles que celle de l'influence du milieu de Taine, car s'il faut tenir compte des déterminations sociales, la société ne peut servir de principe explicatif intégral. Il renomme d'ailleurs cette science d'après son interprétation généalogique (théorie des formes de domination) qu'il juge première relativement à la sociologie et à la psychologie de son temps.
La question est ainsi pour Nietzsche la suivante : dans quelle mesure les castes d'une société permettent-elles le développement d'une espèce particulière de jugements moraux ? Nietzsche distingue typologiquement plusieurs types de jugements moraux en fonction des situations sociales possibles (guerriers, prêtres, esclaves, etc.) :
- « Si la transformation du concept politique de la prééminence en un concept psychologique est la règle, ce n'est point par une exception à cette règle (quoique toute règle donne lieu à des exceptions) que la caste la plus haute forme en même temps la caste sacerdotale et que par conséquent elle préfère, pour sa désignation générale, un titre qui rappelle ses fonctions spéciales. C'est là que par exemple le contraste entre « pur » et « impur » sert pour la première fois à la distinction des castes ; et là encore se développe plus tard une différence entre « bon » et « mauvais » dans un sens qui n'est plus limité à la caste. »69
La situation sociale permet à un sentiment de puissance de se distinguer par des formes qui lui sont propres, et qui, primitivement, possèdent des expressions spontanées et entières peu intériorisées. De cet examen des castes, Nietzsche dégage alors une première grande opposition :
- « On devine avec combien de facilité la façon d'apprécier propre au prêtre se détachera de celle de l'aristocratie guerrière, pour se développer en une appréciation tout à fait contraire ; le terrain sera surtout favorable au conflit lorsque la caste des prêtres et celle des guerriers se jalouseront mutuellement et n'arriveront plus à s'entendre sur le rang. Les jugements de valeurs de l'aristocratie guerrière sont fondés sur une puissante constitution corporelle, une santé florissante, sans oublier ce qui est nécessaire à l'entretien de cette vigueur débordante : la guerre, l'aventure, la chasse, la danse, les jeux et exercices physiques et en général tout ce qui implique une activité robuste, libre et joyeuse. La façon d'apprécier de la haute classe sacerdotale repose sur d'autres conditions premières : tant pis pour elle quand il s'agit de guerre. »70
Nietzsche ramène par la suite toute morale à deux types fondamentaux qui correspondent originellement à l'opposition dominant/dominé. Il faut écarter l'idée que les dominants, ceux qui créent en premier lieu les valeurs, seraient uniquement des guerriers : la genèse des valeurs dégagée par Nietzsche énonce clairement un conflit entre le monde de l'activité physique et celui de l'activité intellectuelle (c'est-à-dire de la volonté de puissance intériorisée). Aussi Nietzsche voit-il d'abord une dispute sur la question du rang des valeurs entre les guerriers et les prêtres.
Du fait que cette compréhension de la morale permet la constitution de types, elle ne doit pas être réduite à la réalité des hiérarchies sociales71 : une hiérarchie sociale est une condition première de la création d'une évaluation, mais, selon Nietzsche, les évaluations peuvent devenir indépendantes de leur terrain de naissance. L'origine fait comprendre comment une valeur est née, elle ne fait pas encore comprendre pourquoi elle s'est perpétuée. En conséquence, un esclave, au sens de Nietzsche (un faible), peut très bien être un maître, dans un sens plus prosaïque, c'est-à-dire posséder du pouvoir et des richesses. Les hiérarchies sociales permettent seulement de comprendre comment des types moraux ont été rendus possibles, et la question reste de savoir quel type d'hommes l'ont ensuite transmise (et par quels nouveaux moyens).
Quant aux « types », ce sont des interprétations généalogiques que l'on ne rencontre pas telles quelles dans la réalité (des traits typiques opposés peuvent par exemple se trouver liés).
Il y a donc, selon Nietzsche, une dualité fondamentale en morale, dualité qu'il avait déjà formulée clairement dans Humain, trop humain et Aurore : la morale des forts et la morale des faibles, cette dernière trouvant son origine dans son opposition à la première.
- Voir aussi : Ressentiment
La morale des faibles se caractérise par son ressentiment ; Nietzsche en décrit ainsi le mécanisme psychologique :
- « Lorsque les opprimés, les écrasés, les asservis, sous l'empire de la ruse vindicative de l'impuissance, se mettent à dire : « Soyons le contraire des méchants, c'est-à-dire bons ! Est bon quiconque ne fait violence à personne, quiconque n'offense, ni n'attaque, n'use pas de représailles et laisse à Dieu le soin de la vengeance, quiconque se tient caché comme nous, évite la rencontre du mal et du reste attend peu de chose de la vie, comme nous, les patients, les humbles et les justes. »- Tout cela veut dire en somme, à l'écouter froidement et sans parti pris : « Nous, les faibles, nous sommes décidément faibles ; nous ferons donc bien de ne rien faire de tout ce pour quoi nous ne sommes pas assez forts. » - Mais cette constatation amère, cette prudence de qualité très inférieure que possède même l'insecte (qui, en cas de grand danger, fait le mort, pour ne rien faire de trop), grâce à ce faux monnayage, à cette impuissante duperie de soi, a pris les dehors pompeux de la vertu qui sait attendre, qui renonce et qui se tait, comme si la faiblesse même du faible - c'est-à-dire son essence, son activité, toute sa réalité unique, inévitable et indélébile - était un accomplissement libre, quelque chose de volontairement choisi, un acte de mérite. Cette espèce d'homme a un besoin de foi au « sujet » neutre, doué du libre arbitre, et cela par un instinct de conservation personnelle, d'affirmation de soi, par quoi tout mensonge cherche d'ordinaire à se justifier. »72
La morale des faibles est donc l'expression de ce ressentiment : le ressentiment est l'affect d'une volonté vaincue qui cherche à se venger73, c'est-à-dire qu'il est le symptôme d'une vie décroissante, qui ne s'est pas épanouie. Cette vengeance s'exprimera par des valeurs créées pour lutter contre les forts, en dévalorisant leur puissance (le fort devient le méchant par opposition au bon). Ainsi, selon Nietzsche, la pitié, l'altruisme, toutes les valeurs humanitaires, sont en fait des valeurs par lesquelles on se nie soi-même pour se donner l'apparence de la bonté morale et se persuader de sa supériorité ; mais sous ces valeurs illusoires fermente une haine impuissante qui se cherche un moyen de vengeance et de domination. Le christianisme, l'anarchisme (que l'on peut pourtant considérer comme une société visant à n'être constituée que de forts, contrairement au socialisme critiqué par Nietzsche), le socialisme, etc. sont des exemples de morales du ressentiment.
- « La révolte des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment lui-même devient créateur et enfante des valeurs : le ressentiment de ces êtres, à qui la vraie réaction, celle de l'action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire. Tandis que toute morale aristocratique naît d'une triomphale affirmation d'elle-même, la morale des esclaves oppose dès l'abord un « non » à ce qui ne fait pas partie d'elle-même, à ce qui est « différent » d'elle, à ce qui est son « non-moi » : et ce non est son acte créateur. Ce renversement du coup d'œil appréciateur - ce point de vue nécessairement inspiré du monde extérieur au lieu de reposer sur soi-même - appartient en propre au ressentiment : la morale des esclaves a toujours et avant tout besoin, pour prendre naissance, d'un monde opposé et extérieur : il lui faut, pour parler physiologiquement, des stimulants extérieurs pour agir ; son action est foncièrement une réaction. »74.
En sens contraire, la morale des forts exalte la puissance, c'est-à-dire l'égoïsme, ou plaisir d'être soi, la fierté, l'activité libre et heureuse. Ces valeurs sont essentiellement le résultat d'une spiritualisation de l'animalité qui peut alors s'épanouir heureusement. Ainsi en Grèce la sexualité est-elle exprimée dans les cultes de Dionysos et dans l'art ; chez Platon, le désir de savoir est la conséquence d'une spiritualisation de l'instinct de reproduction. La morale des faibles agit en sens contraire, en cherchant à détruire à la racine tous les instincts, par haine de la vie, c'est-à-dire par suite d'une violence intériorisée qui ne peut s'exprimer que sous la forme négative de la destruction de soi (c'est le mauvais de la morale aristocratique). Par contraste, ce qui caractérisera le mieux une morale de forts, ce sera sa capacité d'élever des hommes cultivés, inventifs, actifs, doués d'une volonté forte et constructive.
On ne doit pas cependant ignorer que les forts, dans l'histoire, sont tout d'abord (terme souligné par Nietzsche dans le premier aphorisme de la neuvième partie de Par-delà bien et mal) des hommes violents, mais cette violence n'est pas d'une même sorte que la violence du faible, qui lui aussi veut la puissance, mais par d'autres moyens. La violence du fort est spontanée et sans arrière-pensées, elle n'est pas vindicative, tandis que la violence du faible est calculée, et c'est une violence au service du ressentiment, i.e. de la haine. Bien que la force ne soit pas chez Nietzsche nécessairement exprimée par la violence, et, qu'en outre, la spiritualisation des instincts les plus agressifs soit la forme la plus haute de la culture, il reste que la « spontanéité » du fort est en premier lieu particulièrement cruelle, quelle que soit la civilisation considérée :
- « Cette "audace" des races nobles, audace folle, absurde, spontanée ; la nature même de leurs entreprises, imprévues et invraisemblables - Périclès célèbre surtout la ῥαθυμία des Athéniens - ; leur indifférence et leur mépris pour toutes sécurités du corps, pour la vie, le bien-être ; la gaieté terrible et la joie profonde qu'ils goûtent à toute destruction, à toutes les voluptés de la victoire et de la cruauté : - tout cela se résumait pour ceux qui en étaient les victimes, dans l'image du "barbare", de "l'ennemi méchant", de quelque chose comme le "Vandale". »75
Cette violence n'est pas une fin en soi, mais est le socle de l'élévation humaine, sans lequel l'homme se renie et se mutile en tant qu'animal. L'ensemble des instincts qui font voir la proximité de l'homme avec la bête doit être, pour Nietzsche, spiritualisé, car cette spiritualisation est une augmentation de la volonté de puissance, par exemple dans la création artistique. Ainsi, lorsqu'il examine le processus d'élévation du fort, Nietzsche, qui a souligné la barbarie première de ce fort, ne met pas en avant la force physique, mais bien l'âme76. Et, dans Ainsi parlait Zarathoustra, il s'adresse ainsi aux hommes violents :
- « Le beau est imprenable pour toute volonté violente. [...]
- Et je n'exige la beauté de personne comme de toi, homme violent : que ta bonté soit la dernière de tes victoires sur toi-même. [...]
- Car ceci est le secret de l'âme : c'est seulement quand le héros l'a quittée que s'approche d'elle en silence — le surhéros. — »77
La violence du faible est en revanche pour Nietzsche problématique, si elle domine : c'est une violence cruelle, une violence pour la vengeance, et elle ne se laisse pas facilement convertir en activités créatrices, mais se transforme plus aisément en systèmes de cruauté, i.e. en religions ou en morales visant à abattre l'existence même de ce qui est différent.
Il faut alors souligner l'importance de cette opposition des deux morales qui structurent l'histoire de l'Occident : tout ce qui est fort a créé ce qui est bon, la philosophie et l'art grecs, ce qui est faible a créé la religion monothéiste et son système de répression de la force qui est encore le nôtre aujourd'hui. La question qui se pose à Nietzsche est donc de savoir comment un tel système a pu se développer à partir du ressentiment et de l'intériorisation de la volonté de puissance.
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Friedrich Nietzsche (2).
Devenir plus, structure et pathos sont les principales qualités que Nietzsche attribue à une Volonté de puissance. Ces qualités permettent de décrire ce qui est. La Volonté de puissance décrit donc de cette manière toute la réalité40. Elle n'est pourtant pas un principe ; structure et être plus de ce qui devient, elle n'en est pas en effet l'origine radicale. En tant que description du monde, elle reste cependant un concept métaphysique, puisqu'elle qualifie l'étant en sa totalité (selon Heidegger et Müller-Lauter41), ce que Nietzsche formule ainsi :
- « L'essence la plus intime de l'être est la volonté de puissance. »42
Tout étant est donc pour Nietzsche Volonté de puissance, et il n'y a d'être qu'en tant que Volonté de puissance. Dans cette perspective, le monde est un ensemble de volontés de puissance, une multitude43. Cette description générale du devenir pose cependant une difficulté jugée fondamentale pour la compréhension de la volonté de puissance44 : la volonté de puissance est-elle le devenir ou son essence ? La difficulté soulevée par cette question est que, dans la mesure où Nietzsche paraît décrire une structure interne, la volonté de puissance semble devoir être comprise de manière essentialiste ; or, un tel essentialisme reconduirait la division entre un monde phénoménal et un arrière-monde à laquelle Nietzsche s'oppose explicitement44.
Mais une telle compréhension exclut toute recherche d'un inconditionné derrière le monde, et de cause derrière les êtres (« fondement », « substance ») : car c'est en tant que nous interprétons que nous concevons le monde comme Volonté de puissance. L'énoncé sur l'essence doit être rapporté à une forme de perspectivisme pour éviter de faire de la Volonté de puissance une substance ou un être. Ceci suppose que d'autres interprétations sont possibles. Mais, tout en refusant un dogmatisme de l'être, Nietzsche refuse également le relativisme qui pourrait découler de sa thèse du perspectivisme de la Volonté de puissance : celle-ci est en effet également un critère de la valeur, de la hiérarchie même des valeurs45.
Pour Nietzsche, la volonté de puissance possède donc un double aspect : elle est un pathos fondamental et une structure.
Aussi une volonté de puissance peut-elle s'analyser comme une relation interne d'un conflit, comme structure intime d'un devenir, et non seulement comme le déploiement d'une puissance : Le nom précis pour cette réalité serait la volonté de puissance ainsi désigné d'après sa structure interne et non à partir de sa nature protéiforme, insaisissable, fluide.46 La volonté de puissance est ainsi la relation interne qui structure un jeu de forces (une force ne pouvant être conçue en dehors d'une relation)47. De ce fait, elle n'est ni un être, ni un devenir, mais ce que Nietzsche nomme un pathos fondamental, pathos qui n'est jamais fixe (ce n'est pas une essence), et qui par ce caractère fluide peut être défini par une direction de la puissance, soit dans le sens de la croissance soit dans le sens de la décroissance. Ce pathos, dans le monde organique, s'exprime par une hiérarchie d'instincts, de pulsions et d'affects, qui forment une perspective interprétative d'où se déploie la puissance et qui se traduit par exemple par des pensées et des jugements de valeur correspondants.
Pensée par Nietzsche comme la qualité fondamentale d'un devenir, la Volonté de puissance permet d'en saisir la structure (ou type), et, partant, d'en décrire la perspective. En ce sens, la Volonté de puissance n'est pas un concept métaphysique mais un instrument interprétatif (selon Jean Granier, contre l'interprétation de Heidegger48). Dès lors, pour Nietzsche, il s'agit de déterminer ce qui est interprété, qui interprète et comment.
Nietzsche prend pour point de départ de son interprétation le monde qu'il considère comme nous étant donné et le mieux connu, à savoir le corps49. Il prend ainsi, jusqu'à un certain point, le contre-pied de Descartes, pour qui notre esprit (notre réalité pensante) nous est le mieux connu. Toutefois, l'idée de Nietzsche n'est pas totalement opposée à la pensée cartésienne, puisque selon lui nous ne connaissons rien d'autre que le monde de nos sentiments et de nos représentations, ce qui peut se comparer à l'intuition de notre subjectivité chez Descartes50. Ainsi le corps n'est-il pas pour Nietzsche en premier lieu le corps objet de la connaissance scientifique, mais le corps vécu : notre conception de l'être est une abstraction de notre rythme physiologique.
Toute connaissance, comme Kant l'avait déjà établi avant Nietzsche, doit prendre pour point de départ la sensibilité. Mais, au contraire de Kant, Nietzsche tient, comme Arthur Schopenhauer, que les formes de notre appréhension de l'existence relèvent en premier lieu de notre organisation physiologique (et de ses fonctions : nutrition, reproduction), tandis que les fonctions jugées traditionnellement plus élevées (la pensée) n'en sont que des formes dérivées51.
Aussi, pour Nietzsche, nous ne pouvons rien connaître autrement que par analogie avec ce qui nous est donné, i.e. que toute connaissance est une reconnaissance, une classification, qui retrouve dans les choses ce que nous y avons mis, et qui reflète notre vie la plus intime (nos pulsions, la manière dont nous sommes affectés par les choses et comment, de là, nous les jugeons). Le monde dans son ensemble, lorsque nous tentons une synthèse de nos connaissances pour le caractériser, n'est jamais que le monde de notre perspective, qui est une perspective vivante, affective. C'est pourquoi Nietzsche peut dire du monde qu'il est Volonté de puissance, dès lors qu'il a justifié que l'homme, en tant qu'organisme, est Volonté de puissance. Pour Nietzsche, nous ne pouvons faire autrement que de projeter cette conception de l'être qui nous appartient du fait que nous vivons, et cela entraîne également pour conséquence que la connaissance est interprétation52, puisqu'une connaissance objective signifierait concevoir une connaissance sans un sujet vivant. En conséquence, l'être n'est pas d'abord l'objet d'une quête de vérité, l'être est, pour l'homme, de la manière la plus intime et immédiate, vie ou existence.
À partir de ce perspectivisme, Nietzsche estime que toute science (en tant que schématisation quantitative) est dérivée nécessairement de notre rapport qualitatif au monde, elle en est une simplification, et répond à des besoins vitaux :
- «… nous nous rendons compte de temps en temps, non sans en rire, que c'est précisément la meilleure des sciences qui prétend nous retenir le mieux dans ce monde simplifié, artificiel de part en part, dans ce monde habilement imaginé et falsifié, que nolens volens cette science aime l'erreur, parce qu'elle aussi, la vivante, aime la vie ! »53
Dans un premier temps, à l'époque des Considérations Inactuelles, Nietzsche avait déduit de ce point de départ que nous ne pouvons comprendre la matière autrement que comme douée de qualités spirituelles, essentiellement la mémoire et la sensibilité, ce qui signifie que nous anthropomorphisons spontanément la nature. Il avait ainsi tenté de dépasser d'un seul coup le matérialisme et le spiritualisme qui opposent tous deux la matière et la conscience d'une manière qui demeure inexpliquée. Or, Nietzsche supprimait ici le problème, en posant "l'esprit" comme matière. Avec le développement de la notion de Volonté de puissance, Nietzsche ne rompt pas avec cette première thèse de sa jeunesse, puisque les qualités attribuées à cette puissance sont généralisables à l'ensemble de ce qui existe ; de ce fait, Nietzsche suppose que l'inorganique pourrait posséder, comme toute vie, sensibilité et conscience, du moins dans un état plus primitif. Cette thèse peut faire penser à la conception antique (aristotélicienne et stoïcienne) de la nature, qui fait naître un être plus complexe d'un état antérieur (par exemple, l'âme-psychè naît de la physis en en conservant les qualités)54.
Cette méthode interprétative implique une réflexion de fond à propos des concepts traditionnels de réalité et d'apparence55. En effet, puisque Nietzsche s'en tient à un strict sensualisme (qui nécessite toutefois une interprétation), la réalité devient l'apparence, l'apparence est la réalité : « Je ne pose donc pas "l'apparence" en opposition à la "réalité", au contraire, je considère que l'apparence, c'est la réalité. »
Mais de ce fait, les concepts métaphysiques de réalité et d'apparence, et leur opposition, se trouvent abolis :
- « Nous avons aboli le monde vrai : quel monde restait-il ? Peut-être celui de l'apparence ? … Mais non ! En même temps que le monde vrai, nous avons aussi aboli le monde des apparences ! »56
En quoi consiste alors la réalité ? Pour Nietzsche :
- « La "réalité" réside dans le retour constant de choses égales, connues, apparentées, dans leur caractère logicisable, dans la croyance qu'ici nous calculons et pouvons supputer. »
Autrement dit, la réalité qui nous est « donnée » est déjà un résultat qui n'apparaît que par une perspective, structure de la volonté de puissance que nous sommes. La pensée de Nietzsche est donc une pensée de la réalité comme interprétation, reposant sur une thèse sensualiste, tout ceci supposant que toute interprétation n'existe qu'en tant que perspective. À partir de cette thèse perspectiviste, la question qui se pose à Nietzsche (comme elle s'était posée à Protagoras, cf. le dialogue de Platon) est de savoir si toutes les perspectives (ou interprétations) se valent. La généalogie vient répondre à cette question.
Si la Volonté de puissance est appliquée par Nietzsche à l'ensemble de la réalité, elle n'est pas utilisée de manière univoque. Müller-Lauter, qui a étudié l'ensemble des textes qui se rapportent à cette notion, a proposé de regrouper l'ensemble de ces usages d'après l'article qui précède l'expression (« une », « la », « les »). On peut distinguer, en suivant ce commentateur, un usage général et un usage particulier.
Dans un usage général, la « Volonté de puissance » est une expression qui désigne la qualité générale de tout devenir. Elle décrit une manière d'être qui se rencontre en tout étant.
Dans un usage particulier, une volonté de puissance, c'est tel devenir, un être (tel homme par exemple).
La Volonté de puissance est un instrument d'interprétation de ce qui est, mais elle doit permettre également de déterminer une échelle de valeurs. Elle est donc aussi le point de départ du projet de Nietzsche de réévaluer les valeurs traditionnelles de la métaphysique par l'adoption d'une perspective nouvelle sur les valeurs humaines produites jusqu'ici. Ceci doit, d'une part, entraîner l'abolition des valeurs idéalistes platonico-chrétiennes, et, d'autre part, entraîner un mouvement antagoniste au développement de l'histoire sous l'influence de Platon, mouvement qui conduirait alors à une réévaluation de la vie57.
L'aspect polémique de la Volonté de puissance peut en particulier être spécifiée par l'idée de naturalisation de l'homme et des valeurs morales, c'est-à-dire par l'interprétation du vivant homme comme volonté de puissance porteuse de certaines valeurs opposées aux anciennes valeurs qui supposent que l'homme possède une dimension métaphysique.
Par la volonté de puissance, Nietzsche s'oppose à la tradition philosophique depuis Platon, tradition dans laquelle on trouve deux manières de saisir l'essence du vivant : le Conatus, chez Spinoza (le fait de « persévérer dans l'être ») et le vouloir-vivre chez Schopenhauer (Nietzsche fut conquis par la philosophie de Schopenhauer avant de la critiquer). Mais chez Nietzsche, vivre n'est en aucune façon une conservation (« Les physiologistes devraient réfléchir avant de poser que, chez tout être organique, l’instinct de conservation constitue l’instinct cardinal. Un être vivant veut avant tout déployer sa force. La vie même est volonté de puissance, et l’instinct de conservation n’en est qu’une conséquence indirecte et des plus fréquentes » (Nietzsche, Par delà bien et mal,13)), au contraire, pour lui, se conserver c'est s'affaiblir dans le nihilisme, seul le dépassement de soi (Selbst-Überwindung) de la puissance par la volonté et de la volonté par la puissance est essentiel à la vie et donne son sens à la volonté de puissance.
Nietzsche s'oppose également, par cette notion de Volonté de puissance, aux philosophies faisant du bonheur le Bien Suprême, et de sa recherche le but de toute vie, et notamment aux philosophies eudémonistes antiques comme l'épicurisme - qui ne parvenaient pas à expliquer la persistance du mal - en tête. Cette position se retrouve notamment dans cette déclaration :
- « il n'est pas vrai que l'homme recherche le plaisir et fuit la douleur : on comprend à quel préjugé illustre je romps ici (…). Le plaisir et la douleur sont des conséquences, des phénomènes concomitants ; ce que veut l'homme, ce que veut la moindre parcelle d'un organisme vivant, c'est un accroissement de puissance. Dans l'effort qu'il fait pour le réaliser, le plaisir et la douleur se succèdent ; à cause de cette volonté, il cherche la résistance, il a besoin de quelque chose qui s'oppose à lui… ».
Au final, Nietzsche se propose de saper par la Volonté de puissance les fondements de toutes les philosophies passées, dont le caractère dogmatique est contraire à son perspectivisme, et de renouveler la question des valeurs que nous attribuons à certaines notions (comme la vérité, le bien) et à notre existence, en posant la question de savoir ce qui fait la valeur propre d'une perspective : quelle est par exemple la valeur de la volonté de vérité58?
La question qui découle pour Nietzsche de cette mise en question est de savoir si l'on peut établir, à la suite de cette critique, une nouvelle hiérarchie des interprétations et sur quelles bases. Nietzsche n'est ainsi pas tant un prophète ou un visionnaire, dont une notion comme la Volonté de puissance serait le message, mais il se comprend lui-même comme le précurseur de philosophes plus libres, tant à l'égard des valeurs morales que des valeurs métaphysiques.
- « Ma volonté survient toujours en libératrice et messagère de joie. Vouloir affranchit : telle est la vraie doctrine de la volonté et de la liberté […]. Volonté, c'est ainsi que s'appellent le libérateur et le messager de joie […] que le vouloir devienne non-vouloir, pourtant mes frères vous connaissez cette fable de folie ! Je vous ai conduits loin de ces chansons lorsque je vous ai enseigné : la volonté est créatrice »59.
Au-delà de ses aspects critiques, la Volonté de puissance, en tant qu'interprétation de la réalité, a donc des aspects positifs et créateurs, qui se traduiront dans la pensée de l'éternel retour et dans l'aspiration à un état futur de l'homme, le Surhomme60.
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