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CHOMOLANGMA

HIROSHIGE (4).

28 Septembre 2009 , Rédigé par CHOMOLANGMA


source Wikipédia

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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.


L'influence d'Hiroshige sur les peintres occidentaux

À partir des années 1860, l’Extrême Orient, et en particulier le Japon, devient une source d'inspiration importante (couleurs, perspectives, composition, sujets, etc.) pour le monde occidental et aura pour effet de renouveler en profondeur les Arts et l'architecture des pays européens, période du japonisme. Avec l’ouverture de Meiji, les relations d’échange s’intensifient avec le Japon. Un exemple souvent cité et d'importance est la participation du Japon aux expositions universelles de 1862 à Londres, et de 1867, 1878 et 1889 à Paris. Dans le pavillon japonais, les visiteurs découvrent de nombreux objets d'art, par ailleurs mis en vente à la fin des expositions. Le grand public s'y intéresse rapidement.

Mais c'est par le biais des collectionneurs privés (Samuel Bing, Félix Bracquemond et le japonais Hayashi Tadamasa), de la littérature (Edmond de Goncourt a écrit deux monographies sur des peintres japonais : Outamaro en 1891, Hokusai en 1896 et en avait prévu onze autres avant sa mort, dont une sur Hiroshige) et des « dîners japonais » (réunissant Edgar Degas, Louis Gonse, Edmond de Goncourt, Félix Bracquemond, etc.) que les peintres vont connaître les œuvres japonaises, parmi lesquelles figurent (entre autres) les estampes des peintres de l’ukiyo-e.

De nombreux peintres vont y trouver une source d'inspiration, confortant leur vision propre (Camille Pissarro : « Les artistes japonais me confirment dans notre parti pris ») ou modifiant leur vision de la peinture. Vont ainsi être influencé l'américain Whistler (La Princesse du Pays de la Porcelaine), Henri de Toulouse-Lautrec (ses affiches, sa signature), Paul Cézanne (La montagne Sainte-Victoire), Paul Gauguin (la série sur les Tahitiennes), etc.

Mais ce sera aussi le cas de deux peintres de premier ordre, eux-mêmes collectionneurs de centaines d'estampes : Vincent Van Gogh, l'artiste qui a été le plus influencé par le Japon et Claude Monet.

L'influence sur Vincent van Gogh

Vincent Van Gogh est très certainement le peintre européen le plus influencé par la peinture japonaise. En témoignent quelques portraits (Agostina Segatori au café du Tambourin, les portraits du père Tanguy, l'italienne : néanmoins accommodés à la mode occidentale), mais aussi ses Iris très fortement inspirés d'Hokusai (Iris et cigale de 1832 par exemple), ses arbres, etc.

Amateur d'estampes, il en a collectionné plusieurs centaines, dont douze sont d'Hiroshige.

Au cours de l'été 1887, il a retranscrit littéralement trois estampes japonaises :

  • La Courtisane d'après Keisai Eisen (1790-1848). À proprement parler, la reproduction ne représente que la femme sur fond ocre, Van Gogh ayant rajouté l'épaisse bordure décorée d'un étang orné de nénuphars et de tiges de bambou. Il avait trouvé l'image en couverture d'un numéro du magazine thématique Paris Illustré en 1886 (numéro préparé par Hayashi Tadamasa).
  • Le Prunier en fleurs et Un pont sous la pluie d'après Utagawa Hiroshige (voir reproductions ci-contre), qu'il possédait.

Admiratif et vantant la dextérité des artistes japonais, il écrivit à son frère Théo : « Leur travail est aussi simple que de respirer et ils font une figure en quelques traits sûrs avec la même aisance, comme si c'était aussi simple que de boutonner son gilet ».

C'est que dans la bonne société, l'effet de mode japonisante amenait à se vêtir de kimonos, installer des paravents dans les salons, s'initier à la cérémonie du thé.

Van Gogh va beaucoup plus loin. Durant son séjour à Anvers, il décore sa chambre dans le style de l'ukiyo-e, à Paris il va au magasin du collectionneur Samuel Bing, et présente au printemps 1887, au café du Tambourin à Montmartre, une exposition d'estampes japonaises collectionnées avec son frère Théo.

L'imitation des trois œuvres sus-mentionnées avait pour but de s'imprégner du style japonais. À partir de ce moment là, Van Gogh va apposer sur ses toiles des couleurs souvent non mélangées et surtout verra dans les estampes une justification à sa propre utilisation du noir, quasi bannie par les autres peintres impressionnistes. Il réintroduira la valeur propre du trait pour délimiter des plans ou des objets, et leur donner de la vigueur. Outre les sujets, il s'inspirera aussi de l'utilisation de l'espace par les peintres japonais, de la vivacité qu'impriment au tableau les courbes et les torsades (Cfs. Les tourbillons de Naruto, les torsions des pins et des arbres en général, des nuages, voire des surgissement rocheux, ces « veines du Dragon » sous-tendant les compositions d'Hokusai comme la fameuse Vague), de la dialectique entre ici et là-bas (particulièrement exploitée par Hiroshige avec ses premiers plan qui repoussent les lointains) et de la perspective aérienne orientale, issues, pour les peintres japonais, de l'esprit du Zen.


À gauche : Hiroshige, Pruneraie à Kameido,
à droite : Van Gogh,
Japonaiserie : pruniers en fleurs


À gauche : Hiroshige, Le Pont Ōhashi et Atake sous une averse soudaine,
à droite : Van Gogh,
Japonaiserie : pont sous la pluie

L'influence sur Claude Monet

Il est averé que Claude Monet a largement été inspiré par les peintres japonais : il participait aux « dîners japonais » organisés par Samuel Bing, parlant de l'Art japonais avec d'autres peintres et écrivains, cotoyait Hayashi Tadamasa, se rendait à la galerie Durand-Ruel à Paris dans les années 1890… Et ses tableaux s'en ressentent. Une des preuves les plus flagrantes est certainement le portrait de sa première femme (Camille Doncieux) habillée en japonaise (voir illustration), mais d'une manière générale il a repris aux artistes japonais certains jeux de couleurs, certains thèmes, le mouvement, le cadrage.


Claude Monet : Madame Monet en costume japonais

En revanche, il est douteux qu'il ait repris directement l'idée (idée facile, pourtant largement répandue) de ses séries (cathédrale de Rouen, meules de foin, peupliers, la Tamise à Londres, Venise, etc.) aux peintres japonais, pour la raison que son ambition était autre . Là où les japonais représentent un endroit par différents points de vue (voir les Trente-six vues du mont Fuji d'Hokusai par exemple), à des moments différents, et font jouer les heures de la journée, les éléments naturels (neige, pluie, vent, orage), Monet préfère peindre un lieu sous le même angle (ou presque), à la même heure, se concentrant sur la manière de représenter l'atmosphère, l'ambiance, la lumière et de retranscrire les émotions fugaces ressenties au moment de la peinture (même si certaines lui ont pris des semaines, l'émotion étant retranscrite a posteriori).

Monet a été influencé par les peintres japonais d'une manière générale, certes, mais ses deux références furent essentiellement Hokusai et Hiroshige. Si on ressent l'influence d'Hokusai pour les nénuphars, si celle d'Hiroshige ressort sur les représentations de pont (le modèle « physique » étant le pont japonais que Monet s'était installé dans son jardin de Giverny) ou de peupliers (voir illustrations comparatives), ce n'est pas à ces proximités de composition anecdotiques qu'il faut s'arrêter : plus globalement, c'est le type d'attention que les peintres japonais apportaient au monde, aux paysages, aux végétaux, aux personnes, c'est le souci du climat psychologique, de la variabilité de la vision suivant le moment et l'humeur, qui l'ont imprégné. Monet, (ou Whistler) et les Impressionnistes en général, sont, à travers la leçon des peintres d'estampes tels qu'Hiroshigé, à travers l’ukiyo-e, devenus particulièrement sensibles à ce que la vision du présent changeant du monde reflétait de l'être humain, dans des moments précieux, irreproductibles, mais fixables par l'art. Ils ont appris des images japonaises qu'il pouvait exister un mode d'expression capable de renouveler leur peinture, cette « vision du monde flottant », un mode d'expression à même de traduire et de fixer, paradoxalement, d'une façon neuve les subtilités des variations de l'âme humaine.


À gauche, Hiroshige : Numazu, crépuscule,
à droite, Claude Monet : Peupliers sur l'Epte (1891)


À gauche : Hiroshige, À l'intérieur du sanctuaire Kameido-Tenjin (à Tokyo),
à droite, en bas : Hokusai Sous le pont Mannen à Fukagawa,
à droite, en haut : Claude Monet
Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte
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