NOTRE DAME DE PARIS (2).
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La restauration du XIXe siècle
Peu après la signature du concordat de 1801, la cathédrale fut rendue au culte (18 avril 1802). On procéda rapidement à quelques réfections d’urgence si bien qu'en décembre 1804, Napoléon Bonaparte put s’y sacrer empereur des Français, en présence du pape Pie VII. L’édifice avait été blanchi à la chaux pour la circonstance, puis dissimulé sous des décors de Charles Percier et François-Léonard Fontaine. Les drapeaux d’Austerlitz avaient été accrochés aux murs afin de masquer le pitoyable état de l’édifice.
Une fois la paix retrouvée, la cathédrale était dans un tel état de délabrement que les responsables de la ville commencèrent à envisager la possibilité de l’abattre totalement. Le grand romancier Victor Hugo, admirateur de l’édifice, écrivit alors (1831) son roman Notre-Dame de Paris qui eut un énorme succès et avait notamment pour but de rendre le public conscient de la valeur d’un tel monument. Il réussit à créer un large mouvement populaire d’intérêt en faveur de la cathédrale. Son roman avait rendu vie à un monument alors marginalisé et l’avait rendu plus familier aux parisiens. À cela s’ajoutait le poids du nouveau courant européen appelé romantisme qui s’efforçait de donner aux hommes une nouvelle conception du monde. Par son roman, Victor Hugo contribua largement à sauver le chef-d’œuvre meurtri d’un destin fatal.
Le sort de Notre-Dame focalisa différents courants de pensée : les catholiques bien sûr qui désiraient réconcilier la France avec la piété et la foi d’antan, les monarchistes aussi qui s’efforçaient de renouer avec un proche passé, mais aussi le courant laïc épris de générosité.
Le Ministre des Cultes de l’époque décida d’un grand programme de restauration. L’architecte Godde chargé jusqu’alors de l’entretien de l’édifice et dont les méthodes de restauration faisaient l’unanimité contre elles fut écarté. On se tourna vers Jean-Baptiste-Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc qui s’étaient distingués sur le chantier de la Sainte-Chapelle. Ces derniers déposèrent un projet et un rapport, et ayant emporté l’appel d'offres en 1844, présentèrent en 1845 un budget de 3 888 500 francs, qu’ils durent réduire à 2 650 000, pour la réfection de la cathédrale et la construction d’une sacristie. L’Assemblée Nationale vota une loi accordant cette somme et c’est ainsi qu’après de longues années d’attente, la restauration put vraiment débuter. Le maigre budget fut épuisé en 1850. Les travaux s’arrêtèrent. Viollet-le-Duc dut présenter à plusieurs reprises de nouvelles propositions afin que les travaux puissent se terminer. Au total plus de douze millions de francs furent ainsi octroyés. Lassus étant décédé en 1857, c’est lui seul qui termina la restauration le 31 mai 1864.
La construction de la sacristie se révéla un gouffre financier. Il fallut en effet descendre à neuf mètres avant de rencontrer un terrain stable.
L’état lamentable des maçonneries de la cathédrale était généralisé, la porte rouge par exemple était en ruines. On ne comptait plus les pinacles brisés, les gables effondrés. Quant à la grande statuaire des portails et de la façade, il n’en restait plus grand chose. Les restaurateurs durent effectuer un profond travail de recherche afin de restituer (à l’identique si possible, ce qui l’était rarement) les parties dégradées, ce dont témoignent les écrits et dessins de Viollet-le-Duc.
C’est la restitution du programme sculpté de la cathédrale qui constitue la principale réussite des deux architectes. Ils ont d’emblée voulu reconstituer toute l’ornementation sculpturale détruite en s’inspirant ou copiant des œuvres de la même époque et restées intactes (Amiens, Chartres et Reims). Pour ce faire les architectes réunirent une équipe d’excellents sculpteurs sous la direction d’Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume. Beaucoup d’entre eux provenaient de l’atelier de David d’Angers et se connaissaient. Plus de 100 grandes statues furent ainsi créées à destination de l’extérieur, dont les 12 statues en cuivre entourant la base de la flèche, œuvres de Geoffroi-Dechaume lui-même, qui témoignent du grand talent de ce sculpteur. Viollet-le-Duc apporta un très grand soin à la réalisation de ces statues. Elles étaient d’abord dessinées par ses soins, puis une maquette grandeur nature en plâtre était réalisée. On apportait alors les corrections nécessaires jusqu’à ce que l’œuvre soit jugée satisfaisante. À ce moment seulement, on procédait à la réalisation de la statue définitive en pierre. Aucune liberté de création n’était autorisée de la part des sculpteurs dont le travail était totalement contrôlé par les architectes.
Lors de la restauration, la cathédrale fut quelque peu remaniée. La rosace sud par exemple fut pivotée de quinze degrés afin de la faire reposer selon un axe vertical, modification qui, parfois critiquée, était motivée par la nécessité de consolider l’ensemble dont la maçonnerie s’était affaissée. Enfin quelques statues sorties de l’imagination de l’architecte furent édifiées, telles les impressionnantes chimères contemplant Paris du haut de la façade.
La restauration achevée, c’est monseigneur Darboy, archevêque de Paris, qui consacra la cathédrale le 31 mars 1864.
Exemple de la restitution du programme sculpté effectuée par l’équipe de sculpteurs de Viollet-le-Duc : Statue de saint Denis sur le contrefort sud de la façade ouest
De la restauration du XIXe siècle jusqu’à nos jours
Peu de temps après, la Commune de 1871 faillit anéantir l’édifice. Des émeutiers mirent le feu à quelques bancs et chaises, mais l’incendie fut vite maîtrisé et ne causa que des dégâts très légers.
La cathédrale passa les deux guerres mondiales sans problèmes notables.
Dans les années 1990, les procédés modernes ont permis de redonner à la pierre extérieure de la cathédrale noircie par les siècles, sa pureté et sa blancheur d’origine. On distinguait deux couches distinctes de pollution qui noircissait la pierre :
- une partie brune correspondant à la partie de la pierre exposée à l’air et aux rayons du soleil
- une couche noire de surface constituée de gypse (sulfate hydraté de calcium).
La crasse, représentant un danger pour la pierre, a été éliminée. Les sculptures ont été traitées par laser, micro-gommage et compresses humides afin de pulvériser la poussière sans altérer la patine du temps. Les pierres trop détériorées ont été remplacées par d’autres, identiques, prélevées en région parisienne dans des gisements de calcaire coquillier. De plus, un réseau de fils électriques, invisibles depuis le sol, a entraîné le départ des pigeons responsables d’altérations importantes au niveau des pierres.
Évènements historiques importants
Notre-Dame bien avant son achèvement est le lieu de moult événements religieux et politiques de l’histoire de France :
- En 1229, le jeudi saint, Raymond VII de Toulouse y fait amende honorable.
- Saint Louis, pieds nus, y dépose la couronne d'épines du Christ en 1239, en attendant l’achèvement de la construction de la Sainte-Chapelle.
- Philippe le Bel y ouvre les premiers États généraux du Royaume de France en 1302
- Couronnement du roi Henri VI d'Angleterre en 1431, vers la fin de la Guerre de Cent Ans (1337-1453), à l’âge de dix ans. Il ne fut jamais reconnu. Charles VII fut déjà couronné roi de France en 1429 à Reims.
- En 1447, Charles VII célèbre par un Te Deum la reprise de Paris.
- Ouverture du procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc en 1456
- Mariage de Marguerite de Valois, et de Henri de Navarre, futur Henri IV en 1572
- En 1590, les chefs de la Ligue jurent de ne jamais reconnaitre le huguenot Henri, futur Henri IV.
- En 1594, le 22 mars, c’est cependant Henri IV qui y rend grâce pour Paris reconquis.
- En 1660 : Te Deum célébré à l’occasion du mariage de Louis XIV. Le duc de Luxembourg, futur maréchal, surnommé le tapissier de Notre-Dame, apporte ici les drapeaux ennemis.
- Abjuration de Turenne de sa foi protestante en 1668.
- Bossuet y prononce l’éloge funèbre du grand Condé en 1687
- Napoléon Bonaparte s’y sacre (tout seul) empereur des Français, en présence du pape Pie VII le 2 décembre 1804
- Baptême du Roi de Rome en juin 1811
- Le 8 mars 1835, à la demande de monseigneur de Quélen, eut lieu la première conférence d’Henri Lacordaire dans le cadre des Conférences de Notre-Dame, spécialement destinées à l’initiation de la jeunesse au christianisme. Celles-ci, interrompues en 1836, reprirent à partir de 1841 et se poursuivirent au long des années 1840.
- Mariage de Napoléon III le 30 janvier 1853
- Baptême du Prince impérial en 1856
- Messe de Te Deum, en action de grâce à Dieu, pour la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 9 mai 1945
- Funérailles nationales de : Maurice Barrès (1923), maréchal Foch (1929), maréchal Joffre (1931), président Raymond Poincaré (1934), maréchal Leclerc de Hautecloque (1947), maréchal de Lattre de Tassigny (01/1952), Paul Claudel (02/1955), maréchal Juin (1967).
- Cérémonies d’hommage national : général Charles de Gaulle (le 12/11/1970), président François Mitterrand (01/1996), abbé Pierre, (26/01/2007), Sœur Emmanuelle (22/10/2008).
- Cérémonie œcuménique le 3 juin 2009 pour les victimes du vol 447 Air France Rio-Paris.
Le Sacre de Napoléon, tableau de Jacques Louis David, 1805-1808, huile sur toile, 610 × 931 cm, Paris, Musée du Louvre – Cette scène se déroule dans le chœur de la cathédrale tel qu’il se présentait à l’époque, avec la décoration des colonnes conçue par Robert de Cotte en 1698.
Conférence du Père Henri Lacordaire à Notre-Dame de Paris, vers 1845, dessin anonyme, mine de plomb et aquarelle, Bibliothèque nationale de France.
Structure et dimensions
Comme la plupart des cathédrales françaises, Notre-Dame de Paris a un plan en forme de croix latine.
La nef comporte dix travées, le chœur cinq. L’axe de celui-ci est légèrement dévié vers la gauche (nord) par rapport à l’axe de la nef. L’abside est semi-circulaire à cinq pans. La nef est flanquée de doubles collatéraux qui se prolongent par un double déambulatoire, le tout avec chapelles latérales (sauf sur les trois premières travées) et rayonnantes (soit 29 au total, comportant un total 37 travées quadrangulaires). La cathédrale peut contenir jusqu’à 9 000 personnes dont 1 500 dans les tribunes.
- Principales dimensions
Sources :
- longueur : 130 mètres
- largeur : 48 mètres
- hauteur des tours : 69 mètres
- hauteur de la flèche : 96 mètres
- largeur de la façade : 43,5 mètres
- hauteur de la façade sans les tours : 45 mètres
- longueur du chœur: 38 mètres
- largeur du chœur: 12 mètres
- longueur de la nef : 60 mètres
- largeur du vaisseau central de la nef : 13 mètres
- largeur de chacun des collatéraux : 5,9 mètres
- hauteur sous toit de la nef : 43 mètres
- hauteur sous voûte de la nef et du chœur : 33 mètres
- hauteur sous voûte des collatéraux extérieurs : 10,1 mètres
- hauteur sous voûte des collatéraux intérieurs : 10,5 mètres
- hauteur sous voûte des tribunes : 8 mètres
- profondeur (largeur) des tribunes : 5,9 mètres
- longueur du transept: 48 mètres
- largeur du transept : 14 mètres
- nombre de fenêtres : 113
- nombre de colonnes et piliers : 75
- superficie intérieure : 4 800 m2
- superficie totale : 5 500 m2 (à comparer aux 7 700 m2 d’Amiens)
- superficie des points d'appui : 816,4 m2
- diamètre des rosaces nord et sud : 13,10 mètres (contre 13,36 mètres pour la grande rosace de Notre-Dame de Chartres)
- diamètre de la rosace ouest : 9,70 mètres
Quoique construite après le chœur, la nef relève du premier style gothique, avec voûtes sexpartites, cependant sans alternance de piles fortes et de piles faibles comme on le voit à la cathédrale Saint-Étienne de Sens.
Le transept, bien identifiable de l’extérieur du monument, ne fait pas saillie par rapport aux collatéraux et aux chapelles latérales. Il n’a pas de collatéraux.
Hormis le transept, l’élévation intérieure est à trois niveaux, avec grandes arcades, tribunes et fenêtres hautes. Dans les deux premières travées des deux bras du transept, l’élévation est cependant à quatre niveaux. Au XIXe siècle, le restaurateur Viollet-le-Duc entreprit de « corriger » la dixième travée de la nef, en y recréant les quatre niveaux tels qu’ils se présentaient avant les modifications apportées dans les années 1220 au plan initial. Depuis lors, certains spécialistes estiment que cette dixième travée est l’œuvre de Viollet-le-Duc, affirmation peut-être exagérée dans la mesure où seule la partie supérieure a été transformée. Cette modification délibérée a justifié des vives critiques à son encontre.
Les façades nord et sud du transept présentent de magnifiques rosaces ornées de vitraux, parmi les plus grandes d’Europe (diamètre : 13,1 m).

Plan de la cathédrale, in Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIème au XVIème siècle, par Viollet-le-Duc, 1856.