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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 07:23
Précédé par Victor Hugo Suivi par
Népomucène Lemercier
Fauteuil 14 de l’Académie française
1841-1885
Leconte de Lisle

 

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 06:51

États-Unis d'Europe

 

 

 


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Buste de Hugo à l'Assemblée nationale avec extrait de son discours de 1849.

 

 

 

 

Victor Hugo a fréquemment défendu136 l'idée de la création des États-Unis d'Europe. Ainsi, dès 1849, au congrès de la paix, il lance :

« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. - Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France137! »

Victor Hugo conçoit une Europe axée sur le Rhin, lieu d'échanges culturels et commerciaux entre la France et Allemagne qui serait le noyau central de ces États-Unis d'Europenote 22. Il présente une Europe des peuples par opposition à l'Europe des rois, sous forme d'une confédération d'États avec des peuples unis par le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort138.

L'idée n'est pas neuve, elle fut défendue avant lui par Saint-Simon, Guizot et Auguste Comte139,138, mais Victor Hugo en fut un de ses plus ardents défenseurs à une époque où l'histoire s'y prête peu. Considéré comme visionnaire ou fou139, Victor Hugo reconnaît les obstacles qui entravent cette grande idée et précise même qu'il faudra peut-être une guerre ou une révolution pour y accéder140.

Colonisation et esclavage


 

 

 

Victor Hugo s'est peu exprimé sur la question de la colonisation de l'Algérie, qui a constitué pourtant la principale aventure coloniale de la France de son époque. Ce silence relatif ne doit pourtant pas être trop rapidement assimilé à un acquiescement de la part de l'auteur des Misérables. En effet, si Hugo a été sensible aux discours légitimant la colonisation au nom de la « civilisation141 », une analyse attentive de ses écrits — et de ses silences — montre qu'à propos de la « question algérienne » ses positions furent loin d'être dénuées d'ambiguïtés : sceptique à l'égard des vertus civilisatrices de la « pacification » militaire, il devait surtout voir dans l'Algérie colonisée le lieu où l'armée française s'est « faite tigre », et où les résistants au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte ont été déportés142.

Sur la question de l'esclavage, celui qui, dans les années 1820, montrait à travers Bug-Jargal qu'il partageait dans sa vision des peuples noirs les mêmes préjugés que ses contemporains, et qui garda un silence étonnant lors de l'abolition de l'esclavage en 1848143, devait intervenir pour demander la grâce de l'abolitionniste américain John Brown144.

Droit d'auteur

Victor Hugo fut tenant du droit d’auteur et de la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques tout en reconnaissant l'importance de l'accès de tous au savoir :

« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous145. »

Convictions religieuses

Selon Alain Decaux146, Victor Hugo, élevé par un père franc-maçon et une mère qui n'est jamais entrée dans une église, se construit une foi profonde, mais personnelle.

Victor Hugo n'a jamais été baptisé, a tenté l'expérience d'un confesseur, mais finit sa vie en refusant l'oraison des églises. Il reproche à l'Église le carcan dans laquelle celle-ci enferme la foi. Alain Decaux cite146, à ce sujet, cette phrase prononcée par Olympio : « Les dogmes et les pratiques sont des lunettes qui font voir l’étoile aux vues courtes. Moi je vois Dieu à l’œil nu ». Son anticléricalisme transparaît dans ses écrits comme Religions et religion147, La fin de Satan, Dieu, Le pape, Torquemada, ainsi que dans son adhésion à des mouvements anticléricaux148.

Victor Hugo reste cependant profondément croyant, il croit en un Dieu souffrant et compatissant149, en un Dieu force infinie créatrice de l'univers146, et à l'immortalité de l'âme. La mort de Léopoldine provoque un regain dans sa quête de spiritualité146 et lui inspire les Contemplations.

La quête spirituelle de Victor Hugo l'entraîne à explorer d'autres voies que le catholicisme. Il lit le Coran146, s'intéresse au druidisme, critique les religions orientales150 et expérimente le spiritisme. Comme Balzac et malgré les nombreuses différences entre les visions du monde et de la littérature des « deux plus grands hommes du temps »151, Hugo considère que le principe swedenborgien de correspondance unit l'esprit et la matière152.

Victor Hugo se trouve en exil sur l'île de Jersey lorsque son amie Delphine de Girardin, qui se sait condamnée, l'initie en 1853 aux tables tournantes. Cette pratique issue du spiritualisme anglo-saxon, vise à tenter d'entrer en communication avec les morts. Hugo, pour qui les poètes sont également des voyants, est ouvert à ce genre de phénomènes. Ces expériences sont consignées dans Le Livre des tables. Durant deux ans, ses proches et lui interrogent les tables, s'émeuvent à l'idée de la présence possible de Léopoldine et enregistrent des communications d'esprits très divers, dont Jésus, Caïn, Dante, Shakespeare ainsi que des entités telles la Mort, la Bouche d'Ombre, Le Drame ou la Critique. S'ébauche ainsi une nouvelle religion dépassant le christianisme et englobant la métempsycose153. Selon le docteur Jean de Mutigny, ces séances presque quotidiennes de tables tournantes révèlent une paraphrénie fantastique qui se retrouve dans les œuvres ultérieures de Victor Hugo, notamment le poème Ce que dit la bouche d'ombre des Contemplations154.

Par la suite, Victor Hugo affiche ses convictions concernant la survie de l'âme en déclarant publiquement : Ceux que nous pleurons ne sont pas les absents, ce sont les invisibles155. Lors de l'enterrement de l'écrivain, cette phrase est inscrite sur une couronne de fleurs portée par une délégation de la Société Scientifique du Spiritisme qui considérait que Victor Hugo en avait été un porte-parole156. Mais l'expérience spirite n'a été qu'un moment dans la quête par Hugo d'une vérité et ce moment a été dépassé[réf. nécessaire] par d'autres recherches[Lesquelles ?] « à la poursuite du vrai ».

Son testament, lapidaire, se lit comme une profession de foi :

Je donne cinquante mille francs aux pauvres.
Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard.
Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes.
Je crois en Dieu156.

Hugo et ses contemporains

Estimé par certains et critiqué par d'autres, Victor Hugo reste une figure de référence de son siècle157

Temps des rivaux

Admirateur de Chateaubriand à qui il dédie plusieurs odes158, il se détache peu à peu de son ancien maître qui lui reproche une littérature subversive159. Il entretient des relations d'estime et d'admiration mutuelles avec Balzac (un peu de méfiance, l'ego des grands créateurs y pourvoit), Nerval152 et Vigny160 et des relations d'amitié avec Dumas, son compagnon de romantisme, qui dureront, avec beaucoup de hauts et quelques bas, toute la vie161. La rivalité est plus exacerbée avec Lamartine, auquel Hugo ne cesse de proclamer son admiration, mais ne lui concède plus, le succès venant, de réelle prééminence artistique162 et avec Musset qui lui reproche ses artifices et son engagement politique163.

Il détient en Barbey d'Aurevilly164, Gustave Planche165, et Sainte-Beuve à partir de 1835166, des adversaires tenaces et constants, dans les frères Goncourt des lecteurs très critiques167 et en George Sand une commentatrice très perspicace168. Mais il possède en Théophile Gautier un admirateur inconditionnel169 que Victor Hugo soutiendra jusqu'à sa mort170.

Les relations sont plus conflictuelles avec les admirateurs de la première heure, que Victor Hugo déçoit parfois par la suite et qui alternent éloges et critiques : Charles Baudelaire171, Flaubert172… D'autres revendiquent leur filiation avec Victor Hugo tout en empruntant des voies qui leur sont propres, se détachant même du romantisme : Théodore de Banville173, Leconte de Lisle174, Mallarmé175, Verlaine176

L'étiquette d'auteur engagé que lui vaut son exil participe à sa notoriété, mais lui aliène l'estime de poètes comme Baudelairenote 23, et provoque sa rupture avec Vigny, fidèle à l'empereur177.

 

 

 

 

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Victor Hugo par Auguste Rodin.

Statue du commandeur

Quand il retourne en France après l'exil, il est considéré comme le grand auteur qui a traversé le siècle et comme un défenseur de la république178. Les monarchistes ne pardonnent pas facilement à celui qui a trahi son milieu et si les républicains les plus à gauche doutent de sa conversion, il devient cependant un enjeu politique, adulé par la gauche républicaine qui organise pour l'anniversaire de ses 79 ans, une grande fête populaire179. Les jeunes poètes continuent de lui envoyer leurs vers – tandis que d'autres se montrent volontiers irrévérencieux.

« Hugo : l'Homme apocalyptique,
L'Homme-Ceci-tûra-cela,
Meurt, gardenational épique ;
Il n'en reste qu'un – celui-là – »
Tristan Corbière, « Un jeune qui s'en va », Les Amours jaunes (1873)

Ce culte hugolien exaspère ses pairs. Paul Lafargue écrit en 1885 son pamphlet La légende de Victor Hugo et Zola s'exclame :

Victor Hugo est devenu une religion en littérature, une sorte de police pour le maintien du bon ordre […]. Être passé à l'état de religion nécessaire, quelle terrible fin pour le poète révolutionnaire de 1830180.

Postérité

 


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Statue par Laurent Marqueste, cour d'honneur de la Sorbonne.

Au XXe siècle


Au début du XXe siècle, Victor Hugo reste une gloire nationale et l'anniversaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations officielles181. Le milieu artistique a cependant pris un peu ses distances. Le mouvement parnassien et le mouvement symboliste, en remettant en cause l'éloquence dans la poésie, se sont posés en adversaires de l'école de Hugo182 et la mode en ce début de siècle est à une poésie moins passionnée183. La phrase d'André Gide, « Victor Hugo hélas », en réponse à la question « Quel est votre poète ? » à un questionnaire sur « les poètes et leur poète184 », montre la double attitude des poètes du XXe siècle, reconnaissant à Victor Hugo une place prééminente parmi les poètes, mais exaspérés parfois aussi par ses excès185. Charles Péguy, dans Notre patrie publié en 1905, n'est pas tendre envers le grand homme186, l'accusant d'être un « hypocrite pacifiste »187, disant de lui que « Faire des mauvais vers lui est complètement égal »188, mais plus loin s'exclamant « quels réveils imprévus, quel beau vers soudain »188 et parlant d'« entraînement formidable de l'image et du rythme »189. Saint-John Perse lui reproche d'avoir perverti le romantisme par son engagement politique190. On retrouve de son influence aussi bien chez des admirateurs comme Dostoïevski191 que chez de violents détracteurs comme Jean Cocteau192. Vers 1930, Eugène Ionesco écrit le pamphlet Hugoliade et reproche à Hugo une éloquence masquant la poésie ainsi que sa mégalomanie193.

Entre les deux guerres, c'est en sa qualité de révolutionnaire qu'il est apprécié par les gens de gauche (Romain Rolland, Alain) et exécré des réactionnaires (Charles Maurras194), c'est en sa qualité de visionnaire qu'il est apprécié des surréalistes183. Il est admiré par Aragon195, par Desnos196.

Durant la guerre, son image sert de porte-drapeau à la résistance197,183.

Au retour de la guerre, les passions s'assagissent, on découvre l'homme. François Mauriac déclare, en 1952 : « Il commence à peine à être connu. Le voilà au seuil de sa vraie gloire. Son purgatoire est fini198. » Henri Guillemin publie une biographie très nuancée de l'écrivain183. Jean Vilar popularise son théâtre. Victor Hugo est désormais adapté au cinéma, au théâtre et pour la jeunesse. Le centenaire de sa mort est fêté en grande pompe199.

Adaptations

Les œuvres d'Hugo ont donné lieu à d'innombrables adaptations200 au cinéma, à la télévision ou au théâtre. Le héros hugolien le plus interprété demeure Jean Valjean, incarné, en France, par Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura ou Gérard Depardieu.

Cinéma

Près d'une centaine d'adaptations au total dont plus d'une quarantaine pour Les Misérables, suivi de près par Notre-Dame de Paris. On peut y voir le caractère universel de l'œuvre d'Hugo, car les cinémas les plus divers s'en sont emparés : américain (1915, Don Caesar de Bazan, tiré de Ruy Blas) ; The Man Who Laughs (1928, adaptation de L'Homme qui rit); anglais, indien (Badshah Dampati, en 1953, adaptation de Notre-Dame de Paris) ; japonais (en 1950 Re Mizeraburu : Kami To Akuma : adaptation dans un cadre japonais, sous l'ère Meiji) ; égyptien (ex :1978, Al Bo'asa adaptation des Misérables) ; italien (1966, L'Uomo che ride, adaptation de L'Homme qui rit), etc.

L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut est un des rares films biographiques qui évoque indirectement l'exil de Victor Hugo (qui n'apparaît pas dans le film) à travers le destin de sa fille Adèle Hugo. L'écrivain apparaît dans le film de Sacha Guitry Si Paris nous était conté interprété par Émile Drain.

Télévision

Un nombre important d'adaptations d'œuvres de Victor Hugo a été réalisé pour la télévision. Pour la télévision française Jean Kerchbron réalisa les adaptations de Marion de Lorme, Torquemada et L'Homme qui rit, en 2000 Josée Dayan fit une adaptation des Misérables avec Gérard Depardieu, Christian Clavier et John Malkovich.

Opéra

Une centaine d'opéras ont été inspirés par l'œuvre de Victor Hugo. Signalons, entre autres, parmi les plus connus :

Sur ces opéras et d'autres, on se reportera au numéro hors série de L'Avant-scène opéra, Hugo à l'opéra, dirigé par Arnaud Laster, spécialiste des rapports de Victor Hugo avec la musique et des mises en musique de ses œuvres201.

Contrairement à ce que l'on a souvent prétendu, Victor Hugo n'était pas hostile à la mise en musique de ses poèmes ni aux opéras inspirés par ses œuvres sauf quand on ne signalait pas qu'il était l'auteur de l'œuvre adaptéenote 24,note 25. Néanmoins, lors des premières représentations d'Ernani, Hugo insista pour que le titre et le nom des personnages soient changés202.

Son ami Franz Liszt composa plusieurs pièces symphoniques inspirées de ses poèmes : Ce qu'on entend sur la montagne, tiré des Feuilles d'automne, et Mazeppa, tiré des Orientales.

Mélodies

De nombreux compositeurs ont mis en musique des poèmes de Victor Hugo : Gounod (Sérénade), Bizet (Guitare ; Les Adieux de l'hôtesse arabe), Lalo (Guitare), Delibes (Églogue), Jules Massenet (Soleils couchants), Franck (S'il est un charmant gazon), Fauré (Le Papillon et la Fleur ; L'Absent ; Puisqu'ici bas), Wagner (L'Attente), Liszt (Ô quand je dors ; Comment, disaient-ils), Saint-Saëns (Soirée en mer ; La Fiancée du timbalier), Maude Valerie White (Chantez, chantez, jeune inspirée), Reynaldo Hahn (Si mes vers avaient des ailes ; Rêverie)203,204.

  • Thierry Escaich : Guernesey, cycles de trois mélodies pour ténor et piano d'après Victor Hugo, et Djinns, dans Les Nuits hallucinées pour mezzo-soprano et orchestre

 

 

Comédies musicales


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Les Misérables à Broadway (Imperial Theater, New York, février 2003).

Films d'animation

Plusieurs succès, dont les plus célèbres :

Chansons

Plusieurs chanteurs ont repris des poèmes de Victor Hugo. Citons :

Liste des œuvres

Note : l'année indiquée est la date de la première parution

Théâtre

 

 

 

Romans

 

 


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Luc-Olivier Merson (1846-1920), illustration pour Notre-Dame de Paris, 1881.

Poésies

Recueils posthumes :

Choix de poèmes parmi les manuscrits de Victor Hugo, effectués par Paul Maurice :

Autres textes

Œuvres posthumes

Article détaillé : Œuvres posthumes de Victor Hugo.

Bibliographie

Œuvres complètes, éditions de référence

  • 1880-1892 : Édition Hetzel – Quantin, dite « ne varietur ». Œuvres complètes de Victor Hugo. Édition définitive d'après les manuscrits originaux. – J. Hetzel et Cie ; A. Quantin, 1880-1889. – 48 vol. in--8 °. I. Poésie (16 vol.) – II. Philosophie (2 vol.) – III. Histoire (3 vol.) – IV. Voyages (2 vol.) – V. Drame (5 vol.) – VI. Roman (14 vol.) – VII. Actes et paroles (4 vol.) – VIII Œuvres diverses (2 vol.)
  • 18??-1880 : Éditions Rouff. L'Œuvre de Victor Hugo. Édition populaire, 227 vol. in-32.
  • 1904-1952 : Éditions Ollendorff et Albin Michel, dite « de l'Imprimerie nationale » Œuvres complètes de Victor Hugo, P. Ollendorff ; Albin Michel ; Imprimerie Nationale, 1902-1952, 45 vol. – Portraits, planches en noir et en couleurs, fig. fac-similés, couvertures imprimées. Éditeurs intellectuels successifs : Paul Meurice (1904-1905), Gustave Simon (1905-1928) et Cécile Daubray (1933-1952). Édition critique, avec pour la première fois la Correspondance de Victor Hugo ainsi que de nombreux textes inédits.
  • 1967-1970 : Édition chronologique Massin, au Club Français du livre Œuvres complètes de Victor Hugo : édition chronologique publiée sous la direction de J. Massin. Club Français du Livre, 1967-1970, 18 vol.
  • 1985 : Collection « Bouquins » aux éditions Robert Laffont. Textes proches de l'édition Massin, et revus pour le centenaire de la mort de Hugo. Œuvres complètes de Victor Hugo dirigée par Jacques Seebacher et Guy Rosa ; en collaboration avec le Groupe inter-universitaire de travail sur Victor Hugo-Paris VII, Robert Laffont, 15 vol.

Sur l'homme

  • Adèle Hugo208, Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Paris, Bruxelles, Leipzig, Librairie Internationale A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, éditeurs, 2 t. in-8°, 1863note 26.
  • Augustin Cabanès, Victor Hugo mégalomane et spirite, dans Grands névropathes, tome 2, Albin Michel, 1931 [lire en ligne].
  • Alain Decaux, Victor Hugo, Éditions Perrin, 2001.
  • Juliette Drouet, Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo (choisies, préfacées et annotées par Paul Souchon), Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1951.
  • Max Gallo, Victor Hugo, XO éditions, 2001, 2 tomes.
  • Danièle Gasiglia-Laster, Victor Hugo « Sa vie, son œuvre », Frédéric Birr, coll., 1984.
  • Danièle Gasiglia-Laster, , Victor Hugo, celui qui pense à autre chose, coll. « Petites biographies », Portaparole, Rome, 2006.
  • Henri Guillemin, Victor Hugo par lui-même, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", Paris, Le Seuil, 1951.
  • Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Avant l'exil : 1802-1851, Fayard, 2001.
  • Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Pendant l'exil : 1851-1864, Fayard, 2008.
  • Paul Lafargue, « La Légende de Victor Hugo de 1817 à 1873 », dans Revue socialiste, 1885 [lire en ligne].
    Pamphlet virulent, écrit par un ancien communard, et à contre-courant, accusant l'écrivain de n'être qu'un bourgeois opportuniste.
  • Arnaud Laster , Pleins feux sur Victor Hugo, Comédie-Française, 1981 ;
  • Arnaud Laster , Victor Hugo, éditions Belfond, 1984.
  • Frédéric Lenormand, Les Fous de Guernesey ou les amateurs de littérature, Robert-Laffont, 1991, sur l'exil à Saint-Pierre-Port.
  • Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo, E. Dentu, 1885.
  • André Maurois, Olympio ou la Vie de Victor Hugo, Hachette, 1985.
  • Annette Rosa, Victor Hugo, l'éclat d'un siècle, éditions Messidor, 1985 [lire en ligne].
  • Jacques Seray, Richard Lesclide, du « Vélocipède illustré » à « La Table de Victor Hugo », Vélizy, Seray, 2009.
  • Marieke Stein, « Victor Hugo vient de mourir. Les Funérailles du siècle », dans Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste, 2008, (ISBN 9782913366206).

Sur son œuvre

  • Corinne Charles, Victor Hugo, visions d'intérieur : du meuble au décor, Paris, éditions Paris-Musées, 2003 (ISBN 2-87900-768-2).
  • Christian Chelebourg, Victor Hugo, le châtiment et l'amour - Sens de l'exil, Lettres Modernes Minard, « Archives des Lettres Modernes », 2010.
  • Henri Meschonnic, Écrire Hugo, 2 tomes, Gallimard, 1977.
  • Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon, étude sur le théâtre de Hugo de 1830 à 1839, Librairie José Corti, 1974.

Sur son action politique

- Allemand -
  • Martin Feller, Der Dichter in der Politik. Victor Hugo und der deutsch-französische Krieg von 1870/71. Untersuchungen zum französischen Deutschlandbild und zu Hugos Rezeption in Deutschland., Thèse Marburg, 1988.
- Français -
  • Jean-François Kahn, Victor Hugo, un révolutionnaire, Paris, Fayard, 2001, 960 p.(ISBN 9782213610962).
  • Henri Meschonnic, Hugo, la poésie contre le maintien de l’ordre, Paris, Maisonneuve & Larose, 2002.
  • Jérôme Picon et Isabel Violante, Victor Hugo contre la peine de mort, avant-propos de Robert Badinter, Paris, éditions Textuel, 2001.
  • Frank Wilhelm, Victor Hugo et l'Idée des États-Unis d'Europe, Luxembourg, éd. par les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden, 2000.

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 06:47

Une œuvre monumentale

 

 


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Signature.

 

 

 

 

 

L'ensemble des écrits de Victor Hugo (triés et organisés par ses exécuteurs testamentaires Paul Meurice et Auguste Vacquerie69) a été publié chez Jean-Jacques Pauvert et représente presque quarante millions de caractères réunis en 53 vol.

« L'ensemble de mon œuvre fera un jour un tout indivisible […] Un livre multiple résumant un siècle, voilà ce que je laisserai derrière moi70 »

Victor Hugo a pratiqué tous les genres : roman, poésie, théâtre, essai, etc. – avec une passion du Verbe, un sens de l'épique et une imagination féconde71. Écrivain et homme politique, Victor Hugo n'a jamais cherché à opérer une distinction entre son activité d'écrivain et son engagement72. Ainsi mélange-t-il intimement, dans ses œuvres de fiction, développement romanesque et réflexion politique73.

Romancier

Romancier inclassable

Hugo a laissé neuf romans. Le premier, Bug-Jargal a été écrit à seize ans ; le dernier, Quatrevingt-treize, à soixante-douze. L'œuvre romanesque a traversé tous les âges de l'écrivain, toutes les modes et tous les courants littéraires de son temps, sans jamais se confondre totalement avec aucun ; en effet, allant au-delà de la parodie, Hugo utilise les techniques du roman populaire en les amplifiant et subvertit les genres en les dépassant74 : si Han d'Islande, en 1823, Bug-Jargal, publié en 1826, ou Notre-Dame de Paris, en 1831, ressemblent aux romans historiques en vogue au début du XIXe siècle ils en dépassent le cadre ; Hugo n'est pas Walter Scott et, chez lui, le roman se développe vers l'épopée et le grandiosenote 10.

 

 

 

 

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Cosette, illustration pour Les Misérables par Émile Bayard.

 

 

 

 

 

Le Dernier Jour d'un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834 engagent une réflexion directement sociale, mais ils ne sont pas plus aisés à définir75. Pour Hugo lui-même, il faut distinguer «romans de faits et romans d'analyse». Ces deux derniers sont des romans à la fois historiques et sociaux, mais sont surtout des romans engagés dans un combat – l'abolition de la peine de mort – qui dépasse de loin le cadre de la fiction. On peut en dire autant des Misérables, qui paraît en 1862, en pleine période réaliste, mais qui lui emprunte peu de caractéristiques76. Ce succès populaire phénoménal embarrasse d'ailleurs la critique, car il louvoie constamment entre mélodrame populaire, tableau réaliste et essai didactique77.

De la même façon, dans Les Travailleurs de la mer (1866) et dans L'Homme qui rit (1869), Hugo se rapproche davantage de l'esthétique romantique du début du siècle, avec ses personnages difformes, ses monstres et sa Nature effrayante78.

Enfin, en 1874, Quatrevingt-treize signe la concrétisation romanesque d'un vieux thème hugolien : le rôle fondateur de la Révolution française dans la conscience littéraire, politique, sociale et morale du XIXe siècle. Il mêle alors la fiction et l'histoire, sans que l'écriture ne marque de frontière entre les narrations79.

Œuvre de combat

Le roman hugolien n'est pas un « divertissement » : pour lui l'art doit en même temps instruire et plairenote 11 et le roman est presque toujours au service du débat d'idées. Cette constante traverse les romans abolitionnistes de sa jeunesse, elle se poursuit, dans sa maturité, au travers de ses nombreuses digressions sur la misère matérielle et morale dans Les Misérablesnote 12.

Poète ou romancier, Hugo demeure le dramaturge de la fatalité80 et ses héros sont, comme les héros de tragédie, aux prises avec les contraintes extérieures et une implacable fatalité ; tantôt imputable à la société (Jean Valjean ; Claude Gueux ; le héros du Dernier jour d'un condamné), tantôt à l'Histoire (Quatrevingt-treize) ou bien à leur naissance (Quasimodo). Le goût de l'épopée, des hommes aux prises avec les forces de la Nature, de la Société, de la fatalité, n'a jamais quitté Hugo81 ; l'écrivain a toujours trouvé son public, sans jamais céder aux caprices de la mode, et personne ne s'étonne qu'il ait pu devenir un classique de son vivant82.

Dramaturge

Projet ambitieux

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Hugo, croqué par Mérimée.

 

 

 

 

 

Le théâtre de Victor Hugo se situe dans un renouveau du genre théâtral initié par Madame de Staël, Benjamin Constant, François Guizot, Stendhal83 et Chateaubriand. Dans sa pièce Cromwell qu'il sait être injouable à son époque83(pièce de 6 414 vers et aux innombrables personnages), il donne libre cours à son idée du nouveau théâtre. Il publie conjointement une préface destinée à défendre sa pièce et où il expose ses idées sur le drame romantique : un théâtre « tout-en-un83 », à la fois drame historique, comédie, mélodrame et tragédie. Il se revendique dans la lignée de Shakespeare83, jetant un pont entre Molière et Corneille84. Il y expose sa théorie du grotesque qui se décline sous plusieurs formes85 : du ridicule au fantastique en passant par le monstrueux ou l'horrible. Victor Hugo écrit « Le beau n'a qu'un type, le laid en a mille »86. Anne Ubersfeld parle à ce sujet de l'aspect carnavalesque du théâtre hugolien87 et de l'abandon de l'idéal du beau83. Selon Victor Hugo, le grotesque doit côtoyer le sublime, car ce sont les deux aspects de la vie88.

Lors de la création de ses autres pièces, Victor Hugo est prêt à de nombreuses concessions89 pour apprivoiser le public et le mener vers son idée du théâtrenote 13. Pour lui, le romantisme est le libéralisme en littérature90. Ses dernières pièces, écrites durant l'exil et jamais jouées de son vivant, sont d'ailleurs réunies dans un recueil au nom évocateur Théâtre en liberté. Le théâtre doit s'adresser à tous : l'amateur de passion, celui de l'action ou celui de la morale84,note 14. Le théâtre a ainsi pour mission d'instruire, d'offrir une tribune pour le débat d'idées et de présenter « les plaies de l'humanité avec une idée consolante91 ».

Victor Hugo choisit de situer ses pièces principalement dans le XVIe et XVIIe siècles, se documente beaucoup avant de commencer à écrire92, présente souvent une pièce à trois pôles : le maître, la femme, le laid93 où se confrontent et se mélangent deux mondes : celui du pouvoir et celui des serviteursnote 15, où les rôles s'inversent (Ruy Blas, serviteur, joue le rôle d'un grand d'Espagne), où le héros se révèle faible et où le monstre a une facette attachantenote 16.

Victor Hugo reste attaché à l'alexandrin auquel il donne cependant, quand il le souhaite, une forme plus libre94 et rares sont ses pièces en prose (Lucrèce Borgia, Marie Tudor).

 

 

Accueil mitigé

 


Article détaillé : Bataille d'Hernani.

 

 

 

 

Victor Hugo, s'il possède d'ardents défenseurs de son théâtre comme Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Hector Berlioz, Petrus Borel, etc.95, a aussi rencontré de nombreuses difficultés dans la présentation de ses pièces.

La première est une opposition politique. Sa remise en question des représentants du pouvoir ne plaît pas, Marion de Lorme est interdite, le Roi s'amuse l'est aussi après sa première représentation, Les Ultras attaquent Ruy Blas96.

La seconde est la contrainte économique : il n'existe sur Paris que deux théâtres susceptibles de représenter le drame, le Théâtre-Français et le théâtre de la Porte-Saint-Martin. Ces deux théâtres subventionnés ne roulent pas sur l'or et sont tributaires des subsides de l'État. Leurs directeurs hésitent à prendre des risques30. Victor Hugo se plaindra du manque de liberté qu'ils offrent97. C'est une des raisons qui lui font entreprendre l'aventure du théâtre de la Renaissance.

La troisième et la plus importante est une opposition du milieu artistique lui-même. Les artistes et les critiques de son époque sont pour beaucoup hostiles à la transgression des codes culturels que représente le théâtre de Victor Hugo. Ils approuvent les grandes pensées qui élèvent l'âme, mais s'insurgent contre tout ce qui relève du grotesque, du vulgaire, du populaire ou du trivial98. Ils ne supportent pas tout ce qui est excessif, lui reprochent son matérialisme et son absence de morale99. Ils critiquent vigoureusement chaque pièce présentée et sont souvent à l'origine de leur arrêt prématuré. Le Roi s'amuse ne fut représenté qu'une seule foisnote 17, Hernani, pourtant forte de cinquante représentations à succès ne fut pas reprise en 1833, Marie Tudor n'est joué que 42 fois100, Les Burgraves sont un échec. Ruy Blas est un succès financier, mais est boudé par la critique101. Seule Lucrèce Borgia peut être considérée comme un plein succès.

Devenir

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Victor Hugo, assis sur les conventions (l'Académie française et le Théâtre français).

 

 

 

 

 

Florence Naugrette fait remarquer que le théâtre de Victor Hugo a été peu joué dans la première moitié du  

XXe siècle102,103. Il est remis au goût du jour par Jean Vilar en 1954 qui monte successivement Ruy Blas et Marie Tudor. D'autres metteurs en scène suivent qui font revivre Lucrèce Borgia (Bernard Jenny), Les Burgraves et Hernani (Antoine Vitez), Marie Tudor (Daniel Mesguich), les pièces du Théâtre en liberté (L'Intervention, Mangeront-ils?, Mille Francs de récompense…) sont montées dans les années 1960 et continuent à l'être. On peut lire aujourd'hui l'ensemble de ce Théâtre en liberté dans l'édition qu'en a procurée Arnaud Laster104. Florence Naugrette souligne aussi les difficultés d'interprétation du théâtre hugolien, comment n'être ni grandiloquent, ni prosaïque, mais sans fausse pudeur, comment présenter le grotesque sans glisser vers la caricature et comment gérer l'immensité de l'espace scénique et rappelle le conseil de Jean Vilar : « jouer sans pudeur en faisant confiance au texte de Victor Hugo ».

Poète

Vers de jeunesse

À vingt ans, Hugo publie les Odes, recueil qui laisse déjà entrevoir, chez le jeune écrivain, les thèmes hugoliens récurrents : le monde contemporain, l'Histoire, la religion et le rôle du poète, notamment. Par la suite, il se fait de moins en moins classique, de plus en plus romantique, et Hugo séduit le jeune lecteur de son temps au fil des éditions successives des Odes (quatre éditions entre 1822 et 1828).

En 1828, Hugo réunit sous le titre Odes et Ballades toute sa production poétique antérieure. Fresques historiques, évocation de l'enfance ; la forme est encore convenue, sans doute, mais le jeune romantique prend déjà des libertés avec le mètre et la tradition poétique. Cet ensemble permet en outre de percevoir les prémices d'une évolution qui durera toute sa vie : le chrétien convaincu s'y montre peu à peu plus tolérant, son monarchisme qui se fait moins rigide et accorde une place importante à la toute récente épopée napoléonienne ; de plus, loin d'esquiver son double héritage paternel (napoléonien) et maternel (royaliste), le poète s'y confronte, et s'applique à mettre en scène les contraires (ce que l'on appelle l'antithèse hugolienne) pour mieux les dépasser :

« Les siècles, tour à tour, ces gigantesques frères,
Différents par leur sort, semblables en leurs vœux,
Trouvent un but pareil par des routes contraires105. »

Puis Hugo s'éloigne dans son œuvre des préoccupations politiques immédiates auxquelles il préfère – un temps – l'art pour l'art. Il se lance dans Les Orientales (l'Orient est un thème en vogue) en 1829, (l'année du Dernier jour d'un condamné).

Le succès est important, sa renommée de poète romantique assurée et surtout, son style s'affirme nettement tandis qu'il met en scène la guerre d'indépendance de la Grèce (le choix de présenter l'exemple de ces peuples qui se débarrassent de leurs rois n'est pas innocent dans le contexte politique français) qui inspira également Lord Byron ou Delacroix.

Première maturité

Dès les Feuilles d'automne (1832), les Chants du crépuscule (1835) Les Voix intérieures (1837), jusqu'au recueil les Rayons et les Ombres (1840), se dessinent les thèmes majeurs d'une poésie encore lyrique – le poète est une « âme aux mille voix » qui s'adresse à la femme, à Dieu, aux amis, à la Nature et enfin (avec les Chants du crépuscule) aux puissants qui sont comptables des injustices de ce monde.

Ces poésies touchent le public parce qu'elles abordent avec une apparente simplicité des thèmes familiers ; pourtant, Hugo ne peut résister à son goût pour l'épique et le grand. Ainsi, on peut lire, dès le début des Feuilles d'automne, les vers :

« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte »

Créativité et puissance littéraire

À partir de l'exil commence une période de création littéraire qui est considérée comme la plus riche, la plus originale et la plus puissante de l'œuvre de Victor Hugo. C'est alors que naîtront certains de ses plus grands poèmesnote 18.

Les Châtiments sont des vers de combat qui ont pour mission, en 1853, de rendre public le « crime » du « misérable » Napoléon III : le coup d'État du 2 décembre. Prophète des malheurs qui attendent Napoléon III, exécuteur du neveu honni, Hugo s'y fait cruel, satirique, voire grossier (« pourceau dans le cloaque106 ») pour châtier « le criminel107 ». Mais Hugo se fait aussi poète de temps meilleurs comme dans Stella ; le poète prend alors des tons quasiment religieux. Quant à la forme des Châtiments, elle est d'une extrême richesse puisque Hugo recourt aussi bien à la fable, qu'à l'épopée, à la chanson ou à l'élégie, etc.

Quelques années plus tard, Hugo déclare, à propos des Contemplations qui paraissent en 1856 : « Qu'est-ce que les Contemplations ? – Les mémoires d'une âme108 ». Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort (cf. Pauca Meae) de la fille adorée : exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Le poète, tout comme dans les Châtiments, se fait même prophète, voix de l'au-delà, voyant des secrets de la vie après la mort et qui tente de percer les secrets des desseins divins. Mais, dans le même temps, les Contemplations, au lyrisme amoureux et sensuel, contient certains des plus célèbres poèmes inspirés par Juliette Drouet. Les Contemplations : œuvre multiforme donc comme il convient aux « mémoires d'une âmenote 19 ».

Enfin, la Légende des siècles, son chef-d'œuvre, synthétise l'histoire du monde en une grande épopée parue en 1859 ; « L'homme montant des ténèbres à l'Idéal109,110 », c'est-à-dire la lente et douloureuse ascension de l'humanité vers le Progrès et la Lumière111.

Place à part dans son siècle

Tantôt lyrique, tantôt épique, Hugo est présent sur tous les fronts et dans tous les genres: il a profondément ému ses contemporains, exaspéré les puissants et inspiré les plus grands poètes.

Ainsi que le rappelle Simone de Beauvoir : Son 79e anniversaire fut célébré comme une fête nationale : 600 000 personnes défilèrent sous ses fenêtres, on lui avait dressé un arc de triomphe. L'avenue d'Eylau fut peu après baptisée avenue Victor-Hugo et il y eut un nouveau défilé en son honneur le 14 juillet. Même la bourgeoisie s'était ralliée, […]112.

 

 

 

 

 

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Portrait sur la Colonne Victor Hugo113 à Waterloo, (Belgique).

Le témoin voyageur

Article détaillé : Victor Hugo en voyage.

 

 

 

Victor Hugo a beaucoup voyagé jusqu'en 1871. De ses voyages, il rapporte des carnets de dessins et des notes114,115. On peut ainsi citer le récit d'un voyage fait à Genève et dans les Alpes avec Charles Nodier116. Il part aussi chaque année pour un voyage d'un mois avec Juliette Drouet découvrir une région de France ou d'Europe et en revient avec notes et dessins54. De trois voyages sur le Rhin (1838, 1839, 1840), il rapporte un recueil de lettres, notes et dessins publié en 1842 et complété en 1845117. Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). De retour à Paris en 1871, il cesse de voyager114.

Dessinateur

Aux nombreux talents de l'écrivain, il faut ajouter le dessin. L'artiste n'a certes pas éclipsé le poète, mais on continue néanmoins de redécouvrir le travail pictural de Victor Hugo – auquel on a consacré de nombreuses et prestigieuses expositions au cours des vingt dernières années (lors du centenaire de sa mort, en 1985, « Soleil d'Encre » au Petit Palais et « Dessins de Victor Hugo » place des Vosges dans la maison qu'il habita sous la Monarchie de Juillet ; mais aussi, plus récemment, à New York, Venise, Bruxelles, ou Madrid).

En bon autodidacte, Hugo n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus rustiques ou expérimentales : il mélange à l'encre le café noir, le charbon, la suie de cheminée, peignant du bout de l'allumette ou au moyen des barbes d'une plume.

Ses œuvres sont, en général, de petite taille et il s'en sert tantôt pour illustrer ses écrits (Les Travailleurs de la mer), tantôt pour les envoyer à ses amis pour le jour de l'an ou à d'autres occasions. Cet art, qu'il pratiquera toute sa vie, le divertit.

Au début, ses travaux sont de facture plutôt réaliste ; mais avec l'exil et la confrontation mystique du poète avec la mer, ils acquerront une dimension presque fantastiquenote 20,118.

Cette facette du talent d'Hugo n'échappera pas à ses contemporains et lui vaudra les louanges de, notamment, Charles Baudelaire : « Je n'ai pas trouvé chez les exposants du Salon la magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo comme le mystère dans le ciel. Je parle de ses dessins à l'encre de Chine, car il est trop évident qu'en poésie, notre poète est le roi des paysagistes119».

Un certain nombre des dessins de Victor Hugo ont été gravés et publiés de son vivant, en particulier Dessins de Victor Hugo en 1863, préfacé par Théophile Gautier, et en tant qu'illustrations de ses œuvres littéraires (Les Travailleurs de la mer et Le Rhin)120.

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Victor Hugo lisant devant un mur de pierre, par Auguste Vacquerie 1853 (?)

Victor Hugo et la photographie

Pendant l'exil à Jersey, Victor Hugo s'intéresse au médium de la photographie. Il collabore avec ses fils François-Victor et surtout Charles, ainsi qu'avec Auguste Vacquerie. Hugo leur délègue la partie technique, mais c'est lui qui met en scène les prises de vues. Ils produisent d'abord des daguerréotypes, puis des photographies d'après négatifs sur papier, portraiturant essentiellement le poète ou son entourage familial et amical. Ils prennent aussi des vues de Jersey, de Marine Terrace et de quelques dessins de Hugo.

Ces images (environ 350 œuvres), qui avaient valeur de souvenir ou de communication médiatique, furent diffusées dans le cercle des intimes ou au-delà, rassemblées en albums, insérées dans certains exemplaires des éditions originales de l'écrivain, mais n'ont jamais connues la diffusion commerciale d'abord envisagée par Victor Hugo121.

Sa pensée politique

À partir de 1849, Victor Hugo consacre un tiers de son œuvre à la politique, un tiers à la religion et le dernier à la philosophie humaine et sociale. La pensée de Victor Hugo est complexe et parfois déroutante. Il refuse toute condamnation des personnes et tout manichéisme, mais n'en est pas moins sévère pour la société de son temps. Au fur et à mesure, sa pensée politique va évoluer, quitter le conservatisme et se rapprocher du réformismenote 21,122.

Politique intérieure

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Les représentants représentés, caricature de Victor Hugo par Daumier, 1849, après l'élection de l'écrivain à l'Assemblée constituante.

 

 

 

 

 

Dans sa jeunesse, Victor Hugo est proche du parti conservateur. Pendant la restauration, il soutient Charles X. En cela, il s'inscrit dans la ligne politique de Chateaubriand.

Lors de la Révolution française de 1848, Victor Hugo, pair de France, prend d'abord la défense de la monarchie (le président du Conseil Odilon Barrot, le charge de défendre l'idée d'une régence de la Duchesse d'Orléans). Une fois la république proclamée, Lamartine lui propose un poste de ministre (Instruction publique) dans le gouvernement provisoire de 1848, mais il refuse. Lors des élections d'avril 1848, bien que non-candidat, il obtient près de 55 500 voix à Paris, mais n'est pas élu. Par contre, aux élections complémentaires du 24 mai, il est élu à Paris avec près de 87 000 voix. Il siège avec la droite conservatrice. Pendant les Journées de Juin 1848, il mène des groupes de forces gouvernementales à l'assaut des barricades dans la rue Saint-Louis. Il vote la loi du 9 août 1848, qui suspend certains journaux républicains en vertu de l'état de siège. Ses fils fondent le journal l’Événement qui mène une campagne contre le président du conseil, le républicain Cavaignac, et soutiendra la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à l'élection présidentielle de 1848. Étant contre le principe de l'Assemblée législative unique, il ne vote pas la Constitution de 1848. Au début de la présidence de Louis Napoléon Bonaparte, il fréquente le nouveau président. En mai 1849, il est élu à l'Assemblée législative. C'est à l'été 1849, que progressivement, il se détourne de la majorité conservatrice de l'Assemblée législative dont il désapprouve la politique réactionnaire. En janvier 1850, Victor Hugo combat la loi Falloux réorganisant l'enseignement en faveur de l'Église catholique romaine ; en mai, il combat la loi qui restreint le suffrage universel et, en juillet, il intervient contre la loi Rouher qui limite la liberté de la presse123. En juillet 1851, il prend position contre la loi qui propose la révision de la Constitution afin de permettre la réélection de Louis-Napoléon Bonaparte. En juin 1851, au palais de Justice de Paris, il défend son fils qui est poursuivi pour avoir publié un article contre la peine de mort dans son journal, L'Évènement124. Au soir du coup d'État du 2 décembre 1851, avec une soixantaine de représentants, il rédige un appel à la résistance armée125. Poursuivi, il parvient à passer en Belgique le 14 décembre. C'est le début d'un long exil.

Dès lors réformiste, il souhaite changer la société. S'il justifie l'enrichissement, il dénonce violemment le système d'inégalité sociale. Il est contre les riches capitalisant leurs gains sans les réinjecter dans la production : l'élite bourgeoise ne le lui pardonnera pas[réf. nécessaire]. De même, il s'oppose à la violence si celle-ci s'exerce contre un pouvoir démocratique, mais il la justifie (conformément d'ailleurs à la déclaration des droits de l'homme) contre un pouvoir illégitime. C'est ainsi qu'en 1851, il lance un appel aux armes126 – « Charger son fusil et se tenir prêt » – qui n'est pas entendu. Il maintient cette position jusqu'en 1870. Quand éclate la guerre franco-allemande, Hugo la condamne : il s'agit pour lui d'une guerre de « caprice127 » et non de liberté. Puis, l'Empire est renversé et la guerre continue, contre la République ; le plaidoyer de Hugo en faveur de la fraternisation reste sans réponse. Alors, le 17 septembre, le patriote prend le pas sur le pacifiste : il publie cette fois un appel à la levée en masse et à la résistance. Les élections du 8 février 1871 portent au pouvoir les monarchistes partisans de la paix avec Bismarck. Le peuple de Paris, quant à lui, refuse la défaite et la Commune commence le 18 mars ; on s'arrache les Châtiments.

Commune

En accord avec lui-même, Hugo ne pouvait être Communard :

Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J'accepte donc les grandes nécessités, à une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d'une société égalitaire ne saurait découler que d'une recomposition de la société libérale elle-même128.

Depuis Bruxelles où il était allé s'installer, il renvoie dos à dos la Commune et le gouvernement d'Adolphe Thiers. Il écrit ainsi le 9 avril 1871 :

Bref, cette Commune est aussi idiote que l’Assemblée est féroce. Des deux côtés, folie. Mais la France et la République s’en tireront.129

Devant la répression qui s'abat sur les communards, le poète dit son dégoût et prend la défense des Communards :

Des bandits ont tué soixante-quatre otages. On réplique en tuant six mille prisonniers130 !

Victor Hugo défend ainsi la demande de grâce de Louis-Nathaniel Rossel, le seul officier supérieur rallié à la Commune où il est ministre délégué à Guerre qui sera finalement exécuté le 28 novembre. Le 22 mai 1876, Victor Hugo demande au Sénat de voter l’amnistie des Communards survivants131.

Combats sociaux

Victor Hugo a pris des positions sociales très tranchées, et très en avance sur son époque. Son chef-d'œuvre, Les Misérables est un hymne à la misère et aux plus démunis.

Question sociale

Dénonçant jusqu'à la fin la ségrégation sociale, Hugo déclare lors de la dernière réunion publique qu'il préside : « La question sociale reste. Elle est terrible, mais elle est simple, c'est la question de ceux qui ont et de ceux qui n'ont pas ! ». Il s'agissait précisément de récolter des fonds pour permettre à 126 délégués ouvriers de se rendre au premier Congrès socialiste de France, à Marseille.

Peine de mort

Hugo est un farouche abolitionniste. Dans son enfance, il a assisté à des exécutions capitales et toute sa vie, il luttera contre. Le Dernier Jour d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834), deux romans de jeunesse, soulignent à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Mais la littérature ne suffit pas, Hugo le sait. Chambre des Pairs, Assemblée, Sénat : Victor Hugo saisira toutes les tribunes pour défendre l'abolition comme dans son discours du 15 septembre 1848.

« [...] Messieurs, il y a trois choses qui sont à Dieu et qui n'appartiennent pas à l'homme : l'irrévocable, l'irréparable, l'indissoluble. Malheur à l'homme s'il les introduit dans ses lois. Tôt ou tard elles font plier la société sous leurs poids, elles dérangent l'équilibre nécessaire des lois et des mœurs, elles ôtent à la justice humaine ses proportions ; et alors il arrive ceci, réfléchissez-y, messieurs, que la loi épouvante la conscience [...] »

— Discours de Victor Hugo devant l'Assemblée constituante, 15 septembre 1848.

 

 


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Victor Hugo (vers 1875).

Discours

Victor Hugo a prononcé pendant sa carrière politique plusieurs grands discours ; la plupart d'entre eux sont regroupés dans Actes et paroles :

 

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 06:43

Victor Hugo


 

 

 

 

Victor Hugo
Fonctions
Sénateur de la Seine1
30 janvier 187622 mai 1885
Élection 30 janvier 1876
Réélection 8 janvier 1882
Groupe politique Extrême gauche
Député de la Seine2
8 février 18711er mars 1871
Élection 8 février 1871
Groupe politique Extrême gauche
4 juin 18482 décembre 1851
Élection 4 juin 1848
Réélection 13 mai 1849
Groupe politique Droite
Biographie
Date de naissance 26 février 1802
Lieu de naissance Besançon
Date de décès 22 mai 1885
Nationalité Française
Profession Écrivain

 

 

 

 

 

 

 

Victor Hugo Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l’Histoire du XIXe siècle.

Victor Hugo occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au XIXe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété3,4. Il est poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).

Il est également un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire avec par exemple Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862). Au théâtre, il expose sa théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 18275 et l’illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838.

Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), et une correspondance abondante.

Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre ; il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a été aussi contesté par certains auteurs modernes6. Il a aussi permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position qui le condamneront à l’exil pendant les vingt ans du Second Empire.

Ses choix, à la fois moraux et politiques7, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique que la Troisième République a honoré à sa mort le 22 mai 1885 par des funérailles nationales8 qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris, le 31 mai 1885.

 

 

 

Biographie

Enfance et jeunesse

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Maison natale de Victor Hugo à Besançon.

 

 

 

 

 

Victor, Marie Hugo9 est le fils du général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773‑1828), créé comte, selon la tradition familiale, par Joseph Bonaparte, roi d'Espagne et en garnison dans le Doubs au moment de la naissance de son fils, et de Sophie Trébuchet (1772‑1821), jeune femme issue de la bourgeoisie nantaise (voir maison natale de Victor Hugo). Benjamin d'une famille de trois enfants après Abel Joseph Hugo (1798‑1855) et Eugène Hugo (1800‑1837), il passe son enfance à Paris. De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite des affectations militaires de son père, marqueront ses premières années. Ainsi, en 1811, il est, avec son frère Eugène, pensionnaire dans une institution religieuse de Madrid, le Collège des Nobles. Vers 1813, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari, car elle entretient une liaison avec le général d'Empire Victor Fanneau de la Horie, parrain et précepteur de Victor Hugo auquel il donne son prénom10. En septembre 1815, il entre avec son frère à la pension Cordier. D'après Adèle Hugo, c'est vers cet âge que Victor Hugo commence à versifier. Autodidacte, c'est par tâtonnement qu'il apprend la rime et la mesure11. Il est encouragé par sa mère à qui il lit ses œuvres, ainsi qu’à son frère Eugène. Ses écrits sont relus et corrigés par un jeune maître d’études de la pension Cordier qui s’est pris d’amitié pour les deux frères12. Sa vocation est précoce et ses ambitions sont immenses. Âgé de quatorze ans à peine, Victor, en juillet 1816, note sur un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien13 ».

En 1817, il participe à un concours de poésie organisé par l'Académie française sur le thème Bonheur que procure l’étude dans toutes les situations de la vie. Le jury est à deux doigts de lui adresser le prix, mais le titre de son poème (Trois lustres à peine) suggère trop son jeune âge et l’Académie croit à un canular : il reçoit seulement une mention14. Il concourt sans succès les années suivantes, mais gagne, à des concours organisés par l'Académie des jeux floraux de Toulouse, en 1819, un Lys d’or pour La statue de Henri IV et un Amaranthe d’or pour Les Vierges de Verdun15, et un prix en 1820 pour Moïse sur le Nil16.

Encouragé par ses succès, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a des aptitudes (il suit les cours des classes préparatoires), et embrasse la carrière littéraire. Avec ses frères Abel et Eugène, il fonde en 1819 une revue, Le Conservateur littéraire, qui attire déjà l’attention sur son talent. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors dix-neuf ans. Les quinze cents exemplaires s’écoulent en quatre mois. Le roi Louis XVIII, qui en possède un exemplaire, lui octroie une pension annuelle de mille francs17, ce qui lui permet d’envisager d’épouser son amie d’enfance Adèle Foucher10.

 

 

 

 

Jeune écrivain

 

 


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Victor Hugo jeune homme.

 

 

 

 

La mort de sa mère le 27 juin 1821 l’affecte profondément18. En effet, les années de séparation d’avec son père l’avaient rapproché de celle-ci. Il épouse, le 12 octobre 1822, une amie d’enfance, Adèle Foucher, née en 1803, qui lui donne cinq enfants :

  • Léopold (16 juillet 1823 - 10 octobre 1823) ;
  • Léopoldine (28 août 1824 - 4 septembre 1843) ;
  • Charles (4 novembre 1826 - 13 mars 1871) ;
  • François–Victor (28 octobre 1828 - 26 décembre 1873) ;
  • Adèle (28 juilletnote 1 1830 - 21 avril 1915), la seule qui survivra à son illustre père, mais dont l’état mental, très tôt défaillant, lui vaudra de longues années en maison de santé.

Ce mariage précipite son frère Eugène dans la folie, une schizophrénie qui conduira à son enfermement jusqu’à sa mort en 183719.

Il commence la rédaction la même année de Han d'Islande (publié en 1823), qui reçoit un accueil mitigé. Une critique de Charles Nodier, bien argumentée, est l’occasion d’une rencontre entre les deux hommes et de la naissance d’une amitié20. À la bibliothèque de l'Arsenal, berceau du romantisme, il participe aux réunions du Cénacle, qui auront une grande influence sur son développement[réf. souhaitée]. Son amitié avec Nodier dure jusqu’à 1827-1830, date à laquelle celui-ci commence à être très critique envers les œuvres de Victor Hugo21. Durant cette période, Victor Hugo renoue avec son père22, qui lui inspirera les poèmes Odes à mon pèrenote 2 et Après la bataille23. Celui-ci meurt en 1828.

Sa pièce Cromwell, publiée en 1827, fait éclat. Dans la préface de ce drame, Victor Hugo s’oppose aux conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu, et jette les premières bases de son drame romantique.

Le couple reçoit beaucoup et se lie avec Sainte-Beuve, Lamartine, Mérimée, Musset, Delacroix24. Adèle Hugo entretient une relation amoureuse avec Sainte-Beuve, qui se développe durant l’année 183125. De 1826 à 1837, la famille séjourne fréquemment au Château des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l’Aîné, directeur du Journal des débats. Au cours de ces séjours, Hugo rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer, et rédige des recueils de poésie, dont les Feuilles d'automne. Il publie en 1829, le recueil de poèmes les Orientales. Le Dernier Jour d'un condamné paraît la même année et est suivi de Claude Gueux en 1834. Dans ces deux courts romans, Victor Hugo présente son dégoût de la peine de mort. Le roman Notre Dame de Paris paraît en 1831.

 

 

 

 

Années théâtre

De 1830 à 1843, Victor Hugo se consacre presque exclusivement au théâtre, mais publie néanmoins des recueils de poésies : Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840).

Déjà en 1828, il avait monté une œuvre de jeunesse Amy Robsart. L'année 1830 est l'année de la création d’Hernani, qui est l'occasion d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes. Ces derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasment pour cette œuvre romantique – combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani ». Marion de Lorme, interdite une première fois en 1829, est montée en 1831 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, puis, en 1832, Le roi s'amuse au Théâtre-Français. La pièce sera dans un premier temps interdite, fait dont Hugo s'indignera dans la préface de l'édition originale de 183226.

En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui devient sa maîtresse. Elle lui consacrera sa vie et le sauvera de l'emprisonnement lors du coup d'État de Napoléon III. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble chaque anniversaire de leur rencontre et remplissent, à cette occasion, année après année, un cahier commun qu'ils nomment tendrement le Livre de l'anniversairenote 3,27,28. Mais Juliette ne fut qu'une de ses nombreuses maîtresses29. Il y aura notamment Léonie d'Aunet avec qui il entretiendra une liaison de 1844 à 1851 ou l’actrice Alice Ozy en 1847.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucrèce Borgia et Marie Tudor sont montées au Théâtre de la porte Saint-Martin en 1833, Angelo, tyran de Padoue au Théâtre Français en 1835. Il manque de salle pour jouer les drames nouveaux. Victor Hugo décide donc, avec Alexandre Dumas, de créer une salle consacrée au drame romantique. Aténor Joly reçoit, par arrêté ministériel, le privilège autorisant la création du théâtre de la Renaissance en 183630, où sera donné, en 1838, Ruy Blas.

Hugo accède à l'Académie française en 1841, après trois tentatives infructueuses essentiellement dues à une poignée d'académiciens menés entre autres par Étienne de Jouynote 4, opposés au romantisme et le combattant férocement31.

Puis, en 1843, est montée la pièce Les Burgraves, qui ne recueille pas le succès escompté. Lors de la création de toutes ces pièces, Victor Hugo se heurte aux difficultés matérielles et humainesnote 5. Ses pièces sont régulièrement sifflées par un public peu sensible au drame romantique, même si elles reçoivent aussi de la part de ses admirateurs de vigoureux applaudissements32.

Le 4 septembre 1843, Léopoldine meurt tragiquement à Villequier, dans la Seine, noyée avec son mari Charles Vacquerie dans le naufrage de leur barque. Hugo était alors dans les Pyrénées, avec sa maîtresse Juliette Drouet, et il apprend ce drame par les journaux à Rochefort33.. L'écrivain est terriblement affecté par cette mort, qui lui inspirera plusieurs poèmes des Contemplations – notamment, « Demain, dès l'aube… ». À partir de cette date et jusqu'à son exil, Victor Hugo ne produit plus rien, ni théâtre, ni roman, ni poème. Certains voient dans la mort de Léopoldine et l'échec des Burgraves une raison de sa désaffection pour la création littéraire34. D'autres y voient plutôt l'attrait pour la politique, qui lui offre une autre tribune35.

Action politique

Élevé par sa mère nantaise (Sophie Trébuchet) dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (J'ai grandi, écrit-il dans le poème « Écrit en 1846 »36 en réponse à un reproche d'un ami de sa mère).

Selon Pascal Melka37, Victor Hugo a la volonté de conquérir le régime pour avoir de l'influence et permettre la réalisation de ses idées38. Il devient ainsi confident de Louis-Philippe en 1844, puis pair de France en 1845. Son premier discours en 1846 est pour défendre le sort de la Pologne écartelée entre plusieurs pays39, puis en 1847, il défend le droit au retour des bannis, dont celui de Jérôme Napoléon Bonaparte40.

Au début de la Révolution de 1848, il est nommé maire du 8e arrondissement de Paris, puis député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Lors des émeutes ouvrières de juin 1848, Victor Hugo, lui-même, va participer au massacre, en commandant des troupes face aux barricades, dans l'arrondissement parisien dont il se trouve être le maire41. Il en désapprouvera plus tard la répression sanglante42. Il fonde le journal L'Événement43 en août 1848. Il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République en décembre 1848. Après la dissolution de l'Assemblée nationale, il est élu en 1849 à l'Assemblée législative et prononce son Discours sur la misère. Il rompt avec Louis-Napoléon Bonaparte, lorsque celui-ci soutient le retour du pape à Rome44, et il se bat progressivement contre ses anciens amis politiques, dont il réprouve la politique réactionnaire.

 

 

 

 

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La maison du Pigeon, maison de la Grand-Place de Bruxelles que Victor Hugo habita lors de son exil à Bruxelles en 1852.

Exil

Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, Victor Hugo tente d'abord de fuir, puis se constitue prisonnier, mais un commissaire français, flairant le piège, refuse de l'arrêter lui répondant « M. Hugo, je ne vous arrête pas, car je n'arrête que les gens dangereux45 ! ». Il s'exile volontairement46 à Bruxelles, puis à Jersey. Il condamne vigoureusement pour des raisons morales47,note 6 le coup d'État et son auteur Napoléon III dans un pamphlet publié en 1852, Napoléon le petit, ainsi que dans Histoire d'un crime, écrit au lendemain du coup d'État et publié 25 ans plus tard48 et dans Les Châtiments47. Le souvenir douloureux de Léopoldine sa fille – ainsi que sa curiosité – le pousse à tenter des expériences de spiritisme consignées dans Les Tables tournantes de Jersey.

 

 

 

 

 

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Hauteville House, maison de Victor Hugo en exil à Guernesey.

 

 

 

 

 

Chassé de Jersey en 1855 pour avoir critiqué la reine Victoria, il s'installe à Guernesey dans sa maison Hauteville House. Il fait partie des quelques proscrits qui refusent l'amnistie49 décidée quelque temps après (« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là50 »). Ces années difficiles sont très fécondes. Il publiera notamment Les Châtiments (1853), œuvre en vers qui prend pour cible le Second Empire ; Les Contemplations, poésies (1856) ; La Légende des siècles (1859), ainsi que Les Misérables, roman (1862). Il rend hommage au peuple de Guernesey dans son roman Les Travailleurs de la mer (1866).

 

 

 

 

 

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Hôtel des Colonnes à Waterloo où Victor Hugo résida en mai-juin 186051.

 

 

 

 

 

Il reçoit quelques visites du continent, celle de Judith Gautier ou en 1860, celle de Boucher de Perthes52. Le fondateur de la préhistoire le décrit alors comme un « républicain gentilhomme (…), fort bien installé, vivant en père de famille (…), aimé de ses voisins et considéré des habitants. »

Retour en France et mort

Napoléon III signe en 1859 une amnistie générale des prisonniers politiques, mais Victor Hugo refuse de profiter de cette grâce de l’« usurpateur », de même que celle de 186953. Victor Hugo retourne en France en septembre 1870 après la défaite de l'armée française à Sedan et reçoit de la part des Parisiens un accueil triomphal. Il participe activement à la défense de Paris assiégé. Élu à l'Assemblée nationale (siégeant alors à Bordeaux) le 8 février 1871, il en démissionne le mois suivant pour protester contre l'invalidation de Garibaldi. En mars 1871, il est à Bruxelles pour régler la succession de son fils Charles lorsqu'éclate la Commune. C'est de Belgique qu'il assiste à la révolte et à sa répression qu'il désapprouve si vivement qu'il est expulsé de ce pays54. Il trouve refuge pendant trois mois et demi dans le Grand-Duché (1er juin-23 septembre). Il séjourne successivement à Luxembourg, à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale. Il y achève le recueil L'Année terrible. Il retourne en France fin 1871. Plusieurs comités républicains l'ayant sollicité, il accepte de se porter candidat à l'élection complémentaire du 7 janvier 1872. Apparaissant comme « radical » en raison de sa volonté d’amnistier les communards, il est battu par le républicain modéré Joseph Vautrain55.

La même année, Hugo se rend à nouveau à Guernesey où il écrit le roman Quatrevingt-treize. En 1873, il est à Paris et se consacre à l'éducation de ses deux petits-enfants, Georges et Jeanne qui lui inspirent le recueil L'Art d'être grand-père. Il reçoit beaucoup, hommes politiques et littéraires, les Goncourt, Lockroy, Clemenceau, Gambetta54… Le 30 janvier 1876, il est élu sénateur et milite pour l'amnistie. Il s'oppose à Mac Mahon quand celui-ci dissout l'assemblée54. Dans son discours d'ouverture du congrès littéraire international de 1878, il se positionne pour le respect de la propriété littéraire, mais aussi pour le fondement du domaine public. En juin 1878, Hugo est victime d'un malaise, peut-être56 une congestion cérébrale. Il part se reposer quatre mois à Guernesey dans sa demeure de Hauteville House, suivi de son « secrétaire bénévole » Richard Lesclide57. Ce mauvais état de santé met pratiquement fin à son activité d'écriture. Toutefois de très nombreux recueils, réunissant en fait des poèmes datant de ses années d'inspiration exceptionnelle (1850-1870) continuent de paraître régulièrement (La Pitié suprême en 1879, L'Âne, Les Quatre Vents de l'esprit en 1881, la dernière série de la Légende des siècles en septembre 1883…), contribuant à la légende du vieil homme intarissable jusqu'à la mortnote 7. Durant cette période, nombre de ses pièces sont de nouveau jouées (Ruy Blas en 1872, Marion de Lorme et Marie Tudor en 187358, Le roi s'amuse en 1882)54.

Sous la Troisième République, le gouvernement Ferry promulgue la loi du 30 juillet 1881, dite de « réparation nationale », qui alloue une pension ou rente viagère aux citoyens français victimes du coup d'Etat du 2 décembre 1851 et de la loi de sûreté générale. La Commission générale chargée d'examiner les dossiers, présidée par le Ministre de l'Intérieur, est composée de représentants du ministère, de conseillers d'État, et comprend huit parlementaires, tous d'anciennes victimes : quatre sénateurs (Victor Hugo, Jean-Baptiste Massé, Elzéar Pin, Victor Schœlcher) et quatre députés (Louis Greppo, Noël Madier de Montjau, Martin Nadaud et Alexandre Dethou)59.

 

 

 

 

 

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L'enterrement de Victor Hugo.

 

 

 

 

 

Jusqu'à sa mort, en 1885, il reste une des figures tutélaires de la république retrouvée – en même temps qu'une référence littéraire incontestéenote 8. Il décède le 22 mai 188560, dans son hôtel particulier « La Princesse de Lusignan », qui était situé au 50, avenue Victor-Hugo, à la place de l'actuel no 12461. Selon la légende, ses derniers mots sont : C'est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire62 ». Conformément à ses dernières volontésnote 9, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'a lieu la cérémonie. Il est d'abord question du Père Lachaise, mais le premier juin, à la suite du décret du 26 mai 1885, il est finalement conduit au Panthéon, la jeune Troisième République profitant de cet événement63 pour retransformer l'église Sainte-Geneviève en Panthéon. Avant son transfert, son cercueil est exposé une nuit sous l'Arc de triomphe voilé obliquement par un crêpe noir ; des cuirassiers à cheval veillent toute la nuit le catafalque surmonté des initiales VH, selon l'ordonnancement de Charles Garnier64. On considère qu’environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage65, le cortège vers le Panthéon s'étire sur plusieurs kilomètres66. Il est alors l'écrivain le plus populaire de son temps (et le demeure67) ; il est déjà depuis plusieurs décennies considéré comme l'un des monuments de la littérature française68.

 

 

 

 

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 09:58

Cecelia Ahern

 

 

 

 


 

Cecelia Ahern

Description de l'image Cecelia Ahern.jpg.
Activités Romancière, productrice
Naissance 30 septembre 1981
Dublin - Drapeau de l’Irlande Irlande
Langue d'écriture Anglais
Genres Roman

Œuvres principales

  • PS. I Love You

Compléments

 

 

 

 

 

Cecelia Ahern (née le 30 septembre 1981 à Dublin, Irlande où elle réside toujours) est une romancière irlandaise.

Elle est la fille de l'ancien Premier ministre irlandais (Taoiseach), Bertie Ahern. Ses quatre romans ont tous été des best-sellers. Elle a aussi écrit de nombreuses nouvelles pour des anthologies. Elle est diplômée en journalisme et en communication du Griffith College de Dublin. Cecelia a une grande sœur, Georgina Ahern dont le mari, Nicky Byrne est un membre du boysband irlandais Westlife.

En 2000, elle fait partie du groupe pop Shimma, qui finit troisième à la finale nationale irlandaise pour le Concours Eurovision de la chanson.

 

 

Carrière littéraire

 

 


À 21 ans, Cecelia a publié son premier roman : PS. I Love You. Le succès ne s'est pas fait attendre : son premier roman a été en tête des meilleures ventes en Irlande pendant 19 semaines, mais aussi au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et aux Pays-Bas. Elle a participé à des recueils de nouvelles vendus au profit d'associations caritatives, comme Irish Girls are Back in Town et Ladies' Night. Son second livre Where Rainbows End (en français, La vie est un arc-en-ciel) a obtenu le prix allemand CORINE.

Elle co-produit la série télévisée américaine Samantha Who.

 

 

Œuvres


Romans

 


  • P.S. I Love You (2004) paru sous le même titre en France en 2005
  • La vie est un arc-en-ciel (Where Rainbows End, 2004) paru en français en 2007
  • Si tu me voyais maintenant (If You Could See Me Now, 2005) paru en français en 2008
  • A Place Called Here (2006) (pas encore traduit en français pour le moment)
  • Merci pour les souvenirs (Thanks For The Memories, 2009) paru en français en 2010
  • Un cadeau du ciel (The Gift, 2009) paru en français en 2009
  • The Book of Tomorrow (2010) (pas encore traduit en français pour le moment)
  • La vie et moi

 

Nouvelles

 


  • Every Year publiée dans Harrod's Magazine en décembre 2005
  • Short and Sweet(en)- Pour lire la nouvelle sur le site officiel de Cecelia Ahern
  • 24 Minutes publiée dans le recueil de nouvelles Moments dont les bénéfices des ventes sont allés à l'association GOAL pour venir en aide aux victimes du tsunami
  • The End publiée dans Ladies Night où les auteures ont donné leurs droits d'auteur à l'aide aux enfants victimes des guerres.
  • The Calling parue dans Irish Girls are Back in Town vendu au profit d'associations caritatives
  • The Thing I remember publiée dans un journal féminin à l'occasion de la Saint-Valentin 2006
  • Mrs Whippy écrite pour la Open Door Series, vendue au profit de la fondation CARI

 

Lien externe

 


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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:24

Retour en Angleterre et carrière d'écrivain

 

 

 


« Frankenstein est l’œuvre la plus merveilleuse jamais écrite à vingt ans dont j’ai entendu parler. Vous avez à présent vingt-cinq ans. Et, fort heureusement, vous avez poursuivi un parcours de lectrice, et cultivé votre esprit de la plus admirable manière pour faire de vous un grand écrivain à succès. Si vous ne pouvez pas être indépendante, qui pourrait l’être ? »

— William Godwin à Mary Shelley90

Après la mort de son époux, Mary Shelley vit durant une année avec Leigh Hunt et sa famille à Gênes, où elle rencontre fréquemment Lord Byron et transcrit ses poèmes. Elle a décidé de vivre de sa plume et pour son fils, mais sa situation financière est précaire. Le 23 juillet 1823, elle quitte Gênes pour l’Angleterre et s’installe avec son père et sa belle-mère à Strand (Londres) jusqu’à ce qu’une petite avance de son beau-père lui permette de se loger à proximité91. Sir Timothy Shelley convient d’assurer la subsistance de son petit-fils à condition qu’il soit placé auprès d’un tuteur désigné. Mary Shelley rejette immédiatement cette idée92. Elle parvient à soutirer à Sir Timothy une allocation annuelle (qu’elle devra rembourser lorsque Percy Florence héritera du domaine). Jusqu’à la fin de ses jours, il refusera de la rencontrer et ne traitera avec elle que par avocat interposé. Mary Shelley s’occupe de publier, entre autres, les poèmes de son mari mais elle doit se retreindre pour le bien de son fils. En effet, Sir Timothy menace de ne plus verser d’allocation si la moindre biographie du poète est publiée93. En 1826, après le décès de Charles Shelley, fils de Percy Shelley et d’Harriet Shelley, Percy Florence devient l’héritier du domaine des Shelley. Sir Timothy augmente alors l’allocation annuelle de Mary de 100 à 250 £, mais demeure toujours aussi difficile94. Alors qu’elle apprécie la compagnie stimulante de l’entourage de William Godwin, la pauvreté empêche Mary de sortir dans le monde autant qu’elle l'aurait souhaité. Elle se sent également rejetée par ceux qui, comme Sir Timothy, désapprouvent encore sa liaison avec Percy Bysshe Shelley95.

L’été 1824, Mary Shelley déménage à Kentish Town, dans le Nord de Londres, pour se rapprocher de Jane Williams. Elle est peut-être, selon les mots de son biographe Muriel Spark, « un peu amoureuse » de Jane. Mais Jane la décevra ensuite en propageant des rumeurs alléguant que Percy la préférait à Mary et qu’elle ne lui suffisait pas96. À la même époque, Mary écrit son roman Le Dernier Homme (1826) et collabore avec des amis à l’écriture des mémoires de Lord Byron et Percy Shelley — c’est le début de ses tentatives d’immortaliser son époux97. Elle rencontre également l’acteur américain John Howard Payne et l’écrivain américain Washington Irving. Payne tombe amoureux d’elle et la demande en mariage en 1826. Elle refuse, expliquant qu’après avoir épousé un génie elle ne peut se marier qu’à un autre génie98. Payne accepte son refus et essaie, mais sans succès, de pousser son ami Irving à faire sa demande. Mary Shelley était au courant du plan de Payne, mais on ignore jusqu’à quel point elle le prenait au sérieux99.

 

 

 

 

Portrait ovale d'une femme portant un châle et un fin bandeau autour de la tête, sur un arrière-plan couleur de lin.
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Le portrait de Mary Shelley par Reginald Easton a probablement été peint d’après son masque mortuaire (c. 1857)100.

 

 

 

 

En 1827, Mary Shelley participe à un projet visant à permettre à son amie Isabel Robinson et à son amoureuse, Mary Diana Dods, qui écrit sous le pseudonyme de David Lyndsay, de s’engager dans une vie commune en France comme mari et femme101,N 13. Avec l’aide de Payne, auquel elle ne donne pas tous les détails, Mary obtient de faux passeport pour le couple102. En 1828, en leur rendant visite à Paris, elle contracte la petite vérole. Elle guérira des semaines plus tard, sans cicatrice, mais la fraîcheur de sa beauté envolée103.

Entre 1827 et 1840, Mary Shelley est écrivain et éditeur. Elle écrit Perkin Warbeck (1830), Lodore (1835) et Falkner (1837). Elle écrit l'essentiel des cinq volumes (consacrés à des auteurs italiens, espagnols, portugais et français) des Vies des hommes de lettres et de science les plus éminents, qui font partie de la Cabinet Cyclopaedia de Dionysius Lardner. Elle écrit également des histoires pour des magazines féminins. Elle aide toujours son père financièrement et ils collaborent en se cherchant mutuellement des éditeurs104. En 1830, pour 60 £, elle vend les droits d’une nouvelle édition de Frankenstein à Henry Colburn et Richard Bentley, pour leur nouvelle série de romans classiques105. Après la mort de son père, en 1836, à l’âge de 80 ans, elle rassemble ses lettres et un mémoire pour les publier, comme il l’a demandé dans son testament, mais après deux ans de travail, elle abandonne le projet106. Durant cette période, elle défend la poésie de Percy Shelley, incitant à le publier et le citant dans ses écrits. En 1837, le travail de Percy était connu et de plus en plus admiré107. En été 1838, Edward Moxon, éditeur de Tennyson et beau-fils de Charles Lamb, propose de publier un recueil des travaux de Percy Shelley. Mary reçoit 500 £ pour annoter les Poetical Works (1838). Sir Timothy insiste pour que le recueil ne comporte pas de biographie. Mary trouvera tout de même un moyen de raconter l’histoire de Percy : elle inclut d’importantes notes biographiques liées aux poèmes108.

Mary continue à n'aborder qu'avec circonspection d'éventuelles aventures amoureuses. En 1828, elle rencontre l’écrivain français Prosper Mérimée, qui lui fait la cour, mais la seule lettre encore existante qu’elle lui ait adressé est une lettre de rejet de sa déclaration d’amour109. Elle se réjouit du retour en Angleterre de son ancien ami d’Italie Edward Trelawny, ils plaisantent même sur leur mariage dans leurs lettres110. Mais leur amitié est altérée d’abord par le refus de Mary de participer à la biographie de Percy Shelley proposée par Edward, puis par la colère d’Edward lorsqu'elle l'omet dans la partie athée de Queen Mab (recueil de poèmes de Percy Shelley)111. Dans son journal intime, entre les années 1830 et 1840, des allusions détournées suggèrent que Mary Shelley a eu des sentiments pour le politicien radical Aubrey Beauclerk, mais celui-ci l’a probablement déçue en en épousant une autre à deux reprises112,N 14.

Durant ces années, la première préoccupation de Mary est le bien être de Percy Florence. Selon le vœu de son mari, son fils fréquente une public school, et, avec l’aide que Sir Timothy lui accorde avec réticence, lui fait faire ses études à Harrow. Pour éviter les frais de mise en pension, elle déménage à Harrow on the Hill afin que Percy puisse suivre les cours en tant qu’externe113. Quand bien même il poursuivra ses études jusqu’à Trinity College à Cambridge, et touchera un peu à la politique et au droit, il ne montrera aucun signe des dons de ses parents114. Dévoué à sa mère, il retournera vivre avec elle, après avoir quitté l’université en 1841.

Dernières années et mort

En 1840 et 1842, mère et fils voyagent ensemble sur le continent. Mary Shelley racontera ces voyages dans Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843 (1844)115. En 1844, Sir Timothy Shelley meurt à l’âge de nonante ans, « tombant de sa tige comme une fleur trop épanouie »116. Pour la première fois, Mary et son fils sont financièrement indépendants, même si l'héritage se révèle plus modeste qu’espéré117.

 

 

 

 

Photographie d'une tombe de granit en forme de cercueil.
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Pour répondre aux vœux de Mary, Percy Florence et sa femme Jane firent exhumer les cercueils des parents de Mary pour les enterrer avec elle à Bournemouth118.

 

 

 

 

Au milieu des années 1840, Mary Shelley est la victime de trois maîtres chanteurs différents. En 1845, un exilé politique italien, Gatteschi, qu’elle a rencontré à Paris, la menace de publier des lettres qu’elle lui a écrites. Un ami de son fils paie un chef de la police pour saisir les papiers de Gatteschi, les lettres sont incluses et détruites119. Peu après, Mary achète des lettres, écrites par Percy Shelley et elle-même, à un homme se faisant appeler G. Byron et prétendant être le fils illégitime de feu Lord Byron120. La même année, Thomas Medwin, cousin de Percy Bysshe Shelley, prétend avoir écrit une biographie de Percy qui lui serait préjudiciable. Il demande 250 £ pour la détruire, mais Mary refuse121,N 15.

En 1848, Percy Florence épouse Jane Gibson St John. Le mariage est heureux, et Mary et Jane s’apprécient mutuellement122. Mary habite avec son fils et sa belle-fille à Field Place, dans le Sussex, berceau ancestral des Shelley, et à Chester Square, à Londres, et les accompagne durant leurs voyages à l’étranger.

Les dernières années de Mary Shelley sont altérées par la maladie. Dès 1839, elle souffre de migraines et de paralysie de certaines parties du corps, ce qui l’empêche parfois de lire et d’écrire123. Elle meurt à l’âge de cinquante trois ans, le 1er février 1851, à Chester Square. Son médecin soupçonne une tumeur cérébrale. D’après Jane Shelley, Mary Shelley a demandé à se faire enterrer avec sa mère et son père. Mais Percy et Jane, jugeant la tombe de St Pancras « épouvantable », choisissent de l'enterrer à l’église St Peter, à Bournemouth, près de leur nouvelle maison de Boscombe124. Pour le premier anniversaire de la mort de Mary Shelley, les Shelley ouvrent son bureau. Ils trouvent à l’intérieur des boucles de cheveux de ses enfants décédés, un cahier de notes qu’elle partageait avec Percy Byshhe Shelley et une copie de son poème Adonaïs dont une page entoure un tissu en soie contenant un peu des cendres et des restes du cœur de celui-ci67.

Thèmes littéraires et style

La vie de Mary Shelley tourne autour de la littérature. Son père l’encourage dans l’apprentissage de l’écriture par la composition de lettres125 et son occupation préférée de petite fille est l’écriture d’histoires126. Malheureusement, tous les écrits de la jeune Mary furent perdus lors de sa fuite avec Percy en 1814 et aucun de ses manuscrits encore existants ne peut être daté d’avant cette année127.

On pensa longtemps que sa première publication avait été Mounseer Nongtongpaw128, des vers comiques écrits alors qu’elle avait dix ans et demi pour la Juvenile Library (Bibliothèque pour les jeunes) de William Godwin, mais dans l'édition la plus récente du recueil de ses ouvrages qui fasse autorité, ces poèmes sont attribués à un autre écrivain129. Percy Shelley encourage chaleureusement Mary Shelley à écrire : « Dès le début, mon mari s’inquiétait pour que je me montre digne de ma filiation et que j’inscrive mon nom sur la page de la renommée. Il m’incitait sans cesse à obtenir une réputation littéraire »130.

Romans

 

 

 

Articles détaillés : Frankenstein, The Last Man et Valperga.

 

 

 

Article connexe : Roman gothique.

 

 

 

Éléments autobiographiques

Certaines parties des romans de Mary Shelley sont souvent interprétées comme des réécritures masquées de sa vie. La récurrence du thème père-fille en particulier conforte les critiques littéraires dans leur interprétation de ce style autobiographique131. Par exemple, ils analysent souvent Mathilda (1820) comme une autobiographie, en reconnaissant dans les personnages principaux Mary Shelley, William Godwin et Percy Shelley132. Mary Shelley a révélé que les personnages centraux de The Last Man sont fondés sur son cercle d’intimes, en Italie. Lord Raymond, qui quitte l’Angleterre pour se battre contre les Grecs et meurt à Constantinople, est inspiré de Lord Byron ; et Adrian, l’utopique comte de Windsor qui mène ses disciples à la recherche d’un paradis naturel et meurt lors une tempête en mer, est un portrait fictif de Percy Bysshe Shelley133. Cependant, comme elle l’écrit dans sa critique du roman de Godwin Cloudesley (1830), elle ne croit pas que les auteurs « reproduisent simplement (leur) propre cœur »134. William Godwin considère les personnages de sa fille comme des archétypes plutôt que comme des portraits de personnes réelles135. Certains critiques modernes, comme Patricia Clemit et Jane Blumberg, partagent cette vision, se refusant à une lecture autobiographique de l’œuvre de Mary Shelley136.

Styles romanesques

Mary Shelley emploie les techniques de nombreux genres romanesques, notamment ceux des romans « godwiniens », des romans historiques de Walter Scott et des romans gothiques. Le roman « godwinien » fut populaire dans les années 1790 avec des travaux comme Caleb Williams (1794) de Godwin et emploie une forme de confession à la Rousseau pour explorer les relations contradictoires entre soi-même et la société137. Frankenstein présente de nombreux thèmes et procédés littéraires présents dans les romans de Godwin138. Cependant, Mary Shelley critique ces idéaux des Lumières que Godwin promeut dans son œuvre139. Dans Le Dernier Homme, elle utilise la forme philosophique « godwinienne » pour démontrer l’insignifiance ultime du monde140. Alors que des romans « godwiniens » antérieurs montraient comment des individus rationnels pouvaient lentement améliorer la société, The Last Man et Frankenstein démontrent le manque de contrôle de l’individu sur l’histoire141.

« On n’entendit plus jamais parler d’Euthanasia, même son nom disparut… Les chroniques personnelles, d’où est tiré le récit qui précède, se terminent avec la mort d’Euthanasia. C’est donc dans les annales publiques seulement que l’on trouve un compte rendu des dernières années de Castruccio. »

— Mary Shelley , Valperga142

Mary Shelley utilise le roman historique pour commenter les relations entre les sexes. Valperga, par exemple, est une version féministe du genre masculin de Walter Scott143. En intégrant dans l’histoire des femmes qui ne font pas partie de la réalité historique, Mary Shelley utilise le récit pour s’interroger sur les institutions théologiques et politiques établies144. Elle oppose la cupidité compulsive de conquête du protagoniste masculin à une alternative féminine : raison et sensibilité145. Dans Percy Warbeck, un autre de ses romans historiques, Lady Gordon représente les valeurs de l’amitié, de l’égalité et des vertus domestiques. À travers elle, Mary Shelley offre une alternative féminine à la politique masculine fondée sur la force, qui détruit les personnages masculins. Le roman propose un récit historique plus large qui remet en cause celui qui ne relate habituellement que les évènements concernant les hommes146.

L'œuvre d'une femme

Avec la naissance de la critique littéraire féministe dans les années 1970, les travaux de Mary Shelley, et notamment Frankenstein, commencent à attirer plus d’attention de la part des chercheurs. C’est grâce aux critiques féministes et psychanalytiques que Mary Shelley en tant qu’écrivain est tirée de l’oubli147. Ellen Moers est l’une des premières à soutenir que la perte d’un bébé a eu une influence cruciale sur l’écriture de Frankenstein148. Elle pense que le roman est un « mythe de la renaissance » dans lequel Shelley se démet tant de sa culpabilité d’avoir causé la mort de sa mère que de celle d’avoir échoué en tant que parent149. D’après Moers, c’est l’histoire « d’un homme qui essaie d’avoir un enfant sans une femme… Frankenstein est profondément préoccupé par l’opposition entre reproduction naturelle et artificielle »150. Dans le roman, l’échec de Victor Frankenstein en tant que « parent » est traduit comme l’expression de l’anxiété qui accompagne la grossesse, l’accouchement et en particulier la maternité151.

Sandra Gilbert et Susan Gubar soutiennent dans leur ouvrage capital The Madwoman in the Attic (1979) que, dans Frankenstein en particulier, Mary Shelley répond à la tradition littéraire masculine représentée par le Paradis perdu de John Milton. Selon leur interprétation, elle réaffirme cette tradition masculine, et sa misogynie inhérente, mais en même temps elle « cache des fantasmes d’égalité qui éclatent parfois dans des images monstrueuses de rage »152. Mary Poovey décrypte la première édition de Frankenstein comme faisant partie d’un schéma plus large de l’œuvre de Mary Shelley, qui commence par une auto-affirmation littéraire et se termine par une féminité ordinaire153. Mary Poovey suggère que les multiples récits de Frankenstein permettent à Mary Shelley de diviser sa personnalité artistique : elle peut « s’exprimer et s’effacer en même temps »154. Sa crainte de l’auto-affirmation se reflète dans le destin de Frankenstein dont l’égoïsme est puni par la perte de toutes ses attaches familiales155.

Les critiques féministes se concentrent souvent sur la représentation du créateur, et plus particulièrement du créateur féminin, dans et à travers les romans de Mary Shelley156. Anne K. Mellor explique que celle-ci utilise le style gothique non seulement pour explorer le désir sexuel féminin refoulé157 mais également comme moyen « d’autocensure dans Frankenstein »158. D’après Poovey et Mellor, elle ne veut pas mettre en avant sa personnalité d’auteur. Elle se sent profondément incompétente en tant qu’auteur et « cette honte contribue à sa production d’images d’anormalité, de perversion et de destruction »159.

Les écrits de Mary Shelley sont centrés sur le rôle de la famille dans la société et le rôle de la femme au sein de cette famille160. Elle glorifie la « compassion et l’affection féminine » associées à la famille et suggère que la société civile ferait faillite sans elles161. Elle est « profondément engagée dans une éthique coopérative, de dépendance mutuelle et d’autosacrifice ». Dans Lodore, par exemple, l’histoire centrale suit le destin de la femme et de la fille du personnage-titre, Lord Lodore, qui est tué lors d'un duel à la fin du premier volume, en laissant derrière lui des obstacles juridiques, financiers et familiaux que doivent négocier les deux « héroïnes ». Le roman est politiquement et idéologiquement engagé, notamment sur l’éducation et le rôle social des femmes162. Il dissèque une culture patriarcale qui sépare les sexes et oblige les femmes à être dépendantes des hommes. D’après Betty T. Bennett, spécialiste de Mary Shelley, « le roman propose des paradigmes d’éducation égalitaire pour hommes et femmes qui apporteraient la justice sociale et les moyens spirituels et intellectuels pour affronter les épreuves de la vie »163. Cependant, Faulkner est le seul roman de Mary Shelley dans lequel l’héroïne triomphe164. Le roman avance l'idée que lorsque les valeurs féminines l'emporteront sur la violence et la destruction masculines, les hommes seront libres d’exprimer « la compassion, l’empathie et la générosité » de leur tempérament165.

Les Lumières et le romantisme

Comme de nombreux romans gothiques de la période, Frankenstein mélange un sujet viscéral et aliénant à des thèmes qui poussent à la réflexion166. Au lieu de se centrer sur les tours et détours de l'intrigue, le roman met en avant les luttes mentales et morales du protagoniste, Victor Frankenstein, et Mary Shelley imprime au texte sa propre marque de Romantisme politisé, qui critique l’individualisme et l’égoïsme du Romantisme traditionnel167. Victor Frankenstein est comme Satan dans Paradis perdu et comme Prométhée : il se rebelle contre la tradition, il crée sa vie et construit son propre destin. Ces traits ne sont pas décrits de manière positive. Comme l’écrit Blumberg, « son ambition sans relâche est une auto-illusion travestie en une quête de la vérité »168. Il doit abandonner sa famille pour satisfaire son ambition169.

 

 

 

 

Gravure montrant un homme nu qui s'éveille sur le sol et un autre qui s'enfuit épouvanté. Un crâne et un livre se trouvent près de l'homme nu, et une fenêtre, par laquelle filtre la lumière de la lune, se situe à l'arrière-plan.
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Illustration de la page de couverture du Frankenstein de 1831 par Theodor Von Holst, une des deux images du roman170.

 

 

 

 

Mary Shelley croit en l’idée des Lumières que l’homme peut améliorer la société à travers l’exercice responsable du pouvoir politique, mais elle craint que l’exercice irresponsable du pouvoir ne mène au chaos171. En pratique, son œuvre critique largement la manière dont les penseurs du XVIIIe siècle, comme ses parents, croyaient pouvoir amener ces changements. Ainsi par exemple, la créature de Frankenstein lit des livres de pensées radicales mais la connaissance qu’il en tire est finalement inutile172. L'œuvre de Mary Shelley la montre moins optimiste que Godwin ou Mary Wollstonecraft, elle n’a pas foi en la théorie de Godwin qui postule que l’humanité peut en fin de compte être améliorée173.

Kari Lokke, spécialiste de la littérature, écrit que The Last Man, plus que Frankenstein, « dans son refus de placer l’humanité au centre de l’univers, son questionnement sur notre position privilégiée par rapport à la nature […] constitue un défi profond et prophétique pour l’humanisme occidental »174. Plus spécifiquement, les allusions de Mary Shelley à ce que les radicaux considèrent comme une révolution ratée en France et aux réponses qu'y apportent Godwin, Mary Wollstonecraft ou Burke constituent une remise en cause de « la foi des Lumières dans le progrès inéluctablement obtenu par l’effort collectif »175. Comme dans Frankenstein, Mary Shelley « offre un commentaire profondément désenchanté sur l’âge de la révolution, qui se termine par un rejet total des idées progressistes de sa propre génération »176. Elle rejette non seulement les idées politiques des Lumières mais également l'idée romantique selon laquelle l’imagination poétique ou littéraire pourrait offrir une alternative177.

Opinions politiques

Jusqu’à une date récente, les critiques citaient Lodore et Falkner comme la preuve du conservatisme croissant de Mary Shelley dans ses œuvres tardives. En 1984, Mary Poovey a mis en évidence le transfert du réformisme politique de Mary Shelley vers la seule sphère domestique178. Elle suggère que Mary Shelley écrivit Falkner afin de résoudre sa réaction conflictuelle à la façon dont son père mêlait un radicalisme libertaire à une bienséance sociale rigoureuse179. Mellor partage cette opinion, arguant que « Mary Shelley fonde son idéologie politique alternative sur une métaphore de la famille, paisible, aimante et bourgeoise. Elle souscrit ainsi implicitement à la vision conservatrice d'une réforme et d'une évolution graduelles »180. Cette vision permet aux femmes de participer à la sphère publique, mais elle hérite des inégalités inhérentes à la famille bourgeoise181.

Toutefois, ces dernières années, cette vision a été contestée. Bennett, par exemple, montre que le travail de Mary Shelley est un engagement constant dans l’idéalisme romantique et dans les réformes politiques182 et l’étude de Jane Blumberg des premiers romans de Shelley soutient qu’il n’est pas possible de simplement diviser sa carrière en deux moitiés, l'une radicale tout d'abord, et l'autre conservatrice ensuite. Elle soutient que « Mary Shelley n’a jamais été une radicale passionnée comme son mari et le mode de vie qu'elle adopte plus tard n’est ni un tournant brusque ni une trahison. En réalité, dès son premier ouvrage, elle remettait en cause les influences politiques et littéraires de son entourage183. À la lueur de cette analyse, les premières œuvres de Shelley sont interprétées comme un défi au radicalisme de Godwin et de Percy Bysshe Shelley. Le « rejet inconsidéré de la famille » de Victor Frankenstein apparaît alors comme la preuve de la préoccupation constante de Mary Shelley pour la famille184.

Nouvelles

 

 

 

Gravure en noir et blanc montrant une jeune femme agenouillée au sol qui, les mains jointes, regarde vers le ciel. Elle porte une robe blanche et a des bouclettes brunes. Elle semble se trouver sur un balcon, avec des nuages à l'arrière-plan.
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Shelley écrit souvent des histoires accompagnant les illustrations d’almanach, comme celle-ci qui accompagne « Transformation » dans The Keepsake de 1830185.

 

 

 

 

Durant les années 1820 et 1830, Mary Shelley écrit fréquemment des nouvelles pour des almanachs. Entre autres, elle écrit seize nouvelles pour The Keepsake, destiné aux femmes de la classe moyenne, relié en soie et doré sur tranche186. Dans ce genre, le travail de Mary Shelley est décrit comme celui d’un « écrivain médiocre, verbeux et pédant »187. Cependant, la critique Charlotte Sussman note que d’autres grands écrivains, comme les poètes romantiques William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge, ont tiré avantage de ce marché profitable. Elle explique que « les almanachs étaient un type de production littéraire majeur dans les années 1820 et 1830 », The Keepsake rencontrant le plus grand succès188.

Beaucoup d’histoires écrites par Mary Shelley se passent dans des lieux ou à des époques bien éloignées du début du XIXe siècle, comme la Grèce ou le règne d’Henri IV. Elle s’intéresse tout particulièrement à « la fragilité de l’identité individuelle » et décrit souvent « la façon dont le rôle d’une personne dans le monde peut être modifié de manière cataclysmique par des bouleversements émotionnels internes ou par quelque évènement surnaturel qui reflète une scission interne »189. Dans ses histoires, l’identité de la femme est liée à sa valeur sur le marché du mariage alors que celle de l’homme peut être améliorée et transformée par l’argent190. Même si Mary Shelley a écrit vingt et une nouvelles entre les années 1823 et 1839, elle s’est toujours perçue comme une romancière avant tout. Elle écrit à Leigh Hunt, « j’écris de mauvais articles, ce qui contribue à me rendre malheureuse – mais je vais me plonger dans un roman et j’espère que ses eaux claires nettoieront la boue de ces magazines »191.

Récits de voyages

 

 

 

Lors de leur fuite en France à l’été 1814, Mary Godwin et Percy Shelley commencent un journal commun192. Ce journal plus quatre lettres basées sur leur visite de Genève en 1816 ainsi que le poème de Percy Shelley Mont Blanc sont publiés en 1817 sous le titre d ’Histoire d’un circuit de six semaines. Cette œuvre célèbre l’amour de jeunesse, l’idéalisme politique et suit l’exemple de Mary Wollstonecraft et d'autres, qui ont associé voyage et écriture193. Plus qu’un récit de voyage conventionnel, le livre est philosophique et réformiste ; il aborde, en particulier, les effets de la politique et de la guerre en France194. Les lettres qu’écrit le couple durant leur deuxième voyage considèrent les « grands et extraordinaires évènements » de la défaite finale de Napoléon à Waterloo après son retour des « Cent jours » en 1815. Ils analysent également le caractère sublime du lac de Genève et du Mont Blanc, ainsi que l’héritage révolutionnaire du philosophe et romancier Jean-Jacques Rousseau195.

Le dernier livre de Mary Shelley, écrit sous forme de lettres et publié en 1844, est Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843, qui relate ses voyages avec son fils Percy Florence et ses camarades d’université. Dans cet ouvrage, elle suit la tradition des Lettres écrites lors d'un court séjour en Suède, en Norvège et au Danemark de Mary Wollstonecraft et de son propre Histoire d’un circuit de six semaines, en cartographiant son propre paysage personnel et politique à travers un discours fondé sur les sentiments et le sens de la solidarité196. Pour Mary Shelley, nouer des liens d’amitié entre les personnes est le moyen de construire la société civile et d’augmenter le savoir : « la connaissance, pour éclairer et libérer l’esprit des préjugés – un plus large cercle d'amitiés avec nos semblables – tel est l’utilité du voyage »197.

Entre l’observation des paysages, de la culture et « des personnes, plus spécifiquement du point de vue politique »198, elle utilise le carnet de voyage pour analyser son rôle de veuve et de mère et pour réfléchir sur le nationalisme révolutionnaire en Italie199,N 16. Elle note également son « pèlerinage » en des lieux associés à Percy Shelley200. Selon la critique Clarissa Orr, la posture adoptée par Mary Shelley en se posant comme figure de la maternité philosophique donne à Errances l’unité d’un poème en prose, avec « la mort et la mémoire comme thèmes centraux »201. En même temps, Mary Shelley fait le procès égalitariste de la monarchie, des différences de classes, de l’esclavage et de la guerre202.

Biographies

Entre 1832 et 1839, Mary Shelley écrit de nombreuses biographies d’hommes renommés italiens, espagnols, portugais et français et de quelques femmes pour les Vies des plus éminents auteurs et scientifiques de Dionysius Lardner. Elles formeront une partie du Cabinet Cyclopaedia de Lardner, une des meilleures séries de la sorte publiée durant les années 1820 et 1830 en réponse à la demande croissante de la classe moyenne pour l’auto-éducation203. Jusqu’à la republication de ces essais en 2002, leur importance dans l’ensemble de son œuvre n’était pas reconnue204,N 17. D’après Greg Kucich, expert en littérature, ils révèlent les « extraordinaires recherches de Mary Shelley à travers plusieurs siècles et plusieurs langues », son don pour la narration biographique et son intérêt pour « la forme émergente du féminisme historiographique »205. Mary Shelley écrit dans un style biographique popularisé par Samuel Johnson, critique au XVIIIe siècle, dans son Vies des poètes (1779-1781), combinant sources secondaires, notice biographique et anecdote, et évaluation de l’auteur206. Elle note les détails de la vie et du caractère de chaque écrivain, cite leurs écrits sous leur forme originale accompagnée de la traduction, et termine avec une évaluation critique de leurs réalisations207.

Pour Mary Shelley, la narration biographique est supposée, et ce sont ses propres mots, « former comme si c’était une école dans laquelle étudier la philosophie de l’histoire »208 et enseigner des « leçons ». Le plus souvent, ces leçons consistent en une critique des institutions à domination masculine, telle que le droit d’aînesse209. Mary Shelley souligne le goût de la vie domestique, le romanesque, la famille, la solidarité et la compassion dans la vie de ses sujets. Sa certitude que de telles forces peuvent améliorer la société relie son approche biographique avec celles d’autres historiennes féministes comme Mary Hays et Anna Jameson210. Contrairement à ses romans, dont la plupart furent imprimés à quelques centaines d’exemplaires, chaque volume des Vies fut imprimé à 4 000 exemplaires faisant, selon Kucich, « de son usage de la biographie pour faire avancer la cause de l’historiographie féminine dans la société, l’une de ses plus influentes interventions politiques »211.

Travaux d’annotations et de commentaires

« Les qualités qui frappaient toute personne qui venait d'être présentée à Shelley, étaient, tout d’abord, la douce et chaleureuse bonté qui animait ses rapports humains d’une chaude affection et d’une prévenante gentillesse. C’était ensuite l’empressement et l’ardeur avec laquelle il était attaché à la cause du bonheur humain et à son amélioration. »

— Mary Shelley, « Preface », Œuvres poétiques de Percy Bysshe Shelley212.

Peu après la mort de Percy Shelley, Mary se décide à écrire sa biographie. Dans une lettre du 17 novembre 1822, elle annonce : « Je vais écrire sa vie – et m’occuper ainsi de la seule manière propre à en tirer consolation »213. Cependant, son beau-père, Sir Timothy Shelley, lui interdit, avec succès, de le faire214,N 18. Marie commence la promotion de la réputation poétique de Percy en 1824, avec la publication de Poèmes Posthumes. En 1839, tout en travaillant sur Lives, elle prépare une nouvelle édition de sa poésie, qui deviendra, selon les propres mots de la spécialiste littéraire Susan J. Wolfson, « l’évènement canonisateur » dans l’histoire de la renommée de son époux215. L’année suivante, Mary Shelley publie un volume de lettres, d'essais, de traduction et d'extraits de son époux, et durant les années 1830, elle présente sa poésie à un public plus large en publiant des œuvres choisies dans la publication annuelle The Keepsake216.

Elle réussit à esquiver l’interdiction de Sir Timothy en incluant dans ces éditions ses propres annotations et réflexions sur le travail et la vie de son mari217. Elle déclare en 1824 : « Je dois justifier ses choix. Je dois le faire aimer par la postérité »218. C’est cet objectif, argumente Blumberg, qui la pousse à présenter au public le travail de Percy Shelley « de la manière la plus populaire possible »219. Pour adapter son travail à un public victorien, elle présente Percy Shelley comme un poète lyrique et non comme un poète politique220. Comme l’écrit Mary Favret : « Percy désincarné personnifie la poésie elle-même »221. Mary maquille le radicalisme politique de Percy en une forme de sentimentalisme, argumentant que son républicanisme provient d’une empathie envers ceux qui souffrent222. Elle insère des anecdotes romantiques de sa bienveillance, de son attachement à la vie de famille et de son amour de la nature223. Se décrivant comme la « muse pratique » de Percy, elle fait également remarquer qu’elle lui suggérait des améliorations quand il écrivait224.

Malgré les émotions provoquées par cette tâche, Mary Shelley prouve sans aucun doute qu’elle est une commentatrice professionnelle et érudite225. Travaillant à partir des carnets de note désordonnés et parfois illisibles de Percy, elle essaie de classer des écrits par ordre chronologique et elle inclut des poèmes comme Epipsychidion, destiné à Emilia Viviani, qu’elle aurait préféré laisser de côté226. Cependant, elle fut obligée de faire plusieurs compromis et, comme le fait remarquer Blumberg, « les critiques modernes ont trouvé des fautes dans les éditions et affirment qu’elle a mal recopié, mal interprété, volontairement occulté et tenté de montrer le poète comme quelqu’un qu’il n’était pas »227. D’après Wolfson, Donald Reiman, un commentateur moderne des travaux de Percy Bysshe Shelley, se réfère encore aux éditions de Mary Shelley, même s’il reconnaît que son style appartient « à une époque où l’objectif du travail de mise en forme et d'annotation n’était pas d’établir des textes précis et critiques, mais de présenter un exposé complet de la carrière de l’écrivain pour le lecteur moyen »228. En principe, Mary croit dans la publication de chacun des mots de l’œuvre de son mari229, mais elle doit supprimer certains passages, soit sous la pression de son éditeur, Edward Moxon, soit par respect pour les convenances230. Pour la première édition, elle supprime par exemple les passages athées de Queen Mab. Après qu’elle les eut réintroduits dans la deuxième édition, Moxon est poursuivi et condamné pour diffamation blasphématoire, mais il échappera au châtiment231. Les omissions de Mary Shelley provoquent des critiques, souvent des invectives, de la part des anciens proches de Percy Shelley232, et les critiques l’accusent, entre autres, d’inclusions malvenues233. Ses notes restent cependant une source essentielle pour l’étude des travaux de Percy Shelley. Comme l’explique Bennett, « biographes et critiques s’accordent à penser que l’engagement de Mary Shelley pour que Shelley obtienne l'attention qu’elle pense que son œuvre mérite est la force essentielle, unique, qui a établi la renommée de Shelley durant une période où il aurait certainement disparu de la vue du public »234.

Notoriété

 

 

 

Pieta néo-classique d'une femme tenant sur ses genoux le corps d'un homme.
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Gravure de George Stodart d’après un monument à Mary et Percy Shelley par Henry Weekes (1853).

 

 

 

 

De son vivant, Mary Shelley est prise au sérieux en tant qu’écrivain, même si souvent les critiques ignorent le côté politisé de ses écrits. Après sa mort, on se souvient d’elle principalement en tant qu’épouse de Percy Bysshe Shelley et comme l’auteur de Frankenstein235. L’éditeur Frederick Jones écrit même, dans l’introduction du recueil de lettres publié en 1945 : « un recueil de cette taille n’est pas justifié par la qualité des lettres de Mary Shelley ou par son importance en tant qu’écrivain. C’est comme épouse de Percy Bysshe Shelley qu’elle attise notre intérêt »236. Cette attitude perdure en 1980 quand Betty T. Bennett publie le premier volume du texte intégral des lettres de Mary Shelley. Elle explique : « le fait est que, jusqu’il y a quelques années, les chercheurs n’ont considéré Mary Wollstonecraft Shelley que comme un produit : la fille de William Godwin et Mary Wollstonecraft, qui devint le pygmalion de Shelley »237. Il faut attendre Mary Shelley : Romanesque et Réalité d’Emily Sunstein en 1989 pour qu’une biographie universitaire lui soit entièrement consacrée238.

Les tentatives du fils et de la belle-fille de Mary Shelley de rendre sa mémoire plus « victorienne » en censurant des documents biographiques contribuèrent à créer une image plus conventionnelle et moins réformiste que son œuvre ne le suggère. Cette impression est renforcée par ses propres timides omissions des travaux de Percy Shelley et sa fuite devant la controverse publique durant ses dernières années. Les critiques Hogg, Trelawny et d’autres admirateurs de Percy Shelley ont aussi eu tendance à minimiser le radicalisme de Mary Shelley. Dans Souvenirs de Shelley, Byron et de l’Auteur (1878), Trelawny rend hommage à Percy Shelley au détriment de Mary, mettant en doute son intelligence et même sa paternité de Frankenstein239. Lady Shelley, épouse de Percy Florence, répondit partiellement à cette attaque en publiant à compte d’auteur une collection de lettres dont elle avait hérité : Shelley et Mary en 1882240.

Depuis la première adaptation au théâtre de Frankenstein, en 1823, jusqu'aux adaptations cinématographiques du vingtième siècle, telle que la première version de 1910 ou les versions plus célèbres du Frankenstein de James Wales en 1931, le Frankenstein Junior de Mel Brooks en 1974 et le Frankenstein de Mary Shelley de Kenneth Brannagh en 1994, une grande partie du public rencontre Mary Shelley pour la première fois à travers une adaptation241. Durant le XIXe siècle, Mary Shelley est perçue au mieux, comme l’auteur d’un seul roman, plutôt que comme l’écrivain professionnel qu’elle était. Une grande partie de ses travaux est restée épuisée jusqu’aux trente dernières années, empêchant d'avoir une vue plus globale de son œuvre242. Au cours des dernières décennies, la republication de la quasi-intégralité de ses écrits a stimulé une nouvelle reconnaissance de sa valeur. Son habitude de lire et d'étudier intensément, révélé dans son journal et dans ses lettres et reflété dans ses œuvres, est ainsi mieux appréciée243. On reconnaît également sa perception d’elle-même en tant qu’auteur. Après la mort de Percy, elle écrit sur ses ambitions d’auteur : « Je pense que je peux subvenir ainsi à mes besoins, et il y a quelque chose de stimulant dans cette idée »244. Les chercheurs considèrent à présent Mary Shelley comme une figure romantique majeure, importante tant pour son œuvre littéraire que pour sa voix politique de femme et de libérale240.

Sélection d'ouvrages

Romans 
Récits de voyages 
Histoires pour enfants 
  • Proserpine et Midas, 1820
  • Maurice ou le cabanon du pêcheur, 1820
Nouvelles 
  • Une histoire de passions, 1822
  • L'Endeuillée et autres récits, 1829
  • La Jeune Fille invisible, 1832
  • The Mortal Immortal: A Tale, 1833
Édition 
  • Poèmes posthumes de Percy Bysshe Shelley, 1824
  • Œuvres poétiques de Percy Bysshe Shelley, 1839.

 

 

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 09:18

Mary Shelley

 

 

 

 


 

Mary Shelley

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Mary Shelley par Richard Rothwell.

 

 

 

 

Nom de naissance Mary Wollstonecraft Godwin
Activités Romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe, auteur de récits de voyage
Naissance 30 août 1797
Londres, Drapeau d'Angleterre Angleterre
Décès 1er février 1851 (à 53 ans)
Londres, Drapeau d'Angleterre Angleterre
Langue d'écriture Anglais britannique
Mouvement Romantisme
Genres Fantastique, tragique, sublime

Œuvres principales

 

 

 

 

 

 

 

 

Mary Shelley, née Mary Wollstonecraft Godwin le 30 août 1797 à Somers Town, un faubourg de Londres, et morte le 1er février 1851 à Belgravia (Londres), est une femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Elle est surtout connue pour son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Fille de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et de l'écrivain politique William Godwin, elle perd sa mère alors qu'elle-même n'est âgée que de onze jours. Son père se remarie quatre ans plus tard. Il offre à sa fille une éducation riche et l'encourage à adhérer à ses théories politiques libérales. En 1814, Mary Godwin entame une liaison avec un homme marié, partisan de son père, Percy Bysshe Shelley. Accompagné de Claire Clairmont, la fille de la belle-mère de Mary, le couple voyage à travers l'Europe. Au cours des deux années qui suivent, Mary et Percy affrontent un endettement permanent et la mort de leur fille. Ils se marient en 1816, après le suicide de la première épouse de Percy.

En 1816, lors d'un séjour près de Genève, Mary (devenue Mary Shelley) écrit son premier roman, Frankenstein. En 1818, les Shelley quittent la Grande-Bretagne pour l'Italie, où meurent leur deuxième et leur troisième enfant, avant que Mary Shelley ne donne naissance à son fils, Percy Florence Shelley, qui seul survivra. En 1822, son mari se noie dans le golfe de la Spezia, au cours d'une tempête. Un an plus tard, Mary Shelley retourne en Angleterre et, dès lors, se consacre entièrement à l'éducation de son fils et à sa carrière d'auteur. Les dix dernières années de sa vie sont marquées par la maladie. Elle décède d'une tumeur du cerveau le 1er février 1851.

Jusqu'aux années 1970, Mary Shelley, outre son Frankenstein, est surtout connue pour les efforts qu'elle fit en vue de faire publier les œuvres de son mari. Les études récentes ont permis une vision plus complète de son œuvre et montré que Mary Shelley est restée toute sa vie une radicale sur le plan politique, soutenant l'idée que la coopération et la solidarité, pratiquées tout naturellement par les femmes au sein de leur famille, sont la voie qui permet de réformer la société civile.


Enfance

 

 

 


Articles détaillés : Mary Wollstonecraft et William Godwin.

 

 

 

Page manuscrite nette et organisée du journal de William Godwin.
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Page extraite du journal de William Godwin et consignant la « naissance de Mary, 20 minutes après 11 heures du soir » (colonne de gauche, quatrième ligne).

 

 

 

 

 

Marie Shelley est née Mary Wollstonecraft Godwin à Somers Town, petit faubourg londonien situé au sud de Camden Town, le 30 août 1797. Elle est le deuxième enfant de la philosophe féministe, éducatrice et femme de lettres Mary Wollstonecraft, et le premier enfant du philosophe, romancier et journaliste William Godwin. Mary Wollstonecraft meurt de fièvre puerpérale onze jours après la naissance de l'enfant et Godwin se retrouve seul à élever Mary et sa demi-sœur, Fanny Imlay, née hors mariage de l'union de Mary Wollstonecraft avec le spéculateur Gilbert Imlay1. Un an après la mort de sa femme, Godwin lui rend un hommage sincère en publiant Mémoires de l'auteur de Défense des droits de la femme (1798). Ces mémoires provoqueront le scandale en révélant les liaisons de Mary Wollstonecraft et son enfant illégitime2.

D'après la correspondance de Louisa Jones, nurse et femme de charge de William Godwin, l'enfance de Mary est heureuse3. Mais Godwin, souvent très endetté, et pressentant qu'il ne peut élever seul ses enfants, décide de se remarier4. En décembre 1801, il épouse Mary Jane Clairmont, femme instruite, déjà mère de deux enfants – Charles et ClaireN 1. La plupart des amis de Godwin n'apprécient pas sa nouvelle femme, la trouvant querelleuse et irascible5,N 2 mais Godwin lui est dévoué et le mariage est heureux6. Mary Godwin déteste sa belle-mère, probablement, comme le suggère C. Kegan Paul, biographe de William Godwin au XIXe siècle, parce que cette dernière préfère ses propres enfants7.

Les époux Godwin ouvrent une maison d'édition nommée M.J. Godwin, qui vend des livres pour enfants, ainsi que de la papeterie, des cartes et des jeux. Les affaires ne sont pas cependant florissantes et Godwin est obligé d'emprunter des sommes importantes pour assurer la survie de son entreprise8. En 1809, l'affaire de Godwin est proche de la faillite, et lui est « proche du désespoir »9. Il est sauvé de la prison pour dettes par des admirateurs de sa philosophie tels que Francis Place, qui lui prête de l'argent10.

 

 

 

 

Gravure en noir et blanc montrant les monuments de Londres en arrière-plan et les voitures et les gens au premier plan.
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Le Polygon (à gauche) à Somers Town, Londres, entre Camden Town et St Pancras, où Mary Godwin est née et a passé ses premières années.

 

 

 

 

 

Mary ne suit pas une scolarité régulière, mais son père assure lui-même en partie son instruction, lui enseignant les matières les plus diverses. Godwin a l'habitude d'offrir à ses enfants des sorties éducatives ; ils ont accès à sa bibliothèque et côtoient les nombreux intellectuels qui lui rendent visite, comme Samuel Taylor Coleridge, le poète romantique, ou Aaron Burr11, ancien vice-président des États-Unis. Si Godwin reconnaît ne pas élever ses enfants en accord avec la philosophie de Mary Wollstonecraft, telle qu'elle l'avait décrite dans des ouvrages comme Défense des droits de la femme (1792), Mary reçoit cependant une éducation poussée et rare pour une fille de son époque. Elle a une gouvernante, un professeur particulier, et lit les manuscrits de son père portant sur l'histoire grecque et romaine pour les enfants12. En 1811, et durant 6 mois, elle est mise en pension à Ramsgate13. À quinze ans, son père la décrit comme « particulièrement audacieuse, quelque peu tyrannique et ayant l'esprit vif. Sa soif de connaissances est sans limite et la persévérance qu'elle met dans chacune de ses entreprises, quasiment inébranlable »14.

En juin 1812, son père envoie Mary faire un séjour dans la famille dissidente du radical William Baxter, près de Dundee en Écosse15. Il écrit à Baxter : « Je tiens à ce qu'elle soit élevée… comme une philosophe, voire comme une cynique. »16 Les historiens spéculeront sur les raisons de son éloignement : sa santé, l'aspect sordide du commerce, ou l'initiation à la politique radicale17. Mais Mary Godwin se plait dans le vaste cadre de la maison des Baxter et dans la compagnie de ses quatre filles, et elle y retournera, à l'été 1813, pour un séjour de dix mois18. En 1831, dans l'introduction de Frankenstein, elle se souvient : « J'écrivais alors – mais avec un style très quelconque. Ce fut sous les arbres du domaine de notre maison, ou sur les flancs désolés des montagnes toutes proches, que mes œuvres véritables, le vol aérien de mon imagination, naquirent et furent nourris »19.

Percy Bysshe Shelley

 

 

 

Article détaillé : Percy Bysshe Shelley

 

 

 

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Gravure en noir et blanc montrant une église en arrière-plan, avec une rivière qui coule au premier plan. Deux personnes sont assises sur la rive, et une autre est en train de nager. Des arbres encadrent l'image.
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Le 26 juin 1814, Mary déclare son amour à Percy sur la tombe de Mary Wollstonecraft dans le cimetière de St Pancras Old Church (ci-contre en 1815).

 

 

 

 

Mary Godwin semble avoir rencontré pour la première fois le poète et philosophe Percy Bysshe Shelley entre ses deux séjours en Écosse20. À son second retour chez elle, le 30 mars 1814, Percy Shelley s’est brouillé avec sa femme et rencontre régulièrement Godwin, dont il avait accepté de renflouer les dettes21. Le radicalisme de Shelley, et notamment ses visions de l’économie, qui lui avaient été inspirées par le Justice politique (1793) de Godwin, l’avait éloigné de sa riche famille aristocrate : celle-ci voulait qu’il poursuive le modèle traditionnel de l’aristocratie terrienne alors que lui voulait faire don de grandes parts de la fortune familiale à des projets visant à aider les défavorisés. D'ailleurs, Percy Shelley aura de grandes difficultés financières jusqu’au jour où il touchera son héritage, sa famille craignant qu’il ne dilapide son argent dans des projets de « justice politique ». De ce fait, et après plusieurs mois de promesses, Shelley annonça qu’il ne pouvait, ou ne voulait, pas payer toutes les dettes de Godwin. Ce dernier, furieux, se sentit trahi22.

Mary et Percy commencent à se rencontrer secrètement au cimetière St Pancras, sur la tombe de Mary Wollstonecraft, et ils tombent amoureux - elle a presque dix-sept ans, lui près de vingt-deux23. Au grand dam de Mary, son père désapprouve cette relation, essaye de la combattre et de sauver la « réputation sans tache » de sa fille. Au même moment, Godwin apprend l’incapacité de Shelley de rembourser ses dettes pour lui24. Mary, qui écrivit plus tard « son attachement excessif et romantique pour (son) père »25, est désorientée. Elle voit en Percy Shelley la personnalisation des idées libérales et réformistes de son père durant les années 1790, et notamment celle que le mariage est un monopole tyrannique, idée qu’il argumenta dans l’édition de 1793 de Justice politique mais désavoua plus tard26. Le 28 juillet 1814, le couple s’enfuit en France, emmenant Claire Clairmont, la fille de la belle-mère de Mary27, mais laissant derrière eux la femme enceinte de Percy.

Après avoir convaincu Mary Jane Godwin, qui les avait poursuivis jusqu’à Calais, qu’ils ne voulaient pas revenir, le trio voyage jusqu’à Paris, puis jusqu’en Suisse, sur un âne, une mule ou en carriole, à travers une France récemment ravagée par la guerre. « C’était comme de vivre dans un roman, comme d'incarner une histoire romanesque » se rappelle Mary Shelley en 182628. Durant leur voyage, Mary et Percy lisent des ouvrages de Mary Wollstonecraft et d’autres auteurs, tiennent un journal commun, et continuent leurs propres écrits29. À Lucerne, le manque d’argent les oblige à rentrer. Ils voyagent alors le long du Rhin jusqu’au port danois de Marluys, pour arriver à Gravesend (Angleterre), dans le Kent, le 13 septembre 181430.

 

 

 

 

Portrait en buste, d'un homme portant une veste noire et une chemise blanche de travers et ouverte sur sa poitrine.
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Percy Bysshe Shelley fut inspiré par le radicalisme de Godwin dans Justice politique (1793). (Portait par Amelia Curran, 1819).

 

 

 

La situation qui attend Mary Godwin en Angleterre s’avère semée de difficultés qu’elle n’avait pas toutes prévues. Avant ou pendant le voyage, elle est tombée enceinte. Elle se retrouve avec un Percy sans argent, et, à la grande surprise de Mary, son père ne veut plus entendre parler d’elle31. Le couple et Claire emménagent dans divers meublés à Somers Town, puis à Nelson Square. Leur programme de lecture et d’écriture est toujours aussi intense et ils invitent des amis de Percy Shelley comme Thomas Jefferson Hogg et l’écrivain Thomas Love Peacock32. Pour éviter les créanciers, Percy Shelley quitte leur maison durant de courtes périodes33. Les lettres éperdues du couple révèleront la douleur de ces séparations34.

Enceinte et souvent malade, Mary Godwin doit faire face à la joie de Percy à la naissance de son fils et de celui d’Harriet Shelley à la fin de 1814 et à ses fréquentes sorties avec Claire ClairmontN 3. Elle est partiellement réconfortée par les visites de Hogg, qu’elle n’appréciait guère au départ mais qu’elle considérera bien vite comme un ami proche35. Percy Shelley semble avoir voulu que Mary Godwin et Hogg deviennent amants36. Mary ne rejette pas l’idée puisqu’elle est censée être adepte de l’amour libre37. En pratique cependant, c'est de Percy Shelley qu'elle est amoureuse, et elle ne semble pas s'être aventurée plus loin que le flirt avec Hogg38,N 4. Le 22 février 1815, elle donne naissance à une prématurée de 2 mois, qui a peu de chance de survie. Le 6 mars, elle écrit à Hogg :

« Mon cher Hogg, mon bébé est mort – Viendrez-vous me voir dès que possible. J’ai envie de vous voir – Il allait très bien quand je me suis couchée – je me suis réveillée pour le faire téter et il semblait dormir si calmement que je n’ai pas voulu le réveiller. Il était alors déjà mort, mais nous ne nous en sommes rendu compte qu’au matin - d’après son aspect, il était mort de convulsions – Viendrez-vous – vous êtes une créature si calme et Shelley a peur de la fièvre provoquée par le lait – car je ne suis plus mère à présent. »39

La perte de son enfant provoque une sévère dépression chez Mary Godwin, hantée par des visions du bébé, mais elle tombe enceinte à nouveau et, à l’été, elle est rétablie40. Avec l’amélioration des finances de Percy Shelley suite au décès de son grand-père, Sir Bysshe Shelley, le couple part en vacances à Torquay, puis loue un cottage à deux étages à Bishopsgate, aux abords du parc de Windsor41. On connaît peu de choses de cette période de la vie de Mary Godwin, son journal intime, entre mai 1815 et juillet 1816, ayant été perdu. À Bishopsgate, Percy écrit son poème Alastor, et le 24 janvier 1816, Mary donne naissance à un deuxième enfant, nommé William, comme son père, et qui fut rapidement surnommé « Willmouse ». Dans son roman, le dernier homme, elle décrira Windsor comme un Jardin d’Eden42.

Lac Léman et Frankenstein

 

 

 

Manuscrit de Frankenstein.
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Brouillon de Frankenstein (« Ce fut par une sinistre nuit de novembre que je parvins à mettre un terme à mes travaux… »).

 

 

 

 

En mai 1816, Mary Godwin, Percy Shelley, leur fils et Claire Clairmont partent pour Genève. Ils ont prévu de passer l'été avec le poète Lord Byron, dont Claire est enceinte43. Le groupe arrive à Genève le 14 mai 1816, et Mary se fait appeler « Mme Shelley ». Byron les rejoint le 25 mai, avec un jeune médecin, John William Polidori44, et loue la villa Diodati à Cologny, un village dominant le lac Léman.

 

 

 

 

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Vue actuelle de la villa Diodati et de son jardin.

 

 

 

 

Percy Shelley loue une maison plus modeste, la Maison Chapuis, au bord du lac45. Ils passent leur temps à écrire, à faire du bateau sur le lac, et à discuter jusqu'au cœur de la nuit46.

« Ce fut un été humide et rigoureux, se rappelle Mary Shelley en 1831, et la pluie incessante nous confinait des jours entiers à l'intérieur de la maison »47,N 5 Entre autres sujets, la conversation tourne autour des expériences du poète et philosophe naturaliste Erasmus Darwin, au XVIIIe siècle, dont on prétendait qu'il avait ranimé de la matière morte, et autour du galvanisme et de la possibilité de ramener à la vie un cadavre ou une partie du corps48. Autour du foyer de la villa Diodati, les cinq amis s'amusent à lire des histoires de fantômes allemandes, le Gespensterbuch traduit en français sous le titre Fantasmagoriana, ce qui donne à Byron l'idée de proposer à chacun d'écrire sa propre histoire fantastique. Peu après, rêvant éveillée, Mary conçoit l'idée de Frankenstein :

« Je vis l'étudiant blême des arts impies s'agenouiller à côté de la chose qu'il avait créée. Je vis le fantasme hideux d'un homme se lever, puis, par le travail de quelque machine puissante, montrer des signes de vie, et bouger en un mouvement malaisé et à moitié vivant. Il faut que cela soit effrayant, car l'effet de toute entreprise humaine se moquant du mécanisme admirable du Créateur du monde ne saurait qu'être effrayant au plus haut point49,N 6. »

Elle commence à écrire ce qu'elle croyait être une nouvelle. Avec les encouragements de Percy Shelley, elle développe cette histoire en ce qui deviendra son premier roman : Frankenstein ou le Prométhée moderne, publié en 181850. Elle décrira plus tard cet été en Suisse comme le moment « où je sortis de l'enfance pour entrer dans la vie. »44

Bath et Marlow

À leur retour en Angleterre, en septembre, Mary et Percy emménagent à Bath et Claire Clairmont, dont ils espèrent tenir secrète la grossesse, s'installe dans la même ville, non loin de leur nouveau domicile51. À Cologny, Mary Godwin a reçu deux lettres de sa demi-sœur, Fanny Imlay, faisant allusion à sa « vie malheureuse ». Le 9 octobre, Fanny écrit une « lettre alarmante » de Bristol qui incite Percy à partir à sa recherche, sans succès. Au matin du 10 octobre, Fanny Imlay est retrouvée morte dans une chambre d'hôtel à Swansea, avec à ses côtés une lettre de suicide et une bouteille de laudanum. Le 10 décembre, la femme de Percy, Harriet, est découverte noyée dans la Serpentine, à Hyde Park, Londres52. Les deux suicides sont étouffés. La famille d'Harriet contrecarre les efforts de Percy, pleinement soutenu par Mary Godwin, en vue d'obtenir la garde de ses enfants. Les avocats de Percy lui conseillent de se marier pour améliorer sa cause. Leur union est célébrée le 30 décembre  1816 en l'église St Mildred, dans le quartier de Bread Street, à Londres53. M. et Mme Godwin sont présents et le mariage permet de clore la querelle familiale54.

Claire Clairmont donne naissance à une petite fille le 13 janvier, qui est prénommée Alba dans un premier temps, puis Allegra55,N 7. En mars de la même année, la Cour de Chancery déclare Percy Shelley moralement inapte à assumer la garde de ses enfants et les place dans la famille d'un pasteur56. Le même mois, les Shelley déménagent, avec Claire et Alba, à Albion House, un grand immeuble humide sur la Tamise, à Marlow, dans le Buckinghamshire. C'est là que Mary Shelley met au monde son troisième enfant, Clara, le 2 septembre. À Marlow, ils divertissent leurs nouveaux amis Marianne et Leigh Hunt, travaillent d'arrache-pied à leurs écrits et discutent souvent de politique57.

Au début de l'été 1817, Mary Shelley termine Frankenstein, qui est publié anonymement en janvier 1818. Critiques et lecteurs supposent que Percy Shelley en est l'auteur, puisque le livre est publié avec sa préface et dédié à son héros politique, William Godwin58. À Marlow, Mary rédige le journal de leur voyage continental de 1814, ajoutant des documents écrits en Suisse en 1816, ainsi que le poème de Percy, Mont Blanc. Le résultat est Histoire d'un circuit de six semaines, publié en novembre 1817. Cet automne là, Percy Shelley vit souvent loin de la maison à Londres pour éviter les créanciers. La menace de la prison pour dettes, leur mauvaise santé et la peur de perdre la garde de leurs enfants contribuent à la décision du couple de quitter l'Angleterre pour l'Italie le 12 mars 1818, emmenant Claire et Alba avec eux59. Ils partent sans intention de retour60.

Italie

À peine arrivés en Italie Claire et les Shelley laissent la petite Alba à la garde de Byron, qui vit alors à Venise et qui a convenu de la prendre en charge à condition que Claire renonce à ses droits maternels sur l'enfant61. Ils se lancent ensuite dans une existence itinérante, sans jamais séjourner longtemps dans les villes qu'ils visitent62,N 8. En voyageant, ils s'entourent aussi d'un cercle d'amis et de connaissances qui va souvent se déplacer avec eux. Le couple consacre son temps à l'écriture, la lecture, l'apprentissage, le tourisme et la vie en société. Pour Mary, l'aventure italienne est cependant gâchée par la mort de ses deux enfants – Clara, en septembre 1818 à Venise, et William, en juin 1819 à Rome63,N 9. Ces pertes la laissent dans une profonde dépression et l'isolent de son mari, qui écrit dans son journal :

My dearest Mary, wherefore hast thou gone,
And left me in this dreary world alone?
Thy form is here indeed—a lovely one—
But thou art fled, gone down a dreary road
That leads to Sorrow’s most obscure abode.
For thine own sake I cannot follow thee
Do thou return for mine.

Ma chère Mary, pourquoi t'en es-tu allée,
Et dans ce triste monde seul m'as-tu laissé ?
Ton corps est bien ici – si charmant –
Mais tu as fui, partie sur une triste route
Qui conduit à la demeure la plus obscure du Chagrin
Pour ton propre bien je ne peux pas te suivre
Mais reviens pour le mien64.

 

 

 

Portrait en noir et blanc, montrant en buste un tout jeune enfant, portant une petite chemise qui tombe de son corps, révélant la moitié de sa poitrine. Il a une courte cheveleure blonde et tient une rose.
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William « Willmouse » Shelley, peint juste avant d'être emporté par la malaria en 1819 (portrait par Amelia Curran, 1819).

 

 

 

 

Pendant quelque temps, Mary Shelley ne trouve de réconfort que dans l'écriture65. La naissance de son quatrième enfant, Percy Florence, le 12 novembre 1819, diminue quelque peu son chagrin66, même si elle pleurera la mémoire de ses enfants perdus jusqu'à la fin de sa vie67.

L'Italie offre aux Shelley, à Byron et autres exilés, une liberté politique inaccessible chez eux. Malgré le lien avec ses deuils personnels, l'Italie devient pour Mary Shelley « un pays que le souvenir peindra comme un paradis »68. Leurs années italiennes sont une période d'activité intellectuelle et créative intense pour les deux Shelley. Pendant que Percy compose une série de poèmes majeurs, Mary écrit le roman autobiographique Matilda, le roman historique Valperga et les pièces Proserpine et Midas. Mary écrit Valperga pour alléger les difficultés financières de son père, Percy refusant désormais de l'aider69. Elle est souvent malade et sujette à la dépression. Elle doit aussi faire face à l'intérêt que porte Percy aux autres femmes, telles Sophia Stacey, Emilia Viviani et Jane Williams70. Partageant sa foi dans un mariage non exclusif, Mary noue ses propres liens affectifs parmi les hommes et les femmes de son entourage. Elle est particulièrement proche du révolutionnaire grec Aléxandros Mavrokordátos et de Jane et Edward Williams71,N 10.

 

 

 

 

Portrait d'une femme montrant son cou et sa tête. Sa chevelure brune a de petites mèches bouclées (« anglaises »), et on peut voir le jabot plissé qui orne le devant de sa robe. La peinture est dans des tons oranges et bruns.
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Claire Clairmont, fille de la belle-mère de Mary et maîtresse de Lord Byron (portrait par Amelia Curran, 1819).

 

 

 

 

En décembre 1818, les Shelley, Claire et leurs domestiques descendent vers le sud à Naples, où ils demeurent 3 mois, recevant un seul visiteur, un médecin72. En 1820, ils sont accusés et menacés par Paolo et Elise Foggi, d'anciens domestiques congédiés par Percy Shelley peu après leur mariage73. Le couple révèle que, le 27 février 1819, à Naples, Percy Shelley a enregistré comme sa fille et celle de Mary Shelley un bébé de 2 mois nommé Elena Adélaïde Shelley74. Les Foggi prétendent que la mère de l'enfant est Claire Clairmont75. Les biographes interprètent ces évènements de façons très variées : que Percy Shelley avait décidé d'adopter un enfant de la région, que l'enfant était le sien et celui d'Elise, de Claire ou d'une femme inconnue, ou que c'était l'enfant d'Elise et Lord Byron76,N 11. Mary Shelley déclare qu'elle se serait aperçue si Claire avait été enceinte, mais on ignore ce qu'elle savait vraiment77. Les évènements de Naples, ville que Mary qualifiera plus tard de paradis habité par des diables78, resteront enveloppés de mystèreN 12. La seule certitude est qu'elle-même n'est pas la mère de l'enfant. Elena Adélaïde Shelley mourra à Naples le 9 juin 182079.

Au cours de l'été 1822, Mary, enceinte, emménage avec Percy, Claire, Edward et Jane Williams dans la Villa Magny, isolée au bord de la mer près du hameau de San Terenzo dans la baie de Lerici. Une fois installé, Percy révèle à Claire que sa fille Allegra est morte du typhus au couvent de Bagnacavallo80. Mary, qui se sent l'esprit égaré et malheureux dans la petite et lointaine Villa Magni, finit par la comparer à un cachot81. Le 16 juin, elle fait une fausse-couche, perdant tellement de sang qu'elle frôle la mort. En attendant l'arrivée du médecin, Percy plonge sa femme dans un bain d'eau glacé pour stopper l'hémorragie, geste dont le médecin dira plus tard qu'il lui a sauvé la vie82. Cependant tout ne va pas bien dans leur couple cet été là et Percy passe plus de temps avec Jane Williams qu'avec sa femme déprimée et faible83. La plupart des courts poèmes qu'écrit Shelley à San Terenzo sont adressés à Jane au lieu de Mary.

Le bord de mer permet à Percy Shelley et Edward Williams de profiter de leur « jouet idéal pour l'été », un nouveau voilier84. Le bateau a été dessiné par Daniel Roberts et Edward Trelawny, un admirateur de Byron qui a rejoint la compagnie en janvier 182285. Le 1er juillet 1822, Percy Shelley, Edward Williams, et le capitaine Daniel Roberts naviguent vers le sud le long de la côte jusqu'à Livourne. Percy y discute avec Byron et Leigh Hugh du lancement d'un nouveau magazine, The Liberal86. Le 8 juillet, accompagné d'Edward Williams, il reprend le chemin du retour avec un jeune matelot de 18 ans, Charles Vivian87. Ils n'atteindront jamais leur destination.

Une lettre de Hunt, datée du 8 juillet et destinée à Percy Shelley, arriva à la Villa Magni. Hunt y écrit : « Je vous en prie, dites-nous comment vous êtes rentrés chez vous, on dit que vous avez eu très mauvais temps après votre départ lundi et nous sommes inquiets »88. « Le papier me tomba des mains », racontera plus tard Mary à une amie. « Je tremblais de tout mon corps »88. Mary et Jane Williams se précipitent à Livourne puis à Pise dans l'espoir de retrouver leurs maris vivants. Dix jours après la tempête, trois corps sont rejetés sur le rivage près de Viareggio, à mi-chemin entre Livourne et Lerici. Trelawny, Byron et Hunt incinèreront le corps de Shelley sur la plage de Viareggio89.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 08:06

L'Enfant de Marie

 

 

 


L'Enfant de Marie
Conte populaire
Titre L'Enfant de Marie
Titre original Marienkind
Autre(s) titre(s) L'Enfant de la bonne Vierge
Folklore
Genre Conte merveilleux
Aarne-Thompson AT 710
Personnage(s)-type(s) Fée ou Vierge Marie
Pays Allemagne1
Région Hesse1
Extension Europe
Proche-Orient
Afrique du Nord
Jamaïque2
Époque XVIIe siècle3
XIXe siècle1
Version(s) littéraire(s)
Publié dans Frères Grimm, Kinder- und Hausmärchen, vol. 1 (1812)

 

 

 

 

 

L'Enfant de Marie ou L'Enfant de la bonne Vierge (en allemand Marienkind) est un conte populaire allemand qui figure parmi ceux recueillis par les frères Grimm dans le premier volume de Contes de l'enfance et du foyer (Kinder- und Hausmärchen, 1812, n° KHM 3). La trame du récit a des origines cependant plus anciennes et remonte au moins au XVIIe siècle.

 

 

Versions

 


La version recueillie par les frères Grimm vient de Hesse4. Le conte comporte certains liens de parenté avec Facce de crapa (i.e. Visage de chèvre), figurant dans le Pentamerone de Giambattista Basile (XVIIe siècle), où il est question d'une jeune fille élevée par une fée apparaissant d'abord sous l'aspect d'un lézard ; après son éducation, la jeune fille se montre ingrate envers la fée, qui formule alors le vœu de voir le visage de la fille transformé en celui d'une chèvre, un souhait qui aussitôt qui se réalise ; quand plus tard la jeune fille prend enfin conscience de sa mauvaise conduite, la fée met un terme au sortilège.

 

Résumé (version Grimm)


Un bûcheron et sa femme n'ont qu'un seul enfant, une petite fille de trois ans. Ils sont si pauvres qu'ils ne savent pas comment la nourrir. Alors, la Vierge Marie apparaît et demande au bûcheron de pouvoir emmener la fillette au Ciel. Le bûcheron accepte.

 

 

 

La Vierge, la Trinité et tous les saints. Enluminure de Jean Fouquet pour les Heures d'Étienne Chevalier (XVe siècle).

 

 

 

 

Au Ciel, la petite fille ne manque de rien. Quand sa protégée a atteint l'âge de quatorze ans, la Vierge, qui se prépare à partir en voyage, lui confie les treize clefs du Royaume des Cieux. La petite peut en utiliser douze, mais il lui est interdit, sous peine de malheur, de se servir de la treizième. Après le départ de la Vierge, la fillette, qu'accompagnent des angelots, visite chaque jour l'une des demeures du Ciel et, émerveillée, découvre dans chacune d'elle un apôtre. Après douze jours, la seule clef dont elle ne se soit pas servi est celle qui ouvre la porte interdite, et la fillette, que la curiosité démange, finit par transgresser l'ordre que lui a donné Marie. Derrière la treizième porte, elle découvre la Trinité mais, en ouvrant, la fillette voit apparaître sur son doigt une tache d'or. Au retour de la Vierge, la fillette, à trois reprises, nie s'être servi de la treizième clef, et la Vierge, qui n'est pas dupe, la bannit du Ciel en guise de punition.

La fillette s'endort et se réveille dans une forêt enchantée. Se lamentant sur son sort, elle vit au creux d'un arbre, se nourrit de plantes sauvages, et use tous ses vêtements jusqu'à se retrouver nue. Un jour, un roi la trouve et tombe sous son charme. Bien qu'elle soit devenue muette, il l'emmène et l'épouse. Un an plus tard, celle qui est à présent devenue reine donne naissance à un fils. La Vierge, alors, lui apparaît et lui demande d'avouer s'être servie de la clef. La reine s'y refuse. La Vierge emporte le nouveau-né, suite à quoi le peuple se met à chuchoter que la reine a peut-être tué, et même mangé l'enfant. Un an après, la reine a de nouveau un fils, et tout se déroule comme l'année précédente. La troisième année, la reine a une fille. La Vierge l'emporte également : elle montre ses fils à la reine, mais celle-ci refuse toujours d'avouer son méfait. Les accusations d'infanticide portées contre la reine, à ce moment, deviennent si vives que le roi ne peut plus empêcher qu'on juge son épouse, et elle est condamnée à mort. Au moment où elle est emmenée au bûcher, elle est prise de remords et souhaite pouvoir se confesser avant de rendre l'âme. Alors, la Vierge Marie réapparaît, rend les enfants, sort la reine de son mutisme, et celle-ci peut vivre heureuse jusqu'à la fin de ses jours.

 

Classification


Le conte est rangé dans les contes AT 710, selon la classification Aarne-Thompson, un type auquel il donne son nom, « L'Enfant de Marie ». Sont également de ce type, par exemples, en France, Le Bénitier d'or, conte lorrain, La Toune ou L'Enfant de la montagne5...

 

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 23:01

Fée marraine

 

 

 

 



Fée marraine
Personnage de fiction apparaissant dans
Loire Indre Usse1 tango7174.jpg
Fées marraines autour du berceau de la Belle au bois dormant
« On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays »
Scène du château d'Ussé, en France.
Origine France
Genre Féminin
Caractéristique(s) Baguette
Entourage La Belle au bois dormant
Peau d'âne
Cendrillon
Riquet à la houppe
Les Fées
Ennemi(s) Vieille fée
Créé par Charles Perrault

La fée marraine, parfois appelée marraine la fée ou marraine la bonne fée, est un personnage récurrent des contes : il s'agit d'une fée, parfois munie d'une baguette, qui met sa bienveillance et ses pouvoirs surnaturels au profit exclusif de son ou sa filleule, auprès de qui elle joue un rôle de protecteur ou mentor, comme on peut l'attendre d'une marraine dans de nombreuses sociétés. Elle se penche sur le berceau du héros nouveau-né pour lui prodiguer des dons : de l'esprit (Riquet à la houppe), grâce, beauté (La Belle au bois dormant), où elle l'assiste et le protège à l'adolescence d'un père abusif (Peau d'âne), d'une marâtre tyrannique et de demi-sœurs cruelles (Cendrillon, Les Fées) ou d'un sort lancé par une méchante fée (la Belle au bois dormant).

 

 

Présentation

 


Des fées donatrices, une piqûre plongeant l’héroïne dans un sommeil léthargique dont elle ne sort que grâce à la venue d’un prince amoureux ou aux enfants qu’elle en a, ces thèmes familiers de la tradition des contes sont popularisés par Charles Perrault mais se trouvent déjà dans des récits antérieurs. Héritières des Parques, divinités de la mort et du destin dans la mythologie gréco-latine (le mot fée vient du latin fata, signifiant « déesse de la destinée », féminin de fatum, « le destin »), les marraines fées font leur apparition dans les romans du Moyen Âge :

  • Ogier le Danois reçoit la nuit de sa naissance les dons de trois fées, tout comme Brun de la Montagne
  • Auberon, dans Huon de Bordeaux, gratifié par deux fées, est condamné par la troisième à rester nain
  • dans le Jeu de la Feuillée, d’Adam de la Halle, la fée Maglore s’irrite de ne pas trouver comme ses consœurs, Morgue et Arsile, un beau couteau auprès de son assiette et se venge sur ceux qui ont mis la table

Si leur apparition demeure relativement rare dans les contes, leur figure s'est toutefois popularisée grâce au succès des récits de Madame d'Aulnoy, d'autres précieuses, mais surtout de Charles Perrault et ses Contes de ma mère l’Oye, où les fées marraines interviennent dans cinq contes sur onze. Dans trois de ces contes, elles possèdent des pouvoirs surnaturels symbolisés par une baguette « magique » qu’elles utilisent au bénéficie exclusif de leur filleule et protégée. La première des fées marraines de Perrault apparaît dans le conte de Peau d’Âne.

 

Contes de ma mère l’Oye


Ils ne contiennent pas moins de douze fées : les sept marraines de la Belle au bois dormant plus la vieille fée, les marraines de Peau d’Âne, de Cendrillon, de Riquet à la houppe, plus le personnage des Fées, qui n’a cependant pas le statut de marraine.

Elles ont le pouvoir de diriger, infléchir ou redresser la destinée de leurs protégés aux moments importants de leur vie : baptême, rencontre amoureuse. Le reste du temps, elles veillent, retirées dans des endroits inconnus (Royaume de Mataquin), mais ressurgissent toujours en cas de besoin. Elles transforment les objets et commuent la mort en un sommeil de cent ans. Elles ne sont cependant pas toutes puissantes et, bien qu’étendue, leur science a ses limites. Ainsi, la marraine de Peau d’Âne :

« Était bien savante
Et cependant elle ignorait encor
Que l’amour violent pourvu qu’on le contente
Compte pour rien l’argent et l’or ».

La Belle au bois dormant


Dans la version de Perrault elles sont sept et sont conviées à un repas rituel, celui du baptême. Les six premières offrent un don à la princesse, la septième amoindrit la malédiction lancé par la vieille fée, fâchée de n’avoir pas été conviée :

« On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. »
« Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un Ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un Rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments à la perfection. »

Les frères Grimm, dans leur adaptation du conte, porteront à treize le nombre des fées. Walt Disney, dans son adaptation, ramènera ce chiffre à trois. Dans chacun des cas, les auteurs ont pris soin de choisir un chiffre porteur d’une valeur symbolique forte dans les contes et la superstition populaire.

 

 

Cendrillon

 


« La marraine de Cendrillon creusa la citrouille et, n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré ». Illustration de Gustave Doré de 1867.

 

 

 

 

Le baptême et la petite enfance de Cendrillon ne sont pas évoqués dans le conte. La marraine se présente à Cendrillon lorsque celle-ci est en pleurs, faute de ne pouvoir se rendre au bal. Elle va alors, grâce à sa baguette, transformer une citrouille en carrosse, des animaux en serviteurs et les vieux habits de sa filleule en habits de draps d’or et d’argent chamarrés de pierreries ; mais elle lui recommandera néanmoins de quitter le bal avant minuit, faute de quoi tout ce qu'elle lui a donnée redeviendra comme avant.

 

Peau d’Âne


Là encore, le baptême et la petite enfance ne sont pas évoqués. La marraine assiste Peau d’Âne devant le risque d’inceste que fait peser son père sur elle. Ses premiers conseils restent sans effets : le roi offre à sa fille les trois robes qu’elle lui demande et consent à sacrifier son âne trésorier pour lui en remettre la peau, sous laquelle elle finira par se cacher. Sa marraine lui conseille alors de fuir, tout en continuant de veiller sur elle.

 

Riquet à la houppe


Une fée donne à Riquet à sa naissance beaucoup d’esprit, contrebalançant son physique ingrat. À cela, elle lui permet de rendre l’être aimé aussi spirituel que lui :

« Il était une fois une Reine qui accoucha d’un fils, si laid et si mal fait, qu’on douta longtemps s’il avait forme humaine. Une Fée qui se trouva à sa naissance assura qu’il ne laisserait pas d’être aimable, parce qu’il aurait beaucoup d’esprit ; elle ajouta même qu’il pourrait, en vertu du don qu’elle venait de lui faire, donner autant d’esprit qu’il en aurait à la personne qu’il aimerait le mieux ».

Rôle


Mentor du héros, le personnage joue le rôle de soutien et a envers l'enfant une responsabilité morale telle qu'on la conçoit d'une marraine, le cas échéant comme substitut d'un parent défaillant. Dans Cendrillon, Perrault conclut par une « autre moralité » qui tend à dire que les mérites personnels seuls ne peuvent suffire à réussir en dehors de relations ou soutien :

« C'est sans doute un grand avantage,
D'avoir de l'esprit, du courage,
De la naissance, du bon sens,
Et d'autres semblables talents
Qu'on reçoit du Ciel en partage ;
Mais vous aurez beau les avoir,
Pour votre avancement ce seront choses vaines
Si vous n'avez, pour les faire valoir,
Ou des parrains, ou des marraines. »

Adaptations


 

 

Parodies

 


  • Dans Shrek 2, Marraine la Bonne Fée est un personnage fort différent en privé de l'image positive des marraines fées. Loin de veiller sur sa filleule Fiona, elle est une femme d’affaires ambitieuse doublée d’une personnalité du show-biz, usant de stratagèmes, chantage et potions magiques pour tenter de marier son fils Charmant à la princesse.
  • Dans Garulfo, un roi s'énerve parce qu'il faut trois marraines fées pour les princes et n'en trouvant que deux, il fait venir une sorcière, parodiant ainsi la Belle au bois dormant.

 

 

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 22:51

La Barbe bleue

 

 

 

 



La Barbe bleue
« ...s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère ».Illustration de 1867 de Gustave Doré
« ...s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère ».
Illustration de 1867 de Gustave Doré

Auteur Charles Perrault
Genre Conte en prose
Pays d'origine France
Lieu de parution Paris
Éditeur Claude Barbin
Date de parution 1697
Chronologie
Précédent Le Petit Chaperon rouge Le Maître chat ou le Chat botté Suivant

 

 

 

 

 

Barbe bleue est un conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1697 dans Les Contes de ma mère l'Oye. C'est également le nom du personnage central du récit.

 

Résumé


Il s'agit d'un homme très riche qui possède une barbe de couleur bleue, c'est pourquoi on le surnomme « la Barbe bleue ». Celle-ci le rend laid et terrible . Il dégoûte les femmes. De surcroit, il a déjà eu plusieurs épouses et on ne sait pas ce qu'elles sont devenues. Il propose cependant à ses voisines de l'épouser, mais aucune ne le souhaite. Finalement, l'une d'elles accepte, séduite par les richesses de la Barbe bleue.

Un mois après les noces, La Barbe bleue doit partir en voyage. Il confie à sa jeune femme un trousseau de clefs ouvrant toutes les portes du château, mais il y a une petite pièce où elle ne doit entrer sous aucun prétexte. Curieuse, elle pénètre cependant dans la pièce interdite et y découvre tous les corps des précédentes épouses, accrochés au mur. Effrayée, elle laisse tomber la clef, qui se tache de sang. Elle essaye d'effacer la tache, mais le sang ne disparait pas car la clef est magique.

La Barbe bleue revient par surprise et découvre la trahison de sa femme. Furieux, il s'apprête à égorger cette épouse trop curieuse, comme les précédentes. Celle-ci attend la visite de ses deux frères et le supplie de lui laisser assez de temps pour prier. Le monstre lui donne un quart d'heure. Pendant ce temps, sa sœur Anne monte dans une tour d'où elle cherche à voir si leurs frères sont sur le chemin. La malheureuse demande à plusieurs reprises à sa sœur Anne si elle les voit venir, mais cette dernière répète qu'elle ne voit que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Barbe bleue crie et s'apprête à l'exécuter avec un coutelas, il la tient par ses cheveux. Les frères surgissent enfin et le tuent à coups d'épée. Elle hérite de toute la fortune de son époux, aide sa sœur à se marier et ses frères à avancer dans leurs carrières militaires. Elle épouse ensuite un honnête homme qui la rend enfin heureuse.

 

Le personnage de la Barbe bleue


La Barbe bleue est à l'origine inspirée de la tradition orale. C'est une variante de l'ogre qui s'attaque à ses femmes successives et aux enfants qu'il en a. Suite à la diffusion du récit de Perrault, on l'a associé à différents personnages, historiques ou mythologiques :

 

  • Ainsi, dans la mythologie grecque, Cronos et Médée partagent cette conduite infanticide, mais c'est la mise en cause de la femme dans sa fonction la plus élevée qui est la faute majeure. La finalité morale du conte doit faire entendre qu'elle mérite la mort.
  • Conomor, personnage historique travesti en Barbe bleue aux couleurs bretonnes, est conforme au personnage du conte de Charles Perrault.
  • Henri VIII d'Angleterre, qui eut six femmes et fit condamner à mort pour adultère et trahison ses deuxième et cinquième épouses (respectivement Anne Boleyn et Catherine Howard), est un modèle très vraisemblable du personnage de Barbe bleue, il était effrayant, énorme et avait une barbe...rousse.
  • Henri Désiré Landru, tueur en série français, fut surnommé « le Barbe bleue de Gambais ».
  • Gilles de Rais, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, a été qualifié de « Barbe bleue » nantais. Il fut exécuté après avoir été accusé d'avoir violenté et assassiné nombre d'enfants et jeunes gens, mais mis à part les meurtres en série, sa vie et ses actions sont loin de celles du personnage du conte.

Le personnage de la Barbe bleue inspira nombre d'écrivains, musiciens et cinéastes.

 

Analyse


« Ils lui passèrent leur épée au travers du corps et le laissèrent pour mort ». Illustration de Gustave Doré.

 

 

 

 

Le conte de la Barbe bleue aborde le thème du mariage, du point de vue de la jeune fille. Comme il était d’usage à l’époque en Europe, les mariages étaient l’affaire des familles, et les unions arrangées par les parents ou tuteurs légaux. Être unie à un parfait inconnu pouvait représenter quelque chose d’angoissant et d’effrayant pour des jeunes filles, surtout lorsqu’un grand nombre d’années les séparait de leur futur conjoint.

La sexualité, découverte par la majorité des jeunes filles le soir de leurs noces en ces temps, n’est pas le thème du récit, contrairement à La Belle au bois dormant ou au Petit chaperon rouge. Le conte éduque en revanche la lectrice au devoir d'obéissance. Car si la Barbe bleue est décrit comme une sorte d’ogre, les choses se passent parfaitement bien entre les époux jusqu’à ce que la jeune mariée transgresse la règle fixée par le chef de famille. Et on peut imaginer que c’est la même désobéissance qui a conduit les précédentes épouses jusqu’à leur funeste destin.

Le thème de la curiosité des femmes et de leur désobéissance est à rapprocher du péché originel d’Ève dans la Bible ou de la boîte de Pandore de la mythologie grecque. La trame générale du conte se rapproche également de certains mythes celtiques. Le mouvement littéraire est le conte merveilleux.

 

 

La symbolique de la Barbe bleue

 


Illustration anglaise de 1729.

 

 

 

 

Le mystère semble cependant persister quant à la couleur de la barbe du grand homme. Sa laideur pourrait en effet être causée par sa barbe de couleur bleue, couleur bien sûr inhabituelle pour une barbe. Pour d'autres, la barbe ne serait pas bleue mais noir corbeau, un noir tellement intense qu'il tire sur des reflets bleutés. En supposant que la barbe de l'ogre soit noire et non pas bleue, elle symboliserait ainsi la cruauté de l'homme1.

Sous l’angle d’une interprétation psychanalytique, la Barbe bleue pourrait être le mari déçu par sa femme suite à ce qu'elle l’a trompé. La clef tachée de sang indélébile est un symbole de la défloration. Ce conte apparaît dès lors comme une mise en garde à l'encontre de l'adultère qui pourrait tenter certaines femmes. En revanche Perrault ne fait nullement l'apologie du comportement meurtrier de La Barbe bleue en réponse à sa femme. La mort de celui-ci peut être perçue comme une condamnation de la démesure avec laquelle il s’emporte2.

Une autre interprétation, plus profonde et moins dramatique, serait de voir en ce conte une incitation, pour les partenaires d'un couple, à ne pas aller fouiller dans le passé amoureux de l'aimé. La vie en commun implique à la fois la confiance (la Barbe bleue remet la clé à son épouse) et la nécessité de respecter le jardin secret de l'autre (ou, en l'occurrence, le cabinet des horreurs). La mise à mort symboliserait la destruction de la relation amoureuse, la fin de la liaison en raison de la jalousie, s'exerçant a posteriori, de l'épouse qui cherche à exhumer le passé et qui, dans cette quête démentielle, finit par détruire la relation de confiance.

 

 

Adaptations

 


La Barbe bleue, illustration de l'anglais Edmund Evans, vers 1888.



Opéra


 

 

Ballet


 

 

Cinéma


 

 

Le conte est aussi cité dans:

 

 

  • Monsieur Verdoux, film réalisé en 1947 par Charlie Chaplin. Le personnage principal, inspiré par l'assassin Henri-Désiré Landru, est plusieurs fois qualifié, d'abord par lui-même puis par la police, de « Barbe bleue ».
  • The Piano, film réalisé en 1993 par Jane Campion. Une pièce de théâtre sur le conte de Barbe-Bleu est monté par les enfants de l'école.
  • Cure, film japonais réalisé en 1997 par Kiyoshi Kurosawa. La femme du détective lit un extrait à son docteur au début du film.

 

 

Télévision


  • Barbe-Bleue, téléfilm musical (réalisateur non connu), diffusé en 1972 à la télévision française
  • Barbe-Bleue, téléfilm musical, réalisé par Jean Bovon, diffusé en 1984 à la télévision française
  • Barbe-Bleue, téléfilm réalisé par Catherine Breillat, diffusé en 2009 à la télévision française

 

 

Roman


  • Les Sept femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux est un recueil d'Anatole France (Paris, Calmann-Lévy, 1909).
  • L'Affaire Barbe-Bleue est un roman de Yak Rivais (2000)
  • Barbe bleue est un roman d'Amélie Nothomb (2012)

 

 

Théâtre


  • L'histoire de la Barbe bleue a été adaptée au théâtre sous le nom de Beards (« Barbes »)
  • Barbe Bleue, l'espoir des femmes (1999) de Dea Loher
  • La Petite Pièce en haut de l'escalier (2008), de Carole Fréchette, mise en scène de Lorraine Pintal, thriller contemporain inspiré du mythe de la Barbe bleue
  • La Barbe bleue (2011), texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux

 

 

Musique


  • Barbablù : Barbe-Bleue est le nom d'une chanson d'Angelo Branduardi (Album « Pane E Rose » 1996) - chantée en italien ou en français
  • La Barbe Bleue (2011) est le nom d'une chanson de Thomas Fersen (Album « Je suis au paradis »).

 

 

Arts plastiques


 

 

 

 

 

 

 

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