Centre-ville reconstruit du Havre.
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| Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret* Patrimoine mondial de l'UNESCO | |
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| Vue partielle du centre-ville reconstruit. | |
| Coordonnées | |
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| Région** | Europe et Amérique du Nord |
| Type | Culturel |
| Critères | (ii)(iv) |
| Superficie | 133 ha |
| Numéro d'identification | 1181 |
| Année d’inscription | 2005 (29esession) |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification géographique UNESCO | |
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- « Ce que je veux, c’est faire quelque chose de neuf et de durable. »
- Auguste Perret, octobre 1945[1]
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Inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO en 2005, le Centre-ville reconstruit du Havre (1945 - 1964) est l'œuvre de l'architecte Auguste Perret (12 février 1874 - 25 février 1954) qui se vit confier par le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, la réédification de la ville du Havre après sa destruction à la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’une superficie totale proche de 150 hectares, cet ensemble - comprenant plus de 12 000 logements et de nombreux bâtiments civils, commerciaux, administratifs ou religieux- est l’un des plus cohérents de l’architecture moderne du milieu du XXe siècle, suivant les principes de l’École classicisme structurel, terminologie de Joseph Abram[2] désignant les théories portées par les membres de l’"Atelier de reconstruction du Havre" réunis autour d'Auguste Perret.
Après une période d’oubli, ce centre moderne intègre désormais de nombreuses mesures patrimoniales : inventaire[3], protection (ZPPAUP[4]) et sensibilisation (visites-conférences). Depuis 2002, des visites de la ville sont organisées par un service municipal spécifique (Ville d’art et d’histoire) qui met également à disposition une exposition et un appartement témoin Perret restauré à l’identique.
Les origines du projet
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le port du Havre fut utilisé par l'armée britannique pour ravitailler ses troupes. Les Allemands commencèrent donc à bombarder la ville en mai 1940 pour que les Britanniques la quittent. Après le « traité de paix », elle fut occupée par les Allemands qui préparèrent une attaque contre le Royaume-Uni[5], ce qui donna lieu à de nouvelles destructions. Mais les dommages les plus importants survinrent les 5 et 6 septembre 1944, l'objectif étant de faciliter le ravitaillement et la progression des troupes alliées débarquées trois mois plus tôt en Normandie[6], lorsque les Britanniques détruisirent presque complétement le centre-ville et le port pour affaiblir l'occupant nazi[7].
La « Libération » eut un goût très amer pour les Havrais et marqua durablement la mémoire collective. Proie incessante des bombardements alliés jusqu'en septembre 1944, le bilan établi en 1945 s’avère extrêmement lourd : le centre-ville n’est plus qu’un gigantesque champ de ruines et la ville devient l'une des plus sinistrées d'Europe avec 5 000 morts, 80 000 sinistrés (dont 40 000 sans-abris) et 12 500 immeubles détruits[8].
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Au printemps 1945, Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, confie le projet de reconstruction du centre-ville du Havre à l'atelier d'Auguste Perret, « seul architecte pouvant se prévaloir en France d'un atelier organisé ». En 1945, l'Atelier de Reconstruction du Havre est constitué et comprend, outre Auguste Perret, dix-huit architectes-collaborateurs[9]. L’Atelier Perret ne songe pas à reconstituer la ville ancienne mais plutôt à appliquer à la lettre leurs théories pour édifier une ville neuve, symbole d’une France renaissante. Entièrement rebâti en béton armé, Le Havre fait alors l'objet d'une expérience de reconstruction unique en son genre par son étendue, les procédés urbanistiques (remembrement, copropriété) , la cohérence constructive et les techniques de préfabrication (lourdes ou structurelles).
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Si, au début du XXe siècle, Auguste Perret veut réaliser la « Ville Future » qu'il imagine « en bord de mer » ou le long « d'un grand fleuve », constituée de gratte-ciels et de jardins suspendus, son ambition pour Le Havre sera relativement différente, admettant en 1945 : « J’ai, étant jeune, préconisé, chanté la maison-tour. J’ai, depuis, changé d’avis. Quand on loge au 12ème ou au 15ème étage, on se sent d’abord exalté, puis accablé de solitude. On s’ennuie à mourir. L’homme a besoin de garder contact avec le sol. C’est pourquoi je ne bâtirais pas de maisons ayant plus de quatre étages. Quatre étages sans ascenseur, cela se monte très facilement »[10]. Ces propos concernent le logement mais celui-ci n’exclut pas une seconde échelle, plus monumentale : « Je vois "un front de mer" qui regrouperait tous les monuments de la ville et escorterait les navires jusqu’à leur entrée au port. De hautes tours abriteraient les bureaux des grandes compagnies de navigation, des négociants, des industriels. Elles s’élèveraient bien au-dessus des maisons de la ville, qui ne dépasseraient pas 5 ou 6 étages. »[11].
Si le frottement aux réalités va conduire son projet sur des conceptions plus souples, la ville n’en gardera pas moins les traces de ces premières idées. La majorité des habitations (les « maisons ») sont de faible hauteur, suivant des gabarits dictés par l’histoire (trois étages sur entresol, cf. Haussmann), offrant des perspectives humaines, « banales » pour reprendre le mot du maître. Sur un autre plan, elle va conserver une échelle monumentale faite de tours-repères servant de signaux urbains et dégageant quelques perspectives magistrales pour montrer aux voyageurs des grands paquebots que « nous avons toujours le sens de la grandeur et de la beauté »[12].
Une échelle monumentale
Poursuivant les idées exprimées par Auguste Perret, les architectes de son atelier vont établir un concours interne pour ouvrir différentes possibilités concernant le plan d’ensemble : en juillet 1945, ceux-ci font différentes propositions où l'ancienne trame de la ville n'est presque plus visible[13]. Cependant le plan dit définitif - signé par Auguste Perret et adopté en janvier 1946 - est plus ouvert au compromis : sans perdre toute la dimension utopique des précédentes propositions, il va choisir de conserver l’agencement de la ville d’avant-guerre avec ses grands axes et leurs usages[14]. Ce principe va s’étendre aux commerces et aux rues secondaires qui retrouvent approximativement leur place suivant une logique rationnelle que Jacques Tournant résume ainsi : «1°- sauf si certains centre commerciaux sont globalement déplacés, les boutiques doivent être reconstituées le plus près possible de leur ancien emplacement et dans des conditions qui permettent la bonne exploitation ;
2°- les habitations peuvent être plus facilement déplacées. Les densités admissibles et l’exposition en conditionneront la nouvelle disposition ;
3°- l’angle droit est générateur d’économie en construction. Il permet l’établissement de plans d’appartement meilleurs ;
4°- le commerce s’attache à la voie de passage, l’habitation a souvent intérêt à s’en éloigner. » [15]
Si le centre-ville du Havre retrouve ses rues et ses monuments, il s’inscrit désormais dans un plan devenu orthogonal : une trame géométrique où les axes se coupent à angle droit, suivant un urbanisme « rationnel » que l’on peut également comparer aux villes de l'Antiquité (plan dit hippodamien)[16] mais aussi aux centres-villes nord-américains[17]. La trame du Havre est partiellement contrariée par les rares monuments ayant subsisté après les bombardements (cathédrale Notre-Dame, Muséum d'histoire naturelle) et par un quartier historique réédifié dans un style dit régionaliste (Saint-François).
Les artères principales redessinent les trois axes majeurs de la ville détruite (Triangle monumental). Cherchant à réintroduire leurs usages d’avant-guerre, Auguste Perret s’assure du fonctionnement de ses modèles avant d’en faire la transcription : il prend donc pour exemples les grandes réalisations nationales, adaptant chaque gabarit à une fonction précise[18], tout comme il va s’inspirer des grandes places royales pour dessiner celle de l’hôtel de ville.
D’orientation nord-sud, la rue de Paris relie l'hôtel de ville (au nord) au front de mer sud (ancien terminal de paquebots). Pour cette ancienne rue commerçante[19], Auguste Perret travaille dès 1945 sur une typologie d’immeubles qui devait définir l’ensemble de la reconstruction de la ville (suivant le modèle des I.S.A.I. édifiés dans sa section nord entre 1947 et 1950). Prenant pour modèle la rue de Rivoli à Paris, l'artère est bordée au rez-de-chaussée et à l'entresol par des commerces, protégés sous une galerie-portique semi-ouverte en retrait d’une colonnade, l’ensemble est rehaussé par trois étages d'habitations. Tout au long de cette rue, une quarantaine d'architectes participent à la réalisation des îlots dans les années 1950 en respectant les principes définis par Perret mais en apportant chacun quelques variations de « vocabulaire ».
D'orientation est-ouest, elle prolonge le boulevard de Strasbourg en partant de l’hôtel de ville (à l’est) pour arriver à la Porte Océane (à l’ouest).
Comparable par ses dimensions aux avenues Foch et des Champs-Élysées à Paris, elle est l'une des avenues les plus larges d'Europe. Boulevard initialement créé sous le Second Empire à l’emplacement de la zone non constructible des fortifications, l’avenue Foch est aujourd’hui constituée d'un axe central et de deux doubles contre-allées longeant des commerces, des bureaux, un cinéma et de nombreux logements de haut standing. La majorité des immeubles qui la borde a été achevée en 1954 et comporte cinq à six étages. Les façades sont agrémentées de bas-reliefs rendant hommage aux personnages marquants du Havre d'avant-guerre (« gloires du Havre »).
Il relie obliquement la Porte Océane (au nord-ouest) au Front de mer sud (au sud-est). Exception à la règle orthonormée, le boulevard François Ier forme une diagonale séparant nettement le centre-ville du front de mer ouest alors consacré à la construction navale (emplacement actuel de la Résidence de France). Il est bordé sur un côté par des îlots où les bâtiments se positionnent en redent, laissant place à de petits jardins triangulaires. L’autre rive, construite plus tardivement, est constituée d’une barre quasi continue de logements à vocation sociale devant théoriquement isoler la ville des vents de mer dominants venant de l’ouest[20].
Une ville modèle
Si la rue conserve son statut historique, la reconstruction est également animée par l’esprit du progrès appliqué à la ville où les habitants réclament désormais « leur droit au calme, à l’air, au soleil, à l’espace »[21]. Les outils mis en œuvre pour le confort des habitants suivront donc plusieurs logiques : celle de la modernisation (standardisation, préfabrication) mais aussi celle d’une cohérence paysagère dictée par l’utilisation d’une même méthode constructive (ossaturisme) suivant rigoureusement un trame et un vocabulaire architectural précis.
D'un point de vue d’ensemble, le plan en damier du Havre permet des alignements de façade, des tracés rectilignes aérés et lumineux, une organisation rationnelle de l'espace. Dans le projet dit définitif s’ajoute le choix d’un module harmonisant l’espace depuis l’échelle urbaine (trame) jusqu’au moindre parpaing (standard).
L’utilisation symbolique de cette base de 6,24 m correspond à la portée optimale pour une poutre de béton armé à cette époque, elle est également aisément divisible ( 6 x 2 x 4 ) x 13). En générant des proportions précises (1/6 et 1/4, 1/3, 1/2), elle place l’harmonie au cœur même de la standardisation. Les architectes ne semblent pourtant pas avoir explicité les propriétés mathématiques et symboliques de ce nombre (comme l’harmonie 1/4+1/3+1/2 ou la division de 624 par 6x2x4), préférant mettre en avant des arguments pratiques : « La construction n’a pas été laissée au hasard, et l’adoption d’un module – ou trame – de 6,24 m qui se trouve dans toute la ville neuve assure son unité profonde […]. Cette trame dans laquelle peuvent être installées deux pièces d’habitation […] est non seulement en accord avec l’Économie au sens le plus élevé du mot, mais c’est aussi – et l’on s’en aperçoit sans cesse – un très réel facteur d’économie »[22].
Parallèlement à l’élaboration des aphorismes qu'il publie sous forme de traité-recueil en 1952, Auguste Perret creuse la notion même de langage au sein de la construction, élaborant un vocabulaire parfois traditionnel (porte-fenêtre) parfois nouveaux et exotique (claustra[23]). Des mots imbriqués, neutralisés, qu’il inscrit dans une structure primaire : la charpente de béton armé.
- Les niveaux sont ordonnés suivant des rythmes classiques :
- soubassement : deux premiers niveaux
- développement : étage dit noble avec balcon filant servant à abriter la circulation des piétons, suivi de deux étages carrés, parfois dotés d’un balcon filant étroit au dernier étage
- couronnement : étage supérieur en retrait, entablement corniche
- toiture terrasse[24]
- Le vocabulaire architectural :
- structure apparente : colonnes, pilastres, chapiteaux, poutres ou chaînages
- remplissages : trumeaux, claustras, « fenêtres en hauteur » (portes-fenêtres)
- rythme : entablements, corniches
- volumes : balcons, loggias, galeries sous portique.
- Le matériau :
- béton armé (constituants : graviers de Seine, grès rose, quartzite blanche, brique concassée)
- finitions des surfaces : bouchardage, lavage, polissage, brut de décoffrage
- quelques bâtiments en briques (Saint François), pierre reconstituée ou pierre de taille
La plupart des biens reconstruits dans le centre sont soit des propriétés publiques, soit des « copropriétés », un concept novateur pour l'époque qui va être étendu à l’ensemble de la ville reconstruite[25]. Disposant de 20% de logements sociaux (proches ou intégrant les normes H.L.M.), la grande majorité des logements est conçue pour des classes moyennes, sans domestique[26]. L'espace intérieur, très lumineux (les « fenêtres en hauteur » laissent pénétrer la lumière dans le salon, la cuisine et les chambres), est distribué de façon optimale. Ces immeubles sont équipés pour la majorité de chauffages collectifs (circuit d’eau ou air pulsé), placards encastrés, vide-ordures, garages à vélos et voitures d'enfant, caves en sous-sol, garages à automobiles, isolations thermique et phonique, ascenseurs au-delà de quatre étages...
Les Immeubles sans Affectation Individuelle (ou Immédiate), les I.S.A.I., préfinancés par l’État et dessiné d’après un concours interne dans l’Atelier Perret (1945-1946), servirent de modèle à l'ensemble de la reconstruction (définition de la trame, des méthodes constructives, des plans intérieurs, etc.). Réalisés entre 1947 et 1950, ces 350 logements s’agencent à la manière d’une grande place royale se déployant symétriquement autour de la place de l’hôtel de ville pour former des îlots ouverts constitués en réalité d’un agencement très rationnel de barres de quatre étages et de six tours de dix étages que l’on percevait alors comme les premiers « buildings » français[27]. Situé dans les I.S.A.I. et ouvert en mars 2006, l’appartement témoin Perret est un musée de la Ville du Havre consacré à l’architecture intérieure, ainsi qu’à l’ameublement et à la vie quotidienne dans la première moitié des années 1950.
Lieux majeurs du centre reconstruit
Exception faite de l’église Saint-Joseph - véritable phare au milieu de la ville - les ensembles monumentaux se situent aux extrémités du « triangle monumental » structurant le plan d’ensemble de la reconstruction. Leur dessin a fait l’objet d’une attention toute particulière d’Auguste Perret.
Considérée comme une architecture majeure du XXe siècle, l'Église Saint-Joseph est le dernier manifeste d'Auguste Perret. Imaginée sur la base du projet parisien de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc (1924), l’église reconstruite - dessinée de sa main - fut conçue à la fois comme un sanctuaire dédié au culte et un monument honorant la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux débutèrent fin 1951 pour se terminer en décembre 1956 avec l'achèvement de la tour. La réalisation de l'édifice fut confiée à Raymond Audigier. À la mort d'Auguste Perret, en 1954, l'église fut terminée par Georges Brochard qui tenta de traduire ce que désirait son maître pour la forme du clocher. Elle est inaugurée en juin 1957 et consacrée en 1964.
L'église dispose d’une tour-clocher octogonale atteignant 110 mètres de hauteur et reposant sur un socle carré légèrement étendu vers l’avant (entrée ouest) et l’arrière (chapelle, sacristies). Le plan centré anticipe les réformes de Vatican II. Perceptible de l’extérieur, la structure se dévoile en entrant dans l’édifice : quatre pans de la tour octogonale sont déportés vers des bracons reposant sur une série de quatre fois quatre piliers maintenus par des croix de Saint-André. Le ceinturage de l’ensemble est assuré par un béton précontraint, première utilisation de cette technique en dehors des ouvrages d’arts (ponts). La tour-lanterne fait entrer la lumière dans l'édifice grâce à des vitraux multicolores conçus par la « spatiocoloriste » et maître verrier Marguerite Huré.
Premier édifice moderne à faire l’objet d’une protection patrimoniale, l’église Saint-Joseph sera inscrite au titre de la loi sur les monuments historiques en 1965. En 1997, elle est parée d'un habillage lumineux, puis d'importants travaux de restauration sont entrepris entre 2003 et 2005. La tribune a été dotée d’un orgue à tuyaux, inauguré le 25 septembre 2005[28].
Œuvre des architectes Auguste Perret et Jacques Tournant, l'hôtel de ville est inauguré en 1958. Le premier pieu du corps central est coulé en 1953, la tour de 18 étages et 72 mètres de haut évoquant initialement un beffroi est commencée en 1954. Le théâtre attenant est inauguré en octobre 1967. L'extension sur la façade nord de l'édifice, indispensable mais esthétiquement discutable, date de 1987. Comme tous le édifices majeurs, l’hôtel de ville retrouve approximativement sa position d’avant-guerre. Situé dans la perspective d’une vaste place, le bâtiment établit une dialectique entre deux unités : une tour abritant les bureaux administratifs et un bâtiment en longueur rythmé par une imposante colonnade dans lequel se placent des fonctions de « réception » comme les grands salons. Un vaste escalier part du rez-de-chaussée pour se diviser en deux volées distribuant l’étage noble. Tel un « abri souverain » la colonnade soutient totalement la charge du toit terrasse qui abrite une structure secondaire supportant les planchers et de vastes baies vitrées.
Le jardin de la partie sud de la place de l'hôtel de ville a été dessiné personnellement par Perret. Cette immense place[29] a été transformée en 1990 : rétrécissement du boulevard qui la divisait en couloir de bus, création d'un parking souterrain, ajout de fontaines, d'arbres et de treillages en bois exotique, agrandissement des pelouses et des espaces fleuris.
Sortant des plans de l'Atelier de Reconstruction Perret en 1950, cette place s'inspire du projet de la Porte Maillot à Paris qu’Auguste Perret présente en 1930. La partie nord, construite par Jacques Poirrier de 1951 à 1953, a bénéficié de techniques de préfabrication étendue grâce à un usinage complet des structures et des remplissages (système Monod). La partie sud a été construite par André Hermant de 1951 à 1956 à l’aide de la technique plus traditionnelle du coffrage en bois pour les structures.
Seul point de jonction entre la ville reconstruite et la mer, la Porte Océane forme un décor monumental et représente de manière symbolique la porte de la cité évoquée par Édouard Herriot, laissant entrevoir aux Havrais se promenant sur l’avenue Foch le passage des grands paquebots. Il s'agit d'un ensemble constitué de deux tours jumelles de 13 étages, hautes de 47,50 mètres, et de deux immeubles bas, situés à l'extrémité de l'avenue Foch. Inscrites sur cette prestigieuse avenue et disposant d’une vue sur mer, les 256 logements disposent de grandes surfaces et d’équipements soignés (par exemple, un chauffage collectif réglable individuellement).
La réalisation d’un front de mer sud monumental apparaît dans les premiers projets de 1945. Il a finalement été réalisé par une trentaine d’architectes proches de Perret dirigés par Pierre-Edouard Lambert, il est intégré au programme national de construction du « Secteur industrialisé » (24 mai 1951) et échappe ainsi aux exigences du permis de construire. Constitué de 1127 logements, situés en bas des normes H.L.M. (ainsi les plafonds sont abaissés sous 2,5 m), ce groupe d’habitations a été imaginé d’un seul tenant. Premier en France à dépasser les mille unités, il peut être considéré comme le premier grand ensemble, à condition de ne pas tenir compte de son inscription urbaine et de ses gabarits classiques. Outre des normes sociales spécifiques, l’ordre architectural choisi reste celui du monumental : situé sur un Front de mer attenant à l’entrée de port, il joue un rôle déterminant dans la perspective de la ville vue depuis les grands transatlantiques (les deux tours décalées et les bâtiments bas en redents figurent une anamorphose de la Porte Océane).
Anciennement Lycée de jeunes filles, Pierre-Edouard Lambert a édifié ici, entre 1950 et 1956, le premier établissement scolaire de la reconstruction.
Architecturalement traité comme un monument évoquant même quelques grands chantiers d’Auguste Perret (Palais d’Iéna), il s’organise autour d’une vaste cour protégée des vents dominants par le bâtiment central abritant des salles de classe amplement éclairées (fenêtres à l’est). Il a bénéficié d'une restauration complète et, au nord, une extension récente a été intégrée au bâtiment d'origine (Pierre Dubus, 2004).
Situé entre le Bassin du commerce et la place Jules Ferry, l’ancien palais de la bourse puis chambre de commerce, est un bâtiment majestueux créé par l'architecte Othello Zavaroni (1953) et inauguré le 22 juillet 1957. Entièrement réhabilité en casino (depuis le 1er juin 2006), il a pratiquement conservé son aspect extérieur originel. Célèbre enseignant en architecture, Zavaroni décline ici un éclectisme « beaux-arts » moderne au vocabulaire proche de Perret revisité suivant les critères modernistes (claustras) sur fond d’ordonnancement classique (colonnade, abri souverain) assez strict mais efficace. L'intérieur a été profondément modifié, les deux fresques monumentales (dont une visible depuis la place Jules Ferry) ont été conservées. Les 12 000 m² accueillent aujourd'hui un ensemble comprenant casino, restaurants, salle de spectacle modulable de 500 places, bars, centre de remise en forme avec patio à ciel ouvert, hôtel et salles de réception. La place Jules-Ferry, dotée à présent d'un bel aménagement paysager démode définitivement le square Erignac voisin. Vieillot et cloisonné, il bouche malheureusement la vue du casino depuis le boulevard de Strasbourg et forme une barrière sur le chemin du centre commercial Coty. L'accès depuis la zone piétonne semble à présent demander de sérieux aménagements.
Construit par Alexandre Franche, Henri Vernot et Noël Boucher, architectes havrais, le grand magasin « Le Printemps » diffère des autres bâtiments de la reconstruction car il a été dessiné en courbe. Il était à l'époque presque complètement vitré, ce qui le rendait transparent, lumineux et très esthétique. Il n'a malheureusement pas bénéficié d'une restauration extérieure digne de ce nom, les vitrages des étages étant occultés ainsi que certaines vitrines (également plus petites qu'à l'origine).
L’ E.S.C. est un bâtiment d'angle aux colonnes majestueuses fidèle à l'esprit de l'atelier Perret, il a été conçu par l'architecte Robert Royon (1954). L'immense quadrillage vitré laissait apparaître un imposant escalier hélicoïdal jusqu'en 1993, année où il fut sacrifié pour étendre la superficie des étages.
Le Musée des Beaux-Arts André Malraux[30], réalisé de 1959 à 1961 par Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic et Raymond Audigier.
C’est le premier musée de France à être reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment se présente comme une élégante boîte de verre, d’aluminium et d’acier. La lumière, filtrée par des brise-soleil (paralumes de Jean Prouvé), pénètre de tous les côtés. Le musée des beaux arts, à l'intérieur totalement modulable, fut mis en service en 1961. Inauguré par André Malraux, le musée abritait la première Maison de la Culture de France (jusqu’en 1967 où celle-ci sera transférée au Théâtre de l'Hôtel de Ville puis au Volcan, espace Oscar Niemeyer, depuis sa construction).
Elle est formée de deux bâtiments perpendiculaires : les salles de lecture et les réserves. Le toit du bâtiment principal, à l'instar de l'église Saint-Michel, évoque un livre ouvert. Architectes : Jacques Tournant et Jacques Lamy (1963).
La reconstruction de l'église Saint-Michel (1960-1964) fut confiée à Henri Colboc, un des architectes locaux actifs dans la reconstruction du Havre.
La forme de la toiture représente une bible ouverte et l’entrée est surmontée par une gigantesque croix en teck. Pas de clocher, mais un campanile de 42 mètres de haut, séparé de l'église, évoquant un cierge. La restauration de l'ensemble est entamée en 2007, le bâtiment est aujourd'hui mis en valeur la nuit par une lumière discrète et soignée. Intérieur : vaste halle carrée, l’église comprend des chapelles latérales hors-œuvre, un éclairage doux assuré par des bandeaux de vitraux aux tons marrons situés en hauteur et au-dessus du portail d’entrée. Mobilier : une vierge en métal galvanisé provenant de l’église détruite par les bombardements, une importante tapisserie réalisée par les paroissiens, un mobilier en teck massif très robuste[31].
- Polyclinique François Ier, Paul Nelson, 1950
- Nouvelles Galeries havraises, Charles Frabre et Jean Le Soudier, 1951-1954
- Hôtel de Normandie, Jacques Poirrier, Henri Daigue et Robert Royon, 1948-1951
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Bâtie dans une parcelle de cinq hectares située sur l’ancien emplacement des chantiers navals à partir de 1966 (2ème tranche terminée en 1985), son architecture est due à Georges Candilis et à un architecte local (Jacques Lamy).
L’ensemble[32] forme une « mégastructure » directement inspirée par les dernières théories du Mouvement moderne pendant son dernier congrès[33]. Georges Candilis reprend les plans déjà réalisés avec Alexis Josic et Shadrach Woods au Mirail à Toulouse (1961). Totalement indépendante du reste de la ville, la mégastructure définit une trame hexagonale (en nid d’abeille) avec des élévations en gradins de 6, 8, 10 et 12 étages, elle comprend des galeries internes et de nombreux passages entre les différents volumes. Intérieurs : l’immeuble est épais (14,70 mètres, balcons non compris) et les appartements (environ 1 200) sont traversants, leur distribution est déterminée par la position centrale des lieux d’hygiène et des dégagements qui séparent totalement les « espaces nuit » (chambres, salles de bains, WC) et les « espaces jour » (cuisine, séjour, salle).
Réalisé par Oscar Niemeyer entre 1978 et 1982, sur l'ancienne place Gambetta qui accueillait avant la Seconde Guerre mondiale le Grand Théâtre, l’espace culturel du Volcan comprend un théâtre (Scène nationale), une salle polyvalente (le Petit Volcan), un cinéma d’art et d’essai et diverses pièces (studios d'enregistrement, bureaux...). Suivant la voie du formalisme blanc de Le Corbusier, Oscar Niemeyer réalise au cœur de la ville une importante forme libre comprenant deux grands volumes hyperboliques - plus ou moins dissymétriques - plongés dans une agora et placée dans un creux accessible par un escalier ou des rampes [34], dont une est hélicoïdale. À l'intérieur, les murs sont en béton brut de décoffrage. L’accueil du théâtre, le grand foyer avec murs en pente et fenêtres en meurtrière, le foyer des artistes, ont conservé leur aménagement d’époque (banque d’accueil et bar en béton, moquette mauve, fauteuils et tables d’Oscar Niemeyer, luminaires globes en grappes). L'état de l'extérieur du bâtiment, des abords et des aménagements est assez mauvais.
- Passerelle du bassin du Commerce, Guillaume Gillet, 1969.
L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO
Au sein même de l’histoire de l’architecture, il faut constater qu’à l’enthousiasme des premières publications suivant la réalisation de la ville[35] succède une longue période d’oubli pendant laquelle son intérêt exceptionnel sera nié ou négligé. Il faut attendre les années 1990 pour qu’elle éveille l’intérêt, grâce au travail de Joseph Abram. Cette recherche novatrice est rapidement comprise par la Ville[36], elle sera suivie par les mesures de protection et de valorisation déjà citées. L'inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l’UNESCO apparaît aussi comme le point d’orgue d’un long travail de réappropriation et de redécouverte, un demi-siècle après la reconstruction.
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La candidature du Havre à l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial n’était pas implicite car l'œuvre d'Auguste Perret reste contestée dans des travaux encore récents, et l'UNESCO n'a pas pour habitude de classer des sites contemporains. La candidature présentée au comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a été initié en décembre 2002 par une visite des experts de l’architecture de DOCOMOMO-France (Fabienne Chevallier[37]) puis par les premières démarches administratives de l’universitaire Joseph Abram[38]). L’élaboration du dossier de candidature présenté à l’UNESCO a eu lieu en 2003 sous la direction d’un comité de pilotage [39] et d’un comité scientifique et technique[40] aidé par différents services de la Ville du Havre (Service urbanisme et prospective, Service SIGU, Service Ville d’art et d’histoire). Le projet résultat répondait à deux critères d'admission fixés par l’Organisation[41] :
- Critère (ii) : Le plan de reconstruction d’après-guerre du Havre est un exemple exceptionnel et une étape importante de l’intégration des traditions urbanistiques à une mise en œuvre pionnière des développements modernes qui se sont produits dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.
- Critère (iv) : Le Havre est un exemple d’après-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basé sur l’unité de la méthodologie et sur le système de la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame à module et l’exploitation novatrice des potentiels du béton.
Il a reçu le soutien du conseil général de la Seine-Maritime[42]. Présenté par le maire de la ville et Joseph Abram, le dossier a d'abord dû être sélectionné au niveau français et se trouvait alors en concurrence avec d'autres candidatures (Parc national des Cévennes, rives de la Gironde, barrière de corail de Nouvelle-Calédonie).
L'UNESCO a inscrit le centre-ville du Havre le 15 juillet 2005 au patrimoine mondial de l'humanité sur la base des deux critères précités, saluant l'« exploitation novatrice du potentiel du béton ». L'espace de 133 hectares représentant selon l'UNESCO "un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre" est un des rares sites contemporains inscrits en Europe, rejoignant le Parc Güell à Barcelone, les maisons Art nouveau de Victor Horta en Belgique ou encore les anciennes aciéries de Völklingen en Allemagne.
Citation du maire du Havre, Antoine Rufenacht après l'inscription : La modernité du Havre, insufflée par Auguste Perret au lendemain de la guerre, devient désormais une composante assumée de l'identité havraise. Elle doit constituer le socle du nouveau rayonnement de la ville.
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Hergé (5 & fin).
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Quand certains le comparent à Georges Simenon[N 21], d'autres jugent qu'Hergé n'était pas un collaborateur ni un antisémite mais simplement un homme de son époque et que Tintin n'est pas une exception. Par exemple, ils avancent que Jacques Martin, le futur père d'Alix, fut un « produit de Vichy » en participant aux « Chantiers de la Jeunesse » du maréchal Pétain entre 1941 et 1943[176]. Finalement, s'interroge Pierre Béguin, Hergé est-il « considéré comme raciste parce qu'il a dessiné des Japonais fourbes ? Non. L'est-il pour avoir réduit Chicago à une ville de gangsters et représenté les Américains comme des affairistes sans scrupules ? Non. L'est-il pour avoir limité sa vision de l'Amérique latine à des bandes de révolutionnaires sanguinaires et avisés ? »[177] D'ailleurs, concernant Tintin au Congo, les Congolais actuels préfèrent en sourire au point de faire de Tintin une icône : « Faux ! Tintin n'était pas raciste, seulement un peu paternaliste ! Comme tous les blancs de l'époque (…). Il montre bien les méfaits de la colonisation, le côté négatif des Blancs, leurs magouilles… Les aventures du petit reporter nous ont permis de sortir de notre isolement (…) »[178]
Mais Hergé c'est aussi une période un peu plus sombre. Un jour, sous l'Occupation, le dessinateur reçoit une lettre d'un lecteur :
« Permettez Monsieur, un père de famille nombreuse de vous dire sa tristesse et sa déconvenue de voir Tintin et Milou paraître dans le Nouveau Soir. En marge de vos amusants dessins, on leur infiltrera le venin de la religion néopaïenne d'outre-Rhin. Si vous le pouvez encore faites machine arrière. Excusez de ne pas signer mais les temps sont trop incertains. »
— Lettre anonyme du 16 octobre 1940[16].
Au cours des années 1930 en Europe, réapparaît la vague d'antisémitisme qui s'était déjà déclarée au tournant du XIXe siècle au temps de l'affaire Dreyfus. En France et en Belgique, sans parler de l'Allemagne et de l'Italie, les milieux catholiques d'extrême-droite gagnent du terrain. Or, c'est précisément dans ce milieu qu'Hergé est né et qu'il s'épanouira. Dans l'édition originale de L'Oreille cassée (1936), on retrouve, à la 117e planche, le premier croquis d'un Juif. C'est un antiquaire à qui Tintin s'adresse pour obtenir un fétiche arumbaya[179]. Cependant, c'est L'Étoile mystérieuse qui suscite toutes les interrogations. Contrairement à l'album précédent, celui-ci est dessiné pendant l'Occupation allemande entre octobre 1941 et mai 1942. Dans l'édition du Soir-Jeunesse, on trouvait d'abord une planche qui représentait deux Juifs au nez crochu et à la bouche lippue s'exclamer ainsi : « Tu as entendu Isaac ? C'est la fin du monde ! Si c'était vrai ? Hé hé hé ! Ce sera une bonne bedide avaire Salomon ! Che tois 50.000 francs à mes vournisseurs… Gomme za che ne te frais bas bayer. » Puis l'histoire se montre comme une vision manichéenne : d'un côté le groupe du « Bien » des pays neutres ou alliés à l'Allemagne avec Tintin en tête qui combat d'un autre côté le groupe du « Mal » dirigé par un banquier américain Juif du nom de Blumenstein. Pour l'édition en album couleurs (1943), Casterman exigea le retrait de la première planche, le changement du nom du banquier en « Bohlwinkel » et le retrait du drapeau américain planté sur le canot ennemi[180]. Ainsi, pour M. Benoît-Jeannin L'Étoile mystérieuse est une « complaisance antisémite » d'autant plus que le supplément Le Soir-Jeunesse avait une rubrique qui encourageait les lecteurs à envoyer des histoires juives[181]. Hergé a réagi sur ces détails :
« J'ai effectivement représenté un financier antipathique sous les apparences sémites, avec un nom juif : le Blumenstein de L'Étoile mystérieuse. Mais cela signifie-t-il antisémitisme ?… Il me semble que, dans ma panoplie d'affreux bonshommes, il y a de tout : j'ai montré pas mal de « mauvais » de diverses origines, sans faire un sort particulier à telle ou telle race. On a toujours raconté des histoires juives, des histoires marseillaises, des histoires écossaises. Ce qui, en soi, n'a rien de bien méchant. Mais qui aurait prévu que les histoires juives, elles, allaient se terminer, de la façon que l'on sait, dans les camps de la mort de Treblinka et d'Auschwitz ?… À un moment donné, j'ai d'ailleurs supprimé le nom Blumenstein et je l'ai remplacé par un autre nom qui signifie, en bruxellois, une petite boutique de confiserie : bollewinkel. Pour faire plus « exotique » je l'ai orthographié Bohlwinkel. Et puis, plus tard, j'ai appris que ce nom était, lui aussi, un véritable patronyme israélite ! »
— Interview d'Hergé[182].
Fin 1941, les massacres n'avaient pas encore touché l'Europe de l'Ouest, mais en Belgique depuis octobre 1940, les Juifs étaient déjà exclus des universités, des écoles et de l'administration[réf. nécessaire].
D'ailleurs le dessinateur n'a jamais émis publiquement d'excuses au sujet de son rôle durant la guerre, mais il confiera en privé trente ans après les faits :
« C'est vrai que certains dessins, je n'en suis pas fier. Mais vous pouvez me croire : si j'avais su à l'époque la nature des persécutions et la « Solution finale », je ne les aurais pas faits. Je ne savais pas. Ou alors, comme tant d'autres, je me suis peut-être arrangé pour ne pas savoir »
— Témoignage d'H. Roanne-Rosenblatt à P. Assouline[115]
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Sur la question de l'antisémitisme et de ses éventuelles prises de position politiques, les exemples et contre-exemples abondent dans son œuvre.
Concernant les Juifs, leur image ne fut pas systématiquement négative[183]. En effet, lorsqu'il dépeint des activistes de l'Irgoun luttant contre les Britanniques en Palestine dans la première version (inachevée) de Tintin au pays de l'or noir en 1939, il ne tombe pas dans la caricature. Le riche juif américain Samuel Goldwood de L'Oreille cassée, parue deux ans plus tôt, a quant à lui le beau rôle, puisqu'il restitue spontanément à Tintin le fétiche volé à la fin du récit[184].
Concernant ses opinions politiques, il est incontestable qu'Hergé a longtemps été proche des milieux catholiques d'extrême-droite. En revanche, il semble avoir été beaucoup plus réservé vis-à-vis du fascisme et de l'Allemagne nazie. Jamais il n'a exprimé publiquement sa sympathie pour le rexisme et encore moins adhéré au mouvement. Il a en outre dépeint dans Le Sceptre d'Ottokar une Belgique victime d'une tentative d'agression allemande, par l'intermédiaire des États fictifs de la Syldavie et de la Bordurie (une sorte « d'Anschluss raté »). La tentative d'Anschluss que déjoue Tintin est perpétrée par un certain Müsstler (contraction évidente de Mussolini et de Hitler), chef du parti « La Garde D'Acier »[185]. Il semble aussi qu'Hergé se soit inspiré des uniformes de la Wehrmacht pour dessiner ceux de l'armée bordure (dont les avions militaires ressemblent fortement au Messerschmitt Bf 109, comme le lui fera sèchement remarquer un officier-censier allemand pendant la guerre[186]). L'album est réédité en 1942, sous l'Occupation allemande, dans une nouvelle version colorisée : le nom de "Müsstler" est conservé dans cette version.
Dans Les Sept boules de cristal, certains lui ont reproché la grande étoile (étoile de David) qu'il a placée sur la scène du music-hall à une période qui ne s'y prêtait pas (1943-1944). Or, lorsque la première partie de l'histoire parut dans Le Soir, l'étoile ne figurait pas. Elle a été ajoutée après coup[187]. Enfin, dans l'aventure en Amérique, le dessinateur rendit plus humains les Indiens longtemps considérés comme de « cruels sauvages » en dénonçant notamment leurs expropriations foncières par les compagnies pétrolières[188].
Comme le constate Pierre Assouline : « pour Hergé comme pour un certain nombre d'écrivains et d'artistes, l'Occupation a correspondu à un "âge d'or", ainsi qu'en témoignent la qualité, la richesse et l'abondance de leur travail durant cette période[189]. » À partir de l'automne 1941, les albums vendus atteignent la barre des 100 000 exemplaires sur lesquels le dessinateur touche 10 % du prix[190]. Son salaire mensuel (10 000 francs belges) pendant les années 1940-1944 sera aussi pointé du doigt, notamment au procès des journalistes du Soir en 1946. Pour certains de ses détracteurs, en passant de la rédaction du Vingtième Siècle à celle du Soir en 1940, Hergé passe d'un journal tiré à 15 000 exemplaires à un autre tiré à 200 000 puis 300 000 ; il ajoutera : « De l'effondrement de 1940, date, il faut s'en souvenir, l'entrée d'Hergé dans le succès et son corollaire, la richesse… Ainsi, Hergé vendit 600 000 albums durant l'Occupation[191]. » Pour M. Benoît-Jannin, « À l'approche de la Seconde Guerre mondiale, Hergé (…) appartient à un groupe informel d'individus venant de l'Action catholique belge ou de nulle part, qui va servir l'Ordre nouveau. C'est l'effondrement de 1940 (…) qui permettra à cette poignée d'idéologues fascisants et d'opportunistes de tenir tout à coup le haut du pavé. »[192] Pour Philippe Goddin, « Hergé était un homme de droite imprégné de catholicisme et de scoutisme. Mais un homme de droite anticonformiste qui, dans son dernier album (…) renverra fascistes et révolutionnaires dos à dos. »[193]
Malgré le rajeunissement donné par Hergé à son deuxième album en 1946, Tintin au Congo connut « à partir de la fin des années 1950, une assez longue période de disgrâce qui (…) le laissa fort difficile à dénicher. » Le temps était désormais à la décolonisation. Il aura fallu attendre les années 1970 pour revoir l'album dans les boutiques. L'édition britannique ne fut disponible qu'en 1982[194]. Or, Hergé avait dessiné ces planches en noir et blanc entre 1930 et 1931 lorsqu'il travaillait pour le Petit Vingtième. En 1927, on venait de fêter le cinquantenaire de la découverte du Congo belge par Stanley et ce fut donc le moment pour envoyer le jeune reporter dans cette contrée lointaine. Comme pour Les Soviets, son rôle était politique : il s'agissait de faire l'éloge d'une colonie qui n'attirait aucun Belge mais qui manquait de main d'œuvre. Pour Hergé, comme c'était le cas avec la série Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet (1928), le missionnaire catholique était toujours, l'un des héros des aventures africaines[195].
Le 23 juillet 2007, un Congolais étudiant en Sciences Politiques à Bruxelles, porte plainte devant la justice belge contre X et contre la société Moulinsart. Il réclame l'arrêt de la vente de l'album Tintin au Congo et un euro symbolique de dommages et intérêts à l'éditeur. Il s'exprime :
En parallèle, la commission britannique pour l'égalité des races (CRE) estima que l'album était « délibérément raciste ». Aux États-Unis et à Londres, certaines bibliothèques et librairies ont retiré l'ouvrage des rayons pour enfants pour le placer dans ceux réservés aux adultes[196],[197]. De son côté, la société Moulinsart s'est montrée étonnée « que cette polémique renaisse aujourd’hui. Hergé s’était expliqué, disant qu’il s’agissait d’une œuvre naïve qu’il fallait replacer dans le contexte des années 1930, où tous les Belges pensaient faire du très bon travail en Afrique[196]. »
Le débat est relancé toutes les décennies depuis un demi-siècle. Hergé était-il raciste ? Si le tableau qu'il dresse du Congo et de ses habitants l'est bien, il faut rappeler comme il le souligna lui-même, qu'il vivait à une époque où le colonialisme battait son plein. Bien entendu il y avait des anticolonialistes[N 22] mais l'opinion générale y était plutôt favorable :
« Pour le Congo, tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !", etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. »
— Interview d'Hergé[196].
Pour Jean-Claude De la Royère, conservateur au Centre belge de la Bande dessinée : « faire du politiquement correct avec de l’ancien est impossible. » D'ailleurs au final, Hergé n'avait-il pas dans beaucoup d'autres aventures insufflé d'incontestables valeurs humanistes ? Le Dalaï-lama, n'a-t-il pas déclaré lors de son passage en Belgique que : « Tintin au Tibet a permis à de très nombreuses personnes de savoir que le Tibet existait[196] » ?
Œuvre
La manière de dessiner d'Hergé varia considérablement entre les années 1920 et les années 1970. Au début de sa carrière, le jeune dessinateur n'a pas encore son propre style et comme beaucoup de débutants il commence par imiter d'autres artistes. On connaît l'existence de caricatures de souverains français (Louis XIII, Louis XIV et Louis XV) ou de croquis de militaires (Joffre et Foch) qu'il a repris dans le Larousse (vers 1922)[198]. Au cours des années 1920, il est frappé par les techniques de plusieurs artistes comme Benjamin Rabier (1864-1939) célèbre pour ses croquis d'animaux (Fables de La Fontaine, La vache qui rit fondée en 1921) :
« On retrouve son influence au début des Soviets quand mes dessins partent d'une décorative, une ligne en "S". »
— Interview d'Hergé[37].
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Ses premières aventures sont marquées par le peu de clarté dans les cases, les contrastes de noir et blanc qu'il commence à maîtriser à la perfection et enfin le milieu cinématographique qui a marqué son enfance[N 23]. Au milieu des années 1930, il prend conseil auprès du maître de la bande dessinée française, Alain Saint-Ogan. Les Aventures de Quick et Flupke sont un véritable laboratoire pour Hergé qui se lache sans contrainte : les lignes vibratoires des notes de musique, les directions, les pirouettes[199]. Un tournant s'amorce dans le dessin de l'artiste avec Le Lotus bleu. En effet, son ami chinois Tchang Tchong-Jen lui apprend l'art de la calligraphie chinoise tout en approfondissant sa philosophie et son observation de la nature : « Cet arbre que tu regardes, il a une âme comme toi. »[16]… Le souci principal d'Hergé est de rendre visible, clair, vivant et précis son dessin ce qu'il commence à maîtriser avec le Sceptre d'Ottokar. Pendant la guerre, il travaille beaucoup et selon ses mots dessine deux cases exceptionnelles : la première dans le Crabe aux pinces d'or et la seconde dans le Trésor de Rackham le Rouge[N 24].
Après 1945 il renforce progressivement en place sa méthode graphique qu'il approfondit au fil des années. Contrairement à ses débuts (notamment lorsqu'il était illustrateur) il y a une absence d'ombres et de hachures. Pour mettre en page son aventure, le père de Tintin commence par écrire un synopsis de deux ou trois pages avant d'effectuer un découpage sur de petites feuilles où il grifonnera des croquis. Puis il passe aux planches de grand format et enfin il fait un calque de tous les croquis qu'il juge satisfaisants « les plus clairs, qui marquent le plus le mouvement. »[200] La « ligne blanche » est particulièrement bien visible dans les albums de la fin des années 1950 et des années 1960. C'est le temps où les objets, les personnages et les décors sont systématiquement tracés à l'encre de même épaisseur. L'aplat de couleurs est un dégradé de couleurs simples et vives. Durant les années 1960, Hergé commence à se piquer d'art moderne d'abord par Joan Miró puis par Lucio Fontana[199]. Lors de l'exposition Tintin à Rotterdam (1977), le dessinateur Joost Swarte fut le premier à parler du style d'Hergé comme d'une « ligne claire » (Klare lijn). Depuis, le père de Tintin est considéré comme le pionnier et le théoricien de cette nouvelle conception du dessin[201].
Totor ou Totor, CP (Chef de Patrouille) des Hannetons, est un héros de bande dessinée créé par Hergé pour le journal Le Boy-Scout belge, en 1926. C'est un chef scout très débrouillard, qui apparaît pour la première fois dans Les extraordinaires aventures de Totor, CP des Hannetons.
Dessiné par Hergé à ses débuts, ce personnage est graphiquement très approximatif, et ne durera pas très longtemps, bientôt remplacé par Tintin. On peut ainsi considérer Totor comme l'ancêtre de ce dernier, à la fois graphiquement et historiquement.
La série est publiée pour la première fois le 10 janvier 1929 dans Le Petit Vingtième, supplément pour enfants du journal belge Le Vingtième Siècle. La série est également publiée assez rapidement dans Coeurs Vaillants à partir du 26 octobre 1930. Quelques scans de ces planches sont là ...
Les Aventures de Tintin se déroulent dans un univers reproduisant minutieusement le nôtre, fourmillant de personnages aux traits de caractère bien définis. Cette série est plébiscitée depuis plus de 70 ans par les lecteurs et les critiques.
Le héros de la série est le personnage éponyme Tintin, un jeune reporter et globe-trotter belge. Il est accompagné durant ses aventures par Milou, son fidèle chien. Au fil des Aventures, plusieurs figures récurrentes sont apparues comme le Capitaine Haddock — au point de devenir incontournable — les détectives incompétents Dupond et Dupont, ou encore le professeur Tournesol. Hergé lui-même apparaît dans chacun de ses albums, en tant que personnage secondaire.
Cette série à succès, publiée sous la forme d'albums (24 au total, dont 1 inachevé), est à l'origine d'un magazine à grand tirage (Le Journal de Tintin), et a été adaptée à la fois au cinéma et au théâtre. Les Aventures de Tintin ont été traduites dans environ cinquante langues et vendues à plus de 200 millions d'exemplaires.
Quick et Flupke est une série d'albums de bande dessinée créée par Hergé. Les séries sont publiées dans les pages du journal Le Petit Vingtième à partir du 23 janvier 1930.
Les deux héros sont des enfants des rues de Bruxelles, et sont nommés Quick et Flupke (« Petit Philippe » en brabançon). Les deux garçons causent de sérieux problèmes par accident, ce qui leur amène des ennuis avec leurs parents et la police, en particulier l'Agent 15. Ils aiment fabriquer toutes sortes d'engins aussi inutiles que dangereux comme des avions à roulettes ou des planeurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, les planches sont regroupées par séries. Les deux premières sont éditées en janvier 1949, la onzième (11e) et dernière série en janvier 1969. Six recueils des mêmes histoires sont ensuite tirés sous le nom Les exploits de Quick et Flupke de 1975 à 1982.
Le Triomphe de l'Aigle Rouge est une histoire de Far West parue en 1930 dans 5 n° de Cœurs Vaillants Les illustrations sont signées Hergé; le texte à priori également. Elle raconte les aventures de Tim Cobalt et chacun des 5 épidodes est accompagné de 1 à 2 grandes illustrations (12x14 cm).
Popol et Virginie chez les Lapinos est un album à part dans l'œuvre d'Hergé, c'est le résultat d'une longue chaîne de transformations. La première mouture de cette histoire est publiée sous le titre Tim l'écureuil au Far West dans un petit journal de quatre pages distribué à l'automne 1931 dans le grand magasin bruxellois L'Innovation. Deux ans plus tard, Les Aventures de Tom et Millie sont publiées dans Pim et Pom, encart jeunesse de Pim - Vie heureuse, le supplément hebdomadaire du journal belge La Meuse. Ensuite en 1934 Les Aventures de Popol et Virginie au Far West sont publiées dans Le Petit Vingtième, avant de finalement reparaitre en 1948 dans l'hebdomadaire Le Journal de Tintin sous le titre que nous connaissons aujourd'hui[202].
Jo, Zette et Jocko raconte une histoire sous forme de bande dessinée réalisée par Hergé. Elle a été créée en 1936 pour le journal Cœurs Vaillants, dont les éditeurs catholiques un peu réservés devant le personnage de Tintin, auraient demandé à Hergé de créer de nouveaux héros, avec une famille ....
1ere planche de Le Rayon du mystère ou Les Aventures de Jo, Zette et Jocko dans le n° 3 de Cœurs Vaillants du 19 janvier 1936. Publié ensuite dans Le Petit Vingtième, à partir d'octobre 1936.
Il s'agit d'un frère et d'une sœur, Jo et Zette, âgés d'une douzaine d'années, et de leur singe Jocko. Ils vivent en famille avec leur mère et leur père, l'ingénieur Legrand. Jocko est un chimpanzé apprivoisé, qui les accompagne librement. Très intelligent, il lui arrive de soliloquer, mais il ne parle pas aux humains.
La particularité des aventures de Jo et Zette Legrand réside dans le fait qu'il s'agit d'une action se situant dans le cadre d'une vraie famille avec des personnages ayant un prénom et un nom. On est donc de ce point de vue loin de Tintin (du même auteur) qui, lui, n'a pas de parents connus.
Si les enfants vivent loin de leurs parents des aventures peu ordinaires, ils restent néanmoins dépendants de l'intervention d'adultes pour les sauver. Ils ne possèdent pas de pouvoirs particuliers mais leur seule intelligence et volonté pour se sortir de mauvais pas. Ceci fait d'eux des personnages très réalistes et proches de leurs lecteurs.
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Hergé (4).
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Après 1945, Hergé ne réalise pratiquement plus d'illustrations. Il se concentre avant tout sur la préparation de ses albums. En revanche, les Studios Hergé vont insérer l'image « Tintin et Milou » sur de nombreux supports.
- Les chromos
En septembre 1944, peu de temps avant la Libération de Bruxelles, Hergé et Edgar P. Jacobs décident de réaliser une série de cartes postales qui constitueraient une encyclopédie sur des thèmes précis. Chaque carte sera accompagnée par le personnage de Tintin vêtu d'un costume approprié. Le projet est reporté à l'automne 1946 au sein du Journal de Tintin et publié dans la rubrique documentaire. Entre 1946 et 1950, apparaissent les Entretiens du Capitaine Haddock sur l'histoire de la marine. À partir de 1950, les éditions du Lombard font éditer des chromos en couleurs indépendamment du journal, offerts en échange de l'achat de « timbres Tintin »[149]. Sept collections sont lancées :
Les chromos Tintin
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| Concepteur | Collection |
|---|---|
| Edgar P. Jacobs (1946-47) | L'histoire de l'Aérostation |
| Edgar P. Jacobs (1947-48) | Le chemin de fer |
| Jacques Martin | L'histoire de l'automobile |
| Jacques Martin | L'aviation en 1939-1945 |
| Jacques Martin | L'aviation des origines à 1914 |
| Jacques Martin | L'histoire de la marine des origines à 1700 |
| Jacques Martin | L'histoire de la marine de 1700 à 1850 |
Une dernière collection sur l'histoire des costumes et des guerriers est envisagée mais le projet est abandonné[150].
- Les cartes postales
Les Studios Hergé publient de nombreuses cartes postales mettant en scène les personnages des Aventures de Tintin. Au cours des années 1940, Hergé envoyait épisodiquement des cartes de vœux aux lecteurs. Par contre, à partir de 1950, chaque nouvel an, une carte de vœux est systématiquement dessinée. Aux cartes de style classique des premières années, les années suivantes se montrent particulièrement inventives : les personnages sont représentés sur une sorte de vitrail médiéval (1967), une mosaïque byzantine (1963) ou encore une fresque égyptienne (1978)[151].
- Le cinéma
Le cinéma a toujours fasciné Hergé. Dès 1926, dans les Aventures de Totor, il inscrivait en entête « United Rovers présente un grand film comique » signé « Hergé moving pictures ». Les premières aventures d'avant-guerre s'inspiraient, elles-aussi, largement des westerns muets des années 1920-1930. Le projet d'une adaptation au grand écran apparaît après-guerre. À la fin des années 1940, la compagnie française « les Beaux Films » propose une adaptation de certaines aventures en diapositives. À la même époque, sans plus de succès, Claude Misonne crée un long métrage du Crabe aux pinces d'or joué par des poupées (1947)[152]. Il faut attendre une quinzaine d'années pour voir apparaître des propositions de films « live » avec des comédiens au grand enthousiasme d'Hergé qui, bien entendu, participe à la mise en scène. En 1960, sort en salle Tintin et le Mystère de la Toison d'or, un film de Jean-Jacques Vierne avec Jean-Pierre Talbot dans le rôle de Tintin. Quatre ans plus tard, apparaît Tintin et les Oranges bleues de Philippe Condroyer avec Talbot au même rôle. Au grand désespoir d'Hergé, c'est un double échec, les films n'attirent pas les foules[99].
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Après l'échec des films, Hergé revient au dessin animé classique. En 1955, Raymond Leblanc, le directeur du Journal de Tintin, avait fondé les Studios Belvision dans le but d'adapter Les Aventures de Tintin sur grand écran. Quatre années de travail avaient été nécessaires pour qu'en 1959 sortent des dessins en couleurs pour la télévision en plusieurs séquences de 5 minutes quotidiennes : Objectif Lune, Le Crabe aux pinces d'or, Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge, L'Étoile mystérieuse, L'Île Noire et L'Affaire Tournesol[153]. C'est un véritable succès. Dix ans plus tard, après plusieurs années de travail aux Studios Hergé, sort en salle Le Temple du Soleil avec l'aide de Greg. Bien que l'histoire d'origine (1949) ait été fortement remaniée, le public est conquis. En 1972, Greg propose à Hergé un scénario original de long métrage qui ne reprend pas une aventure existante de Tintin. Tintin et le Lac aux requins plante le décor en Syldavie avec comme personnages principaux : Tintin, Haddock, Tournesol et Rastapopoulos. Le film est adapté en bande dessinée en 1973 par Casterman en 44 pages. Enfin, intéressé par le sujet, Steven Spielberg demandera en 1982 l'autorisation d'Hergé pour adapter Tintin avant de se rétracter devant la difficulté du projet. Globalement les films de Tintin au cinéma restent un échec cuisant : Tintin est-il adaptable[154] ?
Toutes les activités accumulées par Hergé depuis les années 1950 (refonte d'albums, confections des cartes de vœux, adaptations au cinéma) en font un homme fatigué qui espace de plus en plus ses nouvelles aventures. Avec sa nouvelle histoire, il veut à la fois camper Tintin chez lui à Moulinsart, sans exotisme, « pour voir si j'étais capable de tenir le lecteur en haleine jusqu'au bout » et d'autre part, bouleverser ses habitudes d'écriture. Les Bijoux de la Castafiore, sorte « d'anti-aventure » paraît à partir du 4 juillet 1961 dans le Journal de Tintin.
« Ce côté aventure me paraît à l'heure actuelle un peu infantile. »
— Interview d'Hergé[16].
Le scénario est digne d'une planche de Quick et Flupke : le récit banal est dérangé par des actions extérieures qui viennent à lui dans un cadre limité : la propriété de Moulinsart[155]. Hergé s'amuse à dérégler ses personnages. Tintin est effrayé par une chouette, Haddock passe son temps en fauteuil roulant, les Dupondt ne cessent de se casser la figure et le paroxysme de ce dérèglement est la séance de télévision dans le laboratoire de Tournesol. Au terme des 62 planches, l'aventure se termine le 4 septembre 1962.
Quatre ans après la fin des Bijoux de la Castafiore, Hergé entame sa prochaine aventure : c'est le 27 septembre 1966. Ici Tintin et ses amis sont de nouveau projetés à l'étranger (sur une île indonésienne). Dans Vol 714 pour Sydney, destination d'origine des héros, le dessinateur continue dans sa lancée de démythification de la famille de papier en réglant ses comptes avec les « méchants » : Rastapopoulos en est l'exemple frappant :
« En cours de récit, je me suis rendu compte qu'en définitive Rastapopoulos et Allan n'étaient que de pauvres types. J'ai découvert ça après avoir habillé Rastapopoulos en cow-boy de luxe (…). D'ailleurs, ainsi déboulonnés, mes affreux me paraissent un peu plus sympathiques : ce sont des forbans, mais de pauvres forbans !… »
— Interview d'Hergé[156].
Autre point essentiel de l'album, c'est la maquette du Carreidas 160, jet privé du milliardaire Lazlo Carreidas, caricature du constructeur français Marcel Dassault. Le Journal de Tintin présente un « écorché » extrêmement précis de l'avion réalisé par Roger Leloup (1966). Enfin, par le biais du personnage Ezdanitoff (inspiré du journaliste Jacques Bergier), Hergé initie ses lecteurs à la parapsychologie et boucle l'histoire par l'intervention discrète des extraterrestres comme clin d'œil humoristique. La fin est proposée dans le Journal du 28 novembre 1967[157].
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Après la fin de Vol 714 pour Sydney, Hergé décide de mettre de côté Tintin quelques années pour voyager, s'adonner à sa nouvelle passion l'art contemporain et surtout se reposer. Le 6 juin 1970, Alexis Remi le père de l'artiste, décède à l'âge de 87 ans. Grand fan des Indiens d'Amérique depuis sa jeunesse, Hergé les rencontre pour la première fois, accompagné de sa compagne Fanny Vlamynck dans le Dakota du Sud (1971)[57]. La même année, il donne une interview exclusive au jeune journaliste Numa Sadoul qui dure pendant quatre jours. Cette entrevue lui permet de se dévoiler et de brosser un tableau intime de Tintin et de sa vie[16]. Pourtant, c'est durant cette décennie que le dessinateur va se trouver propulsé sur le devant de la scène. En effet, il reçoit de nombreux hommages et des décorations. En 1973, il est reçu par le gouvernement de Tchang Kaï-chek pour avoir soutenu la cause chinoise en 1935. Trois ans plus tard, après quarante-deux ans de séparation, il retrouve les traces de son ami chinois Tchang Tchong-Jen, le co-auteur du Lotus bleu qu'il croyait mort. En 1979, Andy Warhol réalise une série de quatre portraits de l'artiste belge qui resteront mondialement célèbres[158].
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Distinctions autour de l'univers Tintin
- Hergé :
- 1972 : Yellow Kid d'honneur, à Lucca.
- 1973 : Grand Prix Saint-Michel, à Bruxelles.
- 1974 : Président de la 1re Convention internationale de la bande dessinée, à Angoulême.
- 1977 : Médaille de vermeil de la ville d'Angoulême, lors du 4e Salon.
- 1978 : Officier de l'ordre de la Couronne, à Bruxelles.
- 1979 : statuette Mickey d'Honneur des mains de Pierre Tchernia, pour la Compagnie Walt Disney.
- Les Studios Belvision :
- 1973 : Prix Saint-Michel pour Tintin et le Lac aux Requins
- Le Journal de Tintin et les Éditions du Lombard :
- 1972 : Yellow Kid du Meilleur éditeur de Journal Européen de bandes dessinées
(et les Éditions Casterman en 1978 pour leur déclinaison pour adultes (À suivre) : Yellow Kid du Meilleur éditeur étranger de Bandes Dessinées )
- Tintin et Moi de Anders Ostergaard (à partir des entretiens de Numa Sadoul):
- 2004 : Prix du Festival Européen du Film Documentaire
- (1652) Hergé est un astéroïde de la ceinture principale qui porte son nom. Il fut découvert à l'Observatoire royal de Belgique le 9 août 1953 par Sylvain Arend. Il y a également (1683) Castafiore découvert le 19 septembre 1950 par le même astronome.
Enfin, les années 1970 sont celles de la notoriété internationale d'Hergé gagnée en plusieurs stades progressifs. Durant les années 1930, les ventes éditées par le Petit Vingtième étaient très modestes (moins de 50 000 exemplaires en Belgique). Le premier sursaut apparut en 1941 avec la publication du Crabe aux pinces d'or propulsé par l'apparition de la couleur quelques mois plus tard. L'arrivée du Journal Tintin (1946) stimula encore davantage les ventes pour atteindre le million d'exemplaires vendus en 1948. À partir de ce moment, la machine est en marche et il n'est plus possible de l'arrêter : un million d'exemplaires par an (1960), 10 millions d'exemplaires (1961), 26 millions (1970), 81 millions (1980) et jusqu'à 6 millions pour la seule année 1983 ! À la mort du dessinateur, Les Aventures de Tintin étaient traduites en une quarantaine de langues à travers le monde[159].
Huit ans après la fin de Vol 714 pour Sydney, l'avant-dernière aventure de Tintin apparaît le 16 septembre 1975 dans le Journal. Depuis le précédent album, Hergé ne travaille plus que pour son plaisir et il prend son temps pour bâtir l'histoire :
« L'idée a mis longtemps à prendre forme ; c'est comme une petite graine, un petit ferment qui prend son temps pour se développer. J'avais un cadre : l'Amérique du Sud (…) mais rien ne prit forme avant longtemps : il fallait que vienne un déclic. »
— Interview d'Hergé[160].
Hergé présente des personnages profondément modifiés d'une part physiquement (port du jean, pratique du yoga, déplacement en cyclomoteur…) et moralement (extrême passivité face aux actions). Suite de L'Oreille cassée, Tintin et les Picaros reprend un certain nombre de personnages déjà connus du public : le général Alcazar, le colonel Sponsz, Pablo, Ridgewell… Des nouveaux interviennent : Peggy Alcazar, le général Tapioca (qui n'était jusqu'alors que mentionné), le colonel Alvarez. L'artiste s'inspire de nouveau du contexte international instable en Amérique Latine marqué, au cours des années 1970, par l'affaire Régis Debray et des coups d'État à répétition : notamment au Chili, l'assassinat du président Salvador Allende lors du coup d'État militaire du général Pinochet en 1973. Dans Les Picaros, Hergé fait de nouveau intervenir Tintin dans les affaires de l'État fictif du San Theodoros. Enfin, par le prisme de cette bande dessinée, certains y voient le début de la fin :
« Malgré les apparences, la fin de Tintin et les Picaros est la plus amère qu'ait jamais dessinée l'auteur. "Eh bien je ne serai pas fâché de me retrouver chez nous, à Moulinsart…" déclare le capitaine Haddock (…) "Moi aussi capitaine…" répond laconiquement Tintin. On sent (…) que les héros, cette fois, sont bel et bien fatigués. »
— Benoît Peeters[161].
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Le 13 avril 1976, Hergé termine Les Picaros. Il a déjà, à cette période, un projet pour le prochain album :
« J'ai une idée, ou plutôt, une fois encore, j'ai un lieu, un décor : j'aimerais que tout se passe dans un aéroport, du début à la fin. »
— Interview d'Hergé[162].
En 1978, l'auteur abandonne l'idée de l'aéroport pour le thème de l'art contemporain, sa nouvelle passion depuis les années 1960. Cependant, l'année 1979 est celle du demi-siècle de Tintin, ce qui occupe tout le temps du dessinateur. Par ailleurs, son état de santé se dégrade. Tintin et l'Alph-Art s'esquisse lentement, malgré l'épuisement de l'auteur.
Le 18 mars 1981, Hergé retrouve Tchang, avec qui il s'était lié d'amitié lors de la réalisation du Lotus bleu. Après plus de 40 années de séparation, leurs retrouvailles sont organisées à Bruxelles, et la rencontre est retransmise en direct à la télévision. Hergé apparaît très affaibli et semble extrêmement gêné par cette hyper-médiatisation.
La maladie progresse, Hergé doit s'aliter et subir régulièrement des transfusions sanguines. Courant février 1983, il est hospitalisé à la clinique Saint-Luc de Woluwe-Saint-Lambert. Après une semaine passée dans le coma, Georges Remi décède d'une « leucémie » le 3 mars 1983, à l'âge de 76 ans. La dernière aventure de Tintin est interrompue au niveau de la planche 42. Sur dérogation exceptionnelle, le défunt est inhumé, à sa demande, au cimetière du Dieweg en banlieue bruxelloise[163].
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Son héritière et veuve Fanny Remi (sa femme depuis 1977) hésite sur le sort réservé à L'Alph-Art : ses collaborateurs poursuivent ou alors en rester là ? Hergé avait fait part de sa volonté avant de mourir :
« Il y a certes des quantités de choses que mes collaborateurs peuvent faire sans moi et même beaucoup mieux que moi. Mais faire vivre Tintin, faire vivre Haddock, Tournesol, les Dupondt, tous les autres, je crois que je suis le seul à pouvoir le faire : Tintin c'est moi, exactement comme Flaubert disait "Madame Bovary, c'est moi !". »
— Interview d'Hergé[164].
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En 1986, madame Remi dissout les Studios Hergé remplacés par la Fondation Hergé. Elle décide que L'Alph-Art pourra être publié mais dans l'état laissé à la mort de son créateur[165]. Les adaptations se multiplient : en 1984, Johan de Moor et le studio Graphoui avaient entrepris de redonner vie à Quick et Flupke en les adaptant au petit écran. Ainsi 260 dessins animés d'une minute sont réalisés. En parallèle, les planches en noir et blanc des « gamins de Bruxelles », sont reprises, modernisées, colorisées et partagées en onze albums (Casterman 1984-1991)[166]. En 1991 est créée, d'après Les Aventures de Tintin, une série télévisée d'animation franco-canadienne produite par Ellipse et réalisée par Stéphane Bernasconi. Au total il y a 18 épisodes de 45 minutes chacun (hormis Tintin en Amérique). La série reprend tous les albums exceptés Tintin au pays des Soviets (jugé trop ancien et partial), Tintin au Congo (jugé trop colonialiste) et enfin Tintin et l'Alph-Art (car inachevé). Diffusée sur France 3 à partir de mai 1992, c'est un véritable succès[167].
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Malgré la volonté de l'auteur, des centaines d'apocryphes vont se développer après sa mort. Leur diffusion se fait de façon confidentielle car ils sont poursuivis farouchement par Fanny Remi et son nouveau mari Nick Rodwell, les héritiers des droits d'auteurs qui exploitent à présent commercialement la marque et ses très nombreux produits dérivés. En 2007, à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de l'artiste, Hergé revient au sommet de l'actualité. Un article de Philippe Goddin, un spécialiste de Tintin, affirme qu'il pourrait être mort du SIDA. Bien qu'il soit mort officiellement de la leucémie, Hergé devait changer son sang régulièrement. Or, à cette époque, le VIH était très mal connu et encore moins détectable dans le sang. Le dessinateur aurait donc pu contracter le virus lors d'une transfusion ce qui expliquerait les fréquentes grippes, pneumonies et bronchites qu'il avait à répétition à la fin de sa vie[168]. Au même moment, sa veuve pose la première pierre du futur Musée Hergé de Louvain-la-Neuve au parc de la Source (Belgique). La structure ouvre ses portes en juin 2009[169]. En 2007, Steven Spielberg et Nick Rodwell annoncent la réalisation d'une Trilogie Tintin prévue pour 2010-2011. La première partie sera une adaptation du Secret de la Licorne et Tintin sera joué par le britannique Jamie Bell, révélé dans Billy Elliot. Gad Elmaleh figure également au casting[170].
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Les époux Rodwell, parfois jugés trop « protectionnistes », gèrent l'unité et le respect de l'œuvre d'Hergé au travers de la société anonyme Moulinsart. Depuis 1996, les héritiers rachètent les franchises de droits à l'exploitation de Tintin. Désormais, la totalité de la légitimité de l'œuvre originale leur revient. Les produits dérivés, réalisés par des stylistes professionnels de la Fondation Hergé, doivent être réalisés suivant un cahier des charges extrêmement rigoureux : respect des couleurs, du texte, pas de montage… Fanny Rodwell refuse toute association entre l'image de Tintin et des marques d'alcool ou de cigarettes. De nombreux produits de l'univers de Tintin, se vendent uniquement dans les boutiques et espaces réservés à cet effet. Leurs prix, souvent élevés (entre 50 et 800 euros pour une statuette) sont la conséquence d'une production artisanale de qualité[171].
« La société anonyme Moulinsart (162 avenue Louise, 1050 Bruxelles, Belgique) est titulaire exclusive, pour le monde entier, de l’ensemble des droits d’exploitation de l’œuvre d’Hergé, en particulier Les Aventures de Tintin. Le droit d’auteur protège non seulement les albums de bande dessinée et les dessins (cases, strips, planches, dessins hors-textes, couvertures), scénarii, textes, dialogues, gags, mais aussi les décors, les personnages et leurs caractéristiques, les noms, titres et lieux imaginaires, les onomatopées, polices de caractères et autres éléments de l’œuvre d’Hergé. »
— Extrait de la charte Moulinsart[172].
En mars 2008, une gouache originale réalisée en 1932 par Hergé pour la couverture de Tintin en Amérique a été vendue, aux enchères chez Artcurial à Paris, pour la somme de 780 000 euros. C'est un record pour un original de BD[173]. En 2009, depuis 1929, plus de 230 millions d'albums de Tintin ont été vendus à travers le monde en plus de 90 langues (dont 42 langues régionales)[174] :
- 49 Langues officielles[175] :
NB : La date signifie la première date d'édition.
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Afrikaans (1973) - Allemand (1952) - Anglais américain (1959) - Anglais britannique (1952) - Arabe (1972) - Arménien (2006) - Bengali (1988) - Bulgare - Chinois mandarin (2001) - Cingalais (1998) - Coréen (1977) - Danois (1960) - Espagnol (1952) - Esperanto (1981) - Estonien (2008) - Finnois (1961) - Français (1930) - Grec (1968) - Hébreu (1987) - Hongrois (1989) - Indonésien (1975) - Islandais (1971) - Italien (1961) - Japonais (1968) - Khmer (2001) - Latin (1987) - Letton (2006) - Lituanien (2007) - Luxembourgeois (1987) - Malais (1975) - Mongol (2006) - Néerlandais (1946) - Norvégien (1972) - Perse (1971) - Polonais (1994) - Portugais (1936) - Portugais brésilien (1961) - Romanche (1986) - Roumain (2005) - Russe (1993) - Serbo-croate (1974) - Slovaque (1994) - Slovène (2003) - Suédois (1960) - Taïwanais (1980) - Tchèque (1994) - Thaï (1993) -Turc (1962) - Vietnamien (1989).
- 42 Langues régionales[175] :
Alghero (1995) - Allemand (Bernois) (1989) - Alsacien (1992) - Anversois (2008) - Asturien (1988) - Basque (1972) - Borain (2009) - Bourguignon (2008) - Breton (1979) - Bruxellois (2007) - Bruxellois (Néerlandais) (2004) - Cantonais (2004) - Catalan - Corse - Créole Antillais (2009) - Créole mauricien (2009) - Créole réunionnais (2008) - Féroïen (1988) - Flamand (Ostende) (2007) - Francoprovençal (Bresse) (2006) - Francoprovençal (Gruyère) (2007) - Francoprovençal (unifié) (2007) - Frison (1981) - Gaélique (1993) - Galicien (1983) - Gallois (1978) - Gaumais (2001) - Néerlandais (Hasselts) (2009) - Néerlandais (Twents) (2006) - Occitan (1979) - Picard (Tournai-Lille) (1980) - Picard (Vimeu) - Papiamentu (2008) - Provençal (2004) - Tahitien (2003) - Tibétain (1994) - Vosgien (2008) - Wallon (Charleroi) - Wallon (Liège) (2007) - Wallon (Namur) (2009) - Wallon (Nivelles) (2005) - Wallon (Ottignies) (2006) - Français québécois (2009).
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Hergé (3).
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À partir de 1943, des tensions apparaissent au sein du Soir. De Becker se brouille avec la hiérarchie allemande et devient progressivement anti-nazi. Il est démis de ses fonctions et placé en résidence surveillée en Bavière jusqu'à la fin de la guerre.
Le 4 septembre 1944, Hergé fête la Libération avec Jacobs et deux soldats britanniques chez lui. Or, trois jours plus tard son domicile est perquisitionné par la Police Judiciaire. Mais le monde d'Hergé s'écroule. Durant l'automne 1944 plusieurs de ses amis proches dont Jacques Van Malkebeke, Paul Jamin et l'abbé Wallez sont arrêtés et jugés pour leur rôle de collaborateurs ou leur proximité supposée avec l'idéologie nazie. L'ecclésiastique comme les autres est condamné à mort avant que la peine ne soit commuée en quelques années de prison.
Le 8 septembre, le Haut Commandement Interallié ordonne l'interdiction momentanée de l'exercice de tous les journalistes ayant collaboré à la rédaction d'un journal pendant l'Occupation[111]. Après la Libération de Bruxelles, les milices de la Résistance effectuent une vague d'arrestations dans le milieu journalistique [112]. Bien que n'y ayant jamais rédigé d'articles politiques, Hergé avait en effet travaillé pour Le Soir entre 1940 et 1944. Hergé est arrêté par quatre fois et passe une nuit en prison :
« Plus personne ne vous connaît ni même les éditeurs, plus personne ! »
— Interview d'Hergé[16].
« J'ai été arrêté quatre fois, chaque fois par des services différents, mais je n'ai passé qu'une nuit en prison ; le lendemain on m'a relâché. Je n'ai cependant pas figuré au procès des collaborateurs du Soir, j'y étais en spectateur… Un des avocats de la défense a d'ailleurs demandé : "Pourquoi n'a-t-on aussi arrêté Hergé ?", ce à quoi l'Auditeur militaire a répondu : "Mais je me serais couvert de ridicule !" »
— Interview d'Hergé[113].
En effet, quelques semaines auparavant, le substitut chargé de constituer le dossier des journalistes du « Soir volé » explique que « ce serait de nature à ridiculiser la justice que de s'en prendre à l'auteur d'inoffensifs dessins pour enfants », même si reconnaît-il plus loin, il allait devoir « poursuivre des chroniqueurs littéraires, sportifs, etc. » dont les écrits personnels ne sont pourtant pas sujets à critique[114]. Le dessinateur est donc l'objet d'une certaine clémence qu'il doit au résistant belge William Ugeux. Ce dernier donne son avis sur le cas Hergé :
« Quelqu'un qui s'est bien conduit à titre personnel, mais qui n'en est pas moins demeuré un anglophobe évoluant toujours dans la mouvance rexiste. Il illustrait bien la passerelle qui reliait l'esprit scout primaire et la mentalité élémentaire des rexistes : goût du chef, du défilé, de l'uniforme… Un maladroit plutôt qu'un traître. Et candide sur le plan politique »
— William Ugeux, décembre 1945[115].
Ainsi, le 22 décembre 1945, le dossier d'Hergé est classé sans suite et un an plus tard il obtient l'autorisation pour publier de nouveau (septembre 1946). Entre temps, les milieux résistants avaient fait paraître dans l'hebdomadaire La Patrie, la Galerie des traîtres, un fascicule injuriant les collaborateurs, la parodie « Tintin au pays des Nazis », dans laquelle on peut lire :
« Élève Tintin, vous avez aidé l'élève Nazi à faire ce devoir ! Vous êtes un sale collaborateur, élève Tintin ! Je dirais même plus un sale Kollaborateur ! »
— Extrait de la violente parodie « Tintin au pays des Nazis », 1944[116].
Hergé eut un souvenir amer de l'Épuration et garda une certaine rancune vis-à-vis de la Résistance :
« Je détestais le genre Résistant. On m'a proposé quelquefois d'en faire partie, mais je trouvais cela contraire aux lois de la guerre. Je savais que pour chaque acte de la résistance, on allait arrêter des otages et les fusiller. »
— Interview d'Hergé[91].
Entre fin 1944 et fin 1946, Georges Remi est interdit de publication. De nombreuses rumeurs circulent alors sur son compte. Certains avancent qu'il est devenu fou et d'autres même qu'il est mort. En réalité, le dessinateur travaille sur certains de ses albums d'avant-guerre[117]. En juin 1945, Paul Remi rentre de captivité en Belgique mais cela n'arrange pas l'état de santé de sa mère. De son côté, Hergé améliore l'efficacité narrative des images de Tintin en Amérique. De nombreuses planches de l'ancienne édition (version 1932), où certaines maladresses apparaissaient, sont corrigées. L'album est colorisé et calibré en 62 pages. Tintin au Congo est le second album à subir une refonte totale. L'auteur prend soin de modifier certaines séquences de la version en noir et blanc qui pourraient être embarrassantes à une époque sensible. Ce sont les détails colonialistes qui sont « adoucis », comme la célèbre leçon de géographie à des Congolais où Tintin s'exclamait : « Votre patrie la Belgique » (version 1930), qui devient une leçon de mathématiques : « Deux plus deux égalent ? » (version 1946)[118]. Casterman lui réclame les planches originales du Sceptre d'Ottokar pour les coloriser, mais celles-ci sont restées dans les locaux de Cœurs Vaillants pendant l'Occupation et ont disparu[119]. Enfin dernier album concerné, Le Lotus bleu, dans l'ensemble peu modifié exceptés la colorisation, le calibrage paginal et quelques enrichissements de décor (version 1946). À la même période, Hergé lance avec Edgar P. Jacobs des planches de bandes dessinées sous le pseudonyme de « Olav »[99].
Le 19 avril 1946, Élisabeth Remi, la mère d'Hergé, décède dans un hôpital psychiatrique (banlieue nord-est de Bruxelles). Au cours de l'été, l'ancien résistant Raymond Leblanc (1915-2008) propose à Hergé d'obtenir pour lui l'autorisation de créer un journal. Leblanc fonde Le Journal de Tintin et Hergé devient le directeur artistique des bureaux situés au 55 rue du Lombard à Bruxelles. De nombreux dessinateurs coopèrent dont Edgar P. Jacobs, Jacques Van Melkebeke et Jacques Laudy. Le premier numéro de l'hebdomadaire paraît le 26 septembre 1946[120]. Les conditions de travail ne sont plus celles de l'Occupation, ce qui améliore considérablement la qualité du dessin (format à l'italienne, finesse des couleurs, taille des images…). Après deux ans d'interruption, la suite des Sept Boules de cristal apparaît dans le premier numéro du Journal sous le titre « Le Temple du Soleil ». Le tournant entre les deux albums s'effectue le 16 janvier 1947. Envoyant ses héros au Pérou, la documentation amassée, avec l'aide d'Edgar P. Jacobs, pour l'occasion est considérable. Outre les croquis et les photos, la source de référence du dessinateur est l'ouvrage de Charles Wiener, Pérou et Bolivie (1880). En parallèle du récit de l'aventure, les planches doubles du Journal permettent l'impression en bas de page de documents renseignant le lecteur sur les civilisations précolombiennes[121].
Après avoir contribué à la documentation et au coloriage du Temple du Soleil, Edgar P. Jacobs continue son chemin en se consacrant aux aventures de ses propres héros Blake et Mortimer à partir de janvier 1947. La période est particulièrement difficile pour Hergé. Une querelle éclate au printemps entre son agent Bernard Thièry et lui. Accusé d'escroquerie, ce dernier menace le dessinateur de divulguer la collaboration de Van Melkebeke alors interdit de publication depuis la Libération. L'abbé Wallez, quant à lui, est condamné à quatre années de prison le 10 juin[122].
Comme il le souligne dans l'une de ses lettres, le dessinateur est « las » :
« Quand je dis que je suis blasé, c'est fatigué que je devrais dire. Je suis las de ces éloges ; je suis las de refaire pour la ixième fois le même gag (…). Ce que je fais ne répond plus à une nécessité. Je ne dessine plus comme je respire, comme c'était le cas il n'y a pas tellement longtemps. Tintin, ce n'est plus moi (…). »
— Lettre d'Hergé à sa femme (11 juin 1947)[123].
Pour se changer les idées, le couple Remi part en Suisse durant une grande partie de l'été 1947. À leur retour, ils caressent le projet de s'établir en Amérique du Sud, loin des problèmes de la Belgique d'après-guerre[124]. Au printemps 1948, l'artiste belge qui rêve d'adapter Tintin au cinéma envoie une lettre à Walt Disney pour lui demander son appui en vain. Durant l'été, Georges et sa femme reprennent la direction de la Suisse accompagnés de Rosana, âgée de 18 ans et fille d'une amie de Germaine. Durant le séjour, l'homme et la jeune fille entretiennent une courte liaison amoureuse sitôt avouée[125]. Entre-temps, d'autres collaborateurs essentiels apparaissent dans le sillage d'Hergé : Bob de Moor (1925-1992) ou Guy Dessicy[126]. Le 16 septembre 1948, Hergé reprend une publication avortée de 56 planches en mai 1940 du fait de la disparition du Petit Vingtième : Tintin au pays de l'or noir. Le scénario avait débuté avant guerre avec l'attentat d'Haïfa survenu durant l'été 1938 à l'encontre de l'occupant britannique[127].
Cette aventure est celle qui connaît le plus de fluctuations. En une décennie, l'histoire fut arrêtée trois fois : en mai 1940 (occupation de Bruxelles), en juin 1947 (première déprime de Hergé) et enfin en avril 1949 (seconde déprime)[128]. Avant de compléter la suite de l'histoire, Georges Remi procède à certaines adaptations par rapport aux planches de 1939-1940 : il intègre ainsi le capitaine Haddock et le château de Moulinsart. Comme l'exprime B. Peeters : « Véritable fantôme se glissant dans un récit qui n'avait pas été prévu pour lui, Haddock apporte à cet album une note de bizarrerie presque surréaliste. »[129] Apparaissent au cours de cette aventure, l'émir Ben Kalish Ezab et son fils Abdallah inspiré de Fayçal II, fils de Ghazi Ier le roi d'Irak. D'un point de vue politique, c'est le témoignage des tensions qui subsistent pour l'indépendance sur fond de concessions pétrolières durant les années 1940 et 1950 dans le royaume d'Irak. L'épilogue est publié le 23 février 1950. Depuis le 16 décembre 1949, les Remi ont fait l'acquisition d'une ferme espagnole, ancienne propriété Labouverie, dans le village de Céroux-Mousty[130].
Depuis 1948, Hergé a le projet d'envoyer ses héros sur la Lune. Or, l'ampleur du projet nécessite par sa masse de documentation et de travail une équipe autour de lui. Le 6 avril 1950, Me Willocx, notaire à Saint-Gilles, signe l'acte de la société anonyme Studios Hergé[N 17]. Bob de Moor, second depuis le départ de Edgar P. Jacobs, est rejoint par Jacques Martin, Roger Leloup et d'autres. Pour calmer le chagrin de son père devenu veuf, Hergé le nomme comme responsable des archives. Dans le contexte international de l'époque, une partie du monde est entrée dans la Guerre froide. Le sujet de la nouvelle aventure de Tintin a pour toile de fond tantôt le rêve mythique de Jules Verne De la Terre à la Lune (1865) tantôt le contexte d'après-guerre d'utilisation des missiles et fusées. Entre 1948 et 1950, le bloc occidental reprend à son profit la technologie des V2 allemands (fusée Véronique mise au point en 1948)[131]. Afin d'être lavé de tout soupçon, Hergé plante son action dans l'un de ses pays imaginaires, la Syldavie. Le 30 mars 1950, les premières planches de On a marché sur la Lune apparaissent dans le Journal de Tintin.
Les Studios Hergé amassent une documentation énorme auprès du docteur Bernard Heuvelmans (une connaissance du groupe). Le fruit de cette collaboration donne naissance à une première planche, écrite par Hergé et Jacques Van Melkebeke (le rédacteur en chef du Journal de Tintin) qui se déroule aux États-Unis avec la participation des professeurs Tournesol et Calys. Jugée médiocre, Hergé l'abandonne tout en continuant la collaboration avec Heuvelmans[132]. Ainsi une maquette de la fusée est conçue pour permettre au décorateur-en-chef d' Objectif Lune (Bob de Moor) de rendre les scènes techniquement plus réalistes. Afin d'éviter la lourdeur documentaire du sujet, Hergé introduit une ligne humoristique au travers du capitaine Haddock, pour rendre l'histoire plus légère. L'aventure se termine le 30 décembre 1953 au terme de 117 planches parues. L'ensemble est scindé en deux albums distincts : Objectif Lune (Casterman, 1953) et On a marché sur la Lune (Casterman, 1954). À la fin des deux épisodes Hergé dresse un jugement sévère : d'une part il est insatisfait de la fin tragique de l'ingénieur Wolff :
« Il fallait sortir de cette impasse et j'ai fini par céder, et par écrire cette sottise : "Peut-être par miracle me permettra-t-il d'en réchapper. (…)" Il n'y a pas de miracle possible : Wolff est condamné sans appel, et il le sait mieux que quiconque. »
— Interview d'Hergé[133].
D'autre part, l'auteur reconnaît que le sujet extraterrestre est étroit et qu'il a, selon lui, fait le tour pour ne plus y revenir :
« Que voulez-vous qu'il se passe sur Mars ou sur Vénus ? Le voyage interplanétaire, pour moi, est un sujet vidé. »
— Interview d'Hergé[134].
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Quelques semaines plus tard, le dessinateur achète un étage d'appartement, avenue Louise à Bruxelles, pour y installer les Studios Hergé. Casterman commande à Hergé les planches d'avant-guerre (1935-1939) revisitées et en couleurs de Jo, Zette et Jocko. Les collaborateurs du dessinateur se mettent au travail et cinq albums sont proposés : Le Testament de M. Pump et Destination New-York (1951) reprennent les planches du Stratonef, Le "Manitoba" ne répond plus et L'Éruption du Karamako (1952), reprennent Le Rayon du mystère et enfin La Vallée des cobras (1956). Sur les instructions d'Hergé, Jacques Martin s'est personnellement occupé de ce dernier album à l'origine inachevé[135].
Durant la conception des deux albums précédents, son épouse Germaine est grièvement blessée lors d'un accident de voiture (17 février 1952). Quelques mois plus tard, Norbert Wallez récemment sorti de prison décède pendant que le dessinateur retrouve son amie d'enfance Marie-Louise van Cutsem lors d'une dédicace d'albums au Palais des Beaux Arts de Bruxelles (septembre 1952). Ces événements n'arrangent en rien la fragilité psychologique d'Hergé[136]. Mais les affaires reprennent l'année suivante et Tintin devient une véritable icône mondiale. Les Studios Hergé font l'acquisition de locaux plus vastes et déménagent le 1er avril 1953 pour l'avenue Louise à Bruxelles. Poussé par Casterman à éditer la dernière aventure de Jo, Zette et Jocko publiée en 1939, Hergé ne parvient pas à mettre la main sur les planches originales laissées à Cœurs Vaillants qui ne veut pas les lui rendre. Enfin, Raymond Leblanc travaille au projet du premier magasin Tintin à proximité des Studios Hergé, avenue Louise[137].
Le 22 décembre 1954, L'Affaire Tournesol commence à paraître dans le Journal[138]. Après la visite de Séraphin Lampion, les héros sont envoyés en Suisse où Hergé s'était préalablement rendu en repérage. Il croqua et photographia l'hôtel Cornavin à Genève, la demeure du professeur Topolino à Nyon ou les bords du lac Léman :
« Il fallait que je découvre l'endroit exact près de Genève, où une voiture peut quitter la route et tomber dans un lac. »
— Interview d'Hergé[133].
L'Affaire Tournesol est l'aventure par excellence qui rend le mieux compte de l'atmosphère de la Guerre froide. Les tensions entre la Syldavie et la Bordurie trahissent les affrontements entre les blocs. Le symbole bordure des moustaches de Plekszy-Gladz est un mélange du brassard nazi et des moustaches de Staline qui vient de mourir (mars 1953). La série se termine le 22 février 1956[139]. La même année, Hergé entame une relation extra-conjugale avec l'une de ses coloristes, Fanny Vlamynck, arrivée aux Studios en 1955.
Entre octobre 1956 et janvier 1958, les Studios Hergé réalisent Coke en stock. Cette dix-neuvième aventure est celle du retour d'anciennes connaissances. Ainsi réapparaissent : l'émir ben Kalish Ezab, Abdallah, le général Alcazar, Dawson, le docteur Müller, le lieutenant Allan, Rastapopoulos, Bianca Castafiore, Séraphin Lampion et Oliveira da Figueira. L'intrigue tourne autour du trafic d'armes et surtout d'esclaves qu'Hergé voulait dénoncer. Accompagné de Bob de Moor, l'artiste se rend sur un cargo suédois pour y prendre des clichés qui serviront de décor pour l'aventure[140].
En parallèle, la santé psychique d'Hergé demeure instable, marquée par des rêves de blanc et angoissants. Tintin au Tibet, l'album probablement le plus personnel de son œuvre, reflète bien l'état d'esprit de l'auteur à la fin des années 1950. Pour lutter contre ses démons, le dessinateur débute sa nouvelle aventure le 17 septembre 1958 :
« À un certain moment, dans une sorte d'alcôve d'une blancheur immaculée, est apparu un squelette tout blanc qui a essayé de m'attraper. Et à l'instant, tout autour de moi, le monde est devenu blanc, blanc. »
— Interview d'Hergé[141].
Il consulte le professeur Franz Riklin, psychanalyste disciple de Carl Gustav Jung, qui lui conseille purement et simplement d'arrêter de travailler. Mais Hergé ne tient pas compte de ses recommandations et poursuit la réalisation de l'album. Tintin au Tibet sera tout simplement le remède à cette crise des rêves et du subconscient meurtri de Georges Remi. La vingtième aventure est assez singulière et se démarque particulièrement des autres : pas de personnages secondaires, pas de méchants et un Tintin plus humain que jamais à la recherche de son ami de toujours, Tchang. Le rôle d'Haddock équilibre l'ensemble grâce à son humour décalé et râleur. C'est aussi une documentation précise sur l'Himalaya, Katmandou et surtout le légendaire Yéti[N 18]. Plus on progresse vers la fin de l'album, plus la blancheur l'emporte sur les autres couleurs : une couleur pure mais qui hante le dessinateur depuis plusieurs mois. Enfin, le monde du rêve est au centre de l'intrigue : rêve prémonitoire, télépathie, lévitation…[142] L'histoire est terminée le 25 novembre 1959. Libéré de ses démons, Hergé quitte officiellement sa femme Germaine.
« Quand je vois Franquin, je me demande comment peut-on comparer Franquin et Hergé. Il est tellement plus fort ! »
— Interview d'Hergé[16].
Vers la fin des années 1950, Hergé voyage beaucoup : il traverse l'Italie, l'Angleterre, la Suède, la Grèce et le Danemark. Les albums de son héros Tintin voyagent aussi. En 1948, Casterman atteint le premier million d'exemplaires vendus. Ce succès a fait de Tintin un héros universel. À partir de 1946, les premières traductions néerlandaises sont commandées : « Au fond, je n'ai qu'un seul rival international : c'est Tintin » ira jusqu'à dire Charles de Gaulle. La maison d'édition Casterman édite dès 1946 le Secret de la Licorne dans sa version néerlandaise (Het Geheim van de Eenhoorn), suivi de L'Oreille cassée (Het Gebroken Oor), L'Île Noire (De Zwarte Rotsen) et enfin tous les autres albums[143].
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Les premières traductions étrangères (1936-1960)
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| Album | Édition originale | Première édition étrangère |
|---|---|---|
| Tintin en Amérique | 1932 (Casterman) | 1936 (Portugais)[N 19] |
| Tintin au Congo | 1931 (Casterman) | 1940 (Néerlandais)[N 20] |
| Le Secret de la Licorne | 1943 (Casterman) | 1946 (Néerlandais) |
| Le Secret de la Licorne | 1943 (Casterman) | 1952 (Anglais britannique) |
| Le Trésor de Rackham le Rouge | 1944 (Casterman) | 1952 (Allemand) |
| Le Secret de la Licorne | 1943 (Casterman) | 1952 (Espagnol) |
| Le Sceptre d'Ottokar | 1939 (Casterman) | 1959 (Anglais américain) |
| Le Sceptre d'Ottokar | 1939 (Casterman) | 1960 (Danois) |
| Le Sceptre d'Ottokar | 1939 (Casterman) | 1960 (Suédois)
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Quatre albums vont poser problème aux éditeurs anglophones et ces derniers de réclamer des modifications à Hergé : L'Île Noire, L'Étoile mystérieuse, Le Crabe aux pinces d'or et Tintin au pays de l'or noir.
- L'Étoile mystérieuse
Dans la version originale de L'Étoile mystérieuse, dessinée en pleine Occupation allemande, Hergé avait donné aux ennemis du navire l'Aurore la nationalité américaine comme le montre la case illustrant le canot se dirigeant vers l'aérolithe tombé en mer. Suite aux pressions exercées par les éditeurs anglophones, Hergé remplace en 1954 le drapeau américain par le drapeau fictif du Sao Rico[103].
- Le Crabe aux pinces d'or
Le Crabe aux pinces d'or doit aussi se conformer aux exigences d'outre-Atlantique. Le puritanisme américain réclame entre autres, pour l'édition 1958, le retrait de deux cases dans lesquelles on voit le capitaine Haddock boire du whisky au goulot pour, dit-on, ne pas inciter les jeunes à boire…[144]
- L'Île Noire
En 1965, Methuen insiste pour que soit réalisée une version actualisée et plus réaliste de L'Île Noire à l'intention des lecteurs britanniques. En effet, l'éditeur londonien venait de trouver 131 erreurs de détail dans la précédente édition de 1943. Surchargé de travail, l'artiste dépêche sur place son assistant Bob de Moor qui a pour mission de croquer et de photographier les traces de Tintin en Écosse. Les changements de la nouvelle édition (1966) sont frappants : l'électrification des lignes ferroviaires, le whisky Johnny Walker devient l'insignifiant Loch Lomond, l'automobile de Müller devient une Jaguar (modèle Jaguar Mark X de 1961) ou encore la voiture à bras des pompiers devient un camion moderne…[145]
- Tintin au pays de l'or noir
Enfin, en 1969, Methuen fait redessiner Tintin au pays de l'or noir pour qui la version originale est obsolète :
« L'album ne pouvait paraître en Grande-Bretagne dans sa version originale : il y était question de la lutte des organisations juives contre l'occupant britannique, avant l'indépendance d'Israël. »
— Interview d'Hergé[146].
De son côté, Bob de Moor se rend dans le port d'Anvers pour prendre des clichés d'un pétrolier des années 1940 qui servira de modèle au Speedol Star[147].
Le symbole le plus édifiant de ce succès planétaire est probablement l'inauguration du nouveau siège des éditions du Lombard (éditeur du Journal de Tintin), avenue Spaak à Saint-Gilles (13 septembre 1958). L'immeuble est surmonté d'une enseigne lumineuse et pivotante représentant Tintin et Milou[148].
Hergé (2).
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Après Le Lotus bleu, Hergé revient à l'aventure de naguère avec L'Oreille cassée qui démarre le 5 décembre 1935 dans le Petit Vingtième. Ce choix est en grande partie dû aux pressions subies par l'auteur à l'issue du Lotus bleu. Au milieu des années 1930, l'Amérique latine est dans l'air du temps comme en témoignent l'expédition d'Henri Lavachery au Pérou, les récits d'Antonin Artaud au Mexique et la disparition du colonel Percy Fawcett dans la jungle brésilienne dix ans auparavant[74]. Avec cette sixième histoire, le dessinateur rompt pour un temps avec le réalisme géographique et historique, puisqu'il ouvre le décor dans des pays imaginaires et surtout il s'attache à poser le récit autour du fétiche arumbaya. Désormais le mystère réapparaît au plus grand bonheur des lecteurs : qui a tué Monsieur Balthazar ? L'action se déroule en Europe puis au San Theodoros et au Nuevo Rico deux territoires inventés par Hergé mais qui reprennent l'ensemble des caractéristiques de l'Amérique latine des années 1930 : les coups d'État à répétition, la forte présence militaire, le libérateur latino-américain à la Simón Bolívar…[75] Comme pour Le Lotus bleu, il dresse le tableau d'une guerre contemporaine, celle du Gran Chaco (renommée « Gran Chapo »), opposant la Bolivie et le Paraguay (1932-1935) à propos de concessions pétrolières. Sa principale source d'inspiration est encore une fois, la revue Le Crapouillot. Avec L'Oreille cassée on passe définitivement « du feuilleton au récit bouclé »[75].
Jusqu'en 1935, Les Exploits de Quick et Flupke continuent de paraître en parallèle des aventures de Tintin dans le Petit Vingtième. Après cette date, les apparitions se font de plus en plus rares jusqu'à disparaître définitivement :
« J'ai abandonné ces garnements-là parce qu'ils me donnaient beaucoup de soucis alors que Tintin me mobilisait de plus en plus. »
— Interview d'Hergé[68].
Pourtant à travers les deux gamins de Bruxelles, Hergé avait bouleversé la bande dessinée. Les codes traditionnels se sont trouvé modifiés : il apparaît lui-même sur plusieurs planches dans lesquelles il est pris à parti par Quick et Flupke, les personnages se cognent sur le bord des cases en faisant du ski, leur parodie d'Hitler de Mussolini où enfin ils gomment les éléments du dessin qui leur déplaisent, « le tout dans un esprit d'absolue liberté » note B. Peeters[50]. En décembre 1935, Gaston Courtois, de la direction de Cœurs vaillants adresse une lettre à Hergé en lui commandant des personnages plus réalistes que Tintin « dont le papa travaille, qui a une maman, une petite sœur, un petit animal de compagnie. »[76]. Déjà très occupé par l'univers grandissant de Tintin, Hergé ne se sent pas très à l'aise dans un nouvel univers qu'il faut construire de toutes pièces. Cinq épisodes de Jo, Zette et Jocko sont réalisés en bichromie à partir de janvier 1936 avant d'être abandonnés à leur tour[77]. Tintin est une vedette internationale puisqu'après avoir conquis, la Belgique, la France et la Suisse c'est au tour du Portugal où O Papagaio publie dans ses colonnes, en avril 1936, les planches colorisées de Tintin en Amérique : c'est la première traduction étrangère de l'œuvre[78].
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Nombre de gags de Quick et Flupke dans le Petit Vingtième (1930-1940)[79]
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| Dates | Nombre de gags | Sujets et contextes |
|---|---|---|
| 1930 | 46 | La vie quotidienne de rue. |
| 1931 | 51 | La vie quotidienne de rue. |
| 1932 | 47 | Le Far-West, la SDN, le football, le yoyo et l'irréalisme. |
| 1933 | 24 | Les obus, Hergé, le cauchemar, la politique internationale et les sports d'hiver. |
| 1934 | 41 | Le Loch Ness, l'irréalisme, Hitler et Mussolini et la politique internationale. |
| 1935 | 35 | Les automobiles, Hergé et les sports d'hiver. |
| 1936 | 9 | L'irréalisme, Mussolini et la politique internationale. |
| 1939 | 7 | Le service militaire, l'art contemporain et l'irréalisme. |
| 1940 | 3 | La vie quotidienne. |
Entre 1931 et 1936, Hergé réalisa des illustrations pour divers ouvrages. Ses clients provenaient de la mouvance ultracatholique : Raymond de Becker (Le Christ, roi des affaires, 1930, Pour un Ordre nouveau, 1932…) et surtout Léon Degrelle, un journaliste correspondant au Vingtième Siècle et auteur des Grandes farces de Louvain (1930) et d'une Histoire de la guerre scolaire (1932). Degrelle était à l'origine un monarchiste maurrassien et anticommuniste précoce[80]. C'est à son entrée au Vingtième Siècle en 1929 qu'il rencontra Hergé. Après un séjour outre-atlantique, d'où il initia le jeune dessinateur à la bande dessinée américaine. Pour les élections législatives de 1932, Hergé contribua à sa propagande anticommuniste notamment par le biais d'une affiche qu'il réalisa pour le compte du parti catholique : c'était une tête de mort protégée par un masque à gaz et qui s'exclamait : « Contre l'invasion, votez pour les Catholiques ». Après cette campagne, Hergé s'était déclaré « tout prêt à travailler avec Degrelle mais s'agissant de ce dessin comme n'importe quel autre, il n'envisage pas de le signer sans l'avoir méticuleusement revu, achevé et définitivement mis au point. »[80] À partir de 1934, à la tête du mouvement Rex, l'action de Degrelle se montra de plus en plus politique jusqu'à rencontrer Mussolini puis Hitler au cours de l'année 1936. La même année, Degrelle créa son journal politique Le Pays réel au sein duquel il mena une violente campagne antiparlementaire et anticommuniste. Durant cette période, Hergé prit du recul avec le leader rexiste et pendant la guerre il refusa de participer aux planches du Pays réel dont le chef venait d'incorporer la SS[80]. Pourtant d'aucuns (Maxime Benoît-Jeannin, Le Mythe Hergé) notent un rapprochement entre l'œuvre d'Hergé et le mouvement rexiste par le spectre de Rastapopoulos : « Par son nom Rastapopoulos est un concentré de toutes les tares que les mouvements antiparlementaires et antirépublicains stigmatisent dans leurs journaux. Et puis à la fin du XIXe siècle, le mot "rastaquouère" vise les étrangers à la richesse ostentatoire (…) »[81] D'ailleurs sur l'une des dernières planches de Quick et Flupke (avril 1936) concernant une parodie d'un poème de Théophile Gautier, l'artiste représenta une étrange case sur laquelle on voit une allégorie de la mort portant un masque à gaz et accompagnée d'un singe brandissant le message « Rex vaincra ! ». Derrière eux, on peut voir des avions de guerre dans le ciel et un diablotin (peut-être communiste) qui asperge l'allégorie d'un insecticide appelé « antirex »[82].
Le 30 janvier 1936, Georges Remi et son épouse Germaine déménagent pour élire domicile 9 place de mai à Woluwe-Saint-Lambert. Désormais, Hergé prend conscience de ses droits d'auteur et s'adjoint les services d'un avocat, maître Dujardin. Les bénéfices des 6000 exemplaires tirés du Lotus bleu en août 1936 reviendront à lui seul et non plus à l'abbé Wallez qui perd ses droits. L'artiste rêve d'une boutique Tintin et Milou à Bruxelles où l'on vendrait des produits dérivés du célèbre reporter[83]. En mars 1937, Hergé dessine les toutes premières planches de Tintin en Angleterre. Pour s'assurer du réalisme de ses croquis, il participe le mois suivant à un voyage scout sur place dans le Sussex. Le scénario est placé sous le signe de l'enquête policière sur fond de traditions écossaises[84]. La septième aventure qui apparaît dans les colonnes du Petit Vingtième le 15 avril 1937, est la première à mettre en scène la technique : apparition de la télévision, les machines d'impression des faux-monnayeurs, la place centrale des trains ou encore la Jaguar Mark IV du Docteur Müller. L'élément principal de l'histoire est bien entendu la « Bête » qui effraie tout le monde (un gorille). Encore une fois, il faut y chercher des éléments contemporains d'Hergé : d'abord le succès au cinéma du film King Kong (1933), une affaire de faux-monnayeurs organisée par un personnage germanophone nommé « Müller » et surtout les témoignages sur l'apparition du monstre du Loch Ness dans un lac d'Écosse (1934). Hergé mélange tous ces éléments pour établir son intrigue[85].
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Le 4 août 1938 débutent les premières péripéties de Tintin en Syldavie. Comme le note B. Peeters, « les signes annonciateurs du second conflit mondial sont (…) innombrables. Et ce sont eux que l'auteur va prendre comme point de départ de sa fiction. »[86]. Hergé crée pour la seconde fois deux États imaginaires antagonistes, le royaume de Syldavie et la Bordurie, qui empruntent beaucoup de traits à la Yougoslavie : les personnages coiffés de toques, la charrette de foin, les Alpes dinariques, le pélican (très présent au Monténégro), les minarets…[87] En cette année 1938, le contexte international est sensible et Hergé le suit de près. Le 12 mars, les troupes allemandes d'Hitler annexent l'Autriche : c'est l'Anschluss. L'artiste reprend dans l'aventure cet événement qu'il transforme en un « Anschluss raté » : la dictature de Bordurie tente de s'emparer, via les moyens que possèdent ces régimes totalitaires, de la Syldavie par l'intermédiaire de Müssler qui est une synthèse de Mussolini et d'Hitler[86]. En faisant de la Syldavie un royaume sympathique et inoffensif, on croit reconnaître comme François Rivière « cette Belgique déguisée en pays slave »[N 10]. Cette histoire semble, enfin, emprunter de nouveau à l'histoire familiale d'Hergé : les jumeaux Nestor et Alfred Halambique font sûrement référence à son père et à son oncle (eux-mêmes jumeaux), alors que Bianca Castafiore, inspirée de Renata Tebaldi, pourrait bien être aussi le négatif de la comtesse qui avait recueilli son père et son oncle lorsqu'ils étaient encore des nouveau-nés[88]. X33 et X33 bis apparus en 1934, sont pour la première fois, dans Le Sceptre d'Ottokar, nommés Dupont et Dupond[N 11]. Lorsque les dernières planches paraissent dans le Petit Vingtième, le 10 septembre 1939, Hitler vient de soumettre la Pologne depuis quelques jours : le second conflit mondial vient de commencer.
Après la démission forcée de l'abbé Wallez au milieu des années 1930 faisant suite à une altercation avec un représentant de l'État, William Ugeux devient le nouveau rédacteur-en-chef du Vingtième Siècle. À la fin du printemps 1939, Georges et Germaine sont invités au Vélodrome d'Hiver à Paris par Cœurs Vaillants pour écouter l'interprétation de la chanson Tintin et Milou[89]. Le 28 juin, les époux Remi s'installent au 17 avenue Delleur à Watermael-Boitsfort. À la mi-septembre 1939, l'artiste est mobilisé à Herenthout (province d'Anvers) où il est chargé de réquisitionner les bicyclettes des environs. Or durant l'automne il continue à envoyer depuis sa caserne, certes irrégulièrement, les planches de la nouvelle aventure de Tintin au Petit Vingtième : Tintin au pays de l'or noir[90]. Son ancien ami scout Raymond de Becker lance le 7 décembre 1939 la revue L'Ouest officiellement neutre mais soutenue, selon M. Benoît-Jeannin, par l'ambassade d'Allemagne à Bruxelles[91]. Pour de Becker, la Belgique doit cesser de s'aligner sur la politique française vis-à-vis de l'Allemagne et de l'Europe. Entre le 7 et 28 décembre 1939, Hergé dessine pour la nouvelle revue quatre strips de Monsieur Bellum qui s'insurge contre le « bourrage de crâne », dit-il, de la radio belge[92]. Lieutenant de réserve, Georges Remi est ensuite envoyé à Eekeren comme instructeur dans une compagnie d'infanterie d'expression flamande. Durant cette période (hiver 1939-printemps 1940), il continue d'envoyer, pratiquement chaque semaine, deux planches de Tintin au pays de l'or noir. Le 12 avril 1940, il tombe malade déclaré inapte par le médecin de l'hôpital d'Anvers il est mis en congé sans solde. Hergé termine les deux derniers gags de Quick et Flupke puis il dépose les dernières planches (55 et 56) de l'or noir qui apparaissent pour la dernière fois dans le numéro du 9 mai[93].
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Cependant, cette correspondance s'interrompt définitivement quand le Vingtième Siècle cesse de paraître le 8 mai 1940 pour cause d'occupation allemande[94]. En effet, entre les mois de mai et juin 1940, l'armée allemande écrase dans une guerre-éclair les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. L'officier Paul Remi, frère d'Hergé, est alors déporté en Allemagne comme prisonnier de guerre. Après les premiers bombardements, les Remi et leur chat siamois quittent Bruxelles et font une halte à Paris chez une amie (arrivés le 20 mai 1940). Deux jours plus tard, ils partent pour le Puy-de-Dôme à Saint-Germain-Lembron où ils trouvent refuge durant un mois dans la demeure du dessinateur Marijac. Le couple belge est de retour à Bruxelles le 30 juin 1940 au moment où le roi Léopold III appelle ses sujets à reprendre le travail[95]. Avec l'arrêt du Petit Vingtième, la situation de Georges Remi se précarise. Depuis la mi-juin, le plus gros tirage belge, Le Soir, réapparaît mais sous contrôle allemand, d'où le surnom Le Soir volé que lui donnent les Résistants. Quelques semaines plus tard, Raymond de Becker un ancien camarade scout d'Hergé et admirateur de Mussolini, est nommé chef des services rédactionnels du quotidien. Après avoir refusé la proposition du Pays réel, l'organe de presse du parti Rex, Hergé accepte celle du Soir. Sa période d'essai débute le 15 octobre 1940 durant laquelle il se voit confier la responsabilité d'un supplément hebdomadaire consacré à la jeunesse : Le Soir-Jeunesse[96].
Le dessinateur y retrouve également Paul Jamin (1911-1995) qui dessine aussi pour Le Pays Réel et le Brüsseler Zeitung[97]. Enfin, Hergé rencontre Jacques Van Melkebeke qui devient son principal collaborateur. Jamin, Van Malkebeke et Hergé signent dans Le Soir-Jeunesse des éditoriaux sous le pseudonyme « Monsieur Triplesec »[97].
Le journal a été repris en octobre 1940 par un groupe de collaborateurs belges, aussi les histoires proposées ne doivent faire référence à aucun sujet brûlant : Hergé reprend un fait divers de trafic de cocaïne sur le yacht d'un certain Miguel Castanesa par le biais de boîtes de crabe[98]. Le 17 octobre commence à paraître, dans le premier numéro du Soir-Jeunesse intitulé « Tintin et Milou sont revenus ! », Le Crabe aux pinces d'or. Mais la pénurie de papier ne tarde pas à réduire les dimensions du supplément qui ne connaitra pas le même succès que le Petit Vingtième[99].
En cet automne 1940, les affaires semblent repartir pour Hergé. Il accepte l'illustration des Fables de Robert du Bois de Vroylande où figure une histoire intitulée « Les deux Juifs et leur pari ». Puis le plus gros quotidien flamand Laatste Nieuws lui propose la publication dans ses colonnes de Tintin in Kongo en néerlandais[N 12]. L'évolution de la neuvième aventure, Le Crabe aux pinces d'or, subit les aléas du conflit. De mois en mois, le supplément Le Soir-Jeunesse s'amenuise : alors qu'en octobre 1940 il occupait huit pages (dont deux pour Les Aventures de Tintin), il ne dispose plus que de quatre pages en mai 1941, jusqu'à disparaître le 23 septembre. Dès lors, c'est en minuscules strips quotidiens que l'aventure continue d'être publiée. Cette dernière est avant tout célèbre parce qu'elle fait apparaître le capitaine Haddock, qui deviendra une figure-phare des aventures[N 13]. Après quelques planches envoyées au journal, Hergé abandonne définitivement les Exploits de Quick et Flupke. Durant ces années d'occupation, les sujets traitent de « littérature d'évasion ». Les 98 planches du « Crabe » sont bouclées le 3 septembre 1941[100]. Entre-temps, la troupe du Théâtre de la Jeunesse présente aux Galeries de Bruxelles une pièce écrite par Hergé et Jacques Van Melkebeke : Tintin aux Indes ou le Mystère du diamant bleu (avril 1941). Le décor est planté dans l'Inde des Maharadjahs on note, outre Tintin, la présence des Dupondt et celle d'un savant sourd, esquisse du futur professeur Tournesol. C'est d'ailleurs au théâtre que Van Melkebeke présente à Hergé son ami Edgar P. Jacobs (1904-1987) qui devient rapidement « décoriste » et coloriste du père de Tintin[101].
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En 1936, Charles Lesnes, introducteur d'Hergé chez Casterman, expliquait au dessinateur qu'il fallait de toute évidence et le plus rapidement possible entrer « dans une voie nouvelle : celle de la couleur ». Trois ans plus tard, Hergé et ses collaborateurs s'étaient mis à l'œuvre et les quatre premiers albums, hormis Tintin au pays des Soviets, étaient achevés. Cependant ces refontes ne concernaient que des encarts colorisés hors-texte au sein des albums en noir et blanc[102]. En revanche, l'acquisition par Casterman d'une nouvelle machine offset fait évoluer les choses. Dès février 1941, Louis Casterman demande à Hergé d'envisager la possibilité de réduire sensiblement le nombre de pages des futurs Tintin pour qu'ils puissent être imprimés en couleur par le procédé offset. Après avoir longuement hésité, Hergé accepte de mettre en couleurs ses histoires et de respecter le cadre des 62 pages[57] :
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Le remaniement des albums d'avant-guerre (avant 1945)
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| Albums | Année de la première édition | Année du premier changement | Année du deuxième changement |
|---|---|---|---|
| Tintin au Congo | Petit Vingtième en 1931 | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 |
| Tintin en Amérique | Petit Vingtième en 1932 | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 |
| Les Cigares du pharaon | Casterman en 1934 | Casterman en 1938 | Casterman en 1942 |
| Le Lotus bleu | Casterman en 1936 | Casterman en 1939 | Casterman en 1942 |
| L'Oreille cassée | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| L'Île Noire | Casterman en 1938 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| Le Sceptre d'Ottokar | Casterman en 1939 | Casterman en 1942 | Néant |
| Le Crabe aux pinces d'or | Casterman en 1941 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| L'Étoile mystérieuse | Casterman en 1942 | Néant | Néant |
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La tâche étant immense, Hergé doit être épaulé par des collaborateurs, dont Edgar P. Jacobs, qui entament un important travail de refonte et de mise en couleurs des albums d'avant-guerre. L'artiste annonce à l'éditeur son intention d'organiser « une sorte d'atelier, spécialisé dans ce genre de travail » : Eugène Van Nyverssel, son épouse Germaine, Edgar P. Jacobs, Alice Devos, Guy Dessicy, Franz Jageneau et Monique Laurent forment la première équipe[57]. Pourtant, Hergé ne se limite pas uniquement au coloriage de ses albums : il en profite pour corriger les maladresses de dessin ou de découpage, il réécrit lisiblement les textes, et enfin il supprime ou ajoute des cases. L'Étoile mystérieuse est le premier album à résulter de ce long travail : 176 strips parus dans Le Soir du 20 octobre 1941 au 21 mai 1942 sont remaniés en 62 planches.
Les planches de L'Étoile mystérieuse, sont alors colorées d'antisémitisme et d'anti-américanisme[103].
Au cœur d'une expédition scientifique en Arctique, Hergé prend soin de mettre en scène des ressortissants de pays neutres ou alliés de l'Allemagne (Suède, Espagne, Allemagne, Suisse et Portugal) et dans la version d'avant 1945, le navire concurrent est américain[104]. L'œuvre d'Hergé souffre peu de la censure allemande : en 1941, les autorisations de réimprimer Tintin en Amérique et L'Île Noire demandées par Casterman tardent à venir, mais la réédition aura lieu, et aucun album de Tintin, sauf L'Île Noire à l'été 1943[105], ne sera interdit sous l'Occupation. Le 5 mars 1942, il est l'un des rares à intervenir, pour la première fois, sur Radio-Bruxelles. À la fin de l'année, L'Île Noire, L'Oreille cassée et Le Crabe aux pinces d'or sont presque terminés[102].
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Sur sa lancée, Hergé poursuit l'écriture de récits d'évasion, un peu comme pour faire oublier le quotidien de l'Occupation. Le 11 juin 1942, Le Secret de la Licorne, prémices d'une chasse au trésor, commence à paraître dans Le Soir. Voulant éviter la monotonie, l'artiste introduit dans son histoire un maximum de fantaisie et de liberté. Pour la première fois, ce sont les personnages secondaires qui perturbent le bon déroulement de l'histoire[N 14]. Après les Peaux-Rouges de Tintin en Amérique, le dessinateur traite ici d'un autre thème mythique de la littérature de jeunesse : les corsaires et les pirates. Pour plonger le lecteur dans cet univers, il l'embarque, fin XVIIe siècle, à bord d'un vaisseau de Louis XIV nommé « La Licorne » et commandé par un ancêtre du capitaine Haddock[N 15]. Depuis L'Étoile mystérieuse, Hergé regrettait de ne pas avoir dessiné le navire d'exploration l'Aurore à partir d'une véritable maquette. Pour La Licorne, il procède méthodiquement en reproduisant très fidèlement les caractéristiques des vaisseaux d'époque dont les maquettes étaient visibles au Musée de la Marine de Paris[106]. L'histoire se poursuit dans Le Trésor de Rackham le Rouge (à partir du 19 février 1943 dans Le Soir). Cet épisode marque l'apparition du professeur Tournesol, personnage haut en couleur, inspiré du physicien suisse Auguste Piccard (1884-1962). Ce dernier fut le concepteur de nombreuses inventions comme le ballon stratosphérique ou le bathyscaphe et réalisa des plongées sous-marines[107]. L'aventure se termine par l'acquisition du château de Moulinsart, au terme de 183 strips en noir et blanc le 23 septembre 1943 [N 16].
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Au tournant du Trésor de Rackham le Rouge et des Sept Boules de cristal, Hergé introduit le château de Moulinsart et son serviteur Nestor. Il s'agit alors de la demeure historique de la famille Haddock qui est rachetée par le capitaine grâce aux fonds du professeur Tournesol : c'est la fin du « nomadisme » des personnages[108]. Les Sept Boules de cristal commencent d'ailleurs le 16 décembre 1943 dans ce nouveau décor somptueux, largement inspiré du château français de Cheverny (privé de ses deux ailes extérieures). Dans la lignée des Cigares du pharaon et de L'Étoile mystérieuse, le dessinateur fait de la malédiction d'une momie inca l'énigme centrale de son histoire. À l'époque, aidé par son collaborateur Edgar P. Jacobs, Hergé s'attache de plus en plus au réalisme des décors. Aussi Jacobs repère-t-il dans la banlieue bruxelloise une villa qui servira de modèle pour la maison du professeur Bergamotte :
« Jacobs avait découvert exactement le genre de villa qui convenait, pas très loin de chez moi, toujours à Boitsfort. Et nous voilà postés devant cette maison, amassant des croquis sans nous inquiéter (…). Notre travail terminé, nous repartons paisiblement. Surgissent à ce moment deux autos grises (…) qui stoppent devant la villa : celle-ci était réquisitionnée et occupée par des SS ! »
— Interview d'Hergé[109].
Cette aventure est probablement celle où l'évolution sera la plus soumise aux aléas de la guerre : la progression est ralentie pour être totalement interrompue avec la Libération de Bruxelles par la Division britannique des Guards, au matin du 4 septembre 1944. L'interruption correspond approximativement à la séquence où Tintin effectue une visite à l'hôpital[110].
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Hergé (1).
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| Hergé | |
| Georges Remi | |
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| Nom de naissance | Georges Prosper Remi |
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| Surnom(s) | Hergé (depuis 1924) |
| Naissance | 22 mai 1907 Etterbeek, Belgique |
| Décès | 3 mars 1983 (à 75 ans) Woluwe-Saint-Lambert, Belgique |
| Nationalité | |
| Profession(s) | Dessinateur, scénariste |
| Distinctions | 1973 : Grand Prix Saint-Michel 1977 : Médaille de vermeil de la Ville d'Angoulême 1978 : Grade d'officier de l'ordre de la Couronne |
| Conjoint(s) | Germaine Kieckens (épouse de 1932 à 1960) Fanny Rodwell (épouse de 1977 à 1983) |
| Signature | |
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Hergé, de son vrai nom Georges Prosper Remi[N 1] (né le 22 mai 1907 à Etterbeek et mort le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, Belgique), est un auteur belge de bande dessinée francophone, principalement connu pour Les Aventures de Tintin.
D'abord dessinateur amateur d'une revue scoute, il signe ses planches du pseudonyme « Hergé » à partir de 1924. Quelques mois plus tard, il entre au quotidien Le Vingtième Siècle, dont il devient rapidement l'homme providentiel grâce aux Aventures de Tintin. Celles-ci débutent le 10 janvier 1929 dans un supplément du journal destiné à la jeunesse, Le Petit Vingtième. Importateur de la bande dessinée américaine à bulles, il est souvent considéré comme « le père de la bande dessinée européenne »[1].
Durant les années 1930, Hergé diversifie son activité artistique (illustrations de journaux, de romans, de cartes et de publicités), tout en poursuivant la bande dessinée. Il crée tour à tour Les Exploits de Quick et Flupke (1930), Popol et Virginie au pays des Lapinos (1934) et enfin Jo, Zette et Jocko (1935). En 1934, il fait la rencontre de Tchang Tchong-Jen, jeune étudiant chinois qui bouleverse sa pensée et son dessin. Après la Seconde Guerre mondiale, le personnage de Tintin lui confère une renommée européenne, puis internationale. En parallèle, il doit rendre compte d'accusations de collaboration avec l'ennemi pendant l'Occupation allemande et de dessins jugés parfois racistes, ce qui entache sérieusement sa réputation.
Durant les années 1950 et 1960, perfectionniste et visionnaire, il met au point une technique graphique dont il sera bientôt le chef de file : la « ligne claire ». Après des hommages internationaux et d'ultimes retrouvailles avec Tchang (1981), il meurt d'une leucémie en 1983. Depuis sa mort, il est considéré comme l'un des plus grands artistes contemporains et a vendu plus de 200 millions d'albums, traduits dans une centaine de langues. Aujourd'hui, l'œuvre d'Hergé est gérée par sa veuve Fanny Rodwell via la société Moulinsart et la Fondation Hergé.
Biographie
Georges Prosper Remi est né au 25 rue Cranz à Etterbeek, une commune de l'agglomération bruxelloise, le 22 mai 1907 à 7h30[N 2]. L'enfant est baptisé quelques semaines plus tard, le 9 juin, à l'église paroissiale de la commune ; sa marraine est sa propre grand-mère maternelle, Antoinette Roch[2]. Ses parents appartiennent à la classe moyenne bruxelloise : Alexis Remi (1882–1970) est employé dans la maison de confection pour enfants Van Roye-Waucquez (à Saint-Gilles) et Élisabeth Dufour (1882–1946), ancienne couturière, est sans profession[3]. Son père, wallon, était né d'une union illégitime entre une servante, Léonie Dewigne (1860-1901) et probablement Alexis Coismans, un ébéniste bruxellois de vingt-quatre ans. Le fait qu'il se présenta à la maison communale d'Anderlecht pour déclarer la naissance des jumeaux et le choix du prénom d'un des enfants semblerait lui donner la paternité d'Alexis et Léon Remi[2]. Certains pensent que la paternité reviendrait plutôt à Gaston comte Errembault de Dudzeele (1847-1929) chez les parents de qui Léonie travaillait comme domestique à Chaumont-Gistoux. Délaissée par Coismans, la jeune fille épousa Philippe Remi qui reconnut les enfants (septembre 1893)[4]. Cette mystérieuse affaire a fait évoquer à Serge Tisseron le poids d'un secret de famille dans l'œuvre du futur Hergé[N 3]. Quant à Élisabeth c'est une flamande ce qui fera dire plus tard à Georges Remi : « Je suis un Belge synthétique »[5]. Après la naissance de Georges, la famille Remi ne va cesser de déménager. Le 26 juin 1908, ils s'installent au 34 de la rue de Theux à Etterbeek, la demeure du plombier Joseph Dufour (1853-1914) et Antoinette Roch (1854-1935), les parents d'Élisabeth. De santé fragile, la jeune maman est victime d'une rechute de pleurésie durant le printemps 1909[6]. Une friction familiale fait partir le jeune couple qui s'installe le 12 janvier 1912 au 57 avenue Jules Malou dans la même commune. Le 26 mars de la même année, naît à Ixelles Paul Remi (1912-1986), le frère cadet de Georges avec qui les contacts sont très lâches. Le lendemain, les Remi élisent domicile au 91 rue de Theux à Ixelles[7].
« Je me sentais médiocre et je vois ma jeunesse comme une chose grise, grise. »
— Interview d'Hergé[8].
Selon les propres mots d'Hergé, le petit Georges était un enfant insupportable, « particulièrement lorsque ses parents l'emmenaient en visite. » L'un des remèdes les plus efficaces était de lui fournir un crayon et du papier[9]. L'un de ses premiers dessins connus figure au dos d'une carte postale où sont représentés au crayon bleu un train à vapeur, un garde-barrière et une automobile (vers 1911)[10]. Le 29 septembre 1913, le jeune garçon de 6 ans entre à l'école communale de l'Athénée à Ixelles. À peine l'année scolaire est-elle terminée que la Belgique est occupée par l'armée allemande de Guillaume II (20 août 1914). Son oncle Léon est mobilisé sur le front de l'Yser dès la fin août 1914 ; il en reviendra avec la croix de guerre avec palmes[11]. Le cardinal Mercier, archevêque de Malines, en appelle à la résistance belge. Entretemps, après une rechute d'Élisabeth, la famille Remi déménage une nouvelle fois 124 rue du Tram à Watermael-Boitsfort dans la banlieue sud de Bruxelles (septembre 1914). Durant sa scolarité à l'école no 3 d'Ixelles, Georges Remi dessine dans le bas de ses cahiers des histoires imagées qui racontent les démêlés d'un petit garçon avec l'occupant allemand[9].
« Un jour, un élève m'a pris un dessin et l'a montré au professeur. Celui-ci l'a regardé avec une moue méprisante, et m'a dit « Il faudra trouver autre chose pour vous faire remarquer ! ». Parfois l'instituteur, me voyant occupé à griffonner et me croyant distrait, m'interpellait brusquement : « Remi !… Répétez donc ce que je viens de dire ! » Et déjà il ricanait méchamment dans sa barbe. Mais son visage exprimait généralement un profond étonnement lorsque, tranquillement, sans hésiter, je répétais ce qu'il venait de dire. Car si je dessinais d'une main, eh bien, j'écoutais attentivement de l'autre !… »
— Hergé, interview[12].
En raison de l'amélioration de la santé d'Élisabeth, la famille revient s'installer définitivement au 34 rue de Theux à Etterbeek (août 1917)[13]. En mars 1918, Georges Remi croque dans le cahier de poésie de son amie Marie-Louise van Cutsem « Milou » un dessin à l'encre de Chine et à l'aquarelle représentant un coq qui apostrophe un lapin face à un œuf brisé[14]. Le 7 octobre 1919, l'écolier entre à l'École supérieure no 11 d'Ixelles. À l'occasion du premier anniversaire de l'Armistice en novembre 1919, il compose une vaste fresque patriotique faite de craies de couleur dans laquelle les soldats belges « flanquaient une solide râclée à l'armée allemande », ce qui bouleverse son professeur de dessin, Monsieur Stoffijn, dit « Fine-Poussière »[15].
Georges Remi était issu d'une famille de la classe moyenne catholique et ancrée à droite. En 1919, le patron de son père, Monsieur Waucquez avait fortement conseillé Alexis Remi de mettre son fils en établissement catholique à la suite d'une année scolaire plutôt médiocre. Le jeune garçon est, à son grand désespoir placé au sein de la troupe scoute du collège Saint-Boniface de Bruxelles. Dès lors, l'environnement ultracatholique et scout ne le quittera plus jusqu'aux années 1950[16].
Après avoir fait sa communion, le jeune garçon entre à l'Institut Saint-Boniface de Bruxelles dirigé par l'abbé Pierre Fierens ; il est âgé de 13 ans (1920). Malgré une légende tenace répandue par Hergé lui-même, l'élève se montre excellent dans toutes les matières (même en dessin)[17],[9]. Au dernier trimestre, le prix de dessin ne lui est pas décerné au grand dam de ses camarades et le professeur de dessin répond :
« Bien sûr, Remi mérite mieux ! Mais il fallait dessiner des épures, des prismes et autres objets avec ombre portée… Chez ce garçon, un autre dessin est inné ! Ne vous en faites pas, on en reparlera. »
— Abbé Proost, professeur de dessin de Georges Remi (1924)[18].
En 1918, Georges Remi avait rejoint les « Boys-Scouts de Belgique » (organisme laïque) avant de les abandonner en 1921 pour la « Troupe Saint-Boniface » du collège. Le jeune garçon vit ce changement avec beaucoup de tristesse[9]. Durant le début des années 1920, l'adolescent prend plaisir dans le scoutisme qu'il considère comme la grande affaire de sa jeunesse. Il devient rapidement chef de la patrouille des « Écureuils » et reçoit le nom totémique de « Renard curieux »[9]. À l'époque, Georges Remi poursuit ses croquis, notamment lors des camps d'été (en Autriche, en Suisse, en Italie, dans les Pyrénées), et en fait paraître à partir de 1921 dans les revues du collège Jamais Assez puis Le Boy-Scout[N 4]. Enfin, suite à ses cours d'anglais et à sa passion pour le scoutisme, le jeune Remi est fasciné par l'Amérique des cow-boys et des indiens comme le prouvent ses cahiers de l'époque qui fourmillent de visages qu'il commence à signer « Hergé » (Remi Georges) (1924)[19]. Au même moment, à l'occasion de la fête de l'aumônier Hansen, le créateur de la troupe scoute, il est choisi pour dessiner une vaste fresque sur un mur du collège Saint-Boniface (vers 1922). Redécouverte par hasard en 2007 : elle est composée d'une scène de chevaliers en armure, de cow-boys et d'indiens[20],[21]. Lorsque le jeune Hergé retourne auprès de ses parents, c'est pour se rendre en famille au bord de la mer à Ostende avec la famille van Cutsem (étés 1923, 1924 et 1925)[22].
Durant les années 1920, les réalisations d'Hergé restent encore très modestes. Bien qu'il illustre des articles et des couvertures de mensuels de gags scouts, la technique reste maladroite : par exemple, en avril 1925, il croque pour le Blé qui lève quatre dessins sur les « plaisirs du vélo » où un cyclotouriste regonfle son pneu tellement fort qu'il le fait exploser…[23]. Au même moment, son chef de troupe René Weverbergh lui offre pour la Saint-Georges, un ouvrage intitulé Anthologie d'Art pour perfectionner son coup de crayon[24]. Ses études secondaires terminées, Hergé cherche désormais du travail. Lors d'une réunion scoute, l'abbé Wathiau lui propose un poste d'employé au Vingtième Siècle. Acceptant l'offre, il est engagé à partir du 31 octobre 1925 :
« Mon travail consistait surtout à inscrire le nom des nouveaux abonnés sur des formulaires spéciaux (…) à envoyer par la poste, et à établir un fichier. »
— Interview d'Hergé[25].
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Le journal est dirigé par l'autoritaire abbé Norbert Wallez (1882-1952) dont la ligne éditoriale est ultracatholique et nationaliste. C'est d'ailleurs l'administrateur du Boy-Scout belge, le journal du collège, René Weverbergh qui présenta le jeune Georges à l'abbé Norbert Wallez, le directeur du Vingtième Siècle (1925). L'ecclésiastique se révéla alors à un jeune garçon qui n'avait aucune assurance et qui s'autocritiquait sans cesse. Plus tard, Hergé avoua que Wallez avait profondément influencé sa philosophie, sa personnalité et même sa vie conjugale puisque c'est lui qui lui présenta sa secrétaire Germaine Kieckens au dessinateur[16]. Or, le directeur du Vingtième Siècle est un ultracatholique fasciste vouant un véritable culte à Mussolini dont il avait un portrait dans son bureau. Au début des années 1930, Église et anticommunisme se confondaient en Belgique et Tintin, que lui avait commandé l'abbé, devint tout naturellement un jeune reporter catholique sauveur du peuple russe contre la barbarie soviétique…[16]
Hergé continue de publier en parallèle pour la revue du Boy-Scout des planches de gags[26]. Dans le numéro de juillet 1926, la double page centrale propose Les Extraordinaires Aventures de Totor, C. P. des Hannetons, un grand film comique d'United Rovers. La suite des aventures de ce scout débrouillard, souvent reconnu comme l'ancêtre de Tintin, se déroule en août-septembre à Manhattan. Cependant, le dessinateur est appelé au service militaire le 16 août : il est affecté à la 4e Compagnie du 1er Régiment de Chasseurs à pied à Mons alors qu'il avait demandé la cavalerie ! Totor qui devait réapparaître dans le Boy-Scout à l'automne 1926, ne fera sa réapparition qu'en février 1927 à partir de la septième planche[27]. Conscients du talent de leur fils, les parents de Georges Remi se décident finalement à l'inscrire à l'école Saint-Luc, en vain :
« J'y suis allé un soir à l'école Saint-Luc, mais comme on m'y avait fait dessiner un chapiteau de colonne de plâtre et que ça m'avait ennuyé à mourir, je n'y suis plus retourné. »
— Interview d'Hergé[28].
Cette surcharge de travail quotidien empêche le jeune Remi de poursuivre sa relation avec Marie-Louise van Cutsem « Milou »[29]. Fin avril 1927, Georges Remi fait la connaissance de Germaine Kieckens, employée dans une fabrique d'écrins à Bruxelles. Il l'invite le week-end suivant à l'aérodrome de Bruxelles où il est chargé avec sa compagnie de surveiller l'avion de Charles Lindbergh en visite en Belgique après son exploit aérien[30]. En parallèle, Hergé accepte la proposition de l'abbé Wallez d'illustrer trois récits de René Verhaegen, aide-comptable au journal, dans la rubrique « Le Coin des petits » : « Une petite araignée de voyage » (novembre 1926-janvier 1927), « Popokabaka » (1er mars-26 juillet 1927) et « La Rainette » (2 août-25 octobre 1927)[31].
Acquitté de son service militaire, Hergé est chargé par l'abbé Wallez des tâches d'illustrateur et de reporter-photographe. Son « amie » Germaine est embauchée au Vingtième Siècle le 15 février 1928 comme secrétaire de l'abbé Wallez[32]. Satisfait du travail d'Hergé, ce dernier lui confie la responsabilité du nouveau supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse pour agrandir le nombre de lecteurs : Le Petit Vingtième[33]. Poussé par Wallez, Hergé s'instruit en dévorant de nombreux ouvrages afin de donner plus de précisions à ses illustrations. Le premier numéro du Petit Vingtième paraît le 1er novembre 1928 mais se montre aux yeux du public assez décevant[34]. L'artiste y propose dans un premier temps « Les aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet », une série qui raconte l'histoire de trois jeunes adolescents et d'un porc connaissant diverses aventures, sur un scénario de l'abbé Desmedt, un rédacteur sportif du journal. L'histoire se déroule sur un fond colonialiste et proclérical, toujours en vogue à l'époque, en particulier lorsque les enfants, prisonniers dans un village de « cannibales », sont sauvés par la bienveillance d'un missionnaire catholique. Hergé est peu motivé mais la série se poursuit jusqu'en mars 1929[N 5].
« Je me sentais comme dans un costume mal coupé qui me gênait aux entournures. »
— Interview d'Hergé[35].
Cette année-là, Bruxelles accueille une exposition sur la Russie bolchevique. Les employés du Vingtième Siècle, ultra-catholiques et anticommunistes sont indignés par cette exposition située à quelques pas de leur bureau. L'un d'eux, le comte Perovsky, est un ancien Russe blanc réfugié en Belgique après la guerre civile de 1918-1921. Une centaine d'étudiants nationalistes dirigés par Léon Degrelle met à sac l'exposition à la grande joie de l'abbé Wallez[36].
Enfin, pour donner plus de clarté à ses dessins, l'artiste abandonne le dessin artisanal du XIXe siècle et adopte la nouvelle technique de la photogravure, technique simple mais efficace (traitement des plaques à l'acide). Pressentant le talent et la personnalité du jeune dessinateur, l'abbé Wallez est le premier à lui donner le coup de pouce décisif :
« L'abbé Wallez a eu sur moi une énorme influence, pas du point de vue religieux, mais il m'a fait prendre conscience de moi-même, il m'a fait voir en moi »
— Interview d'Hergé[37].
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En parallèle de son activité au Vingtième Siècle, Hergé a préservé des rapports étroits avec ses camarades scouts et les abbés qu'il a côtoyés à Saint-Boniface. Au cours de l'année 1927, le Boy-Scout devient le Boy-Scout belge au sein duquel il continue à faire paraître, jusqu'en juillet 1929 et à raison d'une planche par mois, les aventures de Totor. En 1928, une publicité vante les articles de culture générale, de formation technique scoute, des événements du mois, de sciences naturelles, de nouvelles des troupes…[38] Hergé y dessine presque tout : la couverture de présentation qu'il modernise, les cartes postales, les illustrations d'articles. D'autre part, le dessinateur collabore aussi à diverses publications des mouvements d'Action catholique. Le rôle de ce mouvement, mis au point par Léon XIII et poursuivi par le cardinal Mercier, est de relancer l'enthousiasme religieux qui commence à péricliter au sein de la société belge et plus largement européenne. Pour Hergé, il s'agit de réaliser les têtes de rubriques, d'illustrations de contes, de petits gags et aussi l'emblème de la Jeunesse Indépendante Catholique (JIC) : l'aigle noir tenant le bouclier armorié JIC[39]. Le 16 décembre 1928, pour accroître davantage l'audience du quotidien, l'abbé Wallez lance un supplément « culturel » intitulé Le Vingtième Siècle Artistique et Littéraire. Georges Remi est comme d'habitude chargé du dessin, il illustre des centaines de romans : Ilias de Léon Tolstoï, La Belle Histoire de Geneviève d'Henri Lavedan… Durant cette période, l'artiste approfondit et précise son coup de crayon[40].
À la fin des années 1920, Hergé découvre par l'intermédiaire de Léon Degrelle, correspondant du Vingtième Siècle au Mexique, la bande dessinée américaine faisant sortir directement les paroles de la bouche des personnages. Depuis la fin du XIXe siècle le comic strip est très populaire aux États-Unis et s'adresse avant tout aux enfants. Le tournant des années 1930 exporte le genre en Europe occidentale. Les séries américaines les plus célèbres sont Krazy Kat de George Herriman qui paraît dans The New York Evening Journal depuis 1913 ou encore les Katzenjammer Kids de Rudolph Dirks dans le New York Journal depuis 1897. En France, le genre est déjà utilisé depuis peu par le dessinateur des aventures de Zig et Puce (1925), Alain Saint-Ogan. Jusqu'ici, les dessins de l'artiste belge n'étaient que de simples textes mis en images : désormais il va créer une véritable bande dessinée[41]. Parallèlement, Hergé publie toujours dans d'autres revues : il dessine ainsi sept planches pour l'hebdomadaire satirique Le Sifflet avec en particulier, dans le numéro du 30 décembre 1928, une histoire intitulée La Noël du petit enfant sage au contenu scatologique ; pour la première fois, Hergé y présente ses dialogues exclusivement au sein de bulles[N 6] À la fin de l'année 1928, songeant à abandonner l'histoire considérée comme « ennuyeuse » de « Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet », Hergé reprend le personnage de Totor, modifie son nom, lui adjoint un petit fox-terrier (« Milou », peut-être en référence à son ex-amie Marie-Louise van Cutsem ?) et lui donne un nouveau métier : celui de reporter. Mis au courant du projet, l'abbé Wallez, admirateur de Mussolini et virulent anticommuniste, propose d'envoyer ce nouveau personnage, auquel les enfants sont invités à s'identifier, en URSS pour y dénoncer les crimes qui y sont perpétrés[42] : dès ses origines, Tintin aura une fonction politique.
Georges Remi a toujours su s'adapter au contexte dans lequel il se trouvait. Au milieu des années 1920, il dessinait Totor, chef de patrouille comme lui. En 1929, devenu reporter au Petit Vingtième, son nouveau héros devient naturellement reporter pour le même journal. Selon l'auteur lui-même, le visage de Tintin lui aurait été inspiré par son frère cadet Paul : le visage rond et la houpette, alors que d'autres voient une certaine ressemblance avec le jeune navigateur danois Palle Huld, adepte des culottes de golf, qui fit le tour du monde en 1928[43]. Le 10 janvier 1929, Tintin fait donc son apparition dans Le Petit Vingtième. Hergé exécute et livre deux planches par semaine qui « enchaînent gags et catastrophes sans bien savoir où son récit l'entraîne »[42]. Devant le choix de sa direction, profondément anticommuniste, d'envoyer Tintin en Russie soviétique (URSS), et ne pouvant se rendre sur les lieux de pérégrination de son personnage, Hergé s'inspire pour son histoire d'une source unique : le livre Moscou sans voiles, paru sous la plume de Joseph Douillet en 1928[44]. Les caractères cyrilliques sont dessinés par son collègue le comte Perovsky[45]. Durant l'été 1929, le rappel d'Hergé sous les drapeaux lui inspire la présence d'une manœuvre militaire dans la série qu'on peut voir aux planches 56-57[46]. Le 25 décembre 1929 sort la première couverture de Tintin au Petit Vingtième en bichromie avec deux planches couleurs (100 et 101)[47]. L'hebdomadaire catholique français Cœurs Vaillants reprendra dès octobre l'histoire, mais l'adaptera en y ajoutant des textes explicatifs, au grand dam d'Hergé[48]. Au terme des 138 planches (1er mai 1930), les traits de Tintin se sont affirmés, passant des premiers dessins « du gros scout lourdaud et ridicule (…) au personnage que nous connaissons désormais. » L'aventure est assemblée dans un album publié à seulement 5 000 exemplaires[49]. Avant même la fin de la publication des planches, une fausse lettre de la Guépéou arrive au bureau de Petit Vingtième, lui demandant de mettre un terme à l'activité du reporter virtuel : selon Benoît Peeters, « il s'agit déjà d'accréditer l'existence de Tintin. »[49]
Le 23 janvier 1930, le dessinateur crée deux nouveaux personnages de la moyenne bourgeoisie bruxelloise : Quick et Flupke. Cette nouvelle bande dessinée paraît dans les pages du Petit Vingtième de façon continue, tous les jeudis, jusqu'en 1935, puis de façon plus irrégulière jusqu'en 1940 (seulement 19 gags entre 1937-1940). D'après l'auteur lui-même :
« Quick était le surnom d'un de mes amis. Pour Flupke, j'ai pris Flup (Philippe) et le "ke" flamand signifie "petit". Flupke c'est "petit Philippe" »
— Interview d'Hergé[37].
Selon B. Peeters, les Exploits de Quick et Flupke semblent rassembler « tous les éléments que ses autres albums n'étaient pas en mesure d'intégrer. » Ici aucun exotisme, mais de simples planches de gags causés par les enfants eux-mêmes, le souvenir d'une « enfance endiablée » pour Hergé[50]. Mais l'artiste est surtout occupé ailleurs : en mai 1930, commençant à se rendre compte du succès de Tintin, il imagine déjà une suite. L'abbé Wallez a l'idée de mettre en scène le retour de Tintin de son voyage soviétique. Le 8 mai 1930, le Petit Vingtième organise le retour des héros :
« Le jour venu, je suis parti avec un garçon [Lucien Pepperman] qu'on avait désigné pour incarner Tintin (…). Je l'avais affublé d'un costume à la russe et de belles bottes rouges ; pour faire plus réaliste nous avions emprunté tous deux le train en provenance de Cologne, c'est-à-dire le train de l'Est, de la Russie (…). J'étais persuadé que nous débarquerions dans un grand désert. Or, à ma grande stupéfaction il y avait foule. »
— Interview d'Hergé[51].
À la fin de l'année 1930, c'est au tour de Quick et Flupke d'être rattrapés par le succès. La Radio Catholique Belge organise quelques émissions improvisant une interview fictive des deux gamins de Bruxelles[52].
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Au final, les demandes s'accroissent. Le Petit Vingtième double, puis triple, et enfin sextuple son tirage le jour où paraît le fameux Tintin[53]. La même année, Hergé se voit pourvoir un assistant en la personne de Paul Jamin qui sera plus tard connu en tant que caricaturiste sous le pseudonyme d'Alidor. Dans l'élan d'une tradition coloniale qui le marque depuis le milieu des années 1920, Hergé décide, sous les ordres de l'abbé Wallez, d'envoyer son personnage en Afrique, dans la province belge du Congo[N 7]. Propriété des souverains belges depuis 1908, la province congolaise est, au début des années 1930, confrontée à une pénurie de main-d'œuvre. Tintin s'y rend, non plus pour critiquer, mais pour faire valoir le domaine africain. L'histoire débute dans les colonnes du Petit Vingtième le 5 juin 1930. Pour établir son histoire, Hergé s'est surtout documenté par le biais du Musée d'Afrique Centrale de Tervuren où se trouve la célèbre statue de l'Aniota à peau de léopard. De fait, 118 planches se succèdent jusqu'au 11 juin 1931[N 8]. Malgré le peu d'enthousiasme du dessinateur, la seconde aventure du reporter du Petit Vingtième est encore un succès : Tintin et Milou reviennent triomphalement à la gare du Nord de Bruxelles, devant une foule en liesse. On peut lire dans la presse : « Tintin et Milou accueillis par Quick et Flupke. Dix Congolais les accompagnent ». Le jeune garçon qui représente le héros est costumé en colonial[53].
Au début des années 1930, Hergé participe peu au supplément Votre Vingtième, Madame, y réalisant des couvertures d'esprit « art-déco » assez étonnantes. C'est l'image de la femme libérée de l'entre-deux-guerres qui transparaît ici, influencée par les années folles venues tout droit des États-Unis. Le dessinateur dresse des portraits de femmes faisant du sport, pilotant une automobile ou encore un bateau[54]. À partir de la fin des années 1920, Georges Remi officie comme illustrateur pour plusieurs romans, bien souvent dans le sillage du scoutisme catholique. Le premier d'entre eux est L'Âme de la mer (1927) de Pierre Dark, un ancien compagnon de scoutisme. L'année suivante, il illustre Mile, histoire d'un membre de patronage de Maurice Schmitz, un ouvrage à succès. Enfin, il s'associe à l'édition de l'Histoire de la guerre scolaire (1932) de Léon Degrelle[55]. En parallèle de ces activités, Hergé réalise des centaines de publicités : le lettrage et la composition sont toujours au rendez-vous. Parmi elles figurent une affiche de 1928, la « Grande Fancy-Fair : organisée au profit des écoles libres de la paroisse Saint-Boniface », mais aussi des illustrations pour des marques d'amplificateurs (Modulophone, 1930), de tapisseries (J. Lannoy fils, 1928), de magasins de jouets (L'Innovation, 1931)… Ce travail en parallèle d'illustrateur renforce davantage sa technique et sa précision dans la composition de ses bandes dessinées[56].
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En mai 1931, Hergé et Jamin s'envolent pour Paris où ils rendent visite à Alain Saint-Ogan pour se perfectionner et demander des conseils. Le Français témoigne :
« J'avais oublié cette visite. Mon Dieu ! Qu'avais-je pu dire alors à celui qui devait devenir le créateur de Tintin, célèbre dans le monde entier ? Grâce au Ciel, paraît-il, je ne l'avais pas découragé. »
— Interview d'Alain Saint-Ogan[57]. Saint-Ogan offre à Hergé une planche originale dédicacée de Zig et Puce.
Après avoir convaincu l'abbé Wallez qu'il fallait dénoncer la pègre de Chicago, l'artiste se décide enfin à envoyer son héros au pays des cow-boys et des indiens, milieu qu'il affectionne tout particulièrement. Déjà, sur les dernières planches de Tintin au Congo, il avait fait figurer des gangsters américains qui devaient annoncer le prochain scénario, un peu comme si l'auteur avait hâte de passer à l'aventure suivante. Les premières planches des « Aventures de Tintin, reporter à Chicago » apparaissent le 3 septembre 1931 toujours dans le Petit-Vingtième[58]. Pour la première fois, Georges Remi intègre dans le récit un personnage réel : Al Capone (1899-1947). Il se documente sur les États-Unis à travers une revue, Le Crapouillot mais aussi des ouvrages, Scènes de la vie future de Georges Duhamel ou encore L'Histoire des Peaux-Rouges de Paul Coze. Contrairement aux deux histoires précédentes, le scénario propose non plus une succession d'épisodes mais un grand mouvement général structurant[58]. Le 17 septembre 1931, quelques jours à peine après l'apparition de Tintin en Amérique, le dessinateur propose une série publicitaire intitulée Tim l'écureuil, héros du Far West publiée dans un petit journal de quatre pages et distribué dans le magasin bruxellois L'Innovation. Quelques années plus tard, l'aventure sera remaniée dans le Petit Vingtième sous le nom de Popol et Virginie au Far West (février 1934). Ce sont les seules histoires d'Hergé mettant en scène des animaux anthropomorphes[59] :
« J'ai essayé de mettre en scène des animaux, et j'ai vu rapidement que ça ne me menait nulle part. J'en suis donc revenu à des personnages humains. »
— Interview d'Hergé[60].
Au tournant de l'année 1931-1932, le dessinateur signe un contrat avec l'éditeur tournaisien Casterman qui aura, après avoir « indemnisé » Wallez, le privilège d'éditer tous les albums de l'auteur en langue française[61]. Le 20 juillet 1932, Hergé épouse Germaine Kieckens (1906-1995) avec la bénédiction de l'abbé Wallez qui célèbre le mariage dans une église bruxelloise. Les jeunes mariés s'installent le mois suivant au 10 rue Knapen à Schaerbeek[62]. L'aventure en Amérique s'achève le 20 octobre 1932, Casterman sort le premier album à la fin de la même année[59]. L'éditeur tournaisien propose à Hergé de percer dans le marché français très prometteur courant décembre 1933[63].
Le 8 décembre 1932, apparaît dans le Petit Vingtième les premières planches des « Aventures de Tintin reporter en Orient » (version ancienne des Cigares du pharaon). Pour la première fois Hergé fait de cette aventure une sorte de roman policier dans lequel on trouve le paramètre « mystère ». Selon B. Peeters, « Les Cigares du pharaon représentent la quintessence du récit feuilletonesque. On y retrouve (…) la mystérieuse malédiction, la redoutable société secrète, l'indémasquable génie du Mal (…), le poison qui rend fou. »[64]. Durant les épisodes du feuilleton, l'artiste joue avec ses lecteurs chaque semaine en proposant la rubrique « Le Mystère Tintin » au sein de laquelle le public doit proposer des solutions pour sortir le héros d'affaire. La malédiction égyptienne est, au début des années 1930, dans l'air du temps. En effet, la société avait été frappée quelques années plus tôt par la mystérieuse affaire du tombeau de Toutânkhamon. Mais surtout, ce qui fait le nœud gordien de l'histoire n'est pas l'égyptologie mais le trafic (armes et drogue), particulièrement actif à l'époque dans la région de la mer Rouge. D'ailleurs Hergé s'inspire du récit autobiographique de Henri de Monfreid, Les Secrets de la mer Rouge (1931), qu'il représente dans l'aventure[65]. Dès les premières planches du feuilleton, deux nouveaux personnages apparaissent, des policiers en civil nommés X 33 et X 33 bis (futurs Dupond et Dupont). Au terme des 124 planches, Les Cigares du pharaon sont achevés le 8 février 1934. Au début des années 1930, Hergé réalise un certain nombre de bandes dessinées à caractère publicitaire. L'une des plus célèbres est Cet aimable M. Mops, composée de huit planches parues dans un agenda édité par un grand magasin bruxellois (1932)[66] ou encore Les Mésaventures de Jef Debakker (quatre planches) pour les Briquettes Union (vers 1934)[67].
Les quatre premières aventures de Tintin restaient maladroites, parfois un peu bâclées et truffées de préjugés. Hergé témoigna sur son rythme de travail :
« C'était réellement du travail à la petite semaine. Je ne considérais pas cela comme un véritable travail, mais comme un jeu, comme une farce. Tintin était un jeu pour moi jusqu'au Lotus bleu. »
— Interview d'Hergé[68].
Durant le printemps 1934, après avoir installé avec deux collaborateurs (José De Launoit et Adrien Jacquemotte) « l'Atelier Hergé » à Bruxelles, Georges Remi annonce à la rédaction du Petit Vingtième qu'il souhaite faire la suite des Cigares du pharaon en envoyant le jeune reporter en Extrême-Orient, plus exactement en Chine. Jamin s'empresse de brosser un tableau du pays dans lequel Tintin doit prochainement partir dans le Petit Vingtième. À la lecture de cet avant-goût, certains lecteurs craignent que le reporter soit tué par les Chinois[69]! Après avoir lu les stéréotypes effrayants annoncés par le collaborateur d'Hergé, l'abbé Gosset, aumônier des étudiants chinois à l'Université de Louvain, lui recommande au travers d'une lettre de se documenter sérieusement sur la Chine. C'est ainsi qu'Hergé fait la connaissance d'un jeune Chinois étudiant à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles : Tchang Tchong-Jen (1907-1998)[70]. Ce dernier fournit une mine d'informations à Hergé dans de nombreux domaines (histoire, géographie, langue, art, littérature et philosophie). Avant cette rencontre, l'artiste belge imaginait encore le mythe du « Jaune » qui mangeait des nids d'hirondelles, portait une natte et jetait les petits enfants dans les rivières comme l'avait écrit Jamin quelques jours plus tôt :
« C'est à partir de ce moment-là que je me suis mis à rechercher de la documentation, à m'intéresser vraiment aux gens et aux pays vers lesquels j'envoyais Tintin, par souci d'honnêteté vis-à-vis des lecteurs qui me lisaient. »
— Interview d'Hergé[68].
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Tchang deviendra un personnage-clé de l'œuvre d'Hergé, sauvé de la noyade par Tintin, l'un des vrais amis qu'il se fera au cours de ses aventures. Pourtant, Le Lotus bleu est plus un message politique qu'une histoire pour les enfants. La cinquième aventure de Tintin est l'une des plus engagées de la carrière d'Hergé. Depuis 1931, le Japon cherche à coloniser la Chine pour développer sa puissance économique. L'invasion de la Mandchourie (province chinoise septentrionale) démarre suite à la section d'une voie ferrée japonaise dans cette région (près de Moukden). Cet attentat fut probablement planifié par les Japonais eux-mêmes, leur donnant le prétexte d'une invasion immédiate de la province. Hergé fait figurer dans l'aventure le « faux attentat » sur la voie ferrée[71]. Hergé se tient au courant des événements sino-japonais en 1934-1935 grâce aux informations pourtant pro-japonaises des médias européens : l'une des planches de l'aventure représente Tintin allant au cinéma pour visionner les actualités mondiales. L'aventure se termine le 17 octobre 1935 au bout de 124 planches[72]. Le Lotus bleu devient dans les années 1936-1939 un véritable succès en Chine mais pas pour Tokyo puisque l'ambassadeur japonais à Bruxelles est irrité de la position de l'histoire vis-à-vis de son pays[N 9]. Durant ces années, le père de Tintin poursuit la réalisation de couvertures de livres ou de publicités. Ainsi, il offre ses services à Paul Werrie, auteur de la Légende d'Albert Ier roi des Belges, tout juste décédé d'une chute en montagne (17 février 1934)[73].
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Les Simpson (2 & fin).
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Diffusion
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En France, la série débute le 15 décembre 1990 sur Canal+, puis est reprise par France 3 entre 1993 et 1996. Elle fut rediffusée par W9 à partir du 4 septembre 2005.
Au Québec, elle est d'abord présentée sur Super Écran en 1990[63], puis sur TQS (maintenant devenue V). Cependant, pour des raisons financières, elle est passée sur Télétoon en septembre 2004, soit depuis la treizième saison[64]. Des rediffusions des saisons 1 à 12 sont toujours diffusées sur V.
En Belgique, elle est diffusée depuis 1995 sur Club RTL. Quant au Maroc, leur diffusion est assurée par 2M.
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Pays/région | Langue[65] | VO[66] | Depuis[67] | Chaînes |
|---|---|---|---|---|
| | anglais | oui | ? | M-net |
| | anglais (sous-titré en albanais) | oui | 2005 | Junior TV |
| | allemand | non | ? | ZDF (1991-1994), ProSieben (depuis 1994) |
| | espagnol | ? | ? | Telefe |
| | anglais | oui | ? | Network Ten, FOX8 |
| | allemand | ? | ? | ORF1 |
| | français | non | 1995 | Club RTL |
| | néerlandais | oui | ? | vt4 |
| | espagnol | ? | ? | Unitel |
| | portugais | non | 1991 | SBT, Rede Globo, FOX Brasil |
| | anglais | oui | ? | Global Television Network, CBC, CFMT |
| | français québécois | non | 1990 | V (saisons 1 à 12), Télétoon |
| | espagnol | ? | ? | Canal 13 |
| | espagnol | ? | ? | Caracol TV |
| | anglais (sous-titré en coréen) | oui | ? | EBS, Star World |
| | espagnol | ? | ? | Repretel |
| | anglais (sous-titré en croate) | oui | ? | HRT2 |
| | tchèque | ? | 1993 | ČT1, ČT2, Prima Cool |
| | espagnol | ? | ? | Antena Latina, Telesistema 11 |
| | espagnol | ? | ? | Ecuavisa, Teleamazonas |
| | espagnol, catalan | ? | ? | TVE, Antena 3, Fox España En Catalogne, Les Simpson ont été émis en catalan sur TVE2 entre 1991 et 1994, puis Antena 3 en 1995 en dual (rediffusion des trois premières saisons). |
| | anglais (sous-titré en finnois) | oui | ? | Kolmoskanava (1991-1992), MTV3 (depuis 1993) |
| | français | non | 1990 | Canal+ (depuis 1990), France 3 (1993-1996), M6 (2007-2008), W9 (depuis 2005) |
| | hongrois | non | ? | Viasat 3 |
| | anglais | oui | ? | Stöð 2 |
| | anglais | oui | ? | RTÉ Two, TG4, Sky One (depuis 1990) |
| | anglais (sous-titré en hébreu) | oui | ? | IBA Arutz 1, Star World |
| | italien | non | 1991 | Italia 1, Canale 5, Fox Italia |
| | japonais | ? | ? | WOWOW, Fox, TVK, TeNY |
| | français | non | 1998 | 2M |
| | espagnol | ? | ? | TV Azteca, FOX Latinoamérica |
| | anglais | oui | ? | TV3 |
| | espagnol | ? | ? | Canal 10 |
| | espagnol | ? | ? | TVN2 |
| | espagnol | ? | ? | Telefuturo |
| | espagnol | ? | ? | Frecuencia Latina |
| | anglais (sous-titré en portugais) et portugais (dans le film) | oui | 1991 | RTP 1, RTP 2, RTP Açores, RTP Madeira, FOX Portugal |
| | anglais | oui | ? | PINK |
| | anglais | oui | ? | TV3, TV6 |
| | tchèque | ? | 2004 | Slovenská televízia (STV) |
| | turque | oui | 1995 | Show TV (1995-1997), CNBC-e (depuis 2001) |
| | anglais (sous-titré en arabe) | oui | 1996 | Showtime Arabia (depuis 1996), Dubai One (2004-2005, One TV), MBC(Version arabe édulcorée) (2005) |
| | anglais | oui | ? | M1 (depuis 2005) |
| | anglais | oui | ? | Sky One (depuis 1990), BBC One (1996-1997), BBC Two (1997-2004), Channel 4 (depuis 2004) |
| | espagnol | ? | ? | Canal 10 |
| | espagnol | ? | ? | Venevision, Televen |
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Au Japon, une saison spéciale est accessible par le réseau téléphonique 3G.
Influence et héritage
Un certain nombre de néologismes provenant de la série Les Simpson sont entrés dans le jargon populaire[68]. Mark Liberman, directeur du Linguistic Data Consortium, a fait remarquer que « les Simpson ont apparemment pris la relève de Shakespeare et de la Bible, en tant que plus grande source culturelle d'expressions et de slogans[69] ». La plus célèbre expression est celle d'Homer quand il est agacé : « D'oh! ». L'expression est tellement omniprésente qu'elle est maintenant répertoriée dans l'Oxford English Dictionary, mais sans l'apostrophe[70]. Dan Castellaneta explique qu'il a emprunté l'expression de James Finlayson, un acteur du début des comédies de Laurel et Hardy, qui l'a prononcée dans un ton plus allongé et pleurnichard. Le réalisateur des Simpson a dit à Castellaneta de raccourcir le bruit, et celui-ci est devenu la célèbre exclamation dans la série télévisée[71].
La description des Français par le jardinier Willie (le concierge Willie au Québec) en tant que « singes mangeurs de fromages » a été utilisée par le chroniqueur du National Review Jonah Goldberg, en 2003, après l'opposition de la France à la proposition d'invasion de l'Irak. L'expression s'est ensuite rapidement étendue à d'autres journalistes[72]. « Cromulent », un mot utilisé dans Le Vrai Faux Héros, est paru dans le Dictionnaire Webster en anglais[73]. « Kwyjibo », un faux mot de Scrabble inventé par Bart dans Bart le génie, a été utilisé comme l'un des pseudonymes du ver informatique Melissa[74]. « Et moi, au nom de tous, j'accueille nos nouveaux maîtres les insectes », une phrase prononcée par Kent Brockman dans Homer dans l'espace, a engendré une diversité de phrases communément employées[75]. Les variantes de cette phrase de Brockman sont utilisées pour exprimer la soumission fantaisiste, généralement dans un but humoristique[76]. Elle a déjà été utilisée dans les médias, tels que dans le magazine New Scientist[77]. Le terme dédaigneux « Meh », qui a été popularisé par la série télévisée[78], est apparu dans le Collins English Dictionary en 2008[79].
Les Simpson ont été le premier programme d'animation à succès aux États-Unis à une heure de grande écoute depuis Wait Till Your Father Gets Home dans les années 1970[80]. Durant les années 1980, les experts ont considéré que les programmes d'animation uniquement adaptés aux enfants étaient trop coûteux à réaliser dans un but de diffusion en première partie de soirée. Les Simpson ont modifié cette façon de voir[26]. L'utilisation par les studios d'animation coréens du tweening (l'interpolation) et d'autres procédés ont rendu les épisodes moins chers. Le succès des Simpson et le bas coût de production ont incité les chaînes de télévision à prendre des risques sur d'autres séries animées[26]. Cette évolution a conduit à un boum dans les années 1990 des nouveaux programmes d'animation en première partie de soirée, dont South Park, Les Griffin, Les Rois du Texas (Henri pis sa gang au Québec), Futurama et Profession critique[26].
« Les Simpson ont créé une audience pour un prime time d'animation qui n'avait pas été là pendant de nombreuses années. Au fond, je pense qu'ils ont réinventé la roue. Ils ont donc créé ce qui est, à bien des égards — on peut le classer comme cela — un tout nouveau média. »
— Seth MacFarlane, créateur des Griffin[81]
Plus tard, South Park a rendu hommage aux Simpson avec l'épisode Les Simpson l'ont déjà fait[82].
Les Simpson ont également influencé des programmes comme Malcolm, qui a débuté le 9 janvier 2000 aux États-Unis sur le créneau horaire après Les Simpson[83],[84]. Malcolm présente la caractéristique d'utiliser le recours à des gags visuels et de ne pas utiliser de rires enregistrés, contrairement à la plupart des sitcoms. Ricky Gervais a déclaré que Les Simpson ont eu une influence majeure sur sa comédie britannique The Office qui n'utilise pas non plus de rires enregistrés[85].
Le 10 janvier 2010, à l'occasion des vingt ans de la série, la Fox a diffusé un documentaire sur Les Simpson intitulé The Simpsons 20th Anniversary Special – In 3-D! On Ice!, à la suite du 450e épisode[86]. Réalisé par Morgan Spurlock, il revient, entre autres, sur son impact culturel dans l'histoire de la télévision[87].
Réception
Les Simpson ont été la première série télévisée du réseau Fox à apparaître dans un palmarès des trente émissions les plus regardées aux États-Unis, sur toute une saison (1989-1990)[88]. Alors que les saisons suivantes sont centrées sur Homer, Bart est le personnage principal dans les trois premières saisons. En 1990, Bart est rapidement devenu l'un des personnages les plus populaires de la télévision, ce qui a donné le nom de « Bartmania »[89],[90],[91],[92]. Il devient alors le personnage Simpson le plus présent sur les produits dérivés comme les tee-shirts. Au début des années 1990, des millions de tee-shirts représentant Bart furent vendus[93], et jusqu'à un million ont été vendus en l'espace de quelques jours[94]. Pensant que Bart est un mauvais modèle, plusieurs écoles publiques américaines ont interdit les tee-shirts le représentant à côté des titres tels que « I'm Bart Simpson. Who the hell are you? » (Je suis Bart Simpson. Mais qui diable êtes-vous ?) ou « Underachiever ('And proud of it, man!') » (Sous-performant [et fier de l'être, mec !])[95],[96],[97]. Les produits dérivés des Simpson se sont très bien vendus et ont généré deux milliards de dollars américains durant les quatorze premiers mois de ventes[95].
En raison du succès de la série, durant l'été 1990, le réseau FOX décida de changer le créneau horaire des Simpson, le déplaçant du dimanche à 20 heures (heure de l'Est) au jeudi, à la même heure. Cela l'a mise en concurrence avec le Cosby Show sur la NBC, série bénéficiant d'un très bon audimat à l'époque[98],[99]. Pendant l'été, plusieurs articles de presse sont parus, décrivant la rivalité supposée de « Bill vs Bart »[94],[98].
En raison de sa popularité, Bart était souvent le membre de la famille Simpson le plus mis en avant lors des publicités pour la série, même pour les épisodes dans lesquels il n'était pas impliqué dans l'intrigue principale. Les Simpson ont été salués par de nombreuses critiques, décrivant la série comme « la plus irrespectueuse et la moins apologétique » à l'antenne[100]. Dans une critique de la série datant de 1990, Ken Tucker, du magazine Entertainment Weekly, a décrit la famille Simpson comme « la famille américaine dans ce qu'elle est de plus complexe, représentée par de simples dessins animés. C'est cet habile paradoxe qui fait que des millions de personnes se détournent des trois grands réseaux de télévision les dimanches soir pour regarder Les Simpson[101]. ». Ken Tucker a aussi décrit Les Simpson comme un « phénomène pop-culturel, une série d'animation en prime time qui rassemble toute la famille[102]. ».
Le 9 février 1997, Les Simpson ont dépassé Les Pierrafeu en tant que série d'animation en première partie de soirée qui a duré le plus longtemps aux États-Unis, avec l'épisode Itchy, Scratchy et Poochie (Itchy & Scratchy et Poochie au Québec). En 2004, Les Simpson ont remplacé The Adventures of Ozzie and Harriet (1952-1966) en tant que sitcom ayant duré le plus longtemps aux États-Unis[103]. En octobre 2004, Scooby-Doo a dépassé brièvement Les Simpson en termes de nombre d'épisodes, devenant la série américaine en ayant le plus[104]. Cependant, les dirigeants du réseau, en avril 2005, ont de nouveau annulé Scooby-Doo, qui s'est terminé avec 371 épisodes. Les Simpson ont donc récupéré le titre avec 378 épisodes à la fin de leur dix-septième saison[105]. En mai 2007, Les Simpson ont atteint leur 400e épisode à la fin de la dix-huitième saison. Alors que Les Simpson ont le record du nombre d'épisodes d'une série américaine d'animation, d'autres séries animées, non américaines, les ont dépassés[106]. Par exemple, la série animée japonaise Sazae-san a près de deux mille épisodes à son actif[106].
L'année 2007 marquait le vingtième anniversaire de la franchise Simpson. Au cours de la vingtième saison (2008-2009), la série était à égalité avec Gunsmoke en tant que série télévisée américaine ayant duré le plus longtemps. Toutefois, Gunsmoke compte 635 épisodes, ce qui dépasse de loin les épisodes des Simpson, qui ne pourront pas atteindre ce nombre jusqu'à environ leur vingt-neuvième saison, dans des conditions normales de programmation[103],[107].
En juillet 2009, Les Simpson sont entrés dans le Livre Guinness des records en tant que sitcom ayant été diffusée le plus longtemps au monde, détrônant ainsi The Adventures of Ozzie and Harriet[108].
Les Simpson ont remporté des dizaines de récompenses depuis le début de la série, dont vingt-quatre Emmy Awards[109], vingt-six Annie Awards[110] et un Peabody Award[111]. Dans une édition de 1998, ayant pour but de célébrer les plus grands succès du XXe siècle dans les arts et les divertissements, le Time Magazine a inclus Les Simpson dans les meilleures séries télévisées du siècle[112]. Dans ce même numéro, le Time a inclus Bart Simpson dans le Time 100, la liste des cent personnes les plus influentes du siècle[113]. Bart était alors le seul personnage fictif sur la liste. Le 14 janvier 2000, Les Simpson ont reçu une étoile sur le Walk of Fame d'Hollywood[114]. Toujours en 2000, un critique du magazine Entertainment Weekly, Ken Tucker, a désigné Les Simpson comme la plus grande émission de télévision des années 1990. En outre, les téléspectateurs de la chaîne de télévision britannique Channel 4 ont élu Les Simpson en tête de deux sondages : en 2001, les cent plus grandes émissions de télévision pour enfants[115] et en 2005, en tête du classement des cent plus grands dessins animés[116]. D'ailleurs, en 2001, Homer Simpson a également été élu par les téléspectateurs de cette chaîne comme le plus grand personnage de télévision[117]. Homer a aussi décroché la neuvième place sur la liste des cinquante plus grandes icônes de télévisions du magazine Entertainment Weekly[118]. En 2002, Les Simpson ont été classés huitième plus grande émission de tous les temps par le TV Guide[119]. En 2007, la série a été incluse dans la liste des cent meilleures émissions de tous les temps du Time Magazine[120]. En 2008, la série d'animation a été placée en première position du palmarès des cent émissions des vingt-cinq dernières années du magazine Entertainment Weekly[121] et Empire l'a nommée plus grande émission télévisée de tous les temps[122].
La nature rebelle de Bart qui, souvent, n'est pas sanctionnée, a conduit certains parents et conservateurs à le considérer comme un mauvais modèle pour les enfants[123],[124]. Dans les écoles, des éducateurs ont fait valoir que Bart était « une menace pour l'apprentissage » en raison de ses « faibles résultats dont il est fier » et de son attitude négative envers l'éducation[125]. D'autres l'ont décrit comme « égocentrique, agressif et mesquin »[126]. Dans une interview de 1991, Bill Cosby a décrit Bart comme un mauvais modèle pour les enfants, le qualifiant de « colérique, confus et frustré ». En réponse, Matt Groening a dit : « Cela résume parfaitement Bart. La plupart des gens sont dans une lutte pour être normaux, Bart pense que la normalité est très ennuyeuse et fait des choses que d'autres souhaiteraient faire mais qu'ils n'osent pas faire[127]. » Le 27 janvier 1992, le président américain George H. W. Bush a déclaré : « Nous allons continuer à essayer de renforcer la famille américaine, en faisant le plus de familles américaines ressemblant aux Waltons et le moins aux Simpson[95]. » Les auteurs ont répondu ironiquement sous la forme d'un court extrait diffusé trois jours plus tard, avant la rediffusion de Mon pote Michael Jackson (Lobot-Homer au Québec), dans lequel Bart disait « Hé, nous sommes comme les Waltons. Nous prions également pour la fin de la crise[128],[129]. ».
Plusieurs épisodes de la série ont suscité des controverses. Les Simpson ont visité l'Australie dans Bart contre l'Australie (saison 6, 1995) et le Brésil dans Aventures au Brésil (Lisa rêve à Rio au Québec) (saison 13, 2002), chacun des épisodes ayant provoqué une controverse et suscité une réaction négative dans les pays visités[130]. Dans le cas du Brésil, le conseil du tourisme de Rio de Janeiro, qui a fait valoir que la ville avait été décrite comme abritant une forte criminalité, des enlèvements, des taudis et des infestations de rats et de singes, est même allé jusqu'à menacer la Fox d'une action en justice[131]. Le Principal principal (saison 9, 1997) est l'un des épisodes les plus controversés des Simpson. Beaucoup de fans et de critiques ont réagi négativement à la révélation que le principal Seymour Skinner, un personnage récurrent depuis la première saison, était un imposteur. L'épisode a été critiqué par Matt Groening et par Harry Shearer, qui fournit la voix originale du principal Skinner. Dans une interview de 2001, Shearer a fait remarquer qu'après avoir lu le script, il a dit aux auteurs : « C'est tellement arbitraire, gratuit et irrespectueux envers le public[132]. »
Les critiques à propos des premiers épisodes des Simpson ont félicité la série pour son humour, son réalisme et son intelligence[9],[133]. À la fin des années 1990, le ton et l'accent de la série ont cependant commencé à changer. Certaines critiques ont alors qualifié la série de « fatiguée »[134]. En 2000, certains fans de longue date ont été déçus par la série et ont pointé le fait que les personnages principaux se comportaient de façon de plus en plus niaise[135],[136]. L'auteur Douglas Coupland a décrit les nouvelles critiques envers la série comme des foutaises, en affirmant que « Les Simpson n'ont fait aucune maladresse en quatorze ans, il y a donc peu de chance qu'ils en fassent maintenant[137]. ». Mike Scully, qui a été scénariste de la série de la saison 9 à la saison 12, a notamment fait l'objet de critiques[138],[139].
En 2003, pour célébrer le trois centième épisode de la série, Homer va le payer (Chambre en Bart au Québec), USA Today a publié deux articles à propos des Simpson : un palmarès des dix épisodes de la série choisis par le webmestre du site de fan The Simpsons Archive[140] et un top quinze par les auteurs des Simpson eux-mêmes[141]. L'épisode le plus récent cité sur la liste du site est La Phobie d'Homer, datant de 1997. Celui de la liste des auteurs date de 2000, c'est Derrière les rires (Biographies : Les Simpson au Québec). En 2004, Harry Shearer a critiqué ce qu'il percevait comme la baisse de la qualité de la série : « Je considère les trois dernières saisons comme faisant partie des pires, alors que la saison 4 m'apparaît désormais très bonne[142]. ». En réponse, Dan Castellaneta a déclaré : « Je ne suis pas d'accord [...] Je pense que le problème de Harry est que la série n'est plus aussi fondée que dans les trois ou quatre premières saisons, c'est désormais un peu plus loufoque[143]. ».
Les Simpson tentent de maintenir un large public tout en attirant de nouveaux fans. Alors que la première saison a connu une moyenne de 13,4 millions de téléspectateurs par épisode aux États-Unis[88], la vingtième saison a recueilli une moyenne de 7,1 millions de téléspectateurs. Dans une interview d'avril 2006, Matt Groening a dit : « Honnêtement, je n'ai pas en vue la fin des Simpson. Je pense qu'il est possible que la série devienne trop pesante financièrement... mais, en ce moment, je pense qu'elle est aussi créative qu'auparavant, voire plus. L'animation est incroyablement détaillée et imaginative et les histoires mettent en scène des choses que nous n'avons jamais faites auparavant. Tellement créative qu'il n'y a aucune raison d'arrêter[144]. »
Cette supposée baisse de qualité peut en tout cas être mise en relation avec une nette baisse des audiences au cours des dernières saisons[145] :
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Audiences moyennes des Simpson par saison aux États-Unis
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| Saison | Audience moyenne aux États-Unis (millions) |
|---|---|
| 15 | 11,1 |
| 16 | 10,14 |
| 17 | 9,58 |
| 18 | 9,15 |
| 19 | 8,26 |
| 20 | 7,06 |
| 21 | 7,41 |
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Ainsi, début 2009, les cinq pires épisodes par audience de la série appartenaient tous à la vingtième saison[145] :
- Manucure pour 4 femmes (saison 20) : 5,16 millions
- Lisa la reine du drame (saison 20) : 5,75 millions
- Un prince à New-Orge (saison 20) : 5,86 millions
- Mon père avait tort (saison 20) : 5,94 millions
- Maggie s'éclipse (saison 20) : 5,97 millions
Autres médias
De nombreuses bandes dessinées sur les Simpson sont sorties. Jusqu'à présent, neuf séries de bandes dessinées ont été publiées par Bongo Comics depuis 1993[146]. La première bande dessinée basée sur les Simpson est apparue en 1991 dans la revue Simpsons Illustrated[147]. Les bandes dessinées ont eu du succès et une bande dessinée one shot intitulée Simpsons Comics and Stories, contenant quatre histoires différentes, est sortie en 1993, pour les fans[148]. Elle a également eu du succès, ce qui fait que le créateur des Simpson, Matt Groening, et ses compagnons Bill Morrison, Mike Rote, Steve Vance et Cindy Vance ont créé la société d'édition Bongo Comics[148]. Les parutions de Simpsons Comics, Bart Simpson's Treehouse of Horror et Bart Simpson ont été recueillies et réimprimées aux États-Unis par HarperCollins[149],[150],[151]. Une BD collector, sortie en 2009 sous le nom de Les Simpson/Futurama : la crise multiple, se déroulait également dans l'univers des Simpson et celui de Futurama.
Un long métrage d'animation réalisé par David Silverman est sorti le 27 juillet 2007 dans le monde entier (mis à part en Europe, où il est sorti le 25 juillet). La production a choisi le compositeur Hans Zimmer pour l'écriture de la bande sonore du film.
Dans le film, Homer pollue le lac de Springfield avec des déchets toxiques, ce qui conduit le gouvernement américain à proclamer que la ville entière est devenue une menace pour l'environnement. Washington la recouvre donc d'une immense dôme dans l'intention d'y éradiquer toute forme de vie. Les Simpson se voient alors obligés de déménager en Alaska, mais tous les membres de la famille ne veulent pas laisser leurs amis vivre un tel drame[152].
Le film reprend une multitude de personnages issus de la série ainsi que de nouveaux, comme Spider-Cochon (Spider-Pig au Québec) ou Colin. Une suite est prévue, mais certaines difficultés sont venues à l'encontre de son développement[153].
Une production discographique accompagne depuis des années la série. Des collections des musiques originales présentes dans la série sont sorties sur les albums Songs in the Key of Springfield, Go Simpsonic with The Simpsons et The Simpsons: Testify[154]. Plusieurs morceaux ont été enregistrés dans le but d'être placés sur un album, sans apparaître dans la série. L'album The Simpsons Sing the Blues est sorti en septembre 1990 et fut un succès, se classant troisième au Billboard 200[155] et fut certifié deux fois disque de platine par la Recording Industry Association of America[156]. Le premier morceau de l'album était Do The Bartman, interprété par Nancy Cartwright et sorti le 20 novembre 1990. La musique était composée par Michael Jackson, sans que cela fût reconnu[157].
- 1990 : The Simpsons Sing the Blues
- 1997 : Songs in the Key of Springfield
- 1998 : The Yellow Album
- 1999 : Go Simpsonic with The Simpsons
- 2007 : The Simpsons Movie: The Music
- 2007 : The Simpsons Theme (reprise du thème musical de la série par le groupe Green Day pour le film)
- 2007 : The Simpsons: Testify
The Simpsons Ride est un cinéma dynamique officiellement annoncé en 2007. C'est une attraction implantée à Universal Studios Hollywood et à Universal Studios Florida[158]. The Simpsons Ride a officiellement ouvert le 15 mai 2008 en Floride[159] et le 19 mai 2008 à Hollywood[160]. Dans l'attraction, les clients sont introduits dans un parc d'attractions cartoon construit par Krusty le clown. Cependant, Tahiti Bob s'est enfui de prison et veut prendre sa revanche sur Krusty et la famille Simpson[161]. L'attraction présente plus de vingt-quatre personnages récurrents des Simpson ainsi que leurs voix originales respectives, avec aussi bien Pamela Hayden, Russi Taylor que Kelsey Grammer[162]. Harry Shearer a décidé de ne pas y participer, ce qui fait qu'aucun des personnages qu'il interprète ne dispose de voix[163].
L'industrie du jeu vidéo a rapidement adapté les personnages et le monde des Simpson. Parmi les jeux sortis très tôt, on peut citer The Simpsons: Arcade Game, un jeu d'arcade de Konami et The Simpsons: Bart vs. the Space Mutants, édité par Acclaim Entertainment, tous deux sortis en 1991. Plus récemment, d'autres jeux vidéo sont sortis, comme The Simpsons: Road Rage (2001), The Simpsons: Hit & Run (2003) ou Les Simpson, le jeu (2007). Deux machines de flipper aux couleurs des Simpson ont été produites, une qui a été disponible rapidement après la première saison, et une autre qui est encore disponible à l'achat[164].
Produits dérivés
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La popularité des Simpson en a fait une industrie de produits dérivés se chiffrant en milliards de dollars[95]. La famille homonyme et les personnages secondaires apparaissent sur de nombreux produits, allant des tee-shirts aux posters. Les Simpson ont également donné lieu à des éditions spéciales de célèbres jeux de société, comme des échecs, Cluedo, Monopoly, Docteur Maboul, Scrabble ou Destins. Plusieurs jeux de cartes comme The Simpsons Trading Card Game sont aussi sortis, mais également des livres, officiels ou non, sur les Simpson comme, par exemple, des guides d'épisodes. Un grand nombre d'épisodes de la série est sorti en VHS ou en DVD au cours des années. Lorsque le DVD de la première saison a été édité en 2001, il est rapidement devenu le DVD tiré de la télévision le plus vendu de l'histoire, mais il a ensuite été dépassé par celui de la première saison de Chappelle's Show[165].
L'édition pour la zone 1 de l'intégrale de la saison 6 comporte une erreur de conception. Le quatrième épisode (Itchy et Scratchy Land) reprend la bande son québecoise du premier épisode (Bart des ténèbres).
En 2003, environ cinq cents entreprises du monde entier étaient autorisées à utiliser les personnages des Simpson dans leurs publicités[166]. Pour la promotion du film, douze magasins 7-Eleven étaient transformés en Kwik-E-Mart et vendaient des produits se rattachant à l'univers des Simpson, comme du « Buzz Cola », des céréales Krusty-O's ou des donuts roses[167].
Le 9 avril 2009, le United States Postal Service a dévoilé une série de cinq timbres de 44 cents mettant en vedette Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie, pour célébrer le vingtième anniversaire de la série[168]. Les Simpson est la première série de télévision à recevoir cet honneur alors qu'elle est encore en production[169],[170]. Les timbres, dessinés par Matt Groening, ont été rendus disponibles à l'achat le 7 mai 2009[171]. Environ un milliard de timbres sont imprimés[172].
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Les Simpson (1).
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| Les Simpson | |||||
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| Logo des Simpson | |||||
| Titre original | The Simpsons | ||||
| Genre | Série d'animation, comédie, satire | ||||
| Créateur(s) | Matt Groening | ||||
| Développement | James L. Brooks, Matt Groening, Sam Simon | ||||
| Musique | Danny Elfman | ||||
| Thème du générique | "The Simpsons Theme" | ||||
| Pays | | ||||
| Langue(s) | Anglais | ||||
| Nombre de saisons | 22 | ||||
| Nombre d’émissions | 464 (liste) | ||||
| Émission(s) proche(s) | The Tracey Ullman Show Futurama | ||||
| Production | |||||
| Durée | 21-24 minutes | ||||
| Format d’image | SD: 480i/576i (1989–2009) HD: 1080p (2009–présent) | ||||
| Format audio | Stéréo (1989–91) Dolby Surround (1991–2009) Dolby Digital 5.1 (2009–présent) | ||||
| Producteur(s) exécutifs(s) | Al Jean Ian Maxtone-Graham John Frink James L. Brooks Matt Groening Matt Selman Sam Simon | ||||
| Société(s) de production | Gracie Films 20th Century Fox Television | ||||
| Diffusion | |||||
| Diffusion | FOX | ||||
| Date de première diffusion | 17 décembre 1989 | ||||
| Date de dernière diffusion | en production | ||||
| Public conseillé | Tout public | ||||
| Chronologie | |||||
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| Liens externes | |||||
| Site Web officiel | |||||
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Les Simpson (The Simpsons) est une série télévisée d'animation américaine créée par Matt Groening, et diffusée depuis le 17 décembre 1989 sur la Fox.
Elle met en scène les Simpson, stéréotype d'une famille de classe ouvrière[1],[2]. Leurs aventures servent une satire du mode de vie américain. Les membres de la famille, tous jaunes de peau, sont Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie.
Depuis ses débuts, la série a récolté des dizaines de récompenses, dont vingt-quatre Primetime Emmy Awards, vingt-six Annie Awards et un Peabody Award. Le Time Magazine du 31 décembre 1999 l'a désigné comme la meilleure série télévisée du XXe siècle et elle a obtenu une étoile sur le Walk of Fame de Hollywood le 14 janvier 2000. « D'oh! », l'expression d'abattement d'Homer Simpson, est entrée dans la langue anglaise. L'influence des Simpson s'exerce également sur d'autres sitcoms.
En 2007, Les Simpson, le film, un long métrage basé sur la série, est sorti au cinéma et a recueilli 527 millions de dollars américains en recettes brutes[3].
Origines
Matt Groening a conçu la famille Simpson en 1986 dans l'entrée du bureau du producteur James L. Brooks. Il avait été fait appel à Groening pour lancer une série de courts métrages d'animation pour The Tracey Ullman Show, qui seraient adaptés de son comic strip Life in Hell. Lorsque Groening comprit que l'animation de Life in Hell demanderait qu'il renonçât aux droits de publication, il décida d'aller dans une direction différente[4] et esquissa rapidement une famille dysfonctionnelle, nommant les personnages d'après les membres de sa famille. Pour le fils de la famille, il a remplacé son nom par « Bart », une anagramme du mot anglais brat[4] signifiant « môme » (ou « galopin »), car il trouvait que nommer le personnage Matt serait trop évident pour lui[5].
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La famille Simpson apparaît pour la première fois sous forme de courts métrages diffusés par The Tracey Ullman Show à partir du 19 avril 1987[6]. Matt Groening n'avait fait que de simples croquis des personnages, supposant qu'ils seraient affinés par la production. Cependant, les animateurs avaient simplement retracé ses dessins, ce qui donna une apparence grossière aux personnages des premiers épisodes. L'une des premières tâches de la société Klasky Csupo fut de créer les séquences animées pour The Tracey Ullman Show, qui conduisit au début des Simpson[7].
En 1989, un groupe de sociétés de production adapta Les Simpson pour en faire des épisodes d'une demi-heure, pour le réseau Fox. L'équipe était identique à celle de l'actuelle maison d'animation Klasky Csupo. Jim Brooks négocia une clause du contrat avec la Fox qui privait le réseau de tout droit de regard sur le contenu de la série[8]. Matt Groening dit que son objectif, en créant la série, était d'offrir au public un autre choix à ce qu'il appelle « the mainstream trash »[9]. Le premier épisode d'une demi-heure, Noël mortel (Homer au nez rouge au Québec), un épisode spécial Noël, a été diffusé le 17 décembre 1989[10]. Une soirée d'enfer (Une soirée romantique au Québec), le premier épisode long produit, n'a été diffusé qu'en mai 1990, en tant que dernier épisode de la première saison, en raison de problèmes d'animation[11].
En 1992, Tracey Ullman déposa une plainte contre la Fox, affirmant que son émission était à l'origine de la série à succès. Le plaignant réclamait une part des bénéfices des Simpson, plainte rejetée par les tribunaux[12].
Production
Liste des show runners au cours de l'histoire des Simpson :
- Saison 1 – 2 : Matt Groening, James L. Brooks et Sam Simon
- Saison 3 – 4 : Al Jean et Mike Reiss
- Saison 5 – 6 : David Mirkin
- Saison 7 – 8 : Bill Oakley et Josh Weinstein
- Saison 9 – 12 : Mike Scully
- Saison 13 – aujourd'hui : Al Jean
Matt Groening et James L. Brooks ont été producteurs délégués de la série au cours de son histoire mais aussi consultants créatifs. Sam Simon, qui a œuvré comme directeur de création pour les quatre premières saisons, a aussi reçu un rôle de producteur délégué même s'il n'a pas travaillé sur l'émission depuis 1993[13].
Un des postes les plus importants au sein de la série est le show runner, qui agit à titre de scénariste en chef et qui gère la production de la série pour toute la saison[14].
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L'équipe de rédaction des Simpson se compose de seize scénaristes qui proposent des idées d'épisodes au début de chaque mois de décembre[15]. Le scénariste principal de chaque épisode écrit la première ébauche. Les sessions de l'équipe de rédaction ajoutent ensuite des blagues, peuvent en enlever, insèrent des scènes et font relire le script aux personnes chargées des voix des personnages[16]. Jusqu'en 2004[17] le superviseur de ces sessions était George Meyer, qui développait la série depuis la saison 1. D'après le scénariste de longue date Jon Vitti, George Meyer inventait habituellement les grandes lignes d'un épisode, même s'il mobilisait d'autres scénaristes[16].
Chaque épisode demandant six mois de production la série commente rarement les événements récents[18]. Cependant, certains épisodes font mention d'événements prévus, comme les Jeux olympiques ou le Super Bowl.
Au générique de soixante épisodes, John Swartzwelder est le scénariste le plus prolifique du personnel des Simpson[19]. L'un des anciens scénaristes les plus connus est Conan O'Brien, qui contribua à plusieurs épisodes au début des années 1990, avant de remplacer David Letterman à l'animation du talk show Late Night[20]. Le comédien anglais Ricky Gervais a écrit l'histoire d'Échange d'épouses (J’aime ta femme au Québec), devenant la première célébrité à la fois scénariste et invité d'un épisode[21]. Seth Rogen et Evan Goldberg, les scénaristes du film SuperGrave, ont fait de même avec un épisode dans lequel le premier prête sa voix à l'un des personnages[22],[23].
À la fin de 2007, les scénaristes des Simpson firent grève avec le reste de la Writers Guild of America, East. Ils s'étaient joints à l'association en 1998[24].
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En France, l'adaptation des dialogues a été assurée par Juliette Vigouroux et Alain Cassard jusqu'à la saison 19 puis par Régine Teyssot, la voix féminine de la série. La direction artistique est tenue par Christian Dura. On peut noter deux gros changements dans Les Simpson : le départ de Patrick Guillemin à la fin de la saison 9 et celui des adaptateurs français et de Michel Modo durant la saison 19. Selon Véronique Augereau, au MIPCOM 2009, Matt Groening a dit considérer la version française comme son interprétation favorite car elle a quelque-chose de spécifique[25].
Au Québec, l'adaptation des dialogues est assurée par Benoît Rousseau, assisté de Johanne Léveillée (qui fait aussi la voix de Bart). La direction artistique, quant à elle, est assurée par Johanne Léveillée, assistée de Benoît Rousseau. C'est Gilbert Lachance qui a doublé Krusty le clown en québécois dans Les Simpson : le film. Ce dernier a d'ailleurs doublé Krusty à quelques reprises dans la série, en remplacement de Marc Labrèche.
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| Dan Castellaneta, Homer | Nancy Cartwright, Bart | Yeardley Smith, Lisa | Harry Shearer, Ned Flanders |
Plusieurs studios internationaux et américains sont chargés de l'animation des Simpson. Lorsque la série était diffusée sous forme de courts métrages dans le Tracey Ullman Show, elle était produite en interne par Klasky Csupo[26]. Le début de la série telle qu'on la connaît actuellement provoquant une augmentation du volume de travail, la Fox sous-traita alors la production à plusieurs studios situés en Corée du Sud[26]. Il s'agit d'AKOM[27], d'Anivision[28], de Rough Draft Studios[29], de U.S. Animation Inc.[30], et de Toonzone Entertainment[31]. Les artistes du studio d'animation américain DPS Film Roman dessinent les storyboards, conçoivent les nouveaux personnages, décors, accessoires et l'agencement de l'arrière-plan. Le studio produit alors des animatics qu'il transmet aux scénaristes de Gracie Films pour contrôle avant que le travail ne soit expédié à l'étranger. Les studios étrangers font ensuite le tweening, apportent des modifications aux images, pour aboutir à une animation sur bande prête à être expédiée aux États-Unis pour être livrée à la Fox, trois à quatre mois plus tard[32].
Pour les trois premières saisons, Klasky Csupo anima Les Simpson aux États-Unis. En 1992, la société de production de la série, Gracie Films, a transféré la production nationale à DPS Film Roman[33], qui produisait encore la série en 2008.
La production en haute définition débuta lors de la saison 20 ; le premier épisode, Take My Life, Please, a été diffusé le 15 février 2009. Le passage à la haute définition comprend une nouvelle séquence d'ouverture[34]. Matt Groening a qualifié le changement de complexe, car il affecte le minutage et la composition de l'animation[35].
Personnages
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Les Simpson forment une famille américaine typique qui vit dans la ville de Springfield[36]. Homer, le père, travaille en tant que responsable de la sécurité à la centrale nucléaire de Springfield, un poste en contradiction avec son imprudence. Il est marié à Marge Simpson, stéréotype de la mère et de la femme au foyer américaine. Ils ont trois enfants : Bart, un fauteur de troubles de 10 ans ; Lisa, une surdouée[37]activiste de 8 ans et Maggie, un bébé qui communique en suçant une tétine. Bien que les Simpson soient une famille à problèmes, plusieurs épisodes examinent leurs relations et montrent souvent qu'ils prennent soin les uns des autres[38]. La famille possède un chien, Petit Papa Noël (Le P'tit Renne au nez rouge, au Québec), et un chat, Boule de Neige V, renommé Boule de Neige II dans l'épisode Robotflop. Ces deux animaux de compagnie ont eux-mêmes eu des rôles vedettes dans plusieurs épisodes. Malgré les indications du temps qui passe, comme les vacances, les fêtes ou les anniversaires, la mort de certains personnages ou des divorces, les personnages ne vieillissent jamais et ont la même apparence que celle qu'ils avaient à la fin des années 1980.
La série comporte de nombreux personnages secondaires, comme les professeurs, les amis de la famille ou les célébrités locales. Certains sont associés à des endroits particuliers, comme Moe, le propriétaire du bar fréquenté par Homer, ou Carl et Lenny, qui travaillent à la centrale nucléaire. Les créateurs ont initialement conçu plusieurs de ces personnages pour l'humour de la série ou pour remplir des fonctions spécifiques de la ville. Certains d'entre eux ont eu des rôles de plus en plus importants et, par la suite, ont même eu les rôles principaux de certains épisodes. D'après Matt Groening, la série a pris l'idée d'une large gamme de personnages secondaires de la série comique canadienne SCTV[39].
Thèmes
La série Les Simpson, centrée sur une famille et sa vie dans une ville typiquement américaine[36] reprend la dramaturgie d'une sitcom (comédie de situation, au Québec) ; dont les limites sont repoussées par l'animation. La ville de Springfield est l'univers des personnages, là où ils sont confrontés aux problèmes posés par la société actuelle. Homer travaillant dans une centrale nucléaire, la série aborde les questions d'environnement[40]. La scolarisation de Bart et Lisa à l'école élémentaire de Springfield permet aux scénaristes d'utiliser les controverses en matière d'éducation. Et la ville disposant d'un large éventail de chaînes de télévision, des émissions réservées aux enfants aux nouvelles locales, les auteurs peuvent se moquer de l'industrie du divertissement (eux-mêmes compris)[41].
Plusieurs commentateurs pensent que la série est politiquement marquée à gauche[42]. Al Jean a admis dans une interview que « Nous [la série] avons des tendances libérales »[43]. Néanmoins la satire n'épargne aucune case de l'échiquier politique[44]. Le gouvernement et les grandes entreprises y sont des entités amorales qui exploitent les individus[43] et aucune figure d'autorité (proviseur, patron, policier etc.) ne vient racheter les abus (ou les faiblesses) de l'autre : dans Les Simpson, les politiciens sont corrompus, la police incompétente, et le clergé doute[45]. La religion est un thème récurrent de la série et la plupart des cultes majeurs y sont apparus.
Cadre
La série d'animation Les Simpson a lieu dans la ville américaine fictive de Springfield, sans aucune coordonnée géographique ou référence à un État des États-Unis qui permettrait de déterminer son emplacement. Néanmoins, les exégètes de la série tentèrent de déterminer l'emplacement de la ville en tenant compte de ses caractéristiques, de sa géographie et des lieux situés à proximité. Face à de telles questions, ses concepteurs se montrèrent très évasifs[46]. Les Springfield sont en fait très communes aux États-Unis, se signalant dans plus de la moitié des États[47]. La géographie de Springfield et de ses environs comprend des côtes, des déserts, de vastes terres agricoles, de hautes montagnes ou, plus simplement, tout ce que l'histoire de la série exige[48]. Malgré cela, Matt Groening a confié que Springfield partageait nombre de similitudes avec Portland, Oregon, la ville où il a grandi[49].
Éléments récurrents
La séquence d'ouverture des Simpson est une des caractéristiques les plus mémorables de la série. Presque tous les épisodes s'ouvrent par un zoom sur le titre Les Simpson, puis vers la ville de Springfield. Puis l'on suit les membres de la famille rentrant à la maison simultanément. Une fois chez eux, les Simpson s'installent sur leur canapé et regardent la télévision sans se saluer. Le générique a été créé par David Silverman, premier travail qu'il a effectué lors du début de la production de la série[50]. La musique du générique a été composée par le musicien Danny Elfman en 1989, après que Matt Groening l'a contacté pour lui demander un morceau de style rétro. Pour Danny Elfman, ce morceau, dont la création demanda deux jours, est le plus populaire de sa carrière[51].
Dans ce générique, quatre points changent d'épisode en épisode : Bart écrit différentes phrases sur le tableau noir de l'école[50] qui est en rapport avec l'histoire de l'épisode, Lisa joue différents solos sur son saxophone, le célèbre gag du canapé varie très souvent[52] et le panneau d'affichage de la caisse enregistreuse du supermarché change également de phrase. Ce dernier détail, très peu visible, a été annoncé dans un épisode spécial. Le 15 février 2009, une nouvelle séquence d'ouverture a été mise en place pour accompagner le passage à la haute définition. La séquence reprend les caractéristiques de la précédente, mais il y a été ajouté de nombreux détails et personnages[53]. La vingtième saison a vu son huitième épisode (Burns est piqué) bénéficier d'un générique entièrement redessiné sous la neige et le thème de Noël, le même générique neigeux ayant été dessiné auparavant pour l'épisode 9 de la dix-huitième saison (Kill Gill, volumes 1 et 2).
L'épisode spécial d'Halloween (le Horror Show) est devenu une tradition annuelle. L'action délaisse alors son cadre habituel pour ceux du fantastique, de l'horreur ou de la science-fiction, dont les classiques sont ainsi souvent parodiés[54].
Le Simpson’s Horror Show (en France) ou Spécial d’Halloween (au Québec) a été diffusé pour la première fois en 1990 au cours de la saison 2. Son format n'a jamais varié : trois histoires courtes dans le temps d'un épisode ordinaire[55].
Bien que conçu pour Halloween, le Horror Show aura vu, ces dernières années, certains épisodes diffusés après, en raison d'un contrat liant la Fox à la Série mondiale de la Ligue majeure de baseball[56].
L'humour se nourrit de références culturelles, dont la grande variété permet à la série de toucher le plus large public[57]. Celles-ci appartiennent souvent aux univers du cinéma, de la télévision, de la musique, de la littérature, de la science ou de l'histoire[57]. Les animateurs ajoutent régulièrement blagues et autres gags visuels au second plan via des bouts de texte humoristique ou absurde sur des panneaux, des journaux etc[58]. Souvent, le public ne repère pas ces gags à la première diffusion de l'épisode[58].
La série utilise les « tics de langage » et beaucoup de personnages en ont au moins une chacun[59], comme le célèbre « D'oh! » d'abattement d'Homer Simpson, l'« Excellent... » de Charles Montgomery Burns ou encore le « Ha-ha ! » moqueur de Nelson Muntz. Celles de Bart, telles que « ¡Ay, caramba! », « ¡No problemo! » et « Va te faire shampooiner ! » (en France ; « Mange de la crotte » au Québec ; « Eat my shorts » en version originale), furent imprimées sur t-shirt aux débuts de la série[60]. Cependant, Bart a rarement utilisé ces deux dernières phrases après qu'elles furent devenues populaires. L'épisode Bart devient célèbre tourne même en ridicule l'humour fondé sur de telles répétitions[61].
Deux explications sont avancées pour répondre à la question « pourquoi les Simpson sont-ils jaunes ? ». La première provient de David Silverman qui la donna dans une interview en 1998. D'après lui, si les Simpson sont jaunes, c'est pour que les cheveux - blonds - de Lisa, Bart et Maggie soient confondus avec leur visage, ce qui était souhaité car le front de Bart était très haut. La deuxième explication fait valoir que la couleur jaune attire l'attention des téléspectateurs et leur permet d'identifier rapidement la série[62].
Les concepteurs de la série ont également pensé à la couleur verte mais celle-ci fut abandonnée car elle était plus chère que le jaune[62].
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Jethro Tull (groupe).
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| Jethro Tull | |
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| Jethro Tull en concert en 2007 | |
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| Pays d’origine | Blackpool, |
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| Genres | Rock progressif Folk rock |
| Années actives | Depuis 1968 |
| Labels | Chrysalis Records |
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| Membres | Ian Anderson Martin Barre David Goodier John O'Hara Doane Perry |
| Anciens membres | Andrew Giddings Jonathan Noyce Mick Abrahams Glenn Cornick Clive Bunker John Evan Jeffrey Hammond Barriemore Barlow John Glascock David Palmer Dave Pegg Mark Craney Tony Iommi |
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Jethro Tull est un groupe de rock britannique progressif formé dans la seconde partie des années 1960. Leur musique est marquée par un style vocal très particulier (une voix nasillarde mais remarquablement juste), le travail unique de flûtiste du leader Ian Anderson et par des constructions de chansons inhabituelles et souvent complexes . Leur musique incorpore des éléments de musique classique et celtique, blues (surtout à leurs débuts) ainsi que des phases art rock alternatif du rock. Malgré ceci, il est difficile de désigner des artistes spécifiques ayant directement influencé ou étant directement influencés par Jethro Tull. Plus que la plupart des autres groupes, leur musique reste à l'écart du reste de la musique rock.
Histoire
Jethro Tull tourne dans des clubs à la fin des années 1960 avec une formation changeante qui se cristallise finalement autour de Ian Anderson (chant, flûte, guitare acoustique, harmonica, et plus tard beaucoup d'autres instruments), Mick Abrahams (guitare électrique), Glenn Cornick (basse) et Clive Bunker (batterie). On raconte que le groupe changea de nombreuses fois de nom pour obtenir des concerts à répétition, et que Jethro Tull était le nom qu'il portait quand il signa son contrat avec une maison de disque (le nom du groupe est emprunté à l'inventeur du semoir). Après quelques 45 tours passés inaperçus (sur le premier d'entre eux, le nom du groupe était orthographié « Jethro Toe » [Orteil de Jethro]), paraît l'album bluesy This Was en 1968. La musique en était composée pour partie par Ian Anderson et pour partie par Mick Abrahams.
Après cet album, Mick Abrahams quitte le groupe (pour former Blodwyn Pig). Au terme d'une série d'auditions, Martin Barre est engagé comme nouveau guitariste. Barre devient le membre le plus fidèle au groupe après Anderson. Durant cette période on remarquera le passage de Tony Iommi (du groupe Earth qui deviendra Black Sabbath) avec Jethro Tull dans le show télé des Rolling Stones The Rock and Roll Circus tourné le 11 décembre 1968.
La nouvelle formation sort Stand Up en 1969. Entièrement écrit par Anderson, cet album abandonne largement le blues en faveur du nouveau style de rock progressif développé à ce moment par des groupes comme Yes, bien que Stand Up ressemble un peu à un des premiers albums de Led Zeppelin teinté de jazz, avec un son lourd et légèrement sombre. La chanson 'We Used To Know' publiée sur cet album a certainement inspiré The Eagles pour leur chanson Hotel California sur l'album éponyme en 1976. L'écoute consécutive des deux morceaux permet de remarquer la similitude de la musique. Il est d'ailleurs indiqué sur le site officiel de Jethro Tull que Don Henley, qui suivit des tournées de Jethro Tull s'en inspira (The Eagles' "Hotel California" derived from Henley hearing the song while touring with Tull).
En 1970, Jethro Tull donne l'un de ses meilleurs concert lors du célèbre festival de l'île de Wight devant 600 000 spectateurs. La même année, un claviériste John Evan rejoint le groupe, qui sort l'album Benefit.
Le bassiste Cornick quitte le groupe après Benefit, remplacé par Jeffrey Hammond-Hammond, et cette formation sort l'œuvre la plus connue de Jethro Tull, Aqualung en 1971. Mélange de rock heavy relatant la relation entre Dieu et un homme et de pièces acoustiques plus légères à propos de la vie de tous les jours, l'album est aimé par beaucoup et décrié par beaucoup d'autres. Malgré ceci, la chanson-titre et « Locomotive Breath » deviennent des tubes des radios de rock classique.
Le batteur Clive Bunker part ensuite, remplacé par Barriemore Barlow, et l'album de 1972 du groupe est Thick as a Brick. C'est un album-concept constitué d'une seule chanson très longue couvrant les deux faces du vinyle, avec un certain nombre de mouvements et des thèmes récurrents. Le quintette de cet album --- Anderson, Barre, Evan, Hammond-Hammond et Barlow --- deviendra une des formations les plus durables de Jethro Tull, jusqu'en 1975.
1972 voit aussi la sortie de Living In The Past, une compilation en double album de singles, de faces B, et de prises inédites, avec une face d'enregistrements concert, dont la fabuleuse version live de "Dharma For One" . Ce disque est considéré par la plupart des fans de Jethro Tull comme étant le meilleur.
En 1973, le groupe tente d'enregistrer un double album, mais il est apparemment insatisfait de la qualité de l'enregistrement studio et abandonne le projet. À la place, ils enregistrent rapidement et sortent A Passion Play, un autre album-concept constitué d'une seule chanson avec des paroles très allégoriques. Après plusieurs années de popularité croissante, A Passion Play est largement décrié et marque un tournant pour le groupe. L'apogée de sa popularité est désormais derrière lui. Le groupe enregistre au château d'Hérouville un album qui ne sortira que bien plus tard , dans les années 90 comme premier CD du double album Nightcap en tant que les bandes sonores perdues du château d'Hérouville. L'album War Child de 1974 reçoit toutefois des critiques positives, et « Bungle in the Jungle » est un succès ( pour la petite histoire, c'est l'album préféré de Ritchie Blackmore ).
En 1975 le groupe sort Minstrel in the Gallery, un album ressemblant à Aqualung dans ses morceaux doux à la guitare acoustique contrastant avec des œuvres plus longues et dominées par la guitare électrique de Barre. La plupart des critiques sont mitigées. Après cet album, le bassiste Hammond-Hammond quitte le groupe : il est remplacé par John Glascock.
En 1976, sort Too Old to Rock 'n' Roll, Too Young to Die !. C'est un autre album concept, cette fois portant sur la vie d'un rocker vieillissant. Ian Anderson, piqué au vif par des critiques défavorables (notamment à propos de A Passion Play), réplique en recyclant de nombreux morceaux de cet album, en les réorchestrant et en leur donnant de nouvelles paroles acerbes. La presse ignore le stratagème, et demande si les paroles sont autobiographiques --- une accusation que Anderson nie vivement.
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Le groupe achève la décennie avec trois albums folk rock, Songs from the Wood, Heavy Horses et Stormwatch. Songs from the Wood est le premier album de Tull à recevoir des critiques unanimement positives depuis l'époque de Benefit et Living in the Past.
Le groupe avait depuis longtemps des liens avec les folk-rockers Steeleye Span. Bien que non considérés comme appartenant au mouvement rock folk (qui avait en fait commencé presque dix ans auparavant avec la venue de Fairport Convention), il y eut clairement beaucoup d'échanges d'idées musicales entre Tull et les folk-rockers. Durant cette période, David Palmer, qui avait auparavant fait des arrangements pour instruments à cordes pour des albums de Tull, rejoint officiellement le groupe, principalement aux claviers aux côtés de John Evan.
Le bassiste Glascock meurt en 1979 suite à une opération du cœur, et Stormwatch est en fait achevé sans lui (Anderson joue de la basse sur plusieurs titres). La tournée de cet album est l'occasion de voir arriver dans Jethro Tull un transfuge de Fairport Convention, le bassiste Dave Pegg. Anderson décide d'enregistrer son premier album solo, et ce faisant met un terme provisoire à Jethro Tull.
Peut-être sous la pression du label, cependant, Anderson sort son album solo en tant qu'album de Jethro Tull en 1980. Nommé A, il comprend Barre à la guitare électrique, Dave Pegg à la basse, et Mark Craney à la batterie. Mais l'album avait une forte teinte électronique, due au claviériste Eddie Jobson, ancien membre du mythique groupe UK avec John Wetton et Bill Bruford puis Terry Bozzio. Il a un son beaucoup plus moderne, moins folk, d'où une impression complètement différente de tout ce que Tull a produit auparavant.
Eddie Jobson (claviers) et Mark Craney (batterie) quittèrent le groupe juste après la tournée de l'album A (1980). Jethro Tull débute alors une période de transition avec ces principaux changements : Gerry Conway et Doane Perry se partagent la batterie suivant les concerts, et Peter-John Vettese prend les commandes au clavier. Bien qu'avec des nappes de synthétiseurs un effet de modernité se fait ressentir, le groupe revient quand même à un son plus pop mais aussi plus hard par moment (Gerry Conway étant plus "speed" et percussif que Mark Craney, beaucoup plus fin et aérien à la batterie), notamment dans l'album The Broadsword and the Beast sorti en 1982.
En 1984, Jethro Tull sort Under Wraps, un album à fortes consonnances électroniques. Bien que le groupe en soit fier, paraît-il, l'album est mal perçu par le public. De plus, Ian Anderson rencontre quelques problèmes de voix à cette même époque et se voit dans l'obligation de faire prendre une pause discographique au groupe, pendant une durée de trois ans.
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En 1987 Jethro Tull revient plus fort avec l'album Crest of a Knave. Sans Vettese (Anderson contribue au clavier) et s'appuyant plus fortement sur la guitare électrique de Barre que ne l'avait jamais fait le groupe depuis le début des années 70, l'album est un succès critique et commercial, et remporte le Grammy Award de 1988 pour le meilleur album de hard rock (battant un album de Metallica). Le style de Crest a été comparé à celui des Dire Straits, en partie parce que Anderson semblait ne plus avoir la portée vocale qu'il avait auparavant. Durant la tournée qui suit, Don Airey assure la partie clavier du groupe.
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1988 est aussi l'année de la sortie de 20 Years of Jethro Tull, un coffret de 5 vinyles (aussi sortis sous forme de triple CD et de simple CD) constitué en grande partie de morceaux abandonnés durant toute l'histoire du groupe, ainsi que des pistes live variées et des pistes remasterisées numériquement. Il contient aussi un livret retraçant l'histoire du groupe en détail.
Depuis, le groupe a sorti plusieurs albums dans un style dérivé de Crest, mais en incorporant aussi des influences plus folk. Il y a en particulier l'album de 1992, A Little Light Music, un album live principalement acoustique qui reçoit un accueil positif de la part des fans grâce à l'interprétation différente de nombreuses compositions passées, un autre transfuge de Fairport Convention, Dave Mattacks, assure la batterie .
Anderson a sorti plusieurs albums solo depuis le début des années 80 (hommage à Bach notamment), et dans les années 90 Barre commença aussi à sortir des albums solo. Anderson et Barre restent le noyau dur du groupe (David Pegg le quittant finalement à la fin des années 90 (trois bassistes différents sur Catfish Rising) puis arrivée de Jonathan Noice du groupe de Martin Barre). En 1996, divers artistes de rock progressif sortent un hommage à Tull, To Cry You a Song, qui inclut des contributions de plusieurs ex-membres de Tull, ainsi que d'artistes parmi lesquels Keith Emerson, Tempest, et Wolfstone ainsi que Glenn Hughes et Steve Morse.
Le groupe est toujours actif au XXIe siècle et continue à sortir de nouveaux albums à quelques années d'intervalle. Au début des années 2000, la voix d'Anderson semble avoir regagné un peu de sa portée d'antan. Une tournée internationale de plus de soixante dates a débuté en mars 2010, commençant en Grande-Bretagne puis aux États-Unis et au Canada en juin.
A noter que David Palmer est devenu, après une opération, Dee Palmer à l'âge de 66 ans, un rêve qu'il nourrissait depuis l'âge de trois ans[1].
Discographie
- This Was (1968)
- Stand Up (1969)
- Benefit (1970)
- Aqualung (1971)
- Living in the Past (1972)
- Thick as a Brick (1972)
- A Passion Play (1973)
- War Child (1974)
- Minstrel in the Gallery (1975)
- Too Old to Rock 'n' Roll: Too Young to Die! (1976)
- Songs from the Wood (1977)
- Heavy Horses (1978)
- Stormwatch (1979)
- A (1980)
- Broadsword and the Beast (1982)
- Under Wraps (1984)
- A Classic Case(1985)
- Crest of a Knave (1987)
- Rock Island (1989)
- Catfish Rising (1991)
- A Little Light Music (1992)
- Nightcap - The Unreleased Masters (1994)
- Roots to Branches (1995)
- J-Tull Dot Com (1999)
- The Jethro Tull Christmas Album (2003).
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Filmographie
- Slipstream (1981)
- 20 Years of Jethro Tull (1988)
- 25th Anniversary Video (1994)
- Living with the Past (2002)
- A New Day Yesterday 1969-1994 (2003)
- Nothing Is Easy: Live at the Isle of Wight 1970 (2005)
- Ian Anderson Plays the Orchestral Jethro Tull (2005)
- Live at Montreux 2003 (2007)
- Live in Bethlehem, PA, 2003 (2008)
- Jack In The Green: Live In Germany 1970-93 (2008)
- Their Full Authorised Story (2008) (2 dvd)
- Live at Madison Square Garden 1978 (2009) (+ 1 CD avec le même concert)
- Live At AVO Session Basel (2008) (2010).
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