François Rabelais (1).
| François Rabelais | |
| Activité(s) | écrivain et médecin |
|---|---|
| Naissance | entre 1483 et 1494 Chinon, |
| Décès | 9 avril 1553 Paris, |
| Langue d'écriture | français |
| Mouvement(s) | Humanisme de la Renaissance |
| Genre(s) | Roman parodique |
| Œuvres principales | |
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François Rabelais était un médecin et écrivain humaniste français de la Renaissance, né près de Chinon (Indre-et-Loire), à une date indéterminée entre 1483 et 1494, et mort à Paris le 9 avril 1553.
Admirateur d'Érasme, maniant la parodie et la satire avec éclat, Rabelais est de ceux qui luttent avec enthousiasme en faveur de la tolérance, de la paix et du retour aux valeurs antiques, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisèrent selon lui le Moyen Âge. Rabelais s'en prend aux abus des princes et des hommes d'Église, et leur oppose la culture populaire, paillarde, « rigolarde », faite de vin et de jeux, pétrie d'une morale chrétienne légère, loin des lourdeurs ecclésiastiques.
Ses critiques et ses expressions crues, proches parfois de la pornographie, lui vaudront la mise à l'Index Librorum Prohibitorum[1]. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique[2] et du monachisme [3], mais le réformateur religieux Jean Calvin s'en prend à lui de manière très virulente[4], l'associant aux libertins et aux « pourceaux ».
Biographie
François Rabelais, fils d'Antoine de Rabelais, sénéchal de Lerné et avocat serait né en 1494[5], probablement au domaine de La Devinière à Seuilly, près de Chinon en Touraine quoique aucun document ne permette d’établir avec certitude ses véritables lieu et date de naissance. Ainsi la date de 1494 est très controversée, certains lui préférant 1483[6] ou encore 1489[7].
Selon Bruneau de Tartifume (1574-1636), Rabelais est novice, vers la fin de 1510 jusqu'en 1520, au monastère des Cordeliers (ordre des frères mineurs, ou franciscain) de la Baumette, construit devant la Maine, près du roc de Chanzé à Angers. Il reçoit alors une formation de théologie.
Plus tard, Rabelais rejoint le couvent franciscain du Puy-Saint-Martin à Fontenay-le-Comte, où il devient moine vers octobre 1520. Ecclésiastique vivant en concubinage, Rabelais égratignait volontiers les femmes, raillait les maris infortunés et présentait le mariage comme une loterie. Appréciant pourtant les dames bien nées et savantes, il décrivait la petite famille idéale sous les traits de Grandgousier, Gargamelle et Gargantua.
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Il manifeste très tôt une curiosité pour le mouvement humaniste. Pierre Lamy l'initie aux études grecques et l'encourage à écrire à Guillaume Budé. Rabelais s'intéresse aux auteurs antiques, et correspond plus tard avec d'autres humanistes célèbres.
Avec Pierre Lamy, Rabelais fréquente l'hôtel du légiste fontenaisien André Tiraqueau où se réunissent de beaux esprits de la région. Il y rencontre notamment Amaury Bouchard et Geoffroy d'Estissac, prieur de l'abbaye bénédictine de Ligugé et évêque de Maillezais.
En 1525, suite aux commentaires d'Érasme sur le texte grec des Évangiles, la Sorbonne tente d'empêcher l'étude du grec. À la fin de cette année, les supérieurs de Rabelais et de Pierre Lamy confisquent leurs livres de grec. Bien que ses livres lui soient peu à peu restitués, Rabelais se résout à changer d'ordre monastique. Soutenu par Geoffroy d'Estissac qui l'accueille, Rabelais présente une requête au pape en ce sens, en la motivant par l'excessive austérité de la règle de Saint-François.
Devenu bénédictin, Rabelais s'attache à la personne de Geoffroy d'Estissac, et devient son secrétaire. Il l'accompagne ainsi au cours des tournées d'inspection de ses terres et abbayes. Rabelais séjourne ensuite au prieuré de Ligugé, résidence habituelle de Geoffroy d'Estissac, où il se lie d'amitié avec Jean Bouchet. Au monastère proche de Fontenay-le-Comte, il rencontre le noble abbé Antoine Ardillon.
Rabelais ne se plie pas facilement aux règles monacales et ne reste pas cloîtré dans son monastère. Vers 1528, il prend l'habit de prêtre séculier pour se rendre dans diverses universités.
Il va d'abord à Paris (entre 1524 et 1530), où il commence ses études de médecine. Il a deux enfants.
Le 17 septembre 1530, il s'inscrit à la Faculté de Médecine de Montpellier, où il donne des cours sur Hippocrate et Galien[8]. Il y est reçu bachelier le 1er novembre suivant.
À Montpellier, Rabelais se lie d'amitié avec le médecin Guillaume Rondelet (1507-1566).
Au printemps 1532, Rabelais s'installe à Lyon, grand centre culturel où fleurit le commerce de la librairie. Le 1er novembre, il est nommé médecin de l'Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône (Lyon). Il y enseigne également la médecine et publie des critiques de traités médicaux antiques. Ses proches Étienne Dolet (1509-1546), Mellin de Saint-Gelais (1491-1558), Jean Salmon Macrin (1490-1557) sont protégés par l'évêque de Paris, Jean du Bellay - oncle du poète Joachim du Bellay - qui devient aussi le protecteur de Rabelais.
Rabelais publie Pantagruel en 1532 sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais). Il écrit une lettre à Érasme dans laquelle il se déclare le fils spirituel de l'humaniste, en ce qu'il a voulu réconcilier la pensée païenne avec la pensée chrétienne, construisant ainsi ce qu'on a appelé l'Humanisme chrétien. Mais en même temps, Rabelais, pour écrire ses premiers textes, s'inspire directement du folklore et de la tradition orale populaire.
Après le succès de son premier ouvrage, Rabelais publie Gargantua en 1534, sous le même pseudonyme, utile précaution puisque tous ses livres sont ensuite condamnés par la Sorbonne.
Il accompagne Jean du Bellay à Rome, chargé d'une mission spéciale auprès du pape Clément VII.
Après l'affaire des Placards (1534), Jean du Bellay, nommé cardinal, l'emmène de nouveau à Rome. Le pape Clément VII absout Rabelais de ses crimes d'apostasie et d'irrégularité.
D'août 1535 à mai 1536, Rabelais séjourne encore à Rome en tant qu'agent de Geoffroy d'Estissac. Le 17 janvier 1536, un bref de Paul III autorise Rabelais à regagner un monastère bénédictin de son choix, et à exercer la médecine sans pratiquer d'opérations chirurgicales. Le cardinal du Bellay, abbé du monastère bénédictin de Saint-Maur-des-Fossés, lui offre de le recevoir dans ce monastère. Or, ce couvent de religieux est devenu une église collégiale de chanoines, juste avant que Rabelais n'y fût reçu. Une nouvelle demande au pape permet à Rabelais de régler ce problème de dates, et de retrouver ainsi sa liberté en toute légalité.
Fin 1539, Rabelais part pour Turin dans la suite de Guillaume du Bellay, frère du cardinal, seigneur de Langey et gouverneur du Piémont. En 1540, François et Junie, les enfants bâtards de frère Rabelais, sont légitimés par Paul III. Le 9 janvier 1543, Langey meurt à Saint-Saphorin, et Rabelais est chargé de ramener son corps au Mans, où il est inhumé le 5 mars 1543. Le 30 mai suivant, Geoffroy d'Estissac, le premier protecteur de Rabelais, décède à son tour.
Le 19 septembre 1545, Rabelais obtient un privilège royal pour l'impression du Tiers Livre ; édité en 1546, Rabelais le signe de son propre nom. Le livre est aussitôt censuré pour hérésie. En mars 1546, Rabelais se retire à Metz, ville de l'Empire, chez Étienne Laurens, et est nommé médecin de la ville de Metz.
En 1547, le roi Henri II succède à François Ier. Jean du Bellay est maintenu au Conseil Royal, et obtient la surintendance générale des affaires du royaume en Italie. Vers juillet 1547, Rabelais revient à Paris en tant que médecin du cardinal, qu'il accompagne dans ses voyages.
En 1548, onze chapitres du Quart Livre sont publiés ; la version intégrale ne paraît qu'en 1552.
Le 6 août 1550, Rabelais obtient du roi un privilège d'édition pour toutes ses œuvres, avec interdiction à quiconque de les imprimer ou de les modifier sans son consentement.
Le 18 janvier 1551, le cardinal du Bellay octroie à Rabelais les cures de Meudon et de Saint-Christophe-du-Jambet. Rabelais ne fut curé de Meudon que l'espace de deux ans moins quelques jours. Il n'est pas sûr qu'il ait rempli jamais les fonctions curiales. Le nouvel évêque de Paris, Eustache du Bellay, faisant sa première visite pastorale, au mois de juin 1551, est reçu à Meudon par Pierre Richard, vicaire, et quatre autres prêtres; il n'est pas question de Rabelais. En tout cas, il est évident qu'il ne put laisser dans le pays ces profondes traces, ces souvenirs vivaces qu'auraient retrouvés cent ans plus tard les Antoine Leroy, les Bernier, les Colletet. La légende du curé de Meudon s'est formée après coup.
Le 1er mars 1552, le Quart livre est censuré par les théologiens.
Le 7 janvier 1553, Rabelais résigne ses cures. Il meurt à Paris en avril 1553.
En 1562, l’Isle Sonnante, qui comprend seize chapitres du Cinquième Livre, est publiée. Le Cinquième Livre est publié intégralement en 1564, et attribué à Rabelais, attribution que de nombreux commentateurs contesteront plus tard.
En 1534 paraissent à Lyon les Grandes et inévitables chroniques de l'énorme géant Gargantua, un recueil anonyme de contes populaires à la fois épiques et comiques. Ces contes tirent eux-mêmes leurs sources dans les romans de chevalerie du Moyen Âge, en particulier le cycle arthurien. Ce recueil obtient un grand succès.
Rabelais se met alors à écrire un texte qui reprend la trame narrative des Chroniques. Il raconte l'histoire de Pantagruel, fils du Gargantua des Chroniques. Pantagruel est donc très marqué par ses sources populaires.
Fort du succès de Pantagruel, Rabelais entreprend de réécrire à sa façon l'histoire de Gargantua. S'écartant de ses sources populaires initiales, Rabelais rédige un Gargantua littérairement plus marqué d'humanisme que la première version.
Regards sur l'œuvre
Pantagruel est le héros éponyme du premier livre de François Rabelais publié en 1532 dont le titre complet est : Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua.
Suite au succès de celui-ci, l’auteur signe en 1534 un deuxième roman, Gargantua. En proie à la censure de la Sorbonne, il publie ces deux œuvres sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais).
Humour, langue d’une richesse jamais égalée, délire d’imagination… Rabelais a mis tout son talent au service du rire et de l’ouverture d’esprit. Le fils de Gargantua, Pantagruel, est le héros, géant, de cette farce éclairée qui oppose le Moyen Âge obscurantiste et l’extension des savoirs de la Renaissance. Mieux que quiconque, Rabelais érige un manifeste culte de l'Humanisme en signant cette oeuvre.
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La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, ou plus simplement Gargantua, est le deuxième roman de François Rabelais. La première publication datée du Gargantua remonte à 1534. L’auteur a retravaillé le texte ultérieurement. Gargantua a été écrit après Pantagruel (publié en 1532), mais Gargantua est le père de Pantagruel et lorsqu’en 1542 les deux ouvrages furent publiés simultanément, Gargantua fut placé en tête [9].
Gargantua est sans doute le texte narratif le plus célèbre de la Renaissance française. D’une structure comparable à celle de Pantagruel, mais d’une écriture plus complexe, il conte les années d’apprentissage et les exploits guerriers du géant Gargantua. Plaidoyer pour une culture humaniste contre les lourdeurs d’un enseignement sorbonnard figé, Gargantua est aussi un roman plein de verve, d’une grande richesse lexicale, et d’une écriture souvent crue, volontiers scatologique.
En proie à la censure de la Sorbonne (Le Pantagruel est condamné par la Sorbonne en 1534) Rabelais a publié Gargantua sous le même pseudonyme que Pantagruel: Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais) Abstracteur de Quinte Essence.
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Jimi Hendrix (4 & fin).
L'auteur
La liberté
La liberté est un thème qui traverse la plupart des premiers textes qu'il signe (Stone Free, 51st Anniversary, Highway Chile) : « Tous les jours de la semaine, je suis dans différentes villes. Si je reste trop longtemps, les gens essayent de me rabaisser. » (Stone Free)
On rencontre principalement deux types de femmes dans ses chansons. D'une part, les proies d'un prédateur sexuel (Foxy Lady, Little Miss Lover, Burning Desire) ; « Yeah je vais t’emmener chez moi, je ne te ferai pas de mal, non ! Tu dois être entièrement mienne, entièrement mienne. » (Foxy Lady), et d'autre part des femmes éthérées, pures et inaccessibles (May This Be Love, Little Wing, Angel, Drifting) : « À la dérive, sur une mer de larmes oubliées, sur un canot de sauvetage, voguant à la recherche de ton amour. » (Drifting)
Concernant les rapports homme-femme par exemple ; « Tu ferais mieux de prouver à l’homme, que tu es aussi forte que lui, Car au regard de Dieu, vous êtes tous deux ses enfants. » (Message To Love)
Jimi Hendrix était connu pour ses différentes aventures, et il ne s'en cachait pas ; « Mais pourquoi es-tu avec tellement de personnes? Je réponds que je ne suis pas tout le temps en train de les toucher, souvent je ne fais que leur parler. Il y en a avec qui je parle, et d'autre, tu vois... je fais ce pour quoi elles sont là, ce qu'elles sont venues chercher. »[80]
Il ne fut cependant pas toujours tendre avec ses différentes relations. « Comme la plupart des hommes, il appliquait un double standard. Quand nous avons commencé à vivre ensemble, j’étais très jeune et assez sauvage, se souvient Kathy (Etchingham) presque en s’excusant. Hendrix l’a enfermée dans la chambre à coucher pour la punir et a passé de nombreuses heures à lui expliquer patiemment comment elle devait se conduire, en tant que femme et compagne vivant avec la personne que j’aimais. […] Une nuit, au Bag O’ Nails, une boîte de Londres, Kathy laissa Jimi à sa table pour aller à l’étage téléphoner à un ami. Après un moment plus long que ce que Jimi tolérait, il monta à l’étage et, assumant qu’elle parlait à un rival masculin (ce n’était pas le cas), il lui arracha le récepteur des mains et commença à la frapper sur la tête avec. Kathy hurlait lorsque, heureusement, Lennon et Mc Cartney, qui passaient par là, séparèrent Jimi de son amie. Une fois, Hendrix lui brisa le nez en trois endroits différents en lui donnant un coup de pied bien ciblé. »[81]
Il fut une figure majeure de l'opposition à la guerre du Viêt Nam, comme en témoignent certains de ses textes de façon onirique ; « Décidons de faire une ultime promenade au milieu du vacarme jusqu’à la mer, non pour y mourir, mais pour y renaître, loin des terres meurtries et déchirées. » (1983 ... (A Merman I Should Turn To Be)) ou nettement plus directe ; « De la même façon dont tu m’as abattu bébé, tu disparaîtras de la même manière, triplant la douleur, et tu pourras t’en prendre à toi-même, bébé. Mitrailleuse ! » (Machine Gun)
L'avortement : « Car si vous ne voulez que je vienne cette fois-ci, je serai heureux de rejoindre la terre des Esprits. » (Belly Button Window). Il se prononce clairement pour la légalisation de l'avortement dans une interview à Beverly Hills en juin 1969 ; « Ils doivent légaliser l'avortement. Certaines filles se rendent vraiment malades en essayant d'avoir des bébés. Et où est-il écrit que les gens doivent... Que c'est un péché de « tuer un enfant » comme ils disent? Un enfant n'est pas un enfant tant qu'il n'est pas sorti à l'air libre. »
Le racisme : Il revient ainsi sur les émeutes raciales du milieu des années 1960 ; « Debout sur le dos de mon cheval, j’ai crié sans faiblir : Oh bébé, pourquoi incendies-tu la maison de ton frère ? » (House Burning Down)
La condition des Amérindiens, qu'il jugeait misérable : « Je ne vis pas aujourd’hui, demain peut-être, je ne peux pas vraiment te dire, bébé. Mais, je ne vis pas aujourd’hui, c’est vraiment une honte de passer le temps ainsi. » (I Don’t Live Today)
Les hippies, dont il se démarquait : « Si tous les hippies se coupaient les cheveux ça me serait égal » (If 6 was 9).
Hendrix est largement connu et associé à l'utilisation des hallucinogènes, notamment le LSD, comme beaucoup d'autres musiciens de renom et des célébrités de l'époque. Cependant sa consommation d'hallucinogène ne commença qu'après sa rencontre avec Linda Keith. Jusqu'alors il n'avait que fumé de la marijuana et bu de l'alcool. Les amphétamines sont également enregistrées comme étant utilisé par Hendrix lors de tournées. Les initiales du titre The Stars That Play With Laughing Sam's Dice ne font en effet guère de doute quant à leur origine (STP avec LSD) alors que Spanish Castle Magic fait référence au dessin imprimé sur les buvards d'acides[82]. Par la suite, il évoquera toutefois les dangers de la seringue sur Freedom, un titre inspiré par sa petite amie Devon Wilson[83], et plus largement de la dépendance : « Ne te défonce pas trop, souviens-toi que tu es un homme. » (Earth Blues). Sa consommation n'était toutefois pas associé à un quelconque mysticisme, mais plutôt à un simple amusement ; « Plein de gens racontent qu'ils se comprennent mieux lorsqu'ils prennent du LSD. C'est des conneries […] Si je devais prendre du LSD, ce ne serait que pour mon amusement personnel, pour le fun ou parce que j'en ai envie. »[84]
Hendrix était en outre connu parmi les amis du groupe pour parfois se mettre en colère et devenir violent quand il buvait trop d'alcool.
« Ils pensent tous tellement à leur carrière et à leur avenir. Je m'en fous complètement, moi, de mon avenir ou de ma carrière. Je veux juste être sûr de pouvoir sortir ce que je veux. »[85]
La science-fiction est très présente, que ce soit de façon humoristique : « Je suis en orbite autour de la troisième planète d’une étoile connue sous le nom de Soleil, terminé. Est-ce que ça pourrait être la Terre ? Terminé. Affirmatif. Elle est connue pour héberger certaines formes d’espèces intelligentes, terminé. » (Third Stone From The Sun), ou de façon nettement plus alarmante ; « C'est la raison de mon angoisse, à voir les étoiles chamboulées, et cette odeur de monde carbonisé. » (Up From The Skies).
Discographie
| Année | Album | Meilleure position dans les charts | ||
|---|---|---|---|---|
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| 1967 | Are You Experienced | #35 | #02 | #05 |
| 1967 | Axis: Bold as Love | #01 | #05 | #03 |
| 1968 | Electric Ladyland | #02 | #06 | #01 |
| 1970 | Band of Gypsys | #11 | #06 | #05 |
- Jimi Hendrix & Curtis Knight : Flashing (Capitol 1967)
- Jimi Hendrix & Curtis Knight : Flashing (UK 1968 London HA-8349)
- The Cry Of Love (1971)
- Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track (1971)
- Isle of Wight (1971) : concert du 30 août 1970
- Hendrix In The West (1972) : constitué de différents concerts
- War Heroes (1972)
- Loose Ends (1973)
- Crash Landing (1975)
- Midnight Lightning (1975)
- Nine To The Universe (1980)
- The Jimi Hendrix Concerts (1982) : constitué de différents concerts
- Jimi Plays Monterey (1986) : concert du 18 juin 1967
- Live At Winterland (1987) : issu des performances des 10-11-12 octobre 1968
- Radio One (1988)
- Variations On A Theme: Red House (1989)
- Live & Unreleased - The Radio Show (1989)
- Lifelines - The Jimi Hendrix Story (1990) - CD 4 : concert du 26 avril 1969
- Live Isle Of Wight '70 (1991) : concert du 30 août 1970
- Stages - Stockholm 67 (1991) : concert du 5 septembre 1967
- Stages - Paris 68 (1991) : concert du 29 janvier 1968
- Stages - San Diego 69 (1991) : concert du 24 mai 1969
- Stages - Atlanta 70 (1991) : concert du 4 juillet 1970
- Jimi Hendrix :Blues (1994)
- Jimi Hendrix :Woodstock (1994) : concert du 18 août 1969
- Voodoo Soup (1995)
- Jimi By Himself - The Home Recordings (1995)
- First Rays Of The New Rising Sun (1997)
- South Saturn Delta (1997)
- BBC Sessions (1998)
- Live At The Fillmore East (1999) : issu des concerts des 31 décembre 1969 et 1er Janvier 1970
- Live at Woodstock (1999) : concert du 18 août 1969
- Merry Christmas and Happy New Year (1999)
- The Jimi Hendrix Experience Box Set (2000)
- Blue Wild Angel: Jimi Hendrix Live At The Isle Of Wight (2002) : concert du 30 août 1970
- Martin Scorsese Presents The Blues (2003)
- Live At Berkeley (2003) : second concert du 30 mai 1970
- Live At Monterey (2007) : concert du 18 juin 1967
- Live At The Oakland Coliseum (1998) : concert du 27 avril 1969
- Live At Clark University (1999) : concert du 15 mars 1968
- Morning Symphony Ideas (2000)
- Live In Ottawa (2001) : concert du 19 mars 1968
- The Baggy's Rehearsal Sessions (2002)
- Paris 67 / San Francisco 68 (2003) : concert du 9 octobre 1967 et second concert du 4 février 1968
- Hear My Music (2004)
- Live At The Isle Of Fehmarn (2005) : concert du 6 septembre 1970 (le dernier du trio Hendrix/Cox/Mitchell)
- Burning Desire (2006)
- Avec Curtis Knight : The complete PPX studio sessions (1965-67/1996 spv 089-29802 6cd Productions Ed Chalpin). Coffret de 6 CD, avec Hendrix comme multi-instrumentiste (guitare/basse/claviers etc), arrangeur et chanteur (parfois lead)[86]
- Avec Little Richard : Friends from the beginning (LP ALA 1972)
Filmographie
- Experience (1968, réédité en 2001)
- Jimi Plays Berkeley (1971, réédité en 2003)
- Rainbow Bridge (1972) : Une première et longue partie étrange où de jeunes babas-cools tentent de philosopher (non sous-titrée !) et puis quelques extraits des deux concerts avec un son très moyen.
- A Film About Jimi Hendrix (1973)
- Jimi Plays Monterey (1987, réédité en 2006)
- Atlanta (1992)
- Live At Woodstock (1992, réédité en 1999)
- The Making Of Electric Ladyland (1997)
- Band Of Gypsys (1999)
- The Dick Cavett Show (2002)
- Blue Wild Angel: Jimi Hendrix Live At The Isle Of Wight (2002)
- The Uncut Story (2004) [Indépendant]
- Live At Woodstock [Deluxe 2 DVD Edition] (2005)
- Live At Monterey (2007)
Bibliographie
- (en) Chris Welch, Hendrix - A Biography, Omnibus Press, 1972
- (en) Harry Shapiro & Caesar Glebbeek, Jimi Hendrix - Electric Gypsy, Saint Martin's Press Inc, 1990, actualisé en 1995
- (en) John McDermott et Eddie Kramer, Hendrix: Setting The Record Straight, Warner Books, 1992
- (en) Martin I. Green (textes) et Bill Sienkiewicz (dessins), Voodoo Child: The Illustrated Legend of Jimi Hendrix, Penguin Studio, 1995
- (en) Keith Shadwick, Jimi Hendrix : Musician, Backbeat Books, 2003
- (fr) Sharon Lawrence, Jimi Hendrix - L'homme, la magie, la vérité, Flammarion, 2005
- (fr) Charles R. Cross, Jimi Hendrix - L'expérience des limites, Camion Blanc, 2005
- (fr) Janie Hendrix & John McDermott, Jimi Hendrix intime (1 CD audio et nombreuses reproductions de documents inclus), Éditions K&B, 2007
- (en) Nona Hatay, Jimi Hendrix - The Spirit Lives On..., Last Gasp of San Francisco, 1983
- (fr) Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles - l'autobiographie, Infolio, 1989 (nouvelle traduction en 2007)
- (fr) Laurent Cugny, Las Vegas Tango, P.O.L, 1989
- (fr) Charles Shaar Murray, Jimi Hendrix - Vie et légende, Seuil, 1989
- (en) Mitch Mitchell & John A Platt, Jimi Hendrix: Inside the Experience, Hamlyn, 1990
- (en) Noel Redding & Carol Appleby, Are You Experienced?: Inside Story of the Jimi Hendrix Experience, Fourth Estate, 1990
- (en) John McDermott avec Billy Cox & Eddie Kramer, Jimi Hendrix : Sessions, Little Brown and Company, 1995
- (fr) Moebius & Jean-Noël Coghe, Jimi Hendrix - Émotions électriques, Castor Astral, 1999
- (en) Steven Roby, Black Gold - The lost archives of Jimi Hendrix, Billboard Books, 2002
- (fr) David Stubbs, Jimi Hendrix - Mots pour mots, Flammarion, 2003
- (en) Dave Thompson, Cream - How Eric Clapton Took the World by Storm, Virgin Books, 2005
- Blues Again!, n°7, octobre/novembre/décembre 2006
Voir aussi
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- Experience Music Project de Seattle : « Temple du Rock 'n' roll » en l'honneur tout particulier de Jimi Hendrix conçu en 2000 par le célèbre architecte Frank Gehry et financé par le milliardaire américain Paul Allen (cofondateur de Microsoft avec Bill Gates).
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Jimi Hendrix (3).
Influences
« Pour jouer le Rhythm & Blues, Hendrix était de loin le plus grand expert que j'ai pu entendre dans le style de musique développé par Bobby Womack, Curtis Mayfield et Eric Gale entre autres. J'ai l'impression qu'il n'y avait aucun style de guitare qu'il n'ait soit entendu, soit étudié, y compris steel-guitar, guitare hawaïenne et dobro. Dans son jeu on pouvait clairement entendre Curtis Mayfield, Wes Montgomery, Albert King, B.B. King et Muddy Waters. Jimi était le plus black des guitaristes. Sa musique émanait des formes musicales les plus anciennes, pré-blues, comme ce qu'on chante pendant le travail de la terre ou les mélodies gospel. D'après ce que j'ai pu recueillir, il n'y avait pas de genre de musique noire qu'il n'ait écouté ou étudié, mais il aimait surtout les formes anciennes de la musique noire, et ça transpirait de son jeu. On a souvent parlé de Son House et de vieux bluesman, mais ce qui l'épatait, c'était les vieux disques de Muddy Waters et John Lee Hooker où la guitare est énormément amplifiée et boostée par le studio pour lui donner une présence qu'elle n'avait pas en réalité. Il connaissait ça : on peut entendre tous les trucs de John Lee Hooker et Muddy Waters sur la version longue de Voodoo Child (Electric Ladyland). Je ne l'ai jamais entendu jouer quoi que ce soit qui ressemble à du jazz, mais je l'ai entendu jouer comme Mahavishnu (John McLaughlin). Il cherchait à jouer des mélodies avec un sustain permanent ; il était plongé dans le feedback depuis les Yardbirds et autres groupes anglais. Je crois même l'avoir entendu parler de Beck's Bolero. »
— Mike Bloomfield, Série Guitare & Claviers 1990
Le blues constitue la base du vocabulaire guitaristique utilisé par Jimi Hendrix. Il reprend les techniques des grands bluesmen qui permettent de développer un jeu expressif, mais aussi leur langage harmonique où l'ambiguïté majeur/mineur joue un rôle important. Il est difficile d'établir une liste exhaustive des guitaristes de blues ayant influencé Hendrix. On peut toutefois se faire une idée assez précise de ses principales influences via les reprises qu'il joua en concert ou en club, mais aussi des entretiens qu'il accorda : Albert King (Born Under A Bad Sign[55]), B.B. King (Rock Me Baby[56]), Elmore James (Bleeding Heart[57]), Hubert Sumlin, le guitariste de Howlin' Wolf (Killing Floor[58]), Freddie King (San-Ho-Zay[59]), Muddy Waters (Hoochie Koochie Man & Catfish Blues[60]), Albert Collins (Drivin' South[60]), mais aussi Buddy Guy, John Lee Hooker ou Robert Johnson. Le 9 octobre 1967 à Paris à l'Olympia, il interpelle ainsi le public ; « Avez-vous entendu parler de Muddy Waters ? Et de John Lee Hooker ? »[61]
Son style de guitare rythmique tel qu'on peut l'entendre sur Little Wing ou Bold As Love est inspiré, en plus complexe, du style développé par Curtis Mayfield, reconnu par Hendrix comme l'une de ses influences majeures[17].
Bob Dylan, dont il reprendra plusieurs morceaux (All Along The Watchtower, Like a Rolling Stone, Drifter's Escape et Can You Please Crawl Out Your Window) influencera Hendrix en tant qu'auteur, mais aussi en tant que chanteur : la technique vocale limitée de ce dernier lui donna confiance en ses propres moyens[17].
Hendrix est aussi influencé par le rock anglais. D'une part il reprit le Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles à plusieurs reprises, mais il poussa plus loin des idées développées sur l'album Revolver publié en 1966 : certaines bandes sont passée à l'envers sur Tomorrow Never Knows, dont Hendrix reprendra le thème[62] en concert. Le titre Are You Experienced reprend ce type de procédé, de façon plus poussée encore. Hendrix reprit à plusieurs reprises Sunshine Of Your Love de Cream (citant régulièrement le solo de Clapton) et s'est peut-être inspiré du feedback tel que Jeff Beck l'utilisait au sein des Yardbirds. Il utilise d'ailleurs le riff du Rice Pudding du Jeff Beck Group pour conclure l'une de ses compositions (In From The Storm). Enfin, il n'est pas exclu que Jimi Hendrix ait été influencé par les prestations scéniques des Who, dont Pete Townshend, le guitariste, utilisait des amplis Marshall avant lui.
Enfin, les dernières années de sa vie, Hendrix s'intéresse de plus en plus au jazz, jouant avec Roland Kirk, enregistrant avec Larry Young[63], John McLaughlin et Dave Holland[64], qui participèrent aux premiers enregistrements électriques de Miles Davis, avec lequel Hendrix commençait à entretenir certains rapports[65].
À la fin de sa vie, il avait prévu d'enregistrer avec Gil Evans[17]. À l'écoute de sa version de l'hymne américain ou de « Machine Gun », il est difficile de ne pas faire le lien avec le free jazz et sa volonté de libérer l'improvisateur des contraintes harmoniques et rythmiques.
Héritage
Jimi Hendrix n'a publié de son vivant que quatre albums (trois albums studio et un Live) : Are You Experienced, Axis: Bold As Love, Electric Ladyland et le Band Of Gypsys. Ces quatre albums sont des classiques de la musique rock. Mais il laisse derrière lui des centaines d'heures d'enregistrements, de natures très diverses : compositions sur lesquelles il travaillait dans la perspective de publier son quatrième album studio, ébauches plus ou moins embryonnaires de compositions en devenir, démos personnelles enregistrées chez lui, jams en studio ou en concert, concerts enregistrés professionnellement ou par des amateurs.
La qualité de ces enregistrements, tant musicale que technique, est tout à fait variable. La discographie officielle[66] de Jimi Hendrix est particulièrement complexe, et très inégale : certains albums ont été publiés en dépit de toute considération artistique[67].
Outre les albums publiés de son vivant, on peut recommander les albums suivants, salués majoritairement par la critique et les amateurs : The Cry Of Love (dont on retrouve l'intégralité du matériel sur First Rays Of The New Rising Sun), Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track et Jimi Hendrix :Blues pour les albums studio, Live At Monterey, les enregistrements consacrés au concert du Royal Albert Hall du 24 février 1969, Live at Woodstock et Live At Berkeley pour les albums en concert.
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« Je me revois attendant anxieusement de voir Jimi jouer de près car, pour l’avoir vu en concert, je pensais qu’il devait avoir un truc mystérieux construit dans sa guitare afin d’obtenir tous ces incroyables sons. J’ai vite découvert qu’en fait, il n’utilisait qu’une vieille Strat et des amplis Marshall. Il avait quelques gadgets comme l’Univibe, la Fuzz Face et la Cry Baby, mais tous ces articles étaient disponibles partout dans le commerce. La magie, à vrai dire, provenait uniquement de ses doigts. »
— Harvey Mandel, Hors Série Guitare & Claviers 1990
Hendrix a révolutionné l'approche de la guitare électrique, notamment par son utilisation des pédales d'effet et des ressources de l'amplification. Au début de l'Experience, il combine la saturation des amplificateurs à lampes (en jouant à un haut volume sonore) avec la Fuzz Face, une pédale de saturation. Cela lui permettait de générer du feedback (dû au larsen de ses amplificateurs) qu'il pouvait contrôler en temps réel grâce à son levier de vibrato ou sa technique de main droite. Roger Mayer construira pour lui l'Octavia (une pédale jouant sur les fréquences) qu'il utilisera dès l'enregistrement de Purple Haze, puis avec le Band Of Gypsys. Hendrix est l'un des premiers à utiliser la pédale wah-wah (en 1967). Il est selon Larry Coryell « le premier à l'avoir abordée sérieusement et à y avoir passé des heures de pratique. » En concert, Hendrix n'utilisait toutefois qu'un nombre réduit d'effets, y compris en 1970 : une wah wah Vox, l'Octavia de Roger Mayer, la Fuzz Face Arbiter et l'Uni-Vibe. En studio, Hendrix élargira sa palette de timbres avec l'aide de son ingénieur du son habituel, le Britannique Eddie Kramer, qui contribua à l'élaboration du phasing, mais aussi au fait de passer les bandes à l'envers.
Il a été élu meilleur guitariste de tous les temps par le magazine américain Rolling Stone dans le classement des 100 Meilleurs guitaristes de tous les temps.
- « Jimi m'a influencé, comme il a, je pense, influencé tous les guitaristes. Il était révolutionnaire. Et, tandis que nous expérimentions tous dans les années 1960 avec le feedback et ces grands amplis, recherchant de nouvelles manières de jouer de la guitare électrique, avec la Stratocaster et le Marshall, Jimi a tout mis en place. Je veux dire, il a… qu'il a mis tout le monde sur sa voie. Il a eu l'effet le plus profond, et durable, parce que l'effet de Jimi Hendrix sur les guitaristes est toujours là aujourd'hui. »[68] (John McLaughlin)
- « Pourquoi Jimi Hendrix est-il toujours présent ? Il était si bon. Il ne faisait qu'un avec son instrument. Personne d'autre n'a amené la guitare électrique à ce niveau, et surtout depuis. Il était à des coudées au-dessus de tous. Il était complètement parti. Si aquatique, développant ces belles choses à partir du feedback. Pour le dingue de guitare que je suis, il représentait le maximum. »[69] (Neil Young)
- « Très peu de gens jouent vite et intensément. La plupart jouent vite et vide. Mais Coltrane jouait vite et profond, tout comme Charlie Parker, et tout comme Jimi. » (Carlos Santana)
- « Je reviens toujours à la musique de Jimi et je ne finis pas d'y découvrir de nouvelles possibilités. Chaque fois que j'écoute ses disques, j'y trouve quelque chose de nouveau. C'est à ça qu'on reconnaît un grand compositeur. »[70] (Gil Evans)
- « C'est le plus grand musicien que j'ai connu »[71] (BB King)
- « Toutes les fois que j'ai vu Jimi jouer, c'était la concrétisation de ce que j'aurais dû être et que je n'étais pas. »[72] (Mike Bloomfield)
- « S'il ne reste qu'un nom dans toute l'histoire du rock'n'roll dans cent ans, ne cherchez pas, ce sera forcément Jimi Hendrix. »[73] (Pete Townshend)
- « Ce que je trouvais stimulant chez lui, c’était son attitude intensément autocritique envers sa musique. Il avait un don énorme et une technique extraordinaire, comme quelqu’un qui passait ses journées entières à jouer et à s’entraîner, et pourtant il n’en semblait pas conscient. »[74] (Eric Clapton)
- « La disparition de Jimi m'a bouleversé. Il était si jeune et avait un tel avenir. »[75] (Miles Davis)
- « Hendrix est un des personnages les plus révolutionnaires de la culture pop, musicalement et sociologiquement parlant. Le public féminin trouve Hendrix beau (peut-être un peu épouvantable), mais en tout cas sexy. Le public masculin pense qu'il est un guitariste et un chanteur phénoménal. Les types semblent aimer le fait que leurs petites amies soient sexuellement attirées par Hendrix. Très peu sont froissés par son charme ou l'envient. Ils renoncent ou alors ils se payent une Fender Stratocaster, une pédale wah wah et quatre amplis Marshall. »[76] (Frank Zappa)
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Le 9 septembre 1970[77], Eric Clapton enregistre avec Duane Allman une version de Little Wing, qui ne sera publiée qu'après la mort de Jimi Hendrix, sur Layla And Other Assorted Love Songs, l'album studio de Derek and the Dominos.
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Par la suite, Hendrix sera repris par de nombreux musiciens dans des styles musicaux très différents :
- Jazz par Jean Paul Bourelly, Gil Evans, le World Saxophone Quartet de David Murray, Jaco Pastorius, Marc Ribot, Marcus Miller, Larry Coryell, Hiram Bullock, Tuck & Patti;
- Blues par Albert King, Buddy Guy, Roy Buchanan, Stevie Ray Vaughan, Taj Mahal, Popa Chubby, Robben Ford, Lucky Peterson ;
- Rock par Eric Clapton, Jeff Beck, Carlos Santana, Mick Taylor, Steve Winwood, Gov't Mule, Allman Brothers Band, Frank Zappa, Red Hot Chili Peppers, The Cure, Ben Harper, Living Color, Rod Stewart, Mick Jagger, Sting, Spirit, Johnny Hallyday ;
- Hard rock par Gary Moore, Steve Vai, Joe Satriani, Deep Purple, Yngwie Malmsteen, Coroner, Slash (ex-guitariste des Guns N' Roses), Zakk Wylde.
- Funk par George Clinton, Bootsy Collins, Larry Graham, Prince ;
- Rap par Body Count, Chuck D ;
- Musiques du monde par Mad Sheer Khan, Band of Gnawa, The Corrs ;
- Classique par le Kronos Quartet, Nigel Kennedy.
Il importe toutefois de ne pas se limiter aux seules reprises du guitariste. En effet, l’impact de Hendrix fut immédiat et facile à mesurer : il suffit d’écouter les albums publiés avant son arrivée à Londres pour comprendre son influence sur la guitare électrique. Les pirates de Cream montrent par exemple un Eric Clapton s’essayant sans succès aux techniques développées par Hendrix[78].
Un concert hommage à Hendrix fut organisé dans les années 1990 avec les anciens membres de son groupe ainsi que Slash, jouant Hey Joe de manière plus blues. La France n'est pas en reste : du 14 au 22 septembre 1990, le festival Jimi's Back se déroula à Paris avec en point d'orgue la soirée du 15 à l'Olympia où treize artistes rendirent hommage au guitariste. Parmi eux les regrettés Noel Redding et Randy California ainsi que côté français : Paul Personne, Louis Bertignac et Axel Bauer entre autres.
Il est la principale influence de guitaristes comme Tommy Bolin et Robin Trower, qui s’inspirera même de son style de composition[79].
Certains musiciens ont repris à leur compte les apports musicaux de Jimi Hendrix tout en produisant une musique très personnelle. Frank Zappa reprendra à son compte les techniques élaborées par Hendrix sans jamais perdre sa personnalité musicale. Enfin, son influence sur la première période électrique de Miles Davis est évidente sur certains de ses albums, où l’ombre du guitariste plane par moments : A Tribute to Jack Johnson, et plus encore Agharta ou Pangaea.
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Jimi Hendrix (2).
Gypsy Sun & Rainbows
Début juillet 1969, Jimi Hendrix est invité à deux émissions importantes ; le Dick Cavett Show puis le Tonight Show. Il est accompagné par Billy Cox lors de la seconde émission. En fait, cela fait déjà plusieurs semaines qu'il répète et enregistre avec son ancien ami de l'armée. Dans la perspective d'un nouvel album studio, Hendrix s'installe à la Shokan House, à l'écart de l'agitation rencontrée à New York, afin de se concentrer sur son nouveau projet[17] : le Gypsy Sun & Rainbows. En plus de Billy Cox, il rassemble autour de lui Larry Lee à la guitare (qu'il connaît depuis 1963[33]), Juma Sultan et Jerry Velez aux percussions. Hendrix était manifestement intéressé par l'idée de jouer avec des percussionnistes : les percussionnistes de Santana ont ainsi participé à la jam du Tinker Street Cinema début août 1969[34].
La musique produite par le groupe se démarque du rock psychédélique de l'Experience, notamment par les formes musicales plus libres que le groupe expérimente. Mitch Mitchell retrouve Hendrix durant l'été et devient le batteur du groupe.
Au mois d'août 1969, Jimi Hendrix est la tête d'affiche du Festival de Woodstock. C'est donc à lui qu'il revient en principe de le clôturer. Malgré le retard pris par le festival, le management de Jimi Hendrix refuse de changer l'ordre d'entrée en scène des groupes. Sans le film, la performance de Jimi Hendrix ne serait certainement pas devenue légendaire : le Gypsy Sun & Rainbows n'entre en scène que le matin du lundi 18 août 1969, ce qui explique un public clairsemé lorsqu'il se produit.
Il est primordial de souligner que les mixages des différentes versions audio et vidéo[35] mettent quasiment systématiquement le trio Hendrix/Cox/Mitchell en avant. Larry Lee est légèrement audible. Quant aux deux percussionnistes, ils sont quasi inaudibles d’un bout à l’autre. Juma Sultan regrettera amèrement le mixage power trio du Gypsy Sun & Rainbows, trouvant dommage d'avoir supprimé le foisonnement de percussions qui accompagne Star Spangled Banner...[36] Inversement, John McDermott défend que le jeu foisonnant de Mitch Mitchell ne se marie pas bien avec celui des deux percussionnistes. Larry Lee revenait alors du Viêt Nam, et n'était certainement pas prêt à un tel évènement : seul son chant opère convenablement. Les deux titres qu'il chante lors de ce concert n'ont toutefois jamais eu les honneurs d'une publication officielle.
Si les enregistrements pirates[37] de la performance du Gypsy Sun & Rainbows montrent que le groupe n'était pas toujours en place, il n'empêche que la seconde partie du concert, portée à bout de bras par un Hendrix pourtant épuisé[38], reste l'un des plus grands moments d'improvisation de la musique rock. L'interprétation de l'hymne américain par le guitariste, véritable Guernica musical est le point d'orgue du festival. Plus proche ici du free jazz que de la musique rock, son approche de la guitare y est totalement révolutionnaire. Hendrix devient le premier sculpteur de l'histoire de la musique, taillant littéralement dans le bloc sonore. D'autres guitaristes avaient utilisé le vibrato ou le feedback (comme Jeff Beck au sein des Yardbirds) avant lui. Mais il est le premier à avoir construit un langage inédit reprenant toutes ces techniques comme vocabulaire. Le passage central montre une vision musicale allant largement au-delà de genres établis comme le blues ou le rock : cris, bombes, Hendrix plonge avec sa musique dans l'univers de ses contemporains. Sa maîtrise du feedback sur les ultimes notes montre sa capacité à travailler en temps réel sur le bloc sonore (diversité des choix et réactivité instantanée). Avec Star Spangled Banner, Hendrix cristallise toute l'ambiguïté de l'intervention militaire des États-Unis au Vietnam.
Le groupe se sépare après quelques séances en studio peu productives (aucun album ne sera tiré de ces séances) et deux autres concerts début septembre. Mitch Mitchell[39] et Billy Cox[22] s'accordent sur le fait que le groupe ne progressait pas musicalement.
Pour la Saint-Sylvestre 1969, au Fillmore East de New York, c'est avec une nouvelle formation que Jimi Hendrix se produit. Le Band of Gypsys est un trio entièrement afro-américain composé de Billy Cox et du batteur Buddy Miles. Jimi Hendrix y dévoile une sensibilité plus funk et, en l'espace de deux journées, (le 31 décembre 1969 et le 1er janvier 1970), livre quatre concerts. Un album Live, Band of Gypsys, en est tiré : ce sera le dernier publié de son vivant.
La presse rock a été globalement déçue par une œuvre qui marquait, selon elle, un recul créatif vis-à-vis du troisième album de l'Experience (via un retour au rhythm and blues), et qui n'aurait pas dû sortir, de l'avis de Jimi Hendrix lui-même : « Je n’étais pas trop satisfait de l’album Band Of Gypsys. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je ne l’aurais jamais sorti. »[40] L'album est en effet né de problèmes juridiques et non de la volonté initiale du musicien.
Inversement, beaucoup voient dans le Band Of Gypsys un groupe fondateur jetant les bases de nombreux courants musicaux des années 1970 : rock funk (Parliament/Funkadelic), jazz rock (Miles Davis, Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin) etc... Miles Davis note d'ailleurs dans son autobiobraphie[41] que c'est le groupe de Jimi Hendrix qu'il préférait.
Le 28 janvier 1970, lors d'un concert donné au Madison Square Garden, dans le cadre du Winter Festival For Peace, le Band Of Gypsys doit se produire gratuitement, afin de soutenir des opposants à la guerre du Vietnam. Le groupe monte sur scène vers 3 heures du matin, dans ce qui s'avèrera être leur dernière performance, et peut-être le plus gros fiasco de toute la carrière de Jimi Hendrix. Après avoir introduit les membres de son groupe, alors qu'une jeune femme réclame Foxy Lady, Hendrix lui répond que « Foxy Lady est assise par là, en sous-vêtement jaunes, sales et tachés de sang. » Le groupe se lance alors dans une version particulièrement peu inspirée de Who Knows. Selon tous les témoins présents ce soir-là, Hendrix n'était pas en état de monter sur scène. Johnny Winter confiera par la suite que, pour lui, « c'était comme s'il était déjà mort. »[42] Manifestement, Hendrix n'est pas dans son état normal : sur Who Knows, contrairement à son habitude, il ne mélange pas guitare et chant. La version qui suit de Earth Blues est encore moins convaincante, Hendrix interpelant ainsi le public alors qu'il s'arrête de jouer : « C'est ce qui arrive lorsque la Terre baise avec l'Espace, n'oubliez jamais ça. Voilà ce qui arrive ! »[43] Buddy Miles tenta de calmer le jeu, faisant face à la stupéfaction de l'audience en promettant un retour sur scène qui n'arrivera pas : Hendrix débranche sa Stratocaster et quitte définitivement la scène, laissant à Buddy Miles le soin de gérer la foule...
Aujourd'hui encore, la controverse historique reste entière sur ce qui s'est véritablement passé cette nuit-là au Madison Square Garden. Mike Jeffery profita de l'occasion pour virer sur le champ Buddy Miles... ce dernier accusant le manager d'avoir donné à Hendrix une dose de LSD le rendant dans l'incapacité de jouer. D'autres mettent en cause Devon Wilson, une des petites amies de Hendrix. On ne saura probablement jamais le fin mot de l'histoire[44].
Lors de son interview du 4 février 1970, menée par John Burks pour Rolling Stone (à l'initiative de Mike Jeffery), Hendrix reviendra sur la performance du Madison Square Garden : « C'est comme la fin d'un commencement ou quelque chose comme ça, je pense que le Madison Square Garden est comme la fin d'un long conte de fées. Ce qui est génial (...). En ce qui me concerne, le Band Of Gypsys était formidable. (...) C'est juste histoire de changer de tête; de se renouveler. (...) J'étais très fatigué. (...) » Il précisa ensuite qu'il avait affronté la plus grande guerre intérieure de toute sa vie, et que « ce n'était pas l'endroit pour le faire. »
Le concert donné le 25 avril 1970 au L.A. Forum marque le retour de Jimi Hendrix sur le devant de la scène : c'est la première de ce qui s'avèrera son ultime tournée américaine (le Cry Of Love Tour). Première d'autant plus importante que c'est avec un nouveau groupe que Jimi Hendrix se présente : si Billy Cox est toujours à la basse, Mitch Mitchell est de retour derrière les fûts. Contrairement à ce que l'interview donnée en février 1970 à John Burks aurait pu faire croire, Hendrix n'a pas reformé l'Experience avec son line up original. Le nom de cette formation est d'ailleurs toujours sujet à caution ; « Jimi Hendrix Experience » selon Billy Cox, « Cry Of Love Band » pour d'autres, Jimi Hendrix semble n'avoir jamais véritablement clarifié ce point.
Cette tournée marque aussi une reprise en main de sa carrière : Hendrix enregistre en semaine son nouvel album studio et se produit en concert le week end, afin de financer les travaux de construction de l'Electric Lady, son propre studio (à parts égales avec Mike Jeffery). Le rythme de cette tournée, autrement plus raisonnable que celui des tournée US précédentes, n'est pas étranger à la qualité tant des sessions studio que des concerts. Les critiques, biographes et journalistes tendent à décrire cette tournée dans des termes pour le moins mitigés... Pourtant, ainsi que John McDermott le souligne dans Setting The Record Straight, la tournée américaine de 1970 marque le retour d'une grande créativité.
Selon Billy Cox, Hendrix n'arrêtait pas de setlists précises[45] : il se contentait de préciser uniquement les premiers titres qu'ils allaient jouer. Le répertoire du groupe est d'ailleurs nettement moins stéréotypé que celui de l'Experience.
Jimi Hendrix inaugure le 15 juin 1970 son propre studio d'enregistrement à New York, Electric Lady. Selon la plupart des témoignages, Hendrix aborde les séances avec plus de sérieux que par le passé, même si ses sautes d'humeur et sa relation avec Devon Wilson compliquaient parfois leur bon déroulement[46].
Après des mois de chaos personnel et de doutes artistiques, Hendrix retrouve son inspiration et progresse dans la création de son quatrième album studio. Les sessions comme celles du 1er juillet 1970[47] montrent son renouveau artistique. Sa musique est nettement plus rythmique, plus composée. Hendrix l'architecte prend le pas sur Hendrix l'instrumentiste. La guitare sert le discours... et non l'inverse.
Hendrix n'aura toutefois pas le temps de terminer ce quatrième album, dont le matériel sera publié dans un premier temps sur The Cry Of Love, Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track (1971), War Heroes (1972) et Loose Ends (1973). Voodoo Soup (1995) et First Rays Of The New Rising Sun (1997) présenteront la vision que les producteurs ultérieurs de Hendrix avaient de cet ultime album.
Afin de financer le studio qu'il vient d'inaugurer officiellement, Hendrix accepte à contrecœur de se lancer dans ce qui s'avèrera être son ultime tournée européenne. Son trio se produit notamment le 30 août au festival de l'île de Wight, au sud de l'Angleterre. « Pour être franc, c’était un mauvais concert. Je ne peux pas dire si le cœur de Jimi y était. Une chose est certaine, rétrospectivement, c’est que nous aurions vraiment dû répéter une fois. C'est étrange parce que le groupe jouait tellement bien, il était réglé comme une horloge. À ce stade, nous étions tous confiants vis-à-vis de nos jeux respectifs. Il n’y avait aucune raison que le concert soit peu réjouissant. Mais le feeling n’était pas au rendez-vous. » en dira Mitch Mitchell[48].
La performance du 2 septembre 1970 (Arhus) est pire encore : Hendrix quitte la scène après seulement quelques titres. Hendrix semble très déprimé, et consomme beaucoup de drogues[49]. Il déclare dans un entretien que « Je ne suis pas sûr que j’atteindrai 28 ans. Je veux dire qu’au moment où musicalement, je sentirai que je n’ai plus rien à donner, je ne serai plus de ce monde. »[50]
La tournée n'est toutefois pas aussi mauvaise que ces deux évènements pourraient le laisser penser : les concerts des 1er (Gothenburg) et 3 septembre 1970 (Copenhague) sont en effet remarquables[51].
La santé de Billy Cox oblige toutefois le management du groupe à annuler le reste de la tournée : le concert donné à Fehmarn dans le cadre du Love And Peace Festival le 6 septembre 1970 sera le dernier du trio.
Hendrix regagne Londres, et donne son dernier entretien le 11 septembre 1970.
Le 16 septembre 1970, Hendrix rejoint War, le nouveau groupe d'Eric Burdon, au Ronnie Scott's et joue sur deux titres, qui constituent les ultimes enregistrements amateurs du guitariste[52].
Le 18 septembre 1970, Hendrix est retrouvé mort au Samarkand Hotel (Londres). Les circonstances exactes de sa mort sont toujours l'objet de controverses, même si la thèse principale selon laquelle il serait mort étouffé par son propre vomi suite à un abus de barbiturique (Vesparax) lié à une prise d'alcool semble être la plus probable[53]. Néanmoins, James Tappy Wright, son ancien assistant, affirme en 2009 qu'Hendrix aurait été assassiné par Michael Jeffery en lui faisant ingurgiter de force des pilules et de l'alcool.[54]
Il est enterré à Seattle, sa ville natale, le 1er octobre 1970, malgré sa volonté d'être enterré à Londres.
Il est entré dans le 27 Club regroupant les figures de la musique décédées à 27 ans, comme Janis Joplin, Robert Johnson, Brian Jones, Jim Morrison, Alan Wilson, Pete Ham (Badfinger) ou Kurt Cobain.
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Jimi Hendrix (1).
| Jimi Hendrix | |
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| Portrait d’un artiste de Jimi Hendrix le représentant à la fin des années 1960. | |
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| Alias | James Marshall Hendrix |
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| Nom | Johnny Allen Hendrix « Heaven Research » |
| Naissance | 27 novembre 1942 |
| Décès | 18 septembre 1970 (à 27 ans) |
| Profession(s) | Auteur-compositeur-interprète, chanteur, musicien, producteur |
| Genre(s) | Blues/blues rock Funk rock Hard rock Rock psychédélique |
| Instrument(s) | Guitare électrique (Fender Stratocaster), chant, basse |
| Années actives | de 1965 à 1970 |
| Label(s) | MCA, Polydor, Reprise, Track |
| Site Web | www.jimihendrix.com |
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| Entourage | Chas Chandler Little Richard The Isley Brothers The Jimi Hendrix Experience |
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James Marshall Hendrix (né Johnny Allen Hendrix le 27 novembre 1942 à Seattle, aux États-Unis, et mort le 18 septembre 1970 à Londres, en Angleterre), mieux connu sous le nom de Jimi Hendrix, est un guitariste, auteur-compositeur et chanteur américain, fondateur du célèbre groupe anglo-américain The Jimi Hendrix Experience, actif de 1966 à 1970.
Il est considéré comme l’un des musiciens les plus novateurs du XXe siècle, notamment en raison de son approche révolutionnaire de la guitare électrique et des techniques d’enregistrement en studio. Hendrix avait la particularité d’être un guitariste gaucher, mais de jouer sur une guitare de droitier, après avoir remonté ses cordes conformément à cette inversion. Improvisateur sortant des sentiers battus, il libéra son instrument de ses contraintes en utilisant les ressources nées de l’amplification et donna à la guitare électrique moderne ses lettres de noblesse. Son influence dépasse largement le cadre de la musique rock : la plupart des styles musicaux qui se développèrent dans les années 1970 reprirent certains éléments de sa musique ; Miles Davis, notamment, joua ainsi un jazz électrique très marqué par le guitariste[1],[2].
Biographie
Johnny Allen Hendrix naît le 27 novembre 1942 à Seattle, dans l’État de Washington, aux États-Unis. Il est le premier fils de James Allen « Al » Hendrix et Lucille Hendrix (née Jeter) et d’ascendance Cherokee. Al Hendrix ne rencontre son fils que trois ans plus tard, car il est pris par ses obligations militaires, cantonné dans une base de l’armée américaine en Oklahoma. Quant à Lucille, incapable d’assumer l’éducation de son fils à cause de son problème d’alcoolisme, elle ne s’en occupe pas. Démobilisé, Al Hendrix récupère Johnny, qu’il rebaptise James Marshall en mémoire de son frère décédé Leon Marshall Hendrix[3], et propose à Lucille de s’installer ensemble. Celle-ci donne naissance à Leon Hendrix en 1948. Cependant, le couple s’entend très mal, ne cesse de se disputer et finit par divorcer le 17 décembre 1951[4],[note 1].
James est profondément affecté par les conditions de pauvreté et la négligence dans lesquelles il a grandi, mais aussi par les troubles familiaux qu’il a vécus dans son enfance, le divorce de ses parents lorsqu’il a neuf ans, et surtout le décès de sa mère, alcoolique, en février 1958. Hendrix est battu à maintes reprises par son père, Al Hendrix, qui souffrait lui aussi de graves problèmes d'alcool. Le fait qu’Hendrix ait vécu son enfance à Seattle explique peut-être la facilité avec laquelle il a réussi à transgresser les diverses barrières raciales ou culturelles. En effet, il a vécu dans un quartier où les échanges entre communautés étaient constants. Certes il y avait de la ségrégation, mais dans des proportions infiniment moindres que dans le sud[4]. James lui-même est d'ascendance mélangée, noire, blanche et amérindienne (Cris).
Son premier instrument de musique est un harmonica offert par son père pour ses 4 ans, mais il s'en lassera vite. Il acquiert alors sa première guitare à 15 ans (une acoustique achetée pour 5 $ à un ami de son père), remplaçant avantageusement l'ukulélé à une seule corde que son père lui avait donné après l'avoir surpris en train de jouer avec un balai ![5] Dès lors, il apprend la guitare en autodidacte en y consacrant tout son temps libre. Ses résultats scolaires s'en ressentent rapidement, mais Hendrix a désormais une obsession ; devenir musicien[6]. Assez rapidement, le jeune Jimmy (pas encore Jimi) rejoint son premier groupe, The Velvetones. Il se procure sa première guitare électrique, une Supro Ozark 1560S, qu'il utilise avec son groupe suivant The Rocking Kings[7].
En 1961, mêlé à une histoire de voiture volée[8], Hendrix préfère s'enrôler dans l'armée américaine plutôt que de risquer la prison. En novembre 1962, il obtient le droit de porter l'écusson des Screaming Eagles, la 101e division aéroportée. Affecté à Fort Campbell, Kentucky, Hendrix forme The King Casuals avec Billy Cox à la basse[7]. Hendrix raconte dans un interview[9] qu'il a été réformé en raison d'une blessure à la cheville consécutive à un saut en parachute, mais qu'il aurait aussi simulé un mal de dos. Il existe une controverse sur ce point[10].
Hendrix travaille comme guitariste sous le nom de Jimmy James dans divers groupes de rhythm and blues qui tournent dans ce qu'on appelle alors le Chitlin' Circuit (le circuit des clubs fréquentés par les afro-américains). Il enregistre à l'occasion en tant que musicien de session[11].
Fin 1965, Hendrix joue avec certains musiciens de renom tels que Sam Cooke, Ike & Tina Turner (Kings of Rhythm)[12], les Isley Brothers et surtout Little Richard. Ce dernier estime que Jimmy se met trop en avant et décide de se passer de ses services[13].
En 1965, Hendrix rejoint Curtis Knight & The Squires, un groupe new-yorkais sans grande envergure. Le 15 octobre 1965, Hendrix signe un contrat d'enregistrement de trois ans avec un producteur nommé Ed Chalpin, pour seulement 1 $ et 1 % de royalties des ventes des enregistrements effectués avec Curtis Knight. Sans incidence sur le coup, ce contrat a des conséquences désastreuses par la suite[14].
Installé à Greenwich Village, Hendrix décide de jouer sa propre musique et devient le leader de Jimmy James & The Blue Flames. Randy California, futur membre de Spirit, est guitariste au sein de ce groupe. Il n'existe aucun enregistrement amateur de ce groupe. Le témoignage de Mike Bloomfield permet toutefois de se faire une idée de la façon dont Hendrix joue en 1966 ; « La première fois que j'ai vu Jimi jouer, c'était avec Jimmy James & The Blue Flames. Je jouais avec Paul Butterfield et je pensais être le meilleur guitariste du coin ! Je n'avais jamais entendu parler d'Hendrix. Alors quelqu'un m'a dit ; « Tu devrais aller écouter le guitariste de John Hammond.» J'étais au Cafe au Go Go et il était au Nite Owl ou au Café Wha?, j'ai traversé la rue et je l'ai vu. Hendrix savait qui j'étais, et ce jour-là, en face de moi, il m'a désintégré. Des bombes H dégringolaient, des missiles téléguidés volaient dans tous les coins - je ne te raconte pas les sons qui sortaient de sa guitare. Tous les sons que je devais l'entendre reproduire plus tard, il les a faits, dans cette pièce, avec une Strat, un Twin, une Maestro Fuzz-Tone, et c'est tout - il jouait à un volume très poussé. »[15]
Il est repéré au Café Wha? par Chas Chandler[16], qui lui propose de venir se faire connaître et d'enregistrer son premier single au Royaume-Uni, alors en pleine effervescence musicale avec des groupes comme les Beatles et les Rolling Stones. Jimi Hendrix aurait accepté à condition de rencontrer celui qui apparaît comme la référence britannique de l'époque à la guitare : Eric Clapton. Sur le chemin, il adopte alors définitivement le nom de Jimi Hendrix (au lieu de Jimmy) sur les conseils de son manager[17].
Il rencontre pour la première fois Clapton lors d'un concert de Cream (le trio qu'il venait de créer avec Ginger Baker et Jack Bruce) le 1er octobre 1966 au Central London Polytechnic. Considéré comme le meilleur guitariste de blues anglais depuis son passage chez John Mayall, Eric Clapton accepte que Jimi Hendrix les rejoigne sur scène (malgré la réticence de Ginger Baker). Dans son autobiographie, Clapton raconte comment Jimi Hendrix a alors interprété le Killing Floor de Howlin' Wolf ; « Il a joué de la guitare avec les dents, derrière la tête, allongé par terre, en faisant le grand écart et d'autres figures. C'était stupéfiant et génial musicalement, pas uniquement un vrai feu d'artifice à contempler. (...) Je pris peur, car, juste au moment où on commençait à trouver notre vitesse de croisière, voilà qu'arrivait un vrai génie. »[18]
Peu de temps après son arrivée à Londres, des auditions sont organisées pour trouver les musiciens qui l'accompagneraient. Il recrute dans un premier temps Noel Redding qui postulait pourtant comme guitariste - il ne jouait pas encore de basse alors - au sein des Animals, l'ancien groupe de Chas Chandler. Peut-être inspiré par Cream, Hendrix décide d'opter pour un trio et s'adjoint les services de Mitch Mitchell. Selon John Hiseman (le futur batteur de Colosseum), Mitchell était à ce stade inconnu du cercle des jazzmen de Londres. Amateur d'Elvin Jones et de Max Roach, il officiait auparavant dans un groupe où il n'avait aucune liberté[17].
Impressionné par Hendrix qu'un de ses amis rencontre dans un club londonien, Johnny Hallyday lui propose de roder son nouveau groupe en faisant sa première partie lors des quatre dates suivantes[19] : le 13 octobre 1966 à Évreux[20], le 14 à Nancy, le 15 à Villerupt et surtout le 18 à l'Olympia (Paris). Cette dernière date est importante : Europe 1 proposait alors une émission appelée Musicorama dont l'équipe a enregistré professionnellement la courte performance du Jimi Hendrix Experience[21].
16 décembre 1966 : Hey Joe marque les débuts discographiques du Jimi Hendrix Experience. Le single entre dans les charts anglais le 5 janvier 1967[22], et monte même jusqu'à la sixième place. La plupart des biographes s'accordent sur l'intérêt que Chas Chandler, le manager de l'Experience, manifestait pour ce titre avant même de découvrir Jimi Hendrix. C'est donc sans surprise que le choix s'est porté sur la composition de Billy Roberts, que Jimi jouait déjà au Café Wha? avec les Blue Flames[17].
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Le 26 décembre, Hendrix compose Purple Haze dans les coulisses d'un club[22], Chas Chandler comprend aussitôt que l'Experience tient là un tube en puissance. Et les faits lui donnent rapidement raison : publié le 17 mars 1967 en Angleterre, le titre rentre dans les charts dès le 23 mars et culmine même à la troisième place. Au-delà du succès commercial, Purple Haze est avant tout une réussite artistique majeure : Hendrix n'est pas seulement le meilleur instrumentiste de la musique rock, il est aussi un compositeur original dont les conceptions sont révolutionnaires[23]. Hendrix n'a pourtant ni l'inventivité mélodique des Beatles, ni la maîtrise harmonique de John Coltrane, mais dès son deuxième single, il crée un univers musical dépassant ses influences, univers dont la singularité est renforcée par sa maîtrise du studio et des effets. Purple Haze ne ressemble à rien de ce qui a été fait auparavant ; l'« Experience » peut véritablement commencer.
Le troisième single du Jimi Hendrix Experience, The Wind Cries Mary, a été enregistré le même jour que le basic track de Purple Haze. En seulement 20 minutes selon Chas Chandler[24] : la réalité est sans doute un peu différente (enregistrer le basic track, le solo et le chant en aussi peu de temps relèverait de l'exploit...), mais il n'en demeure pas moins que ce single est typique de la production de Chas Chandler, et de son mode opératoire : travailler vite et bien[17]. Musicalement, The Wind Cries Mary tranche singulièrement avec les deux premiers singles ; c'est une ballade minimaliste, où se fondent les influences de Bob Dylan et de Curtis Mayfield.
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Le premier album du groupe, Are You Experienced, sort le 5 mai 1967. Véritable pierre angulaire de la guitare électrique, il partage les instrumentistes entre anciens et modernes. Considéré comme l'un des meilleurs disques de rock par la critique, il constitue non seulement la base du répertoire de l’Experience, mais aussi du trio Hendrix/Redding/Mitchell. Une prise inédite de I Don't Live Today[25] montre que le guitariste se dirigeait vers une musique plus audacieuse encore, que la production de Chandler a sans doute limité, conscient que les plages trop libres étaient autrement moins vendeuses.
Le 4 juin 1967, Hendrix interprète au Saville Theatre de Londres une version du morceau titre de Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, le nouvel album des Beatles publié seulement trois jours auparavant. Paul McCartney et George Harrison, présents dans l'assistance, sont impressionnés par la performance, même si le reste du concert est entaché de problèmes d'ordre technique[17].
C'est sur les bons conseils de Paul McCartney que les organisateurs du Monterey International Pop Festival ont invité le Jimi Hendrix Experience, alors au sommet de sa popularité en Angleterre[26].
Leur performance du 18 juin 1967 est historique ; de virtuellement inconnu aux États-Unis, le groupe est rapidement devenu culte dans les cercles rock, à défaut d'être véritablement connu du grand public[17]. Immortalisée par le film de D. A. Pennebaker, la réputation de showman de Jimi Hendrix était faite pour les années à venir. Pour le meilleur et pour le pire. Car si Monterey est certainement l'un des meilleurs concerts de rock de tous les temps, Jimi Hendrix dégrade son image auprès des musiciens « sérieux » qui le prennent pour un frimeur (même si un Miles Davis ne s’arrête pas à ça[27]), mais aussi vis-à-vis du public qui attend de lui plus souvent un show qu’une performance strictement musicale. Une image particulière reste dans les mémoires ; le moment où il sacrifie sa Stratocaster en l'immolant par le feu avant de la fracasser sur le sol.
Le groupe enregistre ensuite The Burning Of The Midnight Lamp, son single suivant, avant d'assurer la première partie des Monkees lors de sa tournée américaine de l'été 1967, suite à une très mauvaise appréciation des publics respectifs des deux groupes par Mike Jeffery, l'autre manager de l'Experience. Le groupe ne remplit toutefois pas ses obligations contractuelles et quitte la tournée avant son terme en prétextant la plainte des Daughters of the American Revolution, une ligue de morale, selon laquelle Hendrix serait trop érotique pour les jeunes fans des Monkees[28].
Après une série de concerts, le groupe enregistre à Londres de nouvelles compositions qui donnent la matière du deuxième album du groupe, Axis: Bold as Love, publié en décembre 1967. C'est un album très différent de l'opus précédent : Hendrix se concentre ici sur ses talents de guitariste rythmique et d'auteur-compositeur. L'influence de la production de Chas Chandler est encore très présente; la plupart des titres ne dépassent pas les trois minutes[22].
Dans la foulée, Hendrix enregistre à Londres une reprise du All Along the Watchtower de Bob Dylan. Après une tournée américaine, Hendrix décide de continuer l'enregistrement de son troisième album au Record Plant, à New York. Hendrix tire profit au maximum des progrès technologiques de l’époque : Electric Ladyland est enregitré sur un 16 pistes, laissant à son créateur une liberté orchestrale alors inespérée[22].
Hendrix, peu conventionnel dans sa manière de travailler, convie qui veut bien venir en studio … où les ingénieurs du son doivent presque s’excuser de prendre leur place[22]. Lors de l'enregistrement de Gypsy Eyes, Chas Chandler jette l’éponge : Hendrix est désormais son propre producteur[22]. Cet enregistrement marque aussi une nette détérioration des rapports qu'il entretient avec Noel Redding, son bassiste. Ce dernier se plaint du peu de place que son leader lui laisse au sein du groupe, mais aussi de la tournure que prennent les sessions, où Hendrix ne semble jamais satisfait des prises qu'il enregistre. Noel Redding ne joue d'ailleurs que sur quelques titres du dernier album de l'Experience[17].
Hendrix ne se limite pas aux seuls membres de l'Experience et multiplie les rencontres avec des musiciens réputés (Steve Winwood, Chris Wood, Buddy Miles, Jack Casady et Al Kooper) qui se joignent à lui sur des compositions variées et d'une rare richesse : Voodoo Child et 1983 ... (A Merman I Should Turn To Be) figurent parmi les œuvres les plus ambitieuses de sa carrière[22]. Electric Ladyland est généralement considéré comme son chef d'œuvre.
Les concerts de l'Experience évoluent au fil des mois. Centrés sur les chansons aux débuts du groupe[29], ils sont désormais le théâtre de longues improvisations dépassant souvent les dix minutes[30]. Les rapports au sein du groupe continuent de se détériorer et les sessions d'enregistrement suivantes ne donnent plus que de longues jams informelles plutôt que des compositions achevées publiables sur un disque de rock[22].
Le 3 mai 1969, le Jimi Hendrix Experience arrive à 9 heures et demi à l'aéroport international de Pearson à Toronto (Ontario). Les douanes canadiennes trouvent dans l'un des sacs du guitariste des substances illicites ; il est aussitôt arrêté puis emmené au siège de la police dans le centre-ville de Toronto. Il est libéré contre une caution de 10 000 dollars en espèces et doit comparaître devant le tribunal de Toronto le 5 mai. Les conséquences de cet incident sont désastreuses : Hendrix vivra avec la crainte d'un emprisonnement jusqu'à la fin de l'année 1969[31].
Après une ultime tournée américaine au printemps 1969, le groupe se sépare après sa performance de Denver, le 29 juin 1969[32].
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Émile Zola (7).
Liste des œuvres d'Émile Zola
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Voir aussi
- Henri Mitterand, Biographie d'Émile Zola, 3 vol, Sous le regard de l'Olympia 1840-1870 - L'Homme de Germinal 1871-1893 - L'Honneur 1893-1902, Fayard, 1999-2001-2002
- Colette Becker, Gina Gourdin-Servenière, Véronique Lavielle, Dictionnaire d'Émile Zola, Robert Laffont - Coll Bouquins, 1993 (ISBN 2-221-07612-5)
- Jean Bedel, Zola assassiné, Flammarion, 2002
- Patricia Carles & Béatrice Desgranges, Zola, Nathan - Collection Balises Écrivains, 1991 (ISBN 2-09-180227-1)
- François Émile-Zola, Zola Photographe, Denoël, 1979
- Henri Guillemin, Zola, légende et vérité, Utovie, Collection H.G., 200 pages, 1997 (première édition en 1960)
- Armand Lanoux, Bonjour Monsieur Zola, Amiot-Dumont, Paris, 1954
- Henri Mitterand, Zola - La vérité en marche, Découvertes Gallimard, 1995 (ISBN 2-07-053288-7)
- Alain Pagès, Émile Zola - de J'accuse au Panthéon, Editions Lucien Souny, 2008 (ISBN 2-84886-183-8)
- Alain Pagès et Owen Morgan, Guide Émile Zola, Paris, Ellipses, 2002
- François-Marie Mourad, Zola critique littéraire, Honoré Champion, 2003
- Evelyne Bloch-Dano, Madame Zola, Grasset, 1997 (ISBN 2-246-52141-6)
- Henri Troyat, Zola, Flammarion, Collection Grandes Biographies, 2002
- Patricia Carles & Béatrice Desgranges, Le naturalisme, Nathan - Collection Balises Genres et Mouvements, 2001 (ISBN 2-09-182181-0)
- Jean Pierre Leduc-Adine, Henri Mitterrand, Lire/Délire Zola, Nouveau Monde éditions, ISBN 2-84736-051-4.
- Henri Guillemin, Présentation des Rougon-Macquart, Gallimard, 1964, 414 pages.
- Henri Mitterand, Zola et le Naturalisme, PUF – Que sais-je ?, 1986 (ISBN 2-13-052510-5)
- Henri Mitterand, Emile Zola, Carnets d'enquêtes, Ethnographie inédite de la France, Coll. Terre Humaine, Paris, France Loisirs, 1987, 687p.
- Michèle Sacquin et al, Zola, Bibliothèque nationale de France - Fayard, 2002 (ISBN 2-213-61354-0)
- Compte rendu in extenso du procès d’Émile Zola aux Assises de la Seine et à la Cour de Cassation (1898)
- Cour de Cassation, collectif, De la justice dans l’affaire Dreyfus, Fayard, 2006 (ISBN 978-2213629520)
- Michel Drouin, Zola au Panthéon - la quatrième affaire Dreyfus, Perrin, 2008 (ISBN 978-2-262-02578-6)
- Vincent Duclert, Biographie d'Alfred Dreyfus, l'honneur d'un patriote, Fayard, Paris, 2006 (ISBN 2213627959)
- Pierre Miquel, L’affaire Dreyfus, Presses Universitaires de France - PUF - Coll. Que sais-je ?, 1961, réédité 2003 (ISBN 2130532268)
- Collectif, Dreyfus Alfred né le 9 octobre 1859 à Mulhouse, Éditions Bruno Leprince, 2007 (ISBN 2916333304)
- Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, Le Seuil, coll. « Points », 1999
- Le Musée imaginaire d'Émile Zola, Patricia Carles, Béatrice Desgranges, éd. Pages Jaunes (devenues Cadmos), 2000, avec le soutien du Ministère de l'Éducation Nationale (RIP)
En 1937, le romancier français inspire le film américain La Vie d'Émile Zola (The Life of Emile Zola) réalisé par William Dieterle.
L’œuvre d’Émile Zola a connu une large adaptation cinématographique, avec plus de cent cinquante films et téléfilms réalisés d’après ses œuvres, en diverses langues. La première adaptation fut celle de l'Assommoir, par Ferdinand Zecca, l’année même du décès de l’auteur, en 1902.
Outre l’Assommoir, plus de la moitié des titres de la série des Rougon-Macquart ont été adaptés à l’écran. Certains, comme Nana ou Germinal ont fait l’objet de plusieurs adaptations, avec une fidélité plus ou moins conforme aux œuvres d’origine. Hors des Rougon-Macquart, le seul ouvrage de Zola largement traité à l’écran est Thérèse Raquin.
On peut relever les adaptations suivantes :
- Série des Rougon-Macquart :
- Série des Trois villes :
- Miraklet ou Within the Gate de Victor Sjöström - 1913, Suède, N&B, muet. Basé sur Lourdes.
- Série des Quatre évangiles :
- Destruction de Will S. Davis - 1915, États-Unis, N&B, muet. Basé sur Travail.
- Au Travail d' Henri Pouctal - 1920, France, N&B, muet. Basé sur Travail.
- Fécondité de Nicolas Evreinoff et Henri Étiévant - 1929, France, N&B, muet. Basé sur Fécondité.
- Romans :
- Naïs de Raymond Leboursier - 1945, France, 117 min, N&B. Avec Fernandel, dans le rôle de Toine, et Jacqueline Pagnol dans celui de Naïs Micoulin. Basé sur Naïs Micoulin. À noter que Marcel Pagnol participa à la l'adaptation de l’œuvre pour son passage à l’écran.
- Documentaires :
- Documentaires en accès libres - Dossier Zola sur le site de l'INA
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Émile Zola (6).
Les quatre romans de ce nouveau cycle, (Fécondité, Travail, Justice et Vérité) découlent directement de la série précédente, bâtis autour de chacun des fils de Pierre et Marie Froment. Mais la mort prématurée de l'écrivain prévient la réalisation du dernier ouvrage, resté à l'état d'ébauche. Zola a voulu ce cycle ouvertement utopique, dans lequel il peut donner libre cours à ses rêves. Mais c'est aussi une conception du monde, au plan social, qui a très mal vieilli.
Dans Fécondité, Zola expose ses thèses natalistes. Le roman est basé sur une opposition stricte et rigoureuse, manichéenne, entre le couple Froment et leurs douze enfants, incarnant le bonheur, et les autres personnages qui se limitent volontairement à une progéniture réduite, voire inexistante. À ceux-là, la déchéance sociale et les malheurs de la vie. Le roman est publié en feuilleton dans L'Aurore de mai à octobre 1899, puis en volume le 12 octobre chez Fasquelle. La valeur morale de l'œuvre est remarquée, plus que ses qualités littéraires, malgré les fortes critiques de la droite nationaliste.
Travail est l'évangile socialiste, dans lequel Zola inaugure un nouveau genre pour lui-même, puisque c'est une œuvre d'anticipation, construite sur la volonté générale de progrès social et sur les évolutions industrielles de la fin du XIXe siècle. Alors que les idéaux socialisants appellent à une lutte des classes sanglante, Zola aspire à une entraide. La rédaction du roman débute en mars 1900 et s'achève en février 1901 ; le volume paraît chez Fasquelle en mai 1901. L'œuvre est reçue avec bienveillance à gauche, avec des critiques enthousiastes, de Jaurès notamment. Les associations coopératives, disciples de Fourier, voient en Zola un allié de poids et lui organisent un banquet le 9 juin 1901.
Vérité, le troisième roman du cycle[N 41] est l'adaptation de l'affaire Dreyfus dans le monde de l'Instruction publique, qui s'oppose à l'école privée catholique. L'œuvre est conçue dans le contexte du projet de séparation des Églises et de l'État. C'est la description d'un cléricalisme qui, envers et contre tout, cherche à conserver coûte que coûte son emprise sur la société civile[110]. Le volume, qui paraît en mars 1903 chez Charpentier, est liseré de noir en signe de deuil. La critique s'attache à élucider les messages relatifs à l'affaire Dreyfus, en faisant remarquer que la transposition de la trahison militaire à l'affaire de mœurs fait perdre beaucoup au récit[111]. Mais la critique salue le traitement de l'éducation laïque.
Justice, le dernier roman de la série de Quatre Évangiles ne fut jamais commencé. On sait que Jean Froment devait en être le héros, militaire anti-militariste, certain de la nécessité du désarmement mondial pour assurer la paix des peuples et leur bonheur. Le but ultime devait être la création d'une république universelle par la victoire contre les nationalismes et le militarisme.
Toujours dans la perspective d'une amélioration de sa situation matérielle, Émile Zola a cherché rapidement à adapter ses romans. À la fin du XIXe siècle, un succès sur une scène parisienne rendait immédiatement riche et célèbre. Mais Zola est aussi attiré par l'effet tribune du théâtre, dont il rêve d'exploiter l'écho potentiel pour son mouvement naturaliste.
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Zola est attiré par le théâtre dès sa jeunesse en Provence. Il a entrepris dès 1855 des essais avec ses amis Baille et Cézanne, comme dans la comédie : Enfoncé le pion ![112]. La Laide est sa première œuvre théâtrale. La pièce met en scène un père aveugle, son handicap lui révélant la véritable beauté, celle du cœur, incarnée par sa fille aînée. Ses deux filles se marient, l'une avec Lucien, l'autre avec un sculpteur sensible à la beauté académique de la cadette. La pièce, jugée naïve, ne sera jamais ni publiée, ni jouée du vivant de Zola. La seconde pièce de Zola, Madeleine, n'obtient pas plus de succès. Proposée à la direction du théâtre du Gymnase, elle est refusée. L'auteur la transforme alors en roman, Madeleine Férat. Ces échecs ne sont pas de nature à abattre l'écrivain, qui devra toutefois attendre ses premiers succès de librairie pour connaître un succès au théâtre. Thérèse Raquin, drame en quatre actes, lui en donne l'occasion en 1873. La pièce est représentée neuf fois au théâtre de la Renaissance. La critique exprime un certain dégoût en même temps qu'une vraie admiration pour le talent de Zola. Les Héritiers Rabourdin en 1874 est un échec boudé par la critique et le public. Le Bouton de rose, comédie en trois actes n'est représenté que sept fois en mai 1878. Sa dernière pièce, Renée, drame en cinq actes, est écrite à la demande de Sarah Bernhardt d'après le roman La Curée. Présentée en avril 1887 au Théâtre du Vaudeville, c'est une nouvelle déception. Émile Zola, dès lors, n'écrira plus pour le théâtre et cesse ainsi sa carrière de dramaturge. Le théâtre est donc un échec cuisant pour l'auteur des Rougon-Macquart.
Émile Zola n'aime pas beaucoup la musique. Clarinettiste dans la fanfare d'Aix-en-Provence dans jeunesse, l'écrivain avouera plus tard « faire profession d'une certaine haine de la musique[113] » ainsi que « le plus grand mépris pour l'art des doubles et triples croches ». Il ira même jusqu'à contester les subventions accordées à l'Opéra de Paris[114]. Mais paradoxalement, Émile Zola voue une certaine admiration à Richard Wagner. L'écrivain fut sans doute attiré par l'aspect révolutionnaire du musicien allemand, dont les scandales pouvaient être assimilé à ceux que provoquaient les publications naturalistes.
Le tournant, c'est sa rencontre avec Alfred Bruneau en 1888. Celui-ci lui propose de mettre en musique Le Rêve, en collaboration avec le librettiste Louis Gallet, œuvre à laquelle Zola participe activement. C'est un succès. Dès lors, les adaptations vont s'enchaîner régulièrement. L'attaque du moulin fut créée en novembre 1893 à l'Opéra Comique. Toujours sur un livret de Louis Gallet et une musique d'Alfred Bruneau, la trame est un peu modifiée pour éviter la représentation de Prussiens sur scène. L'argument est donc reporté en 1793 au lieu de 1870. La pièce est représentée trente-sept fois à Paris, ainsi qu'en province et à l'étranger[115]. Suivent Lazare en 1893, Messidor en 1897, Violaine la chevelue, féerie lyrique en cinq actes et neuf tableaux qui ne sera jamais mise en musique, L'ouragan en 1901, L'enfant roi en 1905 et Sylvanire ou Paris en amour, achevé par Zola juste quelques jours avant sa mort. Sans engendrer des succès de scène phénoménaux, le théâtre lyrique apporte à Zola une renommée supplémentaire et lui permet de mettre en scène et d'animer son naturalisme.
Esthétique zolienne
Avec Charles Baudelaire et les Goncourt, Zola a été l'un des trois plus importants critique d'art de la seconde moitié du XIXe siècle[116] et un grand défenseur des nouvelles tendances picturales opposées à l'académisme. Émile Zola a été dès l'enfance un passionné de l'image, attiré spontanément par les arts graphiques, puis par la photographie[117]. À partir de 1863, en compagnie de « son presque frère », Paul Cézanne, Émile Zola intègre le Groupe des Batignolles et visite les ateliers d'artistes parisiens. Il fait la connaissance de tout ce qui compte dans le monde artistique. Tous sont déjà impressionnés par le talent immense d'Édouard Manet avec sa nouvelle manière de voir la peinture, dont les sujets sont contemporains, et les paysages chatoyants rendus avec la technique du « plein air ». Gustave Courbet est l'autre source artistique du jeune Zola, qui restera toujours, pour l'écrivain, un de ses modèles. La petite population d'artistes se retrouve au quartier général de ce nouveau mouvement, le célèbre café Guerbois, aux Batignolles. Aux beaux jours, le groupe se déplace dans le petit village de Bennecourt près de Mantes. Zola y révèle sa vision esthétique et complète ainsi ses autres apprentissages. Bien plus tard, dans l'Œuvre, en 1886, l'écrivain fera revivre de manière romancée toutes les scènes de cette époque.
Émile Zola se fait le défenseur virulent de ce nouveau mouvement artistique dès 1863. L'efficacité et la pertinence de ses critiques dans L'Événement sont vite reconnues. Il y attaque sévèrement le jury du salon de 1866, s'en prenant « aux fausses gloires », les peintres de salon (Alexandre Cabanel ou William Bouguereau) ou les peintres d'histoire (Jean-Louis-Ernest Meissonier ou Jean-Léon Gérôme). Il crée le scandale en suggérant que la place de l'œuvre de Manet est au Louvre, à l'occasion d'un manifeste en faveur du peintre en 1866. Après 1875, Zola s'écarte de ce mouvement (baptisé Impressionniste à partir du salon de 1874), qui évolue vers un art qui « ne produit pas d'œuvres assez solides, assez travaillées[118] ».
Pour Zola, le peintre est avant tout une personnalité. Il affirme : « Ce n'est pas l'arbre, le visage, la scène qu'on me présente qui me touchent ; c'est l'homme que je trouve dans l'œuvre[119] ». Cette personnalité doit exercer un effet unificateur puissant sur le tableau, dans lequel le peintre transpose toute son énergie. Le centre de l'œuvre devient alors non plus le sujet choisi, mais l'expression de la personnalité de l'artiste.
Dans une lettre à son ami Valabrègue écrite le 18 août 1864, Zola expose une théorie qui repose sur une métaphore dite des trois écrans. Ceux-ci s'interposant entre l'artiste et l'observateur, la reproduction exacte du réel est impossible pour l'écrivain. Il a une préférence pour l'écran réaliste, mais s'insurge contre la représentation picturale de type photographique : le tempérament de l'artiste doit toujours s'exprimer dans l'œuvre.
Loin de tout dogmatisme ou idée préconçue, Zola affirme très tôt une sûreté de jugement remarquable, acceptant de reconnaître la qualité, voire le génie, dans des tableaux réalisés par ceux-là mêmes qu'il critique sévèrement dans leur conception picturale. Ses critiques ont été assez visionnaires puisque ceux qu'il admirait sont toujours connus aujourd'hui, et ceux qu'il honnissait sont désormais oubliés[120].
L'influence des arts plastiques sur l'œuvre de Zola est patente. L'écrivain semble avoir structuré ses romans tel le peintre sa toile, avec l'emploi constant de dossiers préparatoires. Souvent, dans ceux-ci, Zola ébauche des représentations des lieux qu'il veut décrire, ou certains objets, ou encore des plans. Il déploie aussi un art de la composition éprouvé dans les descriptions. Il paraît avoir traité l'espace romanesque comme le peintre son espace pictural. Zola a donc apporté au groupe des impressionnistes sa force de conviction et son talent de critique pour convaincre. Sa proximité avec ce mouvement artistique l'a lui-même très fortement influencé dans sa démarche littéraire. Ses conceptions novatrices de la « personnalité » de l'artiste et de la transformation de l'objet en un réel artistique peuvent préfigurer le surréalisme, que Zola ne connaîtra jamais[121].
Zola s'est moins intéressé à la sculpture[122]. Dans un article consacré au Nègre endormi de Philippe Solari en 1868, il y écrit : « Si un art souffre du milieu moderne c'est à coup sûr la sculpture. Née au matin de l'humanité, chez des peuples vivant demi-nus, elle se trouve mal à l'aise dans nos sociétés vieillies, vêtues de vêtements sombres et étroits »[123]. Il n'a reconnu le talent que d'un seul sculpteur, outre Solari : Auguste Rodin. En 1891, à l'occasion de la réalisation d'une statue de Balzac financée par la Société des gens de lettres, il soutient passionnément la candidature de Rodin.
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Émile Zola semble s'être intéressé à la photographie à partir de 1888. Victor Billaud, rédacteur et imprimeur de la Gazette des bains de mer de Royan-sur-l'Océan l'initie à cette technique pendant des vacances que l'écrivain passe à Royan, invité par son éditeur Charpentier. Mais ce n'est qu'à l'issue de l'achèvement des Rougon-Macquart, en 1894, que Zola s'adonne pleinement à cette passion[N 42]. Possédant jusqu'à une dizaine d'appareils photographiques, il a produit autour de dix mille plaques, dont seules quelques centaines ont été conservées[124].
Amateur éclairé, quasi professionnel, Zola installe trois laboratoires photographiques (à Paris, Médan et Verneuil[N 43]). Il développe lui-même ses négatifs, procède aux agrandissements et réalise toutes sortes d'essais avec des papiers de couleur ou des formats exotiques[125]. Minutieux, il note dans de petits carnets les temps de pose et d'autres détails pour chaque cliché.
Il est passionné par l'expression de la réalité quotidienne que lui fournissent ces moments figés. L'ensemble de ces photographies, expression d'un regard d'une grande modernité, forme un témoignage précieux sur la seconde moitié du XIXe siècle. Ses sujets de prédilection sont les scènes de la vie quotidienne, prises à Paris, Médan ou Verneuil. Il effectue un véritable reportage photographique lors de l'exposition universelle de 1900. Il aime aussi à photographier de nombreux paysages, notamment lors de ses voyages en Italie, ou pendant son exil londonien. Dernier thème de prédilection : ses familles et ses enfants qu'il a sur-abondamment représentés en images. Dans ce cadre, il met lui-même au point un déclencheur à distance afin de se représenter avec ses enfants sur les clichés.
La photographie n'a pas été un outil employé par l'écrivain pour la préparation de ses romans. Cette passion reste un outil de représentation du réel, passif, illustré par une dédicace sur un de ses albums consacré à ses deux enfants : « Denise et Jacques. Histoire vraie par Émile Zola ». Le rôle de la photographie est en général négatif dans ses romans — ainsi, dans La Curée, ou Madeleine Férat, le malheur est annoncé par une photo. La photographie, talent longtemps ignoré de l'écrivain, fait partie intégrante de l'œuvre zolienne, constitutive de sa personnalité[126].
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Émile Zola (5).
« Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'êtres, se comporte dans une société, en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres. L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur[89]. »
À partir de 1868, Émile Zola conçoit un projet qui était déjà en germe depuis quelques temps : L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. Il envisage une fresque romanesque traversant toute la période, du Coup d'État du 2 décembre 1851 à la défaite de Sedan en 1870. L'idée lui vient d'abord de sa passion pour Honoré de Balzac et de cette œuvre immensément variée, à laquelle Taine avait consacré un article très remarqué[90]. Cet article va influencer l'œuvre de Zola de manière déterminante. La Bibliothèque nationale conserve d'ailleurs un texte contemporain de l'initialisation des Rougon-Macquart intitulé : « Différences entre Balzac et moi » dans lequel le jeune écrivain exprime sa volonté de bien se distinguer de son prédécesseur[91] :
« Balzac dit que l'idée de sa Comédie lui est venue d'une comparaison entre l'humanité et l'animalité. (Un type unique transformé par les milieux (G. St Hilaire): comme il y a des lions, des chiens, des loups, il y a des artistes, des administrateurs, des avocats, etc.). Mais Balzac fait remarquer que sa zoologie humaine devait être plus compliquée, devait avoir une triple forme: les hommes, les femmes et les choses. L'idée de réunir tous ses romans par la réapparition des personnages lui vint. [...]
Mon œuvre sera moins sociale que scientifique. [...]
»
Mon œuvre, à moi, sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la race modifiée par les milieux. [...]
Balzac dit qu'il veut peindre les hommes, les femmes et les choses. Moi, des hommes et des femmes, je ne fais qu'un, en admettant cependant les différences de nature et je soumets les hommes et les femmes aux choses.
— Émile Zola, Différences entre Balzac et moi[92], 1869.
À la différence de La Comédie humaine, rassemblée en une œuvre compilée sur le tard[N 36], les Rougon-Macquart est, dès avant le départ de l'œuvre, un projet conscient, déterminé, réfléchi. Les travaux du docteur Lucas, dont son traité sur l'hérédité[93], sont une autre source de l'œuvre à venir[N 37],[94]. Les Rougon-Macquart sont ainsi la rencontre de Balzac avec la science de ce milieu du XIXe siècle[N 38], principalement illustrée par la physiologie[95].
Initialement prévu en dix volumes, le cycle évolue pour en compter successivement douze, puis quinze, puis enfin, le succès venant, vingt tomes. Il est pensé dans le détail avec une ossature précise dès l'origine, doté d'une vision ensembliste et systématique[96]. Ce plan décrit les personnages, les grands thèmes de chaque ouvrage (l'argent, le monde ouvrier, l'armée), le lieu de l'action (Provence ou Paris). Zola ne cache pas non plus le côté rémunérateur de l'opération. Assurer la stabilité de sa vie matérielle est l’une de ses obsessions, après ses difficiles années de vaches maigres.
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Il a conservé à l'esprit toutes les ficelles de l'édition moderne, apprises chez Hachette, dont la publication en série. L'écrivain a compris que chacun y gagne, l'éditeur comme le romancier. Mais Zola se sent aussi à un tournant littéraire après la publication de ses quatre premiers romans. Il prend conscience d'être arrivé aux limites d'un modèle. Si le naturalisme veut survivre comme nouveau genre littéraire, il ne doit pas se laisser enfermer dans les limites étroites imposées par ses premiers essais. Il a parfaitement assimilé les leçons que lui ont faites Taine et Sainte-Beuve sur ses premières œuvres, en termes d'équilibre et de vérité. L'initialisation des Rougon-Macquart marque donc un changement complet de stratégie dans l'œuvre naissante du romancier[97].
Le cycle repose sur l'histoire d'une famille issue de deux branches : les Rougon, la famille légitime, petits commerçants et petite bourgeoisie de province ; et les Macquart, la branche bâtarde, paysans, braconniers et contrebandiers, qui font face à un problème général d'alcoolisme. Cette famille est originaire d’Aix-en-Provence — qui deviendra Plassans dans la série de romans. Les Rougon-Macquart mettent en scène une descendance s'étendant sur cinq générations. Certains membres de cette famille vont atteindre des sommets de la société d'Empire, alors que d'autres vont sombrer, victimes d'échecs sociaux et de leur hérédité. Il s'agit donc d'une entreprise de dévoilement du corps social, mais aussi du corps humain dans ses recoins les plus sombres[95]. Zola veut montrer comment se transmet et se transforme, dans une même famille, une tare génétique. Ce qui implique l'usage d'une généalogie que le romancier ne cessera de perfectionner au fil de l'élaboration de son œuvre. Si bien qu'une relation directe entre chaque personnage existe de roman en roman, trait absent des œuvres précédentes.
C'est par Émile Deschanel que Zola apprend l'existence des travaux des aliénistes Bénédict Augustin Morel et Joseph Moreau à propos de l'hérédité, vue sous un angle morbide. L'écrivain n'a de cesse de compléter ses connaissances sur ce sujet au point qu'on peut considérer qu'il a fait passer dans les Rougon-Macquart « à peu près l'état contemporain du savoir »[98]. Au contraire de Balzac, Zola se sert de l'hérédité comme d'un outil, fil conducteur de son cycle, qui lui permet une classification scientifique de ses romans.
L'écriture de cette série constitue la principale préoccupation de l'écrivain pendant les vingt-cinq années suivantes. Avec une régularité à toute épreuve, Zola écrit trois à cinq pages par jour, ce qui représente chaque année un roman de deux volumes. Il fait paraître six romans entre 1871 et 1876 avec La Fortune des Rougon, La Curée, Le Ventre de Paris, La Conquête de Plassans, La Faute de l'abbé Mouret et Son Excellence Eugène Rougon. Mais ce n’est pas encore le succès attendu. Il est évidemment reconnu, mais pas au niveau souhaité par le romancier.
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Ferme dans son projet, l'écrivain s'attèle à l'écriture de son grand roman « sur le peuple, ayant l'odeur du peuple », L'Assommoir, qu’il publie en 1877 chez Georges Charpentier. Il y décrit, tel un reportage, les drames de la classe ouvrière, au travers de ses misères et des ravages de l'alcool. C'est un texte dans lequel il met beaucoup de lui-même, sur sa vie passée et ses expériences dans les quartiers populaires[99]. Le roman a un retentissement considérable qui amène enfin la gloire attendue, mais aussi le scandale. La description de la réalité froide de l'alcoolisme, « monstrueusement détaillée » par un auteur instruit par une documentation précise, soulève et indigne une critique presque unanime. À droite, les accusations sont, comme d'habitude, de trivialité et de pornographie, mais à gauche on lui reproche de « salir le peuple ». Les attaques contre Émile Zola sont nombreuses et violentes si bien que la parution du roman dans Le Bien Public, journal républicain, est interrompue au chapitre VI[100]. Mais le roman a un succès immense qui amène enfin au romancier l'aisance matérielle après laquelle il aspirait. Plusieurs de ses amis s'éloignent de lui à ce moment là, par peur du scandale mais aussi, parfois, par jalousie.
Zola poursuit imperturbablement la production de son cycle, en publiant Une page d'amour en 1878, puis Nana en 1879. C’est à nouveau un scandale puisque l'œuvre porte sur les demi-mondaines et leurs frasques. Gustave Flaubert admire ce talent à multiples facettes et félicite une fois de plus Zola. Ses adversaires l’accusent d’être un écrivain « pornographique » de par son « goût du sordide et du détail cru ». Mais le public s’arrache les exemplaires de Nana qui devient un immense succès de librairie en France et à l'étranger. Toujours constant dans l'effort, Émile Zola publie de 1882 à 1884 cinq nouveaux romans : Pot-Bouille, Au Bonheur des Dames, La Joie de vivre, Germinal et hors le cycle des Rougon-Macquart, Naïs Micoulin.
Germinal, le roman sur les « gueules noires » et la grève, paraît en 1885. C’est très certainement le roman le plus travaillé, le plus préparé et documenté de Zola[101]. Le romancier s'est déplacé dans le bassin houiller de Valenciennes, dans le nord de la France, à Anzin. Zola choisit le Nord plutôt que Saint-Étienne, sur les conseils du député Alfred Giard qui le guidera dans la région. Sa visite de huit jours, en pleine grève des douze mille mineurs du carreau d'Anzin, transforme totalement sa vision du monde des « ouvriers de l'industrie ». Il n'a pas hésité à descendre au fond de la mine[N 39],[102], en février 1884, où il discute avec les mineurs, les cadres et ingénieurs, les personnels divers. Il assiste à des réunions syndicales, entre dans les maisons, les cafés, tous les lieux de convivialité, observe la détermination, le calme et la discipline des grévistes. Il est aussi témoin du drame social, « la débauche des filles qui ne se marient qu'au deuxième ou troisième enfant », la prostitution, le jeu, l'alcoolisme. Le livre est un immense succès alors que les ennemis de l'écrivain, de moins en moins nombreux, sont bien forcés à une reconnaissance de son immense talent.
Il publie en 1890 son ultime chef-d’œuvre : La Bête Humaine, et achève le cycle des Rougon-Macquart sur une note optimiste en publiant Le Docteur Pascal en 1893[103].
L'achèvement des Rougon-Macquart approchant, Émile Zola a changé. Le contraste est fort entre une reconnaissance internationale inégalée et une hostilité générale en France, exprimée par des attaques continues et le refus obstiné de le voir entrer à l'Académie française.
Il s'interroge sur son activité littéraire :
« L'avenir appartiendra à celui ou à ceux qui auront saisi l'âme de la société moderne, qui, se dégageant de théories trop rigoureuses, consentiront à une acceptation plus logique, plus attendrie de la vie. Je crois à une peinture de la vérité plus large, plus complexe, à une ouverture plus grande sur l'humanité, à une sorte de classicisme du naturalisme[104]. »
Cette évolution est dans l'air du temps, avec un « néonaturalisme » illustré par les productions d'Anatole France et Maurice Barrès qui connaissent une évolution vers le roman à thèse.
Avant même la fin des Rougon-Macquart, Émile Zola décide de se lancer dans la rédaction d'un roman ayant pour objet la religion en cette fin de XIXe siècle. La révélation se fait à l'occasion d'un voyage dans le sud-ouest de la France en septembre 1891, où le romancier assiste interloqué au grand pèlerinage de Lourdes et à tout son décorum, avec « ce monde de croyants hallucinés[N 40] ». Le but du romancier est de dresser une forme de « bilan religieux, philosophique, et social du siècle » au travers d'un, puis deux, puis finalement trois romans, intitulés chacun du nom d'une ville : Lourdes, Rome et Paris. Son héros, l'abbé Pierre Froment, personnage sceptique et désabusé, en crise face à la religion, sert de fil conducteur au cycle ainsi que de porte-parole au romancier[105]. C'est le nouveau souffle que recherchait Zola, apte à le relancer après l'énorme travail fourni sur les vingt volumes des Rougon-Macquart[106].
Le dernier trimestre de l'année 1893 et la première moitié de 1894 sont consacrés à l'écriture de Lourdes, appuyé sur un texte de Zola, Mon voyage à Lourdes. Il s'agit d'une sorte de journal, qui décrit ses observations lors de son second voyage à Lourdes, en septembre 1892. Le volume paraît le 25 juillet 1894, tiré à 88 000 exemplaires[107], ouvrage présenté en avant-première dans Le Figaro[108]. La critique littéraire reçoit correctement l'ouvrage, en regrettant parfois l'absence de renouvellement entre les deux cycles[109]. La presse conservatrice et religieuse incendie le roman amenant même des réponses sous forme de roman ou d'étude-réaction. L'ouvrage est mis à l'Index le 21 septembre mais c'est, en revanche, un immense succès de librairie.
Rome et Paris suivent à peu de distance, écrits rapidement dans la foulée de la parution de Lourdes. Rome a pour objet la description du haut clergé moderne, avec le Pape à son sommet, et son positionnement dans le modernisme social de cette fin siècle. La rédaction du roman s'étale entre 1895 et 1896, publié en volume le 8 mai 1896, déclenchant les mêmes foudres que Lourdes. Enfin Paris est le roman de la capitale contemporaine. C'est le contraste entre la richesse et la misère, la bourgeoisie et le monde ouvrier, l'ordre contre l'anarchie. Le volume est mis en vente en pleine affaire Dreyfus, juste après le procès intenté contre Émile Zola à la suite de la publication de « J'Accuse...! »
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Émile Zola (4).
L’œuvre littéraire
« Notre héros, écrit Zola, n'est plus le pur esprit, l'homme abstrait du XVIIIe siècle. Il est le sujet physiologique de notre science actuelle, un être qui est composé d'organes et qui trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure »
Naturalisme : au début du XVIIIe siècle, ce dérivé savant de « naturel » distinguait le système symbolique d'interprétation de phénomènes naturels. L'expression « naturalisme » s'employa plus tard dans le cadre de théories excluant une cause surnaturelle. Au XVIIIe siècle, on utilise aussi ce mot dans le vocabulaire scientifique pour désigner le caractère naturel d'un phénomène. Ce terme tomba en désuétude jusqu'en 1857 au moment où la Revue Moderne publia une critique. Celle-ci qualifia la peinture de Gustave Courbet de naturaliste, dans le sens de « peintre de la nature réaliste ».
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Henri Mitterand[53] distingue deux périodes dans le naturalisme théorique de Zola qu'il situe au carrefour du Romantisme (Jules Michelet et Victor Hugo), dont il a été imprégné par ses lectures de jeunesse, et du Positivisme qu'il a pratiqué à la Librairie Hachette (Taine et Littré). La première époque court de 1866 à 1878 avec un point de départ posé par la publication de Mes haines. Zola s'y veut moderniste, révolutionnaire dans l'âme, en réaction. Il rejette le romantisme démodé « comme un jargon que nous n'entendons plus[54] ». Au Congrès scientifique de France en 1866, Zola adresse un mémoire qui compare le roman naturaliste à l'épopée. L'écrivain y affirme que le genre épique est spécifique à la Grèce antique, et ce lien nécessaire entre un genre littéraire et un contexte spécifique donné manifeste clairement un déterminisme littéraire proche de celui de Taine[N 28]. Cette démarche critique est ainsi définie par le philosophe : « la race, le milieu, le moment et la faculté maîtresse ». Mais Zola se distingue de Taine en affirmant la prédominance du tempérament. C'est la différence principale entre le réalisme de Taine et le naturalisme. Ainsi pour l'écrivain, « l'œuvre d'art est-elle un coin de nature vu à travers un tempérament ».
Après 1878, et la lecture de Claude Bernard[55], Zola, introduit la notion de méthode expérimentale[N 29] afin que la littérature « obéisse à l'évolution générale du siècle[56] ». Zola applique cette définition à la technique romanesque transformée « en étude du tempérament et des modifications profondes de l'organisme sous la pression des milieux et des circonstances[N 30],[57] ». Il ne faut toutefois pas voir dans les textes de critique littéraire de Zola l'exacte clé des thèmes et du style de l'écrivain, même si une relation évidente existe entre l'œuvre technique et l'œuvre dramatique.
Le naturalisme consiste donc en la recherche des causes du vice dans l'hérédité. De ce fait, le romancier naturaliste est « observateur et expérimentateur ». L'observateur accumule des renseignements sur la société et ses milieux, sur les conditions de vie et d'environnement. Il doit cerner de près la réalité qu'il transpose par un usage serré et acéré du langage. L'expérimentateur joue dès lors son rôle, par la construction d'une trame qui amalgame les faits et construit une mécanique où il enchaîne ces faits par une forme de déterminisme des principes liés au milieu et à l'hérédité. Le personnage naturaliste est ainsi la conséquence déterminée de constantes physiques, sociales et biologiques. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : « nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions, c'est-à-dire des moralistes expérimentateurs ».
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La littérature naturaliste est une littérature de synthèse du type balzacien et de l'anti-héros flaubertien, qui engendre des personnages vidés d'individualité[58]. La prépondérance de Zola dans le milieu naturaliste est indiscutable et le débat se catalysera d'ailleurs essentiellement autour de lui. L'école naturaliste est le plus souvent appelée École de Médan du nom de la maison appartenant à Zola, où les écrivains proches du mouvement naturalistes comme le premier Huysmans[59] et Maupassant, avaient l'habitude de se réunir lors de soirées dites de Médan. Le volume collectif de ces soirées paraît deux ans plus tard. En dehors de l'œuvre zolienne, le naturalisme a donné peu d'œuvres majeures[60]. C'est ainsi que Stéphane Mallarmé a pu dire : « Pour en revenir au naturalisme, il me paraît qu'il faut entendre par là littérature d'Émile Zola, et que le mot mourra, en effet, lorsque Zola aura achevé son œuvre[61]. »
Zola se présente comme un écrivain à la fois minutieux et méthodique.
Il décrit ainsi sa méthode de travail[62] :
« Ma façon de procéder est toujours celle-ci : d'abord je me renseigne par moi-même, par ce que j'ai vu et entendu ; ensuite, je me renseigne par les documents écrits, les livres sur la matière, les notes que me donnent mes amis ; et enfin l'imagination, l'intuition plutôt, fait le reste. Cette part de l'intuition est chez moi très grande, plus grande, je crois, que vous ne la faites. Comme le disait Flaubert, prendre des notes, c'est être simplement honnête ; mais les notes prises, il faut savoir les mépriser. »
Zola a toujours insisté sur sa démarche consciente et tranquille qui s'apparente à celle du maçon qui construit sa maison, sans fébrilité [63]. Il veut donner l'image de la quiétude dans l'écriture, avec une construction de premier plan, puis de second plan, une description des personnages précise par l'établissement de fiches pour chacun d'eux. La rédaction du chapitre doit immédiatement suivre. Cependant, cette démarche théorique est quelque peu contredite par l'examen des dossiers de préparation laissés par l'auteur des Rougon-Macquart. En effet, dans le cas de la documentation, plutôt que de réaliser ses recherches dans un premier temps, puis de réaliser la totalité de son travail d'écriture dans un second temps, on constate que Zola se documentait tout au long de la réalisation de ses romans.
Le travail de Zola romancier commence donc par la constitution d'un dossier préparatoire[N 31]. Sa taille est variable en fonction du roman et du sujet, mais va plutôt en s'accroissant avec le temps. D'une cinquantaine de folios pour la Fortune des Rougon, le dossier de Pot-Bouille en atteint 450, pour compter entre 900 et un millier de pages pour Germinal, L'Argent ou La Terre, et enfin culminer à près de 1 250 feuilles pour La Débâcle[64]. Le dossier préparatoire est aussi utile au romancier lorsqu'il doit se défendre des attaques assez nombreuses qui lui sont portées quant au sérieux de sa documentation. Zola viserait, à en croire ses contradicteurs, au superficiel et au spectaculaire. Il n'hésite pas, dès lors, à convoquer des journalistes pour leur prouver le sérieux de ses recherches en leur exposant ses dossiers. Zola s'appuie ainsi sur une solide documentation, ainsi que sur des enquêtes pour lesquelles il se déplace dans les régions qu'il veut décrire. Les voyages du romancier vers un lieu précis ont souvent provoqué moqueries et quolibets. La critique voit, dans ces « mouvements puérils », un manque d'imagination de l'écrivain. C'était en effet très nouveau, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que de vouloir coller à la réalité d'aussi près. Mais le romancier souhaite absolument s'imprégner de l'ambiance d'un lieu pour y capter le détail véridique. C'est dans cet esprit qu'il part visiter le Valenciennois pendant une dizaine de jours pour Germinal, ou qu'il produit trois cents pages d'observations sur les Halles pour Le Ventre de Paris, entre autres. Il croque les scènes vécues, mais toujours dans l'optique de son roman en cours, jamais gratuitement. Il sélectionne ses observations et les utilise quasiment toutes dans le roman qu'il est en train d'écrire, ainsi qu'un peintre ferait avec son carnet de croquis[65].
Les dossiers préparatoires de Zola font aussi état de réflexions théoriques sur le roman en cours d'écriture, via une forme de dialogue avec lui-même.
L'écrivain prend soin de définir le schéma narratif, la position des personnages dans chaque scène, le niveau de dramatisation, la véracité de la situation. Il porte une attention toute particulière au rythme de la narration et à l'équilibre de chacun des chapitres.
Zola préparait des brouillons avant d'écrire ses pages définitives. Mais il n'en a légué pratiquement aucun, et comme il travaillait toujours en solitaire, il n'existe aucun témoignage à ce sujet. Quelques bribes d'essais concernant un paragraphe ou une phrase ont été retrouvés, mais rien de systématique. Il est certain que cette étape intermédiaire a été détruite volontairement, comme chez Hugo[66]. Les historiens de la littérature s'interrogent encore sur cette absence[67] et supposent que, peut-être, Zola a cherché à masquer une certaine réalité qui aurait pu nuire à l'édification de son personnage « d'écrivain omniscient ».
En revanche, Zola fait de nombreuses retouches, après la première publication, et dispose d'une méthode originale : comme pratiquement tous ses romans sont parus d'abord sous la forme de feuilletons dans la presse, il découpe la page et y porte directement ses corrections en vue de l'édition en volume. Il a ainsi parfois apporté d'importantes corrections à ce qu'il a considéré comme un premier jet[N 32],[68]. Il lui est aussi arrivé d'avoir l'idée d'ajouter des personnages nouveaux dans le cycle des Rougon-Macquart, et dans ce cas, il pouvait reprendre un volume déjà paru et le modifier en vue d'une réédition[N 33].
Dès 1864, Zola a élaboré sa première théorie du style, qu'il expose au moyen de la métaphore des trois écrans : l'écriture est un écran entre l'œil et le monde, et cet écran peut être de trois natures différentes, suivant l'esthétique à laquelle l'écriture obéit. De ces trois écrans, le classique, le romantique et le réaliste, il choisit le dernier parce qu'il est celui qui lui semble le moins déformer la réalité : « un simple verre à vitre, très mince, très clair, et qui a la prétention d'être si parfaitement transparent que les images le traversent et se reproduisent ensuite dans toute leur réalité[69]. » Cette même exigence de transparence et de clarté dans l'écriture l'amène à refuser « l'écriture artiste », celle des symbolistes notamment, contre lesquels il écrit en 1896 un article dans Le Figaro dans lequel il exprime son désir d'une écriture d'où l'« idée » puisse transparaître avec une « solidité de diamant dans le cristal de la langue[70]. »
Le maître-mot est dès lors la « simplicité dans la langue[71] » contre les excès de la rhétorique et le « déluge de lieux communs, d'images connues, qui fait dire au grand public : « C'est bien écrit ». » Pour « acquérir un style simple, clair et fort », Zola, dans une préface de 1889, conseille aux jeunes écrivains de se frotter à l'écriture journalistique : l'urgence, la nécessité de la concision, les amèneront à se débarrasser des adjectifs superflus, à ne plus conserver « que le verbe[72] ». C'est en effet à ce prix que la langue peut devenir « l'arme scientifique du siècle[73] ».
Pour autant, la langue que Zola appelle de ses vœux n'est pas une langue neutre, qui serait l'équivalent, dans le domaine de la littérature, de l'objectivité photographique[74]. Paradoxalement, alors qu'il prend pour modèle de la création romanesque la méthode scientifique, dans la démarche de laquelle la subjectivité de l'observateur est censée n'avoir aucune part, il ne cesse de rappeler l'importance de la personnalité, du tempérament propre du créateur[75]. Le « grand style », c'est celui dans lequel s'exprime « l'expression personnelle » de l'artiste. C'est pour cette raison, explique Zola, qu'on peut reprocher à Balzac « ses phrases fâcheuses », « son style est à toujours à lui », et c'est ce qui fait de lui un grand écrivain[76]. Ce style personnel, ce tempérament, on ne peut selon lui ni l'acquérir quand on en est démuni, ni le changer quand on en possède un : le style, « on nait avec, comme on a les cheveux blonds ou bruns. »
Zola a par ailleurs donné quelques indications sur la manière dont il écrivait ses phrases, et qui a peu à voir avec l'idée selon laquelle la langue devrait se faire transparente pour ne pas faire obstacle à la manifestation du réel : la construction de celles-ci, explique-t-il, obéiraient en effet avant tout aux lois de l'« euphonie » :
Ces paradoxes, ces décalages entre la théorie et la pratique, les silences sur certaines caractéristiques importantes de l'œuvre romanesque (la transformation du réel par l'irruption de dimensions fantasmatiques et mythiques, notamment[78]) ont pu donner de l'écrivain qu'était Zola une vision tronquée et réductrice qui a souvent été utilisée par les adversaires du naturalisme. Henri Mitterand a ainsi pu écrire qu'« il faut défendre Émile Zola contre lui-même aussi bien que contre ses critiques. Contre lui-même, parce qu'il a donné de ses méthodes de travail une description inexacte à force de raideur logique[79]. »
L'itinéraire littéraire d'Émile Zola est initialement marqué par une hésitation. Poésie ? Théâtre ? Roman ? Essai ? L'homme tergiverse. La poésie l'attire, il en a beaucoup écrit, il est même remarqué chez Hachette après avoir livré un poème. Mais il n'y a aucun parti à en tirer à court terme. Le théâtre permet d'accéder vite à la notoriété et à la fortune. Le jeune homme s'y essaye, aidé de rencontres dans le petit monde des auteurs dramatique, sans succès. La Laide, conte moral inspiré de Milton, et Madeleine[N 34] sont refusés. Les Mystères de Marseille, un roman-feuilleton épique qui avait paru un peu plus tôt, est adapté pour le théâtre avec Marius Roux, mais la pièce ne vit que le temps de quelques représentations.
Son premier ouvrage publié est un recueil de contes, Les Contes à Ninon, dont la substance a pour origine des textes écrits dès 1859. Il était soufrant lorsqu'il a écrit cet ouvrage. Le Zola de vingt ans s'y exprime, déjà avec talent, sous une forme facile à publier dans la presse, et dont l'administration impériale est friande. Les contes sont tout d'abord publiés dans La Revue du Mois, feuille littéraire et artistique de Géry Legrand, que Zola avait connu comme collaborateur dans la presse lilloise. Le volume imprimé par l'éditeur Pierre-Jules Hetzel[80] paraît à mille cinq-cents exemplaires en novembre 1864. C'est au plus un succès d'estime, mais Zola a pu faire jouer ses relations et obtient plus de cent articles dans la presse en trois mois[81].
Le 31 janvier 1866, Émile Zola décide de démissionner de la Librairie Hachette et de ne plus vivre que de sa plume. La dispersion du jeune homme, les publications des Contes à Ninon et surtout, de son roman à dominante autobiographique La Confession de Claude, semblent avoir joué un rôle prépondérant, dans ce qu'il est convenu d'appeler une séparation amiable[82]. La Confession de Claude est achevée à la fin de l'été 1865, publiée chez Lacroix à quinze-cents exemplaires à la mi-novembre. C'est un roman écrit en réaction contre la mode du rachat « de la femme perdue »[N 35], où Zola évoque déjà des thèmes récurrents dans son œuvre comme la peur de la souillure et de la déchéance, ou encore l'attrait maléfique de la Femme[83]. La censure, très active sous le Second empire, s'intéresse immédiatement à ce premier roman, sans lui trouver matière à poursuites. Mais on lui reproche déjà la « crudité de l'observation », « le cynisme du détail » et son appartenance à une « école réaliste » prompte à « analyser de honteuses passions ».
Dans le courant de l'année 1866, Zola parvient à contribuer régulièrement à L'Événement. Il y propose son deuxième roman, Le Vœu d'une morte, qui paraît en feuilleton du 11 au 26 septembre. Devant la faiblesse des livraisons, Villemessant, le directeur du journal, interrompt la publication à la fin de la première partie. La seconde partie, pourtant prévue, ne sera jamais écrite. « On trouve cela très pâle, bien écrit, de bons sentiments, mais embêtant. Vite, vite, arrêtez les frais » écrit-il à Zola fin septembre 1866. Le roman, complété des Esquisses parisiennes est publié en novembre 1866[84]. À l'occasion de la réédition chez Charpentier en 1889, le roman est totalement revu par l'écrivain. Le naufrage est évité par quelques belles pages de description parisiennes, de souvenirs bien sentis et par l'expression d'un thème majeur chez Zola : la perversion par l'argent[85].
Vivre de sa plume, vite dit ! Ces deux premiers romans ne rapportent rien d'autre qu'une certaine estime, et la situation matérielle de Zola en reste au point mort. Le journaliste sauve toutefois le romancier pendant ces années sèches. Mais le succès littéraire approche.
Avec Thérèse Raquin, l’entreprise se dessine. Première grande œuvre à succès de Zola, le roman illustre la théorie des tempéraments, le déséquilibre entre le sang et la personnalité[86]. Le romancier a d'abord livré une nouvelle publiée dans Le Figaro du 24 décembre 1866, intitulée Dans Paris. Un mariage d'amour. Il s'agit plus d'une trame, dans laquelle les éléments principaux du roman à venir sont encore absents. Il propose ensuite au directeur de la Revue du XIXe siècle, Arsène Houssaye, le développement de cette nouvelle en un roman de six chapitres. Ce sont finalement trois livraisons qui sont publiées en août, septembre et octobre 1867 dans L'Artiste sous le titre Un mariage d'amour. Pour la publication en volume, Zola décide de changer le titre en Thérèse Raquin, le nom de l'héroïne du roman, s'inspirant ainsi de Madame Bovary de Flaubert et Germinie Lacerteux des Goncourt, dont l'influence est forte au-delà des seuls titres de roman. Le volume est édité par Lacroix, mis en vente en novembre 1867, tiré à quinze-cents exemplaires et réimprimé dès avril 1868. La réception du roman est variée. Il marque véritablement le début de la carrière d'écrivain de Zola[87].
Mais la polémique et la passion vont rapidement faire rage. Zola répond aux accusations de pornographie dans la préface de la seconde édition du roman, texte précieux puisque l'auteur s'y dévoile et emploie pour la première fois le concept de « Roman naturaliste ». Louis Ulbach[88], sous le pseudonyme de Ferragus, parle de « littérature putride [...] d'une flaque de boue et de sang [...] qui s'inspire directement du choléra, son maître, et qui fait jaillir le pus de la conscience». Taine, dont Zola se considère comme le disciple, offre un regard bienveillant à l'auteur de Thérèse Raquin. Il lui écrit : « Vous avez fait une œuvre puissante, pleine d'énergie, de logique, et très morale ; il vous reste à en faire une autre qui embrasse plus d'objets et ouvre plus d'horizons. » Zola va rapidement s'y employer en concevant un monument littéraire : Les Rougon-Macquart. La voie de la Littérature s'ouvre enfin à lui. Il s'y engouffre. Il vient d'avoir 27 ans.
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Émile Zola (1).
| Émile Zola | |
| Autoportrait au béret, Émile Zola, 1902. | |
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| Activité(s) | Romancier |
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| Naissance | 2 avril 1840 à Paris (France) |
| Décès | 29 septembre 1902 (62 ans) à Paris (France) |
| Langue d'écriture | Français |
| Mouvement(s) | Naturalisme |
| Genre(s) | Roman, essai |
| Œuvres principales | |
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| Compléments | |
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Émile Zola, né à Paris le 2 avril 1840, mort à Paris le 29 septembre 1902, est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du naturalisme.
C’est l'un des romanciers français les plus populaires[1], l'un des plus publiés, traduits et commentés au monde. Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision[N 1]. Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de nombreuses études historiques. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des représentants d'une époque et d'une génération particulière fait l'objet d'un roman.
Engagé dans les mouvements politiques de son époque, les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé « J’Accuse…! » qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres la même année.
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Biographie
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Émile Zola naît Italien à Paris le 2 avril 1840. Il est le fils unique de Francesco Zola[2] et d’Émilie Aubert. Son père, ingénieur de travaux publics, ancien officier subalterne italien, meurt en 1847 après avoir été responsable de la construction du canal Zola à Aix-en-Provence. Émilie Aubert, sa mère, totalement démunie, s'occupe de l’orphelin avec la grand-mère de l’enfant, Henriette Aubert. Restée proche de son fils jusqu’à sa mort en 1880, elle a fortement influencé son œuvre et sa vie quotidienne.
Au collège à Aix-en-Provence, il se lie d'amitié avec Jean-Baptistin Baille[N 2],[3] et surtout Paul Cézanne qui reste son ami proche jusqu'en 1886. Ce dernier l'initie aux arts graphiques, et plus particulièrement à la peinture.
Dès sa prime jeunesse, Émile Zola est passionné par la littérature. Il accumule les lectures et conçoit très tôt le projet d'écrire à titre professionnel et considère dès son plus jeune âge l'écriture comme sa véritable vocation. En sixième, il rédige déjà un roman sur les croisades[4]. Ses amis d'enfance Paul Cézanne et Jean-Baptistin Baille sont ses premiers lecteurs. Il leur affirme plusieurs fois, dans ses échanges épistolaires, qu'il sera un jour un écrivain reconnu[5]. L'histoire lui rendra raison.
Émile Zola quitte Aix en 1858 et rejoint sa mère à Paris, pour y vivre dans des conditions matérielles et psychologiques misérables. Mais petit à petit, Zola se constitue un petit cercle d'amis, majoritairement aixois d'origine[N 3]. Installé à Paris, il complète sa culture humaniste en lisant Molière, Montaigne et Shakespeare, mais pas encore Balzac qui ne l'inspirera que plus tardivement. Il est aussi influencé par des auteurs contemporains, comme Jules Michelet, source de ses inspirations scientifiques et médicales[N 4].
Émile Zola est recalé par deux fois au baccalauréat ès sciences en 1859. Ces échecs marquent profondément le jeune homme qui désespère d'avoir déçu sa mère. Il est aussi conscient d'aller au devant de graves difficultés matérielles, sans diplôme et sans formation.
C'est une période où le jeune homme s'éveille à la vie sentimentale. Le premier amour de Zola s'appelle Berthe[6]. Le jeune homme la surnomme lui-même « une fille à parties », une prostituée dont il s'est entiché pendant l'hiver 1860-1861. Il conçoit le projet de « la sortir du ruisseau », en essayant de lui redonner goût au travail, mais cet idéalisme se heurte aux dures réalités des bas quartiers parisiens. Il tire toutefois de cet échec la substance de son premier roman, Les confessions de Claude.
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D'autres passions s'expriment à ce moment de sa vie. En effet, le monde de la peinture fascine Zola, très proche du mouvement impressionniste, avec des peintres qu'il a sans cesse défendus dans ses chroniques. Il gagne l'amitié d'Édouard Manet qui le représente plusieurs fois dans ses œuvres ; grâce à lui, Zola fait la connaissance de Stéphane Mallarmé. Il est proche aussi de Camille Pissarro, Auguste Renoir, Alfred Sisley et Johan Barthold Jongkind. Paul Cézanne, son ami d'enfance, tient évidemment une place à part. Pendant des dizaines d'années, le peintre et l'écrivain se côtoient, échangent une correspondance riche et s'entraident même financièrement. Mais avec le temps, et surtout la publication de L’Œuvre, roman dans lequel l'artiste croit se reconnaître dans le personnage du peintre raté Claude Lantier, leur amitié s'éteint. Il adresse sa dernière lettre à l'écrivain en 1886, et ils ne se reverront jamais plus.
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Ayant échoué au baccalauréat, Émile Zola affronte sans qualification le marché du travail et entre comme employé aux écritures aux Docks de la douane en avril 1860. Insatisfait, il démissionne au bout de deux mois et connaît une longue période sans emploi, difficile moralement et financièrement, jusqu'au moment où il parvient à entrer en contact avec Louis Hachette, qui l'embauche comme commis dans sa librairie le 1er mars 1862. Il est naturalisé français le 31 octobre 1862. Apprécié et multipliant les contacts avec le monde littéraire, il reste quatre ans au service de publicité chez Hachette où il occupe finalement un emploi équivalent à nos attachés de presse modernes.[7]
À la librairie Hachette, l'idéologie positiviste et anticléricale le marque profondément et il y apprend toutes les techniques du livre et de sa commercialisation. Travaillant avec acharnement pendant ses loisirs, il parvient à faire publier ses premiers articles et son premier livre, édité par Hetzel : Les contes à Ninon.
À la fin de 1864, Zola fait la connaissance d'Éléonore-Alexandrine Meley, qui se fait appeler Gabrielle. Ce prénom aurait été celui de sa fille naturelle, qu'à dix-sept ans elle a été forcée d'abandonner à l'Assistance publique. Lourd secret qu'elle révéla certainement à Zola après leur mariage[N 5],[8]. Née le 23 mars 1839 à Paris, Alexandrine est la fille d'une petite marchande de dix-sept ans et d'un ouvrier typographe, né à Rouen. L'écrivain consacre un portrait à sa nouvelle conquête, « L'amour sous les toits », dans Le Petit Journal[N 6],[9].
On ne connaît pas l'origine de cette liaison. Peut-être est-ce le fait du hasard, puisque Émile et Alexandrine habitaient tous deux les hauts de la montagne Sainte-Geneviève[N 7]. Des rumeurs font état d'une liaison préalable avec Paul Cézanne et du fait qu'elle ait pu être modèle pour le groupe de peintres que Zola fréquente, ou encore d'une relation avec un étudiant en médecine[10]. Mais aucune preuve ne justifie ces affirmations.
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Dès 1863, Zola collabore épisodiquement, puis régulièrement à partir de 1866 aux rubriques de critique littéraire et artistique de différents journaux. Les quotidiens permettent au jeune homme de publier rapidement ses textes et ainsi, de démontrer ses qualités d'écrivain à un large public. C'est pour lui, « un levier puissant qui [lui] permet de [se] faire connaître et d'augmenter [ses] rentes[11] ».
Il bénéficie de l'essor formidable de la presse de la seconde moitié du XIXe siècle qui assure l'émergence immédiate de nouvelles plumes[12]. À tous les apprentis romanciers lui demandant conseil, et jusqu'aux derniers jours de sa vie, l'écrivain propose de marcher sur ses pas, en écrivant d'abord dans les journaux.
Il fait ses débuts véritables dans des journaux du Nord de la France[N 8], opposants du second Empire. Zola met à profit sa connaissance des mondes littéraire et artistique pour rédiger des articles de critique, ce qui lui réussit. Dès 1866, à 26 ans, il tient les deux chroniques dans le journal L'Événement. À L'Illustration, il donne deux contes qui rencontrent un certain succès. Dès lors, ses contributions sont de plus en plus nombreuses : plusieurs centaines d'articles dans des revues et journaux très variés. On peut citer les principaux : L'Événement et L'Événement Illustré, La Cloche, Le Figaro, Le Voltaire, Le Sémaphore de Marseille et Le Bien public à Dijon[13].
Outre la critique (littéraire, artistique ou dramatique), Zola a publié dans la presse une centaine de contes et tous ses romans en feuilletons. Il pratiquait un journalisme polémique, dans lequel il affichait ses haines, mais aussi ses goûts, mettant en avant ses positions esthétiques, mais aussi politiques. Il maîtrise parfaitement ses interventions journalistiques, utilisant la presse comme un outil de promotion de son œuvre littéraire. Pour ses premiers ouvrages, il a en effet rédigé des compte-rendus prêts à l'emploi qu'il a adressés personnellement à toute la critique littéraire parisienne, obtenant en retour de nombreux articles[14].
À partir de 1865, Zola quitte sa mère et emménage avec sa compagne dans le quartier des Batignolles, sur la rive droite, à proximité du faubourg Montmartre, le secteur où se situent les principaux organes de presse. Les réticences de Mme Zola mère[N 9] retardent de cinq ans l'officialisation de cette liaison. C'est aussi une période de vaches maigres, pendant laquelle Alexandrine effectue de menus travaux afin que le couple puisse joindre les deux bouts[N 10].
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