LOUIS XVI (2).
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Le ministère Calonne
Louis XVI appelle Charles Alexandre de Calonne, qui avait une réputation de bon technicien de la finance, comme contrôleur général des Finances (novembre 1783) puis ministre d'État pour remplacer Necker. Calonne entreprend pendant trois années une politique de dépenses et d’emprunts, de "relance" selon certains (grands travaux dans les transports, l'industrie, traité de commerce avec l'Angleterre en 1786), destiné à rétablir le crédit de l'État par les moyens inverses de ceux du rigoureux Necker.
Mais c'est l'échec. Calonne doit se résoudre au même plan de réformes que ses prédécesseurs : libéraliser le commerce intérieur par la suppression des douanes intérieures, supprimer les traites, réduire la taille, remplacer les corvées en nature médiévales par une prestation en argent, transformer la Caisse d’escompte en une banque d’État et surtout « soumettre les privilégiés à l’impôt et à une subvention territoriale ; établir des assemblées provinciales » élues qui répartiraient cet impôt. Comme dans le plan de Turgot, Calonne prévoyait une pyramide d'assemblées locales (assemblées paroissiales et municipales, assemblées de districts) élues par les contribuables.
Louis XVI aurait lancé à Calonne : « C'est du Necker tout pur que vous me donnez là ! », mais le plan serait plus proche de celui de Turgot. L'un des principaux rédacteurs du projet est le physiocrate Pierre Samuel du Pont de Nemours, ancien collaborateur de Turgot.
Pour ne pas avoir à affronter la minorité privilégiée des parlementaires (groupe puissant de la noblesse de robe), qui refusent toujours les réformes et l'égalité fiscale, le gouvernement convoque une assemblée de 144 notables (en fait toujours essentiellement des privilégiés) pour lui soumettre son projet. Mais, réunie en février-mars 1787, celle-ci refuse l’impôt territorial égalitaire. Louis XVI, qui l'avait soutenu pendant plusieurs mois, retire brutalement son soutien à Calonne en avril 1787, peut-être sous l'influence de la Cour, de la Reine, ou de l'opinion publique.
En janvier 1784, Louis XVI abolit le péage personnel qui pesait sur les Juifs d'Alsace.
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Charles Alexandre de Calonne
Portrait par Élisabeth Vigée-Lebrun.
Le ministère Brienne
Le 1er mai 1787, Louis XVI appelle l'évêque libertin Etienne-Charles de Loménie de Brienne au Contrôle général des Finances. Brienne reprend toujours les mêmes réformes indispensables mais avec en face de lui le Parlement de Paris. Il réussit à faire le libre-échange à l’intérieur du pays, l'instauration d'assemblées provinciales élues, ainsi que le rachat des corvées. « Mais la lutte s’engagea vivement à propos de l’impôt du timbre et de la subvention territoriale. Le roi tint un lit de justice et fit enregistrer les deux dernier édits. ».
Devant la protestation du parlement, Louis XVI l’exile à Troyes en août 1787 et ne le rappelle que lorsque les parlementaires acceptent d'étendre l'impôt direct à toutes les formes de revenus. Mais les parlements s'opposent à un nouvel emprunt d'État. Les Parlement finissent par faire appel aux état-généraux dans l'espoir de bloquer la réforme de l'impôt égalitaire. Brienne accepte leur tenue et quitte le pouvoir le 25 août 1788.
Le 17 novembre 1787, Louis XVI demande à Malesherbes de lui remettre un rapport en vue "d’améliorer la situation des juifs en France".
Le cardinal Loménie de Brienne vu par Édouard Debat-Ponsan (1896) ; détail d'un tableau placé dans la salle des Illustres du Capitole de Toulouse
Le second ministère Necker
Devant la banqueroute de l’État, Louis XVI fait de nouveau appel à Necker, le 25 août 1788. Il reprend une revendication du parlement : la convocation des Etats généraux en 1789. Une mesure qui finira par se retourner contre les privilégiés, notamment parce que Necker se prononce en faveur du doublement de la participation du tiers état.
Diverses réformes
C'est sous son règne, le 24 août 1780 que la question préparatoire est abolie puis, 1er mai 1788, un nouvel édit supprime la question préalable. Les parlements refusent toutefois d'entériner cet édit et le roi doit tenir un lit de justice pour l'imposer le 8 mai 1788. De nombreux travaux publics sont également lancés notamment en matière d'assèchements de marais.
À la suite de la première tentative d'unification des poids et mesures du Royaume de France du Roi Philippe le Long aux États Généraux d'Orléans, en 1321, ainsi que les suivantes jusqu'à celle du Roi Louis XV en 1770, Louis XVI va concrétiser cette longue série de tentatives en signant le 8 mai 1790 le projet d'unification des poids et mesures du Royaume de France, proposé par Talleyrand. Suite au rapport du 19 mars 1791 de l'Académie des Sciences, et sur proposition du Chevalier Jean-Charles de Borda, le « mètre » de Burattini, mieux défini, est adopté comme unité de longueur. Dès le 26 mars 1791, la proposition de Jean-Charles de Borda est transmise par Condorcet à l'Assemblée. Les tâches réparties entre les savants : Borda, Cassini, Lavoisier, et Hauj aboutiront à la détermination du mètre, de la seconde et du kilogramme, fondements du système métrique qui aujourd'hui s'appelle Système international d'unités (SI), appliqué suite à la métrification dans tous les pays du Monde, à l'exception des États-Unis, de la Grande-Bretagne (où les panneaux routiers restent libellés en miles et la bière vendue en pintes), du Liberia et du Myanmar.
Politique extérieure
La France joue un rôle géopolitique prépondérant en Europe. Le roi dote l'armée d'une marine qui rivalise pour la première fois depuis la Guerre de succession d'Autriche (quarante ans auparavant) avec celle de l'Angleterre, notamment lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis où la France aide militairement les "insurgents".
Il poursuit la politique traditionnelle française d'appuyer des missions catholiques au Proche-Orient. Face au vide créé par l'interdiction de la Compagnie de Jésus (les Jésuites) en 1773, il choisit les Lazaristes pour les remplacer dans les missions en territoire ottoman. Le Pape Pie VI accepta ce changement, symbolisé par la prise en charge du centre des missions catholiques en Orient, le Lycée Saint-Benoît à Istanbul, par la Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul, le 19 juillet 1783. Il reconnaitra comme valide les actes de naissances, mariages, décès de ses sujets protestants en 1788 (Edit de Tolérance).
Louis XVI a joué un rôle important dans la modernisation de la Marine française. Selon l'historien de la mer André Zysberg (université de Caen) : "C’est un roi géographe qui se passionne pour la mer ; il lit avec passion les récits de voyage, s’informe sur les techniques nouvelles de navigation. Il développe un programme de construction, augmente les crédits de la flotte de guerre, améliore les conditions de vie des matelots, sujet crucial à l’époque ; il promeut au mérite, contre la tradition, les chefs d’escadre issus de la guerre d'Amérique.".
Un roi simple mais érudit
Louis XVI a été longtemps caricaturé comme un roi un peu simplet, manipulé par ses conseillers, peu au fait des questions de pouvoir, avec des marottes comme la serrurerie et une passion envahissante pour la chasse.
Cette image est en partie due à son attitude envers la cour, et surtout en raison des calomnies du parti Lorrain et en premier M. de Choiseul, le comte de Mercy, l'Abbé de Vermond et enfin Marie-Thérèse d'Autriche.
Louis XVI était un prince studieux et érudit. Hormis sa passion connue pour la serrurerie, il était féru d'histoire, de géographie, de marine et de sciences. Il fit de la marine une priorité de sa politique étrangère, soucieux de contrecarrer les avancées anglaises outre-mer, et de prendre la revanche du désastreux traité de Paris de 1763. Cette marine puissante contribua fortement au succès des indépendantistes américains. Il avait en outre une connaissance théorique de la marine si pointue, qu'il se plut, quand il vit pour la première fois la mer, à faire des remarques dont la pertinence stupéfia ses interlocuteurs.
Sur le plan scientifique, il mandata Jean-François de La Pérouse pour effectuer le tour du monde et le cartographier. Il demandera de ses nouvelles jusque sur l'échafaud. Louis XVI favorisa également l'implantation en France de la culture de la pomme de terre, la faisant cultiver à proximité de Versailles.
Depuis Louis XIV, la noblesse était en grande partie « domestiquée » par le système de cour. L'étiquette régissait la vie de la cour en faisant du roi le centre d'un cérémonial très strict et complexe. Cette construction de Louis XIV visait à donner un rôle à une noblesse qui avait été jusque là souvent rebelle et toujours menaçante pour le pouvoir royal.
Au sein de la cour, la noblesse voyait sa participation à la vie de la nation organisée en vase clos dans un subtil système de dépendances, de hiérarchie et de récompenses, et ses velléités d'autonomie vis-à-vis de l'autorité royale nettement réduites. Louis XVI hérita de ce système. La noblesse était au service du roi et en attendait des récompenses et des honneurs. Même si l'écrasante majorité de la noblesse n'avait pas les moyens de vivre à la cour, les textes montrent bien l'attachement des nobles de province au rôle de la cour, et l'importance que pouvait prendre la « présentation » au roi.

Jean François de Galaup, comte de La Pérouse
Comme son grand-père Louis XV, Louis XVI eut les plus grandes peines à entrer dans ce système qui avait été construit un siècle auparavant par son quadrisaïeul pour répondre à des problèmes qui n'étaient plus d'actualité. Ce n'était pas par manque d'éducation : il fut le premier monarque français à parler couramment anglais ; nourri des philosophes des Lumières, il aspirait à trancher avec l'image « louis-quatorzienne» du roi en constante représentation. Cette image du roi simple rejoint celle des « despotes éclairés » de l'Europe, comme Frédéric II de Prusse.
Le refus d'entrer dans le grand jeu de l'étiquette explique la très mauvaise réputation que lui fera la noblesse de cour. En la privant du cérémonial, le roi la privait de son rôle social. Ce faisant, il se protégeait également. Si à l'origine la cour servait à contrôler la noblesse, la situation se renversa très vite : le roi se trouvait à son tour prisonnier du système.
La mauvaise gestion par Louis XV puis par Louis XVI de cette cour, le refus par les Parlements (lieu d'expression politique de la noblesse et d'une partie de la haute bourgeoisie judiciaire) de toute réforme politique, ainsi que l'image souvent désastreuse de la capricieuse reine dégraderont peu à peu son image : beaucoup de pamphlets le ridiculisant viennent d'une partie de la noblesse qui supporte mal le risque de perdre sa place particulière, le décrivant non pas comme le roi simple qu'il était, mais comme un roi simplet.
Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand
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