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CHOMOLANGMA

BUSTER KEATON (2).

13 Septembre 2009 , Rédigé par CHOMOLANGMA


source Wikipédia

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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.


Analyse

Le génie de Keaton, immense, est différent de celui de Chaplin. Keaton, moins humaniste, pratique le gag avec une précision d'orfèvre, presque en mécanicien ; la scène où la façade de la maison lui tombe dessus dans Cadet d'eau douce, ou la précision du tir du boulet de canon dans Le Mécano de la « General », sont des sommets de la mécanique Keatonienne. Keaton sait se trouver là où l'on ne l'attend pas, amorcer son gag, emmener le public à deviner ce qui va se passer et finalement surprendre avec un gag complètement différent de celui que l'on a anticipé, comme dans La Maison démontable où Keaton se démène pour enlever sa maison démontable de la voie du chemin de fer, car un train pointe au loin, et y parvient, après maints efforts, mais, à cet instant, sa maison est réduite en miettes par un autre train arrivant en sens opposé. Keaton a également un sens de l'espace exceptionnel, ses grands travellings sont toujours des modèles du genre, comme dans Les Fiancées en folie. La totale maitrise d'un film comme Sherlock Junior, au montage et aux effets visuels complexes, montre avec éclat les qualités de metteur en scène de Keaton.

Durant cette époque, les grands cinéastes du monde du comique, du « burlesque », se servaient de personnages au style vestimentaire immédiatement reconnaissable par le spectateur ; Chaplin avec The tramp (le vagabond, rebaptisé « Charlot » en France), Keaton avec son chapeau canotier et son costume relativement souple dans un bonhomme coincé, Harold Lloyd au style proche de Keaton, mais au personnage plus intellectuel. C'est le français Max Linder (au tout début des années 1910), qui instaura cette variété de personnage, lui fut le « dandy » charmeur et gaffeur.

Considéré comme « l'homme qui ne riait jamais », Keaton fût un être, dans la vie, à l'opposé de ses personnages. Cette façade au visage impassible, Keaton s'en servait pour avoir un personnage parachuté dans une situation dans laquelle il n'a pas sa place au départ mais toujours prêt à faire face (dans La croisière du Navigator où, après un chassé croisé avec sa future bien-aimée, Keaton doit apprendre à vivre à deux, à trois, car le paquebot fait partie intégrante de l'action, il est le trait d'union des protagonistes. Cet apprentissage fait du personnage de Keaton l'homme d'une seule femme. Keaton rajoute d'avantage à cette vision monogamique dans Les fiancées en folie où il est pris entre une avalanche de pierre et une ruée massive de femmes voulant l'épouser. Pour ce film, Keaton a été taxé de misogynie, alors qu'il voulait simplement souligner la cupidité des êtres. Ce qui s'applique ici aux femmes, dans le film, peut s'appliquer également aux hommes. Cette situation est intéressante, car nous voyons Keaton au bas d'une colline, voyant débouler sur lui, d'un versant, des pierres et de l'autre, des femmes, il s'en sortira par une pirouette purement « Keatonienne » et trouvera l'Amour.

Paradoxalement à cela, Keaton fut marié plusieurs fois, cette « expiation » cinématographique était pour lui un exutoire des complications de la vie en couple. Chez Keaton (à part quelques rares exemples, comme La croisière du Navigator où son personnage est très riche) son personnage n'a pas de position sociale bien définie, ou plus exactement le côté financier ne compte pas pour lui, dans Sherlock Junior il est projectionniste et s'évade au travers des films qu'il projette, mais sa quête d'amour fait passer au deuxième plan une certaine réussite sociale. Idem dans Le Cameraman où une nouvelle fois, seule compte celle qu'il aime (cette scène sublime, où il attend le coup de téléphone de son amour, parcourt des dizaines d'aller retour car le téléphone est situé en bas de son immeuble et lui habite tout en haut, et quand, enfin le coup de téléphone est pour lui, et qu'elle lui donne rendez vous, elle a tout juste le temps de finir ses phrases, que Keaton, au bout d'une course effrénée et de maints périples, se présente chez elle au moment où elle raccroche le combiné).

Keaton seul compte l'amour, nous pouvons avancer prudemment que Keaton recherche cet instant d'éternité, ce moment où deux êtres se découvrent et regardent vers une même direction sentimentale. Il n'y a pas, en revanche, chez lui de continuité de cet amour. Bien sur, au final cela est suggéré, mais Keaton ne développe pas cet aspect de couple au sens chronologique de terme, Keaton n'aborde pas (ou peu) non plus la famille, la sienne, ou celle qu'il va fonder. Nous constatons cependant dans Cadet d'eau douce (1928), que Keaton vient au secours de son père emprisonné. En effet, Buster se démène pour faire évader son père de prison et c'est à ce moment qu'une cyclone frappe la ville. Cette tornade peut être vue comme une « sanction » s'abattant sur le fils d'un mauvais père, mais Buster, une nouvelle fois, au prix d'éprouvantes prouesses physiques parviendra à résoudre toutes les situations. C'est aussi, dans le même temps, un test « grandeur nature » afin de parfaire son apprentissage marin, pour qu'il soit prêt, une fois en mer, à déjouer ses pièges (sauf que dans le cas présent, ce sont les maisons qui flottent). Nous trouvons également chez Keaton un besoin de reconnaissance et d'affirmation. En effet, son personnage (comme lui-même d'ailleurs) est quelqu'un de frêle et pas très grand. Keaton est prêt à tout pour l'obtention de ce statut « d'homme », pour être aimé et reconnu, comme étant un héros de guerre, par Anabelle dans Le Mécano de la « General », Keaton, après avoir été refoulé par l'armée, qui ne peut assumer son étiquette de (futur) lâche, prouvera pourtant sa bravoure avec une « associée » non moins négligeable, une locomotive. Ce besoin d'être reconnu fera à nouveau surface dans College, Le Cameraman (avec un final étourdissant sur fond de guerre de gangs, et comme toujours, Keaton faisant fi de tout afin d'exister aux yeux de celle qu'il aime.

Certains des « partenaires-objets » de Keaton sont bien souvent, proportionnellement à lui, gigantesques : la locomotive dans Le Mécano de la « General », le paquebot dans La croisière du Navigator, le troupeau de vaches (qui, au bout du compte, ne fait plus qu'un) dans Go West mais aussi sa compagne qui s'avère être bien plus masculine, physiquement parlant, que lui dans Les Trois Âges. Au final, Keaton domine ses encombrants partenaires avec simplement un peu d'intelligence. Selon Keaton, les gros objets ne sont pas plus dangereux que les petits. Le danger n'effraie pas Keaton, il fait parvenir son personnage à une dimension humaine concrète qu'il n'aurait pas eu sans le braver. Keaton nous enseigne qu'il est vain de se battre pour des causes qui ne sont pas les siennes.

 

Les gags-éclair

Chez Keaton certains gags étaient instantanés et d'une intelligence peu commune et faisaient prendre à son récit une tournure différente. Pour emmener le public sur son propre terrain, Keaton se servait de certains gags éclair sans tomber dans une transition cinématographique assez longue. Plusieurs exemples illustrent ce propos et le gag de la transformation de Keaton en une veille femme dans Sherlock Junior restera l'un des sommets du cinéma keatonnien. Le film tout entier est une ballade entre le réel et la magie, sa façon d'entrer et de sortir de l'écran quand il est dans son cinéma (dans le film), le gag où il est contre une palissade et le méchant voulant le saisir lui passe...à travers, et Buster repartant intact comme si rien ne s'était passé. Tout le film est bâti sur cette sensation d'étrangeté et de magie, de fait, certains gags éclair frappent comme des coups de génies, et c'est sur ce modèle de construction que le spectateur assimile avec plaisir ces gags rapides et (in)vraisemblables.

Bon nombre d'exemples sont présents dans les films de Keaton à propos de ces gags très rapides, lorsqu'il est dans la diligence dans Les lois de l'hospitalité et, pourvu d'un chapeau un peu trop grand pour, au passage d'une bosse, la diligence saute et ce n'est pas le chapeau qui s'enfonce sur la tête de Buster, c'est Buster qui vient s'engouffrer dans son chapeau. Cet autre gag rapide et brillant, une nouvelle fois, nous en dit long sur le talent de Keaton, il a eu l'idée de surbaisser le toit de la diligence avant le tournage de cette scène pour que justement le chapeau n'aille pas à Buster mais que ce soit Buster qui aille au chapeau.

 

Le détournement

Keaton avait une façon très personnelle de détourner les objets de leur fonctions initiale. Les objets détournés font « grains de sable » dans la mécanique keatonienne, ce qui propulse Keaton dans un contexte différent de la logique réelle où il se retrouve dans une situation qu'il n'a pas choisi et où il doit faire face. Dans Le Mécano de la « General » par exemple, Keaton fait une partie de
Mikado géant avec de grandes buches de bois.

Chez Keaton la matière aussi, revêt une importance primordiale. Elle est palpable visuellement. Dans Les Trois Âges Buster joue au Base Ball ; avec un coup d'une maitrise inouïe sa partenaire expédie la balle sur lui (elle est à une dizaine de mètres, et la réalisation de ce gag a demandé des heures de préparation et un grand nombre de prises), lorsque Keaton tombe sous le choc de cette balle, il nous fait ressentir la matière dont la balle est constituée. Dans Sherlock Junior, lorsque notre héros suit comme son ombre le « méchant », celui ci jette sa cigarette en l'air, et une nouvelle fois, avec une précision diabolique, Keaton récupère la cigarette en plein vol et se met à la fumer. Il devient alors l'ombre physique du méchant et ce transfert se concrétise (très habilement) en récupérant et détournant l'objet qui différentie notre héros du méchant ; la cigarette. Dans Les Fiancées en folie, Keaton fait une demande en mariage par écrit à une parfaite inconnue. Sa réponse tombe comme une pluie de refus, en effet, elle refuse en déchirant sa lettre. Au-delà de ce geste (celui de déchirer la lettre) le refus se démultiplie en autant de morceau déchiré, cette fois encore la matière (ces dizaines de petits bouts de papier déchiré) vient appuyer l'émotion, en l'occurrence le dépit de Buster.

À cause de ces objets ou de certaines situations, Keaton est l'élément parachuté dans un conflit qui n'est pas le sien, il ne compte pas interférer avec ce conflit, sauf si cela fait aboutir sa propre cause. Ceci n'est en rien de la lâcheté ou de la peur, Keaton veut simplement souligner l'inutilité de ce conflit, pour ne pas aggraver la situation (dans Le Cameraman, Le Mécano de la « General » ou dans une moindre mesure, Sherlock Junior), Par cela même, Keaton ne délivre aucun message politique, idéologique ou religieux. Comme Chaplin, Keaton avait très précisément saisi l'importance de telle ou telle image, mais à l'inverse de Chaplin, qui par sa puissance et sa notoriété cinématographique est parvenu, politiquement, à faire prendre conscience de certaines choses (L'Émigrant, Les temps modernes ou Le Dictateur), Buster Keaton restera un pur poète, pour qui comptaient la finesse des sentiments et leurs sincérités, un authentique conteur de films, comme Charles Chaplin ou Orson Welles...


Affiche de Convict 13 (titre original de Malec champion de golf)

 

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