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CHOMOLANGMA

Réflexions sur le sens de la vie. Diversités culturelles et médiatiques.

Grotte de Vogelherd (9 & fin)

Publié le 4 Mai 2019 par Reun's dans HISTOIRE-Préhistoire-Cénozoïque

Assemblage faunique de la grotte établi par Laura Niven
Nom binominal du taxon Nom vernaculaire Nombre de spécimens
identifiés
 (NSIP)
Nombre minimum
d'individus
 (NMI)
correspondants
Canis lupus Loup commun 38 7
Crocuta spelaea Hyène des cavernes 17 2
Vulpes Alopex Renard 20 7
Ursus spelaeus Ours des cavernes 120 8
Ursus arctos Ours brun 2 1
Panthera leo spelaea Lion des cavernes européen 4 2
Felis silvestris Chat sauvage 3 2
Gulo gulo Carcajou 1 1
Coelodonta antiquitatis Rhinocéros laineux 124 12
Mammuthus primigenius Mammouth laineux 3 540 28
Equus ferus Cheval sauvage 1 423 27
Cervus elaphus Cerf élaphe 19 3
Rangifer tarandus Renne 1 633 28
Bos taurus primigenius et Bison bonasus Auroch et bison d'Europe 61 6
Sus scrofa Sanglier 8 1
Rupicapra rupicapra Chamois 2 1
Lepus Lièvre 27 3
- Variétés de taxons aviaires 13 8
  Total 7 055 147

Conservation muséographique, mise en valeur du site et parc archéologique

Photographie en couleurs d'une pièce circulaire à l'éclairage tamisé et indirect, des artefacts nichés au sein de vitrines dressées sur le pourtour, un pilier en bois s'élevant au centre de la salle.
 
Salle du musée des cultures anciennes, au château Hohentübingen, où sont exposées des figurines de la Vogelherd191.
icône vidéo Vidéo externe
Modèle en 3D de la grotte de Vogelherd [archive], sur le site Sketchfab, par le service des monuments historiquesdu Bade-Wurtemberg.

Les figurines de la grotte de Vogelherd exhumées en 1931 sont, dans un premier temps, gardées et conservées par Riek39 dans sa collection privée56. Après la Seconde Guerre mondiale, Riek mets les pièces d'art préhistorique en dépôt dans une banque56. À la mort de Riek, en 1976, ses proches héritent du lot de figurines56. En 1978, l'université Eberhard Karl de Tübingen effectue l'achat des figurines56. Elles sont ensuite exposées au sein de la librairie de l'institution universitaire, puis sont transférées au château Hohentübingen en 199856. Actuellement, les figurines mises en évidence par Riek ainsi qu'une partie des découvertes réalisées depuis la campagne de fouilles de 2006 — notamment les pièces représentant un cheval sauvage, un mammouth, ou encore un lion des cavernes — sont en grande partie conservées et exposées au musée des cultures anciennes de Tübingen191,192,193. Ces pièces constituent la partie principale de la collectionde préhistoire ancienne du musée de l'université de Tübingen (MUT)193,192,60. D'autres pièces archéologiques, découvertes grâce aux fouilles de la caverne durant les années 2000 et 2010, sont exposées et conservées dans divers musées du Bade-Wurtemberg, tels que le musée d'État de Wurtemberg194,Note 12, le musée de Préhistoire de Blaubeuren195 — dont la Vénus de Vogelherd196 — et le musée local de Niederstotzingen192,197. De même que pour la Vogelherd, des modélidations en 3D des figurines ont été réalisées par le service des monuments historiques du Bade-Wurtemberg dans la seconde moitié des années 2010198,199,200,201. Depuis le , une nouvelle exposition permanente des figurines de la Vogelherd est ouverte au musée de Tübingen202,203,56.

Après un projet de candidature lancé en 2009, puis une étude et une sélection effectuées au début des années 2010 par un groupe de travail délégué au monuments historiques du Bade-Wurtemberg204, la caverne de Vogelherd ainsi que les objets d'art mobilier qu'elle a livrés appartiennent à un ensemble intitulé « Grottes et art de la période glaciaire dans le Jura souabe » et sont inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en 20175.

Photographie en couleurs d'un parc et de terrains de fouilles aménagés.
 
Vue d'ensemble de l'archéoparc de Vogelherd.
Photographie en couleurs d'un feu consumant des bûches en bois, sa lumière rougeoyante se réfléchissant sur les parois d'une grotte.
 
Reconstitution d'un feu au sein de la grotte de Vogelherd.

Un parc archéologique inauguré le 197, l’archéoparc de Vogelherd, propose des visites guidées du site archéologique et des ateliers pédagogiques autour des thèmes de la préhistoire (tels qu'une reconstitution de la vie des hommes de Néandertal205) et des découvertes réalisées dans la grotte de Vogelherd, mais également dans celles de Bockstein, de Geißenklösterle, de Hohle Fels, de Hohlenstein-Stadel et de Sirgenstein206,207,208,10,209. Quelques attractions, tel que deux mammouths grandeur nature sculptés en bois, agrémentent le parc archéologique210. Depuis son ouverture, le site, d'une superficie de 6,5 acres211 (soit 26 305,5 m2), reçoit en moyenne 24 000 visiteurs par an212. Les deux figurines retrouvées en 2006, un mammouth et un torse de lion des cavernes, sont conservées dans le centre d'information du parc63,64.

En , le projet d'aménagement d'un parcours thématique autour de la Vogelherd a été initié par le conseil municipal de Niederstotzingen213. Le circuit, dont le budget total s'élève 538 000 € — dont 378 000 sont financés par le Land du Bade-Wurtemberg et 74 500 par la municipalité —, s'étend sur environ 6,2 km de long213.

 

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Grotte de Vogelherd (8)

Publié le 4 Mai 2019 par Reun's dans HISTOIRE-Préhistoire-Cénozoïque

Faune préhistorique de la grotte

Analyse des années 1950

La plus grande part des ossements d'animaux issus des fouilles de 1931 ont été retrouvés dans les niveaux aurignaciens et moustériens, les fossiles exhumés des niveaux magdaléniens représentant la plus faible proportion177,178. La plupart des fossiles fauniques ont été cassés ou fragmentés par les occupants de la Vogelherd179.

Pour le paléontologue Ulrich Lehmann, l'assemblage faunique de la Vogelherd est comparable à celui de la Bocksteinschmiede179,178,180. Les deux sites préhistoriques, qui présentent des contextes géographiques, topographiques et stratigraphiques proches, ont livré des ossements d'animaux appartenant aux mêmes groupes taxonimiques et en proportions similaires179,178,180. Pour la Vogelherd, comme pour la Bocksteinschmiede, Lehmann recense huit principaux groupes de taxons : l'ordre des carnivores (20% des spécimens identifiés) ; la famille des éléphantidés ; la famille des rhinocérotidés ; la famille des équidés ; la famille des bovidés ; le renne ; les autres espèces appartenant à la famille des cervidés ; et un huitième groupe réunissant tous les autres restes d'espèces identifiées dans la grotte177,178. En outre, le paléontologue décompte un minimum de 180 individus179,178.

 

 

Assemblage faunique de la grotte établi par Ulrich Lehmann (1954) 
Nombre d'individus par taxon/niveaux stratigraphiques181,182
Nom vernaculaire du taxon Néolithique Niveaux
magdaléniens
Niveaux
aurignaciens
Niveaux
moustériens
Niveau IX
(plancher
stratigraphique)
Loup commun - - 5 1 -

 

Renard roux - - 2 - -
Renard polaire - 1 2 - -
Lion des cavernes - - 2 1 -
Chat sauvage - - 1 - -
Hyènes - - 1 4 -

 

Ours des cavernes - 2 8 2 -
Ours brun 1 - - 1 -
Blaireau européen - - 3 - -
Carcajou - - 1 - -
Mammouth 1 1 24 7 -
Éléphant à défenses droites - - - - 1

 

Rhinocéros laineux 1 3 8 4 -
Cheval des forêts - - - 23 -
Cheval de Przewalski 2 4 22 - -
Autre cheval sauvage - - 1 1 -
Bœuf - - 2 1 -
Bison - - 3 - -
Bœuf musqué - 1 - - -
Mégacéros - 1 1 1 -
Cerf élaphe - - 2 2 -
Renne - 4 13 1 -
Sanglier - - - 1 -
Chamois - - 2 - -
Lièvre - 1 2 1 -

 

Analyses ultérieures
Photographie en noir et blanc de fragments de défense de mammouth au sein d'un terrain sondé, une pelle visible en bas, à droite de la photographie.
 
Défense de mammouth fragmentées de 50 cm de long retrouvées en 193146.

Parmi les fossiles fauniques de l'Aurignacien, 16 taxons appartenant à la classe des mammifères et 7 taxons appartenant à celles des aviaires ont été identifiés. Les fossiles de renne Rangifer tarandus et de cheval représentent la plus grande proportion des taxons mis en évidence183. L'étude ostéométrique des ossements de renne montre que les individus adultes et de sexe femelle de cette espèce sont les plus fréquemment consommés par les occupants de la Vogelherd184. Bien qu'il soit autant représenté que le renne et le cheval, en termes de nombre de fossiles retrouvés, le mammouth, d'après les sondagesréalisés dans la grotte, reste, à cette époque, peu activement chassé — ces ossements ayant été probablement recueillis, puis acheminés après une mort naturelle des ProboscideaNote 11. Les grands bovidés — tels que les bisons et les chamois —, les cervidés (dont le Cerf élaphe) et les suidés (notamment le sanglier), sont également documentés, mais semblent n'avoir été que des gibiers secondaires. Le faible nombre de taxons aviaires, tels que ceux de l'oie, du Lagopède, du Tétras lyre et du Grand Tétras, suggère des chasses occasionnelles de ce type d'espèces30,185,186.

Photographie en couleurs et en gros plan d'une paroi rocheuse au relief marqué de sillons et aux teintes marron clair, beige et gris clair.
 
Traces de polis d'ours des cavernes sur une paroi de la grotte.
Photographie en couleurs sur fond noir représentant un ours des cavernes vu de profil, sa gueule entrouverte et ses pattes en mouvement.
 
Exemple d'ours des cavernes(reconstitution).

La présence d'une faune locale au Paléolithique moyen reste saisonnière30,94. Cette occupation uniquement saisonnière de la grotte peut être liée aux visites sporadiques de la Vogelherd par les Néandertaliens durant cette époque94,168. En outre, à cette période, le faible nombre de fossiles fauniques indique une intrusion régulière de carnivores et une dispersion osseuse par des hyènes et des loups186,94,30,185,187.

D'autre part, l'existence de marques — des polis d'ours présentes à la surface des parois — atteste une occupation d'ours des cavernes dans la Vogelherd durant le Pléistocène. Ce type de trace résulte de l'abrasion des roches au contact de griffes ou de la fourrure d'ursidécavernicole188,189,190. En outre, la mise en évidence et la datation de plusieurs pièces squelettiques d'ours retrouvées indiquent que cette espèce a occupé la Vogelherd plus particulièrement au cours du Paléolithique moyen168.

L'analyse taphonomique effectuée par l'archéologue Laura Niven a permis d'établir l'assemblage faunique suivant30,185,186 :

 

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Grotte de Vogelherd (7)

Publié le 4 Mai 2019 par Reun's dans HISTOIRE-Préhistoire-Cénozoïque

Flûtes paléolithiques
Photographie en couleurs sur fond noir d'un tube transparent reposant sur un support carré noir et contenant deux fragments d'artefact.
 
Fragments de flûte paléolithiqueissus de la Vogelherd.

Trois flûtes ont été découvertes au sein des déblais et dans la grotte en 2005, 2007 et 2008158,109,,159,65.

Sur la base des données stratigraphiques — et non radiocarbonées, en raison d'une trop importante fluctuation en 14C durant la période aurignacienne —, la flûte excavée de la Vogelherd en 2005 a été datée d'environ 35 000 AP159. L'instrument a été fabriqué dans un os d'oiseau109. L'os a été identifié comme étant un radius de cygne158. L'objet a été retrouvé sous la forme de trois fragments puis reconstitué109,158,159. La flûte aurignacienne mesure 17,5 mm de long pour un diamètre de 5,8 mm et une épaisseur de 1,8 mm109. Deux des trois fragments portent de fines encoches allongées à leur surface158,159. Ces entailles, faites perpendiculairement à l'axe de l'instrument, présentent de fortes similitudes avec celles observées sur deux flûtes paléolithiques mises en évidence dans la Geißenklösterle158,159. Le troisième fragment est pourvu d'une entaille biseautée qui pourrait être le vestige d'un trou pour les doigts158. L'instrument à vent est aménagé d'un total de 7 trous109.

La flûte mise en évidence est, comme celle de 2005, datée de 30 000109. L'instrument, fragmenté, est conçu dans de l'ivoire de mammouth109.

Des fragments d'une troisième flûte, conçue en os de Vautour fauve de cygne et en ivoire de mammouth, ont été mis au jour parmi les déblais entassés devant la grotte110,160. L'instrument est daté d'environ 40 000 ans AP160,161,162,110. Sur la base de découvertes similaires effectuées dans les grottes de Geißenklösterle et de Hohle Fels, ces minuscules fragments pourraient être identifiés comme des fragments de flûte de type tubulaire à encoche65. L'ensemble des trois fragments, après une reconstitution réalisée en 2015 au musée de l'université de Tübingen, mesure 4,2 cm de long et 9 mm de diamètre110.

Pour Nicholas J. Conard, la confection d'un artefact creux tel qu'une flûte faite en ivoire nécessite, pour les artisans du Paléolithique supérieur, un travail plus important que la fabrication d'une flûte ouvragée dans de l'os d'une espèce aviaire, ce matériau présentant déjà, à l'état naturel, un creusement159. La réalisation d'une flûte faite en os d'oiseau consiste essentiellement à réduire le matériau par techniques de raclement, de sculpture et de polissage159.

 

Objets de parure
Photographie en couleurs sur fond noir et vue de dessus d'un morceau d'os arrondi et gravé d'un bas-relief.
 
Pendentif en os avec un bas-reliefreprésentant un mammouth126.

Les fouilles de la Vogelherd ont permis de mettre au jour un pendentif fabriqué dans de l'os126. L'objet est sculpté d'un bas-relief figurant un mammouth126.

Un total de 345 perles, de tous états de production — brut, intermédiaire ou fini —, a été mis en évidence au sein des déblaiements entassés devant l'entrée sud-ouest46. Des perles de conception et de forme identiques ont été retrouvées dans les sites préhistoriques de la vallée de l'Ach46. Cette analogie a permis aux archéologues d'« attribuer avec certitude » les pièces de parure issues de la Vogelherd à la période aurignacienne46.

Croquis en noir et blanc représentant un artefact aménagé de deux trous.
 
Objet de parure à double perforation.

Le corpus de perles de la Vogelherd se compose de 219 perles présentant uniquement une double perforation, 4 perles pourvue d'une double perforation et d'un extrémité affectant la forme d'un biseau, 34 perles ayant une seule perforation, 43 perles non-perforées, 35 pendentifs, 4 perles de type souabe affectant la forme d'un panier, deux perles d'aspect conique, une perle fragmentée affectant l'aspect d'un 8, une partie de perle cintrée et trois artefacts destinés à servir d'objet de parure mais dont le mode de port n'a pas été déterminé46.

Le gisement de perles munies d'une double perforation comporte 23 pièces à l'état brut, 3 pièces dans un état intermédiaire, 16 pièces finalisées, 73 pièces qui ont été utilisées et enfin 104 pièces endommagées46.

Les perles non-fragmentées mesurent en moyenne de 0,87 cm de long, 0,55 cm de large — leur largeur varie entre un minimum de 0,035 et un maximum de 0,11 cm — et 0,36 cm d'épaisseur46. Ces pièces de parure, en forme de « baguette », sont toutes pourvues d'une double perforation, et chacune présente des « caractères propres »46.

Le mobilier de la grotte destiné à la parure comprend également 37 artefacts ornementés46. La plupart de ces objets présentent des décors en forme de croix46. Plus rarement, quelques-uns d'entre eux sont des fragments d'objets d'art figuratif46. G. Riek, dans son rapport de fouilles de 1934, mentionne également une dent de cervidé perforée, ornée de coches, et d'une dent provenant d'un ours brun uniquement pourvue d'une perforation46.

En raison des éléments matériels mis en évidence durant les campagnes de fouilles de 1931 et de 2005-2012, Sibylle Wolf et Nicholas J. Conard formulent l'hypothèse que les groupes aurignaciens devaient probablement s'asseoir et travailler au niveau de l'accès sud-ouest de la Vogelherd, tandis que l'aire située au niveau de l'accès sud était destiné à entreposer l'ivoire46. Après avoir été produits et éventuellement utilisés, les objets de parure, comme les autres pièces de petit mobilier, étaient ensuite laissés à l'abandon au sein d'un dépotoir46. Pour les deux archéologues :

« la présence de pièces issues de toutes les étapes du processus de production montre que les objets ont été fabriqués sur place. La grotte devait être utilisée de manière intensive, comme en témoigne la grande quantité d’autres types d’objets. »

— Sibylle Wolf et Nicholas J. Conard, La parure aurignacienne du Jura souabe, 2015, p. 1446.

 

Occupation humaine de la grotte

Hommes de Néandertal

L'occupation de la Vogelherd par les Hommes de Néandertal débute il y au moins 115 000 années AP, au cours de l'Eémien55.

Les fossiles de spécimens appartenant au genre Homo trouvés dans la grotte et ses déblais sédimentaires montrent que des Néandertaliens tardifs et des hommes modernes ont occupé le site à des périodes très proches, voire contemporaines163,164,165. En outre, pour Laura Niven et Nicholas J. Conard, la mise en évidence de faciès d'industries lithiques et d'artisanat mobilier caractéristiques de la culture des Néandertaliens, corrobore la présence de ces derniers sur le site166,40.

La caverne a en effet livré un fossile de Néandertalien. Ce reste osseux, l'un des plus récents découverts en Europe centrale, est daté de 32 000 ± 2 000 ans167.

La faible quantité d'ossements de Néandertaliens mise en évidence montre que la Vogelherd, comme les autres cavernes du Jura souabe, a été « visitée » par des Néandertaliens de manière « sporadique » et uniquement pendant de courts séjours168.

Homo sapiens
Période aurignacienne
Photographie en noir et blanc de la partie inférieure d'une mâchoire humaine.
 
Mandibule d'Homo sapiensexhumé dans les années 1930. Fossile attribué à l'« Aurignacien typique » par G. Riek169.

Plusieurs fossiles d'hommes modernes ont été mis en évidence au sein de la grotte, en particulier au niveau aurignacien. À l'instar des cavernes du Paléolithique supérieur tardif découvertes à Velika, en Croatie, à Koněprusy, en République tchèque, ou encore au sein du bourg de Svitávka, les restes fossiles trouvés dans la grotte de Vogelherd ont permis de confirmer la présence d'Homo sapiens au Paléolothique supérieur170,171.

La caverne a livré le squelette d'un Homo sapiens daté de l'Aurignacien113. Il s'agirait de l'un des plus anciens restes humains mis en évidence « en contexte archéologique contrôlé et classifié »113.

Néolithique
Photographie en noir et blanc de la partie supérieure d'un crâne humain.
 
Crâne d'Homo sapiens exhumé dans les années 1930. Fossile datéde l'« Aurignacien typique » par G. Riek169.

Parmi les ossements fossiles trouvés, la grotte a livré un humérus (issu d'un individu baptisé « Stetten 3 ») attribué, dans un premier temps, à l'Aurignacien172,173,174. Les premières hypothèses suggérant que ce fossile humain appartenait à un Néandertalien se sont révélées inexactes172,173. En effet, les analyses comparatives réalisées sur la diaphyse en coupe transversale et de la morphologie des épiphyses en orientation distale de l'os ont permis d'établir que ce reste fossilisé était celui d'un homme moderne172,173. Une analyse par techniques d'extraction et de séquençage des bases de l'ADN mitochondrial du vestige osseux a permis de corroborer ce résultat175.

Un second squelette complet d'un humain, exhumé de la grotte par G. Riek dans les années 1930, a fait l'objet d'une expertise dans les années 200040. En première analyse, le squelette a été attribué à l'Aurignacien174. En effet, lorsque ces restes ont été exhumés, ils étaient associés à des pointes à base fendue, un marqueur du faciès aurignacien174. Cependant, la datation par le carbone 14 osseux a permis d'établir son âge absolu : entre 5 000 et 3 900 années AP. Cette analyse montre que cet individu a occupé la grotte non pas durant l'époque aurignacienne mais au cours du Néolithiquetardif40,174,Note 10. En outre, la découverte d'ossements — une mandibule, un crâne et une vertèbre —, appartenant à trois individus différents — répertoriés sous les termes « Stetten 1 », « Stetten 2 » et « Stetten 4 » — et datés de 4 995 ± 35 ans AP, a permis de confirmer que le site préhistorique a été occupé jusqu'au Néolithique final173,40,9. L'humérus provenant du spécimen « Stetten 3 » a été daté de cette même période173.

Une partie des ossements exhumés de la Vogelherd sont ceux d'hommes modernes ayant « visité » la grotte. Les autres restes sont ceux de personnes qui ont été inhumées durant la période néolithique176.

 

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Grotte de Vogelherd (6)

Publié le 4 Mai 2019 par Reun's dans HISTOIRE-Préhistoire-Cénozoïque

Autres figurines

D'autres petites sculptures attribuées à l'Aurignacien et confectionnées dans de l'ivoire de mammouth ont été mises en évidence108,127,130. Parmi celles-ci, des statuettes représentant des grands félins108,127,130, dont un torse de lion des cavernes de 5,6 cm de long, daté d'environ 35 000 AP127,63,148,64, une tète de lion de 1,8 × 2,5 × 0,6 cm et datée d'environ 35 000 AP131, ainsi que deux autres figurines animales, l'une représentant un poisson et l'autre un hérisson149,150.

Analyse

Riek, dans son rapport de fouilles de 1934, attribue les statuettes à l'interglaciaire Würm I/II123. La préhistorienne Gisela Freund remet en cause la datation établie par Riek, et formule l'hypothèse que les figurines, comme l'occupation humaine de la grotte durant l'époque aurignacienne, a probablement débuté plus tard123. Par ailleurs, Riek ne donne aucun indice précis sur le contexte stratigraphique des figurines123. Pour Freund, le préhistorien allemand « regarde les plastiques rondes comme appartenant à l'Aurignacien moyen et les demi-reliefs comme témoignages de l'Aurignacien supérieur »123,78.

Les sculptures en ivoire de la grotte de Vogelherd sont parmi les œuvres les plus connues de l'art du Paléolithique supérieur. Après la découverte de onze statuettes lors des fouilles de 1931, celles-ci étaient alors considérées comme les « plus anciennes œuvres d'art figuratif du monde »35. Cependant, en l'état des recherches les plus récentes, l'ensemble des pièces figuratives retrouvées dans le Jura sont considérées comme « les plus anciennes d'Europe »151. Par ailleurs, en 2013, Gerhard Bosinski met en évidence que les plus anciennes statuettes aurignaciennes ne proviennent ni de la Vogelherd, ni de la Geißenklösterle ou encore de la Hohle Fels, mais sont issues du site préhistorique de Sungir', à proximité de la ville russe de Vladimir152.

Globalement, outre une période (le Paléolithique supérieur) et une culture archéologique similaires (l'Aurignacien), ces objets présentent la même thématique que les représentations pariétales mises en évidence dans les grottes d'Aldène et de Chauvet. Comme les figurines de la grotte de Vogelherd, une forte proportion des peintures et gravures des grottes de l'Ardèche et de l'Hérault représentent des animaux carnivores136,137, et en particulier des œuvres figurant des lions des cavernes153. La statuette représentant un mammouth présente, avec d'autres figurines de la Vogelherd, de forte similitudes avec les pièces d'art préhistorique de la zone franco-cantabriques123.

Pour G. Riek, dans les années 1930, la reproduction exclusive d'espèces fauniques met en évidence les spécificités des populations aurignaciennes ainsi que « la prééminence et le prestige que la chasse tient au sein de ces communautés »39. Il ajoute que « l'Homme aurignacien était d'abord et principalement un chasseur et que le pouvoir de la chasse était célébré à travers une expression artistique »39. Ultérieurement, dans les années 1980, le préhistorien Hansjürgen Müller-Beck formule l'hypothèse que la conception des figurines de la Vogelherd représente les premières manifestations des compétences techniques humaines dans le domaine de l'art mobilier ainsi que « les premières expressions de la capacité et du désir de l'humanité d'expliquer son environnement »39. Joachim Hahn propose quant à lui que la conception stylistique de ces pièces « délivre un code pour un ensemble complexe de messages visuels centrés autour d'une idéologie du pouvoir et de la force et ayant possiblement une fonction pédagogique »39.

Près de 10 % des pièces en ivoire livrées par la grotte de Vogelherd montrent des motifs à caractère symbolique. Pour les archéologues Dutkiewicz et Conard, ces décors symboliques,

« soulignent ainsi l’importance de cette forme d'expression dans la société aurignacienne du Jura souabe. »

— Ewa Dutkiewicz et Nicholas J. Conard, 2016154.

Ces artefacts, confectionnés à l'époque aurignacienne, suggèrent également une forme de « communication », de « langage » et d'« expression symbolique »155. G. Sauvet, C. Fritz et G. Tosello ajoutent que la répétition des incisions en forme de croisillons — des « signes conventionnels » — apposés sur la plupart des figurines de la Vogelherd, « confirment l'existence d'un système de croyance déjà très élaboré »151.

Pour Harald Floss, les figurines de la Vogelherd, comme celles retrouvées sur les autres sites préhistoriques du Jura souabe,

« possèdent un caractère individuel marqué, comme si elles avaient été créées, ou possédées, par des personnes bien distinctes »

— Harald Floss, 2015 p. 12156.

D'autre part, en raison de leur petite taille, l'archéologue ajoute que ces pièces d'art mobilier

« se prêtaient donc à être portés au quotidien. C’est-à-dire, des objets mobiles dans un monde mobile »

— Harald Floss, 2015, p. 12156.

 

 Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

 

 

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