LOUIS XVI (3).
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Roi sous la Révolution
Le monarque constitutionnel
Après la prise de la Bastille, le roi se rend de son plein gré à Paris, le 17 juillet, où il est accueilli par le maire de la nouvelle municipalité, Bailly. Le roi accepte la cocarde bleue et rouge (aux couleurs de la ville de Paris) que lui offre Bailly et la place sur son couvre-chef orné de blanc. Par cette visite et ce geste, le roi entérine ainsi les conséquences de la journée révolutionnaire du 14 juillet. Dès lors, l'abolition des privilèges fut votée dans la nuit du 4 août, et le 26 août la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est adoptée. Toutefois, ce n'est que le 5 octobre que le roi accepte de signer les décrets consacrant les décisions prises en août. À la suite de quoi, une foule venue de Paris, majoritairement composée de femmes, après avoir envahi la résidence royale (le château de Versailles) exige le transfert de la famille royale au Palais des Tuileries en plein centre de Paris .
Louis XVI jurant fidélité à la Constitution en 1790 (tableau de Nicolas Guy Brenet).
L' Assemblée nationale décréta le 10 octobre 1789, lors de la discussion sur le mode de promulgation des lois, que la formule serait : "Louis, par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'État, Roi des Français à tous présents et à venir, salut". Pour certains, le nouveau titre du chef de l'État serait donc roi des Français à partir de cette date. Rien pourtant d'anormal qu'à partir du 6 novembre 1789, il fit commencer ses actes officiels (lettres patentes, lois, etc.) par la formule « Louis, par la grâce de Dieu, et par la Loi constitutionnelle de l'État, Roi des Français », puisqu'il se conformait à la formule de promulgation qui avait été décrétée le 10 octobre par l'Assemblée constituante. Le nouveausceau royal, utilisé à partir de février 1790, porta l'inscription : « Louis XVI par la grâce de Dieu et par la loy constitutionnelle de l'État Roy des François ». Le 14 juillet 1790, lors de la fête de la Fédération, sur le Champ-de-Mars, le roi, La Fayette et le peuple de Paris (260 000 Parisiens et 14 000 Fédérés) prêtent serment « d'être à jamais fidèle à la nation, à la loi et au roi » et le 21 octobre de la même année, le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc qui était la couleur de l'étendard royal.

Louis XVI en 1786
Le roi des Français
Pour d'autres, il n'aurait été déclaré roi des Français que par la Constitution du 3 septembre 1791 (texte intégral) (chapitre II, article 2 : « le seul titre du roi est Roi des Français »), « acceptée » par le roi le 13 septembre 1791. Les pouvoirs du roi y sont en effet limités et précisés. Louis XVI n'est plus roi par la grâce de Dieu, mais roi des Français, c'est-à-dire non plus un souverain de droit divin, mais en quelque sorte le chef, le premier représentant du peuple français. Il conserve la totalité des pouvoirs exécutifs, qu'il exerce en vertu de la loi humaine. Cette constitution maintenait en outre le changement du titre du dauphin en prince royal (qui avait eu lieu le 14 août 1791).
Le 14 septembre 1791, Louis XVI jure fidélité à ladite constitution.
L'épisode de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes est célèbre. Un plan de fuite avait été étudié par la reine à la fin de l'année 1790. En avril 1791, les événements entraînent sa réalisation. Une manifestation l'empêche physiquement de se rendre au château de Saint-Cloud. Les révolutionnaires s'opposent en effet à ce qu'il fasse ses Pâques avec un prêtre réfractaire à la constitution civile du clergé. Le roi se décide alors à quitter la ville de Paris le20 juin avec sa femme, sa sœur et ses deux enfants, Marie-Thérèse et Louis-Charles. Il est arrêté à Varennes-en-Argonne le 21 juin malgré la présence de 60 hussards de Lauzun.
Joseph II au « roi des Français » : « Que fais-tu là, beau-frère ? Je sanctionne. »
Une déclaration qu'il avait laissée à Paris en quittant la ville, stigmatisant les Jacobins et leur emprise croissante sur la société française, fut bloquée par l'Assemblée et ne fut jamais diffusée dans son intégralité. Les caricaturistes révolutionnaires s'en donnèrent à cœur joie.
Un mouvement important parmi les révolutionnaires commence à réclamer le départ du roi. Les Cordeliers rédigent plusieurs pétitions contre lui, soutenus par des journaux comme le Républicain. Les Jacobins décident de suivre les Cordeliers, ce qui crée une rupture en leur sein. Une partie de leurs membres créèrent le club des Feuillants. C'est dans ce contexte que la constitution du 13 septembre 1791, évoquée ci-dessus, est proclamée.
Le jeu politique extrêmement complexe de l'année qui suit conduit à la déchéance du roi. Le pays subit de très fortes tensions. Dans les campagnes, les récoltes sont bonnes, mais la politique libérale conduite par l'Assemblée entraîne une pénurie alimentaire et de nombreuses émeutes, malgré des réserves souvent excédentaires. En plus de ces tensions sociales, la guerre est le principal facteur des difficultés de la monarchie. Les défaites de l'armée française entraînent le vote de décrets plus radicaux auxquels le roi met son veto. Les débats qui s'ensuivent et les émeutes organisées par les révolutionnaires poussent l'Assemblée législative à décréter la suspension du roi.
Louis XVI est donc suspendu par l'Assemblée le 10 août 1792, et détrôné lors de la première séance de la Convention nationale qui décrète, le 21 septembre 1792 que « la royauté est abolie en France » et que « l'An I de la République française » partira du 22 septembre 1792. Louis XVI perd alors tous ses titres, les autorités révolutionnaires le désignent sous le nom de Louis Capet (en références à Hugues Capet, dont le surnom est considéré, de manière erronée, comme un nom de famille).
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Appel nominal sur le jugement de Louis XVI, supplément au numéro 77 du journal Le Républicain, première page
Le procès de l'ancien roi et son exécution
Le procès
Considéré comme un citoyen ordinaire, "Louis Capet" est déclaré coupable de « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l'État » par la Convention nationale (auto-instituée en tribunal) lors d'un premier vote le 15 janvier 1793, par 707 voix pour 718 votants.
Puis, avec une majorité étroite, condamné à mort au manège du château des Tuileries, à la suite de la « séance permanente du mercredi 16 et du jeudi 17 janvier 1793 » et du scrutin rectificatif du 18. Un vote nominal, suivi d'une justification des votants à la tribune, qui donne 387 votes pour la peine de mort, dont 26 demandant un éventuel sursis. La majorité requise étant de 361 voix, l'ancien roi est condamné pour un unique vote. Ce dernier scrutin ne souffrit cependant pas de contestations du fait de sa nature nominale.
On commence à le surnommer « Louis le dernier ».
L'exécution (21 janvier 1793)
Les bourreaux voulurent dépouiller Louis XVI de ses habits. Il les repoussa fièrement, se déshabilla lui-même et défit le col de sa chemise. Ils voulurent lui lier les mains. Cette dernière humiliation le révolta :
- « Que prétendez-vous ? », demanda-t-il.
- « Vous lier », lui fut-il répondu.
L'ancien roi reprit :
- « Me lier ? Non, je n'y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas ; renoncez à ce projet. »
- « Avec un mouchoir, Sire » demanda le bourreau Sanson avec respect, montrant un morceau de soie.
Louis XVI, qui n'avait plus été appelé « Sire » depuis bien longtemps, accusa le coup. Il hésitait quand il se tourna vers son confesseur. Les bourreaux allaient l'empoigner quand l'abbé Henri Edgeworth de Firmont lui dit :
- « Sire, dans ce nouvel outrage je ne vois qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être votre récompense. »
Louis leva les yeux au ciel :
- « Assurément, dit-il, il ne faut rien de moins que son exemple pour que je me soumette à un tel affront. »
Et se tournant vers les bourreaux :
- « Faites ce que vous voudrez ; je boirai le calice jusqu'à la lie. »
Il se laissa dès lors lier les mains et couper les cheveux. S'appuyant sur l'abbé Henri Edgeworth de Firmont il monta calmement les marches qui conduisaient à l'échafaud. L'abbé Henri Edgeworth de Firmont craignait que le courage commençât à lui manquer, et il aurait ajouté :
- « Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »
Mais, parvenu au pied de la guillotine, Louis, placide, considéra un instant les instruments de son supplice et demanda si les tambours s'arrêteraient de battre. Il s'avança pour dire :
- « Je meurs innocent des crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez verser ne retombera pas sur la France ».
Il voulut poursuivre mais les tambours couvrirent ses dernières paroles. On cria aux bourreaux de faire leur office. Le roi déchu redevint silencieux, et n'opposa plus aucune résistance à l'exécution.
Louis XVI fut guillotiné le lundi 21 janvier 1793 à Paris, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde). Le couperet siffla à 10 heures 22, sous les yeux de cinq ministres du conseil exécutif provisoire et de quelques autres personnes, invitées par le ministre de la Marine dans son bureau, pour assister à l'exécution.
Il fut enterré au cimetière de la Madeleine, rue d'Anjou-Saint-Honoré. Les 18 et 19 janvier 1815,Louis XVIII fit exhumer ses restes et ceux de Marie-Antoinette pour les faire inhumer à labasilique Saint-Denis le 21 janvier. En outre, il fit édifier en leur mémoire la Chapelle expiatoireà l'emplacement du cimetière de la Madeleine.
Le 3 mai 1826 place de la Concorde, Charles X pose la première pierre du monument à la mémoire de Louis XVI. Mais la statue ne sera en fait jamais édifiée. Son socle servira de base à l'obélisque de Louxor dressé en 1836. L'actuel pont de la Concorde portait le nom de Louis XVI avant la Révolution.
Pour anecdote, quelques jours avant son exécution, il s'intéressait encore au sort de La Pérouse et de son expédition.
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Tombe de Louis XVI et de Marie-Antoinette, basilique Saint-Denis.
Historiographie
Sous la phase jacobine de la Révolution française, Louis XVI est traité de "tyran" et considéré comme un traître à la patrie, jouant double jeu : il aurait fait semblant d'accepter les mesures de la Révolution française, pour sauvegarder sa vie et son trône, tout en souhaitant secrètement la guerre, de connivence avec les princes étrangers qui déclarent la guerre à la France révolutionnaire.
De son côté, le courant royaliste contre-révolutionnaire a dressé dès la même époque le portrait d'un "roi martyr", conservateur, très catholique, aimant son peuple mais incompris de lui.
Sur sa personnalité
En 1900, le leader socialiste Jean Jaurès, juge Louis XVI "indécis et pesant", "incertain et contradictoire". Il estime qu'il n'a pas compris la "révolution dont lui-même avait reconnu la nécessité et dont il avait ouvert la carrière", ce qui l'a empêché d'en prendre la tête pour former une "démocratie royale" car "il en était empêché par la persistance du préjugé royal ; il en était empêché surtout par le poids secret de ses trahisons. Car il ne s'était pas efforcé seulement de modérer la Révolution : il avait appelé l'étranger pour la détruire.".
Les grands historiens de la Révolution française du XXe siècle, Albert Soboul, Georges Lefebvre, Alphonse Aulard, Albert Mathiez, s'incrivent dans la lignée jacobine qui considère que Louis XVI a trahi la Révolution française.
Un courant historiographique, de réhabilitation, place Louis XVI dans la filiation des Lumières. C'est par exemple la biographie de l'historien Jean de Viguerie (université de Lille) (Louis XVI le roi bienfaisant, 2003). Pour lui, "Nourri de Fénelon, ouvert aux Lumières, croyant que gouverner était faire le bien, Louis XVI, roi singulier, prince attachant, ne pouvait qu'être sensible à l'aspect généreux de 1789, puis choqué - voire révolté - par les dérives révolutionnaires. Roi bienfaisant, il fut emporté par une tourmente imprévisible, presque imparable.".
Dans la même lignée se situe la biographie de l'"historien et écrivain" Jean-Christian Petitfils(Louis XVI, 2005) pour qui Louis XVI est : "un homme intelligent et cultivé, un roi scientifique, passionné par la marine et les grandes découvertes, qui, en politique étrangère, joua un rôle déterminant dans la victoire sur l’Angleterre et dans l’indépendance américaine. Loin d’être un conservateur crispé, en 1787 il voulut réformer en profondeur son royaume par une véritable Révolution royale."
Pour le Dictionnaire critique de la Révolution Française de François Furet, Mona Ozouf et alii (1989), les historiens « ont pu le peindre tantôt en roi sage et éclairé, désireux de maintenir le patrimoine de la couronne en conduisant les évolutions nécessaires, tantôt en souverain faible et imprévoyant, prisonnier des intrigues de cour, naviguant au plus juge sans pouvoir jamais peser sur le cours des choses. À ces jugements, il existe des raisons politiques, puisque le malheureux Louis XVI est pris au premier rang dans la grande querelle de l’Ancien Régime et de la Révolution ». François Furet croit dans le double jeu du roi.
Sur la fuite de Varenne
L'épisode de la Fuite de Louis XVI et arrestation à Varennes, en juin 1791, constitue un élément de preuve de la duplicité du roi, qui n'aurait accepté officiellement la révolution française que pour sauver son titre royal et n'aurait attendu qu'une occasion pour rejoindre les princes étrangers.
En 2009, au sujet d'une téléfilm sur le sujet (« Ce jour-là, tout a changé : l'évasion de Louis XVI »), l'historien Jean-Christian Petitfils a émis une thèse différente sur le sujet : "Le scénario qui m'avait été présenté aborde deux thèmes essentiels et pourtant peu connus, ou en tout cas que les historiens en général n'ont pas pris en compte : Louis XVI est prêt à s’entendre avec les révolutionnaires, il accepte le principe d’une monarchie limitée. Néanmoins, il souhaite conserver une autorité dans certains domaines politiques. Mais cette volonté est rejetée par une grande majorité de députés de l’assemblée. (..)".
Une collectif d'historiens a fortement critiqué la thèse de Petitfils. Ils citent notamment l’historien Edgar Quinet qui a évoqué le plan de Mirabeau (devenu conseiller de la Cour jusqu’à sa mort le 2 avril 1791) : le roi devait se réfugier dans une place forte au milieu des régiments fidèles, dissoudre l’Assemblée, et reprendre Paris aux révolutionnaires. Ils citent l'historien Alphonse Aulard : "« Dès le mois d’octobre le projet était arrêté de partir secrètement pour Montmédy. L’empereur ferait sur nos frontières une démonstration militaire qui effraierait les patriotes. Louis XVI marcherait sur Paris avec l’armée de Bouillé ». Ils invoquent l'historien François Bluche pour qui "Louis XVI prisonnier de Paris depuis le 18 avril, ulcéré d’avoir dû accorder sa sanction à la Constitution civile du clergé votée le 12 juillet 1790 et condamnée par le pape le 10 mars 1791 est décidé à ne plus jouer le rôle que les circonstances lui imposaient depuis presque deux ans. Il est résolu à fuir la capitale, à se réfugier en province à Montmédy afin de retrouver au moins la plénitude de ses attributions constitutionnelles."
Sur son procès
Le procès de Louis XVI s'appuie principalement sur l'accusation de trahison envers la patrie.
Les historiens amateurs Paul et Pierrette Girault de Coursac ont tenté de dédouaner Louis XVI estiment que la faute des liens avec l'étranger en revient à un parti réactionnaire qui menait la "politique du pire". Leur ouvrage de réhabilitation de Louis XVI (Enquête sur le procès du roi Louis XVI, Paris, 1982) affirme que l'"armoire de fer" contenant la correspondance secrète du roi avec les princes étrangers aurait été fabriquée de toute pièce par le révolutionnaire Roland pour accuser le roi. L'historien Jacques Godechot a vivement critiqué les méthodes et conclusions de cet ouvrage.
L'une des réponses classiques apportées à la question du procès est politique et dépasse la simple personne de Louis Capet. L'historien communiste Frédérick Genevée (lycée du Kremlin-Bicêtre, membre du Conseil national du PCF et responsable des archives) avertit ainsi : "Ne banalisons pas l’acte. Ils ont réussi à s’extraire d’un millénaire de croyances dans le caractère quasi surnaturel du souverain. Ils ont libéré la société française d’une pesanteur obscurantiste dont on a du mal à imaginer la force et les conséquences. (...) Aujourd’hui, il serait vain pour l’historien de tenter de justifier ou de condamner. Il s’agit d’analyser. Quant aux militants de la libération humaine, hostiles à la peine de mort, ils n’ont pas à voir dans cette décapitation une méthode atemporelle de lutte. Nous n’avons plus de roi ni personne d’autre à condamner. Le mérite en revient en partie aux fondateurs de la République et à ceux qui jugèrent Louis XVI.".
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