NOTRE DAME DE PARIS (7).
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Chimères
Les chimères par contre sont des statues fantastiques et diaboliques et souvent grotesques. Elles n’ont qu’un effet décoratif. On les retrouve au haut de l’édifice au sommet de la façade, au niveau de la balustrade couronnant la galerie supérieure qui relie les deux tours et qui se prolonge sur les quatre faces de celles-ci, la Galerie des chimères. Tous les angles de cette balustrade servent de support ou de perchoir à des démons, des monstres et des oiseaux fantastiques. Ces éléments n’existaient pas au Moyen Âge et sont des ajouts incorporés par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc.
Ces statues monumentales, grotesques certes mais surtout effrayantes, étaient destinées à recréer l’atmosphère fantastique dans laquelle baignait le Moyen Âge. Ces œuvres furent conçues par Viollet-le-Duc lui-même qui les dessina, puis les statues furent réalisées par les membres d’une équipe de 15 sculpteurs remarquables du XIXe siècle rassemblés autour de Geoffroy-Dechaume.
C’était là un pari bien audacieux de l’architecte. On ne peut nier que ce fut un grand succès. L’architecte-restaurateur ne se bornait plus à restituer les sculptures détruites, mais montrait par là qu’il était aussi un brillant créateur, doué d’un génie inventif personnel. Aux adversaires du travail de Viollet-le-Duc qui dénoncent une sorte de contre-façon, on répondra que de tous temps on a ajouté des décorations et ornements aux vieux édifices, et que les vitraux modernes qui ornent actuellement bien des sanctuaires gothiques, y compris Notre-Dame de Paris, sont la preuve que ce mouvement d’embellissement continue. Notre-Dame n’est pas un monument figé dans le passé, ni un musée, mais une cathédrale vivante.
Confortablement installés au haut de la cathédrale ces créatures monstrueuses semblent contempler la grande ville et se régaler de toutes les turpitudes qu’elles y découvrent. Parmi elles, la plus célèbre est sans doute la Stryge, esprit nocturne malfaisant semblable au vampire, déjà redouté des Romains, qui fut popularisé par le graveur Charles Meryon qui en publia une célèbre gravure en 1850.

Une chimère de la cathédrale Notre-Dame de Paris semble se repaître du spectacle de la capitale
La Stryge est l’une des plus célèbres chimères de Notre-Dame
Autres chimères de Notre-Dame de Paris
Histoire des gargouilles de Notre-Dame
Au début de la construction de la cathédrale (XIIe siècle), l’eau des toits s’écoulait directement sur la voie publique grâce à la saillie donnée aux corniches. Lors de l’achèvement du chœur en 1190, il n’y avait pas de chéneaux ni de gargouilles. On construisit bientôt des chéneaux sur les toits de l’édifice, mais vers 1210 encore, les eaux des chéneaux s’écoulaient sur la saillie des larmiers, au moyen de rigoles situées à intervalles réguliers. Les gargouilles n’apparaissent que vers 1220, sur certaines parties de la cathédrale de Laon. Ces gargouilles étaient larges, peu nombreuses, composées de deux parties, l’inférieure formant rigole, l’autre la recouvrant.
figure 1 - gargouille primitive, courte et robuste que l'on peut voir vers 1225, gravure, in Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-le-Duc, 1856.
Déjà, cependant, ces gargouilles prennent la forme d’animaux fantastiques, lourdement taillés. Bientôt, les architectes du XIIIe siècle comprirent qu’il y avait de grands avantages à diviser les écoulements d’eau, et donc d’accroître le nombre des gargouilles. Cela, en effet, évitait les longues pentes dans les chéneaux et réduisait chacune des chutes à un plus mince filet d’eau ne pouvant nuire à l’intégrité des constructions inférieures. On multiplia donc les gargouilles et en les multipliant, on put les tailler plus fines, moins lourdes, plus élancées, et faisant de plus longues saillies dans le vide pour rejeter l’eau au plus loin. Bientôt les sculpteurs firent de ces pierres saillantes un motif de décoration des édifices.
Sur les corniches supérieures de Notre-Dame, refaites vers 1225, on voit apparaître alors, des gargouilles, courtes encore, robustes, mais déjà fort habilement taillées (voir figure 1).
figure 2 - gargouille fine et élancée d’un des arcs-boutants de la nef. Sous la base de la gargouille on remarque un joli corbeau fort humoristiquement sculpté, in Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-le-Duc, 1856.
Celles qui sont placées à l’extrémité des caniveaux des arcs-boutants de la nef, et qui sont à peu près de la même époque, sont déjà plus longues, plus sveltes, et soutenues par des corbeaux, ce qui a permis de leur donner une très grande saillie en avant de la face extérieure des culées des arcs-boutants (voir figure 2). Les gargouilles furent posées systématiquement sur les structures hautes de Notre-Dame vers 1240.
Certains calcaires du bassin de la Seine (les liais) se prêtaient parfaitement à la sculpture de ces longs morceaux de pierre en saillie sur les constructions. Il fallait, en effet, une matière assez dure et assez résistante pour faire face à toutes les causes de destruction susceptibles de causer leur ruine. Aussi est-ce à Paris, ou dans d’autres contrées où l’on trouve des liais, que l’on peut encore actuellement admirer les plus beaux exemples de gargouilles. D’ailleurs l’école de sculpture de Paris, au Moyen Âge, avait sur celles des provinces voisines une supériorité incontestable, surtout en ce qui concerne la statuaire, ce qui se comprend aisément, la grande ville concentrant à la fois la matière première idéale et les grands chantiers et donc les artisans expérimentés, lesquels propageaient leur savoir-faire notamment par le biais de leurs apprentis.
La flèche de Notre-Dame vue depuis le sud-est. Elle culmine à 96 mètres.
La flèche
La première flèche fut construite au-dessus de la croisée du transept au XIIIe siècle, vraisemblablement entre 1220 et 1230. Des flèches aussi hautes souffrent du vent qui plie et affaiblit leurs structures. La flèche est déformée lentement, les solives se faussent, jusqu’à l’écroulement total. La flèche d’origine fut démontée en 1786, après plus de cinq siècles d’existence. La cathédrale resta sans flèche jusqu’à la restauration dirigée par Viollet-le-Duc et réalisée par les Ateliers Monduit au milieu du XIXe siècle. Elle est en chêne recouvert de plomb et pèse 750 tonnes.
Cette flèche est gardée par les statues, réalisées en cuivre repoussé, des 12 apôtres (disposées en quatre rangées — une à chacun des points cardinaux — de trois apôtres, ceux ci étant placés les uns en dessous des autres). Chaque groupe d’apôtres est précédé par un animal symbolisant l’un des quatre évangélistes. Le bœuf pour Luc, le lion pour Marc, l’aigle pour Jean et l’homme (ou l’ange) pour Mathieu.
Ces statues sont l’œuvre de Geoffroi-Dechaume, et constituent un remarquable ensemble en pleine harmonie avec l’esprit du XIIIe siècle. Les apôtres sont tous tournés vers Paris, excepté l’un d’eux, saint Thomas patron des architectes, lequel se retourne vers la flèche. Celui-ci ressemble étrangement à Viollet-le-Duc, l’architecte de la flèche se retournant comme pour contempler une dernière fois son œuvre. Il s’agit là d’une petite plaisanterie historique de l’architecte-restaurateur.
Enfin, il faut savoir que le coq situé au sommet de la flèche contient trois reliques : une petite parcelle de la Sainte Couronne d’Épines, une relique de saint Denis et une de sainte Geneviève. Ces reliques furent placées à cet endroit en 1935, au temps de monseigneur Verdier. Le coq constitue ainsi une sorte de « paratonnerre spirituel » protégeant tous les fidèles qui œuvrent et pratiquent selon la loi de Dieu, dans le cadre de la cathédrale.
La base de la flèche de Notre-Dame est entourée de quatre groupes de statues de trois apôtres chacun, œuvres du sculpteur Geoffroi-Dechaume. Ce groupe-ci, situé au nord-est est composé de saint Luc, précédé de son bœuf symbolique et suivi de deux autres apôtres.
Les cloches
Dès la fin du XIIe siècle, l’édification de la cathédrale est loin d’être terminée et pourtant, il est déjà fait mention d’une sonnerie de cloches précédant les offices. Au cours des siècles, cette sonnerie s’étoffa : huit cloches dans la tour nord, deux bourdons dans la tour sud (Marie et Jacqueline) et sept cloches dans la flèche. Toutes ces cloches constituèrent un véritable paysage sonore dans le ciel de Paris jusqu’au XVIIIe siècle. Malheureusement la Révolution n’oublia pas les cloches de Notre Dame de Paris qui furent fendues et refondues entre 1791 et 1792. La grande cloche dont parle François Villon dans son Grand Testament, daté de 1461, avait été donnée en 1400 à la cathédrale par Jean de Montaigu, frère de l’évêque de Paris, qui l’avait baptisé Jacqueline, du nom de sa femme Jacqueline de La Grange. Jacqueline est refondue une première fois en 1680 puis une nouvelle fois en 1682 par Florentin Le Guay. Le parrain de la cloche fut le roi Louis XIV et la marraine, son épouse Marie-Thérèse d'Autriche. C’est pourquoi on lui donna le nom Emmanuel-Louise-Thérèse. Comme en atteste son inscription, une dernière refonte de la cloche est menée à bien en 1685 par les maîtres fondeurs Chapelle, Gillot et Moreau. Et tandis que Jacqueline ne pesait que quinze milliers de livres (7 500 kilogrammes), Emmanuel en pèse près du double, soit environ 13 tonnes, le battant à lui seul pesant 500 kg. Sonnant en fa dièse (fa# 2), cette cloche est considérée par les experts comme l’une des plus belles en Europe et n’est sonnée qu’en de rares occasions (à Noël, à Pâques, à la Pentecôte ou encore pour la mort du Pape…). La légende veut que la pureté du son résulte de ce que lors de la fonte, les femmes jetèrent dans le métal en fusion leurs bijoux en or.
En 1792, le second bourdon, appelé Marie et coulé en 1472 fut détruit avec les cloches de la flèche et celles de la tour nord.
Dans cette dernière se trouvent depuis 1856 quatre autres cloches, les Benjamines. Elles sonnent plusieurs fois par jour pour les heures, trois fois pour l’angélus (8 heures, midi et 19 heures), et pour les offices de la semaine. Ce sont :
- Angélique Françoise 1 765 kg (Ut dièse)
- Antoinette Charlotte 1 158 kg (Ré dièse)
- Hyacinte Jeanne 813 kg (Fa)
- Denise David 670 kg (Fa dièse)
Emmanuel, le bourdon de Notre-Dame se trouve dans la tour sud