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CHOMOLANGMA

Bugul-noz.

5 Novembre 2013 , Rédigé par CHOMOLANGMA Publié dans #RELIGIONS & CROYANCES (Catholi) -Arts divinatoires

Bugul-noz

 

 

 

 

Le Bugul-noz (/by.gyl.’noz/ en breton vannetais) ou bugel-noz, « enfant de la nuit » ou « berger de la nuit », est une créature nocturne du légendaire breton, proche du lutin et du loup-garou, et connue pour se présenter sous la forme d'un berger métamorphe portant un large chapeau. Surtout attaché au Vannetais, qui forme l'actuel Morbihan, il est mentionné depuis le XVIIe siècle et peut-être issu des créatures du type « appeleur ».

La tradition populaire parle de la crainte qu'il inspire et des moyens de s'en protéger. Il aurait pour fonction, selon Walter Evans-Wentz et Pierre Dubois, de prévenir les bergers attardés de l'arrivée des hordes nocturnes, et de les pousser à regagner leur foyer. Les mères bretonnes effrayaient jadis leurs enfants en l'évoquant.

Étymologie et terminologie

Joseph Loth en a étudié l'étymologie dans son Dictionnaire breton-français du dialecte de Vannes, en 18941. Le nom a changé de sens en breton vannetais, puisque bugel, qui désigne l'enfant, y est le même mot que bugul, le berger, dont le sens est différent dans les autres dialectes2,3,Note 1. On trouve la forme « bugel-noz » en 1633, et celle de bugul-noz en vannetais à partir de 17324. L'orthographe est assez variable, incluant surtout « bugul-noz »Note 2, « Bugul Noz »Note 3 et « Bugul-nôz »Note 4.

Origine et confusions

Dans tous les cas, le bugul-noz a un rôle d'« épouvantail »5, puisque les parents désireux de ne pas voir leurs enfants courir le soir les menaçaient en disant que si le bugul-noz les voyait en dehors de la maison, il les emporterait dans son immense chapeau rond6.

Il est peut-être issu de Yannig an Aod (ou Yann-An-Ôd), « Jean du rivage », un « appeleur » qui pousse les pêcheurs à rentrer au port dès la nuit tombée, d'après Walter Evans-Wentz7 et Albert Moxhet8. Un bulletin de la Société archéologique du Morbihan, paru en 1858, affirme qu'il est issu des dusino latins9. Paul Sébillot note une confusion entre le bugul-noz et le loup-garou à son époque, un même nom désignant le lycanthrope qui rejoint les siens durant la nuit, et le pâtre nocturne d'apparence humaine10. En 1914, le chanoine J. Buléon mène une enquête sur le « Bugul-Noz et le Garo » dans la Revue Morbihannaise de février, et suppose qu'il y a eu confusion entre plusieurs types de récits, qui se sont fondus les uns dans les autres11. Il regrette que les conteurs aient fait des amalgames12. François Cadic note en 1922 que le bugul-noz, les kannerezed-noz et les hopper-noz ont été assimilés à des revenants, suppôts du Diable13.

Description

Selon certaines descriptions, le bugul-noz est un loup-garou.

 

 

 

 

 

Le bugul-noz est un « lutin malfaisant » qui effraie les humains par ses apparitions, et revêt parfois une peau de loup pour courir nuitamment9.

« Quand les ombres sont descendues, et que l'oiseau de nuit quitte sa retraite, éloignez-vous : vous y entendriez, comme des voix plaintives, les gémissements des pâtres enlevés par le Bugul-Noz, ce Croquemitaine breton ! »

— Guide du voyageur : Carnac et ses alentours14

Les Bretons qui rentrent tard du labour sont susceptibles de le rencontrer et redoutent ce moment15. Esprit de la nuit, le bugul-noz voit l'apogée de son pouvoir à minuit et fréquente les bois et les chemins, caché par un chapeau8 « plus large qu'une roue de charrette »16 et un ample manteau. Comme dans le cauchemar, il grandit au fur et à mesure que l'on s'approche de lui8. Il possède le don de métamorphose17 afin de surprendre ses victimes16, et peut se changer, par exemple, en cheval18. Il est parfois accompagné de korrigans poussant leur chant de marche19. Anatole Le Braz dit qu'à Riantec, lorsqu'on l'entend siffler derrière soi, il faut bien se garder de siffler aussi20.

Dans d'autres histoires, il est un loup-garou qui emporte les enfants en les cachant dans son chapeau21. Paul Sébillot livre une version selon laquelle un cultivateur s'aperçoit que son frère est « bugul-noz » et sort tous les soirs sous forme de loup. Suite aux conseils d'un prêtre, il va le rejoindre une nuit et le pique avec une fourche à deux pointes22. Le bugul-noz est parfois lié à la mer, où il officierait, « armé jusqu'aux dents »23, et il craint l'aubépine, dont le pouvoir met fin aux enchantements24. Ce serait un homme maudit qui accomplit une pénitence16. Une version de la légende est affichée sur le chemin de randonnée de Pont Augan, à Quistinic.

L'américain Walter Evans-Wentz s'est intéressé au bugul-noz, qu'il qualifie d'« homme-fée », mais n'est pas parvenu à trouver de description du troupeau qui l'accompagne, ni ce que présage sa rencontre, même s'il a noté que les Bretons préfèrent l'éviter. Il suggère, tout comme Pierre Dubois, que le bugul-noz emmenait paître son troupeau d'ombres à la nuit tombée pour signifier au berger qu'il est temps de rentrer, et ne serait pas maléfique, mais presserait les hommes à quitter les territoires qu'il hante avec les esprits de la nuit25,15.

Collectages et évolution des croyances

Le bugul-noz est surtout connu dans le Vannetais, où un moyen de s'en protéger consistait à « se retrancher rapidement derrière une porte de chrétien, dont les barres horizontales et verticales forment comme une croix », ou alors à rester dans un champ labouré, précédemment semé avec des grains bénis26.

La plupart des informations le concernant sont issues de différents collectages effectués en Bretagne. Joseph Frison en rassemble plusieurs pour la Revue des traditions populaires : Le petit boudeur en avril 1908, Le berger de nuit en juillet 1910, Le Bugul-nôz en novembre de la même année, et La délivrance du Bugul-nôz en février 1911. Il apprend d'un domestique d'une vingtaine d'années qu'une de ces créatures hantait jadis l'église de Cléguer. La croyance populaire est cependant déjà en voie de disparition : un paysan de Lorient affirme avoir entendu parler du bugul-noz mais ne plus s'en souvenir, ajoutant qu'il s'agit peut-être d'un oiseau chanteur, mais que ce nom n'est plus guère utilisé. Joseph Frison se fait dire que la créature aurait habité avec sa conjointe du côté d'Hennebont, mais aurait depuis disparue27. Yves Le Diberder recueille de nouvelles anecdotes dans le Kemenet-Héboé, le Porhoët, et dans la presqu'île de Rhuys en 191228.

Impact culturel

Le Bugul-noz a donné son nom à un trail entre Sarzeau et le stade de Quistinic, dont la quatrième édition s'est tenue en 201129.

Il est inclus dans l'ouvrage de Faery Wicca, d'Edain Mc Coy, qui le décrit comme le dernier de son espèce, ajoutant qu'il est incroyablement laid, ce qui lui cause beaucoup de peine, incite les animaux de la forêt à l'éviter, et explique qu'il pousse lui-même des cris pour avertir les gens de son approche et ne pas les effrayer. Elle ajoute qu'il n'est pas malveillant, mais demeure toujours seul à cause de son effroyable apparence30.

Un monstre de Final Fantasy XI porte également ce nom31.

 

 

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