Victor Hugo (3).
États-Unis d'Europe
Victor Hugo a fréquemment défendu136 l'idée de la création des États-Unis d'Europe. Ainsi, dès 1849, au congrès de la paix, il lance :
« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. - Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France137! »
Victor Hugo conçoit une Europe axée sur le Rhin, lieu d'échanges culturels et commerciaux entre la France et Allemagne qui serait le noyau central de ces États-Unis d'Europenote 22. Il présente une Europe des peuples par opposition à l'Europe des rois, sous forme d'une confédération d'États avec des peuples unis par le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort138.
L'idée n'est pas neuve, elle fut défendue avant lui par Saint-Simon, Guizot et Auguste Comte139,138, mais Victor Hugo en fut un de ses plus ardents défenseurs à une époque où l'histoire s'y prête peu. Considéré comme visionnaire ou fou139, Victor Hugo reconnaît les obstacles qui entravent cette grande idée et précise même qu'il faudra peut-être une guerre ou une révolution pour y accéder140.
Victor Hugo s'est peu exprimé sur la question de la colonisation de l'Algérie, qui a constitué pourtant la principale aventure coloniale de la France de son époque. Ce silence relatif ne doit pourtant pas être trop rapidement assimilé à un acquiescement de la part de l'auteur des Misérables. En effet, si Hugo a été sensible aux discours légitimant la colonisation au nom de la « civilisation141 », une analyse attentive de ses écrits — et de ses silences — montre qu'à propos de la « question algérienne » ses positions furent loin d'être dénuées d'ambiguïtés : sceptique à l'égard des vertus civilisatrices de la « pacification » militaire, il devait surtout voir dans l'Algérie colonisée le lieu où l'armée française s'est « faite tigre », et où les résistants au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte ont été déportés142.
Sur la question de l'esclavage, celui qui, dans les années 1820, montrait à travers Bug-Jargal qu'il partageait dans sa vision des peuples noirs les mêmes préjugés que ses contemporains, et qui garda un silence étonnant lors de l'abolition de l'esclavage en 1848143, devait intervenir pour demander la grâce de l'abolitionniste américain John Brown144.
Victor Hugo fut tenant du droit d’auteur et de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques tout en reconnaissant l'importance de l'accès de tous au savoir :
« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous145. »
Convictions religieuses
Selon Alain Decaux146, Victor Hugo, élevé par un père franc-maçon et une mère qui n'est jamais entrée dans une église, se construit une foi profonde, mais personnelle.
Victor Hugo n'a jamais été baptisé, a tenté l'expérience d'un confesseur, mais finit sa vie en refusant l'oraison des églises. Il reproche à l'Église le carcan dans laquelle celle-ci enferme la foi. Alain Decaux cite146, à ce sujet, cette phrase prononcée par Olympio : « Les dogmes et les pratiques sont des lunettes qui font voir l’étoile aux vues courtes. Moi je vois Dieu à l’œil nu ». Son anticléricalisme transparaît dans ses écrits comme Religions et religion147, La fin de Satan, Dieu, Le pape, Torquemada, ainsi que dans son adhésion à des mouvements anticléricaux148.
Victor Hugo reste cependant profondément croyant, il croit en un Dieu souffrant et compatissant149, en un Dieu force infinie créatrice de l'univers146, et à l'immortalité de l'âme. La mort de Léopoldine provoque un regain dans sa quête de spiritualité146 et lui inspire les Contemplations.
La quête spirituelle de Victor Hugo l'entraîne à explorer d'autres voies que le catholicisme. Il lit le Coran146, s'intéresse au druidisme, critique les religions orientales150 et expérimente le spiritisme. Comme Balzac et malgré les nombreuses différences entre les visions du monde et de la littérature des « deux plus grands hommes du temps »151, Hugo considère que le principe swedenborgien de correspondance unit l'esprit et la matière152.
Victor Hugo se trouve en exil sur l'île de Jersey lorsque son amie Delphine de Girardin, qui se sait condamnée, l'initie en 1853 aux tables tournantes. Cette pratique issue du spiritualisme anglo-saxon, vise à tenter d'entrer en communication avec les morts. Hugo, pour qui les poètes sont également des voyants, est ouvert à ce genre de phénomènes. Ces expériences sont consignées dans Le Livre des tables. Durant deux ans, ses proches et lui interrogent les tables, s'émeuvent à l'idée de la présence possible de Léopoldine et enregistrent des communications d'esprits très divers, dont Jésus, Caïn, Dante, Shakespeare ainsi que des entités telles la Mort, la Bouche d'Ombre, Le Drame ou la Critique. S'ébauche ainsi une nouvelle religion dépassant le christianisme et englobant la métempsycose153. Selon le docteur Jean de Mutigny, ces séances presque quotidiennes de tables tournantes révèlent une paraphrénie fantastique qui se retrouve dans les œuvres ultérieures de Victor Hugo, notamment le poème Ce que dit la bouche d'ombre des Contemplations154.
Par la suite, Victor Hugo affiche ses convictions concernant la survie de l'âme en déclarant publiquement : Ceux que nous pleurons ne sont pas les absents, ce sont les invisibles155. Lors de l'enterrement de l'écrivain, cette phrase est inscrite sur une couronne de fleurs portée par une délégation de la Société Scientifique du Spiritisme qui considérait que Victor Hugo en avait été un porte-parole156. Mais l'expérience spirite n'a été qu'un moment dans la quête par Hugo d'une vérité et ce moment a été dépassé[réf. nécessaire] par d'autres recherches[Lesquelles ?] « à la poursuite du vrai ».
Son testament, lapidaire, se lit comme une profession de foi :
Je donne cinquante mille francs aux pauvres.
Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard.
Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes.
Je crois en Dieu156.
Hugo et ses contemporains
Estimé par certains et critiqué par d'autres, Victor Hugo reste une figure de référence de son siècle157
Admirateur de Chateaubriand à qui il dédie plusieurs odes158, il se détache peu à peu de son ancien maître qui lui reproche une littérature subversive159. Il entretient des relations d'estime et d'admiration mutuelles avec Balzac (un peu de méfiance, l'ego des grands créateurs y pourvoit), Nerval152 et Vigny160 et des relations d'amitié avec Dumas, son compagnon de romantisme, qui dureront, avec beaucoup de hauts et quelques bas, toute la vie161. La rivalité est plus exacerbée avec Lamartine, auquel Hugo ne cesse de proclamer son admiration, mais ne lui concède plus, le succès venant, de réelle prééminence artistique162 et avec Musset qui lui reproche ses artifices et son engagement politique163.
Il détient en Barbey d'Aurevilly164, Gustave Planche165, et Sainte-Beuve à partir de 1835166, des adversaires tenaces et constants, dans les frères Goncourt des lecteurs très critiques167 et en George Sand une commentatrice très perspicace168. Mais il possède en Théophile Gautier un admirateur inconditionnel169 que Victor Hugo soutiendra jusqu'à sa mort170.
Les relations sont plus conflictuelles avec les admirateurs de la première heure, que Victor Hugo déçoit parfois par la suite et qui alternent éloges et critiques : Charles Baudelaire171, Flaubert172… D'autres revendiquent leur filiation avec Victor Hugo tout en empruntant des voies qui leur sont propres, se détachant même du romantisme : Théodore de Banville173, Leconte de Lisle174, Mallarmé175, Verlaine176…
L'étiquette d'auteur engagé que lui vaut son exil participe à sa notoriété, mais lui aliène l'estime de poètes comme Baudelairenote 23, et provoque sa rupture avec Vigny, fidèle à l'empereur177.
Quand il retourne en France après l'exil, il est considéré comme le grand auteur qui a traversé le siècle et comme un défenseur de la république178. Les monarchistes ne pardonnent pas facilement à celui qui a trahi son milieu et si les républicains les plus à gauche doutent de sa conversion, il devient cependant un enjeu politique, adulé par la gauche républicaine qui organise pour l'anniversaire de ses 79 ans, une grande fête populaire179. Les jeunes poètes continuent de lui envoyer leurs vers – tandis que d'autres se montrent volontiers irrévérencieux.
« Hugo : l'Homme apocalyptique,
L'Homme-Ceci-tûra-cela,
Meurt, gardenational épique ;
Il n'en reste qu'un – celui-là – »
– Tristan Corbière, « Un jeune qui s'en va », Les Amours jaunes (1873)
Ce culte hugolien exaspère ses pairs. Paul Lafargue écrit en 1885 son pamphlet La légende de Victor Hugo et Zola s'exclame :
Victor Hugo est devenu une religion en littérature, une sorte de police pour le maintien du bon ordre […]. Être passé à l'état de religion nécessaire, quelle terrible fin pour le poète révolutionnaire de 1830180.
Postérité
Au début du XXe siècle, Victor Hugo reste une gloire nationale et l'anniversaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations officielles181. Le milieu artistique a cependant pris un peu ses distances. Le mouvement parnassien et le mouvement symboliste, en remettant en cause l'éloquence dans la poésie, se sont posés en adversaires de l'école de Hugo182 et la mode en ce début de siècle est à une poésie moins passionnée183. La phrase d'André Gide, « Victor Hugo hélas », en réponse à la question « Quel est votre poète ? » à un questionnaire sur « les poètes et leur poète184 », montre la double attitude des poètes du XXe siècle, reconnaissant à Victor Hugo une place prééminente parmi les poètes, mais exaspérés parfois aussi par ses excès185. Charles Péguy, dans Notre patrie publié en 1905, n'est pas tendre envers le grand homme186, l'accusant d'être un « hypocrite pacifiste »187, disant de lui que « Faire des mauvais vers lui est complètement égal »188, mais plus loin s'exclamant « quels réveils imprévus, quel beau vers soudain »188 et parlant d'« entraînement formidable de l'image et du rythme »189. Saint-John Perse lui reproche d'avoir perverti le romantisme par son engagement politique190. On retrouve de son influence aussi bien chez des admirateurs comme Dostoïevski191 que chez de violents détracteurs comme Jean Cocteau192. Vers 1930, Eugène Ionesco écrit le pamphlet Hugoliade et reproche à Hugo une éloquence masquant la poésie ainsi que sa mégalomanie193.
Entre les deux guerres, c'est en sa qualité de révolutionnaire qu'il est apprécié par les gens de gauche (Romain Rolland, Alain) et exécré des réactionnaires (Charles Maurras194), c'est en sa qualité de visionnaire qu'il est apprécié des surréalistes183. Il est admiré par Aragon195, par Desnos196.
Durant la guerre, son image sert de porte-drapeau à la résistance197,183.
Au retour de la guerre, les passions s'assagissent, on découvre l'homme. François Mauriac déclare, en 1952 : « Il commence à peine à être connu. Le voilà au seuil de sa vraie gloire. Son purgatoire est fini198. » Henri Guillemin publie une biographie très nuancée de l'écrivain183. Jean Vilar popularise son théâtre. Victor Hugo est désormais adapté au cinéma, au théâtre et pour la jeunesse. Le centenaire de sa mort est fêté en grande pompe199.
Les œuvres d'Hugo ont donné lieu à d'innombrables adaptations200 au cinéma, à la télévision ou au théâtre. Le héros hugolien le plus interprété demeure Jean Valjean, incarné, en France, par Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura ou Gérard Depardieu.
Près d'une centaine d'adaptations au total dont plus d'une quarantaine pour Les Misérables, suivi de près par Notre-Dame de Paris. On peut y voir le caractère universel de l'œuvre d'Hugo, car les cinémas les plus divers s'en sont emparés : américain (1915, Don Caesar de Bazan, tiré de Ruy Blas) ; The Man Who Laughs (1928, adaptation de L'Homme qui rit); anglais, indien (Badshah Dampati, en 1953, adaptation de Notre-Dame de Paris) ; japonais (en 1950 Re Mizeraburu : Kami To Akuma : adaptation dans un cadre japonais, sous l'ère Meiji) ; égyptien (ex :1978, Al Bo'asa adaptation des Misérables) ; italien (1966, L'Uomo che ride, adaptation de L'Homme qui rit), etc.
L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut est un des rares films biographiques qui évoque indirectement l'exil de Victor Hugo (qui n'apparaît pas dans le film) à travers le destin de sa fille Adèle Hugo. L'écrivain apparaît dans le film de Sacha Guitry Si Paris nous était conté interprété par Émile Drain.
Un nombre important d'adaptations d'œuvres de Victor Hugo a été réalisé pour la télévision. Pour la télévision française Jean Kerchbron réalisa les adaptations de Marion de Lorme, Torquemada et L'Homme qui rit, en 2000 Josée Dayan fit une adaptation des Misérables avec Gérard Depardieu, Christian Clavier et John Malkovich.
Une centaine d'opéras ont été inspirés par l'œuvre de Victor Hugo. Signalons, entre autres, parmi les plus connus :
- 1833 : Lucrezia Borgia, de Gaetano Donizetti, d'après Lucrèce Borgia.
- 1837 : Il Giuramento, Saverio Mercadante, d'après Angelo, tyran de Padoue.
- 1844 : Ernani de Verdi, tiré de la pièce Hernani.
- 1851 : Rigoletto de Verdi, d'après la pièce Le Roi s'amuse.
- 1885 : Marion Delorme d'Amilcare Ponchielli, d'après la pièce Marion de Lorme
- 1943 : Torquemada de Nino Rota, d'après la pièce Torquemada
Sur ces opéras et d'autres, on se reportera au numéro hors série de L'Avant-scène opéra, Hugo à l'opéra, dirigé par Arnaud Laster, spécialiste des rapports de Victor Hugo avec la musique et des mises en musique de ses œuvres201.
Contrairement à ce que l'on a souvent prétendu, Victor Hugo n'était pas hostile à la mise en musique de ses poèmes ni aux opéras inspirés par ses œuvres sauf quand on ne signalait pas qu'il était l'auteur de l'œuvre adaptéenote 24,note 25. Néanmoins, lors des premières représentations d'Ernani, Hugo insista pour que le titre et le nom des personnages soient changés202.
Son ami Franz Liszt composa plusieurs pièces symphoniques inspirées de ses poèmes : Ce qu'on entend sur la montagne, tiré des Feuilles d'automne, et Mazeppa, tiré des Orientales.
De nombreux compositeurs ont mis en musique des poèmes de Victor Hugo : Gounod (Sérénade), Bizet (Guitare ; Les Adieux de l'hôtesse arabe), Lalo (Guitare), Delibes (Églogue), Jules Massenet (Soleils couchants), Franck (S'il est un charmant gazon), Fauré (Le Papillon et la Fleur ; L'Absent ; Puisqu'ici bas), Wagner (L'Attente), Liszt (Ô quand je dors ; Comment, disaient-ils), Saint-Saëns (Soirée en mer ; La Fiancée du timbalier), Maude Valerie White (Chantez, chantez, jeune inspirée), Reynaldo Hahn (Si mes vers avaient des ailes ; Rêverie)203,204.
- Thierry Escaich : Guernesey, cycles de trois mélodies pour ténor et piano d'après Victor Hugo, et Djinns, dans Les Nuits hallucinées pour mezzo-soprano et orchestre
- 1980 : Les Misérables, (adaptation d'Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg) pour Robert Hossein, est devenue l'une des plus populaires comédies musicales à partir de 1985 où elle a été montée à Londres en anglais et où elle est toujours à l'affiche205 : jouée dans 40 pays, traduite en 21 langues et vue par plus de 55 millions de spectateurs au total, elle a été jouée (en anglais) au théâtre du Châtelet à Paris dans une mise en scène de Trevor Nunn et John Caird, en 2010206.
- 1999 Notre-Dame de Paris, (adaptation Luc Plamondon et Richard Cocciante).
Plusieurs succès, dont les plus célèbres :
- 1996 : Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame, par les studios Disney)
- 1979 : Les Misérables, film d'animation japonais.
Plusieurs chanteurs ont repris des poèmes de Victor Hugo. Citons :
- Georges Brassens : Gastibelza, La Légende de la Nonne
- Julos Beaucarne : Je ne songeais pas à Rose
- Colette Magny : Les Tuileries, Chanson en canot
- Malicorne : La fiancée du timbalier
- Pierre Bensusan : « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne »
- Gérard Berliner : composition théâtrale Mon Alter Hugo207, qui donnera aussi lieu à l'album Gérard Berliner chante Victor Hugo
Liste des œuvres
Note : l'année indiquée est la date de la première parution
- 1819 ou 1820 : Inez de Castro
- 1827 : Cromwell
- 1828 : Amy Robsart
- 1830 : Hernani
- 1831 : Marion de Lorme
- 1832 : Le roi s'amuse
- 1833 : Lucrèce Borgia
- 1833 : Marie Tudor
- 1835 : Angelo, tyran de Padoue
- 1838 : Ruy Blas
- 1843 : Les Burgraves
- 1882 : Torquemada
- 1886 : Théâtre en liberté (à titre posthume)
- 1818 : Bug-Jargal
- 1823 : Han d'Islande
- 1829 : Le Dernier Jour d'un condamné
- 1831 : Notre-Dame de Paris
- 1834 : Claude Gueux
- 1862 : Les Misérables
- 1866 : Les Travailleurs de la mer
- 1869 : L'Homme qui rit
- 1874 : Quatrevingt-treize
- 1822 : Odes et poésies diverses
- 1824 : Nouvelles Odes
- 1826 : Odes et Ballades
- 1829 : Les Orientales
- 1831 : Les Feuilles d'automne
- 1835 : Les Chants du crépuscule
- 1837 : Les Voix intérieures
- 1840 : Les Rayons et les Ombres
- 1853 : Les Châtiments
- 1856 : Les Contemplations
- 1859 : Première série de la Légende des siècles
- 1865 : Les Chansons des rues et des bois
- 1872 : L'Année terrible
- 1877 : L'Art d'être grand-père
- 1877 : Nouvelle série de la Légende des siècles
- 1878 : Le Pape
- 1879 : La Pitié suprême
- 1880 : L'Âne
- 1880 : Religions et religion
- 1881 : Les Quatre Vents de l'esprit
- 1883 : Série complémentaire de la Légende des siècles
Recueils posthumes :
- 1886 : La Fin de Satan
- 1891 : Dieu et 1941
Choix de poèmes parmi les manuscrits de Victor Hugo, effectués par Paul Maurice :
- 1888 : Toute la Lyre (1893, 1893, 1835-1937),
- 1893 : Nouvelle série de Toute la Lyre
- 1898 : Les Années funestes
- 1902 : Dernière Gerbe et 1941 (le titre n'est pas de Victor Hugo)
- 1942 : Océan. Tas de pierres
- 1834 : Étude sur Mirabeau
- 1834 : Littérature et philosophie mêlées
- 1842 : Le Rhin, éd. J. Hetzel-A. Quantin (Paris), 1884, t. 1 disponible sur Gallica et t. 2 disponible sur Gallica
- 1852 : Napoléon le Petit (pamphlet) éd. J. Hetzel (Paris), 1877 disponible sur Gallica
- 1855 : Lettres à Louis Bonaparte
- 1864 : William Shakespeare
- 1867 : Paris-Guide
- 1874 : Mes Fils
- 1875 : Actes et paroles - Avant l'exil
- 1875 : Actes et paroles - Pendant l'exil
- 1876 : Actes et paroles - Depuis l'exil
- 1877 : Histoire d'un crime - 1re partie
- 1878 : Histoire d'un crime - 2e partie
- 1883 : L'Archipel de la Manche
- 1887 : Choses vues - 1re série (mémoires et commentaires pris sur le vif, le titre n'est pas de Victor Hugo)
- 1900 : Choses vues - 2e série
- 1890 : Alpes et Pyrénées (carnets de voyage)
- 1892 : France et Belgique (carnets de voyage)
- 1896 : Correspondances - t. I
- 1898 : Correspondances - t. II
- 1901 : Post-scriptum de ma vie, recueil de textes philosophiques des années 1860
- 1934 : Mille Francs de récompense, (théâtre)
- 1951 : Pierres (fragments manuscrits)
- 1964 : Lettres à Juliette Drouet suivi de Le livre de l'anniversaire
Bibliographie
- Pour une bibliographie exhaustive : Bibliographie établie par la Bibliothèque Nationale de France en 2002 ainsi que Bibliographie du « Groupe Hugo », Université Paris 7
- 1880-1892 : Édition Hetzel – Quantin, dite « ne varietur ». Œuvres complètes de Victor Hugo. Édition définitive d'après les manuscrits originaux. – J. Hetzel et Cie ; A. Quantin, 1880-1889. – 48 vol. in--8 °. I. Poésie (16 vol.) – II. Philosophie (2 vol.) – III. Histoire (3 vol.) – IV. Voyages (2 vol.) – V. Drame (5 vol.) – VI. Roman (14 vol.) – VII. Actes et paroles (4 vol.) – VIII Œuvres diverses (2 vol.)
- 18??-1880 : Éditions Rouff. L'Œuvre de Victor Hugo. Édition populaire, 227 vol. in-32.
- 1904-1952 : Éditions Ollendorff et Albin Michel, dite « de l'Imprimerie nationale » Œuvres complètes de Victor Hugo, P. Ollendorff ; Albin Michel ; Imprimerie Nationale, 1902-1952, 45 vol. – Portraits, planches en noir et en couleurs, fig. fac-similés, couvertures imprimées. Éditeurs intellectuels successifs : Paul Meurice (1904-1905), Gustave Simon (1905-1928) et Cécile Daubray (1933-1952). Édition critique, avec pour la première fois la Correspondance de Victor Hugo ainsi que de nombreux textes inédits.
- 1967-1970 : Édition chronologique Massin, au Club Français du livre Œuvres complètes de Victor Hugo : édition chronologique publiée sous la direction de J. Massin. Club Français du Livre, 1967-1970, 18 vol.
- 1985 : Collection « Bouquins » aux éditions Robert Laffont. Textes proches de l'édition Massin, et revus pour le centenaire de la mort de Hugo. Œuvres complètes de Victor Hugo dirigée par Jacques Seebacher et Guy Rosa ; en collaboration avec le Groupe inter-universitaire de travail sur Victor Hugo-Paris VII, Robert Laffont, 15 vol.
- Adèle Hugo208, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Paris, Bruxelles, Leipzig, Librairie Internationale A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, éditeurs, 2 t. in-8°, 1863note 26.
- Augustin Cabanès, Victor Hugo mégalomane et spirite, dans Grands névropathes, tome 2, Albin Michel, 1931 [lire en ligne].
- Alain Decaux, Victor Hugo, Éditions Perrin, 2001.
- Juliette Drouet, Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo (choisies, préfacées et annotées par Paul Souchon), Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1951.
- Max Gallo, Victor Hugo, XO éditions, 2001, 2 tomes.
- Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo « Sa vie, son œuvre », Frédéric Birr, coll., 1984.
- Danièle Gasiglia-Laster, , Victor Hugo, celui qui pense à autre chose, coll. « Petites biographies », Portaparole, Rome, 2006.
- Henri Guillemin, Victor Hugo par lui-même, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", Paris, Le Seuil, 1951.
- Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Avant l'exil : 1802-1851, Fayard, 2001.
- Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Pendant l'exil : 1851-1864, Fayard, 2008.
- Paul Lafargue, « La Légende de Victor Hugo de 1817 à 1873 », dans Revue socialiste, 1885 [lire en ligne]. Pamphlet virulent, écrit par un ancien communard, et à contre-courant, accusant l'écrivain de n'être qu'un bourgeois opportuniste.
- Arnaud Laster , Pleins feux sur Victor Hugo, Comédie-Française, 1981 ;
- Arnaud Laster , Victor Hugo, éditions Belfond, 1984.
- Frédéric Lenormand, Les Fous de Guernesey ou les amateurs de littérature, Robert-Laffont, 1991, sur l'exil à Saint-Pierre-Port.
- Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo, E. Dentu, 1885.
- André Maurois, Olympio ou la Vie de Victor Hugo, Hachette, 1985.
- Annette Rosa, Victor Hugo, l'éclat d'un siècle, éditions Messidor, 1985 [lire en ligne].
- Jacques Seray, Richard Lesclide, du « Vélocipède illustré » à « La Table de Victor Hugo », Vélizy, Seray, 2009.
- Marieke Stein, « Victor Hugo vient de mourir. Les Funérailles du siècle », dans Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste, 2008, (ISBN 9782913366206).
- Corinne Charles, Victor Hugo, visions d'intérieur : du meuble au décor, Paris, éditions Paris-Musées, 2003 (ISBN 2-87900-768-2).
- Christian Chelebourg, Victor Hugo, le châtiment et l'amour - Sens de l'exil, Lettres Modernes Minard, « Archives des Lettres Modernes », 2010.
- Henri Meschonnic, Écrire Hugo, 2 tomes, Gallimard, 1977.
- Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon, étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Librairie José Corti, 1974.
- - Allemand -
- Martin Feller, Der Dichter in der Politik. Victor Hugo und der deutsch-französische Krieg von 1870/71. Untersuchungen zum französischen Deutschlandbild und zu Hugos Rezeption in Deutschland., Thèse Marburg, 1988.
- - Français -
- Jean-François Kahn, Victor Hugo, un révolutionnaire, Paris, Fayard, 2001, 960 p.(ISBN 9782213610962).
- Henri Meschonnic, Hugo, la poésie contre le maintien de l’ordre, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
- Jérôme Picon et Isabel Violante, Victor Hugo contre la peine de mort, avant-propos de Robert Badinter, Paris, éditions Textuel, 2001.
- Frank Wilhelm, Victor Hugo et l'Idée des États-Unis d'Europe, Luxembourg, éd. par les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden, 2000.
Victor Hugo (2).
Une œuvre monumentale
L'ensemble des écrits de Victor Hugo (triés et organisés par ses exécuteurs testamentaires Paul Meurice et Auguste Vacquerie69) a été publié chez Jean-Jacques Pauvert et représente presque quarante millions de caractères réunis en 53 vol.
« L'ensemble de mon œuvre fera un jour un tout indivisible […] Un livre multiple résumant un siècle, voilà ce que je laisserai derrière moi70 »
Victor Hugo a pratiqué tous les genres : roman, poésie, théâtre, essai, etc. – avec une passion du Verbe, un sens de l'épique et une imagination féconde71. Écrivain et homme politique, Victor Hugo n'a jamais cherché à opérer une distinction entre son activité d'écrivain et son engagement72. Ainsi mélange-t-il intimement, dans ses œuvres de fiction, développement romanesque et réflexion politique73.
Hugo a laissé neuf romans. Le premier, Bug-Jargal a été écrit à seize ans ; le dernier, Quatrevingt-treize, à soixante-douze. L'œuvre romanesque a traversé tous les âges de l'écrivain, toutes les modes et tous les courants littéraires de son temps, sans jamais se confondre totalement avec aucun ; en effet, allant au-delà de la parodie, Hugo utilise les techniques du roman populaire en les amplifiant et subvertit les genres en les dépassant74 : si Han d'Islande, en 1823, Bug-Jargal, publié en 1826, ou Notre-Dame de Paris, en 1831, ressemblent aux romans historiques en vogue au début du XIXe siècle ils en dépassent le cadre ; Hugo n'est pas Walter Scott et, chez lui, le roman se développe vers l'épopée et le grandiosenote 10.
Le Dernier Jour d'un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834 engagent une réflexion directement sociale, mais ils ne sont pas plus aisés à définir75. Pour Hugo lui-même, il faut distinguer «romans de faits et romans d'analyse». Ces deux derniers sont des romans à la fois historiques et sociaux, mais sont surtout des romans engagés dans un combat – l'abolition de la peine de mort – qui dépasse de loin le cadre de la fiction. On peut en dire autant des Misérables, qui paraît en 1862, en pleine période réaliste, mais qui lui emprunte peu de caractéristiques76. Ce succès populaire phénoménal embarrasse d'ailleurs la critique, car il louvoie constamment entre mélodrame populaire, tableau réaliste et essai didactique77.
De la même façon, dans Les Travailleurs de la mer (1866) et dans L'Homme qui rit (1869), Hugo se rapproche davantage de l'esthétique romantique du début du siècle, avec ses personnages difformes, ses monstres et sa Nature effrayante78.
Enfin, en 1874, Quatrevingt-treize signe la concrétisation romanesque d'un vieux thème hugolien : le rôle fondateur de la Révolution française dans la conscience littéraire, politique, sociale et morale du XIXe siècle. Il mêle alors la fiction et l'histoire, sans que l'écriture ne marque de frontière entre les narrations79.
Le roman hugolien n'est pas un « divertissement » : pour lui l'art doit en même temps instruire et plairenote 11 et le roman est presque toujours au service du débat d'idées. Cette constante traverse les romans abolitionnistes de sa jeunesse, elle se poursuit, dans sa maturité, au travers de ses nombreuses digressions sur la misère matérielle et morale dans Les Misérablesnote 12.
Poète ou romancier, Hugo demeure le dramaturge de la fatalité80 et ses héros sont, comme les héros de tragédie, aux prises avec les contraintes extérieures et une implacable fatalité ; tantôt imputable à la société (Jean Valjean ; Claude Gueux ; le héros du Dernier jour d'un condamné), tantôt à l'Histoire (Quatrevingt-treize) ou bien à leur naissance (Quasimodo). Le goût de l'épopée, des hommes aux prises avec les forces de la Nature, de la Société, de la fatalité, n'a jamais quitté Hugo81 ; l'écrivain a toujours trouvé son public, sans jamais céder aux caprices de la mode, et personne ne s'étonne qu'il ait pu devenir un classique de son vivant82.
Le théâtre de Victor Hugo se situe dans un renouveau du genre théâtral initié par Madame de Staël, Benjamin Constant, François Guizot, Stendhal83 et Chateaubriand. Dans sa pièce Cromwell qu'il sait être injouable à son époque83(pièce de 6 414 vers et aux innombrables personnages), il donne libre cours à son idée du nouveau théâtre. Il publie conjointement une préface destinée à défendre sa pièce et où il expose ses idées sur le drame romantique : un théâtre « tout-en-un83 », à la fois drame historique, comédie, mélodrame et tragédie. Il se revendique dans la lignée de Shakespeare83, jetant un pont entre Molière et Corneille84. Il y expose sa théorie du grotesque qui se décline sous plusieurs formes85 : du ridicule au fantastique en passant par le monstrueux ou l'horrible. Victor Hugo écrit « Le beau n'a qu'un type, le laid en a mille »86. Anne Ubersfeld parle à ce sujet de l'aspect carnavalesque du théâtre hugolien87 et de l'abandon de l'idéal du beau83. Selon Victor Hugo, le grotesque doit côtoyer le sublime, car ce sont les deux aspects de la vie88.
Lors de la création de ses autres pièces, Victor Hugo est prêt à de nombreuses concessions89 pour apprivoiser le public et le mener vers son idée du théâtrenote 13. Pour lui, le romantisme est le libéralisme en littérature90. Ses dernières pièces, écrites durant l'exil et jamais jouées de son vivant, sont d'ailleurs réunies dans un recueil au nom évocateur Théâtre en liberté. Le théâtre doit s'adresser à tous : l'amateur de passion, celui de l'action ou celui de la morale84,note 14. Le théâtre a ainsi pour mission d'instruire, d'offrir une tribune pour le débat d'idées et de présenter « les plaies de l'humanité avec une idée consolante91 ».
Victor Hugo choisit de situer ses pièces principalement dans le XVIe et XVIIe siècles, se documente beaucoup avant de commencer à écrire92, présente souvent une pièce à trois pôles : le maître, la femme, le laid93 où se confrontent et se mélangent deux mondes : celui du pouvoir et celui des serviteursnote 15, où les rôles s'inversent (Ruy Blas, serviteur, joue le rôle d'un grand d'Espagne), où le héros se révèle faible et où le monstre a une facette attachantenote 16.
Victor Hugo reste attaché à l'alexandrin auquel il donne cependant, quand il le souhaite, une forme plus libre94 et rares sont ses pièces en prose (Lucrèce Borgia, Marie Tudor).
Victor Hugo, s'il possède d'ardents défenseurs de son théâtre comme Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Hector Berlioz, Petrus Borel, etc.95, a aussi rencontré de nombreuses difficultés dans la présentation de ses pièces.
La première est une opposition politique. Sa remise en question des représentants du pouvoir ne plaît pas, Marion de Lorme est interdite, le Roi s'amuse l'est aussi après sa première représentation, Les Ultras attaquent Ruy Blas96.
La seconde est la contrainte économique : il n'existe sur Paris que deux théâtres susceptibles de représenter le drame, le Théâtre-Français et le théâtre de la Porte-Saint-Martin. Ces deux théâtres subventionnés ne roulent pas sur l'or et sont tributaires des subsides de l'État. Leurs directeurs hésitent à prendre des risques30. Victor Hugo se plaindra du manque de liberté qu'ils offrent97. C'est une des raisons qui lui font entreprendre l'aventure du théâtre de la Renaissance.
La troisième et la plus importante est une opposition du milieu artistique lui-même. Les artistes et les critiques de son époque sont pour beaucoup hostiles à la transgression des codes culturels que représente le théâtre de Victor Hugo. Ils approuvent les grandes pensées qui élèvent l'âme, mais s'insurgent contre tout ce qui relève du grotesque, du vulgaire, du populaire ou du trivial98. Ils ne supportent pas tout ce qui est excessif, lui reprochent son matérialisme et son absence de morale99. Ils critiquent vigoureusement chaque pièce présentée et sont souvent à l'origine de leur arrêt prématuré. Le Roi s'amuse ne fut représenté qu'une seule foisnote 17, Hernani, pourtant forte de cinquante représentations à succès ne fut pas reprise en 1833, Marie Tudor n'est joué que 42 fois100, Les Burgraves sont un échec. Ruy Blas est un succès financier, mais est boudé par la critique101. Seule Lucrèce Borgia peut être considérée comme un plein succès.
Florence Naugrette fait remarquer que le théâtre de Victor Hugo a été peu joué dans la première moitié du
XXe siècle102,103. Il est remis au goût du jour par Jean Vilar en 1954 qui monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D'autres metteurs en scène suivent qui font revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny), Les Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), les pièces du Théâtre en liberté (L'Intervention, Mangeront-ils?, Mille Francs de récompense…) sont montées dans les années 1960 et continuent à l'être. On peut lire aujourd'hui l'ensemble de ce Théâtre en liberté dans l'édition qu'en a procurée Arnaud Laster104. Florence Naugrette souligne aussi les difficultés d'interprétation du théâtre hugolien, comment n'être ni grandiloquent, ni prosaïque, mais sans fausse pudeur, comment présenter le grotesque sans glisser vers la caricature et comment gérer l'immensité de l'espace scénique et rappelle le conseil de Jean Vilar : « jouer sans pudeur en faisant confiance au texte de Victor Hugo ».
À vingt ans, Hugo publie les Odes, recueil qui laisse déjà entrevoir, chez le jeune écrivain, les thèmes hugoliens récurrents : le monde contemporain, l'Histoire, la religion et le rôle du poète, notamment. Par la suite, il se fait de moins en moins classique, de plus en plus romantique, et Hugo séduit le jeune lecteur de son temps au fil des éditions successives des Odes (quatre éditions entre 1822 et 1828).
En 1828, Hugo réunit sous le titre Odes et Ballades toute sa production poétique antérieure. Fresques historiques, évocation de l'enfance ; la forme est encore convenue, sans doute, mais le jeune romantique prend déjà des libertés avec le mètre et la tradition poétique. Cet ensemble permet en outre de percevoir les prémices d'une évolution qui durera toute sa vie : le chrétien convaincu s'y montre peu à peu plus tolérant, son monarchisme qui se fait moins rigide et accorde une place importante à la toute récente épopée napoléonienne ; de plus, loin d'esquiver son double héritage paternel (napoléonien) et maternel (royaliste), le poète s'y confronte, et s'applique à mettre en scène les contraires (ce que l'on appelle l'antithèse hugolienne) pour mieux les dépasser :
« Les siècles, tour à tour, ces gigantesques frères,
Différents par leur sort, semblables en leurs vœux,
Trouvent un but pareil par des routes contraires105. »
Puis Hugo s'éloigne dans son œuvre des préoccupations politiques immédiates auxquelles il préfère – un temps – l'art pour l'art. Il se lance dans Les Orientales (l'Orient est un thème en vogue) en 1829, (l'année du Dernier jour d'un condamné).
Le succès est important, sa renommée de poète romantique assurée et surtout, son style s'affirme nettement tandis qu'il met en scène la guerre d'indépendance de la Grèce (le choix de présenter l'exemple de ces peuples qui se débarrassent de leurs rois n'est pas innocent dans le contexte politique français) qui inspira également Lord Byron ou Delacroix.
Dès les Feuilles d'automne (1832), les Chants du crépuscule (1835) Les Voix intérieures (1837), jusqu'au recueil les Rayons et les Ombres (1840), se dessinent les thèmes majeurs d'une poésie encore lyrique – le poète est une « âme aux mille voix » qui s'adresse à la femme, à Dieu, aux amis, à la Nature et enfin (avec les Chants du crépuscule) aux puissants qui sont comptables des injustices de ce monde.
Ces poésies touchent le public parce qu'elles abordent avec une apparente simplicité des thèmes familiers ; pourtant, Hugo ne peut résister à son goût pour l'épique et le grand. Ainsi, on peut lire, dès le début des Feuilles d'automne, les vers :
« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte »
À partir de l'exil commence une période de création littéraire qui est considérée comme la plus riche, la plus originale et la plus puissante de l'œuvre de Victor Hugo. C'est alors que naîtront certains de ses plus grands poèmesnote 18.
Les Châtiments sont des vers de combat qui ont pour mission, en 1853, de rendre public le « crime » du « misérable » Napoléon III : le coup d'État du 2 décembre. Prophète des malheurs qui attendent Napoléon III, exécuteur du neveu honni, Hugo s'y fait cruel, satirique, voire grossier (« pourceau dans le cloaque106 ») pour châtier « le criminel107 ». Mais Hugo se fait aussi poète de temps meilleurs comme dans Stella ; le poète prend alors des tons quasiment religieux. Quant à la forme des Châtiments, elle est d'une extrême richesse puisque Hugo recourt aussi bien à la fable, qu'à l'épopée, à la chanson ou à l'élégie, etc.
Quelques années plus tard, Hugo déclare, à propos des Contemplations qui paraissent en 1856 : « Qu'est-ce que les Contemplations ? – Les mémoires d'une âme108 ». Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort (cf. Pauca Meae) de la fille adorée : exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète, tout comme dans les Châtiments, se fait même prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins. Mais, dans le même temps, les Contemplations, au lyrisme amoureux et sensuel, contient certains des plus célèbres poèmes inspirés par Juliette Drouet. Les Contemplations : œuvre multiforme donc comme il convient aux « mémoires d'une âmenote 19 ».
Enfin, la Légende des siècles, son chef-d'œuvre, synthétise l'histoire du monde en une grande épopée parue en 1859 ; « L'homme montant des ténèbres à l'Idéal109,110 », c'est-à-dire la lente et douloureuse ascension de l'humanité vers le Progrès et la Lumière111.
Tantôt lyrique, tantôt épique, Hugo est présent sur tous les fronts et dans tous les genres: il a profondément ému ses contemporains, exaspéré les puissants et inspiré les plus grands poètes.
Ainsi que le rappelle Simone de Beauvoir : Son 79e anniversaire fut célébré comme une fête nationale : 600 000 personnes défilèrent sous ses fenêtres, on lui avait dressé un arc de triomphe. L'avenue d'Eylau fut peu après baptisée avenue Victor-Hugo et il y eut un nouveau défilé en son honneur le 14 juillet. Même la bourgeoisie s'était ralliée, […]112.
Victor Hugo a beaucoup voyagé jusqu'en 1871. De ses voyages, il rapporte des carnets de dessins et des notes114,115. On peut ainsi citer le récit d'un voyage fait à Genève et dans les Alpes avec Charles Nodier116. Il part aussi chaque année pour un voyage d'un mois avec Juliette Drouet découvrir une région de France ou d'Europe et en revient avec notes et dessins54. De trois voyages sur le Rhin (1838, 1839, 1840), il rapporte un recueil de lettres, notes et dessins publié en 1842 et complété en 1845117. Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). De retour à Paris en 1871, il cesse de voyager114.
Aux nombreux talents de l'écrivain, il faut ajouter le dessin. L'artiste n'a certes pas éclipsé le poète, mais on continue néanmoins de redécouvrir le travail pictural de Victor Hugo – auquel on a consacré de nombreuses et prestigieuses expositions au cours des vingt dernières années (lors du centenaire de sa mort, en 1985, « Soleil d'Encre » au Petit Palais et « Dessins de Victor Hugo » place des Vosges dans la maison qu'il habita sous la Monarchie de Juillet ; mais aussi, plus récemment, à New York, Venise, Bruxelles, ou Madrid).
En bon autodidacte, Hugo n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus rustiques ou expérimentales : il mélange à l'encre le café noir, le charbon, la suie de cheminée, peignant du bout de l'allumette ou au moyen des barbes d'une plume.
Ses œuvres sont, en général, de petite taille et il s'en sert tantôt pour illustrer ses écrits (Les Travailleurs de la mer), tantôt pour les envoyer à ses amis pour le jour de l'an ou à d'autres occasions. Cet art, qu'il pratiquera toute sa vie, le divertit.
Au début, ses travaux sont de facture plutôt réaliste ; mais avec l'exil et la confrontation mystique du poète avec la mer, ils acquerront une dimension presque fantastiquenote 20,118.
Cette facette du talent d'Hugo n'échappera pas à ses contemporains et lui vaudra les louanges de, notamment, Charles Baudelaire : « Je n'ai pas trouvé chez les exposants du Salon la magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo comme le mystère dans le ciel. Je parle de ses dessins à l'encre de Chine, car il est trop évident qu'en poésie, notre poète est le roi des paysagistes119».
Un certain nombre des dessins de Victor Hugo ont été gravés et publiés de son vivant, en particulier Dessins de Victor Hugo en 1863, préfacé par Théophile Gautier, et en tant qu'illustrations de ses œuvres littéraires (Les Travailleurs de la mer et Le Rhin)120.
Pendant l'exil à Jersey, Victor Hugo s'intéresse au médium de la photographie. Il collabore avec ses fils François-Victor et surtout Charles, ainsi qu'avec Auguste Vacquerie. Hugo leur délègue la partie technique, mais c'est lui qui met en scène les prises de vues. Ils produisent d'abord des daguerréotypes, puis des photographies d'après négatifs sur papier, portraiturant essentiellement le poète ou son entourage familial et amical. Ils prennent aussi des vues de Jersey, de Marine Terrace et de quelques dessins de Hugo.
Ces images (environ 350 œuvres), qui avaient valeur de souvenir ou de communication médiatique, furent diffusées dans le cercle des intimes ou au-delà, rassemblées en albums, insérées dans certains exemplaires des éditions originales de l'écrivain, mais n'ont jamais connues la diffusion commerciale d'abord envisagée par Victor Hugo121.
Sa pensée politique
À partir de 1849, Victor Hugo consacre un tiers de son œuvre à la politique, un tiers à la religion et le dernier à la philosophie humaine et sociale. La pensée de Victor Hugo est complexe et parfois déroutante. Il refuse toute condamnation des personnes et tout manichéisme, mais n'en est pas moins sévère pour la société de son temps. Au fur et à mesure, sa pensée politique va évoluer, quitter le conservatisme et se rapprocher du réformismenote 21,122.
Dans sa jeunesse, Victor Hugo est proche du parti conservateur. Pendant la restauration, il soutient Charles X. En cela, il s'inscrit dans la ligne politique de Chateaubriand.
Lors de la Révolution française de 1848, Victor Hugo, pair de France, prend d'abord la défense de la monarchie (le président du Conseil Odilon Barrot, le charge de défendre l'idée d'une régence de la Duchesse d'Orléans). Une fois la république proclamée, Lamartine lui propose un poste de ministre (Instruction publique) dans le gouvernement provisoire de 1848, mais il refuse. Lors des élections d'avril 1848, bien que non-candidat, il obtient près de 55 500 voix à Paris, mais n'est pas élu. Par contre, aux élections complémentaires du 24 mai, il est élu à Paris avec près de 87 000 voix. Il siège avec la droite conservatrice. Pendant les Journées de Juin 1848, il mène des groupes de forces gouvernementales à l'assaut des barricades dans la rue Saint-Louis. Il vote la loi du 9 août 1848, qui suspend certains journaux républicains en vertu de l'état de siège. Ses fils fondent le journal l’Événement qui mène une campagne contre le président du conseil, le républicain Cavaignac, et soutiendra la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à l'élection présidentielle de 1848. Étant contre le principe de l'Assemblée législative unique, il ne vote pas la Constitution de 1848. Au début de la présidence de Louis Napoléon Bonaparte, il fréquente le nouveau président. En mai 1849, il est élu à l'Assemblée législative. C'est à l'été 1849, que progressivement, il se détourne de la majorité conservatrice de l'Assemblée législative dont il désapprouve la politique réactionnaire. En janvier 1850, Victor Hugo combat la loi Falloux réorganisant l'enseignement en faveur de l'Église catholique romaine ; en mai, il combat la loi qui restreint le suffrage universel et, en juillet, il intervient contre la loi Rouher qui limite la liberté de la presse123. En juillet 1851, il prend position contre la loi qui propose la révision de la Constitution afin de permettre la réélection de Louis-Napoléon Bonaparte. En juin 1851, au palais de Justice de Paris, il défend son fils qui est poursuivi pour avoir publié un article contre la peine de mort dans son journal, L'Évènement124. Au soir du coup d'État du 2 décembre 1851, avec une soixantaine de représentants, il rédige un appel à la résistance armée125. Poursuivi, il parvient à passer en Belgique le 14 décembre. C'est le début d'un long exil.
Dès lors réformiste, il souhaite changer la société. S'il justifie l'enrichissement, il dénonce violemment le système d'inégalité sociale. Il est contre les riches capitalisant leurs gains sans les réinjecter dans la production : l'élite bourgeoise ne le lui pardonnera pas[réf. nécessaire]. De même, il s'oppose à la violence si celle-ci s'exerce contre un pouvoir démocratique, mais il la justifie (conformément d'ailleurs à la déclaration des droits de l'homme) contre un pouvoir illégitime. C'est ainsi qu'en 1851, il lance un appel aux armes126 – « Charger son fusil et se tenir prêt » – qui n'est pas entendu. Il maintient cette position jusqu'en 1870. Quand éclate la guerre franco-allemande, Hugo la condamne : il s'agit pour lui d'une guerre de « caprice127 » et non de liberté. Puis, l'Empire est renversé et la guerre continue, contre la République ; le plaidoyer de Hugo en faveur de la fraternisation reste sans réponse. Alors, le 17 septembre, le patriote prend le pas sur le pacifiste : il publie cette fois un appel à la levée en masse et à la résistance. Les élections du 8 février 1871 portent au pouvoir les monarchistes partisans de la paix avec Bismarck. Le peuple de Paris, quant à lui, refuse la défaite et la Commune commence le 18 mars ; on s'arrache les Châtiments.
En accord avec lui-même, Hugo ne pouvait être Communard :
Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J'accepte donc les grandes nécessités, à une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d'une société égalitaire ne saurait découler que d'une recomposition de la société libérale elle-même128.
Depuis Bruxelles où il était allé s'installer, il renvoie dos à dos la Commune et le gouvernement d'Adolphe Thiers. Il écrit ainsi le 9 avril 1871 :
Bref, cette Commune est aussi idiote que l’Assemblée est féroce. Des deux côtés, folie. Mais la France et la République s’en tireront.129
Devant la répression qui s'abat sur les communards, le poète dit son dégoût et prend la défense des Communards :
Des bandits ont tué soixante-quatre otages. On réplique en tuant six mille prisonniers130 !
Victor Hugo défend ainsi la demande de grâce de Louis-Nathaniel Rossel, le seul officier supérieur rallié à la Commune où il est ministre délégué à Guerre qui sera finalement exécuté le 28 novembre. Le 22 mai 1876, Victor Hugo demande au Sénat de voter l’amnistie des Communards survivants131.
Victor Hugo a pris des positions sociales très tranchées, et très en avance sur son époque. Son chef-d'œuvre, Les Misérables est un hymne à la misère et aux plus démunis.
Dénonçant jusqu'à la fin la ségrégation sociale, Hugo déclare lors de la dernière réunion publique qu'il préside : « La question sociale reste. Elle est terrible, mais elle est simple, c'est la question de ceux qui ont et de ceux qui n'ont pas ! ». Il s'agissait précisément de récolter des fonds pour permettre à 126 délégués ouvriers de se rendre au premier Congrès socialiste de France, à Marseille.
Hugo est un farouche abolitionniste. Dans son enfance, il a assisté à des exécutions capitales et toute sa vie, il luttera contre. Le Dernier Jour d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834), deux romans de jeunesse, soulignent à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Mais la littérature ne suffit pas, Hugo le sait. Chambre des Pairs, Assemblée, Sénat : Victor Hugo saisira toutes les tribunes pour défendre l'abolition comme dans son discours du 15 septembre 1848.
« [...] Messieurs, il y a trois choses qui sont à Dieu et qui n'appartiennent pas à l'homme : l'irrévocable, l'irréparable, l'indissoluble. Malheur à l'homme s'il les introduit dans ses lois. Tôt ou tard elles font plier la société sous leurs poids, elles dérangent l'équilibre nécessaire des lois et des mœurs, elles ôtent à la justice humaine ses proportions ; et alors il arrive ceci, réfléchissez-y, messieurs, que la loi épouvante la conscience [...] »
— Discours de Victor Hugo devant l'Assemblée constituante, 15 septembre 1848.
Victor Hugo a prononcé pendant sa carrière politique plusieurs grands discours ; la plupart d'entre eux sont regroupés dans Actes et paroles :
- Pour la Serbie, 1876, Pour une Fédération Européenne132,133;
- contre le travail des enfants (Chambre des pairs, 1847) ;
- contre la misère (Discours sur la misère, 9 juillet 1849) ;
- sur la condition féminine (aux obsèques de George Sand, 10 juin 1876) ;
- contre l'enseignement religieux et pour l'école laïque et gratuite (Discours à propos du projet de loi sur l'enseignement, 15 janvier 1850Lire en ligne., et extraits Lire ici.) ;
- plusieurs plaidoyers contre la peine de mort (« Que dit la loi ? « Tu ne tueras pas ». Comment le dit-elle ? En tuant ! ») ;
- plusieurs discours en faveur de la paix (Discours d'ouverture du Congrès de la paix, 21 août 1849) ; lettre en 1861 contre le pillage de l'ancien palais d'été par les Français et les Anglais lors de la seconde guerre de l'opium134 ;
- pour le droit de vote universel ;
- sur la défense du littoral135 ;
- contre l'invalidation de l'élection de Garibaldi à l'Assemblée nationale en 1871, qui fut à l'origine de sa propre démission (Contre l'invalidation de Garibaldi, Discours à l'Assemblée nationale, 8 mars 1871, Grands moments d'éloquence parlementaire).
Victor Hugo (1).
Victor Hugo
Portrait de Victor Hugo par Nadar.
| Nom de naissance | Victor Marie Hugo |
|---|---|
| Activités | écrivain romancier poète dramaturge pamphlétaire personnalité politique dessinateur Pair de France sénateur |
| Naissance | 26 février 1802 Maison natale de Victor Hugo Besançon, |
| Décès | 22 mai 1885 (à 83 ans) Paris, |
| Langue d'écriture | français |
| Mouvement | romantisme |
| Genres | théâtre poésie roman pamphlet |
| Distinctions | * Élu à l'Académie française
|
Œuvres principales
Signature
| Victor Hugo | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Sénateur de la Seine1 | |
| 30 janvier 1876 – 22 mai 1885 | |
| Élection | 30 janvier 1876 |
| Réélection | 8 janvier 1882 |
| Groupe politique | Extrême gauche |
| Député de la Seine2 | |
| 8 février 1871 – 1er mars 1871 | |
| Élection | 8 février 1871 |
| Groupe politique | Extrême gauche |
| 4 juin 1848 – 2 décembre 1851 | |
| Élection | 4 juin 1848 |
| Réélection | 13 mai 1849 |
| Groupe politique | Droite |
| Biographie | |
| Date de naissance | 26 février 1802 |
| Lieu de naissance | Besançon |
| Date de décès | 22 mai 1885 |
| Nationalité | Française |
| Profession | Écrivain |
| | |
Victor Hugo , né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l’Histoire du XIXe siècle.
Victor Hugo occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au XIXe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété3,4. Il est poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).
Il est également un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire avec par exemple Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862). Au théâtre, il expose sa théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 18275 et l’illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838.
Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), et une correspondance abondante.
Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre ; il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a été aussi contesté par certains auteurs modernes6. Il a aussi permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position qui le condamneront à l’exil pendant les vingt ans du Second Empire.
Ses choix, à la fois moraux et politiques7, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique que la Troisième République a honoré à sa mort le 22 mai 1885 par des funérailles nationales8 qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris, le 31 mai 1885.
Biographie
Victor, Marie Hugo9 est le fils du général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773‑1828), créé comte, selon la tradition familiale, par Joseph Bonaparte, roi d'Espagne et en garnison dans le Doubs au moment de la naissance de son fils, et de Sophie Trébuchet (1772‑1821), jeune femme issue de la bourgeoisie nantaise (voir maison natale de Victor Hugo). Benjamin d'une famille de trois enfants après Abel Joseph Hugo (1798‑1855) et Eugène Hugo (1800‑1837), il passe son enfance à Paris. De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite des affectations militaires de son père, marqueront ses premières années. Ainsi, en 1811, il est, avec son frère Eugène, pensionnaire dans une institution religieuse de Madrid, le Collège des Nobles. Vers 1813, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari, car elle entretient une liaison avec le général d'Empire Victor Fanneau de la Horie, parrain et précepteur de Victor Hugo auquel il donne son prénom10. En septembre 1815, il entre avec son frère à la pension Cordier. D'après Adèle Hugo, c'est vers cet âge que Victor Hugo commence à versifier. Autodidacte, c'est par tâtonnement qu'il apprend la rime et la mesure11. Il est encouragé par sa mère à qui il lit ses œuvres, ainsi qu’à son frère Eugène. Ses écrits sont relus et corrigés par un jeune maître d’études de la pension Cordier qui s’est pris d’amitié pour les deux frères12. Sa vocation est précoce et ses ambitions sont immenses. Âgé de quatorze ans à peine, Victor, en juillet 1816, note sur un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien13 ».
En 1817, il participe à un concours de poésie organisé par l'Académie française sur le thème Bonheur que procure l’étude dans toutes les situations de la vie. Le jury est à deux doigts de lui adresser le prix, mais le titre de son poème (Trois lustres à peine) suggère trop son jeune âge et l’Académie croit à un canular : il reçoit seulement une mention14. Il concourt sans succès les années suivantes, mais gagne, à des concours organisés par l'Académie des jeux floraux de Toulouse, en 1819, un Lys d’or pour La statue de Henri IV et un Amaranthe d’or pour Les Vierges de Verdun15, et un prix en 1820 pour Moïse sur le Nil16.
Encouragé par ses succès, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a des aptitudes (il suit les cours des classes préparatoires), et embrasse la carrière littéraire. Avec ses frères Abel et Eugène, il fonde en 1819 une revue, Le Conservateur littéraire, qui attire déjà l’attention sur son talent. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors dix-neuf ans. Les quinze cents exemplaires s’écoulent en quatre mois. Le roi Louis XVIII, qui en possède un exemplaire, lui octroie une pension annuelle de mille francs17, ce qui lui permet d’envisager d’épouser son amie d’enfance Adèle Foucher10.
La mort de sa mère le 27 juin 1821 l’affecte profondément18. En effet, les années de séparation d’avec son père l’avaient rapproché de celle-ci. Il épouse, le 12 octobre 1822, une amie d’enfance, Adèle Foucher, née en 1803, qui lui donne cinq enfants :
- Léopold (16 juillet 1823 - 10 octobre 1823) ;
- Léopoldine (28 août 1824 - 4 septembre 1843) ;
- Charles (4 novembre 1826 - 13 mars 1871) ;
- François–Victor (28 octobre 1828 - 26 décembre 1873) ;
- Adèle (28 juilletnote 1 1830 - 21 avril 1915), la seule qui survivra à son illustre père, mais dont l’état mental, très tôt défaillant, lui vaudra de longues années en maison de santé.
Ce mariage précipite son frère Eugène dans la folie, une schizophrénie qui conduira à son enfermement jusqu’à sa mort en 183719.
Il commence la rédaction la même année de Han d'Islande (publié en 1823), qui reçoit un accueil mitigé. Une critique de Charles Nodier, bien argumentée, est l’occasion d’une rencontre entre les deux hommes et de la naissance d’une amitié20. À la bibliothèque de l'Arsenal, berceau du romantisme, il participe aux réunions du Cénacle, qui auront une grande influence sur son développement[réf. souhaitée]. Son amitié avec Nodier dure jusqu’à 1827-1830, date à laquelle celui-ci commence à être très critique envers les œuvres de Victor Hugo21. Durant cette période, Victor Hugo renoue avec son père22, qui lui inspirera les poèmes Odes à mon pèrenote 2 et Après la bataille23. Celui-ci meurt en 1828.
Sa pièce Cromwell, publiée en 1827, fait éclat. Dans la préface de ce drame, Victor Hugo s’oppose aux conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu, et jette les premières bases de son drame romantique.
Le couple reçoit beaucoup et se lie avec Sainte-Beuve, Lamartine, Mérimée, Musset, Delacroix24. Adèle Hugo entretient une relation amoureuse avec Sainte-Beuve, qui se développe durant l’année 183125. De 1826 à 1837, la famille séjourne fréquemment au Château des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l’Aîné, directeur du Journal des débats. Au cours de ces séjours, Hugo rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer, et rédige des recueils de poésie, dont les Feuilles d'automne. Il publie en 1829, le recueil de poèmes les Orientales. Le Dernier Jour d'un condamné paraît la même année et est suivi de Claude Gueux en 1834. Dans ces deux courts romans, Victor Hugo présente son dégoût de la peine de mort. Le roman Notre Dame de Paris paraît en 1831.
De 1830 à 1843, Victor Hugo se consacre presque exclusivement au théâtre, mais publie néanmoins des recueils de poésies : Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840).
Déjà en 1828, il avait monté une œuvre de jeunesse Amy Robsart. L'année 1830 est l'année de la création d’Hernani, qui est l'occasion d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes. Ces derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasment pour cette œuvre romantique – combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani ». Marion de Lorme, interdite une première fois en 1829, est montée en 1831 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, puis, en 1832, Le roi s'amuse au Théâtre-Français. La pièce sera dans un premier temps interdite, fait dont Hugo s'indignera dans la préface de l'édition originale de 183226.
En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui devient sa maîtresse. Elle lui consacrera sa vie et le sauvera de l'emprisonnement lors du coup d'État de Napoléon III. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble chaque anniversaire de leur rencontre et remplissent, à cette occasion, année après année, un cahier commun qu'ils nomment tendrement le Livre de l'anniversairenote 3,27,28. Mais Juliette ne fut qu'une de ses nombreuses maîtresses29. Il y aura notamment Léonie d'Aunet avec qui il entretiendra une liaison de 1844 à 1851 ou l’actrice Alice Ozy en 1847.
Lucrèce Borgia et Marie Tudor sont montées au Théâtre de la porte Saint-Martin en 1833, Angelo, tyran de Padoue au Théâtre Français en 1835. Il manque de salle pour jouer les drames nouveaux. Victor Hugo décide donc, avec Alexandre Dumas, de créer une salle consacrée au drame romantique. Aténor Joly reçoit, par arrêté ministériel, le privilège autorisant la création du théâtre de la Renaissance en 183630, où sera donné, en 1838, Ruy Blas.
Hugo accède à l'Académie française en 1841, après trois tentatives infructueuses essentiellement dues à une poignée d'académiciens menés entre autres par Étienne de Jouynote 4, opposés au romantisme et le combattant férocement31.
Puis, en 1843, est montée la pièce Les Burgraves, qui ne recueille pas le succès escompté. Lors de la création de toutes ces pièces, Victor Hugo se heurte aux difficultés matérielles et humainesnote 5. Ses pièces sont régulièrement sifflées par un public peu sensible au drame romantique, même si elles reçoivent aussi de la part de ses admirateurs de vigoureux applaudissements32.
Le 4 septembre 1843, Léopoldine meurt tragiquement à Villequier, dans la Seine, noyée avec son mari Charles Vacquerie dans le naufrage de leur barque. Hugo était alors dans les Pyrénées, avec sa maîtresse Juliette Drouet, et il apprend ce drame par les journaux à Rochefort33.. L'écrivain est terriblement affecté par cette mort, qui lui inspirera plusieurs poèmes des Contemplations – notamment, « Demain, dès l'aube… ». À partir de cette date et jusqu'à son exil, Victor Hugo ne produit plus rien, ni théâtre, ni roman, ni poème. Certains voient dans la mort de Léopoldine et l'échec des Burgraves une raison de sa désaffection pour la création littéraire34. D'autres y voient plutôt l'attrait pour la politique, qui lui offre une autre tribune35.
Élevé par sa mère nantaise (Sophie Trébuchet) dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (J'ai grandi, écrit-il dans le poème « Écrit en 1846 »36 en réponse à un reproche d'un ami de sa mère).
Selon Pascal Melka37, Victor Hugo a la volonté de conquérir le régime pour avoir de l'influence et permettre la réalisation de ses idées38. Il devient ainsi confident de Louis-Philippe en 1844, puis pair de France en 1845. Son premier discours en 1846 est pour défendre le sort de la Pologne écartelée entre plusieurs pays39, puis en 1847, il défend le droit au retour des bannis, dont celui de Jérôme Napoléon Bonaparte40.
Au début de la Révolution de 1848, il est nommé maire du 8e arrondissement de Paris, puis député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Lors des émeutes ouvrières de juin 1848, Victor Hugo, lui-même, va participer au massacre, en commandant des troupes face aux barricades, dans l'arrondissement parisien dont il se trouve être le maire41. Il en désapprouvera plus tard la répression sanglante42. Il fonde le journal L'Événement43 en août 1848. Il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848. Après la dissolution de l'Assemblée nationale, il est élu en 1849 à l'Assemblée législative et prononce son Discours sur la misère. Il rompt avec Louis-Napoléon Bonaparte, lorsque celui-ci soutient le retour du pape à Rome44, et il se bat progressivement contre ses anciens amis politiques, dont il réprouve la politique réactionnaire.
Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Victor Hugo tente d'abord de fuir, puis se constitue prisonnier, mais un commissaire français, flairant le piège, refuse de l'arrêter lui répondant « M. Hugo, je ne vous arrête pas, car je n'arrête que les gens dangereux45 ! ». Il s'exile volontairement46 à Bruxelles, puis à Jersey. Il condamne vigoureusement pour des raisons morales47,note 6 le coup d'État et son auteur Napoléon III dans un pamphlet publié en 1852, Napoléon le petit, ainsi que dans Histoire d'un crime, écrit au lendemain du coup d'État et publié 25 ans plus tard48 et dans Les Châtiments47. Le souvenir douloureux de Léopoldine sa fille – ainsi que sa curiosité – le pousse à tenter des expériences de spiritisme consignées dans Les Tables tournantes de Jersey.
Chassé de Jersey en 1855 pour avoir critiqué la reine Victoria, il s'installe à Guernesey dans sa maison Hauteville House. Il fait partie des quelques proscrits qui refusent l'amnistie49 décidée quelque temps après (« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là50 »). Ces années difficiles sont très fécondes. Il publiera notamment Les Châtiments (1853), œuvre en vers qui prend pour cible le Second Empire ; Les Contemplations, poésies (1856) ; La Légende des siècles (1859), ainsi que Les Misérables, roman (1862). Il rend hommage au peuple de Guernesey dans son roman Les Travailleurs de la mer (1866).
Il reçoit quelques visites du continent, celle de Judith Gautier ou en 1860, celle de Boucher de Perthes52. Le fondateur de la préhistoire le décrit alors comme un « républicain gentilhomme (…), fort bien installé, vivant en père de famille (…), aimé de ses voisins et considéré des habitants. »
Napoléon III signe en 1859 une amnistie générale des prisonniers politiques, mais Victor Hugo refuse de profiter de cette grâce de l’« usurpateur », de même que celle de 186953. Victor Hugo retourne en France en septembre 1870 après la défaite de l'armée française à Sedan et reçoit de la part des Parisiens un accueil triomphal. Il participe activement à la défense de Paris assiégé. Élu à l'Assemblée nationale (siégeant alors à Bordeaux) le 8 février 1871, il en démissionne le mois suivant pour protester contre l'invalidation de Garibaldi. En mars 1871, il est à Bruxelles pour régler la succession de son fils Charles lorsqu'éclate la Commune. C'est de Belgique qu'il assiste à la révolte et à sa répression qu'il désapprouve si vivement qu'il est expulsé de ce pays54. Il trouve refuge pendant trois mois et demi dans le Grand-Duché (1er juin-23 septembre). Il séjourne successivement à Luxembourg, à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale. Il y achève le recueil L'Année terrible. Il retourne en France fin 1871. Plusieurs comités républicains l'ayant sollicité, il accepte de se porter candidat à l'élection complémentaire du 7 janvier 1872. Apparaissant comme « radical » en raison de sa volonté d’amnistier les communards, il est battu par le républicain modéré Joseph Vautrain55.
La même année, Hugo se rend à nouveau à Guernesey où il écrit le roman Quatrevingt-treize. En 1873, il est à Paris et se consacre à l'éducation de ses deux petits-enfants, Georges et Jeanne qui lui inspirent le recueil L'Art d'être grand-père. Il reçoit beaucoup, hommes politiques et littéraires, les Goncourt, Lockroy, Clemenceau, Gambetta54… Le 30 janvier 1876, il est élu sénateur et milite pour l'amnistie. Il s'oppose à Mac Mahon quand celui-ci dissout l'assemblée54. Dans son discours d'ouverture du congrès littéraire international de 1878, il se positionne pour le respect de la propriété littéraire, mais aussi pour le fondement du domaine public. En juin 1878, Hugo est victime d'un malaise, peut-être56 une congestion cérébrale. Il part se reposer quatre mois à Guernesey dans sa demeure de Hauteville House, suivi de son « secrétaire bénévole » Richard Lesclide57. Ce mauvais état de santé met pratiquement fin à son activité d'écriture. Toutefois de très nombreux recueils, réunissant en fait des poèmes datant de ses années d'inspiration exceptionnelle (1850-1870) continuent de paraître régulièrement (La Pitié suprême en 1879, L'Âne, Les Quatre Vents de l'esprit en 1881, la dernière série de la Légende des siècles en septembre 1883…), contribuant à la légende du vieil homme intarissable jusqu'à la mortnote 7. Durant cette période, nombre de ses pièces sont de nouveau jouées (Ruy Blas en 1872, Marion de Lorme et Marie Tudor en 187358, Le roi s'amuse en 1882)54.
Sous la Troisième République, le gouvernement Ferry promulgue la loi du 30 juillet 1881, dite de « réparation nationale », qui alloue une pension ou rente viagère aux citoyens français victimes du coup d'Etat du 2 décembre 1851 et de la loi de sûreté générale. La Commission générale chargée d'examiner les dossiers, présidée par le Ministre de l'Intérieur, est composée de représentants du ministère, de conseillers d'État, et comprend huit parlementaires, tous d'anciennes victimes : quatre sénateurs (Victor Hugo, Jean-Baptiste Massé, Elzéar Pin, Victor Schœlcher) et quatre députés (Louis Greppo, Noël Madier de Montjau, Martin Nadaud et Alexandre Dethou)59.
Jusqu'à sa mort, en 1885, il reste une des figures tutélaires de la république retrouvée – en même temps qu'une référence littéraire incontestéenote 8. Il décède le 22 mai 188560, dans son hôtel particulier « La Princesse de Lusignan », qui était situé au 50, avenue Victor-Hugo, à la place de l'actuel no 12461. Selon la légende, ses derniers mots sont : C'est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire62 ». Conformément à ses dernières volontésnote 9, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'a lieu la cérémonie. Il est d'abord question du Père Lachaise, mais le premier juin, à la suite du décret du 26 mai 1885, il est finalement conduit au Panthéon, la jeune Troisième République profitant de cet événement63 pour retransformer l'église Sainte-Geneviève en Panthéon. Avant son transfert, son cercueil est exposé une nuit sous l'Arc de triomphe voilé obliquement par un crêpe noir ; des cuirassiers à cheval veillent toute la nuit le catafalque surmonté des initiales VH, selon l'ordonnancement de Charles Garnier64. On considère qu’environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage65, le cortège vers le Panthéon s'étire sur plusieurs kilomètres66. Il est alors l'écrivain le plus populaire de son temps (et le demeure67) ; il est déjà depuis plusieurs décennies considéré comme l'un des monuments de la littérature française68.
L'enterrement de Victor Hugo.
Abyssin.
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| Abyssin chocolat | ||||
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| Espèce | Chat (Felis silvestris catus) | |||
| Région d’origine | ||||
| Région | Controversée | |||
| Caractéristiques | ||||
| Silhouette | Médioligne Foreign | |||
| Taille | Moyenne | |||
| Poids | Moyen. De 3 à 5,5 kilos. | |||
| Poil | Court. Plus long sur l'épine dorsale | |||
| Robe | Lièvre, sorrel, bleu, fawn (faon) et roux (red) | |||
| Tête | Triangulaire, front bombé. | |||
| Yeux | Grands,en amande, de couleur or, ambre ou vert | |||
| Oreilles | Grandes, peu arrondies | |||
| Queue | Longue et effilée | |||
| Standards | ||||
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L'abyssin, aussi appelé bunny Cat (chat lapin), ou parfois Aby1, est une race de chat originaire d'Asie. Ce chat est caractérisé par une robe à poil court au patron ticked tabby.
Origines
Le lieu de naissance de l'abyssin ne se situerait ni en Abyssinie, ni en Égypte, mais dans le sud-est asiatique, au bord de l'océan Indien2. Toutefois, il se peut que la race soit africaine3. Il se pourrait même que l'Abyssin soit l'héritier du chat sacré de l'Égypte antique.
Le premier chat importé en Europe est « Zula »2, un magnifique mâle, rapporté d'Abyssinie (actuelle Éthiopie) en 1868 par un certain maréchal Sir Robert Napier, un diplomate anglais en mission à Addis-Abeba (Capitale de l'Abyssinie)3. C'est pour cette raison que la race fut appelée abyssin. Zula venant d'Abyssinie, on donna à cette nouvelle race le nom du pays d'où il provenait. Le ticking de Zula pourrait provenir du Chat sauvage d'Afrique ou serait le fruit de l'élevage de chats tabby en Grande-Bretagne4.
Cette race fut fixée et améliorée en Angleterre. Les éleveurs l'ont perfectionnée en la croisant avec le British Shorthair, et ont notamment travaillé à l'obtention d'une silhouette fine et à l'amélioration de la robe2. L'abyssin fut alors surnommé « bunny Cat » (en français chat-lapin), à cause de son pelage semblable à celui du lièvre2.
Après quelques années de croisement, l'abyssin fut exposé pour la première fois au Crystal Palace à Londres, en 18714. Et c'est en 1882 que la race fut enfin reconnue en dehors de la Grande-Bretagne. Les critères de jugement furent quant à eux établis dès 18894. La race faillit s'éteindre au début du XXe siècle5.
En 1909, l'abyssin arrive aux États-Unis, mais n'y deviendra populaire qu'à partir des années 1930, après la reconnaissance de la race par le CFA en 19174. Les Français, quant à eux, ne le découvrent qu'en 1927 lorsque la FFF reconnut enfin la race4.
Le premier club dédié à l'abyssin se nomme « Abyssinian Cat Club ». En France, une brochure bimensuelle, « Aby Boom », retrace les activités variées des éleveurs d'abyssins2. Sur le continent européen, l'élevage fut freiné pendant la Première Guerre mondiale mais a bien redémarré depuis6.Il s'agit de la cinquième race la plus populaire en Amérique du Nord : elle fait notamment partie des dix races préférées aux États-Unis5. La race continue d'évoluer, tant au niveau du pelage qu'au niveau de la morphologie de la tête6.
Standards
Cent vingt ans après le début de la sélection, la race est maintenant bien fixée et ressemble indéniablement aux représentations du chat égyptien au travers desquelles était vénéré Bastet6.
L'abyssin a un corps moyennement long et de type foreign. Il est gracieux et souple avec une force musculaire bien développée. Au toucher, on doit pouvoir sentir la musculature. Le type idéal est un mélange entre un corps cobby et un corps svelte. La proportion et l'équilibre général sont davantage pris en compte que la taille. La poitrine est légèrement bombée, le dos faiblement arqué et les flancs fins. Les pattes sont longues, droites, fines et bien musclées. Les pieds sont petits, ovales, compacts. Le chat semble se tenir sur la pointe des pieds.
La queue est longue et épaisse à la base, elle s'effile vers l'extrémité6.
La tête est gracieusement portée au bout d'un long cou. Elle est de forme triangulaire aux contours adoucis, sans ligne droite. La tête de l'abyssin est composée de courbes légères : front, nez, crâne et museau. À noter qu'il existe deux formes de tête. L'abyssin anglais a une tête allongée (typé oriental) et l'abyssin américain a une tête plus ronde4.
Les yeux sont en forme d'amande, grands, brillants et expressifs. Les couleurs autorisées sont le noisette et le vert dans toutes ses nuances, du moment qu'elle est uniforme et intense.
Les paupières quant à elles doivent être cerclées de noir4. L'œil est souligné par un trait foncé, dans la couleur de base de la robe, ce qui donne l'impression que l'abyssin est maquillé.
Les oreilles sont grandes, pointées vers l'avant et bien écartées. Le chat semble être en alerte. La base est évasée et l'oreille en forme de coupe. Sur l'oreille le poil doit être bien court et couché, avec de préférence le ticking visible. Certains éleveurs cherchent à développer une touffe de poils à la pointe des oreilles, afin qu'il ressemble au Lynx4.
La fourrure est courte mais chaque poil doit cependant avoir deux lignes de ticking. Légèrement plus long sur l’épine dorsale, le poil se raccourcit vers les flancs, les pattes et la tête. Il comporte un certain nombre de bandes de ticking. La robe est brillante, de texture fine, élastique au toucher et bien couchée sur le corps, avec un sous-poil dont l’aspect ne doit pas être laineux ni gris7.
La couleur et la qualité de la robe sont les points les plus importants chez un abyssin. Il existe de nombreuses couleurs mais seule le motif ticked tabby est accepté. Seul les poils du ventre, de la poitrine, du cou, de l'intérieur des pattes n'ont pas de ticking et sont dans la couleur de base du chat. L'épine dorsale et la queue ont une couleur légèrement plus foncée que le reste du corps, tandis que sur le menton et le haut de la gorge la couleur s'éclaircit7.
Voici les différentes couleurs de l'abyssin, il en existe 28 au total8 :
- Lièvre (usual ou ruddy) : la couleur d'origine et la plus courante qui donne une robe ayant l'aspect de celle du lièvre ou du lapin de garenne, ce qui valut à l'abyssin l'appellation de chat-lapin et chat-lièvre comme premières dénominations en Grande-Bretagne. Le poil est composé d'une alternance de bandes deux couleurs appelée ticking, roux orangé (roux abricot chaud) près de la peau, brun foncé ou noires au bout; plus il y a de bandes dans un poil, plus la couleur est subtile. Le ventre est abricot uni, la gorge et le cou sont plus clairs (crème) mais jamais blancs. Le bout de la queue, les coussinets et le maquillage sont noirs, les marques de pouce sur les oreilles sont roux/orangé; le cuir du nez est brique cerclé de noir7.
- Sorrel (Cannelle ou Cinnamon) : les premiers sujets auraient été décris dès 1887. Le terme anglais sorrel peut se traduire par alezan7. En effet c'est une couleur proche de celle du couguar, très chaude, ardente, subtile; les bandes dites jaunes, d’un abricot orangé , contrastent avec des bandes brun/roux intense. Le bout de la queue, les coussinets, le contour des yeux, les soles sont sorrel. Les marques de pouce sur les oreilles, le ventre, l'intérieur des pattes, le dessous de la queue sont abricot orangé . Le cuir du nez est brique cerclé de brun/roux. Malgré ces quelques pointes de roux, l'abyssin cannelle ne possède en aucun cas les gènes donnant la couleur roux et crème des chats domestiques4, voir "roux génétique", un peu plus loin.
- Bleu (blue) : une couleur avec des bandes d’un beige chaud barrées d’autres bleu-gris. Le bout de la queue, les coussinets, le maquillage sont bleus; le cuir du nez est rose foncé cerclé de gris. Les marques de pouce sur les oreilles, le ventre, l'intérieur des pattes et le dessus de la queue sont baige/rosé.C'est une couleur relativement rare, créée en Grande-Bretagne par dilution de la couleur lièvre4.
- Faon (fawn) : un contraste de beiges, allant du sable rosé au fawn. Dilution de la couleur sorrel de l'abyssin sorrel. Le bout de la queue, les coussinets, les marques de pouce sur les oreilles et le maquillage sont magnolia (rose avec une pointe d'orangé); le cuir du nez est rose fané cerclé de lilas7.
- Roux : le ticking est moins perceptible car il y a peu de différence entre l’orangé de base et le roux du ticking. Le gêne intervenant est placé sur le chromosome femelle. On l'appelle "roux génétique", à ne pas confondre avec le sorrel. Le bout de la queue et les marques de pouce sur les oreilles sont roux ; le cuir du nez et les coussinets sont roses9.
- chocolat : le ticking est perceptible car il y a une différence entre le beige/orangé de base et le brun foncé du ticking. Le bout de la queue, les soles, le pourtour des yeux sont chocolat; le cuir du nez et les coussinets sont rose brique .
- lilac : le ticking est peu perceptible car il y a une faible différence entre le beige/orangé de base et le beige foncé du ticking. Le bout de la queue, les soles, le pourtour des yeux sont lilas; le cuir du nez et les coussinets sont brun/violet .
- Autres couleurs : le roux permet le tortie sur les 4 premières couleurs. Il existe également le crème, le chocolat, le lilas et toutes ces couleurs se retrouvant également en silver (la coloration de base abricot est alors blanc lumineux argenté)9.
Caractère
On décrit souvent l'abyssin comme un chat alerte et vif, semblant toujours en mouvement. On dit que c'est cependant un compagnon doux, affectueux avec un miaulement très discret. Il n'en serait pas moins plein de vie et athlétique, voire turbulent.
Ces traits de caractère restent toutefois parfaitement individuels et sont fonctions de l'histoire de chaque chat.
Élevage
La femelle peut mettre à bas jusqu'à trois chatons par portée4, ce qui est assez faible à comparer du chat domestique, dont les portées sont en général de cinq chatons. Après leur naissance, les chatons sont bicolores, couleur foncée et couleur claire. Le ticking de l'abyssin apparaît à partir de six semaines. La couleur sera définitive au bout d'un an ou un an et demi4.
Les abyssins sont sujets à certaines maladies génétiques dont la plus répandue est l'amyloïdose du chat. Il s'agit d'une maladie héréditaire qui se traduit par le dépôt progressif d'une substance amyloïde dans l'organisme, conduisant à une insuffisance rénale irréversible10. Cette pathologie a menacé la race pendant plusieurs années car il n'existe malheureusement pas de test de dépistage et les symptômes apparaissant tardivement (après l'âge de 5 ans) cela rend difficile l'examen des lignées. Cependant, la prudence des éleveurs qui ont fait pratiquer des autopsies sur les sujets morts d'insuffisance rénale ou dans des conditions suspectes ont permis un recul de la maladie11.
L'abyssin possède un gène dénommé Ta. La lettre t signifie tabby et le a signifie abyssin. Ce gène est particulier à l'abyssin, mais on peut le retrouver chez le Somali et le Singapura. Le Somali est en fait une race résultant de croisement avec des abyssins4. Quant au Singapura, même s'il possède le même gène que l'abyssin, on ne peut affirmer que ce dernier soit issu de reproductions avec ce dernier. Sur l'emplacement chromosomique de Ta, les autres races peuvent avoir deux autres gènes, le gène tb qui donne les rayures larges appelées tabby marbré, ou le gène T qui donne des rayures étroites appelées tabby tigré. Ainsi, lorsque qu'un Abyssin s'accouple avec un tabby marbré, on obtiendra des robes avec ticking car Ta sera dominant sur tb. Mais lorsque qu'un abyssin s'accouple avec un tabby tigré, on obtiendra une mauvaise robe abyssin présentant à plus ou moins grande échelle des rayures sur fond de ticking, Ta est alors incomplètement dominant sur T9.
L'abyssin dans l'art et l'Histoire
L'abyssin ressemble aux représentations des chats de l'ancienne Égypte. Toutefois, une telle origine n'est pas avérée. Il se peut également que cette ressemblance ait été travaillée par les éleveurs, mais ce fait ne peut être assuré.
L'abyssin est également connu sous le nom de « chat du Nil bleu »1, ce qui renforce l'hypothèse de ces origines égyptiennes.
Voilier.
Un voilier est un bateau à voiles (pièces de tissu), propulsé par la force du vent.
Historiquement, le voilier a été le premier moyen de transport à moyenne et longue distance. Les voiliers transportaient les marchandises, les passagers, le courrier. Ils étaient utilisés pour la pêche en mer, les activités militaires et les batailles navales.
À partir de la Révolution industrielle du XIXe siècle, la propulsion à voile disparait progressivement pour le transport utilitaire, remplacée par les bateaux à vapeur puis les bateaux à moteurs. Aujourd'hui, les voiliers de transport utilitaire ou de pêche ne subsistent que dans les pays les moins développés industriellement.
Les voiliers restent utilisés à des fins récréatives : la voile sportive et la navigation de plaisance.
Caractéristiques
Les voiliers possèdent tous certaines caractéristiques communes : une ou plusieurs coques, un gréement constitué d'au moins un mât qui porte la ou les voiles servant à la propulsion.
Historique
À travers l'histoire, la navigation à voile a été l'instrument du développement des civilisations, apportant à l'humanité une meilleure mobilité que le déplacement terrestre, pour le commerce, le transport, la guerre et pour les possibilités de pêche.
Le peuplement de l'Océanie, particulièrement de l'Océanie éloignée (Micronésie, Mélanésie, Polynésie) qui débute entre 6000 et 3500 avant notre ère, s'est vraisemblablement fait par des déplacements à la voile, pour les longues traversées de centaines ou milliers de kilomètres en pleine mer. Aucune trace ou récit ne permet de connaitre ces voiliers antiques. Il demeure la connaissance des embarcations du XVIIIe siècle découvertes à l'arrivée des premiers voyageurs occidentaux1 :
La pirogue à simple coque est peu adaptée à la haute mer. En effet, l'absence de quille profonde la rend très instable en cas de vague ou de vents de travers, qui risquent de la faire chavirer. Toujours utilisée, elles sert essentiellement à la pêche en rivière, dans le lagon ou juste au-delà.
La pirogue à double coque (catamaran) et la pirogue à simple coque à balancier (prao) : ces bateaux permettent de remplacer la quille absente, et d'éviter ainsi le chavirement des pirogues par grosse mer ou vent de travers. Les praos sont cependant relativement fragiles, et ne semblent pas avoir été utilisés pour la navigation au grand large. Ce sont, semble-t-il, les grands catamarans, formés de deux grandes pirogues solidaires, qui ont été le moyen de navigation hauturier dominant des Austronésiens aux périodes historiques.
Au XVIIIe, les catamarans hauturiers polynésiens étaient gréés avec une ou deux voiles (feuilles de pandanus tressées), partiellement pontés (planches ou rondins) et comportaient une cabine. Les techniques de charpenterie étaient complexes : essences spécifique selon les pièces, quille en tronçons monoxyles, bordé de planches jointives (à francs-bords) renforcées par des membrures et chevillées cousues ou ligaturées, calfatage (poix, étoupe)1.
La plus ancienne représentation d'un bateau à voile est une peinture sur disque trouvé dans la région de l'actuel Koweït, datée de la fin du Ve millénaire avant notre ère2. Dès cette époque en Mésopotamie, des bateaux à voile et rames auraient navigué sur les grands fleuves (Tigre, Euphrate), créant des routes commerciales entre les cités. Des bateaux auraient transportés des marchandises jusqu'à Oman et peut-être jusqu'à la vallée de l'Indus (actuelle Inde). Les textes et l'iconographie ne permettent pas de détailler ces bateaux avec précision. Il apparait qu'en plus de techniques primitives (roseaux, monoxyles) des techniques de constructions avancées existaient à cette époque. L'iconographie d'un navire montre un assemblage de planches sur toute la longueur de coque, avec un pont carré et des formes très incurvées aux extrémités (à l'identique des barques égyptiennes plus tardives). Un autre navire transporte du bétail, dispose d'une cabine, d'un chef et de deux appendices (rames) à la poupe du navire3.
Peut-être dès le IIIe millénaire avant notre ère, plus certainement à la fin du IIe millénaire, la Mer Arabique devient une importante route de commerce pour des voiliers naviguant le long des côtes, et jusqu'à l'époque plus récente dite de l’Âge de la Voile (en Orient)4.
Dès le IIIe millénaire av. J.‑C., les Égyptiens utilisaient des voiliers, comme l'attestent les gravures sur un brûleur à encens trouvé dans les tombes pharaoniques de Qustul (Nubie, vers 3100 BC) : y sont représentés, trois bateaux navigant à la voile5. Ces bateaux à voile (et à rames) étaient utilisés notamment pour se déplacer le long du fleuve Nil, sur la Mer Méditerranée et la Mer Rouge.
Au delà des embarcations primitives (roseaux liés), les techniques de charpenterie nécessaires à la construction de coques en planches assemblées (à l'exemple de la barque solaire) seraient postérieures à l'an 3000 (Nagada). L'influence mésopotamienne sur la construction navale est sujet à débats. Les bateaux à voile avaient généralement un seul mât et une grande voile carrée en lin textile.
Une représentation de l'époque d'Akhénaton (vers -1350) atteste d'un nouveau type de gréement : les voiles carguées6. Apparaissent aussi des deux-mâts et des voiles triangulaires, ensuite abandonnées. D'autres formes de coques apparaissent, vraisemblablement inspirées de la civilisation égéenne7.
Dès le VIIe siècle av. J.-C., des vaisseaux de combat à voile et à rame sont utilisés par les Assyriens, les Perses et les Grecs. La trière (trois rangs de rameurs) développée à partir du pentécontère, devient dès le Ve siècle av. J.-C. le vaisseau de combat le plus efficace. Durant l'époque hellénistique a lieu une course au gigantisme avec les quadrirèmes puis les quinquérèmes, se faisant, Alexandre le Grand les équipera de catapultes.
La jonque désigne tous les types de bateaux à voile traditionnels d'Asie. Les jonques furent utilisées pour le transport maritime au long cours au moins dès le IIe siècle de notre ère.
Le gréement de jonque est composé d'une ou plusieurs voiles entièrement lattées et « compensées » ; la voile est à côté du mât et dépasse légèrement en avant de celui-ci. Ce qui distingue le gréement de jonque des gréements occidentaux est l'utilisation de lattes relativement lourdes sur toute la longueur de la toile, la divisant ainsi en panneaux. Ces lattes (généralement en bambous), qui sont tenues au mât, raidissent la voile, tiennent sa forme et encaissent les efforts sur la voile. Chaque latte a sa propre écoute. De nombreuses innovations techniques des jonques furent incorporées ultérieurement aux bateaux occidentaux.
On désigne par cogue (en vieil allemand der Koggen) un type de bateau utilisé en mer du Nord au cours du Moyen Âge.
Il s'agit d'un voilier de commerce qui fut utilisé puis armé contre la piraterie pour les échanges entre les ports de la Hanse ; on pouvait l'armer de canons. Il possédait un mât et une voile carrée. Il y avait une nacelle de vigie juste sous la pointe du mât. Les cogues présentaient dès l'origine un château à l'étambot ; au cours du XIVe siècle, on leur adjoignit un château à l'avant du pont, ou gaillard d'avant8.
Une des premières caractéristiques du bateau viking est d'être quasiment symétrique entre l'avant et l'arrière qui se répondent de part et d'autre du mât, ce qui lui permet de pouvoir se déplacer indifféremment en avant et en arrière de la même manière (amphidrome)9.
Sa quille tient en un seul tenant, ce qui requiert de très grands arbres. Il dispose également d'un gouvernail constitué par une sorte d'aviron court à très large pelle, fixé par des attaches de cuir à tribord arrière (tribord vient du norrois styr bord, côté du gouvernail). Son fond plat et son faible tirant d'eau lui permettaient également de naviguer par petits fonds et de s'échouer directement sur une plage lors d'un raid. La coque était constituée de planches superposées (construction à clins) qui diminuaient son enfoncement quand il était à pleine charge. Il possède un grand mât facile à dresser et à abattre qui supporte une voile rectangulaire qui lui permet de remonter au vent10.
La caraque ou nef est un grand navire, de la fin du Moyen Âge, caractérisé par sa coque arrondie et ses deux hauts châteaux avant et arrière. Elle fut l'un des premiers types de navires européens à pouvoir s'aventurer en haute mer. Les Espagnols l'appelaient nao (navire) et les Portugais nau, elle fut avec la caravelle, le navire des grands explorateurs de ces pays. La caraque dérive des cogues qui servaient au commerce et la guerre, en Mer du Nord et dans la mer Baltique, en particulier dans les flottes de la Hanse, depuis le XIe siècle environ. Lors des croisades (XIe et XIIe siècle), certains cogues durent traverser la Méditerranée, et durent s'adapter par l'apport d'éléments traditionnels. Ils mesuraient alors trente mètres de longueur, huit mètres de largeur, portaient deux mâts et un total de six voiles.
Une flûte (fluit en néerlandais) est un navire de charge hollandais équipé de trois mâts aux voiles carrées apparu à la fin du XVIe siècle11. Optimisé pour le transport, peu coûteux à produire, la flûte fut un facteur important dans l'essor du commerce maritime des Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le navire, très solide, navigue sur toutes les mers du monde et connait aussi des utilisations militaires dans la marine néerlandaise ou pour la Compagnie des Indes. Au XVIIIe siècle, la flûte conserve son rôle commercial mais son utilité militaire s'efface au profit des vaisseaux de ligne « armés en flûte » pour le transport de troupes. Au XIXe siècle, on désigne ce navire sous le nom de corvette de charge dans la marine française.
La caravelle (du portugais caravela) est un navire à voiles à hauts bords inventé par les Portugais au début du XVe siècle pour les voyages d'exploration au long cours. Évolution marine de la caraque du Moyen Âge, la caravelle s'en distingue par une taille plus élevée, entre 20 et 30 mètres, un tonnage moindre d'environ 200 tonnes et un tirant d'eau allongé. La caravelle dispose de plusieurs mâts sur lesquels sont fixées des voiles triangulaires aptes à capter la direction du vent et des voiles carrées favorables à la propulsion avec vent arrière. Les voiles latines tournant autour des mâts, grâces à de longues vergues désolidarisées du mât permettent de naviguer contre le vent. La crainte d'un retour difficile par des vents et des courants qui avaient été favorables à l'aller disparait et les explorateurs portugais se permettent alors toutes les audaces.
Un galion, à l'origine galeon, présent en 1600 de la mer noire à la méditerranée, désigne un navire à plusieurs ponts, mue à la fois à la voile et aux rames comme les autres galères, qui évolua en pur voilier, utilisé en Europe et particulièrement en Espagne du XVIe siècle au XVIIIe siècle.
Possédant de 3 à 5 mâts, il constitue une évolution mêlant les techniques de la caraque nordique aux galeons méditerranéens, dans laquelle sont introduites des caractéristiques de la caravelle lusitanienne, comme la poupe carrée qui supplante celle ronde des caraques. La coque est allongée et plus fine, ce qui le rend plus rapide et l'abaissement du château le rend plus stable en diminuant le poids dans les hauts. Il est, par contre, généralement plus petit que la caraque, dont certaines dépassaient 1000 tonnes; les galions étaient généralement en dessous des 500 tonnes, quoique de plus gros aient existé, comme celui de 1200 tonneaux commandé par l'amiral ottoman Zemis Aga, dont la capture par les galères de l'Ordre de Malte devant Rhodes le 28 septembre 1644, à bord duquel se trouvait la sultane et l'héritier, fut le déclencheur la Guerre de Candie.
Le chébec ou chebek est un petit bateau méditerranéen armé de canons, très fin, naviguant à la voile et à l'aviron. Il est gréé en trois-mâts avec des voiles latines. D’après ce qu'on constate de l'évolution de la navigation en Méditerranée, le chébec est une embarcation maure, pêchant au filet et allant à la rame : le jebega tel qu’on le voit jusqu’au milieu du XXe siècle en Espagne, sur les plages de Malaga12. Son type, assez archaïque, comporte aviron de gouverne et forts capions de proue et de poupe. Après le départ des Arabes de la péninsule (1492), l’embarcation et son nom survivent, mais le chébec, sous sa forme définitive, n’apparait qu’au XVIIe chez les raïs barbaresques. Il y remplace la galère et le brigantin pour la course mais, n’ayant pas d’installations permanentes de vogue (rames), il peut porter des canons en batterie. Il devint ainsi beaucoup plus puissant que ces deux navires12. Un chébec d’une quarantaine de mètres peut porter une vingtaine de canons servis par 280 hommes d’équipages, ce qui fait du navire une solide unité de guerre et lui permet d’attaquer à l’abordage13, action encore possible en Méditerranée au XVIIIe siècle.
- Brick
- Brigantine
- Corvette
- Frégate
- Goélette
- Schooner
- Navire de ligne ou vaisseau de ligne
L'histoire des voiliers est marquée par la Révolution industrielle du XIXe, apportant les machines à vapeur et la construction métallique (fer, acier), qui fit progressivement disparaitre la voile pour le transport utilitaire, au profit des bateaux à vapeur puis à moteurs diesels. À la même époque se développe une pratique récréative de la voile, à l'origine des voiliers modernes de sport et de plaisance.
Les premiers voiliers baptisés ainsi furent les clippers de Virginie (appelés ensuite clippers de Baltimore) vers 1815, et étaient issus des plans de voiliers négriers, avec un gréement de brick-goélette ou brigantin. Ils mesuraient environ 30 mètres de long, avec des beauprés extrêmement longs. L'allongement de leurs coques les a poussé à devenir majoritairement des trois-mâts carrés.
Les clippers étaient des voiliers de taille modeste (environ 60 à 70 mètres de long) mais très rapides (vitesse de plus de 9 nœuds) et manœuvrables, construits généralement en bois au milieu du XIXe siècle et équipés progressivement de structures métalliques résistantes et bénéficiant de toutes les évolutions techniques de l’époque.
De formes très marines, menés par des équipages pléthoriques (parfois plus de 80 hommes14) qui autorisaient à attendre le dernier moment pour réduire la toile, ils étaient performants et ont fait l’objet de défis homériques entre capitaines essentiellement sur la route du thé, de la Chine à l'Angleterre, du coton d’Australie ou sur la route du cap Horn de la côte est à la côte ouest des États-Unis.
Les clippers disparurent à partir des années 1870, remplacés par les grands voiliers en fer (transport lourd) et les navires à vapeur.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle la construction navale, profitant des avancées technologiques, a vu le développement de la construction en fer pour les plus grandes unités. Cette construction, basée sur le rivetage de plaques sur des membrures en fer ployé, a permis d'augmenter considérablement la longueur des navires tout en maîtrisant les délais de construction et leur volume utile. Les mâtures, très divisées, étaient simplifiées autant que faire se pouvait, en ayant plusieurs mâts identiques afin de limiter le nombre de marins nécessaires à la manœuvre. Bien que leur port en lourd ait été deux fois, cinq fois, voire dix fois plus élevé que celui des clippers, leur équipage, officiers compris, était parfois inférieur à 20 hommes.
Rapidement concurrencés par les navires à vapeur pour le transport de passagers, les grands voiliers en fer subsistèrent jusqu'à la première moitié du XXe siècle pour le transport au long cours de marchandises lourdes et peu coûteuses (charbon, nickel). Les deux guerres mondiales, les lois sociales, la fiabilisation des bateaux à moteur (vapeur puis Diesel) et leur facilité d'approvisionnement dans les ports ont sonné le glas de ces beaux voiliers.
Les premières expérimentation de bateau à vapeur datent des années 1780 (Pyroscaphe), mais les faibles performances des premières machines à vapeur et de la roue à aube restreignent ce type de propulsion aux seuls bateaux fluviaux15.
Puis apparaissent des navires destinés au transport côtier et au cabotage, équipés de voiles et de chaudières à vapeur, à roues à aube (puis à hélices). La coque et les formes de ces bateaux reprenaient généralement les formes traditionnelles des voiliers. Les voiles étaient utilisées comme propulsion principale15. À partir des années 1850, les navires militaires à voile sont équipés progressivement de machines à vapeur, comme propulsion auxiliaire. À l'exemple des premiers navires mixtes de la Royal Navy Ajax, Horatio et Nelson — ou pour la Marine française du Sphinx (1829) et du premier cuirassé de haute-mer Gloire (1859). De même les bateaux mixtes se généralisent pour le transport transatlantique de passagers, concurrencés par les rapides Clippers américains15.
Puis la vapeur devient le moyen de propulsion principal des nouveaux bateaux ; la voile devenant une propulsion auxiliaire ou de secours (en cas de panne des machines), avant d'être définitivement abandonnée. En 1845 est construit le Great Britain, qui inaugure l'époque des navires à coque en fer, sans voile, propulsés par hélices15.
En Europe, les premiers yachts, petits voiliers construits pour la navigation récréative (de l'aristocratie et la bourgeoisie maritime) remontent au moins au XVIIe et XVIIIe en Angleterre, aux Pays-Bas et en Russie16 et la première régate à voile serait celle organisée en Angleterre en 1662, remportée par le sloop Jamaïe du roi Charles II17.
Mais l'engouement véritable pour le yachting naît au Royaume-Uni et aux États-Unis, au milieu du XIXe siècle, au sein des yacht clubs de la bourgeoisie. La construction de ces yachts s'inspire des voiliers utilitaires les plus rapides de l'époque et aux bonnes qualités nautiques : les cotres pilotes européens, et les petites goélettes américaines de pêche ou de courrier. On retrouve ainsi sur ces yachts les mêmes plans de voilure, et les coques (en bois) des bateaux de cette époque : un avant très large (maitre-bau avancé), un arrière effilé (poupe) et une quille longue et peu profonde.
La propulsion à voile étant abandonnée progressivement pour le transport utilitaire, le yachting devient une source importante d'évolutions techniques des voiliers. À partir des années 1850, à l'initiative de l'ingénieur naval John Scott Russell, les formes de coques sont inversées : l'avant devient effilé et allégé, alors que l'arrière est élargi18. Le yacht America construit en 1851 démontra en course les meilleures performances de ce type de carène, adoptée ensuite par tous les voiliers. Jusqu'aux années 1900, la surface mouillée des yachts est progressivement réduite, afin de réduire les frottements de l'eau et augmenter ainsi la vitesse. De 1900 à 1970, la quille devient progressivement plus courte (distance horizontale) et plus profonde (vers le fond de l'eau), jusqu'à aboutir à sa version moderne : un aileron vertical au bout duquel est fixé un lest. Le safran est progressivement séparé de la quille, afin d'améliorer la manœuvrabilité du bateau (au détriment de sa stabilité) : sur les petits bateaux à partir de 1900, puis sur les grands voiliers vers 196018.
Le gréement évolue peu, sinon par la démesure (parfois dangereuse) des voiles pour les bateaux de courses. Vers 1880 est inventé le spinnaker (symétrique), voile légère et très creuse (en forme de ballon) améliorant fortement les performances des voiliers dans les allures portantes. Le yacht américain Reliance, vainqueur de la Coupe de l'America de 1903, fut le premier voilier de course équipé de winchs (double vitesse, fixés sur le pont).
À la fin du XXe siècle, le gréement sloop (une grand voile et une seule voile d'avant) devient le standard pour tous les voiliers modernes, en raison de son meilleur rendement aérodynamique (allures de près). Les avantages de la division de voilure (maniabilité, flexibilité) des anciens gréements (cotre, ketch, goélette) sont compensés par les innovations d'accastillage (winchs, enrouleurs de voile, tissus synthétiques) et le haubanage moderne (Marconi) permettant un unique mat de grande hauteur.
Le bois est totalement abandonné pour la construction des coques modernes, remplacé principalement par des plastiques et sandwich de fibres synthétiques. Les formes de coque sont héritées de l'évolution des yachts traditionnels, avec un avant affiné, une quille profonde (à bulbe) et un safran (à aileron) séparé.
À partir des années 1960-1970, l'architecture et les techniques de construction divergent entre les voiliers de plaisance et les voiliers de course. Les voiliers de plaisance s'orientent vers des techniques de construction industrialisées et à coûts raisonnables (monotypie, coque en plastique), avec un souci du confort (programme de croisière, facilité à manœuvrer). À l'inverse, la construction de voiliers de course utilise des technologies innovantes et coûteuses (prototypes, nouvelles matières) pour répondre au souci de performance et à la professionnalisation de la course.
Les nouvelles techniques de construction popularisent à partir des années 1980 les multicoques modernes, appréciés pour leur vitesse en course et leur confort en plaisance.
La forme de la coque (carène) est optimisé, avec notamment une surface mouillée minimum et une étrave droite : en course pour profiter au mieux des limites de jauges (maximiser longueur de flottaison) ; et en plaisance pour augmenter le volume habitable pour une longueur donnée (marketing, prix des places de port).
La course est aussi vecteur d'innovations techniques intégrées progressivement à la construction de plaisance : le catamaran (Amaryllis, 1876), les carènes larges facilitant le déjaugeage (navigation au planing), le mat tournant profilé (Lady Helmsman, 1966), les voiles lattées (Hellcat, 1961), le spinnaker asymétrique, la quille pendulaire, les voiles en matières composites, les foils, les doubles safrans, le mat sur vérin hydraulique, le pilote automatique, le routage informatisé, la crash box d'étrave...
Les expérimentations les plus notoires de propulsion éolienne sans voile sont la turbovoile, les ailes volantes (cerf-volant) ou bien les voiles (ou ailes) rigides utilisées pour la Coupe de l'America 2013.
Classification géographique
- Côtes françaises : Bisquine, Chaloupe, Chasse-marée, Dundee, Flambart, Flobart, Gabare, Goélette paimpolaise, Lougre, Sinago, Txalupa
- Baltique : Crayer
- Dinga ou Dinghy ou Dinguy : Malabar, barque à un mât et à quille
- Doni : Ceylan
- Dungiryah : Bombay
- Jonque
- Pinisi : sud de Célèbes
Barque catalane, Pointu, Rafiot, Corallière (Italie), Dromon (Grèce), Djeme d'Alexandrie, Felouque, Boutre ou dhow
Classification d'après le type de gréement
- Catboat sans voile d'avant
- Sloop comportant une voile d'avant : le foc
- Cotre avec deux voiles d'avant : le foc et la trinquette
- Trois-mâts
- Quatre-mâts barque
- Cinq-mâts
- Six-mâts
- Sept-mâts : Thomas W. Lawson
Navires à voile célèbres dans l'histoire de l'Occident
- Santa Maria, caraque navire amiral de Christophe Colomb lors de son premier voyage, et La Niña et La Pinta, caravelles l'accompagnant, (1492)
- Mayflower, navire qui transporta les premiers colons en Amérique du Nord (1620)
- Vasa, navire de guerre construit pour le roi Gustave II Adolphe de Suède, entre 1626 et 1628. Le navire sombra après une navigation d'à peine un mille marin lors de son voyage inaugural (1628)
- Hermione, frégate qui ramena le marquis de La Fayette vers les États-Unis en 1780
- l'Astrolabe et la Boussole, navires de Jean-François de La Pérouse1785
- HMS Victory, navire amiral de la flotte de Nelson (1805, bataille de Trafalgar)
- La Méduse, célèbre pour l'évocation de son naufrage en 1816 (1810)
- L’Astrolabe, navire de Jules Dumont d'Urville (années 1820)
- America, premier vainqueur de la coupe qui porte son nom (1851)
- Cutty Sark, célèbre Clipper de la course au thé (1869)
- Pourquoi-Pas ?, plusieurs navires d'exploration polaire du commandant Charcot (1893)
- Belem, dernier trois-mâts barque français (1896)
- Pen Duick, série de voiliers d'Éric Tabarly
- Pamir, quatre-mâts barque allemand (1905)
- Duchesse Anne, premier voilier-école allemand et le plus grand voilier (trois-mâts carré) conservé en France (1901)
- Amerigo Vespucci, voilier école de la Marine italienne 1931.
Mifépristone.
| Mifépristone | |
|---|---|
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| Identification | |
| No CAS | |
| Code ATC | G03 |
| DrugBank | |
| PubChem | |
| SMILES | |
| InChI | |
| Propriétés chimiques | |
| Formule brute | C29H35NO2 [Isomères] |
| Masse molaire1 | 429,5937 ± 0,0265 g/mol C 81,08 %, H 8,21 %, N 3,26 %, O 7,45 %, |
| Propriétés physiques | |
| T° fusion | 191 à 196 °C |
| Solubilité | alcools, peu sol. dans l'eau |
| | |
La mifépristone ou RU 486 est un stéroïde synthétique. Elle est utilisée chez la femme comme abortif, pour l'avortement chimique du début de la grossesse (nom commercial courant : Mifégyne©).
Aux États-Unis, le produit a également été approuvé pour le traitement du Syndrome de Cushing en février 2012 2. Commercialisé sous le nom de Korlym par Corcept Therapeutics, cette version du produit est également développée pour le traitement de la dépression psychotique3.
Définition biologique et mode d'action
Hormone stéroïde anti-progestative dérivée de la noréthindrone, elle se fixe spécifiquement sur le récepteur de la progestérone et inhibe son action, notamment sur l'utérus. La progestérone (du latin « pro » : favorisant et « gestare » : grossesse) est l'hormone assurant le maintien de la grossesse pour ses différentes actions sur les structures utérines. La mifépristone va bloquer l'action progestative sur ses récepteurs muqueux et ainsi entraver le développement embryonnaire et entraîner le détachement puis l'élimination de la muqueuse utérine (dans un processus similaire à ce qui se passe pendant les règles). Il est fort probable que la mifépristone, grâce à son cycle aromatique extrêmement activé, soit capable de capturer les agents oxydants (peroxynitrites) permettant l'affaiblissement nécessaire du système immunitaire, affaiblissement qui permet normalement d'éviter le rejet de l'embryon. L'action de la mifépristone nécessite de prendre dans un deuxième temps (en général deux jours après la prise initiale de l'anti-progestatif) une prostaglandine (misoprostol en général) qui va provoquer des contractions utérines et favoriser l'élimination de la muqueuse et de l'embryon. L'expulsion se produit alors en général dans la demi-journée suivant la prise de prostaglandine. La méthode est efficace dans 95 % des cas lorsque les prises médicamenteuses sont bien suivies.
Historique du RU 486
En 1979, R. Deraedt, D. Philibert et G. Teutsch, chercheurs aux laboratoires Roussel-Uclaf, travaillent sur un projet d'anti-glucocorticoïdes destinés à antagoniser les effets néfastes des glucocorticoïdes. Ils aboutissent à une série de puissants antiglucocorticoïdes brevetés à leurs noms par Roussel-UCLAF; l'un des plus intéressants est le RU 38486 (selon les initiales du laboratoire et la numérotation chronologique des synthèses) ou RU 486. Mais ces produits sont aussi des anti-progestérones et à un moindre degré des anti-androgènes.
Étienne-Émile Baulieu, conseiller de Roussel-Uclaf, est, lui, séduit par l'activité anti-progestérone du produit et va le faire expérimenter rapidement sur onze femmes enceintes à Genève : les résultats sont prometteurs. Celui-ci la présente le 19 avril 1982 à l’Académie des sciences, comme une alternative à l'avortement par aspiration (seule technique abortive alors connue). Le monde scientifique est très intéressé par la découverte, et Roussel-Uclaf signe un accord avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1983, puis avec l'ONG américaine Population Council. Initialement couplée à la prostaglandine, le RU 486 est associée à partir de 1991, à la suite d'un décès par crise cardiaque d'une patiente, au cytotec. Mais la molécule provoque une levée de boucliers des milieux hostiles à l'avortement en France et aux États-Unis. La mifépristone est cependant mise sur le marché en France le 23 septembre 1988, en Grande-Bretagne en 1991 et en Suède en 1992. Face au refus de Roussel-Uclaf de la commercialiser en Chine, la pilule est copiée par les autorités de Pékin. Aux États-Unis, la molécule est listée le 6 juin 1989 par la Food and Drug Administration, parmi les produits interdits d’importation. Ses droits cédés gracieusement à Population Council pour le marché américain, par Roussel-UCLAF, le 16 mai 1994, la pilule est commercialisée aux États-Unis en 20004.
Propriété du groupe Hoechst après le rachat de Roussel-UCLAF, la pilule abortive est abandonnée en 1997 par le groupe allemand. Il cède ainsi aux menaces de boycott de l'ensemble de ses produits par les militants anti-avortement, principalement sur le territoire américain, mais réglant également l'opposition morale durable des dirigeants allemands qui s'était heurté à une mise en demeure du ministre de la Santé Claude Évin quand ils avaient tenté d'empêcher sa mise sur le marché français en 1988. Hoechst cède alors gratuitement tous les droits sur la production et la commercialisation de la pilule à Édouard Sakiz, ancien patron de Roussel Uclaf et codécouvreur de la molécule, qui la produit à travers une nouvelle entreprise indépendante, Exelgyn5.
Encore aujourd'hui très controversée par les mouvements « pro-life », elle concerne en France 30 % des interruptions volontaires de grossesse (IVG) (en augmentation constante à mesure de l'expérience des équipes médicales des centres d'orthogénie).
En août 2009, en Italie, les évêques demandent aux médecins de refuser de prescrire le RU486. Selon le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence épiscopale italienne, le RU486 conduira "à considérer l’avortement comme une méthode contraceptive6"
Utilisation en Gynécologie obstétrique
Le RU 486 est utilisé dans :
- Les avortements médicamenteux qui ne sont pas possibles en France au-delà de la fin de la 7e semaine de grossesse (9e semaine après le début des dernières règles). Au delà de la 5e semaine de grossesse, les avortements médicamenteux se pratiquent en établissement7.
- Interruption médicale de grossesse en cas de mort fœtale in utero afin de réduire la dose de prostaglandines nécessaires à l'expulsion.
- L'utilisation en qualité de « pilule du lendemain » est efficace et autorisée en France (utilisée en Chine par exemple). Une échographie utérine est proposée dans les 10 jours suivant la dernière prise médicamenteuse, pour vérifier l'absence de grossesse.
Le RU 486, comme l'ocytocine, est aussi utilisé dans certains cas d'accouchements à terme pour faciliter les délivrances difficiles8 et minimiser les souffrances du nouveau-né.
- Le RU 486 peut être utilisé dès les premières semaines de grossesse, alors que l'aspiration n'est possible que vers la 6e semaine
- La méthode ne requiert pas d'intervention chirurgicale, ni d'anesthésie, et n'a pas les mêmes risques que l'aspiration : traumatisme de l'utérus, du col, risque ultérieur de stérilité, de grossesse extra-utérine, etc.
- L'avortement se produit en privé et donne l'impression d'une fausse couche.
- La méthode est aussi moins coûteuse et plus accessible, ne nécessitant pas un plateau technique chirurgical spécialisé.
Cependant :
- La méthode, encore relativement récente, n'a pas encore fait les preuves de son absence de risques à long terme.
- Elle est aussi plus longue que l'aspiration, prenant en général 1 à 2 jours à sa complétion.
- Le dosage habituel est de 200 mg en une seule prise, soit 0,47 millimoles9. À signaler que la dose maximale de référence de N,N-diméthylaniline autorisée pour une personne de 50 kg est de 0,83 millimoles10.
- Les conséquences psychologiques sur la femme sont les mêmes que par aspiration : la proportion de femmes développant un syndrome post-avortement est identique et les symptomes sont les mêmes.
- Allergie connue à la mifépristone.
- Grossesse évolutive (fœtus vivant) au-delà de 9 semaines d'aménorrhée.
- Doute sur une grossesse extra-utérine.
- Contre-indication aux prostaglandines : hypertension artérielle, angor, syndrome de Raynaud, insuffisance cardiaque, troubles du rythme cardiaque.
- Métrorragies (saignement génital d'origine utérine) parfois abondantes pendant 7 à 15 jours
- Échec (moins de 5 % des cas, c'est-à-dire un taux comparable aux avortements par aspiration)
- Nausées, vomissements, douleurs, allergie.
Plusieurs études ont montré qu'une dose de mifépristone a la même efficacité que la prise de 1,5 mg de levonorgestrel comme contraception post-coïtale dans les cinq jours suivant le rapport sexuel. Deux études donnent une efficacité de 100 % avec une forte dose (600 mg), une autre obtient le même résultat avec seulement 10 mg11,12,13.
Autres utilisations
Les doses de mifepristone utilisées pour les autres applications sont beaucoup plus faibles que celles utilisées en gynécologie : 300 mg au lieu de 600 mg.
Après une longue période de prescription illégale, la mifepristone est devenu le premier traitement approuvé pour le traitement du syndrome de Cushing, une maladie orpheline. Une étude portant sur 50 patients a en effet confirmé l'efficacité du produit. Une extension de cette étude est en cours2.
On estime à 5000 le nombre de patients qui pourraient bénéficier du produit aux États-Unis2.
L'efficacité de la mifepristone dans le traitement de la dépression psychotique est connue depuis plus de 10 ans14.
Un essai clinique de phase III par Corcept Therapeutics est actuellement en cours15.
Sous cette forme, la mifepristone ne doit jamais être pris par une patiente enceinte, du fait de ses effets abortifs2.
Dans le traitement du syndrome de Cushing, la Mifepristone est fréquemment associée à des vomissements, des vertiges, des maux de tête, des pertes d'appétit, des arthralgies, des tremblements, des fatigues et des nausées2.
Parmi les effets plus rares, on relève des saignements vaginaux, des hypokaliémies et des anomalies du rythme cardiaque2.
Voir aussi
Panarabisme.
Le panarabisme est un mouvement politique, culturel, et idéologique fortement séculier qui vise à réunir et à unifier les peuples arabes. Il se propose de défendre l'identité arabe, et le destin partagé. Le chérif de La Mecque Hussein ibn Ali est fréquemment considéré comme le fondateur du panarabisme.
Le contenu idéologique
Le mouvement de la renaissance arabe, la Nahda, s'est développé au XIXe siècle. Ce mouvement insiste sur l'unité de tous les Arabes et exalte la grandeur de l'héritage arabe musulman, et particulièrement l'unité du VIIe siècle sous la dynastie des Omeyyades. Ce courant idéologique forge des hommes qui veulent assurer la succession de l'Empire ottoman, au nom du nationalisme arabe.
Ce mouvement remporte fréquemment les suffrages des élites, remplaçant peu à peu le sentiment d'appartenance à l'islam, ce qui n'est pas toujours le cas pour le peuple. Ce mouvement est théorisé aussi bien par des chrétiens que par des musulmans, ce qui lui donne une coloration laïque, en tout cas œcuménique et transcendant les religions. Après la Première Guerre mondiale, le sentiment nationaliste arabe est très fort, mais c'est néanmoins la division qui prévaut, une division non-consentie, élaborée dans les Accords Sykes-Picot.
Le parti Baas
Le parti Baas (Baas signifiant renaissance en arabe) incarne le renouveau du nationalisme arabe. Il est fondé en 1947 par Michel Aflaq et Salah al-Din al-Bitar, le premier étant chrétien et le second musulman. Le but de ce mouvement est de créer une nation arabe, avec un socialisme arabe et laïque.
Selon ses créateurs, la Nation Arabe est porteuse d'une mission éternelle. Ils insistent sur la dimension culturelle arabe commune, un fait de civilisation que représente l'islam.
Le parti comprend un commandement national à l'échelle de la nation arabe et des commandements régionaux à l'échelle de chaque pays. Le parti Baas se développe en Syrie et en Irak mais le parti est jugé trop autoritaire et les divisions en son sein font qu'il n'a qu'une portée limitée.
Le Nassérisme
Après avoir renversé le roi Farouk Ier d'Égypte en 1952, Gamal Abdel Nasser développe un nouveau courant panarabe, le Nassérisme. L'action est alors nettement orientée contre l'Occident. La nationalisation du Canal de Suez en 1956 s'inscrit en partie dans cette optique. À l'époque Nasser veut construire le barrage décisif d'Assouan pour gérer les crues du Nil et se trouve obligé de nationaliser le canal pour pouvoir financer le projet. Cette crise a des répercussions mondiales. Par ailleurs l'idéologie nassérienne est cristallisée par le conflit israélo-palestinien et la création de l'État israélien. Le panarabisme devient discours d'État. Le panarabisme de Nasser persistera après sa mort.
Les tentatives d'union de Kadhafi
Mouammar Kadhafi, au pouvoir en Libye à partir de 1969, est fortement influencé à ses débuts par le nassérisme. En 1971, la République arabe libyenne signe avec la Syrie et l'Égypte un traité instituant l'Union des républiques arabes, fédération qui échoue cependant à se concrétiser. Tout au long de la carrière politique de Kadhafi, la République arabe libyenne (puis la Jamahiriya arabe libyenne) suit une ligne politique à la fois panarabe et panafricaine, tentant avec divers pays d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne (Tunisie, Tchad, Maroc...) une série d'unions, dont aucune ne débouche concrètement sur les unifications de la « nation arabe » et des peuples d'Afrique prônées par Kadhafi.
Bibliographie
Saint-Prot, Charles. Le nationalisme arabe. Paris, Ellipses, 1995, traduit en arabe, Alger, 1996.
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Christian Bale.
Christian Bale
Christian Bale
Christian Bale à la première du film Public Enemies en juin 2009.
| Nom de naissance | Christian Charles Philip Bale |
|---|---|
| Naissance | 30 janvier 1974 Haverfordwest, Pays de Galles, Royaume-Uni |
| Nationalité | |
| Profession | Acteur Producteur |
| Films notables | Empire du soleil Velvet Goldmine Shaft American Psycho Batman Begins The Machinist The Dark Knight : Le Chevalier noir Terminator Renaissance Fighter The Dark Knight Rises |
Christian Bale est un acteur britannique né le 30 janvier 1974 à Haverfordwest, au Pays de Galles. Il est surtout connu pour avoir incarné le rôle de Bruce Wayne/Batman dans la trilogie Batman de Christopher Nolan.
Biographie
Christian Bale a commencé sa carrière en tournant des publicités pour la télévision, mais aussi au théâtre, dans The Nerd en 1984 aux côtés de Rowan Atkinson (futur Mr. Bean). Il jouera longtemps des rôles d'adolescent, comme dans Swing Kids ou Henry V. Il obtient son premier rôle important en 1987 dans l’Empire du soleil de Steven Spielberg. Il est alors propulsé sous le feu des projecteurs à seulement 12 ans.
Christian Bale aime varier les registres des films dans lesquels il joue : en 1993, il campe le rôle d'un jeune Allemand entrant dans les jeunesses hitlériennes dans Swing Kids ; en 1994, il est Laurie, un garçon sensible et humain dans Les Quatre Filles du docteur March ; en 1998, il interprète dans le film Velvet Goldmine le rôle d'un jeune journaliste gay chargé d'enquêter sur la mort d'un chanteur de glam rock, Brian Slade, personnage inspiré de David Bowie ; en 2000, il est le fils raciste d'un riche promoteur dans le remake de Shaft ; en 2000, il incarne Patrick Bateman, le golden boy psychopathe dans l'adaptation au cinéma du roman culte de Bret Easton Ellis, American Psycho ; en 2002, il devient sauveur de l'espèce humaine dans Le Règne du feu ; en 2002, il incarne le rôle d'un exterminateur au service de l'État dans Equilibrium. En 2008-2009, il interprète John Connor, le célèbre sauveur de l'humanité, dans le film Terminator Renaissance (Terminator Salvation), 1er volet de la 2e trilogie du film créé par James Cameron, mais repris par McG qui travaille avec James Cameron.
Grand perfectionniste, il n'hésite pas à se métamorphoser pour les besoins d'un film et il est capable de prendre toutes les apparences, quitte à jouer avec sa santé. Il lui est arrivé de rentrer dans des colères noires lors d'un tournage1 À l'occasion du film The Machinist (2003), Bale a perdu 28 kilos en 3 mois pour jouer un insomniaque, poids qu'il a dû reprendre pour tourner 6 mois plus tard Batman Begins de Christopher Nolan, dans lequel il a rendossé la panoplie de Bruce Wayne alias Batman. Dans ce film, il travaille particulièrement la construction psychologique du héros, très loin des interprétations précédentes de Michael Keaton, de Val Kilmer et de George Clooney. Ses tourments, sa confusion, ses désirs sont abordés de manière plus dramatique. De nombreux fans du comic le considèrent avec Michael Keaton comme le meilleur interprète de Batman. En 2008, toujours sous la direction de Christopher Nolan, il tourne dans la suite The Dark Knight, qui a connu un succès sans précédent pour un film de super-héros à travers le monde. En 2012, il reprend le rôle du célèbre justicier dans The Dark Knight Rises, dont la réussite critique et commerciale fut encore une fois considérable.
Christian Bale a joué sous la direction de nombreux grands réalisateurs tels que : Steven Spielberg, Christopher Nolan, Kenneth Branagh, Terrence Malick ou encore James Mangold. On l'a aussi vu aux côtés de brillants acteurs, de Michael Caine (Le Prestige, Batman Begins, The Dark Knight : Le Chevalier noir, The Dark Knight Rises) à John Malkovich (Portrait de femme, Empire du soleil), Johnny Depp dans (Public Enemies), Morgan Freeman, Heath Ledger, Gary Oldman et Aaron Eckhart (dans The Dark Knight), en passant par Christopher Plummer (Le Nouveau Monde), Michael Ironside (Terminator Renaissance, The Machinist), Reese Witherspoon et Willem Dafoe (American Psycho).
Début 2009, sur le tournage de Terminator Renaissance au Nouveau-Mexique, il pique une terrible crise de rage contre un technicien, le directeur de la photographie Shane Hurlbut, qui a traversé le champ de la caméra en plein tournage d'une scène. Il a fait plus tard des excuses publiques. De plus, il affirme que ce différend avec le technicien a été réglé le jour même de l'incident. Cette affaire est parodiée dans le jeu vidéo Duke Nukem Forever. En 2011, il obtient le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle et l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour sa prestation dans le film Fighter, dans lequel il joue le frère de Mark Wahlberg.
En 2000, il épouse l'assistante de Wynona Ryder, Sandra « Sibi » Blažić ; leur fille Emmaline naît le 27 mars 2005.
À la suite de la tragédie survenue au Colorado, lorsqu'un individu affublé d'un costume s'apparentant à celui du Joker2 a ouvert le feu sur les spectateurs de la première du film The Dark Knight Rises, Christian Bale rend visite aux survivants et présente ses respects aux victimes3,4.
Filmographie
- 1986 : Anastasia: The Mystery of Anna de Marvin J. Chomsky : Alexis Nikolaïevitch de Russie
- 1987 : Mio min Mio de Vladimir Grammatikov : Yum Yum
- 1987 : Empire du soleil de Steven Spielberg : James Graham
- 1989 : Henry V de Kenneth Branagh : le fils de Falstaff
- 1990 : L'Île au trésor de Fraser Heston (téléfilm) : Jim Hawkins
- 1992 : Newsies de Kenny Ortega : Jack Kelly / Francis Sullivan
- 1993 : Swing Kids de Thomas Carter : Thomas Berger
- 1994 : Le Prince de Jutland (Prince of Jutland), de Gabriel Axel : Amled
- 1994 : Les Quatre Filles du docteur March de Gillian Armstrong : Théodore Laurence
- 1996 : Portrait de femme de Jane Campion : Edward Rosier
- 1997 : L'Agent secret (The Secret Agent), de Christopher Hampton : Stevie
- 1998 : Metroland de Philip Saville : Chris
- 1998 : All the little animals de Jeremy Thomas : Bobby
- 1998 : Velvet Goldmine de Todd Haynes : Arthur Stuart
- 1999 : Le Songe d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Dream) de Michael Hoffman : Demetrius
- 2000 : American Psycho de Mary Harron : Patrick Bateman
- 2000 : Shaft de John Singleton : Walter Wade Jr
- 2001 : Capitaine Corelli de John Madden : Mandras
- 2002 : Le Règne du feu (Reign of Fire), de Rob Bowman : Quinn Abercromby
- 2002 : Laurel Canyon de Lisa Cholodenko : Sam
- 2002 : Equilibrium de Kurt Wimmer : John Preston
- 2005 : The Machinist de Brad Anderson : Trevor Reznik
- 2005 : Le Nouveau Monde (The New World), de Terrence Malick : John Rolfe
- 2005 : Batman Begins de Christopher Nolan : Bruce Wayne / Batman
- 2005 : Bad Times de David Ayer : Jim Davis
- 2006 : Le Prestige (The Prestige), de Christopher Nolan : Alfred Borden / Fallon
- 2007 : I'm Not There de Todd Haynes : Jack Rollins/Father John
- 2007 : 3 h 10 pour Yuma (3:10 to Yuma), de James Mangold : Dan Evans
- 2007 : Rescue Dawn de Werner Herzog : Dieter Dengler
- 2008 : The Dark Knight : Le Chevalier noir (The Dark Knight), de Christopher Nolan : Bruce Wayne / Batman
- 2009 : Terminator Renaissance (Terminator Salvation) de McG : John Connor
- 2009 : Public Enemies de Michael Mann : Melvin Purvis
- 2011 : Fighter (The Fighter), de David O. Russell : Dicky Eklund
- 2011 : The Flowers of War de Zhang Yimou : John
- 2012 : The Dark Knight Rises de Christopher Nolan : Bruce Wayne / Batman
- 2013 : Knight of Cups de Terrence Malick : Rick
- 2013 : Out of the Furnace de Scott Cooper : Russell Baze
- 2013 : American Hustle de David O. Russell : Melvin Weinberg
- 1995 : Pocahontas, de Mike Gabriel : Thomas (voix anglaise)
- 2005 : Le Château ambulant (ハウルの動く城), de Hayao Miyazaki : Howl (voix anglaise)
- 2005 : Batman Begins (jeu vidéo) : Bruce Wayne / Batman (voix originale)
- 2005 : Bad Times, de David Ayer
Récompenses
- 2006
- Saturn Awards du meilleur acteur pour Batman Begins
- MTV Movie Awards du meilleur héros pour Batman Begins
- 2008
- Scream Awards du meilleur super-héros pour The Dark Knight
- 2009
- People's Choice Awards du meilleur casting The Dark Knight (Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart, Michael Caine, Gary Oldman, Morgan Freeman, Maggie Gyllenhaal)
- People's Choice Awards du meilleur super-héros pour The Dark Knight
- People's Choice Awards du meilleur combat avec Heath Ledger pour The Dark Knight
- Empire Awards du meilleur acteur pour The Dark Knight
- 2010
- NBR Awards du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- Satellite Awards du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- St. Louis Film Critics Association du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- National Board of Review Awards du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- Washington D.C. Area Film Critics Association du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- 2011
- Golden Globes du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- Denver Film Critics Society du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
- Screen Actors Guild Awards du meilleur acteur dans un second rôle pour The Fighter
Voix françaises
En France, Philippe Valmont est la voix française la plus régulière de l'acteur5,6.
Au Québec, c'est Antoine Durand la voix française la plus régulière7.
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- Note : La liste indique les titres québécois.
Trophée Andros.
Le Trophée Andros est une série de courses automobiles et motocyclistes sur glace qui se tient chaque hiver depuis 1990. Malgré quelques incursions à l'étranger (en Andorre ainsi qu'à Sherbrooke au Québec), il s'agit d'un championnat essentiellement français.
Historique
La naissance du Trophée Andros tient à la rencontre en 1985, entre l'ancien pilote Max Mamers (champion de France de rallycross en 1982 et 1983 sur Matra Murena) et le président de la société Andros, Frédéric Gervoson. Tous deux passionnés de rugby mais également d'automobile, ils décident de mettre sur pied une série hivernale de courses sur glace, disputées dans les stations de ski françaises.
La première épreuve du Trophée Andros a lieu le 27 janvier 1990 à Serre Chevalier, et donne le coup d'envoi d'un petit championnat de quatre épreuves. Au fil des ans, le Trophée gagne en notoriété, et le calendrier du championnat se densifie, allant même jusqu'à s'offrir des incursions dans des lieux plus atypiques, comme au Stade de France où la super-finale du Trophée s'est courue 6 fois (1999, 2000, 2001, 2004, 2005 et 2008). Cette dernière épreuve est hors championnat.
Compétitions
Le Trophée Andros se décline en plusieurs championnats.
Il s'agit du championnat d'origine, celui dans lequel sont engagés les meilleures équipes et les pilotes les plus huppés, issus des horizons les plus divers. On y trouve des pilotes issus du rallye, du rallycross, des courses de côte, mais également du circuit, qu'il s'agisse des épreuves de tourisme (citons Yvan Muller, qui a dominé la discipline pendant près de dix ans) ou de la monoplace (tels Alain Prost ou Olivier Panis). Alain Prost a remporté ce championnat en 2007, 2008 et 2012.
Chaque manche du championnat se compose de deux courses complètes (essais, qualifications et finales). La « Super finale », disputée au Stade de France, ne compte pas pour le championnat et correspond à un show de démonstration.
Les automobiles employées sont propulsées par des moteurs six-cylindres de 3 L développant 340 ch. Ce sont des quatre roues motrices et directrices.
Ce championnat comprend trois sous catégories :
- Indépendant pour les espoirs confirmés ;
- Féminin pour la 1re féminine ;
- Promotion, comme son nom l'indique, a vocation à préparer les jeunes pilotes et à servir d'antichambre à la catégorie élite. Dans les faits, c'est également une catégorie prisée par les personnalités du « show-bizz » amateurs de sensations fortes (citons Henri Leconte, Richard Virenque, David Hallyday, Jean-Pierre Pernaut, Jean-Marie Bigard, Élodie Gossuin, etc.).
Les courses Élite se déroulent en trois phases1 :
- Une séance d'essais où chaque pilote est autorisé à effectuer trois tours maximum ;
- Les séances qualificatives où quatre pilotes effectuent en même temps quatre tours chronométrés. Le temps cumulé de ces quatre tours sert de base au résultat des qualifications. Chaque pilote effectue deux séances qualificatives, seul le meilleur des deux temps étant conservé. Les résultats de cette phase permettent d'attribuer 80 % des points d'une manche du championnat ainsi que de déterminer les grilles de départ des finales ;
- Les finales se disputent sur dix tours en peloton de dix pilotes. Ils permettent d'attribuer 20 % des points d'une manche du championnat. Les vingt meilleurs pilotes des séances qualificatives se disputent les deux finales Élite Sup. Au delà les pilotes participent à des finales Élite.
Au maximum, un pilote pourra remporter 80 points par course, 60 pour les qualifications et 20 pour la finale.
Des handicaps de poids sont attribués aux pilotes ayant réalisé un podium lors de la course précédente. Ainsi, le vainqueur d'une course est pénalisé de 60 kg pour la course suivante, le second de 40 kg et le troisième de 20 kg. Le pilote ayant remporté le précédent Trophée Andros dispose d'un « Lest Trophée » supplémentaire de 20 kg (ou 40 kg s'il a remporté le Trophée Andros plus d'une fois). Ce handicap est allégé de 10 kg après chaque course où le pilote ne figure pas sur le podium.
Ce règlement sportif des épreuves n'est pas simple mais est étudié pour donner aux spectateurs un maximum de courses spectaculaires et à enjeux.
La « Pilot Bike », introduit dans le Trophée Andros en 1996, est un championnat réservé aux pilotes moto. Il est inscrit au calendrier de la Fédération française de motocyclisme (FFM) et de la Fédération internationale de motocyclisme (FIM).
Les motos utilisées sont à une roue motrice et doivent être commercialisées en France. Elles ont une cylindrée de 125 à 300 cm³ pour les 2-temps et de 125 à 450 cm³ pour les 4-temps. Elles sont équipées de pneus Continental.
Le championnat Sprint-Car utilise des buggys de 600 cm³. Il distingue deux catégories : le Sprint-Car (Pilotes B) et le Trophée Andros Féminin (Pilotes A).
En 2002, les organisateurs ont créé un championnat réservé aux femmes, et destiné à favoriser l'émergence d'entre elles dans les catégories supérieures du Trophée. Le Trophée Andros féminin se dispute au volant de buggys munis de moteur 600 cm³.
Le Trophée Féminin n'est plus décerné depuis 2010.
Deux nouveaux trophées apparaissent en 2010, le premier est un des tout premier championnat automobile ouvert aux voitures électriques sur la base d'une formule unique utilisant des voitures conçues et développées par Exagon Engineering2,3. L'Andros Académie est un trophée destiné aux jeunes futurs pilotes et a vu la victoire de Damien Crépeau pour la première édition.
Palmarès
- 5 victoires : Jean-Pierre Malcher ; Benjamin Rivière ; Paul Bourion
- 4 victoires : Phillipe De Korsak
- 3 victoires : Maurice Chomat ; Wilfried Merafina ; Evens Stievenart ; Gilles Stievenart
- 2 victoires : Romain Grosjean ; Philippe Gache ; Jean-Baptiste Dubourg ; Pierre Llorach ; Laurent Fouquet ; Jean-Noël Lanctuit
- 1 victoire : Jacques Villeneuve ; Michel Ferté ; Jean-Marc Gounon ; Adrien Tambay ; Jean-Louis Schlesser ; Stéphane Peterhansel ; Érik Comas ; Jean-Pierre Richelmi ; Alain Coppier ; Serge Lubrano ; Christian Beroujon ; Alain Froment ; Ludovic Gherardi ; Yvan Lebon ; Jean-Luc Richner ; Philippe Wanberg ; Gérald Fontanel
Les sites du Trophée Andros
Mis à jour après la manche Super-Besse 2013.
- Val Thorens - 23 fois
- Serre Chevalier - 20 fois
- Lans-en-Vercors - 20 fois
- Super-Besse - 20 fois
- Grandvalira - Pas de la Casa - Andorre - 18 fois
- Isola 2000 / Alpes Maritimes - 18 fois
- Alpe d'Huez - 16 fois
- Paris - 11 fois : Stade de France (7) ; pelouse de Reuilly (2) ; Trappes (1) ; Bourget (1)
- Saint-Dié-des-Vosges, Géoparc - 7 fois
- La Bresse - 5 fois
- Sherbrooke (Canada) - 5 fois
- Chamrousse - 3 fois
- Xonrupt Longemer - 3 fois
- Nœux-les-Mines - 2 fois
- Chamonix - 1 fois
Guerre du Pacifique (3 & fin).
Crimes de guerre
En raison du grand degré de souffrance causé par l’armée japonaise au cours des années 1930 et 40, elle est souvent comparée à l’armée du troisième Reich au cours de la période 1933-1945. L’historien Chalmers Johnson (en) a écrit que :
« Établir lequel des deux agresseurs de l’Axe, l’Allemagne ou le Japon, fut au cours de la Seconde Guerre mondiale le plus brutal à l’égard des peuples qu’ils martyrisèrent est dénué de sens. Les Allemands ont tué six millions de Juifs et 20 millions de Russes (c à d de citoyens soviétiques); les Japonais ont massacré pas moins de 30 millions de Philippins, Malais, Vietnamiens, Cambodgiens, Indonésiens et Birmans, dont au moins 23 millions étaient ethniquement chinois. Ces deux pays ont pillé les pays qu’ils ont conquis à une échelle monumentale, encore que le Japon a volé plus, et sur une plus longue période, que les nazis. Les deux conquérants ont réduit en esclavage des millions de personnes et les ont exploitées comme main d’œuvre forcée – et, dans le cas des Japonais, comme prostituées (de force) pour les troupes du front. Si vous étiez un prisonnier de guerre Nazi aux mains du Royaume-Uni, des États-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande ou du Canada (mais pas de la Russie), vos chances de ne pas survivre à la guerre s’élevaient à 4 % ; en comparaison, le taux de mortalité pour les prisonniers de guerre aux mains des Japonais approchait les 30 %8. »
Les raisons d'une telle violence sont à chercher dans l'histoire et dans la culture japonaise. À partir du tournant du XXe siècle, le nationalisme japonais s'est durci. Selon la doctrine du hakkō ichi'u, la race japonaise est supérieure aux autres et par conséquent le Japon a le droit de dominer l'Asie. L'adoption du shintoïsme d'État selon lequel l'empereur du Japon est d'ascendance divine permet d'asseoir la supériorité de la nation sur les autres. La militarisation de la société commence avec le Rescrit impérial aux soldats et aux marins rédigé en 1882 appelant les militaires à une fidélité absolue envers l'empereur.
Les premières victimes de cette idéologie sont les Coréens dont le pays devient une colonie japonaise en 1910. Les Japonais tentent de détruire la culture coréenne et déportent plus de 400 000 Coréens au Japon comme main d'œuvre forcée. Le Mandchoukuo connait le même sort et doit subir une occupation brutale. Près de 10 millions de Chinois sont exploités dans les différentes industries du pays dans des conditions souvent dramatiques9. La haine des Chinois était particulièrement vive chez les Japonais, la propagande les présentait comme des « êtres inférieurs » ou des bêtes. La guerre sino-japonaise fut par conséquent particulièrement atroce et le massacre de Nankin en est certainement l'exemple le plus connu. Après la rude bataille de Shanghai, les Japonais entrent dans Nankin alors capitale de la Chine. Les massacres vont durer trois mois au cours desquels 300 000 Chinois sont tués dans des conditions particulièrement choquantes sans que le commandement n'intervienne. De même, lors de l'application de la politique des Trois Tout (« Tue tout, brûle tout, pille tout »), 2,7 millions de civils perdent la vie. Afin de limiter les nombreux viols commis par les soldats japonais et réduire la propagation des maladies vénériennes, plus de 200 000 femmes, désignées par l'euphémisme femmes de réconfort sont contraintes de se prostituer.
Pour tenter de vaincre la résistance chinoise, le Japon eut recours à des armes chimiques et bactériologiques comme lors de la bataille de Changde. On estime que 500 000 Chinois sont morts de maladies comme la peste bubonique ou le choléra délibérément utilisées par les Japonais10. Les recherches sur ces armes biologiques étaient réalisée au sein de l'unité 731 dirigée par Shirō Ishii. Semblables à celles effectuées par les nazis, les expérimentations exposaient les cobayes humains souvent chinois à des souffrances indicibles pour des résultats scientifiques contestables. L'unité 731 et les autres centres de recherche sont responsables de plusieurs milliers de morts dont des prisonniers de guerre américains11 pourtant Shirō Ishii parviendra à monnayer les résultats de ses recherches avec les États-Unis en échange d'une totale impunité.
Si les peuples asiatiques furent les principales victimes des exactions japonaises, les prisonniers de guerre occidentaux connurent des traitements similaires. Selon le code du Bushido, la reddition est le déshonneur suprême. Par conséquent les prisonniers de guerre perdaient tout droit à un traitement convenable. Plus de 10 000 Américains moururent lors de la marche de la mort de Bataan aux Philippines de même que 100 000 hommes dont 16 000 soldats du Commonwealth lors de la construction de la voie ferrée de la mort en Birmanie. Les Hell ships (navires de l'enfer) utilisés par les Japonais pour déplacer les prisonniers dans des conditions épouvantables n'avaient aucun signalement et étaient attaqués par les sous-marins ou l'aviation alliée, sans qu'on puisse deviner leur réelle fonction. On rapporte également des cas d'anthropophagie, étape ultime de la déshumanisation de l'adversaire, sur des prisonniers ou des civils sans que l'on puisse accuser la faim d'en être responsable.
Bien que non comparables avec ceux des Japonais, les Alliés ont commis des crimes de guerre lors de la guerre. Les prisonniers de guerre japonais étaient souvent maltraités en représailles des actions de l'armée japonaise, particulièrement en Chine. De même, la propagande américaine rappelait les traitements inhumains infligés aux soldats alliés qui se rendaient. Sachant que les Japonais seraient sans pitié avec eux, les soldats américains hésitaient à faire quartier aux troupes qui se rendaient. D'autant plus qu'ils craignaient toujours une reddition feinte qui se transformerait en attaque suicide. Le sentiment antijaponais exacerbé par la propagande fit que la mutilation des cadavres japonais devint une chose courante parmi les unités combattantes. Pour l'historien Niall Ferguson, « Les troupes alliées voyaient souvent les Japonais de la même manière que les Allemands considéraient les Russes, comme des untermensch »12. Les autres accusations contre les Américains concernent le bombardement à grande échelle de zones urbaines, essentiellement civiles, au Japon et en particulier les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.
Historiographie
De la même manière qu'en Europe où les crimes de guerre nazis en Union soviétique furent oubliés avec la montée en puissance de la Guerre froide, les crimes japonais furent occultés du fait de la prise de pouvoir par les communistes en Chine. Le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient censé juger les crimes de guerre japonais fut critiqué pour l'absence d'un certain nombre de responsables en particulier celle de l'empereur du Japon et de la famille impériale, l'impunité offerte permettant de faciliter l'occupation du pays par les Américains ; L'empereur devenant un spectateur impuissant marginalisé par les militaires. De même, certains sujets sensibles comme l'Unité 731 ou les femmes de réconfort ne furent pas abordés. Par la suite, plusieurs accusés purent mener une carrière politique comme Nobusuke Kishi ou Mamoru Shigemitsu sans que leurs actes passés ne soient un problème. Ces décisions firent que le peuple japonais ne put pas prendre la pleine mesure des crimes commis en son nom par l'Empire du Japon. Ainsi, à la différence de l'Europe où la négation de la Shoah est un acte répréhensible, le révisionnisme devint la norme au Japon où les manuels d'histoire furent purgés de toutes références aux crimes de guerre. Le terme d'« invasion » de la Chine est remplacé par le mot « avance » et le massacre de Nankin est traité comme une anecdote. Le maire de Nagasaki fut par exemple victime d'une tentative d'assassinat après avoir évoqué la responsabilité personnelle de l'empereur dans la conduite de la guerre.
La question du révisionnisme japonais continue d'empoisonner les relations entre le Japon et ses voisins. En effet, le Japon n'a jamais présenté ses excuses pour des actes précis et s'est contenté d'émettre « son sentiment de profond remords » pour les crimes japonais13. Ainsi, aucun homme politique japonais n'a réalisé de geste équivalent à celui de Willy Brandt à Varsovie et les dérapages sont nombreux comme les visites officielles au sanctuaire Yasukuni où sont honorés les âmes des soldats morts dont celles des criminels de guerre ou lorsque le premier ministre Shinzō Abe avance que l'esclavage sexuel n'a jamais existé14. Ce refus de reconnaitre ses crimes est certainement lié à la peur de devoir réaliser de nouvelles indemnisations et de devoir porter le fardeau d'une culpabilité éternelle à la manière de l'Allemagne et de son passé nazi. Parallèlement le Japon a réussi à apparaît en Occident comme une victime de la guerre du fait des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Ainsi, le bombardement d'Hiroshima est commémoré chaque année tandis que les crimes japonais restent encore très largement méconnus dans les opinions publiques occidentales.