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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 08:00


La Grande Idée (en grec moderne : Μεγάλη Ιδέα / Megáli Idéa) était l'expression du sentiment national puis du nationalisme grec aux XIXe et XXe siècles. Elle visait à unir tous les Grecs dans un seul État-nation avec pour capitale Constantinople. Elle prit avant tout la forme d'un irrédentisme. Le terme fut inventé en 1844 par Ioannis Kolettis, Premier ministre du roi Othon Ier. La Grande Idée a dominé toute la politique extérieure et par conséquent la politique intérieure de la Grèce. De la guerre d'indépendance dans les années 1820, au problème chypriote des années 1970guerres balkaniques du début du XXe siècle, le principal adversaire de la Grèce dans sa réalisation de la Grande Idée fut l'Empire ottoman puis la Turquie.

 

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L’expansion territoriale de la Grèce entre 1832-1947

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Le sentiment national 

Le poids de l’occupation ottomane 

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Enluminure des Chroniques de Jean Chartier représentant le siège de Constantinople, 3e quart du XVe siècle, Bibliothèque nationale de France .

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Les armées ottomanes s'emparèrent successivement de Constantinople en 1453, d'Athènes en 1458 et de Mistra, située tout près de l'ancienne Sparte, en 1460. Toute forme d'État grec indépendant disparut alors. Cependant, l'administration ottomane reconnaissait qu'il existait une population qu'on pouvait considérer comme « grecque ». Le système ottoman des « millets » (nations) organisait les différentes populations de l'Empire : il y avait ainsi un millet ottoman et un millet juif par exemple. Il existait aussi un millet-i Rum ou millet grec. En fait, celui-ci incluait tous les Orthodoxes, qu'ils fussent de langue grecque, bulgare ou roumaine. Cette ambiguïté joua un rôle plus tard dans la définition des limites de la nation grecque. La marque de la sujétion était principalement l'impôt haradj. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, s'y ajoutait la paidomazoma (obligation de fournir des Janissaires). Ces impôts, et surtout la cascade des prélèvements de salaire effectués dessus par les nombreux fonctionnaires étaient très mal vus de la population locale. Les diverses révoltes, comme la Révolution d'Orloff entraînaient souvent un accroissement des prélèvements en guise de punition[1]. Les klephtes, dont les exactions étaient une forme de résistance à l'impôt sont souvent considérés comme les précurseurs du mouvement de libération nationale.

Le millet grec était dirigé par la hiérarchie de l'Église orthodoxe. Le Patriarche de Constantinople était considéré par les Ottomans comme le chef de la « nation grecque ». Le pouvoir de l'Église orthodoxe était donc très lié au pouvoir ottoman. Celle-ci était ainsi intéressée à la survie et au maintien du pouvoir ottoman, dont dépendaient ses intérêts. Cela la discrédita en grande partie aux yeux de la population[2].

Définir un État-nation

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L'objectif territorial de la Grande Idée : l'Empire byzantin du temps de la dynastie macédonienne

 

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Comme pour tous les mouvements nationaux du XIXe siècle, la Grande Idée voulait regrouper dans un seul et même État-nation tous les Grecs. Elle prit sa source dans la pensée des Lumières et de la Révolution française. Ainsi, la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 proclamait le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les Grecs, soumis aux Ottomans, désiraient, eux aussi, disposer d'eux-mêmes et avoir un « gouvernement émanant du consentement des gouvernés », comme le proposait la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Les idées des Lumières ont touché les Phanariotes qui par leurs fonctions administratives et gouvernementales (dont les rôles d'interprètes pour la Porte) étaient très en contact avec l'Occident. Des intellectuels grecs étaient aussi en exil en Europe occidentale : Adamántios Koraïs passa toute la Révolution française à Paris ; Rigas Fereos était lui à Vienne ; il y avait des marchands de la diaspora à Odessa, Venise ou Marseille. Des journaux (comme le Mercure savant d'Anthimos Gazis, par ailleurs desservant d'une paroisse orthodoxe de Vienne, publié à Vienne en 1811 et 1812) et des cercles intellectuels avaient été mis en place par ces Grecs. En 1803, parut à Paris le Mémoire sur l'état actuel de la civilisation en Grèce ; en 1806, fut publié à Livourne un Discours sur la liberté. Ces ouvrages véhiculaient les idées des Lumières sur la Liberté ou le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Mais, la définition même de qui était « Grec » ou de ce qui était « grec » posait problème (voir par exemple l'article Noms des Grecs). Quel principe appliquer : l'ethnie « grecque », la religion orthodoxe « grecque », la langue « grecque », la géographie, l'histoire ?

Iakovos Rizos-Neroulos déclara lors de la première conférence de la Société Archéologique Grecque, en 1838, sur l'Acropole à Athènes :

« Messieurs, ces pierres, grâce à Phidias, Praxitèle, Agoracrite et Myros, sont plus précieuses que diamants ou agathes : c'est à ces pierres que nous devons notre renaissance politique[3]. »

Il évoquait ici le rôle des voyageurs occidentaux, souvent en Grand Tour, dans la naissance du sentiment national grec à la fin du XVIIIe siècle. Leur intérêt pour les monuments antiques montra aux Grecs érudits, mais aussi aux populations locales qu'il existait une autre Grèce de référence que la Grèce de l'Église orthodoxe soumise au pouvoir ottoman. Naquirent alors en Grèce une progonoplexia (obsession pour les ancêtres) et une arkhaiotreia (fascination de l'antique). On commença à donner aux enfants, au grand dam des popes, des prénoms à l'antique. On fit de même pour les noms de navires. La question de la langue grecque se posa aussi : la langue vernaculaire était considérée comme « polluée » par des mots étrangers (turcs surtout). Il fallait retrouver une langue « pure » : on choisit l'Attique du Ve siècle avant notre ère[4]. L'antiquité devint donc la nouvelle référence pour définir la « Grèce ».

L'extension maximale de cet État-nation serait, pour les plus extrémistes, l'extension du monde grec selon Strabon, la référence historique choisie : de la Sicile et l'Italie du sud (Grande Grèce), à Chypre ; du nord de la mer Noire (Pont-Euxin) à la Crète, en passant par la Grèce continentale elle-même, l'Épire, la Macédoine (Royaume de Macédoine) et l'Asie mineure (Ionie). Cela correspondait à l'extension de l'Empire byzantin du temps de la dynastie macédonienne.

 

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La Χάρτας της Ελλάδας de Rigas


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Il faut en effet ajouter à ce sentiment le traumatisme politique et religieux de la Prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Constantinople était la capitale religieuse de l'orthodoxie et la capitale politique de l'Empire byzantin. Sa prise coïncida avec la disparition de la Grèce et à la sujétion des Grecs. Leur liberté et leur existence en tant que nation ne pouvait passer que par la reconquête de la « Ville ».

En 1796, alors qu'il était à Vienne, Rigas, le poète précurseur de l'insurrection contre les Ottomans, avait publié une carte de Grèce (Χάρτας της Ελλάδας), prévue au départ pour illustrer les Voyages du jeune Anacharsis en Grèce du Français Jean-Jacques Barthélemy. Si cette immense carte (elle fait 4 mètres carrés) était centrée sur la Grèce antique (l'histoire antique est la seule histoire représentée sur la carte), elle incluait Constantinople, et la Valachie ; mais aussi la Bosnie, la Serbie et l'Albanie actuelles. La Grèce ainsi décrite comprenait en fait tous les Balkans et la Roumanie. La langue de cette entité devait être le grec, élément de base de la définition de la nationalité. La carte de Rigas souffrit de l'exécution de son créateur, mais en 1800, Anthimos Gazis, en publia une version simplifiée, en y ajoutant la Grande Grèce et Chypre[5].

Les déceptions après la guerre d'indépendance 

L'indépendance 

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La Grèce en 1834


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La guerre d'indépendance grecque fut d'abord une guerre de libération, une lutte contre l'oppression ottomane. Les mouvements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d'Athènes. Il y eut aussi des combats en ÉpireAli Pacha de Janina). La victoire finale fut obtenue grâce au soutien des grandes puissances, France, Royaume-Uni et Russie, (qui devinrent ensuite « Puissances Protectrices » du jeune royaume grec) avec, entre autres, la bataille de Navarin et l'expédition française en Morée. Les Grecs ne furent pas en mesure d'obtenir tout ce qu'ils voulaient lors des négociations qui suivirent la fin du conflit. Afin de ménager encore l'Empire ottoman, la Conférence de Londres de 1830 fixa les frontières du nouvel État. La Grèce devait se contenter du Péloponnèse, d'une partie de la Roumélie (la frontière allait d'Arta à l'ouest à Volos à l'est) et de quelques îles proches du continent comme Égine ou Hydra et une partie des Cyclades. 700 000 des trois millions de ceux considérés comme Grecs se retrouvaient dans le nouvel État alors que Constantinople à elle seule regroupait 200 000 Grecs[6]. Les grands centres culturels, religieux et économiques étaient tous hors du royaume qui ne comptait aucune grande ville : les trois premières capitales (Égine, Nauplie et même Athènes) ne dépassaient pas les 5 000 habitants[7]. La déception des patriotes grecs dans et hors de cet État était très grande. (surtout à cause d'

Autochtones et hétérochtones

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Après le coup d'État du 3 septembre 1843, lors des difficiles négociations pour la rédaction de la constitution, le Premier Ministre Ioannis Kolettis se fit le champion des droits des « hétérochtones », Grecs nationaux nés hors des frontières du Royaume. Sa famille était originaire de Valachie et lui-même était né en Épire, deux régions non encore rattachées à la patrie grecque. Il considérait donc que la Grèce devait englober les « autochtones », ceux nés dans le royaume et les « hétérochtones ». Il y avait selon lui deux centres de l'hellénisme : Athènes et Constantinople (« le rêve et l'espoir de tous les Grecs »). Il déclara à l'Assemblée constituante le 14 janvier 1844 dans un discours qui donnait naissance à la « Grande Idée » :

« Ayant l'Orient à sa droite et l'Occident à sa gauche, [la Grèce] est prédestinée par sa renaissance à éclairer l'Orient comme elle le fut par son essor à éclairer l'Occident.
Dans l'esprit [...] de cette grande idée, j'ai toujours vu les représentants de la Nation convenir de décider non seulement du sort de la Grèce mais de la nation grecque dans son ensemble. [...] Combien plus vaste et plus large était cette grande idée que nous nous faisions de la patrie, et que nous avions trouvée exprimée pour la première fois dans le chant de Rhigas [le Thourios][8]. »
« Le royaume grec n'est pas l'intégralité de la Grèce, mais seulement une partie, la plus petite et la plus pauvre partie. Un Grec n'est pas seulement quelqu'un qui vit dans les limites du royaume, mais aussi quelqu'un qui vit à Ioannina, en Thessalie, à Serrès, à Andrinople, à Constantinople, à Trébizonde, en Crète, à Samos et dans n'importe quel terre associée à l'histoire ou à la race grecque[9]. »

Il y avait alors des populations qu'on pouvait considérer comme grecques, non seulement selon la définition de Kolettis, mais aussi pour des raisons de langue, de religion ou d'origine ethnique à cause des migrations :

  • dans la péninsule balkanique jusqu'à Valona en Albanie actuelle à l'ouest et Varna en Bulgarie actuelle à l'est ;
  • le long de la mer de Marmara et à Constantinople ;
  • le long de la côte d'Asie mineure, principalement à Smyrne ;
  • en Anatolie, surtout en Cappadoce et le long de la côte nord, sur la mer Noire, dans les Alpes pontiques, mais aussi jusqu'en Arménie ;
  • au nord de la Mer noire, en Russie, où s'étaient installés certains Grecs pontiques et des marchands « autochtones », autour d'Odessa.

Certains de ces Grecs de l'extérieur, surtout les paysans, différaient peu de leurs voisins non-grecs. S'ils étaient farouchement orthodoxes, ils parlaient la langue vernaculaire locale. Ainsi, les 400 000 Grecs d'Anatolie (et de Constantinople), qui ne parlaient que le turc, étaient appelés des « karamanlides ». Une des grandes familles d'hommes politiques grecs du XXe siècle est la famille Karamanlis. Certains noms de famille originaires d'Anatolie commencent encore aujourd'hui par « Hadji » (le compositeur Mános Hadjidákis, le peintre Nikos Khatzikyriakos-Ghikas ou le fondateur d'EasyJet Stelios Haji-Ioannou), le mot arabe rappelant qu'un des membres de la famille avait fait son pèlerinage aux Lieux Saints et devenait ainsi « Hadji ».

Chercher à réunir ces « nationaux » à la Grèce fut une des constantes de la politique et de la diplomatie grecque au XIXe siècle.

Dans le même temps, on chercha aussi à purifier la Grèce et ses « autochtones » de toute influence étrangère. Il fallait ré-helléniser la Grèce. La « purification » de la langue avec la création du katharévousa fut un des exemples de cette volonté politique.

 

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commentaires

irobinangel 19/11/2009 16:08


                            

                             Bon jeudi René et bonne soirée,
bisou
                          


☼ Zorbax ☼

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☼ Quoi & Où ☼