ALFRED HITCHCOCK (3).
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Mais qui a tué Harry ?
En 1950, Hitchcock avait lu le roman de Jack Trevor Story, The Trouble with Harry (Mais qui a tué Harry ?). Avant de partir tourner La Main au collet, il demanda à John Michael Hayes de travailler à son adaptation. Les droits furent achetés pour 11 000 $. Quatre ans auparavant, le comité de lecture de la Paramount avait émis un avis défavorable sur l'adaptation du roman, jugeant son humour trop fragile et un peu bizarre et ses personnages ressemblant un peu à des extra-terrestres.
Mais qui a tué Harry ? suit le parcours d'un cadavre découvert par un petit garçon. Celui-ci part vite chercher sa mère. Au même moment, un vieux chasseur tombe sur le cadavre et pense l'avoir tué. D'autres personnes se croiront tour à tour coupables, alors on enterre bien vite le cadavre encombrant. Occupé sur La Main au collet, Hitchcock ne se chargea pas de la distribution. Son producteur associé, Herbert Coleman trouva le casting. Il choisit Shirley MacLaine et John Forsythe pour les deux principaux personnages.
Hitchcock confiera à François Truffaut :
- J'ai tourné ce film pour prouver que le public américain pouvait apprécier l'humour anglais et cela n'a pas trop mal marché.
À la sortie du film, le réalisateur tournait son film suivant, L'Homme qui en savait trop, et tout le monde n'avait ses yeux que pour celui-là, et on ne parla presque pas de Mais qui a tué Harry ?. La Paramount ne savait pas trop quoi en faire, et le film n'intéressa que moyennement le public américain. En France, le film fut un carton et resta six mois à l'affiche, avec des critiques très positives.

L'Homme qui en savait trop 2e version
Fin 1954, Hitchcock venait de terminer son quatrième film en dix-sept mois. Et il n'était pas question de faire une pause. Il décida de recycler une de ses anciennes œuvres, L'Homme qui en savait trop (1934), la seule fois de sa vie où il tourna un remake. Le premier film avait été un succès, mais Hitchcock n'en était pas satisfait, et sept ans après sa sortie, il en avait envisagé une nouvelle nouvelle version avec David O. Selznick.
John Michael Hayes fut de nouveau contacté. Le réalisateur lui demanda de ne pas visionner la version précédente et lui raconta simplement l'histoire, celle d'un espion qui est assassiné et qui confie à un docteur, rencontré la veille, qu'un attentat se prépare. Le médecin et sa femme se retrouvent alors embarqués dans un complot international, obligés de se taire pour sauver leur fils gardé en otage. En 1955, James Stewart était l'acteur le plus en vue d'Hollywood, et Hitchcock le choisit pour le rôle principal. L'Homme qui en savait trop était leur troisième collaboration. Pour le rôle de son épouse, le réalisateur avait remarqué Doris Day.
En juillet 1955, les derniers plans furent tournés dans les studios Paramount. Le film sera le plus rentable de l'année 1956. Pour de nombreux critiques, le remake de L'Homme qui en savait trop était meilleur que la version originale - une exception dans l'histoire du cinéma.
Sueurs froides
Sueurs froides (1958) est considéré par de nombreux cinéphiles comme le meilleur film d'Hitchcock. Pourtant, lors de sa sortie, sa qualité ne fut pas tout de suite reconnue par le public et la critique. Bien qu'il soit centré sur un meurtre, ce n'est pas à proprement parler un film policier, mais selon les mots de son auteur, « une histoire d'amour au climat étrange. »
Un ex-policier accepte de surveiller la femme d'un ami qu'il n'a pas revu depuis longtemps. Il en tombe amoureux, mais s'avère incapable d'empêcher son suicide, à cause du vertige dont il souffre. Il rencontrera plus tard, une jeune femme qui ressemble beaucoup à la disparue...
Il fallut trois scénaristes successifs avant qu'Hitchcock ne parvienne à un scénario qui le satisfasse. Le dernier, Samuel Taylor avoua qu'il avait travaillé uniquement sur les indications du réalisateur, sans lire le roman D'Entre les morts qui servit d'adaptation, ni le premier scénario, afin de se concentrer sur le personnage principal.
Le réalisateur engagea James Stewart pour le rôle principal. Sueurs froides marque leur dernière collaboration. Et pour l'interprète de la jeune femme malade, Hitchcock voulait propulser au rang de star sa nouvelle protégée Vera Miles. Enceinte, elle se désista. Le studio la remplaça par Kim Novak, qui accomplit sa meilleure performance.
Sueurs froides 1958
Psychose
Alors qu'il lisait la rubrique « Livres » du New York Times, Hitchcock vit une excellente critique sur le livre Psycho de Robert Bloch. Il acheta le livre et annonca à sa secrétaire « Je tiens notre prochain sujet, Psycho. ».
Hitchcock engagea le scénariste débutant Joseph Stefano pour lui écrire ce qui allait devenir un film majeur dans sa filmographie et considéré comme un chef-d'œuvre Anthony Perkins tient le rôle principal, celui de Norman Bates, un jeune homme perturbé, propriétaire d'une vieille demeure surplombant le motel dont il est également propriétaire, et où Marion Crane (jouée par l'actrice Janet Leigh), une automobiliste de passage, connaîtra un destin tragique. Un détective privé (Martin Balsam), puis l'amant et la sœur de Marion (interprété par Vera Miles), se lanceront à sa recherche.
Psychose n'a pas été bien accueilli par la critique. Il n'était soi-disant pas à la hauteur de La Mort aux trousses, de La Main au collet, de Sueurs froides et des autres films d'Hitchcock. La raison probable de ces réactions, est que les journalistes n'ont pas apprécié d'avoir découvert le film au cinéma. Hitchcock était toujours déçu quand son travail était mal reçu car il y consacrait beaucoup de temps. En Europe, le film fut très bien accueilli aussi bien par la critique que le public.
Sur le tournage de Psychose
Les Oiseaux
Après Psychose Hitchcock eut le plus grand mal à trouver un nouveau sujet de film. Il commença à travailler sur le scénario de Pas de printemps pour Marnie avec Joseph Stefano. Le film devait marquer le come-back de l'actrice fétiche du réalisateur, Grace Kelly. Devenue princesse de Monaco, l'actrice était prête dans un premier temps à accepter, mais finalement, repoussa l'offre.
Déçu mais non découragé, le réalisateur se tourna vers l'adaptation d'une nouvelle de Daphne Du Maurier, Les Oiseaux, publiée en 1952 dans la revue féminine Good Housekeeping. Il la retint d'abord pour sa série télévisée hebdomadaire Alfred Hitchcock présente, mais eut l'idée d'en faire un long-métrage après avoir entendu qu'une femme avait été attaquée par des oiseaux. Hitchcock avait déjà adapté deux œuvres de Du Maurier pour ses films La Taverne de la Jamaïque en 1939 et Rebecca en 1940, en dépit du fait qu'il ne ressentait pas particulièrement d'attachement vis-à vis de ses écrits.
« On pourrait dire que le thème des Oiseaux est l'excès d'autosatisfaction qu'on observe dans le monde : les gens sont inconscients des catastrophes qui nous menacent. »
— Alfred Hitchcock
Hitchcock se mit ensuite à la recherche d'un scénariste. Stefano produisait la série Au-delà du réel et n'était donc plus disponible. Après avoir envisagé plusieurs personnes, dont Ray Bradbury, le réalisateur se tourna vers Evan Hunter qui deviendra célèbre plus tard sous le pseudonyme d'Ed McBain. L'écrivain accepta immédiatement de travailler avec Hitchcock.
Hitchcock ne voulait pas de star pour le film. Le succès de Psychose sans grands acteurs l'avait motivé à se diriger dans ce sens. Après divers essais filmés de plusieurs actrices, il surprit en choisissant une inconnue, Tippi Hedren, qui deviendra l'une des plus grandes blondes hitchcockiennes avec Grace Kelly et Ingrid Bergman La jeune femme fut aidée de ses collègues, Rod Taylor, Suzanne Pleshette et Jessica Tandy.
Contrairement à Psychose où la Paramount lui avait imposé un budget réduit à 800 000 $, Alfred Hitchcock disposait de 2 500 000 $. Il retrouvait ainsi une somme équivalente à celles dont il bénéficiait habituellement. Pour La Mort aux trousses, le budget s'était monté à 3 300 000 $. Le tournage proprement dit débuta le 5 mars 1962. Tout avait été méticuleusement prévu car Hitchcock n'aimait pas les extérieurs, qui ne lui permettaient pas de contrôler la lumière et le bruit ambiant.
« Hitchcock reconnut avoir été exceptionnellement tendu, durant le tournage du film ». Lui si méticuleux, qui habituellement travaillait chaque prise longtemps à l'avance, apportait des changements de dernière minute au scénario et improvisait sur le plateau. En dépit de ces changements de dernière minute, Hitchcock étudia les story-boards montrant l'attaque de Tippi Hedren par des oiseaux dans le grenier (une séquence qui exigea trente-deux angles de prise différents) et il indiqua le nombre d'images nécessaires. Il anticipait les coupes au montage et pensait la durée de chaque plan : « Je n'ai jamais vu personne, ni avant ni après, doté d'un tel sens du cinéma », confia Harold Michelson, qui participa aux effets spéciaux.
La principale difficulté technique, avant les effets spéciaux, concernait les oiseaux réels. Rod Taylor fut harcelé par un corbeau nommé Archie, mais c'est Tippi Hedren qui souffrit le plus. Lors de la scène du grenier où Melanie est sauvagement attaquée, l'actrice apprit le matin du tournage que les oiseaux mécaniques qui devaient entrer en jeu ne fonctionnaient plus. Pendant cinq jours, Tippi Hedren dut affronter des oiseaux réels. Durant toute la semaine, les techniciens lancèrent sur elle des volatiles censés la frapper ; certains étaient rattachés à son costume par des films invisibles. Le lundi suivant, elle s'écroula d'épuisement et dut être hospitalisée, une paupière ouverte.
Les attentes étaient grandes depuis Psychose. Avec des effets visuels ambitieux, une bande-son inhabituelle et l'absence de tête d'affiche, Hitchcock ne pouvait se permettre de décevoir ni la critique ni le public. C'était la première fois qu'il disposait d'un aussi gros budget. Son film « le plus important » selon ses propres mots devait être un succès.
Alfred Hitchcock choisit de présenter son film en avant-première mondiale au Festival de Cannes 1963. Il fit l'ouverture mais ne fut pas sélectionné pour la compétition officielle, le public fut sous le choc en sortant de la projection :
« Ce n'est pas le lâcher de quelques pigeons débonnaires, ni le charme de son interprète Tippi Hedren qui pourront atténuer l'impression d'horreur ressentie à la présentation de son film Les Oiseaux. »
— Édition spéciale consacrée au 16e festival international du film de Cannes Les Oiseaux remporta en totalité aux États-Unis 11 403 559 $. Ce résultat fut moins bon que prévu mais néanmoins restait un succès suffisant pour rassurer le réalisateur. Il fut classé 16e parmi les 20 films les plus regardés de l'année 1963. Aujourd'hui considéré comme un classique du cinéma d'épouvante, le film a fait l'objet d'un remake pour la télévision intitulé Les Oiseaux 2, réalisé en 1994 avec Tippi Hedren.