Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 20:33

Thomas d'Aquin

 

 

 

 

 

 


 

Thomas d'Aquin.


 

 

 

Théologien et philosophe occidental

Théologie et philosophie médiévale

 

 

 

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Saint Thomas d’Aquin, le docteur angélique
Retable de Carlo Crivelli (1494).

 

 

 

 

Naissance 1224/1225 (château de Roccasecca, près d'Aquino en Italie)
Décès 7 mars, 1274 (abbaye de Fossanova dans le Latium)
École/tradition Aristotélisme, fondateur du thomisme
Principaux intérêts Théologie, métaphysique, épistémologie, éthique, logique, politique, esthétique
Idées remarquables Quinquae viae, lien foi et raison, autonomie des réalités terrestres
Influencé par Aristote, Pères de l'Église, Augustin, Pseudo-Denys, Boèce, Scot Erigène, Anselme, Averroès, Maïmonide, Albert le Grand
A influencé (entre autres…) Gilles de Rome, Dante, Cajétan, Ignace de Loyola, Suárez, Locke, Leibniz, Brentano, Maritain, Gilson, Heidegger, Geach, Boutang, Anscombe
Thomas d'Aquin
Image illustrative de l'article Thomas d'Aquin
Saint Thomas d'Aquin, docteur de l'Église catholique (1225-1274)
Docteur angélique
Naissance 1224/1225
Aquino
Décès 7 mars 1274  (environ 49 ans)
Abbaye de Fossanova
Nationalité Italienne
Vénéré à Toulouse (Couvent des Jacobins)
Canonisation 18 juillet 1323 Avignon (France)
par Jean XXII
Fête 28 janvier (anciennement le 7 mars)
Saint patron des universités et des écoles

 

 

 

 

 

 

 

Thomas d'Aquin (né en 1224/1225 au château de Roccasecca près d'Aquino en Italie du Sud, mort le 7 mars 1274 à l'abbaye de Fossanova près de Priverno dans le Latium), est un religieux de l'ordre dominicain, célèbre pour son œuvre théologique et philosophique. Considéré comme l'un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique, il a été canonisé le 18 juillet 13231, puis proclamé docteur de l'Église par Pie V, en 1567 et patron des universités, écoles et académies catholiques, par Léon XIII en 1880. Il est également un des patrons des libraires. Il est aussi qualifié du titre de « Docteur angélique ». Son corps est conservé sous le maître-autel de l'église de l'ancien couvent des dominicains de Toulouse.

De son nom dérivent les termes :

  • « thomisme » / « thomiste » : concerne l'école ou le courant philosophico-théologique qui se réclame de Thomas d'Aquin et en développe les principes au-delà de la lettre de son expression historique initiale ;
  • « néo-thomisme » : courant de pensée philosophico-théologique de type thomiste, développé à partir XIXe siècle pour répondre aux objections posées au christianisme catholique par la modernité ;
  • « thomasien » : ce qui relève de la pensée de Thomas d'Aquin lui-même, indépendamment des développements historiques induits par sa réception.

En 1879, le pape Léon XIII, dans son l'encyclique Æterni Patris, a déclaré que les écrits de Thomas d'Aquin exprimaient adéquatement la doctrine de l'Église. Le concile Vatican II (décret Optatam Totius sur la formation des prêtres, no 16) propose l'interprétation authentique de l'enseignement des papes sur le thomisme en demandant que la formation théologique des prêtres se fasse « avec Thomas d'Aquin pour maître ».

Dans la continuité du propos de l'Église catholique, Thomas d'Aquin a proposé, au XIIIe siècle, une œuvre théologique qui repose, par certains aspects, sur un essai de synthèse de la raison et de la foi, notamment lorsqu'il tente de concilier la pensée chrétienne et la philosophie d'Aristote, redécouvert par les scolastiques à la suite des traductions latines du XIIe siècle. Il distingue les vérités accessibles à la seule raison, de celles de la foi, définies comme une adhésion inconditionnelle à la Parole de Dieu. Il qualifie la philosophie de servante de la théologie (philosophia ancilla theologiae) afin d'exprimer comment les deux disciplines collaborent de manière 'subalternée' à la recherche de la connaissance de la vérité, chemin vers la béatitude.

 

Biographie

Jeunesse et aspiration à la vie dominicaine (1224/1225-1244)

Fils du comte Landulphe d'Aquino et de la comtesse Théodora d'Inverno, d'origine normande, Thomas naît en 1224/12252 au château de Roccasecca, dans le royaume des Deux-Siciles3. La famille d'Aquin est une grande famille d'Italie, partisane du parti pontifical.

De 1230/1231 à 1239, il est oblat à l’abbaye bénédictine du Mont-Cassin. Il y demeure neuf ans, durant lesquels il apprend à lire et à écrire, ainsi que les rudiments de la grammaire et du latin, associés à une formation religieuse élémentaire.

À partir de 1239, Frédéric II, en lutte contre Grégoire IX4, expulse les moines de l'abbaye. Sur le conseil de l'abbé, les parents de Thomas l'avaient déjà envoyé à Naples pour y poursuivre ses études au Studium regni (qui n'est pas une université, mais une académie locale), fondé par Frédéric II en 1220. Il y étudie alors auprès des maîtres les disciplines classiques du Trivium et du Quadrivium ; il découvre sans doute alors Aristote à travers Averroès dont les traductions latines commencent à circuler. C'est alors qu'il rencontre des frères prêcheurs dont la vie et la vitalité apostolique l'attirent.

Son père meurt le 24 décembre 1243, rendant le jeune Thomas un peu plus libre de son destin. Il décide d'entrer dans l’ordre des dominicains en avril 1244, à l'âge de vingt ans, contre l’avis de sa famille qui veut en faire l'abbé du Mont-Cassin. Sa mère le fait alors enlever et l’assigne à résidence à Roccasecca où il demeure un an. Thomas ne changeant cependant pas d’avis, sa famille finit par accepter son choix5.

Études à Paris, premiers enseignements (1245-1259)

Il est ensuite étudiant à Paris de 1245 à 1248, sous le règne de Louis IX. Puis il suit son maître Albert le Grand (dominicain commentateur d'Aristote) à Cologne jusqu'en 12526, où ses confrères d'étude l'affublent du sobriquet de « bœuf muet » en raison de sa stature et de son caractère taciturne7. De retour à Paris, il suit le cursus universitaire classique des étudiants en théologie : il est bachelier biblique (lectures commentées des Écritures) de 1252 à 1254, puis bachelier sententiaire. Il rédige durant cette période un commentaire des livres d'Isaïe et de Jérémie (Super Isaiam et Super Ieremiam), ainsi que le De ente et essentia (1252). Comme bachelier sententiaire, il commente le Livre des Sentences de Pierre Lombard, devenu le manuel des études théologiques à l'université de Paris depuis le début du XIIIe siècle. Thomas d'Aquin en fait le commentaire, en deux ans, durant son enseignement de bachelier sententiaire. Son commentaire (Scriptum super libros Sententiarum) est énorme : plus de 600 pages in-folio, écrites de 1254 à 1256, tout en suivant certains des cours dispensés dans les écoles parisiennes et au Studium dominicain de Saint-Jacques (Collège des Jacobins). Au printemps 1256, avec l'appui du Souverain Pontife qui doit intervenir auprès de l'université, dans le contexte conflictuel de l'opposition des mendiants et des séculiers, il soutient sa maîtrise en théologie et est nommé Maître-Régent (magister in sacra pagina ou docteur en Écriture sainte) - avec Bonaventure de Bagnorea - Il commence aussitôt à enseigner et rédige les Questions disputées : De veritate (1256-1259), les Quodlibet (7 à 11) ; commente le De Trinitate de Boèce (1257-1258)… Son activité consiste principalement en disputes théologiques (disputatio), en commentaires de la Bible et en prédications publiques. Les commentaires sur Aristote de Thomas d'Aquin n'ont jamais fait l'objet d'un enseignement public.

Premier enseignement italien (1259-1268)

220px-Lorenzo_Lotto_010.jpg
magnify-clip.png
Thomas d'Aquin et le pape Urbain IV, de Lorenzo Lotto, 1508, huile sur bois, 155 x 67 cm, Recanati, Musée municipal.

 

 

 

 

 

En 1259, Thomas a trente-quatre ans lorsqu'il part pour l'Italie où il enseigne la théologie jusqu'en 1268, tout en jouissant déjà d'une grande réputation.

Il est d'abord assigné à Orvieto, comme lecteur conventuel, c'est-à-dire responsable de la formation permanente de la communauté. Il trouve toutefois le loisir d'achever la rédaction de la Somme contre les Gentils (commencée en 1258) et de l'Expositio super Iob ad litteram (1263-1265). Il rédige notamment l'explication continue des évangiles, appelée par la suite la Chaîne d'or (Catena aurea), un florilège de citations patristiques organisées de manière à constituer un commentaire continu des Évangiles, verset par verset. Cet ouvrage d'importance considérable du point de vue de l'histoire de la réception des auteurs chrétiens grecs, est rédigé de 1263 à 1264 à la demande du pape Urbain IV auquel Thomas dédie la chaîne sur Matthieu8.

Thomas est envoyé à Rome entre 1265 et 1268 comme maître régent. Durant ce séjour, affecté à la formation intellectuelle des jeunes dominicains, Thomas rédige également De potentia Dei (1265-1266), la première partie du Compendium de théologie et commence en 1266 la rédaction de la Somme théologique. Il entame ses commentaires sur Aristote par le Commentaire « De l'âme » (1267-1268), en adoptant la méthode d'explication mot à mot propre aux sentencia en vigueur dans les écoles9. C'est également en Italie qu'il compose l'Office du Saint-Sacrement au moment de l'instauration de la Fête du Corpus Christi. Il rédige aussi plusieurs opuscules, en réponses aux questions de personnes particulières ou de supérieurs, portant sur des questions diverses : économiques, canoniques ou morales10.

Durant cette période, il eut l'occasion de côtoyer la cour pontificale (qui ne résidait pas à Rome). Assigné à des couvents dans lesquels il remplissait une tâche particulière, rien ne dit qu'il suivit le pape dans ses déplacements continuels. La curie n'avait pas alors de siège fixe.

C'est probablement durant cette période qu'il eut l'occasion de prêcher les sermons sur le Credo, le Pater et l'Ave Maria, puisque ceux-ci furent prêchés durant le carême dans la région de Naples et que Thomas n'était plus en mesure de le faire en 1273.

Retour à Paris, querelles universitaires (1268-1272)

Thomas revient de 1268 à Pâques 127211 à Paris dont l'Université est en pleine crise intellectuelle et morale provoquée par la diffusion de l'aristotélisme et par les querelles entre les ordres mendiants, les séculiers et les réguliers. Le théologien Rémi de Florence a suivi ses cours lors de son second enseignement parisien. Il a quarante-quatre ans lorsqu'il rédige la seconde partie (IIa Pars) de la Somme théologique et la plus grande partie des Commentaires des œuvres d'Aristote. Il doit faire face à des attaques contre les Ordres Mendiants, mais aussi à des rivalités avec les franciscains et à des disputes avec certains maîtres ès arts (en particulier Siger de Brabant, dont la mort mystérieuse est racontée par Dante évoquant également la rivalité entre Thomas et Siger dans le Paradis de la Divine Comédie). Il écrit le De perfectione spiritualis vitae (1269-1270) et les Quodlibets I-VI et XII contre les séculiers et les traités De aeternitate mundi (1271) et De unitate intellectus (1270) contre l'averroïsme des maîtres de la faculté des arts12.

Second enseignement italien, fondation du studium generale de Naples (1272-1273)

Après le long travail accompli à la fois pour l'enseignement et la rédaction de son œuvre, et les luttes continuelles qu'il dut mener au sein même de l'Université, Thomas est envoyé par ses supérieurs à Naples pour y organiser le studium generale des frères dominicains (fondé en 1269), destiné à la formation des jeunes frères dominicains de la Province de Rome, et y enseigner en qualité de maître régent en théologie13. Les raisons de ce rappel à Naples ne sont pas évidentes. On peut supposer que ce fut sur les instances du roi Charles d'Anjou, le frère de Louis IX de France. Il est sûr que ce fut malgré les supplications de l'Université de Paris14. Thomas est à pied d'œuvre entre fin juin et septembre 1272. Il poursuit la rédaction de la troisième partie (IIIa Pars) de la Somme théologique, à partir de la question 7; il rédige notamment les questions sur le Christ et les sacrements qu'il n'achèvera jamais. Il y reprend son enseignement sur les épîtres de Paul (Épître aux Romains), le commentaire des Psaumes (1272-1273), et certains commentaires d'Aristote.

Sa dernière vision et sa fin (1273-1274)

220px-Toulouse_-_St_Thomas_d%27Aquin.jpg
magnify-clip.png
Châsse contenant les restes de Thomas d'Aquin dans l'église des Jacobins, à Toulouse.

 

 

 

 

 

À partir du 6 décembre 1273, après avoir eu une expérience spirituelle bouleversante pendant la messe15, il cesse d’écrire, parce que, dit-il, en comparaison de ce qu'il a compris du mystère de Dieu, tout ce qu'il a écrit lui paraît comme de la paille. Sa santé décline alors de manière rapide. Quasiment aphasique, il se rend néanmoins au concile de Lyon où il aurait été convoqué par le pape Grégoire X. Il meurt en chemin, le 7 mars 1274, âgé approximativement de 50 ans, au monastère cistercien de Fossanova. Il y reposera jusqu'à la translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Toulouse, aux Jacobins, où il repose toujours aujourd'hui. On dit qu'il commentait le Cantique des Cantiques aux moines qui l'accompagnaient, sur son lit de mort. En recevant sa dernière communion, il dit16 :

« Je vous reçois, ô salut de mon âme. C'est par amour de vous que j'ai étudié, veillé des nuits entières et que je me suis épuisé ; c'est vous que j'ai prêché et enseigné. Jamais je n'ai dit un mot contre Vous. Je ne m'attache pas non plus obstinément à mon propre sens ; mais si jamais je me suis mal exprimé sur ce sacrement, je me soumets au jugement de la sainte Église romaine dans l'obéissance de laquelle je meurs. »

La plupart des témoignages concordent à le présenter comme un homme grand et fort. Son apparence devait être harmonieuse car, lorsqu'il passait dans la campagne, le bon peuple abandonnait ses travaux et se précipitait à sa rencontre, « admirant sa stature imposante et la beauté de ses traits ». Ses étudiants le présentèrent comme un homme soucieux de ne froisser personne par de mauvaises paroles, et très assidu au travail, se levant très tôt, bien avant les premiers offices, pour commencer à travailler. Sa piété se tournait surtout vers la célébration du sacrifice de la messe et vers l'image du Christ crucifié17.

Ses œuvres sont cataloguées dans un écrit de 1319, mais leur chronologie exacte repose sur une critique complexe des sources et des manuscrits ; elle est fixée maintenant pour l'essentiel, bien que certains points de détail restent encore discutés.

Dans les 219 propositions condamnées par Etienne Tempier, évêque de paris, le 7 mars 127718 , une quinzaine de propositions concernaient l’aristolélisme de Thomas d'Aquin amalgamé à l’averroïsme, donc la condamnation portait sur le sens averroïste et la formulation n'était pas toujours celle de St Thomas qui se tenait à l'abri de l'averroïsme ; elles portaient sur l’éternité du monde, l’individuation et la localisation des substances séparées, la nature des opérations volontaires19. Parallèlement, l'œuvre de Thomas d'Aquin fut condamnée le 18 mars 1277 par l'archevêque anglais Robert Kilwarby. Guillaume de la Mare, franciscain, publia vers 1279 un correctorium de frère Thomas, recensant 117 propositions trop audacieuses. Réhabilité par la suite, notamment de par l'influence grandissante de l'ordre dominicain, il est canonisé en 1323 par le pape Jean XXII. Néanmoins ses idées continuent à faire débat, y compris à l'intérieur de l'ordre dominicain où les chapitres généraux doivent réitérer mainte fois l'obligation de ne pas critiquer les thèses de Thomas d'Aquin.

 

 

 

 

220px-Fra_Angelico_080.jpg
magnify-clip.png
Thomas d'Aquin (droite), saint Dominique et la Vierge Marie à l'enfant, de Fra Angelico, 1420, fresque, 196 x 187 cm, Saint-Pétersbourg, Musée de l'Ermitage.

 

 

 

Thomas en son temps

Le travail de contextualisation de Thomas d'Aquin et de sa pensée, longtemps considéré comme la philosophia perennis au sein de l'Église, a été initié au XXe siècle par Marie-Dominique Chenu dans L'introduction à l'étude de saint Thomas d'Aquin, puis repris à la fin des années 1990 par Jean-Pierre Torrell, dans son Initiation à saint Thomas d'Aquin et, à la suite de son enseignement, par l'École théologique de Fribourg. En effet, comme tout penseur, Thomas d'Aquin est pris dans les problématiques de son époque, toutes d'ordre théologico-philosophique. Ainsi il est impossible d'étudier la pensée de Thomas sans considérer qu'il travaillait dans un contexte entièrement chrétien, avec sa propre foi dans le Dieu chrétien, et avec les méthodes et les limites de son temps.

Thomas d'Aquin a écrit la majorité de son œuvre à l'Université parisienne au XIIIe siècle, sous le règne de Louis IX de France. La didactique universitaire reposait à l'époque sur trois piliers : l'explication des textes, les questions disputées et la prédication. Les disputes argumentées portent, les unes sur des questions précises choisies par le maître, et les autres, dites quodlibetiques, sur des sujets, soit proposés par les étudiants, soit choisies au hasard20. Comme tous les ouvrages théologiques universitaires de l'époque, les questions et articles de la Somme de théologie adoptent la structure dialectique des questions disputées, bien que la Somme n'ait jamais fait l'objet d'un enseignement par Thomas d'Aquin.

Caractère général de l'œuvre de Thomas d'Aquin

Une théologie

Thomas d'Aquin, un des premiers à distinguer la théologie naturelle (theologia naturalis) et la théologie révélée (sacra doctrina), est parti en quête d'une intelligence de la foi, par la raison naturelle, en s'appuyant notamment sur la philosophie d'Aristote. Cependant, les études contemporaines21 ont rappelé que Thomas d'Aquin est avant tout théologien, et que sa philosophie s'insère dans un système théologique chrétien, qui prend en compte la création, l'existence de Dieu, la vie de la Grâce et la Rédemption.

Les rapports de la foi et de la raison

Depuis la fin du XIXe siècle, les objections de la critique rationaliste ont incité l'apologétique catholique à mettre en évidence certaines positions de Thomas d'Aquin concernant les rapports de la foi et de la raison. Thomas d'Aquin soutient en effet que la foi chrétienne n'est ni incompatible, ni contradictoire avec un exercice de la raison conforme à ses principes22. Les vérités de la foi et celles de la raison peuvent être intégrées dans un système synthétique harmonieux, sans se contredire. À une époque où la philosophie commence à s'organiser en discipline autonome dans les écoles et les universités, il place les vérités transmises par la Sacra doctrina — la Révélation — au-dessus de toutes les sciences, puisque la Révélation vient de Dieu, qui, par définition, ne peut ni se tromper ni nous tromper. Dans cette perspective théologique, Thomas d'Aquin pose comme principe le respect de l'ordre rationnel, créé et voulu par Dieu pour permettre à l'homme de connaître la vérité. Il distingue de ce fait raison naturelle et raison éclairée par la Révélation (Écriture et Tradition), théologie naturelle et théologie révélée23.

Philosophie réaliste

La connaissance intellectuelle humaine (cela ne vaut ni pour l'ange ni pour Dieu) est le fruit d'un processus cognitif d'abstraction qui conduit l'esprit humain de l'expérience sensible et matérielle à la connaissance immatérielle de l'intellect par la médiation de la connaissance sensible qu'il qualifie d'immatérielle. Dans une objection du De Veritate, il résume ce principe par l'adage scolastique nihil est in intellectu quod non sit prius in sensu (« Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens »n 1) dont il n'est pas l'auteur et qui n'intervient qu'une seule fois dans toute son œuvre. Ce qui est dans l'intelligence est donc abstrait des images fournies par les sens.

L'épistémologie de Thomas d'Aquin se distancie partiellement du courant néo-platonicien selon lequel les sens ne fournissent que des informations trompeuses et le corps est une prison pour l'âme. Elle relève davantage de la rencontre de la philosophie réaliste d'Aristote24 et de la conviction de foi dans l'origine divine et la bonté de la création matérielle. Les facultés sensibles de l'homme sont donc intrinsèquement bonnes, créées sans intention de tromper pour permettre à l'homme d'accéder à la connaissance du Vrai et du Bien.

Dieu connu par ses effets

À la suite de l'Apôtre Paul, Thomas établit que l'homme peut acquérir la connaissance de l'existence de Dieu à partir du monde et non à partir de la déduction de principes logiques ou abstraits. Il est tout à fait possible d'accéder à une certaine connaissance de Dieu - principalement son existence, son statut de cause première - sans Révélation, en observant le monde, par une connaissance indirecte et a posteriori. C'est le sens des voies dites cosmologiques qui conduisent à la connaissance de l'existence de Dieu à partir de l'observation de l'univers25. Thomas d'Aquin proposera cinq voies qui conduisent à conclure, par l'exercice de la raison, à l'existence d'un être que tout le monde appelle Dieu: les Quinquae viae26. Elles reposent sur la distinction entre ce que Dieu est « pour nous » (quoad nos) (par exemple Dieu en tant que créateur du monde) et ce qu'Il est « en lui-même » (in se) (ce qui est impossible à connaître intégralement en ce monde, car, en raison de sa perfection suprême, Il est au-delà de ce que la créature peut connaître par elle-même. L'exercice de cette connaissance rationnelle reste souvent entravée par le péché. Il doit donc être aidé et complété par la Révélation et par la grâce de la rédemption, moyennant lesquelles l'homme, créé capable de Dieu (capax Dei), est conduit à atteindre sa finalité ultime : contempler l'essence de Dieu face à face dans la Béatitude, c'est-à-dire après la mort pour les bienheureux27.

La nature humaine au centre de son projet

L'être humain est au centre de toute l'œuvre de Thomas d'Aquin. La nature de l'homme en tant qu'être matériel et spirituel, à la frontière entre l'univers visible et invisible, est analysée avec les outils aristotéliciens. L'homme est essentiellement corps et intelligence. Thomas d'Aquin adopte ainsi l'hylémorphisme (l'homme considéré comme composé unifié de matière et de forme), et la théorie de la connaissance réaliste, c'est-à-dire qu'il considère qu'il n'y a rien dans l'intelligence qui n'ait été auparavant du domaine des sens. Thomas donne du sens à l'analyse de l'homme en tant qu'être de nature et non plus seulement en tant que créature. Il aura toujours eu une grande conscience des limites de la nature humaine, mais aussi de ses capacités, aussi bien naturelles que surnaturelles.

La morale comme retour vers Dieu

La morale de Thomas d'Aquin est finalisten 2, parce qu'elle a en vue une fin suprême, et naturaliste, parce qu'elle se repose sur une anthropologie de la nature humaine précise et réaliste. L'homme doit s'insérer dans l'ordre de l'Univers voulu par Dieu, c'est-à-dire faire ce pour quoi il a été créé : connaître et aimer Dieu. La morale, parce qu'elle porte sur l'être humain, en tant qu'être composé d'âme et de corps, doit intégrer dans son chemin toutes les inclinations sensibles, toutes les passions, tous les amours, afin que l'homme arrive à sa fin dans toute son intégrité : cette fin est le bonheur dans l'ordre naturel et la Béatitude dans l'ordre surnaturel. La vie morale consiste donc, pour chaque homme, à développer au plus haut point ses capacités et ses possibilités naturelles sous la conduite de la raison28, et de s'ouvrir à la vie surnaturelle offerte par Dieu.

Théologie et philosophie

Dieu est l'objet de tout le travail de Thomas d'Aquin. Selon Thomas, la philosophie étudie d'abord les êtres créés, pour s'élever ensuite à la connaissance de Dieu ; dans l'ordre de la théologie, au contraire, on commence par l'étude de Dieu, et c'est précisément cet ordre qui est suivi dans les Sommes. L'ordre de la théologie est ainsi spécifié dans la Somme de théologie : « l'objet principal de la doctrine sacrée est de transmettre la connaissance de Dieu, non pas seulement selon ce qu'il est en lui-même, mais aussi selon qu'il est le principe et la fin des choses, spécialement de la créature raisonnable »29.

Philosophie et théologie diffèrent donc par l'objet premier de la connaissance humaine, et elles diffèreront aussi en conséquence par leur méthode : il y a un statut épistémologique propre à chacun de ces deux discours, ce qui pose la question de savoir si l'on aboutit dans les deux domaines à des vérités qui s'accordent ou non et de quelle manière.

La thèse de Thomas est que foi et raison ne peuvent se contredire car elles émanent toutes deux de Dieu ; la théologie et la philosophie ne peuvent donc pas parvenir à des vérités divergentes. C'est l'argument de la double vérité que l'on trouve dans la Somme contre les Gentils30 et dans la question 1 de la Somme théologique : comme la lumière de la raison et celle de la foi viennent toutes deux de Dieu, elles ne peuvent se contredire. Mieux encore, la foi se sert de la raison tout comme la grâce se sert de la nature, c’est-à-dire que les vérités de la raison naturelle (ratio naturalis) servent à éclairer les articles de foi, parce qu'elles donnent des raisons de croire31.

Ainsi, il n'y a pas de rupture radicale entre la théologie et la philosophie (contrairement à Bonaventure de Bagnorea, par exemple, qui dit que « la théologie commence là où la philosophie se termine »). Thomas d'Aquin rendra célèbre l'adage selon lequel « la philosophie est la servante de la théologie » (Philosophia ancilla theologiae) dans la mesure où la philosophie, en réfléchissant sur les conditions d'un usage cohérent des concepts et du langage, permet à la théologie de rendre raison de manière fondée et rationnelle des vérités de foi qui sont, par définition, inaccessibles à la raison mais non contraires à celle-ci. Il y a donc collaboration hiérarchisée entre la servante et la maîtresse, toutes deux subordonnées à la science divine, mais chacune à son rang : la théologie comme science supérieure parce qu'elle tient directement ses principes de la Révélation et se sert des conclusions de toutes les autres sciences, tandis que la philosophie, dont les fins sont ordonnées à celle de la théologie, tient ses principes de la seule raison32.

Ratio naturalis et Révélation

Dans la Somme contre les Gentils I, II, Thomas d'Aquin clarifie le concept de raison naturelle (ratio naturalis) pour rendre compte de la foi chrétienne face aux objections de la raison, des hérésies et des philosophes, tant anciens que contemporains, juifs et musulmans. Il y fait appel à la Bible ou aux Pères dans les domaines de discussion proprement théologiques comme le mystère de l'être du Christ. Thomas d'Aquin expose dans un premier temps des arguments purement rationnels afin de montrer par la suite qu'ils coïncident avec la Bible. En ce sens, la raison naturelle sert de terrain commun pour toute l'humanité et permet de prouver la cohérence entre les vérités révélées et les vérités de raison. Toutefois, la raison naturelle ne peut parvenir « par ses propres forces » à la compréhension totale des mystères révélés. En effet, la théologie dite naturelle33 est ascendante : elle va du bas (les créatures) vers le haut (Dieu) ; mais son développement est limité dans les cadres du « per se » (pour soi). Dieu ne sera pas vu en ce qu'Il est lui-même « in se », mais en ce qu'Il est pour nous ; par exemple, on ne peut savoir s'Il est créateur en Lui-même, mais à partir des créatures, on peut inférer qu'Il est créateur « pour nous ». Au contraire la théologie fondée sur la Révélation est descendante dans la mesure où elle part du haut (les vérités reçues de Dieu) vers le bas (les créatures). La théologie n'est donc pas un discours déductif fondé sur la seule raison. Elle est par nature connaissance de et par la Sacra doctrina : l'Écriture sainte reçue dans la tradition de l'Église34.

Thomas d'Aquin emploie des termes précis pour clarifier cette distinction foi/raison et leurs communes interactions. Il appelle « révélable » (revelabile) les connaissances révélées accessibles à la raison naturelle (comme l'existence de Dieu, par exemple) et « révélé » (revelatum) ce qui ne peut être connu sans la Révélation (comme l'incarnation du Christ, par exemple)35.

« Les objets intelligibles présentant donc en Dieu deux sortes de vérité, l'une à laquelle peut atteindre l'enquête de la raison, l'autre qui dépasse totalement les capacités de la raison humaine, c'est à bon droit que Dieu propose l'une et l'autre comme objets de foi36. »

Il existe un dernier mode de connaissance de Dieu qui se fait dans la Béatitude, c'est-à-dire dans un face-à-face avec l'essence divine.

Approfondissement des quatre sens de l’Écriture

Thomas d'Aquin est l'héritier du schéma explicatif dit « des quatre sens de l'Écriture » qui repose essentiellement sur une distinction entre le sens littéral et le sens spirituel ou allégorique des textes sacrés, diffusée dès l'Antiquité par les auteurs du Nouveau Testament. Thomas en affine l'explication théorique ou scolastique. Les choses signifiées par les mots de l'Écriture renvoient elles-mêmes à d'autres choses. C'est ainsi que l'herméneutique scripturaire37 de Thomas d'Aquin expose le sens littéral ou historique comme étant le fondement des sens spirituels de l'Écriture : le sens allégorique, le sens tropologique et le sens anagogique.

Thomas d'Aquin a consacré toute une question disputée (disputatio) à ces sens de l'Écriture : Le Sens de l'écriture Sacrée - De sensibus Sacrae Scripturae en 1266.

Dieu selon Thomas d'Aquin

Thomas d'Aquin est avant tout un théologien : son objet principal est de soulever un coin du voile métaphysique qui cache Dieu à notre existence humaine38. Dieu est présent dans l'ensemble de l'œuvre de Thomas d'Aquin : en métaphysique (comme créateur, premier moteur, etc.), en morale (en tant que principe et fin de l'homme), en théologie morale (en tant que dispensateur de l'Esprit-Saint), etc. Dieu est identifié, et c'est une première, à l'être (ens) et non plus au bonum (bien), comme chez Augustin d'Hippone par exemple. C'est une interprétation onto-théologique de Dieu qui repose sur l'analyse profonde du « Je suis Celui qui est » de l'Exode39. La méthode de la théologie développée par Thomas d'Aquin est une théologie dite négative, car elle progresse par mode de privation. La méthode sera ainsi la suivante : Dieu est infini parce qu'il n'est pas fini, il est bon parce qu'il n'est pas mauvais, etc.

L’existence de Dieu

Article détaillé : Quinquae viae.

 

 

 

 

Alors qu'au XIIIe siècle en Europe, l'environnement est entièrement chrétien, que l'existence de Dieu repose sur la foi et qu'il s'adresse à des théologiens, Thomas d'Aquin entreprend de démontrer l'existence de Dieu selon 5 voies (Quinquae viae)26. Thomas d'Aquin ne cherche pas tant à prouver l'existence de Dieu qu'à trouver les conditions de possibilité qu'a l'homme pour remonter à Dieu par les forces de sa raison.

Selon Thomas, qui s'oppose à Bonaventure, l'existence de Dieu n'est pas une évidencen 3 : ce n'est pas une idée innée que tout homme a en lui et que la simple réflexion (pour écarter les préjugés, comme, plus tard, chez Descartes) lui fait découvrir. Thomas d'Aquin est aristotélicien : nous n'avons pas de notion naturelle d'un être infini. Dieu n'est pas connaissable « en soi » ou en lui-même (in se), mais seulement « pour soi » (per se), c’est-à-dire qu'on ne peut connaître de Dieu que ce qu'Il est pour nous, non ce qu'il est en Lui-même. Thomas d'Aquin fonde ce problème sur une méthode différente de celle et de ceux qui pensent que Dieu est évident par Lui-même, car Thomas va de l'existence à l'essence, et pense qu'il faut se fonder sur des raisons de croire (les préambula fidei)40.

Nous pouvons cependant connaître que Dieu est par la « lumière naturelle », c’est-à-dire par la raison. Nous ne sommes pas encore ici dans la véritable théologie ; que Dieu est, c'est ce que montre la philosophie naturelle. Thomas reprend ainsi pour le montrer cinq voies de raisonnement qui partent du réel existant pour monter jusqu'à Dieu. Et, dans ces trois manières de connaître Dieu, il dit qu'on connaît plutôt le créé que l'incréé lui-même. Ainsi, par exemple, on ne saurait affirmer avec notre seule raison que Dieu est créateur en lui-même, mais qu'Il est créateur par rapport à nous en tant que nous sommes créés.

La méthode pour remonter à Dieu par la raison se résume à trois points : par mode de causalité (il est la cause de ce monde), par mode de négation, c’est-à-dire en niant en lui ce qui est limite en nous (par exemple : Dieu n'est pas matériel, mortel, localisé etc.), et par mode d'éminence, en affirmant qu'il existe en lui éminemment ce qui est qualitatif en nous (par exemple : Dieu est amour, intelligence, puissance).

Thomas d'Aquin dit qu'il y a cinq voies (quinquae viae) pour prouver que Dieu existe41 :

  1. par le mouvement42 ; les choses sont constamment en mouvement, or il est nécessaire qu'il y ait une cause motrice à tout mouvement. Afin de ne pas remonter d'une cause motrice à une autre, il faut reconnaître l'existence d'un « Premier moteur non mû », c'est Dieu.
  2. par la causalité efficiente (ex ratione causae efficientis) : nous observons un enchaînement de causes à effet dans la nature, or il est impossible de remonter de causes à causes à l'infini ; il faut nécessairement une Cause Première : c'est Dieu.
  3. par la contingence : il y a dans l'univers des choses nécessaires qui n'ont pas en elles-mêmes le fondement de leur nécessité. Il faut donc un Être par Lui-même nécessaire qui est Dieu.
  4. par les degrés des êtres : preuve reprise de Platon, qui a remarqué qu'il y a des perfections dans les choses (bien, beau, amour, etc.) mais à des degrés différents. Or il faut nécessairement qu'il y ait un Être qui possède ces perfections à un degré maximum, puisque dans la nature toutes les perfections sont limitées.
  5. par l'ordre du monde : on observe un ordre dans la nature : l'œil est ordonné à la vue, le poumon à la respiration, etc. Or à tout ordre il faut une intelligence qui le commande. Cette Intelligence ordinatrice est celle de Dieu.

Thomas d'Aquin n'avait aucunement pour but de prouver l'existence de Dieu ; il s'adressait en effet à des étudiants en théologie (c'est-à-dire des frères prêcheurs, des prêtres, etc.), pour lesquels cette existence était considérée comme acquise. L'intention de Thomas d'Aquin était plutôt de montrer que l'on pouvait accéder à Dieu au moyen de la raison naturelle, en partant de ce que l'on constate du monde43. C'est pourquoi il ne propose pas de « preuves », mais des « voies ».

Le Dieu unique, le Dieu Trine

Les questions 2 à 26 de la première partie de la Somme théologique concernent le Dieu unique, c’est-à-dire le Dieu des métaphysiciens. Nous y découvrons que Dieu existe (qu. 2), qu'Il est simple (qu. 3), infini (qu. 7-8), parfait (qu. 4-6) et immuable et éternel (qu. 9-10).

Premièrement, Il n'est pas corps : Dieu est le premier moteur immobile, or aucun corps ne meut à moins qu'il soit mû, donc Dieu n'est pas un corps44. Il ne peut être composé de matière et de forme, puisque la matière est en puissance et que Dieu est acte pur45. Son existence inclut l'essence ou « Dieu est identique à son être » car l'acte d'exister ne demande que la cause d'existence, qui est par soi en Dieu46.

Les questions 27 à 43 de la première partie de la Somme théologique concernent le Dieu Trine et opèrent une distinction entre les Personnes (hypostases) divines.

La Trinité est composée du Père (qu. 33), du Fils qui est Verbe et image, (qu. 33-35) et du Saint-Esprit que l'on nomme par « Amour » et « Don » (qu. 36-38). Leurs relations sont étudiées de la question 39 à la question 43 de la Somme théologique. Il y a en Dieu deux processions : celle de la génération et celle de l'amour47. Thomas d'Aquin, afin d'expliquer l'unité substantielle des trois Personnes divines a recours à la notion de relation48.

Le Dieu Trinitaire et le Dieu unique sont une seule et même entité incompréhensible en elle-même. Le Dieu de la foi (Trinitaire) n'est absolument pas en contradiction avec le Dieu de la raison (Dieu Unique).

Nous nous situons là dans ce que Martin Heidegger appelait une onto-théologie, c’est-à-dire dans un schéma où Dieu est concept rationnel avant d'être le Dieu de la foi : Dieu rentre en philosophie avant d'entrer en théologie49. Cependant d'autres commentateurs, comme Étienne Gilson montrent que la métaphysico-théologie de Thomas d'Aquin échappe à cette critique onto-théologique d'Heidegger50.

Le Christ

Thomas d'Aquin développe une réflexion christologique qui tente de mettre à jour l'intelligibilité de l'Incarnation et de la Rédemption opérée par le Christ. Ce point sera très disputé dans la théologie future, certains théologiens refusant de parler d'intelligibilité du mystère de l'Incarnation (kerygme)51. Le Christ est le Fils, c'est-à-dire la personne Trinitaire qui est Verbe. La Christologie de Thomas d'Aquin est développée dans la tertia pars de la Somme théologique en 90 questions (et 99 si l'on compte le supplément). Le prologue de la tertia pars commence ainsi :

« Notre Sauveur, le Seigneur Jésus (…) s'est montré à nous comme le chemin de la vérité, par lequel il nous est possible désormais de parvenir à la résurrection et à la béatitude de la vie immortelle. Dieu s'est incarné (qu. 1-26) ; Il a souffert dans sa chair pour les hommes (qu. 27-59). Nous accédons à la vie éternelle et aux sacrements par et dans le Christ52 . »

Thomas d'Aquin développe à propos du Christ ce que l'on a appelé les raisons de convenance53 :

  • L'argument de la manifestation de Dieu : « il apparaît de la plus haute convenance que par les choses visibles soient manifestés les attributs invisibles de Dieu. Le monde entier a été créé pour cela, selon l’Apôtre (Rm 1, 20) : “Les perfections invisibles de Dieu se découvrent à la pensée par ses œuvres.” Mais, dit S. Jean Damascène, c’est par le mystère de l’Incarnation que nous sont manifestées à la fois la bonté, la sagesse, la justice et la puissance de Dieu : sa bonté, car il n’a pas méprisé la faiblesse de notre chair ; sa justice car, l’homme ayant été vaincu par le tyran du monde, Dieu a voulu que ce tyran soit vaincu à son tour par l’homme lui-même, et c’est en respectant notre liberté qu’il nous a arrachés à la mort ; sa sagesse, car, à la situation la plus difficile, il a su donner la solution la plus adaptée ; sa puissance infinie, car rien n’est plus grand que ceci : Dieu qui se fait homme. »54
  • L'argument du bonum diffusium sui : le Bien est ce qui se diffuse. Dieu se communique donc : « Aussi tout ce qui ressortit à la raison de bien convient à Dieu. Or, il appartient à la raison de bien qu’il se communique à autrui comme le montre Denys. Aussi appartient-il à la raison du souverain bien qu’il se communique souverainement à la créature. Et cette souveraine communication se réalise quand Dieu s’unit à la nature créée de façon à ne former qu’une seule personne de ces trois réalités : le Verbe, l’âme et la chair »55
  • L'argument sotériologique : Thomas d'Aquin reprend la doctrine de la rédemption par satisfaction d'Anselme de Cantorbery56, qui considère que l’œuvre rédemptrice du Christ a été offerte en compensation de l’œuvre manquée du péché, et que cela constitue un mérite pour tous les membres du Christ57.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

☼ Zorbax ☼

  • : CHOMOLANGMA
  • CHOMOLANGMA
  • : Réflexions sur le sens de la vie. Diversités culturelles et médiatiques.
  • Contact

ON EST QUAND???

Bonjour, nous sommes le

☼ Qui Cherche Trouve ☼

♫♪♪♫♪♫♪♫♪

Poussieres De Savoir ☼

POUSSEZ PAS !!!

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSH1bqV_MZbKff7r4KH0YXDgokYKnPMVcS17_NVF7KeFFQmHvTYYQ

 

 

Depuis le 2 octobre 2008 ma paroisse a compté de fidèles :

 


Compteur Global


 

 

 

 

 

☼ Merci à vous tous ☼

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRspNEZw03K2txVYJaQojtGiQPv2Ef2hRp76vnThpM_Xhg74AeH

 

 

   Et aussi, bien sûr, à notre superbe équipe  !!!!!!!...

 


☼ En Alcove ☼

☼♥☼♥☼


 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTJQdwhuv8K2KE2fv7sAcLYqokJ6fOwOos7DPEsrBY_tOyjkmt9

 

 

 

 

  http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTwbpFmC0lwUUqRVtxAgfCeDB97ON6I9jGDIVmmGwpa1bg_oeiS8w



 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQJFhyxpCtvTfrKTTq2Dnraqndo0k6KOOvR5B49c424W-RXGsXk

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ4lkR76RVvxlM2Pg0xGQLGN-vJ1IC1AeiO9YFoy0C2maJDnAlsEA

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS3s1MTNys4JJ2XciWuydUFkX2s3uxVNEo4XLmDXWkNuzNwaF-I

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRpmq_X4KGoOioCJ7IGFovNaZR1dl5V9wdd73SKUZoyRXImy8hQsA

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT6vugj46xpPFClJ40ZcN_g83W39aPcCsnryaBlwulPqhMuSmHABA

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS0rnZSUpbcqus_ag8-saWRw8BVp-nHBjwhG0FGGsPrBMTVGsKfUA

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRiQjNvzjX7IEkfQYGG-KxW9pOVJoLjsP43P-wRgoCo6bmRIFfQ

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSTia4A3P4_qwGWtAAvhY4S2BKgtk6tR_QCD3_DTBLqQwkYTLP7

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRPAWH7AgJ7gN7ej2rrAa90b9jK2nWJtRcdmCSJLXifbDqpzt-GAQ

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSnH3SFCsuDblli6D1AJMGBIO3SduYE7QocfhaOPh2CbcgSaTJm3g

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS_x5rZOKIoXBMbTrRfiBoXYGA8_aG1puNXFnPK-vFSJb8S0TB-

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT5xPsHZoCoc3Y10UzSIfZBJ1VM5yTf0rOp0z02qzAq29ZylEqp

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSJYo3dfiA7rWKtAhGDKlIvNQBBfXfxpskBzCjE2VA_WnhL03zQ

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRrs5cw6eknmiTVBcESn97krqvfndk10XJq35s-mUIxnoXepsHU2w

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTtPoMny2WLrgyLYUkv0xzCHZ3BSe7txlE-Xe2XSz1rA4IRBQ-8

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTzDbIU4QatTLNRgPQwPUcMDO8BtCGQMAkP46aQAp05yXC1m0y84g

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS_sSIdV_qG7YiVCrY6Fze69BhzpdENouF0zUUp4OV8__EbU9Ad

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ9uJqfoOS-LjhgtT3qLp4AH34AojcYXzS6ifUoduwpXl2xR4cu

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSBBpAVI8uqqXKRXeWLnFO9do5ObFZm7YxgxrJ7-EbHR2oDqLo0vQ

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRDpZXNSZZorQeUMLz3DTA9hEU2rI_bxr_LT9c4T9nvHvAWTZjCGQ

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQJxvHFLqQeIleqlsCzYw3aqr-0Y6eKQMVnyaA5me5hdAxIljVU

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSC9dHlJXHSlla_xZ5T9EZytHwAWT-qbU_d19dTtxAXrGNihAXKlQ

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR9uI2iDGC9O3GMDlf8NsxtxQx-Qp8sqHmOc5rb-zkptdYl27ct

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRbZ3vVwEjZT_vYCN_egFTIwdBz6fqNL0Pg-y_Q61vxrmzGOpx_

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQJ2rE3MpU2-7BbpUlr6UqYo4BmnNs_dvTC88BMslWtXGy7xpm4

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQEpgxQwBFunGDiUIemTa46VNveEHAu-uA8FY-TsPaLWXJFd2s0

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQTdXbqeHRkSO7KlYa4OkUya7gTOtG1LddYFWDuhmMG8TTBud38

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTNv54UJcOf0QWIB4OraEz3h5BSPwvVpIDgtJO-zq0-MNAH1T-r

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQQ4msZqs5YGyEvDc4xIBtl0glm2rQZ7LsilbzRNUFi1QmhSgwd

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRadP8tzRToSi6YgV25tgPSiZuZH-m01ykcCd-vsvFtJOoai2ucTw

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQWsJatoxZ24v32bG85ut1XPEPG4Fa5l6ApTX9VfC1X3_fQlO6t

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSATYwKzSKWCjMx6cjBGrTkiC8C_lyJBimQ86hhDpKGyeWCgRFU5Q

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRkni6wj2PqLxVIQnGL2w-Hh0Qdu5Q2vEiKSUXAJ7TKh9ePWQBm

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQzo44WmwLEIvLwTyzq_jnCtqqHX6X_CIYel1kbk7vcUHUp-ieN

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQJijg5RyUyd3NObMK9uNkIduA32k3nPJwfiuvaWrAi2Td5vyXO

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSLXSS07G9gseceN7SeCwGRL0C6ij_75lYGEnDN1qwb_bEl9bGs

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSgjOBb-AqrP0ZXPZSVl55yswE6dnD4uny-n0Xh-9mAuwm1GUq3

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSZAb3DktAXiGznQlZB9az_nvD6AoLygDkDTstPDm_WBfLnJ3ltQg

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRXwcTaTVudGTxMwVFFrGw1Z-j9x9D9inLKamTPCwUThDbPuEYpeA

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTU6wtRoYw9X2-MMykBLzlVjXeRgi5rqzD5ck22QxWwI8h7QeNUQA

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRpMUOK13Ots0UnbeCQLds3ixSZxNY9gFOfm65Bvc-pf6ZKAlWbzg

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQhH-RzSe9GF29vGoZwod2tN7O-9mFfpWJX4bLt78JtJYMqI8w1rA

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQxu-I9t3HJlWQ3e6bM41HAOc8j3Smoe-ahJN9OTRyzd6vOUOVF

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQYkezUKlW0ttRviIW9f6NJHBcjJ-sUE4XMIic0ka6qkCguqsqWEQ

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSLwoIa5Xuj4eEFEX5vzJFqlL0GIrwjAUDCWbZgf6ni2O6MUMuwHg

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSmu_lhCfJa5L3JKT73eNWm5-DVlMMhgQ2zjDd5kmbF9S0PDwt0

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTl9CWad5AcZHOfC-RgTWPbODkKY_C0DW3MZXkDUucqfvfZLDvJvQ

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSSorC-n_GApivF90u5JfsOvUI44_E6pQ_gYw3Zv_SawrJlQ7U_OA

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSHehPIU8WfymVyIehhOVdWyZ9Iby-7WygiZdxRqYoB6-t4uxfc

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTHknIkIppczoDGtgqaDVGpF5vzTnPgO0XzesL14bXWKIidntgi

 

 

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ2gFiEiRrnRVPCVmgC8fP4RV_b4Cyut6pHRWot2zotTH_isSgx

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRMnyl4ZznB4yj9tFflGmUrm8zxq1VAfdzbHlagdVlYHHs5AqI2Xw

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSABiNYE2Ig0ORn0Dp6LWBs8FU1-eDuUfhJpaBhY3dBILcGkw7Y

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQX6x3fLQO-eGD7Sdc__AFLjGRztfSRzdOgtJe_w_XI_qKOl_cQ

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQWAfv06yKnlGGke983sE24US_BbpZ0xgnAp3yIh3eXvCRrRfxtgg

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSguscboVOMXCDflSARG5UefcNGLsGZylvXKHJGK4ldNdG1xYiR

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTVsXwe7MG_AOX5rUiFD0hVw9aHeILEWPB_3WS5456jt040weKpxQ

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS14rgGXof16mpTbvNq37y9tGIxf38V3B4j5iFLZChBi8qMo0cC

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRk338QqS34hcxTHah2whOwSbnEtO-yxxKutL5KPMcrWPKtCTUf

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTQg04AvSsLnhDeWWl4-qLzPD5EX7xzuOAVEiswXHB9n5gRBOxj

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQC715gVGqLwXFM7U94WtdKlMrAiHbkqIvJl2WJ6h_JMsUMfL622g

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR4ku7jfXybpiE3fm21gXSpihSd_rjwxvIac8kqkj5TkIg3rLODrg

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcThGLPUz7SfnoPUPrFttXiSBuS3NYmV99axgZzgYDofBuo_RpfcUg

 

 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSqsjlV84iSMlkqfRlTaGiWfn6_nyGg91BQcNLZbGrRnn0-j3S4

 

 

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSwkrLsv_IQh2wUOQ1DkYx-HwxeUOLNEtv8yCh59CnX_HbW5H3q

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

☼ Quoi & Où ☼