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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 06:00

Continuité de la religion minoenne 

 


Survivance du culte 


Il est probable que la religion minoenne survécut à l'invasion des Grecs et fusionna avec la religion grecque. Des traces de culte minoen datant de la période mino-mycénienne à la période grecque, ont pu être retrouvées107.

Cette continuité peut s'exprimer à travers les nombreuses idoles retrouvées, qui conservent pendant plusieurs siècles leur aspect minoen. À Gazi, des idoles de la période sub-minoenne ont été découvertes. Elle se tenaient probablement sur une planche dans une petite pièce carrée, dans laquelle on a aussi trouvé une table à offrandes et des vases. Le sanctuaire de Karphi, plus tardif, car datant de la période sub-minoenne à proto-géométrique, a révélé des objets de culte et des idoles minoennes, bien que leurs pieds aient été modelés séparément108. À Prinias également des idoles ont été découvertes, en forme de cloche, et représentées avec des serpents, comme les idoles retrouvées à Gournia. Dès 1906, les archéologues italiens ont estimé que les idoles de Prinias dataient de la période archaïque, et étaient complètement étrangères à la période minoenne par leur datation108.

Un objet important du culte minoen a perduré à travers les siècles suivants : le kernos109. Le terme kernos désigne selon les auteurs grecs, un ensemble de petites coupes d'argiles attachées à un vase central, et dans lesquelles différentes sortes de fruits étaient placées. Cet objet était transporté à la manière du liknon, et les auteurs grecs nous informent que la personne chargée de le transporter goutait également les fruits. Le kernos aurait servi dans des mystères, sans que l'on sache vraiment lesquels110,111, même si ceux d'Éleusis semblent fort probables112. Ainsi des kernoi dédicacées aux déesses éleusiniennes ont été découverts sur les pentes ouest de l'Acropole à Athènes et près du Métrôon112.

La complexité de la forme des kernoi permet de laisser penser qu'il existe une réelle connexion entre les exemplaires minoens et grecs. Les chercheurs s'accordent sur le fait qu'une forme si particulière aurait eu, en effet, peu de chances d'apparaitre deux fois dans le même pays sans qu'aucune connexion n'ait lieu113.

Le plan des sanctuaires domestiques minoens a également survécu pendant toute la période archaïque. À Dreros, près d'Olous on trouve un temple témoignant de la fusion des religions minoenne et grecque. C'est une petite pièce rectangulaire, de 11 m. sur 7,20 m. dans laquelle on entre par le côté nord. On y trouve un pilier, d'un demi-mètre de haut environ et qui supportait sans doute une table à offrande. On y a découvert également des idoles de type minoen. La survivance des traditions minoennes y est évidente, mais les Dieux honorés en cet endroits sont grecs et identifiés comme Apollon, Artémis et Léto114.

Ailleurs qu'en Crète, des lieux de culte font penser aux lieux de culte minoens. Ainsi, au sud de Rhodes, dans un lieu habité au VIe siècle av. J.‑C., des archéologues danois ont mis au jour en 1908 un sanctuaire d'une grande ressemblance avec le sanctuaire aux double-haches de Knossos115.

 

Continuité des lieux de culte 


Les grottes et cavernes de Crète, à la fin de la période minoenne, ne servaient plus à rien d'autre qu'au culte. Certaines grottes, comme celle de Kamares ou de Maurospilion sur le Mont Ida se retrouvent abandonnées à la fin de la période minoenne. Au contraire, d'autres, comme la grotte de Zeus, elle aussi sur les flancs du Mont Ida, commencent à être fréquentées à la même périodeN 20. La grotte de Psychro, celle ou Zeus est supposé être né, est la plus riche de toutes les cavernes de Crète, fréquentée à partir de la période d'apogée des Minoens jusqu'à la période géométriqueN 21'; celle d'Arkalochori ne sert plus non plus au culte à partir de la fin de la période minoenne116.

Ces grottes sont des exemples de lieux de culte abandonnés après la période minoenne, tandis que dans d'autres, le culte a perduré. Dans la grotte de Patsos, sur les pentes occidentales du massif de l'Ida, des poteries minoennes ont pu être découvertes, ainsi qu'une inscription mentionnant Hermès Kranaios117. La grotte d'Ilithyie semble continuer à être utilisée après la période minoenne. Ainsi, Homère la mentionne dans l'Odyssée; et il semble même que son utilisation soit attestée jusqu'à la période romaine, si l'on en croit les fragments de poteries romaines et même les lampes chrétiennes retrouvées118.

 

Legs à la religion de la Grèce classique 


Plusieurs des emblèmes de la déesse mère furent associés plus tard aux déesses de la Grèce classique. Athéna hérita des serpents et des qualités martiales, Ilithyie des accouchements, Artémis des bêtes sauvages, Aphrodite des colombes, et Déméter des pavots. On retrouve les lions dans le culte de Cybèle, en Asie mineure, et dans l'ensemble on peut dire qu'il existe une grande affinité entre la déesse minoenne et les puissantes divinités féminines d'Asie mineure. La phrygienne Cybèle, la mère d'Idè, Ma la mère d'Attis, et l'Artémis d'Éphèse sont bien connues aux époques grecque et romaine mais on trouve des cultes semblables en des temps beaucoup plus reculés. Une puissante déesse solaire et guerrière, ayant comme emblèmes le lion, la panthère et la colombe, était adorée dans la ville d'Arinna pendant la première période hittite7.

Les dieux de l'Olympe (Zeus, Poséidon, Apollon...) semblent étrangers au petit panthéon de la religion minoenne, dominé par les divinités féminines. Pourtant ces dieux indo-européens furent dans certains cas assimilés à des dieux plus anciens : ainsi en Crète, Zeus fut identifié au Jeune dieu et appelé Kouros (jeune garçon) et Zeus Velchanos. On croyait qu'il naissait et mourait tous les ans. D'autres enfants divins, survivants de la religion préhellénique, étaient Linos, Ploutos ou Érichtonios et Dionysos11. Dans les tablettes en linéaire B de Knossos et Pylos, le panthéon des temps classiques apparait à un stade assez avancé. Les noms d'Héra, Athéna, Zeus et Poséidon y figurent. L'explication tient du fait que les Achéens avaient déjà une religion polythéiste, née de la fusion de leurs propres dieux avec ceux des préhellènes11. Selon Diodore de Sicile, la Crète a exporté ses dieux dans toutes les parties du monde119,120.

 

Zeus

 


Bouclier de bronze de la période géométrique. Zeus (au centre) est entouré des Courètes jouant du tambour.

 

 

 

Hésiode raconte la naissance de Zeus dans sa Théogonie. Il raconte comment Rhéa, pour sauver son fils, est conduite à Lyttos, en Crète, où elle enfante Zeus qui est remis à Gaïa qui le cache dans une grotte. Et l'ensemble des récits affectés à l'enfance de Zeus en Crète serait révélateur de croyances et de pratiques fort anciennes établissant que les Minoens auraient été attachés au culte d'un Dieu viril infiniment plus vieux que le Zeus hésiodique3. L'exploration de la grotte du Diktè par Hogarth à la fin du XIXe siècle prouva que les traditions à propos de la naissance de Zeus pouvaient être rattachées à ce lieu. La mise au jour de la partie supérieure de la grotte, obstruée par des rochers, révéla un autel sacrificiel et de nombreuses double-haches, dont la présence semble directement reliée au dieu lui-même121.

 

Britomartis 


Le culte de Britomartis serait d'origine minoenne. Son nom signifierait « douce vierge » en minoen et son culte persista bien après la période minoenne dans de nombreuses cités crétoises, comme à Dreros, où elle était célébrée sous le nom de Britomarpis, qui semble être la variante crétoise de son nom5. De plus, dans la mythologie, elle est associée à Minos, à qui elle aurait échappé, refusant d'être mariée à lui, pour se cacher dans une caverne à Égine, où elle fut célébrer sous le nom d'Artémis au temple d'Aphaïa122.

 

Diktynna 


Diktynna est sûrement une autre descendante possible de la Grande-déesse minoenne. Diktynna, comme Artémis, était une déesse de la campagne, des montagnes, et de la chasse. Son culte ne se limitait pas à la Crète et fut célébré entre autres à Athènes et Sparte et ce, encore à des périodes bien postérieures à l'époque minoenne. Ainsi, des pièces crétoises de l'époque de Trajan ont été découvertes la représentant assise sur des rochers entre deux curètes nourrissant l'enfant Zeus122. Son culte fut célébré particulièrement sur le Diktynnaion, entre Kydonia et Phalasarna, où un temple fut élevé, et dont les revenus servaient lors de l'occupation romaine aux travaux publics dans toute la Crète122.

 

Déméter 


Selon Homère, Déméter arrive en Grèce en provenance de Crète. Déméter est supposée avoir été étreinte par Iasion dans un champ labouré. Cette union est à mettre en relation avec le cycle de la végétation, si présent dans la religion minoenne. Les attributs de Déméter que sont les serpents, les animaux, les arbres et les coquelicots peuvent être considérés comme des témoins de l'origine de la déesse123. De plus, le nom de la déesse apparait sous sa forme dorique sur une bague du IIIe siècle. Cette bague a été offerte à la déesse en tant que Mère. À Knossos, jusqu'au Ier ou IIe siècle, Perséphone est appelée la Vierge. La présence de ces deux appellations ne sont pas sans rappeler les noms de la Grande Déesse minoenne124. Diodore de Sicile écrit même que les mystères d'Éleusis sont originaires de Crète et que les mystères étaient enseignés publiquement à Knossos, où ailleurs ils étaient enseignés en secret120. Lorsque Diodore déclare que l'on retrouve les dieux crétois dans le reste du monde, il prend l'exemple de Déméter, dont le culte part de Crète pour passer en Attique, avant d'atteindre la Sicile puis l'Égypte119,120.

 

Ariane 


Ariane est évidemment liée à la Crète, au travers du mythe de Thésée et du Minotaure. Cependant Nilsson observa qu'aucune autre héroïne ne mourait d'autant de façons différentes, et que ceci ne pouvait s'expliquer que par un culte de la mort d'Ariane. Ainsi, en étudiant les festivals d'Ariane à Naxos, il démontra que le rite ressemblait à culte de la végétation, bien connu des religions orientales, mais absent dans la religion grecque classique. Mais dans les religions orientales, c'est d'un Dieu dont il s'agit, alors qu'à Naxos, c'est une déesse. Sa mort est célébrée tous les ans, puisqu'elle meurt tous les ans. Cette forme n'étant pas grecque, ni orientale sous cette forme, elle peut être considérée comme directement héritée des traditions minoennes122.

 

Ilithyie 


Ilithyie était la déesse des accouchements. Homère, dans l'Odyssée, raconte comment elle aida Léto à accoucher d'Apollon à Délos. Il mentionne aussi la grotte d'Ilithyie à Amnisos ce qui pourrait signifier que la déesse dérive d'une divinité et d'un culte minoen plus anciens. Cette grotte servit au culte, du néolithique à l'époque romaine. Le culte de cette déesse était largement répandu en Grèce, et encore plus en Crète. Son nom, non indo-européen, pourrait venir directement de l'ancienne langue minoenne125.

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 05:00

Culte des morts 

 

 


La croyance en une vie posthume par les Minoens apparait dès les temps néolithiques et prépalatiaux. Les morts étaient ensevelis dans des cavités des cavernes et des tombes à tholos et on déposait à côté d'eux non seulement des récipients contenant de la nourriture, mais aussi des outils d'usage quotidien : lames à raser en obsidienne, haches en pierre, meules, marteaux, et plus tard armes en bronze, sceaux et bijoux95. Dès le début de la période prépalatiale, on y ajoutait des objets rituels : kernoi en argile, vases zoomorphes, et statuettes de la déesse. La présence des statuettes peut-être expliquée par la croyance que le mort, dans sa nouvelle demeure, devait disposer non seulement de son équipement de la vie quotidienne, mais aussi des idoles qu'il avait adorées. On peut détecter sur des tombes du minoen ancien des traces de feux extrêmement vif, ce qui amène à penser que ces feux faisaient partie des rites funéraires. Ils servaient plutôt à brûler les restes d'enterrements précédents, il semblerait donc qu'on attachait moins d'importance aux morts après la décomposition des corps95.

 

 

 

Scène d'offrandes. Phaistos (époque néopalatiale).

 

 

 

Les preuves nettes d'un culte des morts apparaissent à la fin de la période néopalatiale. Des offrandes sont déposées dans des endroits spéciaux hors des tombes. Ces offrandes ne sont surement pas placées uniquement le jour de l'enterrement, d'autres offrandes avaient probablement lieu à des jours spécifiques. D'autres offrandes typiques que les kernoi, sont les vases à libations renversées. Ces offrandes impliquent que les morts continuaient à avoir besoin des vivants96. Ainsi des petites cabanes en pierre étaient construites à côté des tombes et contenaient des vases de pierre ou d'argile datant de bien après les tombes elles-mêmes97. Un objet en argile trouvé à Kamilári près de Phaistos prouve que dès le début de l'époque néopalatiale il était d'usage de rendre aux morts des honneurs divins. Il s'agit d'un bâtiment miniature rectangulaire représentant une maison ou un sanctuaire, la façade étant encadrée de deux piliers et le tout contenant un groupe de quatre personnages. Ils sont assis sur des tabourets séparés, devant des tables à offrandes, tandis que des adorants porteurs de tasses pénètrent dans le sanctuaire. Deux de ces tasses sont déjà déposées sur les tables. Les morts en question on probablement été transformés en héros ou en Dieux96.

On retrouve dans les tombes néopalatiales tables à offrandes, autels, alabastres et les divers objets de culte déjà étudiés. Dans les tombes, des encensoirs avaient un rôle pratique en plus de leur rôle rituel : les fumées des encens et les résines aromatiques brûlées servaient à masquer les odeurs des ensevelissements précédents. Selon Evans, les récipients contenant du charbon, tels que les encensoirs, servaient à « réchauffer les morts ». Quelques une des tombes creusées dans le rocher ont le plafond peint en bleu, sans doute une représentation du dôme céleste. La même couleur apparait sur des paris du sol et sur du matériel funéraire. Les sarcophages en bois étaient parfois peints en bleu. Mais dans les tombes de cette période, on rencontre peu de statuettes, contrairement à celles de la Grèce continentale98.

Certains sujets religieux apparaissant sur les sarcophages confirment le lien entre le monde des Dieux et celui des morts. Doubles-haches, cornes sacrées et griffons sur un sarcophage de Palaikastro, têtes de taureaux sur une Larnax d'Episkopé, près d'Ierapetra, personnage sacerdotale en robe longue à bandes diagonales à Vatheianos Kampos. Sur une larnax de Milatos, un personnage aux cheveux flottants au vent est en train de descendre du ciel, pour boire dans une grande amphore, la scène doit donc faire allusion à une libation. Mais nous ne savons as si le personnage représenté est l'esprit du mort ou la représentation d'une divinité99.

 

 

 

Sarcophage d'Aghia Triada.

 

 

 

Le degré des honneurs rendus semble correspondre à la valeur et au rang occupé par le mort pendant sa vie. Les personnes royales, considérées comme divine de leur vivant, recevant des honneurs divins pendant leur mort. C'est ce qu'illustre le sarcophage d'Aghia Triada. On peut voir sur ce sarcophage deux types de rites, l'un adressé à la divinité, l'autre au mort. De toute évidence il y a une relation étroite entre les deux. La cérémonie au mort consiste en une procession. les hommes qui y participent portent des peaux en dessous de la ceinture, et apportent des animaux, peut-être des veaux, à un personnage qui se tient derrière un autel à degrés et une branche sacrée100. Derrière ce personnage on peut voir ce qui s'apparente à un sanctuaire. Le personnage vers lequel se dirige la procession est vêtu entièrement de peaux de bêtes et il se tient à un niveau plus bas que les autres, donnant l'impression qu'il est en train de remonter de l'intérieur de la terreN 16. Il pourrait donc s'agir d'une représentation du Jeune dieu de la végétation auquel on aurait identifié le mort contenu dans le larnax. Une autre interprétation est que le mort est posé debout pour la cérémonie funèbreN 17. De plus, dans ce cas la présence d'oiseaux ne symbolise pas la présence de la divinité comme c'est la cas habituellement, mais la présence de l'âme du mort.

 

Élysée et île des bienheureux 


L'un des membres de la procession du sarcophage d'Aghia Triada apporte un modèle réduit de navire., qui peut être considéré comme un signe d'influence égyptienne. En Égypte de vrais bateaux étaient déposés dans les tombes des rois et des modèles réduits dans celles des mortels ordinaires, puisqu'on croyait que les morts en avaient besoin pour leur voyage vers l'au-delà. Il semble que les Minoens aient partagé ces croyances, et qu'ils soient à l'origine des Champs Élysées, où se trouve Rhadamante, frère de Minos, et ancien roi de Crète. Peuple marin, les Minoens avaient tout naturellement tendance à situer leur paradis au delà des mers, aux extrémités de la Terre101.

On ignore jusqu'à quel point ils considéraient possible la survivance des morts, après que l'âme ait quitté le corps, dans la tombe. Le papillon, est considéré comme le symbole de l'âme des morts. Son apparition sur des disques en or de Mycènes, pourrait indiquer qu'au moins à l'époque créto-mycénienne, les égéens croyaient à la psychostasie, pesée des âmes, que l'on retrouve en Égypte101. On a trouvé des disques de pesée en bronze dans des tombes crétoise du minoen récent. Les papillons apparaissent sur une double hache en bronze de Phaistos, et aussi sur le relief peint du prêtre-roi de Knossos102,N 18. Des papillons et des chrysalides apparaissent comme symboles de résurrection sur la bague de Nestor en or. Cette bague représente selon Evans, des scènes de la vie future : un couple est initié aux mystères de l'autre monde et apparaît devant la Grande déesse et un griffon assis sur un trône. Cette initiation est suivie par la résurrection et le couple retrourne à la vie102,N 19. Nous ignorons si les Minoens croyaient en la punition du pêché par une vie futurs de tourments (l'équivalent de l'Enfer)101

La crémation des morts fut introduite en Crète vers la fin de la période postpalatiale ou mycénienne. Conception nouvelle et plus simple du phénomène de la mort, elle est probablement due à l'influence d'éléments nordiques apparentés aux civilisations des champs d'urnes d'Europe centrale102.

 

Jeux et festivités

 


Femme assise sur une balançoire. Période néopalatiale. (Aghia Triada)

cf feux sacrés sur les sommets103.

 

 

 

Une autre pratique cultuelle était de se balancer sur des balançoires ou des cordes tendues entre des arbres ou des poteaux. On rencontre cette habitude dans d'autres contextes religieux : ainsi, on trouve le balancement rituel aux Indes et dans certaines régions rurales de Grèce moderne. Un modèle réduit en argile d'Aghia Triada montre une femme assise sur une balaçoire accrochée entre deux piliers sur lesquels sont perchées des colombes.

On ne connait pas avec certitude à quels jours de l'année se tenaient les fêtes minoennes. si l'on compare avec ce que l'on sait de la religion égyptienne et d'autres, on peut supposer que les minoens devaient célébrer le début de l'année, l'anniversaire de grands évènements mythiques, comme la naissance, la mort et la résurrection du Dieu103.

 

 

 

Sceau minoen représentant des acrobaties au-dessus d'un taureau. Période néopalatiale.

 

 

 

Les jeux de taureau, ou tauromachies par assimilation aux tauromachie espagnoles, avaient sans doute un caractère sacré. Selon Persson, ces jeux faisaient partie la fête du printemps103. Dans les jeux de taureaux minoens, l'animal n'était pas abattu (bien qu'il était peut-être abattu dans une cérémonie religieuse par la suite). des jeunes gens saisissaient l'animal par les cornes et effectuaient toute une variété de sauts périlleux au-dessus du dos de l'animal.L'origine de ce sort remonterait aux efforts pour capturer le taureau dans les montagnes de Crète, mais alors que les scènes illustrant la vraie capture d'un taureau montrent des hommes portant des lances ou des filets, ceux qui prenaient part à ces jeux n'étaient pas armées103. Des jeux semblables se déroulèrent pendant la période classique en Thessalie, à Smyrne, Sinope et en Carie. Il semble qu'il y ait eu des participants venus de Grèce continentale, ce qui donna peut-être naissance à la légende selon laquelle sept jeunes hommes et sept jeunes femmes étaient expédiés d'Attique pour être livrés au minotaure.

Les fêtes comportaient d'autres évènements athlétiques. Des scènes de pugilat sont représentées sur un fresque de Tylissos, sans pour autant que l'on sache si ces combats avaient une signification religieuse mais de compétitions analogues, commémorant la victoire d'Osiris sur ses adversaires avaient lieu en Égypte104.

 

 

 

Bague de Mochlos.

 

 

 

Les processions étaient un autre aspect des fêtes. sur un rhyton provenant d'Aghia Triada on peut voir une procession liée à un rite agricole. Les hommes participant portent des outils agricoles. Le caractère religieux est indiqué par la présence de chanteurs et d'un prêtre joueur de sistre105. Dans d'autres processions, prêtres, prêtresses et adorant marchent silencieusement en portant des vases à libations.

Enfin, il pas étonnant qu'un peuple marin comme les minoens aient eu des rites en rapport avec l'eau. Les fêtes marines avaient sans doute lieu dans des sanctuaires près de la mer106. Une bague en or retrouvée à Mochlos nous montre une déesse en voyage sur un bateau qui contient aussi un petit autel et un arbre. Cet arbre pourrait être un arbre sacré déraciné ou la suggestion symbolique de la déesse de la végétation.

 

Continuité de la religion minoenne 


Survivance du culte 


Il est probable que la religion minoenne survécut à l'invasion des Grecs et fusionna avec la religion grecque. Des traces de culte minoen datant de la période mino-mycénienne à la période grecque, ont pu être retrouvées107.

Cette continuité peut s'exprimer à travers les nombreuses idoles retrouvées, qui conservent pendant plusieurs siècles leur aspect minoen. À Gazi, des idoles de la période sub-minoenne ont été découvertes. Elle se tenaient probablement sur une planche dans une petite pièce carrée, dans laquelle on a aussi trouvé une table à offrandes et des vases. Le sanctuaire de Karphi, plus tardif, car datant de la période sub-minoenne à proto-géométrique, a révélé des objets de culte et des idoles minoennes, bien que leurs pieds aient été modelés séparément108. À Prinias également des idoles ont été découvertes, en forme de cloche, et représentées avec des serpents, comme les idoles retrouvées à Gournia. Dès 1906, les archéologues italiens ont estimé que les idoles de Prinias dataient de la période archaïque, et étaient complètement étrangères à la période minoenne par leur datation108.

Un objet important du culte minoen a perduré à travers les siècles suivants : le kernos109. Le terme kernos désigne selon les auteurs grecs, un ensemble de petites coupes d'argiles attachées à un vase central, et dans lesquelles différentes sortes de fruits étaient placées. Cet objet était transporté à la manière du liknon, et les auteurs grecs nous informent que la personne chargée de le transporter goutait également les fruits. Le kernos aurait servi dans des mystères, sans que l'on sache vraiment lesquels110,111, même si ceux d'Éleusis semblent fort probables112. Ainsi des kernoi dédicacées aux déesses éleusiniennes ont été découverts sur les pentes ouest de l'Acropole à Athènes et près du Métrôon112.

La complexité de la forme des kernoi permet de laisser penser qu'il existe une réelle connexion entre les exemplaires minoens et grecs. Les chercheurs s'accordent sur le fait qu'une forme si particulière aurait eu, en effet, peu de chances d'apparaitre deux fois dans le même pays sans qu'aucune connexion n'ait lieu113.

Le plan des sanctuaires domestiques minoens a également survécu pendant toute la période archaïque. À Dreros, près d'Olous on trouve un temple témoignant de la fusion des religions minoenne et grecque. C'est une petite pièce rectangulaire, de 11 m. sur 7,20 m. dans laquelle on entre par le côté nord. On y trouve un pilier, d'un demi-mètre de haut environ et qui supportait sans doute une table à offrande. On y a découvert également des idoles de type minoen. La survivance des traditions minoennes y est évidente, mais les Dieux honorés en cet endroits sont grecs et identifiés comme Apollon, Artémis et Léto114.

Ailleurs qu'en Crète, des lieux de culte font penser aux lieux de culte minoens. Ainsi, au sud de Rhodes, dans un lieu habité au VIe siècle av. J.‑C., des archéologues danois ont mis au jour en 1908 un sanctuaire d'une grande ressemblance avec le sanctuaire aux double-haches de Knossos115.

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 06:10

Autels et tables à libations 

 


« Compotier » servant à l'offrande de fruits. Période protopalatiale (Phaistos).

 

 

 

Les autels occupent une part importante de l'équipement rituel. Comme plus tard, à l'âge classique, les autels présentaient déjà toute une variété de formes68. Ils pouvaient être rectangulaires, bâtis en pierre taillée ou à degrés69. Des autels fixes, faits de blocs de pierre ou de linteaux ont été découverts dans de nombreux endroits, comme il est facile de les identifier dans les grotte de Psychro ou d'Ilithyie68. De plus, ces autels ont pu être identifiés avec certitude car ils ont révélé la présence de cendres et d'os carbonisés70. De manière plus générale, partout où l'on trouve une construction quadrangulaire à surface plane et sans que rien ne soit superposé par dessus, il est possible de penser que nous sommes en présence d'un autel68. Evans identifia quatre autels dans le palais de KnossosN 14,68. Deux autels ont été identifiés à Phaistos, un premier sur le côté nord de la cour ouest où l'on peut voir une base rectangulaire faite de pierresN 15, un second à l'angle nord-ouest de la cour centrale du palais. Dans cet angle, deux blocs de pierre ont été superposés formant un cube de plus d'un mètre de haut71.

On se servait probablement de ces autels, parfois surmontés de cornes et de banches sacrées, pour y sacrifier des victimes, y déposer des offrandes72 et y brûler les animaux immolés69. De plus petits autels, légèrement concaves, étaient sans doute utilisés pour des offrandes liquides72. Ils étaient surmontés des doubles cornes et de branches sacrées, et principalement utilisés pour les offrandes non sanglantes69. Les tables à offrandes étaient des plaques de pierre, de dimensions réduites, avec une face supérieure plate ou creusée d'une cavité circulaire ou carrée. Cette cavité servait sans doute à recueillir les liquides versés des vases à libations73. Il existe également des tables qui ont la forme d'une lampe sur haut pied et des « compotiers » en céramique pour l'offrande de fruits.

 

Kernoi et rhyta 


Dans les rites minoens, on trouve souvent un type particulier de récipient, le kernos, nommé d'après des vases analogues utilisés dans le culte de Déméter, aux temps classiques. On rencontre dans les tombe du minoen ancien, la variété dite de la « salière », c'est-à-dire de simples kernoi rectangulaires en pierre ou en argiles formés par la réunion de deux ou trois tasses ou petits vases sur une base commune. Un kernos était vraisemblablement utilisé pour les offrandes de panspermia : présentation de petites quantités de toutes les espèces de graines et de produits agricoles. Arthur Evans trouva les premiers exemplaires de kernoi datant du Minoen ancien II74, mais les exemplaires les plus anciens remontent aux tout premiers temps du Minoen ancien et furent découverts à Pyrgos75. Parmi ces spécimens les plus anciens fut retrouvé un kernos avec une tige évasée vers le bas formant le pied de la poterie. Deux coupes sont reliées à la tige par leurs bords, la tige s'élevant un peu au-dessus de deux coupes. Un autre spécimen diffère du premier par sa forme, trois coupes, plus larges sont reliées au sommet du pied plus petit et moins évasé que le premier spécimen. Bien que de formes différentes, ces deux kernoi de type bucchero possèdent des décors géométriques incisés75. Quarante-quatre coupes coniques, apparemment toutes décrochées de leurs supports initiaux ont été retrouvées à Palaikastro et ont été identifiées comme appartenant à des kernoi du Minoen récent III76. À la fin de la période mycénienne, ces objets prennent une forme différente. On a retrouvé dans une tombe, un anneau de 19 cm de diamètre, sur lequel étaient placés 6 récipients aux cols étroits. De plus, trois figurines grossières étaient placées entre les récipients76.

Aujourd'hui encore, en Crète, le rite chrétien permet d'observer la présentation des aparchai, ou premiers fruits de la terre, qui sont portés à l'église pour y être bénis. On trouve encore dans certains monastères, un objet comparable au kernos, combinant des bougeoirs et des fioles pour recevoir du blé, de l'huile et du vin77.

 

 

 

Rhyton en forme d'oiseau. Koumasa. Minoen ancien.

 

 

 

Rhyton. Plaine de la Mesara. Période prépalatiale.

 

 

 

Rhyton en forme de tête de taureau. Période néopalatiale.

 

 

 

Les rhyta, mot dérivé du grec rheo (= couler) sont des vases pourvus non seulement d'une embouchure par laquelle on les remplissait, mais aussi d'une ouverture sur la base pour l'écoulement. La forme peu pratique, la richesse et la finesse de fabrication prouvent qu'ils étaient surtout des objets destinés au culte. Les rhyta peuvent être de forme humaine ou animale78. Elles apparaissent au Minoen ancien III, au Minoen moyen I et de nouveau au Minoen récent79. Parmi les plus anciens exemples retrouvés, on peut citer l'oiseau de Koumasa, les taureaux avec des hommes accrochés à leurs cornes, le vase-colombe de Knossos79. Plus rares, des rhyta prépalatiaux retrouvés à Mochlos79 et Malia80 en forme de buste de femme avec des trous sur la poitrine étaient peut-être destinés aux offrandes de lait80. Tandis que les rhyta en forme de taureau pourraient avoir servi pour la libation de sang du bœuf sacrifié. Des modèles plus simples, comme des exemplaires coniques et ovales en pierre ou en céramique, ont aussi été retrouvés. Les rhyta en forme de tête humaine apparaissent au Minoen moyen II et deviennent communs au Minoen récent.

Dans les tombes d'époque palatiale, des alabastres, ou vases en céramique ou en pierre, bas et très larges, qu'on remplissait par une ouverture circulaire étroite, ont été découverts à Knossos. Leur forme plate suggère que la libation devait rester en contact avec le sol.
Dans les sanctuaires du minoen récent, ont été retrouvés des vases tubulaires, sans fond; vraisemblablement placés au-dessus d'un petit trou creusé dans la terre, ils servaient à recevoir des libations80.

 

Pratiques du culte 


L'offrande de nourriture et de boisson à la divinité constitue l'acte principal d'adoration. Dans des tablettes en linéaire B de Knossos sont mentionnées des offrandes de miel à la déesse des accouchements Ilithyia et à d'autres divinités. Le miel étant peut-être destiné à apaiser les douleurs de l'accouchement81. Sur un fragment d'un vase en pierre de Knossos, on voit un jeune arriver au sommet d'une montagne. Il place une corbeille de fruits devant le sanctuaire82. En plus du miel et des fruits, une autre offrande devait être le vin.

Des sacrifices sanglants, pendant lesquels on immolait des animaux, avaient lieu. Sur le sarcophage d'Aghia Triada, on peut voir un taureau étendu sur une table en bois. Il est déjà tué et du sang coule de sa gorge avant d'être recueilli dans un seau. Le sacrifice est accompagné d'une musique de flûte. Puis un manche est passé dans les poignées des seaux contenant le sang et une femme les emporte son son épaule. Une prêtresse reçoit les vases et les vide dans une vaste cuve placée entre des doubles-haches83. On suppose que les fidèles buvaient le sang des bêtes sacrifiées, recueilli dans les seaux84.

Il pouvait y avoir confusion entre l'objet réel et sa représentation. À la place d'un vrai animal, le fidèle pouvait offrir une copie en argile ou en bronze. Ceci expliquerait la quantité de modèles réduits d'animaux retrouvés dans les sanctuaires de plein-air minoens. Ce type d'offrandes aurait eu lieu principalement dans les sanctuaires de campagne84. Le fidèle minoen adressait ses prières de diverses façons. Le porteur d'ex-voto, arrivé devant le sanctuaire de la divinité, ne s'incline ni ne s'agenouille. Il se tient droit, presse son poing contre son front, peut-être pour se protéger de l'éblouissement causé par l'apparition divine82. Il existe d'autres gestes d'adoration : les bras sont levés ou tendus, croisés sur la poitrine, en extension ou repliés82,85.

La danse était sûrement une autre manifestation du culte. À Phaistos, une frise des temps protopalatiaux montre une déesse tenant des fleurs entre deux danseuses83. Une scène similaire apparait à l'intérieur d'un bol, lui aussi de Phaistos. À Kamilari, un groupe de quatre personnages en argile, qui dansent en cercle en se tenant par les épaules, a été retrouvé. La présence de cornes souligne le caractère sacré86. Ces scènes de danse sont visibles aussi sur des bagues, des sceaux et empreintes de sceaux. Sur la bague en or d'Isopata, des femmes aux poitrines nues, peut-être des prêtresses, exécutent des pas de danse en honneur à la divinité qui apparait.

 

 

 

Prêtres et prêtresses

 


Sarcophage d'Aghia Triada. Détail d'une prêtresse.

 

 

 

Le prêtre et la prêtresse servent d'intermédiaires entre le fidèle et la divinité. Ils se distinguent par leurs vêtements. Dans les représentations de scènes de culte, on peut voir des types particuliers de costumes qui peuvent être considérés comme des vêtements de culte87. Sur le sarcophage d'Aghia Triada, les prêtres et les prêtresses sont drapés de peaux animales. Le prêtre officiant au sacrifice, la prêtresse devant l'hôtel, la prêtre versant des libations dans une jarre et les trois hommes apportant des offrandes sont habillés d'un vêtement commençant à la taille et maintenu par une ceinture. Celui-ci tombe droit, sans plis, et le bas du vêtement est arrondi, presque semi-ciculaire, mais à l'arrière du vêtement on peut voir une sorte d'appendice, faisant comme un petite queue87. La surface du vêtement est dotée de lignes ondulées rouges ou noires. Les hommes ont le haut du corps nu, alors que les femmes portent un corsage ouvert décoré de larges bandes. Le personnage à droite de la scène, considéré comme un dieu ou héros un mort devant sa tombe porte le même style de vêtement, mais d'une coupe différente. Celui-ci lui recouvre aussi le haut du corps et les bras, rendus invisibles, et une large bande brodée décore le devant de l'habit87. Cette tenue est considérée comme faite à partir de peaux de bêtes88. La peau peut être perçue comme un lien entre le prêtre et l'animal89. Vêtement des premiers crétois, la peau animal aurait été conservé dans le culte à cause du conservatisme religieux90.

Ce type de costume a pu être reconnu sur des sceaux retrouvés sur différents sites. Si on note parfois quelques différences dans le style, la forme incurvée du bas du vêtement, la « queue » pointue indiquent qu'il s'agit du même costume88.

 

 

 

Sarcophage d'Aghia Triada (détail).

 

 

 

Un autre type de robe est visible sur le sarcophage d'Aghia Triada. Celui, porté par le joueur de lyre et la femme portant des vases à offrandes accrochés à une perche qu'elle porte sur ses épaules. Cette robe recouvre le corps entier et tombe droite, sans pliure. Cette robe, qui semble à la fois portée par les femmes et les hommes, porte une large bande sur les épaules et sur tout le côté du corps depuis le dessus des bras. La couleur de ces robes varie91. Les prêtres et musiciens porteurs de longues robes féminines appartiendraient à une catégorie à part. Cette pratique a suggéré la présence d'eunuques dans les palais crétois. À une époque plus tardive, on trouve en Asie mineure une classe semblable de prêtres-eunuques servant Cybèle et Attis89.
Un fragment de stuc de Knossos montre le visage et le haut du corps de deux personnages, chacun d'eux enveloppé dans ce qui semble être une étole blanche portant une large bande partant des épaules92. Sur des sceaux on peut voir des tenues similaires, mais avec des bandes horizontales ou obliques.

L'origine orientale de ces robes ne semble guère faire de doute89. Arthur Evans leur donne une origine syro-anatolienne, tandis que Pierre Demargne penche pour la Syrie93.

 

 

 

Au premier rang, une prêtresse portant le poing à son front. Période néopalatiale (Aghia Triada).

 

 

 

Parmi les autres prérogatives des prêtres figuraient le chant et la prière89. Pendant les cérémonies de plein air, les prêtres utilisaient apparemment un coquillage marin, le triton, pour amplifier leur voix. Sur un sceau du Mont Dictè, on voit une prêtresse devant un autel surmonté de cornes et décoré de branches, porter un coquillage de triton à sa bouche94.

L'exorcisme fait aussi partie des fonctions du prêtre. La réputation d'exorcisme des prêtres crétois contre les maladies et autres maux était parvenue jusqu'en Égypte. Sur un papyrus égyptien du 14e siècle a été préservé un exorcisme thérapeutique minoen94.

 

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 04:30

Nœud 

 


Fresque de Cnossos dite « La Parisienne », avec dans le dos du personnage, un nœud sacré.

 

 

 

Un autre symbole associé à la double hache était le nœud sacré : une bande d'étoffe nouée en son milieu, les deux bouts libres pendant vers le bas36. Utilisé comme motif de décoration dans la céramique, on peut également en voir un exemplaire dans la fresque de « La Parisienne » de Knossos. Pour les Égyptiens, les nœuds avaient une force protectrice et Isis avait pour symbole un nœud semblable à celui des MinoensN 7.

Un nœud en ivoire a été découvert dans une maison de la partie sud-est de KnossosN 8,37. Déjà Evans considéra les nœuds comme des objets sacrés. Pour Persson, ils sont le symbole indiquant que l'objet auquel ils appartiennent est connecté à la divinité38.

 

Autres symboles 


Des maillets de pierres ont aussi été retrouvés dans des sanctuaires ou des tombes. Ils avaient un manche en bois et un maillet sphérique aux deux extrémités. Ils étaient généralement représentés tenus par des prêtres et faisaient sans doute office de sceptres ou constituaient des instruments de sacrifice comme les double-haches15.

Pour les autres symboles sacrés, on trouve des pièces d'armure défensive : boucliers et casques étaient considérés comme des symboles de la déesse, ou comme sa manifestation sous sa forme guerrière36 Une autre symbole est la croix et ses variantes (étoile, svastika, roue). On trouve souvent la croix sur les sceaux et parfois sous la forme d'un X entre les cornes d'un taureau39.

 

Lieux de culte


Grottes et cavernes


Si les formes prises par les divinités minoennes restent obscures, grâce aux fouilles, on connait mieux aujourd'hui les lieux sacrés et les pratiques de culte que les formes des divinités minoennes. Contrairement à ce qui pouvait être observé à la même période en Orient ou en Égypte, la Crète se distingue par l'absence de temples. Alors qu'à Sumer ou en Égypte, le culte était pratiqué dans des temples, habitations des Dieux et d'un clergé tout puissant, les Minoens célébraient le culte dans des sanctuaires naturels : des grottes, des sommets de montagnes et dans des petits sanctuaires domestiques40. Les bâtiments retrouvés aux sommets des Mont Iouchtas et Petsofas ne peuvent être considérés comme des temples41. Les seuls exemples de temples indépendants connus à ce jour sont celui d’Anemóspilia, à Archanes42 et peut-être celui de Gournia41. Les fouilles nous permettent néanmoins d'identifier les lieux consacrés au culte grâce à l'abondance des offrandes (bijoux, armes, sculptures) et au mobilier religieux (vases sacrés, tables à libations) retrouvés43. Ces lieux de culte, utilisés du néolithique à l'époque mycénienne ont été retrouvés sur l'ensemble de l'île44,N 9. Dès le néolithique, les grottes, qui servaient aussi d'habitat43 sont utilisées pour le culte, ainsi des figurines votives de cette époque ont été retrouvées dans la grotte de Trapeza sur le plateau de Lassithi. Durant la période prépalatiale, elles devinrent (pas toutes) des lieux d'inhumation et au cours de la période protopalatiale, elles furent des lieux de culte de la déesse-mère mortelle minoenne dans des autels, des niches, creux et cavités45. On sait que des pèlerins de Phaistos se rendaient sur le mont Ida, à la grotte de Camarès, pour y déposer des vases contenant des offrandes40.

 

 

 

Stalagmite dans la grotte de Psychro (détail).

 

 

 

Les stalactites et stalagmites semblent avoir eu une influence sur le culte dans certaines grottes. Ceci est particulièrement clair dans la grotte de la déesse des accouchements, Ilithyie, à l'est d'Héraklion, où un stalagmite, avec un autre beaucoup plus petit à ses côtés, furent apparemment interprétés comme des images de la déesse mère et de l'enfant divin. On bâtit un mur autour de l'idole, et on lui offrit pendant une très longue période des vases contenant diverses substances. La qualité des vases offerts permet même de supposer qu'Ilithyie était principalement une déesse adorée par les pauvres46. Le culte fut poursuivi jusqu'au temps helléniques, d'où la mention de la grotte et de sa déesse dans Homère et d'autres sources grecques47. La grotte de Psychro était probablement par la suite la grotte du mont Diktè des Grecs, où l'on croyait que la déesse Rhéa avait donné naissance au Jeune Dieu (ou Zeus). Des tables à offrandes, des figurines, des miniatures d'animaux étaient offerts à la place de sacrifices vivants on y offrait aussi des outils, des armes et des doubles haches en bronze.
Spyridon Marinatos découvrit une grotte sacrée sur une colline basse près d'Arkalochori. Celle-ci échappa aux pillages car elle s'était effondrée dans l'antiquité. Une série de double haches, des petites haches votives en or et quelques très longues épées en bronze prouvent que la déesse était adorée en cet endroit sous son aspect guerrierN 10, contrairement à la grotte de la pacifique d'Eileithyia.
Le culte dans les cavernes se poursuivit jusqu'à la fin de l'antiquité48, lorsque la déesse minoenne fut remplacée par de nouvelles divinités45.

 

Sommets de montagnes 


Les rites religieux étaient également célébrés dans des sanctuaires de sommet. De petites installations cultuelles apparaissent dès le minoen moyen I43,49. Ces endroits éloignées étaient peut être considérés comme plus propices à l'apparition de la divinité. Ils étaient consacrés à l'adoration de la déesse-mère de la montagne ou des bêtes sauvages50. On trouve des sanctuaires non seulement sur les sommets des hautes montagnes comme Asteroussia, mais aussi sur des sommets plus accessibles, comme Petsofas, Iouchtas, et même sur des collines basses comme celle du Prophète Elie près de Malia. On y érigea des petits sanctuaires et des autels entourés de murs. Une clôture entoure parfois un arbre, une source, un rocher43 et on aménagea le sommet en petites terrasses successives avec murs de soutènement pour contenir les fidèles qui y venaient les jours de fêtes. Puis on ajouta de petites pièces, probablement pour l'entrepôt d'objets de cultes. Les adorants déposaient leurs offrandes dans des feux et des autels, mais aussi dans des fissures de la grotte50. C'était la coutume, surtout à l'époque protopalatiale, d'allumer aux solstices d'été et d'hiver, dans ces sanctuaires de sommet, de grands feux qui étaient visibles de très loin. On y jetait diverses offrandes : des petites figurines représentant les adorants, en attitude d'adoration (généralement les bras repliés sur la poitrine), ou seulement des parties du corps, comme bras et jambes51. Ces parties du corps auraient été des offrandes laissées par des personnes malades ou blessées en vue d'obtenir une guérison52. À partir du minoen moyen, les figurines d'animaux domestiques se multiplient, la plus courante étant celles de bœufs, avec des tailles variant de vingt-cinq millimètres à presque un mètre de hauteur46. Ces poteries servant d'offrandes ne sont plus usitées à partir du minoen moyen II, à l'exception de Knossos et du Mont Iouchtas.
La plupart de ces sanctuaires de sommet ont par la suite été convertis au Christianisme et accueilli par la suite des églises ou des monastères49.

 

Sanctuaires domestiques


Des espaces consacrés au culte de la divinité ont été retrouvés dans presque tous les bâtiments42. Des statuettes néolithiques ont été trouvées à l'intérieur ou à proximité des lieux d'habitation, ce qui laisse supposer que le culte avait dès lors un caractère domestique53. Le culte minoen est considéré comme un culte domestique, et pour Nilsson, les divinités vénérés dans les sanctuaires domestiques pourraient avoir été différentes de celles vénérées dans les cavernes ou les sanctuaires de sommets41. Certains sanctuaires retrouvés ne font aucun doute sur leur caractère religieux : les objets ont parfois été retrouvés in situ par les archéologues; dans d'autres cas, des pièces ont révélé de nombreux objets cultuels en désordre, sans que l'on puisse savoir si ces pièces servaient au culte ou si elles n'ont servi qu'à entreposer ces objets54.

Des sanctuaires tripartites font leur apparition dès la période prépalatiale à Phaistos51,N 11, consistant en trois petites chambres juxtaposées, celle du milieu étant probablement plus haute que les autres. La pièce du milieu contenait une table d'offrandes en argile, une fosse à sacrifices et un banc sur lequel étaient posés les objets du culte43. Ces chapelles connaissent un bel essor au début de la période néopalatiale à en juger par le palais de Knossos, où les vases en céramique prouvent leur utilisation jusqu'à la destruction finale du palais vers 145055. À Knossos, ces chapelles sont composées de plusieurs salles ouvertes, vers l'est, dispositif tripartite, colonnes ornées de la double hache et des cornes de consécration. Dans toutes les résidences royales une disposition analogue est adoptée avec sanctuaire et chambre de purification43. Un des sanctuaires les plus connus de Knossos est celui des double-haches, dans la partie sud-est du palais. Datant du Minoen moyen III d'après Evans, ce sanctuaire de 1,50 m2, est divisé en trois parties, chacune à une hauteur différente. Sur le sol, a été retrouvé une quantité de vaisselle dans la position dans laquelle elle avait été laissé56. Parmi les objets retrouvés on peut noter des jarres, des brocs, des bols et un vase en étrier du MMIIIN 12 représentant un octopode. Au fond de la pièce, un podium recouvert de galets, au centre duquel un autel en forme de trépied, dont les pieds s'enfoncent dans les galets. De chaque côté, on peut voir des cornes sacrées en argile et recouvertes de plâtre, prévues pour pouvoir y insérer les manches de petites haches votives56,54.

Un sanctuaire analogue est celui de Gournia. Ce sanctuaire fut sans doute un des seuls être un sanctuaire public, mais trouve surement ses origines en tant que sanctuaire domestique. Situé sur le sommet de la colline, à quelques encablures de la cité, il se situe au bout d'une route pavée de 12 mètres de long sur 1,50 m de large. Des murs grossiers délimitent une pièce de 4 mètres de long sur 3 de large, probablement érigée au minoen récent I. Comme à Knossos, une estrade fut construite le long d'un des murs du sanctuaire. Au centre, une table à trois pieds, de forme analogue à celle de Knossos a été découverte. Au sol ont été découverts 3 objets en terre cuite, et les fragments d'un quatrième. Ces poteries, de forme tubulaire, possèdent de chaque côté, une rangée verticale de trois ou quatre anses ou petites poignées, et à l'arrière une plus grande anse surmontée de cornes. Une de ces poterie est même enlacée de deux serpents57.

D'autres installations courantes sont des cryptes à pilier carré central. Cet espace sombre, au rez-de chaussée était considéré comme le cœur du sanctuaire, habité par la divinité protectrice du palais ou de la demeure58. Ces cryptes sont souvent si petites, que le pilier n'est pas nécessaire au soutien de la structure, c'est pourquoi de nombreux chercheurs dont Evans estiment que l'acte d'adoration était adressé au pilier. C'est pour cette raison que les piliers ont souvent devant eux des bassins et des canaux dans lesquels étaient vers le liquide59.

 

 

 

Miniature en terre cuite montrant le caractère sacré des colonnes.

 

 

 

Au-dessus de ces cryptes, on trouvait des chambres contenant aussi des colonnes, elles-mêmes sacrées. Des scènes murales dans lesquelles on voit des double-haches et des nœuds sacrés attachés à des colonnes suggèrent que la colonne, comme le pilier pouvait avoir une signification religieuse. À Knossos a été découvert un modèle réduit en terre cuite montrant trois colonnes sur lesquelles sont perchés des oiseaux, un signe certain de l'apparition divine. D'autres exemplaires montrent des lions ou autres créatures tels des Sphinx ou des griffons disposés symétriquement de part et d'autre de la colonne60. Le fait que des parties entières des palais étaient consacrées à des usages religieux montre le caractère sacré des palais61.

Un autre type d'endroit sacré est le bassin lustral. C'est une petite pièce d'un niveau plus bas que celui des pièces environnantes, que l'on peut atteindre par un ou plusieurs escaliers. Dans certains de ces bassins ont été retrouvés des petits vases en céramique qui pourraient avoir contenu des liquides et auraient pu servir à des rites de purification par aspersion ou par onction. Dans d'autres on a découvert des rhyta et des vases en pierre, ainsi que des peintures murales représentant des cornes62.

À fin de la période minoenne, les sanctuaires retrouvés sont des petites [...] souvent bordées sur le côté d'une banquette où l'on plaçait les objets du culte. Ce type de sanctuaire a été retrouvé à Knossos, Gournia, Gazi et Karphi. la taille des statues retrouvées et le caractère général de ces sanctuaires montrent qu'ils appartenaient à toute la communauté.

 

Objets de culte


Idoles et figurines 

 


Divinité assise sur un trône. Période protopalatiale (Téké Knossou).

 

 

 

Les idoles apparaissent et se généralisent dès le néolithique53. C'est à cette époque qu'apparaissent les figurines de femmes obèses nues. La nudité complète, l'indication occasionnelle des parties sexuelles, indiquent que ces idoles représentent une déesse de la fertilité. Une statuette masculine, découverte dans les couches néolithiques de Knossos par Arthur Evans, pourrait représenter le Jeune Dieu, ou simplement un adorant. Ces statuettes sont considérées comme objets de culte car elles ressemblent aux grandes idoles cycladiques, elles-mêmes objets de culte. Parfois considérées comme des concubines ou des servantes du mort, des exemples de ces déesses portant un enfant sur la tête, ou bien assises sur un trône, militent en faveur de la thèse des objets de culte63. Étant donné que les statuettes féminines dominent en nombre, les archéologues ont supposé qu'elles représentaient la déesse-mère et constituaient des objets de culte d'une religion matriarcale. Les statuettes nues du néolithique auraient eu plusieurs rôles. D'après Vassilaki, elles auraient pu servir à l'initiation des jeunes filles par les femmes plus mûres, ou représenter des figures féminines importantes pour la communauté. Elles étaient peut-être également utilisées pour la magie ou l'exorcisme. Mais en tout état de cause, il ne peut être admis que toutes les statuettes représentaient forcément des divinités. De plus, si le grand nombre de figurines féminines témoigne du rôle prépondérant des femmes dans les communautés néolithiques, ceci ne témoigne en rien du fameux matriarcat qui implique le pouvoir des femmes. Pour Vassilaki, les notions de pouvoir et de puissance doivent être employées avec beaucoup de prudence et de précaution dans l'étude des communautés primitives53.

 

 

 

Déesse aux serpents enroulés autour de ses bras. Période néopalatiale. (Knossos).

 

 

 

La déesse apparait très rarement nue aux périodes suivantesN 13. À la période protoplatiale, la religion continue d'être axée sur les femmes. Les représentations mettant en valeur les éléments de la fécondité se font plus rares. L'importance est données à présent à des tenues vestimentaires rituelles, qui constituent la nouvelle tendance dans la représentation féminine. Pour Vassilaki, ces nouvelles conventions iconographiques peuvent s'expliquer par la volonté d'un équilibre symbolique du pouvoir entre les deux sexes64.

Au début du protopalatial, apparaissent également des statuettes très caractéristiques dites en « clochette de mouton ». Ce sont de petites statues en terre cuite, en forme de cloche et avec un anneau de suspension, deux projections en forme de cornes, et des fentes à la place des yeux. Elles seraient des cloches votives, comme des modèles réduits de robes sacrées ou des imitations de masques portés par les prêtres ou les adorants. Cette interprétation est fondée sur des statuettes peintes distinctement avec des traits humains : yeux, nez et bouche65.

Les divinités étaient représentées par des statuettes de petites dimensions. Rares sont les statuettes de grandes dimensions, plus rares encore les statues cultuelles grandeur nature66. Une nouvelle tendance apparaît dans les années postpalatiales, où les statuettes en argile de grandes dimensions sont courantes42. Les déesses des sanctuaires postpalatiaux ont des têtes toujours couronnées d'emblèmes: oiseaux, cornes, coquelicots, et disques. Parfois des serpents dressent leurs têtes au-dessus du diadème67. À Gournia ont été découvertes des statuettes avec des serpents enroulés autour des bras, et un morceau de bras tenant une épée et enlacé d'un serpent. Une statuette de Gortyne tient des serpents dans ses mains tandis qu'un oiseau est perché sur son épaule. Ceci aurait tendance à montrer comme peu vraisemblable l'idée de deux déesses séparées, l'une céleste accompagnée de colombes, l'autre souterraine assistée de serpents.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 11:28
Province de Luxembourg 

 

 

 


Un rocher local, peut-être un mégalithe, est nommé Pas-Bayard à Wéris110. Il est en forme de meule, le cheval y aurait laissé la trace d'un de ses sabots au moment afin de prendre l'élan nécessaire pour retomber vers Durbuy165. On trouve d'autres Pas-Bayard à Ethe et à Étalle162. La forêt de Chiny, en plus du lieu-dit les Epioux identifié aux Espoux de la chanson, a elle aussi un rocher avec un Pas-Bayard, consigné vers 1892166.

 

 

 

Province de Namur 

 


Article détaillé : Rocher Bayard.

 

 

 

Le rocher Bayard de Dinant, l'un des toponymes liés à la légende les plus connus.

 

 

 

Dinant possède de nombreux toponymes, le plus ancien Pas-Bayard y est attesté en 1355167. Un gigantesque obélisque de pierres d'une quarantaine de mètres de hauteur, appelé le Rocher Bayard, est situé au sortir de la cité mosane vers Anseremme, isolé au bord de la Meuse. On raconte qu'en arrivant par le chemin d'Herbuchenne, les quatre fils Aymon furent cernés par les soldats de Charlemagne. Montés sur Bayard, il s'avancèrent sur la pointe des rochers jusqu'à la roche dénommée depuis la Roche-à-Bayard (ou la roche Bayard), et qui, à cette époque adhérait encore à la montagne voisine. Au moment où l'empereur croyait enfin tenir ses ennemis, Bayard frappa le roc de son sabot et s'envola d'un bond prodigieux pour retomber de l'autre côté du fleuve. Sur la roche désormais célèbre se trouve encore, dit-on, l'empreinte du pas de Bayard. Le grand bloc rocheux fut brisé en deux par la force de sa ruade168.

Un autre toponyme se trouve au bord de la gorge profonde et encaissée de Fonds-de-Leffe. Charlemagne y aurait poursuivi ses ennemis montés sur Bayard, le cheval serait arrivé par les hauteurs pour franchir la gorge d'un bond et laisser l'empreinte de ses sabots en retombant sur les rochers opposés168.

Dhuy possédait un vieux château nommé Bayard en 1770, que l'on disait être le Montessor des fils Aymon7.

 

 

Région flamande 

 

 


Bertem, près de Louvain, affirmait détenir les reliques d'un certain Saint Aalard (vu comme l'un des fils Aymon) pendant 600 ans, et montrait jadis une étable où Bayard aurait marqué une pierre de son sabot135, en forêt de Merdael, soit « vallée du cheval ». Au XIXe siècle, l'étymologie du village était censée renvoyer à « la demeure du cheval », celle de Bayard, et les armoiries l'arboraient. On voyait aussi dans un maître-autel un tableau représentant le cheval portant les quatre fils7,169.

 

 

France

 


Ardennes françaises 

 

 


Vue aérienne de Bogny-sur-Meuse, l'un des sites ardennais les plus liés au cheval Bayard, avec quatre pics rocheux, une statue, l'Ermitage de Maugis et la forteresse connue sous le nom de Château-Regnault, qui s'y s'élevait autrefois.

 

 

 

Bogny-sur-Meuse est l'un des sites ardennais français recelant le plus grand nombre de témoignages de la légende : quatre pics rocheux y symbolisent les quatre frères sur le dos de Bayard, une statue du cheval accompagné de ses quatre cavaliers est érigée sur l'emplacement de l'ancien Château-Regnault (vu comme un emplacement possible pour Montfort/Montessor) et ont modifié l'emplacement d'un Pas-Bayard désormais disparu148. Enfin, un lieu sur une colline surplombant la Meuse est connu comme l'« Ermitage de Maugis », celui que Bayard aurait rejoint après avoir échappé à la noyade selon certaines versions du texte170.

Aux abords du bois de la « Marfée » à Noyers-Pont-Maugis, le fameux pont est érigé sur l'emplacement d'un Pas-Bayard détruit148. À Damouzy existait une « rû du cheval Bayard », et un Pas-Bayard se trouve à Harcy, un autre au Châtelet-sur-Sormonne148. À Autry, une bande de terre étroite le long de l'Aisne est connue comme la « côte Bayard »171. À Hargnies, un Pas-Bayard est en réalité une meule brisée avec l'empreinte d'un fer à cheval imprimée143.

Le village de Francheval doit son nom à Bayard selon un conte rapporté, entre autres, par Claude Seignolle. Bayard ayant fait preuve d'une grande bravoure pour aider Renaud et l'un de ses frères, ce dernier lui dit « Tu es un brave, Bayard, franc cheval ! ». À l'endroit même où Bayard se trouvait, le village de Francheval fut élevé172. Une légende similaire est liée à l'établissement du village de Balan : alors que les frères étaient poursuivis et que Bayard, après l'un de ses bonds fabuleux, était retombé brutalement sur le sol, Renaud aurait crié « Balan ! », soit « Remettez-vous en selle » ! à ses frères, et le village resta baptisé ainsi173.

 

Hors des Ardennes


 


À Hirson, entre l'Avesnois et la Thiérache (et donc près des Ardennes), la forêt abrite un « étang du Pas-Bayard », qui se serait, dit-on, lui-même formé dans l'empreinte du cheval légendaire174. On trouve des Pas-Bayard et des traces de passage en Gironde : la roche Mombron, au-dessus de la Dordogne, est « haute de 15 mètres et porte les empreintes géantes du sabot et du genou de Bayart »175. L'ancien comté de la Marche a lui aussi des toponymes en raison des seigneurs de la Roche-Aymon qui y sont établis depuis le Xe siècle, et affirmaient descendre des quatre frères de la légende. Evaux-les-Bains, dans la Creuse, possède des traces du passage de Bayard. Henri Dontenville y rapporte l'existence d'un hameau nommé « Bailler ». Le site dit « crou do pas de chaveau », à Reterre, a une croix en granit marquée d'un Pas-Bayard après que le fabuleux destrier a sauté depuis Mainsat, à dix kilomètres de là176.

Ces toponymes se retrouvent dans les Pyrénées177 et jusque dans le Roussillon, notamment à Millas et Terrats, avant que le géant Gargantua ne devienne plus populaire comme modeleur du paysage178. Ce cheval est devenu le symbole de Clermont-l'Hérault179. Bayard-sur-Marne, en Haute-Marne, était attribué au cheval légendaire au XIXe siècle, en se basant sur une étymologie douteuse, et dans le but de lui donner une origine prestigieuse180.

 

 

Processions, cortèges et danses

 

 


Le cheval Bayard de l'ommegang de Louvain en 1594.

 

 

 

Le cheval Bayard est surtout présent parmi les géants du Nord (comme le Bayard d'Ath ou le Ros Beiaard de Termonde) en Belgique. Ce type de manifestation folklorique, qui consiste à promener un géant porté dans les rues d'une ville ou d'un village, n'existe que peu en France. Bayard apparaît avant les géants humains, en premier lieu dans la région flamande, duché de Brabant181.

Depuis 2001, on retrouve un cheval Bayard aux côtés de l'Argayon à Nivelles. Le cheval Bayard se trouve également dans des cortèges à Alost (Belgique, province de Flandre orientale), et Malines (province d'Anvers). Dès le Moyen Âge, il figure dans l'Ommegang de Bruxelles, et en est désormais indissociable. Du XVe au XVIe siècle, il figure à Malines en 1416, Lierre en 1417, Louvain en 1428, Audenarde en 1433, Eindhoven en 1437, Tirlemont en 1471, Bergen-op-Zoom en 1484, Alost en 1497, Breda en 1502, Dordrecht en 1506, Bruges en 1513, Nivelles entre 1457 et 1515, Bruxelles en 1529, Léau en 1538 et Diest en 1561182,135.

 

 

Procession de Namur 

 

 


Le cheval Bayard de Namur.

 

 

 

Un cheval Bayard est attesté à Namur dès le XVIe siècle, en 1518. Il sort lors de la journée du folklore et des traditions namuroises qui est organisée chaque année depuis 1996. Cette procession mi-religieuse mi-profane se déroulait chaque 2 juillet, à travers les rues parées de « mai et autres jolivetés à largesse ». Y apparaissaient Charlemagne et les neuf preux, ainsi que les quatre fils Aymon montés sur Bayard, suivis de leur cousin l'enchanteur Maugis. Bayard était représenté par une énorme machine d'osier manipulée par des porteurs cachés sous la houssière. Cette pièce profane connut un immense succès pendant près de trois siècles, réjouissant les bourgeois et d'autres bonnes gens qui venaient de tous les coins du comté de Namur. D'abord connue comme la « moralité des quatre fils Aymon », elle prit plus tard le titre d'« Histoire du cheval Bayard »183.

 

 

Ducasse d'Ath 

 


Article détaillé : Cheval Bayard (géant d'Ath).

 

 

 

Bayard.ogg
Le cheval Bayard, géant de la ducasse d'Ath, dansant devant son public.

 

 

 

La ducasse d'Ath, en Belgique (province de Hainaut), a un cheval Bayard depuis 1462. Disparu dans le premier quart du XVIe siècle, le destrier, chevauché par les quatre fils Aymon, est réintroduit en 1948.

 

 

Ommegang de Termonde

 


Article détaillé : Ros Beiaard.

 

 

 

Le cheval Bayard de Termonde en 1990.

 

 

 

Attestées avant 1461 à Termonde, en Flandre orientale, ces festivités sont désormais connues sous le nom Ros Beiaard. L'Ommegang de Termonde a pour sujet la légende des quatre fils Aymon (que l'on dit originaires de la ville) et du cheval Bayard, qui aurait été noyé au confluent de l'Escaut et de la Dendre135. Le géant processionnel a été conçu dans une rue qui prendra plus tard le nom de rue du Cheval Bayard, et participe à l'Exposition universelle de 1935184.

 

 

Danse du Baiar 

 


Une tradition propre au village d'Esquièze, dans les Hautes-Pyrénées, est la « danse du Baiar » (ou danse du cheval Bayart selon Henri Dontenville) où les danseurs portaient une tête de cheval en bois sculpté sur le ventre. Son lien possible avec le cheval Bayard est encore mal connu au milieu du XXe siècle185,186. Toutefois, un ouvrage de 1923 affirme qu'il s’agissait d'une danse où le destrier (de Renaud ou de Roland) « sauvait une belle éplorée de la main des infidèles », en référence à la tradition chevaleresque dans ces contrées et à la peur suscitée par les invasions Arabes187.

 

 

Variantes de la légende 

 

 


Indépendamment de la légende des quatre fils Aymon, certaines légendes locales ont pour protagoniste un cheval Bayard doué de caractéristiques différentes. De plus, Bernard Sergent pense que Bayard forme une origine possible pour tous les équidés « qui s'allongent » dans le folklore français188. Les chevaux légendaires du Pas-de-Calais présentent en effet deux caractéristiques similaires au cheval Bayard (assez proche géographiquement par ailleurs), à savoir l'échine qui s'allonge pour porter plus d'un cavalier (une caractéristique reptilienne), et le lien avec l'eau (les chevaux blancs du Pas-de-Calais noient leurs cavaliers)189. Le cheval Mallet pourrait lui aussi avoir une parenté avec Bayard.

À Romans-sur-Isère, c'est le petit cheval, représenté par la fontaine ornée de têtes de chevaux et de dauphins serpentiformes sur la place homonyme, qui serait issu de Bayard190.

 

 

Bayard de Haute-Savoie 

 


Un cheval Bayard est connu des traditions populaires près d'Onnion et de Mégevette, dans la Haute-Savoie. Gigantesque créature diabolique, il a l'apparence d'un cheval noir trainant les chaînes accrochées à ses jambes, crachant le feu et faisant jaillir des étincelles. Il dévaste les champs durant la nuit et bloque les passages pour ennuyer les habitants. L'un d'eux parvient à le forcer à fuir en récitant une prière. Il s'agit de la seule mention du cheval Bayard dans les Alpes191.

 

 

Bayard de Normandie

 


Un autre, venu de Normandie, serait en réalité un gobelin ou un lutin prenant la forme du « cheval Bayard » pour jouer des tours à l'homme. Ainsi transformé, il se présente à quelque voyageur cheminant à pied, et témoigne d'abord de si pacifiques dispositions qu'on se décide souvent à l'enfourcher. Une fois dessus, ce n'est plus qu'une suite épouvantable de sauts, de soubresauts, de ruades, de mouvements étranges qui remplissent d'effroi. Quand l'esprit s'est amusé tout son saoul de la terreur de son cavalier, il s'en débarrasse en le jetant dans une mare ou dans un fossé plein d'eau bourbeuse192.

 

 

Bayart de Sologne 

 


Henri Dontenville rapporte le récit d'un folkloriste qui dit qu'à Lamotte-Beuvron, en Sologne, on craignait un cheval Bayart fantomatique et lumineux, portant une lanterne au bout d'une longue perche et bondissant dans l'espace193.

 

 

Blind Byard du Lincolnshire 

 


La vaste diffusion de la légende des quatre fils Aymon, et donc de Bayard, conduit à des amalgames avec d'autres chevaux fabuleux, notamment dans le folklore anglais. Le petit hameau de Byards Leap (nom que l'on pourrait traduire par « Saut Bayard »), à l'ouest de Cranwell dans le Lincolnshire, devrait son nom à Blind Byard, un cheval blanc aveugle qui aida un chevalier à vaincre une sorcière en franchissant 60 pieds (18 mètres) d'un seul saut194. Il est vraisemblablement issu de la perte du statut de cheval magique et héroïque de Bayard dans la littérature anglaise, et de son assimilation avec le cheval clownesque, aveugle et stupide des Contes de Canterbury écrits par Chaucer : Bayard y est un cheval aveugle et fou qui, du fait de son infirmité, ne voit pas le danger et s'y précipite. Il a vraisemblablement donné naissance à l'expression populaire « As bold as blind Byard » (aussi audacieux que le Bayard aveugle)195.

 

 

Contes populaires 

 


De nombreux contes populaires parlent d'un cheval Bayard, suivant un schéma de narration qui est souvent le même. Le rôle du cheval peut être d'égale importance avec celui du héros du conte, animal fantastique, il est alors l'initiateur de ce dernier, lui apportant la force et le savoir. Les variantes de ce conte sont très populaires en Allemagne, dans les pays scandinaves et dans les pays baltes, il est également connu en France et en Irlande, et même au Québec. La version de Mauricie parle d'un garçon parti se mettre au service du roi, et qui rencontre dans l'écurie de ce dernier un cheval blanc nommé Bayard, en fait un prince enchanté. Le cheval permet au héros de trouver deux princesses, lui fournit une épée qui tue à sept lieues et finalement lui demande de le tuer, ce qui lui permet de retrouver son apparence de prince et d'épouser l'une des princesses196.

 

 

Utilisation commerciale et déploiements culturels

 

 


Bayard sur l'enseigne d'un ancien estaminet de Lille baptisé Aux Quatre fils Aymon.

 

 

 

Logo d'une pizzeria de Termonde faisant référence au cheval Bayard et aux fils Aymon.

 

 

 

Le cheval Bayard et les quatre fils Aymon étaient très populaires comme enseigne de nombreux commerces, notamment parisiens, baptisés « Aux quatre fils Aymon », jusque dans les années 18307. C'est la raison pour laquelle la légende est présente dans une rue du IIIe arrondissement de Paris, la rue des Quatre-Fils. Il s'y trouve en son centre une œuvre en bronze d'Ivan Theimer sur une façade, la plaque du fond est surmontée à son sommet par le cheval Bayard. La rue des Quatre-Fils devrait son nom à une ancienne auberge présentant une telle enseigne197. On trouve toujours l'enseigne d'un ancien estaminet Aux Quatre fils Aymon, datée de la fin du XVIIe siècle, à Lille198.

Christophe Méchin a publié en 1996 un livre de fiction où Bayard raconte son histoire lui-même199. Plus récemment, le cheval Bayard a été remis à l'honneur par Hervé Gourdet, organisateur du festival Printemps des Légendes à Monthermé, dans les Ardennes françaises200, qui l'a fait figurer sur l'affiche de l'édition 2010 du festival, et a illustré un livre pour la jeunesse sur ce thème, avec Jean-Luc Duvivier de Fortemps201. Une exposition itinérante d'Hervé Gourdet (illustration) et d'Amélie Tsaag Valren (textes), consacrée au cheval Bayard, est lancée en avril 2012 à l'hôtel de ville de Bogny-sur-Meuse, dans le cadre du même festival, avec le soutien de la fédération française médiévale202.

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 11:27

Animal chtonien 

 

 


Article connexe : La robe baie du cheval.

 

 

 

 

De nombreux indices rattachent Bayard au monde chtonien : cheval-fée né d'un dragon et d'une serpente sur une île volcanique, ensuite arraché aux « forces des ténèbres », sa couleur est le bai soit le brun-rouge, il a des écarts de comportement, disparaît dans la forêt et semble par la suite condamné à une errance sans fin123. C'est Maugis qui l'extrait de « la nuit de la caverne » pour lui faire gagner « la clarté du jour » et sa destinée héroïque64. Enfin, il n'est jamais lui-même confronté à un dragon ou un serpent, contrairement à bon nombre de destriers médiévaux. Francis Dubost voit en Bayard un animal nocturne123. Pour Marc-André Wagner, le cheval-fée est lié à la terre et au feu, incarnant l'énergie tellurique et la vigueur99. Quelques auteurs ont supposé que sa tentative de noyade renverrait à un sacrifice rituel pour un ancien culte de la fertilité, association courante pour les créatures chtoniennes, mais les données archéologiques ne prouvent pas la présence de lourdes pierres auxquelles les animaux auraient pu être attachés124.

Gilbert Durand a un point de vue encore différent, puisqu'il voit en Bayard un « démon maléfique des eaux » qui, « par une espèce d'antiphrase sentimentale », finit par être invoqué pour le franchissement des rivières125. Henri Dontenville voit dans Bayard un mythe issu du cheval blanc sacré des Germains, « naturellement blanc mais teint en bai pour les besoins de la cause », supposant qu'à l'époque de la rédaction du Maugis d'Aigremont, une certaine méfiance régnait quant aux « chevaux magiques », ce qui fait que Bayard est découvert « près d'un cratère de feu grondant » et que son apparition effraie les paysans. Il soutient aussi que Bayard a lui-même donné les chevaux légendaires du Pas-de-Calais (tous de couleur blanche)126. Cette théorie est soutenue par Gilbert Durand, mais pour d'autres historiens, le fait que Bayard soit clairement décrit comme brun-rouge l'invalide127.

L'une des questions soulevées par cette origine est de savoir pourquoi un animal au rôle aussi bénéfique est engendré par deux monstres reptiliens qui le relient aux forces infernales. Il semblerait que l'auteur du Maugis ait préféré faire ressortir l'exploit héroïque du jeune enchanteur qui libère Bayard que la nature foncièrement bénéfique du cheval dans son texte128.

Une interprétation anglaise de la légende des Quatre fils Aymon, initialement publiée en 1923, fait de Bayard un animal démoniaque (demon horse) donné au duc Aymon par Malagigi (Maugis), vu comme un nécromancien qui mène une guérilla contre le souverain légitime, Charlemagne. Cette interprétation ajoute que Satan récupéra le cheval un moment. Malagigi consola le duc Aymon en lui promettant de récupérer le cheval au mont Vulcanus, qui est aussi le mont des enfers (c'est l'épisode de l'île de Bocam). Il y parvint en entourloupant Satan. Plus tard, Bayard revient à Renaud, qui finit par le trahir en le livrant à Charlemagne. L'auteur de cette interprétation conclut qu'il est extraordinaire qu'un animal de nature démoniaque tel que Bayard soit vu comme un cheval bon et noble dans les chansons de geste, rivalisant en vertu avec une monture angélique129.

 

Animal païen 

 


L'acharnement de Charlemagne (ici dans les chroniques de Nuremberg) contre Bayard laisse à supposer que ce dernier est issu de croyances païennes.

 

 

 

Bien que la première mention littéraire de Bayard soit liée à un texte chrétien du XIIe siècle ou du XIIIe siècle, la figure et les caractéristiques de ce cheval renvoient à des traditions païennes plus anciennes, et le fond de la légende pourrait remonter au VIIe siècle ou au VIIIe siècle, à une époque où le pays est loin d'être entièrement christianisé. Les souvenirs et les pratiques de la religion gauloise y sont encore vivaces102. Un élément de preuve souvent cité réside dans le fait que Charlemagne condamne ce cheval à mort par noyade et se montre d'une telle cruauté que ses compagnons s'en indignent130 :

« Aucun des Pairs, je vous l'assure, ne peut s'empêcher de pleurer sur le bon cheval Bayard ; et, au milieu de la désolation générale, seul Charlemagne se laisse aller à sa joie : Bayard, le fameux Bayard, est donc au fond de l'eau131. »

Ferdinand Castets a supposé que « ne pouvant se venger à son gré des Fils Aymon et de Maugis, Charles satisfait sa haine au dépens du cheval dont le seul tort est d'avoir fidèlement servi son maître », toutefois, il ajoute que « Bayard, comme Maugis, a des dons surnaturels : entre eux et l'Empereur, la paix est impossible »132. La rancœur de l'empereur n'est peut-être pas dirigée contre Renaud, mais bien contre son cheval et l'enchanteur Maugis, qui tous deux incarnent les anciennes croyances auxquelles il est fermement opposé102,99. Bien que Bayard survive à l'épreuve de la noyade, il en ressort symboliquement vaincu puisque dès lors, il ne quittera plus la forêt ardennaise102. Un autre élément de preuve réside dans « la concomitance de la contrition pieuse de Renaud et de son adieu à Bayard », qui « trahit bien la nature païenne du cheval-fée »111. Le fond du texte renvoie donc, derrière les exploits héroïques de Renaud, à un conflit spirituel entre le christianisme (représenté par le roi Charlemagne) et le paganisme incarné par Bayard et l'enchanteur Maugis, dépositaire du savoir druidique133.

Folklore 


Bas-relief de 1786 représentant les quatre fils Aymon sur Bayard dans une rue de Maastricht.

 

 

 

Le cheval Bayard a donné naissance à un folklore foisonnant. Les villes et villages où coule la Meuse (Bayard aurait été jeté dans ce fleuve selon les versions postérieures du Renaut de Montauban) sont particulièrement concernés (Dinant, Bogny-sur-Meuse...). Il semblerait que la légende se soit diffusée le long de routes commerciales et de chemins de pèlerinage134 : Bruges, Termonde et Louvain se trouvent sur la route de la laine et du vin135. L'imagination populaire tend à retenir deux images du roman d'aventures : la forteresse de Montessor (ou Montfort), bâtie par Maugis sur un éperon rocheux surplombant la Meuse dans l'Ardenne, puis détruite par Charlemagne, et les sauts fabuleux de Bayard136. On retrouve un folklore autour de Bayard ailleurs en Belgique aussi bien du côté francophone que du côté néerlandophone, tant dans les processions et cortèges que pour la toponymie ou les histoires locales. La diffusion de la légende de Bayard peut-être distincte de celle des quatre fils Aymon3. Elle est souvent marquée d'un certain régionalisme, car Bayard est cité comme patrimoine légendaire spécifique à la Belgique ou aux Ardennes, bien que de nombreux éléments de sa légende (ou de son folklore) concernent aussi la Gascogne (épisode de Montauban), l'Alsace et la Lorraine (cours de la Meuse et épisode de Vaucouleurs), voire l'Allemagne (noyade dans le Rhin selon les plus anciens textes, de plus un musée de Dortmund possédait en 1909 une relique sous forme d'un grand fer à cheval que l'on dit issu de Bayard, vraisemblablement l'enseigne d'un maréchal-ferrant137), la Sicile (naissance sur l'île de Bocam selon le Maugis d'Aigremont) et les Pays-Bas (présence de toponymes, de statues et de géants processionnels à son effigie). Une certaine confusion est due à une graphie variable dans les textes médiévaux, un même lieu pouvant être orthographié de cinq à six manières différentes, ce qui rend toute identification d'un site de la légende particulièrement complexe et hasardeuse138. Bayard appartient en effet à la littérature et à la légende bien davantage qu'à l'Histoire136.

 

 

Légende ancrée dans l'Ardenne 

 


Le cheval ardennais, tout comme Bayard, est le plus souvent de robe baie.

 

 

 

L'Ardenne, une région naturelle partagée entre la France, la Belgique et le Luxembourg, est sans conteste celle où la légende du cheval Bayard est la plus présente et ancrée139. Une partie des textes s'y déroule139, bien que l'épisode ardennais ne soit pas le plus développé de la chanson140. Une enquête de l'université de Liège, en 1976, y a relevé dix-sept toponymes « Pas-Bayard » et une douzaine d'emplacements revendiqués pour être la forteresse Montessor (ou Montfort), prouvant la popularité de Bayard et de sa légende dans cette région136. Une tradition populaire, contraire aux textes, raconte aussi que le cheval a été capturé par Renaud dans la forêt ardennaise, pendant le siège de Montessor. Un bas-relief du XVIe siècle illustre cette capture à Marville. Bayard aurait été donné à Renaud par la fée Oriande dans un lieu hanté nommé les Espoux selon deux versions du Renaut de Montauban. Les ardennais l'identifient au lieu-dit les Épioux, près de Chiny, en Belgique3.

Les textes disent que Bayard demeure dans la forêt ardennaise et qu'on l'entend hennir durant la nuit de la Saint Jean. Les traditions populaires rapportent les récits des paysans qui tentent de l'apercevoir, et ceux des vendeurs de charbon qui disent l'entendre hennir en salutation au soleil levant. Près de Charleroi, cette tradition veut que Bayard parte chaque jour du fond de la forêt ardennaise, et se déplace au galop du sud-est au nord-ouest, de la Semois à la Meuse et du levant au couchant, en passant par Dinant et en suivant un chemin secret connu de lui seul141.

Ce témoignage d'une rencontre avec Bayard, raconté par un vieil homme en 1861, date de 1815 durant la guerre contre les prussiens :

« [...] Le soir [de la nuit de la Saint Jean], nous arrivâmes à Montcy-Notre-Dame, près du Waridon. Harassés de fatigue, nous fîmes halte pour y passer la nuit. La douzième heure allait sonner. Nos hommes dormaient. Moi, j'étais de faction. Je regardais, j'écoutais. Tout-à-coup, dans le lointain, sur le sommet du Waridon, j'entends un roulement sourd. La terre tremblait. Le bruit devient plus distinct : c'est le pas régulier d'un cheval qui court au galop. Sous ses pieds, les cailloux se brisent ou roulent avec fracas. — Ma foi ! Je l'avoue, la peur me prit. Je n'aurais pas craint les Prussiens. Mais il ne s'agissait pas d'un hulan : c'était le cheval de Maugis, le cheval des quatre fils Aymon, le cheval enchanté ; c'était Bayard, le cheval de feu. Bientôt, le rapide animal passa devant moi comme un éclair, illuminant le vallon, le torrent, la montagne et ses ruines. Il courait sur les rochers qui formaient la lisière du torrent. Les pierres volaient derrière lui, tombaient dans l'eau ou se broyaient. Bayard, de ses narines, de ses sabots, lançait feux et flammes ; il hennissait et ricanait avec fureur, et j'entendis nettement le nom de Charlemagne. Les échos du Waridon répétaient : Charlemagne ! Charlemagne ! sur un ton insolent et moqueur142. »

La race du cheval ardennais est parfois associée à la monture légendaire des quatre fils Aymon143. L'écrivain régionaliste Franz Bartelt dit à ce propos que « d’une nature douce et d’une santé prospère, sobre de mouvement, plein d’assurance et de modération, courageux avec générosité, confiant, travailleur, le cheval ardennais fut d’une intelligence philosophique et d’une distraction littéraire qui l’ont hissé au-dessus du palefroi commun, jusqu’aux édifiantes de la légende et du mythe. La monture des 4 fils Aymon ne pouvait, en effet, être qu’ardennaise… »144.

 

 

 

Article connexe : Cheval ardennais.

 

 

 

Toponymes


Témoignage d'un enfant ardennais en 1861 :

Heureusement, Bayard était fée. Charlemagne n'a pas pu le noyer, et maintenant encore, tous les ans, le jour de la Saint-Jean, à l'heure de minuit, il court dans nos montagnes ; ses hennissements imitent tantôt le son du cor, tantôt la voix de l'homme; ses pieds brûlent tout ce qu'ils touchent, et les traces de son passage restent imprimées sur le sol145.

 

Les croyances populaires rapportent que Bayard a laissé des traces innombrables de son passage : « des escarpements obliques de grès et de calcaire, des aiguilles ouvragées sous le sabot de mille chevaux Bayard »146. Ces « Pas-Bayard » (ou « Saut-Bayard ») sont nombreux dans l'Ardenne. Il s'agit souvent de pierres sur lesquelles est gravée une forme rappelant un fer à cheval, témoignant du passage de l'animal enchanté dans ces lieux3. On trouve aussi des traces, non de sabots, mais d'un « dérapage » dû à la puissance et la vitesse de Bayard lors de son saut147. L'emplacement de bon nombre de ces toponymes a disparu, modifié sous l'action humaine. D'autres ont été oubliés voire renommés au fil du temps148,136.

La multiplication de ces toponymes « en divers lieux dans le bassin de la Meuse française et belge » semble découler de « l'influence des pied ou pas de saints »149. Si les « Pas-Bayard » et « Saut-Bayard » peuvent difficilement avoir une autre origine que le cheval légendaire, la polysémie rend l'identification originelle de toponymes tels que « champ Bayard » ou « fosse Bayard » très complexe150. Une dizaine de communes ardennaises ont un toponyme du type « Bayart » issu d'un nom de personne9, les ruisseaux et moulins portant ce nom semblent également d'une autre origine151. Les nombreux moulins nommés « bayard » au Moyen Âge, mot que l'on croyait alors d'origine celtique, n'ont aucun lien avec le cheval si on en croit Félix Rousseau152, bien que d'autres sources plus anciennes soutiennent l'inverse1.

Comme modeleur du paysage, Bayard présente un parallèle important avec la monture de Roland le paladin, à l'origine des « Pas-Roland » et des « Saut-Roland », principalement dans les Pyrénées (autre région montagneuse). Il est possible que les deux montures partagent la même origine122. Ces traces sont interprétées de différentes façons. Certains croient qu'elles se dirigent du levant au couchant et renvoient à un animal solaire153. Bayard est également un créateur légendaire de sources (tout comme Pégase), et Jacques Duchaussoy voit dans ces points d'eau créés d'un coup de pied des « sources de connaissance spirituelle » qui finissent par devenir l'eau pure destinée à désaltérer le pèlerin ou le voyageur le long du chemin154.

 

 

Belgique 

 

La plupart des toponymes se trouvent en Belgique153 sur le territoire de l'ancienne Principauté de Liège, entre autres près de Charleroi, de Liège (où ils sont les plus nombreux) et de Dinant.

 

 

Province de Hainaut 

 

Le lieu-dit ô pa Bayâr, au-dessus de Couillet155, est connu sous ce nom depuis 1364 au moins, mais la construction d'une route et l'industrialisation l'ont fortement modifié. Des bassins ont recouvert la pierre du pa Bayâr, un bloc de grès gris marqué par un fer à cheval d'une quinzaine de centimètres. Selon la légende, Bayard avait pris là son élan pour franchir la Sambre, mais une autre légende veut qu'il soit revenu vers la Meuse et retombé depuis Charleroi sur le rocher de Couillet141.

 

Province de Liège 

 



Le pont des Arches, d'où Bayard aurait été jeté à l'eau par Charlemagne selon la croyance populaire moderne.

 

 

 

Liège, où passe la Meuse, est souvent citée pour être la ville où Charlemagne tenta de noyer Bayard. Cette affirmation s'appuie, entre autres, sur la présence attestée de barques équipées de meules à grain sur la rive gauche du fleuve156. Les troupes de l'empereur auraient capturé et entravé l'animal, avant de lui amener. Là, Charlemagne décide que Bayard sera jeté du haut du pont des Arches, les jambes attachées et la meule au cou. Mais Bayard parvient à rompre ses liens et à regagner la berge. Adressant un hennissement moqueur à ses tortionnaires, il rejoint ensuite la forêt d'Ardenne8. Cette légende est popularisée lors de la reconstruction du pont après la Seconde Guerre mondiale, le bas-relief créé par Louis Dupont est devenu un symbole de la liberté face à l'oppression allemande94.

Liège et sa province recèlent aussi de nombreux toponymes nommés « pas Bayard ou Baar », par exemple à Pepinster157. L'un des plus connus se trouve sur la commune d'Aywaille, au château d'Amblève, qui par ailleurs est un emplacement revendiqué pour Montfort (ou Montessor), le château des Quatre fils Aymon158. L'empreinte du pied de Bayard se trouve à côté de l'ancienne potence de la forteresse, on raconte qu'il se serait imprimé là lorsque le fabuleux destrier prit son élan pour retomber de l'autre côté de la vallée, au lieu-dit « al-mohinette »159. À Dolembreux, entre Méry et Hôtgné, un petit lieu boisé et rocheux est connu comme a pa bayar, au dessus d'un petit vallon lui-même nommé è fond dè pa bayar. La trace d'un passage du cheval y serait restée bien visible jusqu'au début du XXe siècle, sur un bloc rocheux, mais a disparu lors de la construction d'une route. Ce toponyme était connu des archives locales depuis 1598, au moins160. Remouchamps possède, sur un chemin qui reliait autrefois la commune à Sedoz, un lieu-dit So l'thier où le sabot de Bayard aurait creusé une cuvette dans le schiste rouge, lors d'un bond qui le vit retomber au château d'Amblève ou au château de Montjardin161. À Stoumont, Bayard se serait élancé de même depuis le lieu-dit « Fagne-Brume », laissant son emprunte sur un bloc de quartzite avant de retomber aux « Fonds de Quarreux ». L'eau stagnante dans la cuvette de ce Pas-Bayard est réputée soigner les maladies de la vue et les verrues. À Anthisnes, un Pas-Bayard a conservé son nom malgré la disparition de la pierre portant l'empreinte161. Bra, près de Chevron, possède aussi son Pas-Bayard162. Les toponymes de Vieuxville ont été oubliés ou renommés sous l'influence de la légende de la gatte d'or163. La rivière de l'Eau Rouge prend sa source dans les Hautes Fagnes à proximité de la « Fagne du Pas Bayard » qu'elle traverse ensuite164.

Joseph Bédier avait en son temps revendiqué l'abbaye de Stavelot-Malmedy pour origine de la légende des quatre fils Aymon (et donc du cheval Bayard), mais cette affirmation a été invalidée lors d'une étude critique à l'université de Liège136.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 06:20

Religion minoenne

 

 

 

Fidèles apportant des offrandes, sarcophage d'Aghia Triada, époque néopalatiale, musée archéologique d'Héraklion.

 

 

 

 

 

La religion minoenne correspond aux cultes pratiqués en Crète, par la civilisation minoenne. La religion minoenne est une religion tournée vers la nature et le culte de la végétation. Cela se remarque particulièrement au travers de dieux et de déesses qui meurent et renaissent chaque année, et par l'utilisation de symboles tels que le taureau (ou les cornes de taureau), le serpent, les colombes. La religion minoenne, bien qu'elle disparaisse avec l'arrivée des Achéens puis des Doriens en Grèce puis en Crète a néanmoins laissé sa trace dans les mythes et le panthéon de la Grèce classique.






Sources



L'étude de la religion minoenne repose sur les objets découverts lors des fouilles des différents sites archéologiques de Crète. Ces découvertes offrent aux archéologues des matériels nombreux et variés, à travers les palais minoens, autels, sanctuaires, objets de culte, tombes, cryptes à piliers, cavernes, idoles votives, sceaux et fresques. Tous ces objets sont autant de pistes pour permettre leur interprétation religieuse par les chercheurs. Cependant, il n'existe pas de texte de l'époque minoenne pour vérifier et contrôler ces interprétations1. Pour mieux comprendre la religion minoenne, des parallèles sont faits avec les civilisations environnantes de l'époque (Égypte), ou un peu plus tardive (Mycéniens). Parfois, les archéologues retrouvent dans certains rites chrétiens de la Crète contemporaine des rituels qui s'apparenteraient à ceux des Minoens.

 

 

Une personnification de la nature


Le cycle de la végétation 

 


« Anneau de Minos », probablement de Cnossos, époque néopalatiale tardive, musée archéologique d'Héraklion.

 

 

 

 

Les Minoens ont personnifié la végétation par un enfant divin ou un Jeune Dieu, qui meurt et ressuscite tous les ans. De même, la puissance créative de la nature prit les traits de la Grande Mère, qui apparait comme une femme portant son enfant dans les bras et aussi comme l'épouse du Jeune Dieu. Le Mariage sacré, l'union de la déesse et du dieu (qui meurt habituellement peu après son mariage) symbolise la fertilisation de la terre2. Les scènes représentées sur le sarcophage d'Aghia Triada serait une représentation symbolique de l'hiver qui finit et du printemps qui renait : c'est la mort et la résurrection de la nature3. Le Jeune Dieu n'est pas la seule divinité mortelle connue dans la religion préhellénique. Les Préhellènes, croyaient, semble-t-il aussi à la mort et à la renaissance d'une jeune déesse de la végétation. Les déesses mère et fille d'Éleusis ont probablement des racines préhelléniques, ceci étant suggéré par la relation entre leur légende et la culture des céréales, introduite en Grèce longtemps avant l'arrivée des Grecs2.

La religion préhellénique survécut à la catastrophe minoenne, c'est à quoi nous devons la préservation des noms de quelques divinités préhelléniques mentionnées par les auteurs grecs et latins, ou trouvés dans des inscriptions grecques, comme Dictynna et Britomartis. La première doit être une déesse associée au mont Dicté, tandis que le nom de la seconde, qui signifie « Douce Vierge », est probablement un qualificatif de la jeune déesse. Velchanos et Hyakinthos sont des noms du dieu mortel tandis qu'Ariane, bien qu'on ait supposé que son nom était indo-européen, est une déesse de la végétation qui meurt tous les ans4.

 

 

Le Panthéon minoen 


Déesse mère 

 


Sceau en onyx représentant la déesse sous sa forme Maitresse des Animaux, entouré de griffons. Knossos, Période néopalatiale (-1450).

 

 

 

 

Evans estima qu'il n'était pas possible de dissocier les figurines féminines néolithiques de celles retrouvées aux époques suivantes dans les sanctuaires et autels et représentant ce qu'il considérait être la « Grande déesse minoenne5 ». Cette déesse-mère serait la plus ancienne conception de la divinité6. La divinité féminine préhellénique prend des formes variées et nombreuses, et on ne sait pas avec exactitude si ces formes correspondent à des déesses différentes ou à des aspects divers d'une seule déesse. Elle est représentée au sommet d'une montagne parmi les lions lorsqu'elle symbolise la mère de la montagne ou la Maitresse des animaux, d'autres fois elle apparait comme une déesse à l'arbre, une déesse aux serpents, aux colombes ou aux pavots. Elle peut prendre une forme guerrière en portant épée et bouclier, elle peut être aussi déesse de la mer en voyageant sur un navire. Il existe des interprétations de ces images : on considère les serpents comme un symbole de l'aspect souterrain, ou comme la déesse elle-même sous sa forme animale ; les colombes seraient les emblèmes d'une déesse céleste, et les pavots les attributs d'une déesse mère qui endort les enfants7.

 

 

Un monothéisme dualisteN 1 ? 


La civilisation minoenne donne l'impression d'avoir été matriarcale, et pendant longtemps on considéra qu'il n'y avait pas eu de dieu mâle dans la religion crétoise. Cependant, l'hypothèse de l'existence d'une divinité mâle n'est plus à écarter8, et on admet désormais que les Minoens ont conçu de bonne heure l'idée d'associer à la Déesse-mère, l'amant ou le fils, voire consécutivement ou simultanément9. Mais pour de nombreux chercheurs, il serait cependant l'ancêtre du Zeus de la Grèce classique. Et l'ensemble des récits affectés à l'enfance de Zeus en Crète serait révélateur de croyances et de pratiques fort anciennes établissant que les Minoens auraient été attachés au culte d'un Dieu viril infiniment plus vieux que le Zeus hésiodique3.

Le Jeune Dieu apparait sous les traits d'un dompteur de bêtes sauvages ou armé d'un arc avec un lion à ses côtés. Il est parfois accompagné d'un chevreuil ailé et d'un démon porteur d'un vase à libations, ou d'un griffon7. On ne connait pas son nom minoen, et il est difficile de le rattacher à un dieu grec10.

 

 

 

Représentation d'une "conversation sacrée" entre une déité mâle une déesse.

 

 

 

Démons et autres créatures 

 



Dans les scènes rituelles, on voit apparaitre aux côtés des divinités diverses créatures qui représentent peut-être les esprits de la végétation. Pour Alexiou, l'origine de ces personnages remonte peut-être aux rites magiques, auxquels participaient des hommes porteurs de masques d'animaux. On voit ces créatures servir le Jeune dieu, assister au culte et transporter des vases avec lesquels ils versent des libations devant des branches sacrées ou devant une déesse assise sur un trône11.

 

 

 

Symboles sacrés 


Cornes



Réplique de cornes sacrées par Evans à Cnossos.

 

 

 

 

La manifestation symbolique des divinités à travers des objets associés à leur culte, est plus importante pour les Minoens que sa représentation directe12. Un des symboles les plus sacrés, en tous cas le plus fréquent13, était la paire de cornes sacrées. Des cornes étaient installées sur les banquettes et les autels. Parfois, les cornes sont associées à des double-haches, des branches et des vases à libations. Ces cornes pouvaient être de toutes tailles : il existe des modèles réduits en terre cuite, en plâtre ou en pierre14. De toute évidence, ces cornes sont une représentation sommaire de la tête du taureau15.

On trouve tout d'abord des paires de cornes réelles. L'un des spécimens les plus notables est la paire de cornes de l'autel aux double-haches, à Knossos, où deux paires, faites de stuc ont été découvertes in situ avec des idoles. Entre les cornes, chaque paire présente une fente, comme si quelque chose pouvait y être inséré, peut-être une double-hache. D'ailleurs une hache en stéatite a été retrouvée à proximité immédiate d'une de ces cornes, mais trop petite pour que soit celle prévue à cet effet16. Cette découverte majeure permit de se rendre compte de l'utilisation et l'emplacement de ce symbole dans le culte minoen. Toujours à Knossos, une paire de plus de 1,80 m de haut fut retrouvée près de l'entrée sud14,N 2. Une grande paire en plâtre fut découverte dans le petit palais datant du Minoen récent de Niroú Kháni, près de quelques marches qui forment comme une estrade sur laquelle les cornes auraient été posées17. Des cornes ont même été retrouvées ailleurs que près d'autels, comme à Palaikastro, où une paire a été découverte dans un magasin17.

Un type particulier de cornes a été découvert, entre autres, dans la grotte de Patsos. En argile, elle est décorée de lignes sur l'extérieur : une bande dessine les contours de l'objet, et des lignes parallèles ornent la partie ainsi délimitée. Cette paire a la particularité de posséder une troisième corne en son milieu, restée sans décoration. De petites perforations ont été faites dans l'objet, sans doute pour empêcher l'éclatement de l'argile lorsqu'elle était au feu. Deux autres spécimens similaires ont été découverts, un à Patso, le second à Aghia Triada18.

On trouve des informations sur les cornes sacrés sur des bijoux gravés, des vases et des murs peints. Une pyxide en stéatite provenant de Knossos montre une paire de cornes posée sur un autel en pierre de taille. Très souvent, on trouve un objet entre les cornes. Une seule fois, sur un pithos de la Grotte de Psychro, cet objet est une offrande sacrificielle, bien qu'aucune explication n'a pu être fournie avec certitude sur ce cas19. Dans tous les autres cas, les objets présents entre les cornes sont soit des double-haches, des vases à libations, comme sur des pierres de Vaphio20 ou des branches21. Les exemples représentant des branches entre les cornes sont souvent les plus parlants, car nombreux d'entre eux dépeignent en même temps un acte religieux. Une pierre gravée de la grotte de l'Ida montre une femme soufflant dans un coquillage et se tenant devant une paire de cornes avec des branches22. La pierre de Vaphio dépeint des génies déversant l'eau de vases à libations sur les branches placées entre des cornes. Dans les deux cas, les cornes sont placées sur un autel aux bords incurvés23. Cette connexion entre les cornes et les branches sacrées pourrait expliquer pourquoi les cornes sont transformées en motifs végétaux sur deux pierres gravées exposées au British Museum24.

 

 

 

Exemples de déesses aux bras levés dont la position aurait été inspirée par la forme des cornes sacrées.

 

 

 

 

Les cornes sacrées pourraient trouver leur origines en Égypte, où, même s'il existe des différences dans les détails, on note également de nombreux points communs dont une tendance à considérer les objets comme symbole d'une déité25. Des similitudes entre la forme des bras de certaines idoles et la forme des cornes sacrées ont amené à faire une comparaison avec les bras de figurines égyptiennes prédynastiques dont les bras levés ressemblent étonnamment aux cornes minoennes, ce qui laisse imaginer qu'en Égypte comme en Crète existait un culte de la déesse-mère prenant la forme d'une vache, et qu'une réminiscence d'un tel culte existait au travers de cette attitudeN 3,26.

Il n'existe pas de type unique de cornes sacrées et celles-ci peuvent prendre différentes formes. Certains spécimens sont épais et massifs, les projections en forme de cornes peuvent être plus ou moins éloignées. Ces différences de formes ne correspondent pas à une différence d'époques, puisque plusieurs types apparaissent en des mêmes lieux à des époques similaires. Si des cornes semblent dater de toutes les époques minoennesN 4, la plus grande partie d'entre elles datent du Minoen récent II et III27.

 

 

Double-hache 

 



 

 

 

Le symbole de la double hache possède une grande importance également. La double hache dérive de celle utilisée au quotidien, tout en comportant des particularités28. De nombreuses haches ont été retrouvées, mais certaines ne sont pas conçues à des fins pratiques, soit parce qu'elles sont faites de matériaux fragiles (pierres tendres ou plomb) ou parce que leurs tailles les rend inutilisables, certaines si petites que leur manche est un peine plus gros qu'une épingle29. Même au niveau de la forme, on note des différences. La lame était plus large et moins épaisse, le côté tranchant s'épanouissant en demi-cercles, avec parfois des lames redoublées, la hache devenant ainsi non plus double mais quadruple28. La hache sacrée est également plus ornementée, rendant son utilisation quasiment impossible. Leur surface est parfois décorée de motifs linéaires suivant les bords de la hache, tandis que lignes obliques remplissent l'espace central ainsi dessiné29.

 

 

 

Haches à double lames peintes sur une poterie. Période néopalatiale. Pseira.

 

 

 

Les plus anciens spécimens connus à ce jour, faits de plomb ou en cuivre, proviennent d'une tombe du Minoen ancien II de Mochlos, et l'une d'elle ne mesure que 7,5 cm29. Le plus grand nombre de haches retrouvé sur un seul lieu se situe à Arkalochori et Psychro. Les restes de 18 haches ont été retrouvées in situ, dans des niches de stalactites. Leurs lames sont toutes très recourbées. Certaines sont faites d'une seule lame de bronze, tandis que d'autres sont faites de deux pièces de métal jointes sans rivets29. Des double-haches, posées sur des bases en forme de pyramide tronquée ornaient divers endroits du palais de Knossos. La grande répétition de cet emblème pourrait expliquer la dénomination de « labyrinthe » pour désigner Knossos. Labrys dans une langue anatolienne et peut-être aussi en minoen signifiait double-hache. le mot labyrinthos signifiant palais aux double-haches28,N 5.

 

 

 

Reconstitution de double hache sur son socle. Musée archéologique d'Héraklion.

 

 

 

Concernant les haches peintes ou gravées, à l'exception d'une représentation sur jarre du Minoen moyen I, elles datent toutes du Minoen moyen III ou du Minoen récent30. Un des modèles de hache le plus souvent représenté ainsi est la hache à double lame. Ce modèle est facilement visible sur le sarcophage d'Aghia Triada, sur le côté qui représente une libation, et possède également des lignes transversales sur l'intérieur des lames. Sur un autre côté du sarcophage, une autre hache à double lame est visible, celle-ci possédant sur le côté intérieur de la lame, des extrémités en forme de spirale. On retrouve ces appendices en forme de spirale sur deux vases du Minoen récent I en provenance de Pseira31.

Certains archéologues dont Evans reconnaissent des haches dans ce qu'on appelle des motifs papillons sur certaines poteries. Ces papillons sont des triangles inversés, qui se touchent en leur extrémité, tout en ayant leur base parallèle32.

L'usage de la double hache dans le culte minoen est particulièrement bien représenté par le sarcophage d'Aghia Triada. Les double haches sont fixes sur de grandes perches plantées dans une base. Dans la scène du sarcophage où l'on peut voir deux perches, cette base est nivelée et consiste dans un cas en deux blocs de pierre de carrés, dans l'autre en blocs dont la forme laisse suggérer que ce sont deux cônes superposés. Sur l'autre face du sarcophage, le socle semble n'être composé que d'une seule pièce quadrangulaire mais décoré alternativement de carrés blancs et rouges. À partir de ces indications, de nombreux socles ont pu être identifiés comme ayant servi de base à des double-haches33. Toujours sur le sarcophage d'Aghia Triada, les haches se trouvent au sommet de hautes perches et des oiseaux stationnent en leur sommet, et entourent des scènes de libations ou sont placés entre un autel et une sanctuaire : ceci doit finir de convaincre que les doubles haches étaient considérées comme des objets rituels vénérés dans le culte minoen34. Presque tous les archéologuesN 6 admettent que la double hache est un fétiche ou un symbole de déité35.

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 19:36

Alceste

 

 

 

Alceste avec Héraclès et Cerbère, peinture murale dans les catacombes chrétiennes de la Via Latina, IVe siècle.

 

 

 

 

 

Dans la mythologie grecque, Alceste (en grec ancien Ἄλκηστις / Álkêstis) est la fille de Pélias, roi d'Iolcos en Thessalie, qui envoie Jason conquérir la Toison d'or, et la sœur d'Acaste. Son histoire est racontée par le pseudo-Apollodore dans sa Bibliothèque.


 


Mythe 

 

 

 

Médée découpa un bélier en morceaux et le plongea dans de l'eau bouillante, il en ressortit un agneau. Convaincues par la démonstration de Médée, les sœurs d'Alceste décidèrent dès lors d'en faire autant avec leur père Pélias afin de le rajeunir. Alceste refusa de prendre part à l'expérience. Pélias ne ressortit jamais du chaudron.

Alceste fut donnée en mariage à Admète, roi de Phères, grâce à l'aide d'Apollon, alors condamné par Zeus à être son serviteur. Mais Admète oublia de faire un sacrifice à Artémis à l'occasion de son mariage, et les deux jeunes mariés trouvèrent la chambre nuptiale remplie de serpents. Apollon dut de nouveau intervenir, pour calmer sa sœur. À l'instant de la mort d'Admète, le dieu invoqua les Moires pour le laisser vivre. Celles-ci acceptèrent à condition qu'une autre personne prît sa place. Le père et la mère d'Admète refusèrent, mais par amour, Alceste conclut le marché et s'empoisonna. Héraclès la ramènera des Enfers (selon d'autres traditions, Perséphone décide de renvoyer Alceste chez les vivants).

Ils auront deux enfants, Eumélos et Périmèle.

 

 

 

Évocations artistiques 

 

 

Sur les autres projets Wikimedia :

La légende d'Alceste a inspiré de nombreuses œuvres, dont :

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 11:24

Représentations dans les arts

 

 

 


Le cheval Bayard a fait l'objet de nombreuses représentations, et le succès de son iconographie, notamment de la représentation des quatre frères sur son dos, semble avoir joué un rôle déterminant dans la diffusion et la longévité des aventures de Renaud90. La plus ancienne figure sur un tombeau au Portugal, daté de la première moitié du XIIe siècle18. Au fil du temps et avec la littérature de colportage, des épisodes concernant Bayard sont parfois illustrés par des gravures qui n'ont que peu de rapport avec le propos qu'elles illustrent91.

 

 

 

 

Le cheval Bayard de Namur.

 

 

 

L'une des plus célèbres représentations modernes est Le cheval Bayard, une sculpture réalisée par Olivier Strebelle et initialement montrée au public lors de l'Expo 58, placée le long de la Meuse à Namur, en contre-bas du pont des Ardennes. Fin et léger, le cheval semble voler en portant ses quatre cavaliers au-dessus du fleuve. Il est possible qu'en plaçant ainsi la statue au bord de la Meuse, on ait voulu symboliser le franchissement d'une frontière ou de l'au-delà92. Cette statue est un important symbole belge et le festival international du film francophone de Namur décerne des Bayard d'or, statuettes également créées par Strebelle, en référence à cette légende et à son lien avec Namur93.

 

 

 

 

Monument des Quatre Fils Aymon à Bogny-sur-Meuse.

 

 

 

Une autre célèbre statue représentant Bayard en compagnie des quatre fils Aymon se trouve à Bogny-sur-Meuse, réalisée par Albert Poncin, elle est au contraire très statique, et semble symboliser l'ancrage au sol, la puissance et l'impénétrabilité92.

La ville de Liège a un bas-relief de Louis Dupont illustrant la tentative de noyade de Bayard par Charlemagne, sur le pont des Arches94. Termonde, où se tient l'Ommegang de Ros Beiaard tous les dix ans, possède aussi plusieurs œuvres représentant Bayard chevauché par les quatre fils. La statue Ros Beyaert, par Aloïs de Beule et Domien Ingels, est un bronze érigé pour le World Fair de 1913 à Gand95. Vier Heemskinderen (Les quatre fils du duc Aymon) par Gerard Adriaan Overeem, en 1976, est placée dans la Torenstraat de Nijkerk96. Die vier Haimonskinder est une sculpture en bronze de Heinz Klein-Arendt réalisée en 1969 et exposée à Cologne.

 

 

 

 

Origine 

 


Tête d'un grand cheval de bois de couleur brune foncée, surmontée d'un plumeau rouge et blanc.
Tête du cheval Bayard de Termonde en 2010.

 

 

 

Selon les folkloristes Henri Dontenville et Bernard Sergent ainsi que l'historien Marc-André Wagner, le cheval Bayard appartenait sans conteste au patrimoine légendaire pré-chrétien avant d'être immortalisé dans des œuvres littéraires97,16, il serait issu de traditions populaires introduites dans la Chanson de Renaud de Montauban par les troubadours et trouvères qui la racontaient3. Le fait que des légendes concernant Bayard (mais également Maugis, avec lequel il partage des liens très étroits, dont sa nature « a-normale »26,98) existent indépendamment du texte des quatre fils Aymon laisse à supposer qu'il a une origine différente et distincte de ces derniers3. Sa légende s'appuie sur des données de l'époque mérovingienne transposées plusieurs siècles plus tard (un peu à l'image de la légende arthurienne)16. Les indices semblent renvoyer aux traditions des premiers Francs et à un animal venu de l'Autre Monde, chargé de protéger et de nourrir Renaud avec lequel il pourrait partager un lien totémique99.

 

 

Un dragon primitif

 


La Grand'jument de Gargantua (à droite sur cette gravure de Gustave Doré) est étroitement liée à Bayard.

 

 

 

Henri Dontenville a beaucoup étudié les toponymes légendaires et suppose que Bayard est issu de la Grand'jument, un animal solaire créé par Merlin sur une montagne, qui est ensuite chevauché par le Gargantua primitif. Le géant de Rabelais est lui-même la réminiscence d'un démiurge connu des peuples celtes, bâtisseur et créateur, qui aurait tracé les chemins de pèlerinage préchrétiens, créé des gouffres et des montagnes en posant et levant ses pieds du sol, créé des gués en buvant à certains cours d'eaux et des rivières en urinant. Dontenville suppose que ce géant était anguipède (c'est-à-dire partiellement en forme de dragon), puis dragon ou serpent lui-même dans des temps plus anciens, s'appuyant entre autres sur son étymologie. Il ajoute que Bayard, issu de sa monture originelle, est fils de dragon selon le Maugis d'Aigremont, et possède une échine qui s'allonge dans les textes, c'est-à-dire un trait reptilien. Il postule que Bayard serait lui-même un dragon métamorphosé, ce qui expliquerait que ce cheval fabuleux joue un si grand rôle dans les textes le mettant en scène, et qu'il soit « l'ennemi invaincu » de Charlemagne100.

 

 

La monture d'une divinité celtique


Henri Dontenville avait postulé, dans les années 1950, que Bayard pourrait être issu à la fois d'un cheval-fée chevauché par la déesse gauloise et romaine Épona dont le culte aurait perduré en se trouvant changé, ainsi que du cheval blanc sacré des légendes germaniques101. Il a revu cette interprétation avec le temps, grâce à de nouvelles sources.

Une interprétation populaire fait de Bayard la monture d'une divinité solaire celte déchue3, s'appuyant entre autres sur les trois derniers vers du Maugis d'Aigremont, qui disent que depuis la tentative de noyade, Bayard fait retentir son hennissement chaque année lors de la Saint Jean, au solstice d'été102.

 

 

Un souvenir historique

 


Ferdinand Castets supposait en 1909 que le cheval Bayard pourrait être issu du souvenir de Ragenfred lorsque, poursuivi par Charles Martel, il aurait trouvé un cheval providentiel qui lui permit de distancer l'armée franque103. Il ajoute que l'idée d'ôter la couronne de Charlemagne lors de la course à Paris pourrait relever de la même source104. Le folkloriste Roger Maudhuy a relevé diverses interprétations populaires de l'origine de Bayard, entre autres celle d'un souvenir du culte de la déesse Épona102,105. Il suppose lui aussi que le nom de Charlemagne a remplacé celui de Charles Martel dans la chanson de geste106. Une autre théorie historique évoque le souvenir de la poursuite d'Ambiorix avec son escorte de quatre cavaliers par Jules César, dans la forêt ardennaise, la figure d'Ambiorix ayant suivant cette logique donné le cheval Bayard102. Elle n'a pas été reprise dans des ouvrages universitaires récents.

 

 

Inspirations littéraires

 

 


Le cheval Bucéphale pourrait avoir servi d'inspiration pour les description littéraires de Bayard.

 

 

 

L'origine lointaine de Bayard n'est pas expliquée par les plus anciens manuscrits des Quatre fils Aymon, qui précisent que Charlemagne le remet à Renaud lors de son adoubement, mais restent vagues voire contradictoires jusqu'à l'apparition de la chanson de Maugis, qui en fait le fils d'un dragon et d'une serpente venu d'une île volcanique107. Anne Berthelot suppose que le cheval Bucéphale, sauvage et anthropophage envers tout autre qu'Alexandre, a servi de modèle au rédacteur du Maugis pour décrire Bayard. Elle dresse également un parallèle avec Sleipnir, qui tout comme Bayard a une structure physique particulière, bien que l'inspiration ne soit sans doute que subliminale98.

 

 

Études comparatives 


Un parallèle peut être fait entre Bayard et le cheval d'Alimos Toma (qui lui aussi comprend le langage humain et exécute les volontés de son maître), un héros des balades populaires roumaines108. Albert Moxhet, auteur d'une étude comparative entre l'Ardenne et la Bretagne, note que Bayard n'appartient ni tout à fait aux animaux à la morphologie ordinaire dont les actes sont fantastiques, ni à celle des animaux à l'aspect extraordinaire109, et que l'on retrouve également des toponymes dus aux chevaux du roi Arthur, de Saint Guénolé et du roi Gradlon sur différents sites bretons110.

 

 

Symbolique 


 


Représentation des quatre fils Aymon chevauchant Bayard sur le mur d'une maison à Termonde.

 

 

 

Comme le remarque Anne Berthelot, Bayard est perçu sans ambiguïté comme un cheval, les textes insistent en y ajoutant l'adjectif « fée » (faé) : « à moins que cette insistance ne dissimule quelque chose de plus trouble », Bayard est avant tout de nature animale98.

 

 

Animal « fée » 



Dès les plus anciens textes, Bayard est doué de qualités exceptionnelles qui le rattachent au merveilleux et à l'Autre Monde, bien que la mention qui illustre le mieux son caractère extraordinaire26, selon laquelle il adapte la taille de sa croupe au nombre de ses cavaliers, intervienne plus tard111. Laurence Harf-Lancner remarque que pour les êtres dont la nature féerique est évidente, ou qui évoluent dans un lieu apparenté à l'Autre Monde, il n'y a pas lieu d'ajouter l'adjectif « fée » derrière le nom (la blanche biche étant un exemple). Par contre, « le cheval Bayard, loin d'évoluer dans un décor surnaturel, dénote dans le cadre humain qui lui est assigné »112.

Le rôle de Bayard est plus grand que celui d'une monture de héros de chanson de geste classique, comme Broiefort (celle d'Ogier le danois) ou encore Veillantif (celle de Roland16). D'une force et d'une intelligence surnaturelles, il réveille Renaud en touchant son écu de son sabot, combat les chevaux de ses ennemis, galope plus vite qu'aucun autre (une qualité néanmoins commune à tous les chevaux des épopées médiévales113), effectue des bonds prodigieux et peut porter quatre hommes sur son dos en même temps. Malgré les privations lors de son exil dans la forêt ardennaise, il conserve toute sa force et sa fougue. La forêt ardennaise étant réputée être un domaine des fées, le fait que Bayard y « engraisse de feuilles » là où les autres chevaux dépérissent et meurent le dissocie encore davantage des animaux ordinaires pour le rapprocher des créatures féeriques, d'autant plus que dans l'enceinte du château de Montauban, il se révèle incapable de nourrir les quatre fils de son sang114 : ce passage de la légende, précisant qu'il se laisse saigner par Renaud et ses frères2,107, se déroule en effet dans la nature.

Quelques versions attestent aussi qu'il comprend le langage humain3, par exemple celle-ci, où Renaud parle à son cheval juste avant la course à Paris :

 

 

 

       
  Chanson des Quatre fils Aymon, en ancien français115.    
 
« Baiars, ce dist Renaus, com avez eu talent
Mestier m'avez eü et grant besoing soyent.
Se vos or me failliez, dont me va malement,
Et s'il en vient sor vos, blasme i [arez] grant
Ne proiserai ja mes vostre valor nient. »
Quant Baiars l'entendi, si henist olerement;
Ensi l'a entendu com mere son enfant.
Ses oreilles a jointes, la teste va erollant,
Por abriver son cors, s'en va tot arçoiant,
A froncié des narines, des piez harpe devant,
La queue et le col va durement abesant.
« E Dex ce dût Benaus, par ton commandement,
Tu me, dogne acomplir iee jor mon talent. a'
Lors a laisié le règne, Baiars en va bruiant.
Al col estendu [va] la terre porpendant.
A chascun saut en prent une lance tenant.
   

 

 

 

 

Anne Berthelot voit dans cette compréhension du langage la preuve la plus flagrante de la nature féerique de Bayard98. Le cheval est de plus capable de devancer le désir de son cavalier, par exemple en affrontant la monture d'un sarrasin et son cavalier en compagnie de Maugis116. Son côté protecteur (il prévoit le danger pour Renaud), s'il est une autre preuve de sa nature féerique117, ne révèle pourtant pas de connivence particulière avec le monde des fées tel qu'il est connu au Moyen Âge118. Les exploits de Bayard sont épisodiques, et la plupart du temps, il joue un rôle très semblable à celui des autres chevaux d'épopée119.

 

 

Animal subversif


Christopher Gérard dans Maugis

Si je comprend bien [...], Bayard, c'est l'Ardenne qui résiste et ne se rend pas120...

La légende des quatre fils Aymon a un côté subversif puisqu'elle renvoie au refus du féodalisme et du centralisme, à la résistance et au désir de liberté3,121, tout en défendant une certaine autonomie des régions de la Gascogne et de l'Ardenne. Le texte mélange la chevalerie à la féerie, Maugis et Bayard prennent le pas sur la dimension chevaleresque, pour rendre l'histoire radicalement opposée à la plupart des autres textes du cycle carolingien (voire de la légende arthurienne), où le chevalier se dévoue corps et âme à un suzerain érigé en modèle de sagesse et de vertu. Charlemagne, qui incarne le pouvoir en place dans les Quatre fils Aymon, est présenté comme un roi injuste et intraitable122, ennemi acharné de l'enchanteur Maugis et du cheval Bayard, qui sont au contraire acteurs de cette subversion. Si Maugis finit par se retirer de lui-même en partant méditer sur la violence du monde après la bataille de Vaucouleurs, et laisse Charlemagne raffermir son autorité mise à mal, Bayard demeure « irréductible » et survit même à la tentative de le faire noyer. « Plus encore que Maugis, Bayard incarne la transgression »111.

 

 

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 12:08
  • Âge d'argent

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    L'Âge d'argent selon Lucas Cranach l'Ancien.

     

     

     

     

     

    L’âge d'argent fait partie du mythe des âges de l'humanité, avec l'âge d'or, l'âge d'airain et l'âge de fer. Il suit l'âge d'or et précède l'âge d'airain et l'âge de fer.





    Sources du Mythe

     


    La description des quatre âges apparaît dans la Théogonie (littéralement naissance des dieux) et dans Les Travaux et les Jours d’Hésiode ; deux ouvrages datant environ du septième siècle avant J.-C.. Le poète romain Ovide (Publius Ovidius Naso) a repris le mythe au début des Métamorphoses.

    L'âge d'argent commença lorsque Cronos, chassé du ciel, vint chercher un refuge sur la Terre, et que Zeus lui eut succédé : on éprouva les premières vicissitudes des saisons ; il devint nécessaire de cultiver la terre et de pratiquer les arts pour satisfaire aux besoins naissants ; les hommes commencèrent à déchoir de leur première innocence et à perdre une partie de leur bonheur.

    L'âge d'argent finit lorsque Cronos n'ayant point trouvé refuge sur Terre, la quitta puis l'âge d'airain commença.

     

    Caractéristiques


    Cette époque mythique appelée également « règne de Zeus » (Chronos a été chassé du ciel) est donc le second âge de la création, les vicissitudes des saisons commencent à apparaître.

     

     

     

     

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ON EST QUAND???

Bonjour, nous sommes le

☼ Qui Cherche Trouve ☼

♫♪♪♫♪♫♪♫♪

Poussieres De Savoir ☼

POUSSEZ PAS !!!

 

 

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Depuis le 2 octobre 2008 ma paroisse a compté de fidèles :

 


Compteur Global


 

 

 

 

 

☼ Merci à vous tous ☼

 

 

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   Et aussi, bien sûr, à notre superbe équipe  !!!!!!!...

 


☼ En Alcove ☼

☼♥☼♥☼


 

 

 

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