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CHOMOLANGMA

Réflexions sur le sens de la vie. Diversités culturelles et médiatiques.

Grotte de Vogelherd (7)

Publié le 4 Mai 2019 par Reun's in HISTOIRE-Préhistoire-Cénozoïque

Flûtes paléolithiques
Photographie en couleurs sur fond noir d'un tube transparent reposant sur un support carré noir et contenant deux fragments d'artefact.
 
Fragments de flûte paléolithiqueissus de la Vogelherd.

Trois flûtes ont été découvertes au sein des déblais et dans la grotte en 2005, 2007 et 2008158,109,,159,65.

Sur la base des données stratigraphiques — et non radiocarbonées, en raison d'une trop importante fluctuation en 14C durant la période aurignacienne —, la flûte excavée de la Vogelherd en 2005 a été datée d'environ 35 000 AP159. L'instrument a été fabriqué dans un os d'oiseau109. L'os a été identifié comme étant un radius de cygne158. L'objet a été retrouvé sous la forme de trois fragments puis reconstitué109,158,159. La flûte aurignacienne mesure 17,5 mm de long pour un diamètre de 5,8 mm et une épaisseur de 1,8 mm109. Deux des trois fragments portent de fines encoches allongées à leur surface158,159. Ces entailles, faites perpendiculairement à l'axe de l'instrument, présentent de fortes similitudes avec celles observées sur deux flûtes paléolithiques mises en évidence dans la Geißenklösterle158,159. Le troisième fragment est pourvu d'une entaille biseautée qui pourrait être le vestige d'un trou pour les doigts158. L'instrument à vent est aménagé d'un total de 7 trous109.

La flûte mise en évidence est, comme celle de 2005, datée de 30 000109. L'instrument, fragmenté, est conçu dans de l'ivoire de mammouth109.

Des fragments d'une troisième flûte, conçue en os de Vautour fauve de cygne et en ivoire de mammouth, ont été mis au jour parmi les déblais entassés devant la grotte110,160. L'instrument est daté d'environ 40 000 ans AP160,161,162,110. Sur la base de découvertes similaires effectuées dans les grottes de Geißenklösterle et de Hohle Fels, ces minuscules fragments pourraient être identifiés comme des fragments de flûte de type tubulaire à encoche65. L'ensemble des trois fragments, après une reconstitution réalisée en 2015 au musée de l'université de Tübingen, mesure 4,2 cm de long et 9 mm de diamètre110.

Pour Nicholas J. Conard, la confection d'un artefact creux tel qu'une flûte faite en ivoire nécessite, pour les artisans du Paléolithique supérieur, un travail plus important que la fabrication d'une flûte ouvragée dans de l'os d'une espèce aviaire, ce matériau présentant déjà, à l'état naturel, un creusement159. La réalisation d'une flûte faite en os d'oiseau consiste essentiellement à réduire le matériau par techniques de raclement, de sculpture et de polissage159.

 

Objets de parure
Photographie en couleurs sur fond noir et vue de dessus d'un morceau d'os arrondi et gravé d'un bas-relief.
 
Pendentif en os avec un bas-reliefreprésentant un mammouth126.

Les fouilles de la Vogelherd ont permis de mettre au jour un pendentif fabriqué dans de l'os126. L'objet est sculpté d'un bas-relief figurant un mammouth126.

Un total de 345 perles, de tous états de production — brut, intermédiaire ou fini —, a été mis en évidence au sein des déblaiements entassés devant l'entrée sud-ouest46. Des perles de conception et de forme identiques ont été retrouvées dans les sites préhistoriques de la vallée de l'Ach46. Cette analogie a permis aux archéologues d'« attribuer avec certitude » les pièces de parure issues de la Vogelherd à la période aurignacienne46.

Croquis en noir et blanc représentant un artefact aménagé de deux trous.
 
Objet de parure à double perforation.

Le corpus de perles de la Vogelherd se compose de 219 perles présentant uniquement une double perforation, 4 perles pourvue d'une double perforation et d'un extrémité affectant la forme d'un biseau, 34 perles ayant une seule perforation, 43 perles non-perforées, 35 pendentifs, 4 perles de type souabe affectant la forme d'un panier, deux perles d'aspect conique, une perle fragmentée affectant l'aspect d'un 8, une partie de perle cintrée et trois artefacts destinés à servir d'objet de parure mais dont le mode de port n'a pas été déterminé46.

Le gisement de perles munies d'une double perforation comporte 23 pièces à l'état brut, 3 pièces dans un état intermédiaire, 16 pièces finalisées, 73 pièces qui ont été utilisées et enfin 104 pièces endommagées46.

Les perles non-fragmentées mesurent en moyenne de 0,87 cm de long, 0,55 cm de large — leur largeur varie entre un minimum de 0,035 et un maximum de 0,11 cm — et 0,36 cm d'épaisseur46. Ces pièces de parure, en forme de « baguette », sont toutes pourvues d'une double perforation, et chacune présente des « caractères propres »46.

Le mobilier de la grotte destiné à la parure comprend également 37 artefacts ornementés46. La plupart de ces objets présentent des décors en forme de croix46. Plus rarement, quelques-uns d'entre eux sont des fragments d'objets d'art figuratif46. G. Riek, dans son rapport de fouilles de 1934, mentionne également une dent de cervidé perforée, ornée de coches, et d'une dent provenant d'un ours brun uniquement pourvue d'une perforation46.

En raison des éléments matériels mis en évidence durant les campagnes de fouilles de 1931 et de 2005-2012, Sibylle Wolf et Nicholas J. Conard formulent l'hypothèse que les groupes aurignaciens devaient probablement s'asseoir et travailler au niveau de l'accès sud-ouest de la Vogelherd, tandis que l'aire située au niveau de l'accès sud était destiné à entreposer l'ivoire46. Après avoir été produits et éventuellement utilisés, les objets de parure, comme les autres pièces de petit mobilier, étaient ensuite laissés à l'abandon au sein d'un dépotoir46. Pour les deux archéologues :

« la présence de pièces issues de toutes les étapes du processus de production montre que les objets ont été fabriqués sur place. La grotte devait être utilisée de manière intensive, comme en témoigne la grande quantité d’autres types d’objets. »

— Sibylle Wolf et Nicholas J. Conard, La parure aurignacienne du Jura souabe, 2015, p. 1446.

 

Occupation humaine de la grotte

Hommes de Néandertal

L'occupation de la Vogelherd par les Hommes de Néandertal débute il y au moins 115 000 années AP, au cours de l'Eémien55.

Les fossiles de spécimens appartenant au genre Homo trouvés dans la grotte et ses déblais sédimentaires montrent que des Néandertaliens tardifs et des hommes modernes ont occupé le site à des périodes très proches, voire contemporaines163,164,165. En outre, pour Laura Niven et Nicholas J. Conard, la mise en évidence de faciès d'industries lithiques et d'artisanat mobilier caractéristiques de la culture des Néandertaliens, corrobore la présence de ces derniers sur le site166,40.

La caverne a en effet livré un fossile de Néandertalien. Ce reste osseux, l'un des plus récents découverts en Europe centrale, est daté de 32 000 ± 2 000 ans167.

La faible quantité d'ossements de Néandertaliens mise en évidence montre que la Vogelherd, comme les autres cavernes du Jura souabe, a été « visitée » par des Néandertaliens de manière « sporadique » et uniquement pendant de courts séjours168.

Homo sapiens
Période aurignacienne
Photographie en noir et blanc de la partie inférieure d'une mâchoire humaine.
 
Mandibule d'Homo sapiensexhumé dans les années 1930. Fossile attribué à l'« Aurignacien typique » par G. Riek169.

Plusieurs fossiles d'hommes modernes ont été mis en évidence au sein de la grotte, en particulier au niveau aurignacien. À l'instar des cavernes du Paléolithique supérieur tardif découvertes à Velika, en Croatie, à Koněprusy, en République tchèque, ou encore au sein du bourg de Svitávka, les restes fossiles trouvés dans la grotte de Vogelherd ont permis de confirmer la présence d'Homo sapiens au Paléolothique supérieur170,171.

La caverne a livré le squelette d'un Homo sapiens daté de l'Aurignacien113. Il s'agirait de l'un des plus anciens restes humains mis en évidence « en contexte archéologique contrôlé et classifié »113.

Néolithique
Photographie en noir et blanc de la partie supérieure d'un crâne humain.
 
Crâne d'Homo sapiens exhumé dans les années 1930. Fossile datéde l'« Aurignacien typique » par G. Riek169.

Parmi les ossements fossiles trouvés, la grotte a livré un humérus (issu d'un individu baptisé « Stetten 3 ») attribué, dans un premier temps, à l'Aurignacien172,173,174. Les premières hypothèses suggérant que ce fossile humain appartenait à un Néandertalien se sont révélées inexactes172,173. En effet, les analyses comparatives réalisées sur la diaphyse en coupe transversale et de la morphologie des épiphyses en orientation distale de l'os ont permis d'établir que ce reste fossilisé était celui d'un homme moderne172,173. Une analyse par techniques d'extraction et de séquençage des bases de l'ADN mitochondrial du vestige osseux a permis de corroborer ce résultat175.

Un second squelette complet d'un humain, exhumé de la grotte par G. Riek dans les années 1930, a fait l'objet d'une expertise dans les années 200040. En première analyse, le squelette a été attribué à l'Aurignacien174. En effet, lorsque ces restes ont été exhumés, ils étaient associés à des pointes à base fendue, un marqueur du faciès aurignacien174. Cependant, la datation par le carbone 14 osseux a permis d'établir son âge absolu : entre 5 000 et 3 900 années AP. Cette analyse montre que cet individu a occupé la grotte non pas durant l'époque aurignacienne mais au cours du Néolithiquetardif40,174,Note 10. En outre, la découverte d'ossements — une mandibule, un crâne et une vertèbre —, appartenant à trois individus différents — répertoriés sous les termes « Stetten 1 », « Stetten 2 » et « Stetten 4 » — et datés de 4 995 ± 35 ans AP, a permis de confirmer que le site préhistorique a été occupé jusqu'au Néolithique final173,40,9. L'humérus provenant du spécimen « Stetten 3 » a été daté de cette même période173.

Une partie des ossements exhumés de la Vogelherd sont ceux d'hommes modernes ayant « visité » la grotte. Les autres restes sont ceux de personnes qui ont été inhumées durant la période néolithique176.

 

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